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VALEUK OBJECTIVE DE LA NOTION DE CQRI'S

§ â. — - Existence des autres corp».

Notre propre corps seul s'impos€f à nous avec l'évidence d'un fait de conscience (1). L'existence des autres corps doit être établie à l'aide d'arguments différents :

l-^"- Argument. — Lorsque nous touchons notre propre corps, par exemple lorsque la main droite touche la main gauche, nous éprouvons une double sensation : toucher actif de la part de la main droite, toucher passif à la main gauche. Il est évident a priori que si d'autres corps sont soumis à celle expérience, ils nous donneront la sensation de toucher actif, mais non celle de loucher passif; or c'est précisémant ce qui a lieu. De l'identité du toucher actif jointe à l'absence du toucher passif, nous pouvons donc conclure à l'existence réelle des corps étrangers au nôtre.

— Objeclion : On a objecté contre cette preuve que notre corps lui-même n'était pas appréhendé par nous à l'aide du toucher autrement que les autres corps et que, par suite, la façon identique dont nous touchons et notre propre corps et les corps étrangers ne prouvait pas plus la réalité de ceux-ci qu'elle ne prouvait la réalité du nôtre.

— Réponse : L'objection serait valable si nous considérions d'emblée et indépendamment de toute critique, le toucher de notre propre corps comme absolument infaillible ; elle ne l'est pas si, comme nous l'avons fait en réalité, on a d'abord établi l'existence de son propre corps, non pas précisément en invoquant le toucher actif, mais en employant une preuve tout autre, à savoir le fait d'éprouver des sensations. Cela posé, la preuve par l'identité du toucher actif pourrait se formuler ainsi : nous appréhendons exactement de la même manière notre corps, qui certainement existe, et les autres corps ; donc eux aussi existent el leur réalité est la raison suffisante de la sensation de toucher actif par laquelle nous les appréhendons.

2' Argument. — La seconde preuve de la réalité des autres

que les sensations dues aux canaux semi-circulaires, voire môme les odours elles saveurs. Les sen'^atioiis internes surtout sont remarqual>Ies .i ce pointde vue; témoin les sensations de plénitude et de vide, d'étouflfement, les palpitations, les maux de tt te, ou encore celte conscience très spatiale que nous donnent de noire ttat organique la nausée, la fièvre, la fatigue, Il-s lourdes somnolences. Nous percevons alors liirectemenl et à même toute notre ■■ capacité cubique », qui nous ajipariît sciisiblenuiit pi us volumineuse que n'importe quelles pulsations, pressions ou douleurs lucales > (W. James).

1) L'existence de notre propre corps étant établie, la réalité des autres ne peut olus guère taire l'objet d'un doute sérieux: en efl'el ii serait bien contraire au bon sens de prétendre que chacun de nous est le seul élre corporel de l'univers, qu'il se meut dans un monde matériel illusoire, Toulc un 8ol imasiuaire el se nourrit d'ali ments purement phénonn'nnux. En outre la soûle dilTi 'ultê vraiment philosophiiiue contre l'existence des corps est celle de l'tdi'alisme mctapltysiquc qui lente de rédiire tout à la seule pensée; or cette difficulté s'évanouit dès que l'existence d'un seul cor|)s est solidement prouvée (Voir L'idéalisme mrtapliysiquc, Tome II, i.p. 3«0et tuiv.).

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corps se tire des diverses espèces d'actions que le monde extérieur exerce sur nous :

a) Action physique, chimique et mécanique. — Nous éprouvons passivement un certain nombre d€ mutations d'ordre matériel, dont nous ne sommes pas les auteurs et qui correspondent exactement aux sensations qui les accompagnent et les révèlent à notre connaissance sensible. Ainsi , à Tappréhension de la nourriture par nos sens externes et aux faits de conscience qui accompagnent l'action de prendre cette nourritupe, correspond invariablement l'ensemble des modifications or^ganiques dont se compose le phénomène de la nutrition. iDe même, aux diverses sensations que l'on éprouve à prendre le train, puis^ à y rester de longues heures, répond le fait de se trouver transporté loin de chez soi. Et tous ces événements ne se succèdent pas arbitrairement ni au hasard. Nous voyons clairement qu'ils ne sont pas l'œuvre de notre activité consciente. Quant à notre activité inconsciente, nous^ savons quelle obéit à des lois d'association dont le caractère d'incohérence est à l'opposé de. la régularité avec laquelle se suivent et se conditionnent les actions des corps sur nous et les sensations que nous éprouvons à leur contact.

b) Action physico-psychologique. — Les autres hommes ne transmettent pas leurs pensées et leurs sentim'înts à notre esprit par influence directe d'âme à àme, mais par le moyen de signes matériels accessibles d'abord à nos sens externes : langage, expression de la physionomie, œuvres artistiques et littéraires. Si donc la présence dans notre esprit des chefs-d'œuvre du génie humain n'a pas pour cause l'action sur nos sens externes des ■«signes matériels qui les représentent, il faudrait dire que, lorsque nous nous figurons assister à une représentation d'Athalie, ou lire une fable de La Fontaine, c'est nous-mêmes, qui, par ;une activité mentale instinctive, improvisons ces œuvres inimitables!

