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LA SENSATION

La perception extérieure suppose, avons-nous dit, une sensation qui la provoque. Il convient donc d'étudier tout d'abord et pour lui-même ce phénomène fondamental et d'en déterminer la nature et le mécanisme.

ART. I. — Xature de la sensation.

Pas plus que la connaissance elle-même, dont elle est l'élément premier, la sensation ne peut se définir. Il est possible cependant de la décrire et, par comparaison avec d'autres phénomènes, d'en examiner la nature. Ce qui nous frappe avant tout dans la sensation, c'est qu'elle est à la fois un fait de conscience et un phénomène organique.

§ 1. — La sensation est un fait de conscience.

1. Ce qui, du premier coup, distingue la sensation de tout autre phénomène matériel, c'est qu'elle est essentiellement quelque chose à' éprouvé, de ressenti; bien mieux, qu'elle n'est pas autre chose que le fait même d'éprouver et de ressentir; bref, qu'elle est un fait de conscience et qu'elle n'est que cela.

2. Bien comprise, cette remarque initiale contient tout ce qu'il y a à dire sur la nature de la sensation, à savoir qu'il la faut distinguer absolument de Y objet qui la provoque et de la modification physiologique qui la conditionne; et que, de plus, il faut la considérer comme un événement absolument original et qualitatif. Revenons sur ces trois points.

s; 2. — La sensation est absolument distincte de la propriété de l'objet qui la provoque.

Cette distinction, dit IL Taine, « est aisée à faire; car la propriété appartient à roi)jet et non à nous, tandis que la sensation

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appartient à nous et non à lobjel. Le jus de citron a une saveur acide; cela signifie que le jus de citron possède une propriété inconnue capable d'éveiller en nous une sensation bien connue, celle de la saveur acide. Cette feuille de papier est de couleur blanche; cela signifie que, en vertu de sa texture particulière, cette feuille de papier, une fois éclairée, peut éveiller en nous la sensation de couleur blanche. »

§ 3. — La sensation est distincte de la modification physiologique qui la conditionne.

Tout événement physiologique se réduit en définitive à une modification de la matière vivante physique, chimique ou mécanique. Quel rapport y a-t-ir?y a-t-il même un rapport quelconque entre un tel phénomène et une sensation? Écoutons encore Taine :

« Prenons la sensation du jaune d'or, d'un son comme ut, celle que donnent les émanations d'un lis, la saveur du sucre, la douleur d'une coupure, celle du chatouillement, de la chaleur, du froid. La condition nécessaire et suffisante d'une telle sensation, c'est un mouvement intestin dans la substance grise de la protubérance, des tubercules quadrijumeaux, peut-être de la couche optique, bref dans les cellules d"un centre sensitif; que ce mouvement soit inconnu, peu importe; tel ou tel, il est toujours un déplacement de molécules, plus ou moins compliqué et propagé; rien de plus. — Or, quel rapport peut-on imaginer entre ce déplacement et une sensation? Des cellules constituées par une membrane et par un ou plusieurs noyaux, sont semées dans une matière granuleuse, sorte de pulpe mollasse ou de gelée grisâtre composée de noyaux et d'innombrables fibrilles; ces cellules se ramifient en minces prolongements qui probablement s'unissent, avec les fibres nerveuses, et Ton suppose que, par ce moyen, elles communiquent entre elles et avec les parties blanches conductrices. Remplissez-vous les yeux et la mémoire des préparations anatomiques et des planches micrographiques qui nous montrent cet appareil; supposez la puissance du microscope indéfiniment augmentée et le grossissement poussé jusqu'à un million ou un milliard de diamètres. Supposez la pliysiologie adulte et la théorie des mouvements cellulaires aussi avancée que la physique des ondulations éthérées; supposez que l'on sache le mécanisme du mouvement qui, pendant une sensation, se produit dans la substance grise, son circuit de cellule à cellule, ses différences selon qu'il éveille une sensation de son ou une sensation d'odeur, le lien qui le joint aux mouvements calorifiques ou électriques, bien plus encore, la formule mécanique qui représente la masse, la vitesse et la position de tous les éléments des fibres et des

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