‹ Cours de philosophieChapitre 41 sur 328 · N.VTIHK HE LA SENSATION · texte numérisé non relu

N.VTIHK HE LA SENSATION

cellules à un moment quelconque de leur mouvement. Nous n'aurons encore que du mouvement, et un mouvement, quel qu'il soit, rotatoire, ondulatoire ou tout autre, ne ressemble en rien à la sensation de Tamer, dn jaune, du froid ou de la douleur « (1).

§ 4. — La sensation est essentiellement qualitative.

1. La sensation, nous l'avons vu, est absolument diftéreute de l'objet matériel qui la provoque, ainsi que de l'événement physiologique qui l'accompagne et la conditionne : elle est donc d'emblée et exclusivement un fait de conscience. De là découlent immédiatement deux conséquences :

o) En elle-même, elle ne peut être observée que par la conscience, à l'exclusion de tout autre mode ou procédé d'investigation expérimentale.

b) Par le fait même, elle apparaît immédiatement comme (yua/ifafire, susceptible d'?'Hi«H.'?/^'' plus ou moins forte, mais excluant absolument toute idée de commune mesure quantitative et de lomposition proprement dite.

2. Les faits les plus clairs invoqués en faveur de la composition de la sensation montrent sans doute à l'évidence la composition quantitative de ses excitants objectifs et, dans un certain sens, de ses concomitants physiologiques; mais ce qui constitue proprement la sensation comme telle, en tant que fait de conscience, se montre clairement, dans ces faits eux-mêmes, comme un phénomène siii generis apparaissant d'emblée tel qu'il est et ne résultant d'aucune addition ou combinaison d'éléments de conscience plus simples.

Qu'il nous suffise de reprendre, en l'interprétant selon sa véritable signification, l'exemple apporté par Taine à l'appui de la ihèse contraire. Il s'agit de l'expérience de la roue de Savart.

« Quand cette roue tourne d'un mouvement uniforme, ses dents également distantes frappent tour à tour une latte en passant, et cette succession régulière d'ébranlements pareils éveille on nous une succession régulière de sensations pareilles de son •semblable. Or, tant que la roue tourne assez lentement, les sensa- I ions, étant discontinues, sont distinctes; et chacune d'elles, étant composée, est un bruit (-i;. Mais si la roue se met à tourner avec une vitesse suffisante, une sensation nouvelle s'élève, celle d'un son

(1) Leibniz avait déjà «lit : • On est obligé do coalcsser quo la perception, et ce qu en dépend, est inexplicable par des raisons mécaniques, c'est -à-dire par les figures et par les mouvemenls; et, feignant qu'il y ait une machine dont la structure fasse penser, sentir, avoir perception, on pourra la concevoir agrnndie en conservant lès mêmes proportions, en sorte ([u'on y puisse entrer comme dans un moulin. Kt celi posé, on n'en trouvera, eu le visitant au dedans, que des pièces qui se poussent les unes les autres, et jamais de quoi expliquer une perception » { Monadologic ).

(â) Taine sui>pose, sans plus dcrdison, <|ue la sensation de bruit est composée ell^ même d'unités élémentaires de sensation. *"'

coi;r.s de pihi-osopiiik. — r. i. g

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Qiusical. Parmi les restes de bruits qui persistent encore et continuent à être distincts, elle se dégage comnae un événement d"espè;ce dilïéreute. » Or ne voit-on pas que, s'il y a là composition de la part de l'excitant physique, il n'y a nullement pour cela composition de la sensation de son musical, puisque celle-ci vient brusquement et de toutes pièces s'ajouter aux impressions persistantes des bruits discontinus produits par les chocs successiÊs des dents de la roue?

ART. II. — Mécanisme de la sensation.

Pour que le phénomùne psychologique de la sensation se produise, certaines conditions physiologiques sont requises. Elles constituent le mécanisme de la sensation (1). Il faut que l'organe périphérique reçoive Vwipressio7i de l'objet, — que cette impression soit transmise par les nerfs appropriés aux centres nerveux, notamment au cerveau, — que le cerveau réponde à l'impression reçue par la réaction vitale physiologique et psychologique à la fois, en quoi consiste proprement la sensation. D'où trois phases :

ij 1. — Première phase : impression sensorielie.

1. Chacun de nos organes sensoriels se présente comme l'épanouissement d'un nerf spécial différencié selon une structure particulière à chaque sens : la rétine, avec ses cônes, ses bâtonnets, sa tache jaune, est l'extrémité différenciée du nerf optique ; — les cellules de Corti constituent l'organe périphérique de l'ouïe ; — les corpuscules de Meisner celui du toucher actif, etc.

2. Chacun de ces organes est adapté à une catégorie d'excitations et réagit à ces excitations d'une manière déterminée. C'est ce que l'on exprime en parlant de la spécificité des sensations. Cette spécificité a été entendue de deux manières :

a) Quelques psychologues, à tendances idéalistes, comme Taine, ont pensé, à la suite de Helmholtz, que la différence des sensations provenait uniquement de la difierence des organes sensitifs. « En somme, dit Taine, la condition directe de la sensation, c'est l'action ou mouvement moléculaire du nerf; peu importent les événements du dehors, ou les autres événements intérieurs du corps vivant: ils n'agissent que par l'intermédiaire de ce mouvement qu'ils provoquent; par eux-mêmes, ils ne font rien; on pourrait se passer d'eux. Il sutlirait que l'action du nerf fût toujours spontanée, comme elle l'est parfois; si son action se produisait encore selon l'ordre et avec les degrés ordinaires, le monde extérieur, et tout ce qui dans notre corps n'est pas le

(1) yo\T Analomie el Physiologie animales, par 1..-.I. Dalbis, Paris, de Gigord, 1920.

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