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CHAPITRE II

LES SENS EXTERNES ET LEURS PERCEPTIONS PRIMITIVES ART. l. — lia sensation représentatÎTe.

§ 1. — Sa nature. — Toutes les sensations, en tant que par elles le sujet prend conscience de lui-même psychologiquement modifié de telle ou telle façon, sont représentatives du sujet ainsi modifié ; mais tandis qu'un certain nombre d'entre elles se bornent là et ne participent à la nature de la connaissance que par cette

SENSATION UKPRÉSlîNTATIVi:. 85

propriété qu'elles ont d'être conscientcSf les autres, outre le sujel affecté, — et plus immédiatement même que le sujet, — représentent d'emblée un objet qui, — au regard de la conscience adulte,

— se pose tout d'abord comme distinct du sujet et extérieur à lui. Les premières s'appellent sensations affectives et ressortissent à la « sensibilité » ;les autres prennent le nom de sensations représentatives et quelquefois de perceptions. Ce sont elles que nous étudions présentement.

§ 2. — Sensation représentative et perception. D'après le vocabulaire adopté par nous, à la suite de la majorité des philosophes modernes appartenant aux écoles les plus diverse», les mots « sensation représentative » ou tout simplement « sensation » expriment le phénomène psychologique que nous venons de décrire et qui n'est que la réaction consciente du sujet à une excitation produite sur quelqu'un de nos organes sensoriels par un objet, — réaction fatale, simple appréhension sensible s&tis jugement sur la nature, l'existence, l'extériorité de l'objet (1).

— Le mot « perception », au contraire, est réservé à cette appréhension sensible, pour autant qu'elle est élaborée par nos facultés supérieures et contient au moins implicitement quelque jugement sur la nature, l'existence ou l'extériorité de l'objet. « Voir une couleur blanche, c'est une sensation, voir une feuille de papier blanCy c'est une perception » (Dunan).

ART. II. — lies sens externes; objet propre de chaque sens; nombre des sens.

Par perception primitive, on entend la sensation représentative que chaque sens peut éprouver par lui-même, indépendamment du concours des autres sens. Autrement dit, c'est celle qui atteint Vobjet propre et exclusif de chaque sens, eu sorte que celui qui n'aurait pas l'usage de ce sens, ne pourrait en aucune façon percevoir cet objet.

Ji 1. — L'odorat. — L'odorat a pour objet propre les odeurs. Les odeurs sont dues à des particules matérielles excessivement ténues qui émanent de certaines substances, et qui, transportées par l'air, viennent impressionner la membrane pituitaire où s'épanouit le nerf olfactif.

(1) Quelques philosophes, d'accord en cela avec Leibniz, nomment « perception • toute sensation repr(''scnt;Uivc, tMaborée ou non, et réservent le nom de • sensa lion » au simple plii-noniùnea^i"r<</. — Tous emploient le mot « perception > comme synonyme de • sensation - dans certaines expressions toutes faites : perceptions primitives, tlworie des petites perceptions.

§' 2. — Le goût. — Le goût a pour objet propre les saveurs. Le goût s'exerce au contact de la langue avec les corps sapides plus ou moins dissous par la salive.

1. Le goAt et Todorat ont entre eux des relations étroites, et leur action se combine dans la perception de la plupart des saveurs. Par lui-même, le goût se borne à percevoir les saveurs amères ou sucrées, acides, salées, caustiques ou ardentes, comme celle des alcools. L'odorat en saisit l'élément parfumé, les fumets, les bouquets, etc.

2. On a essayé à plusieurs reprises de classer les odeurs et les saveurs; mais toutes ces classifications sont plus ou moins arbitraires ou incomplètes.

§ 3. — L'oTiïe. — L'ouïe a pour objet propre le son avec sa hauteur, son intensité et son timbre.

a) La hauteur (ou tonalité) du son dépend du nombre des vibrations de l'air dans un temps donné : sous ce rapport on distingue les sons graves ou aigus.

b) L'intensité du son dépend deVamplitude des vibrations; un même son peut être fort ou faible.

c) Le timbre, d'après les recherches de Helmholtz, dépend du nombre et de la nature des notes harmoniques qui accompagnent la note fondamentale; or le nombre et la nature des harmoniques varient avec les diverses espèces d'instruments. De là le timbre différent d'une même note, suivant qu'elle est donnée par la flûte ou par le hautbois.

' ij 4. — La vue. — Son objet propre, c'est d'abord : -1. La couleur, avec sa nuance, son intensité et son reflet.

a) La nuance ouVespèce de la couleur dépend delà longueur des ondes lumineuses. On distingue les sept couleurs fondamentales du spectre, de la réunion desquelles résulte la couleur blanche.

b) Vintensité de la couleur dépend de la quantité de lumière.

c) Le re^^f résulte du jeu des nuances secondaires qui peuvent accompagner la couleur fondamentale, — reflets chatoyants, veloutés, etc.

2. Outre la couleur, la vue perçoit encore Vétendue qui en est inséparable; car impossible de voir et même de concevoir une couleur inétendue. L'étendue colorée, avec les limites qui en déterminent la forme ou la figure, tel est donc l'objet adéquat de la vue.

