ÉDUCATION DES SENS
nouveau etque le travail dinlerprélation des données de la vue par celles du toucher est devenu totalement inconscient.
La seconde est un fait de Ja vie courante : notre image dans un miroir nous invile à faire d'avant en arrière les mouvements qui doivent être faits d'arrière en avant et vice versa. Nous n'avons pas conscience d'interpréter ni de corriger sans cesse ces données du miroir dans les opérations qui sont devenues habituelles, si bien que nous croyons obéir simplement à ses indications lorsque nous dirigeons la marche de notre rasoir; mais qu'un mouvement inusité s'impose, par exemple couper un long poil de barbe avec des ciseaux, l'habitude étant nulle dans ce cas, nous sentirons par comparaison à quel point l'autre opération qui nous semb ait si naturelle est en réalité le résultat de l'éducation.
p) Le toucher actif, joint au déplacement de tout notre corps, avec toutes les sensations musculaires et kinesthésiques que ce déplacement suppose, est nécessaire, en outre, pour nous rendre compte plus exactement de la distance des objets qui sont hors de la portée de notre main. La première appréciation de leur distance exigera sans doute de notre part un déplacement efl'eclif, et donc le concours actuel du toucher, du mouvement et de la vue, mais les images visuelles des divers aspects sous lesquels nous auront apparu ces objets durant ce déplacement, resteront associées à la sensation des mouvements accomplis pour nous rendre auprès d'eux, et à l'impression qu'ils ont faite sur notre toucher. Désormais par la vue seule, sans recours actuel au toucher, nous apprécierons de loin leur distance et leur grandeur,
3. Les observations que nous venons de faire au sujet de la vue se répéteraient d'une manière analogue pour l'éducation de l'ouïe : le toucher, le mouvement et les sensations visuelles s'associent de même aux impressions auditives produites en nous par l'objet sonore et nous rendent aptes à apprécier à la seule audition la distance, la position dans l'espace, la grandeur de cet objet.
>i 2. — Éducation des sens par les facultés supérieures.
Nos connaissances intellectuelles sur l'objet peiru, nos souvenirs, 1 imagination, les fonctions d'attention et d'association, non seulement nous aident grandement à interpréter les données sensibles, mais encore élargissent et enrichissent nos perceptions elles-mêmes, et, par conséquent, contribuent à l'éducation de nos .sens.
1. L'intelligence. — Il est incontestable que nous percevons d'une manière bien plus confu.se et rudimenlaire un objet dont nous ne savons rien qu'un objet sur lequel nous avons déjà quelques notions : nous voyons les objets avec les couleurs, les dimensions.
OC) r'SYCHOLOGIE.
la figure que nous savons qu'ils ont, plutôt qu'avec ces mêmes qualités telles qu'elles frappent physiquement nos regards.
Une langue inconnue n'a pas pour notre oreille le son qu'elle rendra lorsque nous saurons la comprendre et la parler ; de môme, un lecteur intelligent voit les mots tels qu'il les devine et non tels qu'ils sont matériellement imprimés.
2. L'imagination. — La part de l'imagination dans les illusions sensibles montre l'influence qu'elle peut exercer sur l'éducation des sens. Le poète et l'artiste dans leurs contemplations, l'enfant dans ses jeux voient les objets bien différents de ce qu'ils sont dans leur prosaïque réalité; le rythme spécial du glas funèbre mis à part, les cloches du jour des morts n'ont pas le même son que le carillon de Pâques. — De même, nous verrons, nous entendrons, nous sentirons avec plus de perfection ce qui se trouvera répondre en fait à nos images familières.
3. L'association des idées, la mémoire, l'attention. — Toutes ces facultés ou fonctions de notre vie psychologique, selon le tour qu'elles auront fait prendre à notre esprit, donneront spontanément tel ou tel aspect particulier aux données de la sensation.
4. Ajoutons que cette éducation des sens par l'esprit se diversifie et se spécialise pour chacun suivant les expériences de sa oie et de sa profession. Ainsi sur mer, le marin en vient à discerner au premier coup d'oeil, non seulement la distance, mais les dimensions réelles, et même la nationalité d'un navire, là où d'autres, moins exercés, ne perçoivent encore qu'un objet à peine visible. De même le sauvage du nouveau monde suit la trace de son ennemi sur des indices imperceptibles à tout autre œil que le sien ; il sait à quelle tribu il appartient, s'il est armé en guerre, le temps écoulé depuis son passage, etc.
ART. III. — Avautages et inconvénients des perceptions acquises.
1. Nous l'avons dit, les perceptions primitives, se bornant à traduire en langage psychologique l'action des agents extérieurs sur nos organes, sont peu exposées à l'illusion, aussi sont-elles identiques chez tous les hommes doués d'organes sains (sauf les différences de degré, innées ou acquises par l'exercice). Au contraire, les perceptions acquises varient chez les différents individus, suivant l'éducation, la profession, etc. En outre, étant le résultat d'inductions ou d'associations plus ou moins hâtives, elles nous exposent plus facilement à l'erreur et aux fausses interprétations.
2. Mais, si elles sont moins sûres, les perceptions acquises off'rent ce grand avantage de nous renseigner rapidement, à distance et sans fatigue ; tandis que les perceptions primitives.