I.K C.HITIORH M 1M-; I.A VKHITÉ
relies communes à tous les hommes, el pratiquement invinciùlcs, ti\ll€S que la croyance h la réalité du monde exlérietir, au libre arbitre, et à tous les principes métaphysiques et moraux.
Critique. — 4. Cette définition a le tort de confoiidre trois choses fort distinctes, à savoir : la raison el ses principes; des vérités très certaines, mais dont il est permis de rechercher la preuve; enfin, de simples préjugés qui, pour être très répandus, peuvent n'en être pas moins erronés.
2. D'ailleurs, comment distinguer les croyances naturelles de celles qui sont acquises ; celles qui sont communes à tous ies banûmes de ceUes qui sont propres à un pays ou à une époque?
S. Puis, le sens commun est notoirement incompétent sur une foule de questions scientifiques. Enfin, on retombe dans toutes les difiicultés du consentement universel.
§ 4. — L^attrait de la vérité.
Th. Reid prétend aussi que la marque distinctive de la vérité est ÏMtrait que nous ressentons pour elle, et que la raison dernière de toute certitude se réduit à un instinct uatMvel el aveugle qui nous porte à croire.
Critique. — 1. Sans doute rintelligence a un penchant naturel et nécessaire pour la vérité ; mais il ne s'ensuit pas que ce penchant soit aveugle. Tout au contraire, si l'intelligence admet certaines propositions et en rejette d'autres, c'est apparemment qu'elle reconnaît dans celles-là quelque cliose qui ne se trouve pas dans celles-ci. Prétendre qu'elle adhère au vrai sans motif, à l'aveugle, ;'est nier, non seulement l'existence du critérium, mais encore rintelligence elle-même, en tant que faculté de connaître.
2. D'autre part, comment reconnaîtrions-nous la vérité d'une proposition à l'attrait qui nous porte à l'admettre, puisque, au contraire, nous ne ressentons d'atlrail pour elle qu'autant que nous l'avons reconnue pour vraie? Ce penchant est donc la conséquence de la vérité connue, et non le signe auquel on la reconnaît; en d'autres termes, il suppose l'existence d'un critérium, mais ne saurait en tenir lieu.
!^ 5. — Le sentiment. -- Jacobi, disciple de Kant, adopte un critérium assez semblable au précédent. Ce philosophe, frappé Jes antinomies auxquelles, d'après lui, toute science vient fatal-emcnt aboutir, ne voit d'autre moyen d'y échapper, que de placer le iTitérium de la vérité, non plus dans la raison, mais dans le sentiment ; lequel est aussi, à ses yeux, l'unique critérium de la moralité. Telle parait être aussi l'opinion de J.-J. Rousseau, lorsqu'il dit : « Quand tous les philosophes prouveraient que j'ai tort, si vous sentez que j'ai raison, n'en demandez pas davantage. »
Critique. '— Sans entrer ici dans la discussion des motifs qui portent Jacobi à se défier de la raison, contentons-nous de dire que le critérium de la vérité doit être quelque chose de fixe, d'absolu et d'objectif comme elle; que le sentiment, comme tout phénomène de sensibilité, est essentiellement subjectif et variable selon les circonstances et les individus, et, dès lors, qu'en faire le signe caractéristique et infaillible de la vérité, c'est ouvrir la porte à toutes les illusions.
§ 6. — L'accord de la vérité avec elle-même. — C'est le critérium proposé par Locke et, après lui, par Wolf et plusieurs autres. D'après Locke, une proposition n'est vraie qu'autant qu'elle s'accorde avec une autre proposition reconnue certainement pour vraie.
Critique. — Il est incontestable qu'une vérité ne saurait jamais contredire une autre vérité, et par suite, que la contradiction est une marque assurée d'erreur (1) ; mais il ne s'ensuit pas que la non-contradiction soit le critérium de toute vérité. En soi, elle prouve la possibilité, non la réalité des choses, elle prouve l'accord de la pensée avec elle-même, non l'accord de la pensée avec la réalité concrète.
Voilà pourquoi, si le critérium de Locke est applicable en mathématique, il n'a qu'une valeur négative en physique, en histoire, et en général, dans toutes les sciences qui étudient des êtres ou des faits réels et contingents. En pareille matière, que d'assertions sont fausses sans être contradictoires, et d'autre part, que de vérités rigoureusement démontrées dont l'accord nous échappe absolument! Aussi Bossuet recommande-t-il comme une règle très sage de logique générale de ne jamais abandonner une^ vérité clairement démontrée, quelque difficulté qu'on ait de la concilier avec une autre vérité également certaine.
ART. III. — liB Xéocriticîsme et le Pragmatisme.
Les diverses théories que nous venons de passer en revue n'offrent plus guère qu'un intérêt historique. De nos jours, certains philosophes^ désespérant de trouver le critérium de la vérité sur le terrain intellectuel, vont le demander à l'action et à la pratique] de la vie. Les uns croient le rencontrer dans les nécessités de lé vie morale : c'est le Néocriticisme. Les autres le placent dans les besoins de l'action en général : c'est le Pragmatisme.
(i) En effet, une synthèse mentale est fausse quand elle est contradictoire a priot et en elle-même, ou a posteriori, par rapport à des phénomènes actuellement perj ÇU8. Dans le premier cas. il y a erreur rationnelle ou purement logique, c'est-à-dird combinaison de termes inconciliables a priori : et dans le second, il y a erreur empij rique et défait, c'est-à-dire combinaison de termes conciliables en soi, mais inconr' liables a posteriori.
Llî CRITÉRIUM DE LA Vl-niTl';. "713