Mais, remarquons-le, il ne s'agit ici que de l'étendue 7:1 /ane, c'està-dire de l'étendue comprise sous les deux seules dimensions de largeur et de hauteur. Quant à la troisième dimension, c'est-àdire à la profondeur, et, par suite, au volume, au creux , au relief

PERCEPTIONS t»RIM'lTIVES. Hi

ol à la distance qui sépare l'œil de l'objet, c'est une question controTorsée de savoit si là Vue seule, sans le concours du toucher, suflît à les percevoir.

{50. — Le toucher. — 1. L'objet propre de ce sens, c'est d'abord Vctendiie résistante sous ses trois dimensions de hauteur, de largeur et de profondeur; en d'autres termes, c'est la forme solide des corps.

La résistance est susceptible de degrés, selon l'état fluide, liquide ou solide du corps résistant.

:2. Outre l'étendue résistante, le toucher perçoit encore le mouvement.

Le mouvement est perçu, soit par le toucher passif, c'est-il-dire i)ar le contact direct du mobile qui impressionne successivement diverses parties de notre corps ; soit par le toucher actif, c'est- àlii*3 par le jeu des muscles, de la main ou même des yeux, qui s'efrorcent de suivre le mobile dans ses positions successives.

3. On peut, en effet, distinguer deux sortes de toucher : un toucher passif, qui se borne à peu près à sentir, et un toucher actif ou tact, qui s'adapte mieux à la perception. Le premier s'exerce par tout le corps, mais l'organe propre du tact est la main, ce compas à cinq branches, comme l'appelle Maine de Biran, à cause des nombreuses articulations, qui lui permettent de se mouler exactement sur les objets, d'en saisir à la fois les trois dimensions, et aussi, à cause des nombreuses papilles nerveuses qui viennent s'épanouir à l'extrémité des doigts.

4. En réalité, on peut considérer le toucher comme le sens fondamental, dont les autres ne sont que des modes plus ou moins subtils, plus ou moins médiats, destinés à le seconder ou à le suppléer selon les circonstances. Et de fait, comment concevoir l'action d'un corps sur un autre corps, sinon sous forme de contact plus ou moins direct?

Dans la vue, ce sont les ondes lumineuses qui, répercutées par les objets, vienuf^nt impressionner notre rétine et nous transmettent ainsi l'action des objets eux-mêmes.

hans le sens de TtHiie, ce sont les molécules de l'air, mises en vibration par l'ébranlement du corps sonore, qui viennent battre notre tympan, etc.

C'est lu précisément ce qui explique qu'une certaine notion d'étendue et ilerésistaiice se trouve mêlée à toutes nos perceptions.

^ 0. — Nombre des sens externes.

La ([uestiou du noml)re dos sens externes soulève deus problèmes distincts : Peut-on concevoir d'autres sens diiïércnls «le ceux que nous venons d'énumérer? — Avoos-nous en fait, outre les cinq mentionnés, encore d'autres sens?

88 PSYCEOLOGIE.

Remarquons tout d abord qu'un sens comprend essentiellement un organe spécial relié au centre par un nerf et destiné à produire dans le sujet telle sensation spécifiquement déterminée. Il y aura donc autant de sens qu'il y aura d'appareils psychologiques irréductibles répondant à celte définition.

1. Dès lors, pour répondre à la première question, il suffit de considérer :

a) Que rien ne nous autorise a priori à considérer les cinq sens vulgairement admis comme épuisant toutes les catégories de sensations possibles. En effet, « chaque nerf se choisit parmi les vibrations du monde extérieur une catégorie à laquelle seule il répond. Il résulte de là que nos sensations forment une série discontinue, brisée par d'énormes brèches. Nous n'avons aucune raison de supposer que l'ordre des vibrations du monde extérieur est aussi discontinu que l'ordre de nos sensations. Entre les dernières ondes sonores perçues et les premières ondes calorifiques perceptibles, c'est-à-dire entre les 40.000 vibrations à la seconde qui sont le maximum sensible de l'audition, et les billions problables qui constituent le minimum sensible de la sensation thermique, la nature doit avoir réalisé quelque part d'innombrables séries intermédiaires que nous ne percevons pas, faute de nerfs appropriés )> ( W. James).

b) Que certains animaux semblent se diriger à l'aide de sensations dont nous n'avons aucune expérience : les pigeons voyageurs utiliseraient à cet effet un sens magnétique que troublerait parfois l'influence des orages.

2. A la seconde question : « Avons-nous, en fait, plus de cinq sens? » — il a souvent été répondu à tort et à travers : les uns multipliant ces sens nouveaux comme à plaisir, les autres se refusant obstinément à en admettre un seul.

L'on s'est ainsi demandé si l'homme possédait, à titre de facultés sensibles distinctes, un sens thermique on sens de la température, un sens de la douleur, un sens de Vorientalion et de Véquilibre, un sens général ou cénesthésique.

Appliquons, pour la détermination de chacun d'eux, la règle posée plus haut : — Si pour ces sens nous trouvons un organe spécial et une sensation irréductible à toute autre, ce sens existe; sinon il n'existe pas comme faculté spéciale et il n'est qu'une modalité l^articulière de l'un des sens déjà connus.

a) Le sens de la température. — La sensation thermique est évidemment toute relative : en soi une température n'est ni chaude ni froide, elle a tel degré et voilà tout; mais la sensation de chaud et celle de froid sont très différentes l'une de l'autre et proviennent de l'écart positif ou négatif entre la température extérieure et celle

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