Conclusion. — La seule raison suffisante d'une multitude de modifications physiques et psychologiques produites en nous est l'action, sur notre organisme et spécialement sur nos sens externes, de corps distincts du nôtre. Ces corps sont donc réels; en d'autres termes, k monde extérieur exista.

ART. III. — €|ualité!<» premières» et qualités secondes.

§ 1. — Qualités premières. — 1. Les corps nous apparaissent revêtus de diverses qualités qui leur appartiennent plus. ou moins essentiellement. Les unes suivent nécessairement la nature même de l'être matériel : ce sont Vétendue, la résistance et le mouvement. Par le fait même que le corps est corps, il exige naturelle-

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m<?»j/ d'occuper une certaine portion de l'espace, et Je Toecuper à V<\ickision Je tout autre corps : l'étendue et la résistance sont Jonc pour lui des propriétés essentielles. En outre n'exigeant pas, Je par sa nature, telle place plutôt que telle autre, iJ est sus.ceplihle Je mouvement,

2. Ces qualités existent donc réellement dans les corps; elles y sont précisémeut telles que nous les percevons; elles ne cesseraient pas de leur appartenir en l'absence Je tout sujet pensant. • Or elles sont l'objet propre et direct Ju toucher actif, et tous les sens nous en Jonnent une certaine perception, en tant qu'ils sont eux-mêmes des formes plus ou moins subtiles du toucher. « Vue par un certain côté, dit HoiMing, toute sensation est une sensation Je résistance. » De même Herbert Spencer reconnaît Jans ses Principes de Psychologie (Vr P.,Gh. xvin), que « la résistance est l'élément essentiel Je tout ce qui est Jistingué par nous comme objet ». L'étendue, la résistance et le mouvement sont donc trois éléments du monde extérieur, trois qualités Jes corps, que la perception atteint immédiatement, non pas sans doute dans leur essence abstraite et métaphysique, que la raison seule peut pénétrer, mais dansleur réalité concrète et vraiment objective : les philosophes modernes, à la suite de tiialilée, les nomment qualités premiènes.

?! 2. — Qualités secondes. — i. Outre l'étendue, la résistance et le mouvement, la sensation nous donne encore la couleur, le ^(ni,\a chaleur, Vodeur, la saveur. Ces qualités, dites qualités secondes, sont beaucoup moins stables que les précédentes; plusieurs J'entre elles peuvent même faire complètement Jéfaut; un corps peut être insipiJe, inoJore; du moins pouvons-nous lt> concevoir sans odeur ni saveur. Or il parait de plus en plus probal)le que ces quaJités n'existent pas hors de nous formellement, c'est-à-dire telles que nous les appréhendons, mais qu'il n'y a dans l'objet que leurs causes. Ces causes, différentes qualil'iiioemcnt selon les diverses sensations, agissent sur nos sens par le moyen de mouvements qu'elles détermin&nt Jans l'éther, DU dans l'air, oudausla matière... D'où il suitque la couleur telle que nous la voyons, la chaleur telle que nous la sentons, le son tel que nous l'entendons, ne sont pas des qualités inhérentes aux objets eux-mêmes, mais seulement le terme sensitif d'une opéralion organique provoquée à la fois |)ar l'objet sensible et ces mouvements qui sm-vent d'intermédiaires à son action.

Qu'il en soit vraiment ainsi, ce qui porte i\ le croire, ce n'est pas une tendance d'esprit sceptique ; ce ne sont pas davantage des arguments frivoles tiiés Jes en-eiirs Jes sens ou de certaines découvertes scientifiques tlont ou s'exagérerait la portée, comme

serait par exemple, le fait qu'un courant électrique produit tour à tour une sensation de lumière, de bruit, de saveur, de piqûre, selon qu'on l'applique à l'œil, à l'oreille, à la langue ou au doigt. En effet, outre que cet excitant unique peut fort bien contenir objectivement, à des degrés divers, les objets propres de ces différents sens, il faut convenir que les sensations ainsi provoquées ne ressemblent que de très loin aux réactions normales de ces sens : le phosphène que détermine l'application du courant électrique à 1 œil n'est pas comparable à une vraie et authentique sensation de lumière ou de couleur.

2. L'objectivité moins stricte des qualités secondes nous semble devoir être admise en vertu des arguments suivants :

a) La raison métaphysique qui garantit l'objectivité formelle de Vétendue corporelle ne peut être invoquée en faveur des qualités secondes : en effet, tandis qu'il est évidemment contradictoire qu'un sujet inétendu éprouve des sensations « volumineuses », on conçoit très bien que la sensation de couleur, par exemple, puisse être provoquée dans un sujet étendu par un objet étendu, sans que cet objet soit lui-même formellement coloré. Dans ce cas, la sensation de couleur éprouvée par le sujet ne serait pas immédiatement représentative; elle ne serait que le mode affectif selon lequel la vue appréhende lobjet étendu. — Dès lors, notre esprit, n'ayant aucune raison a priori d'affirmer l'objectivité stricte des qualités secondes, il en fera la critique d'après les seules données de l'expérience et de l'observation.

b) Or l'expérience et l'observation scientifiques ne témoignent pas en faveur de l'objectivité formelle des qualités secondes.

a) Il est inutile d'insister longuement sur le caractère essentiellement relatif àe la chaleur, de Y odeur et de la saveur. Un instant de réflexion suffit pour nous convaincre qu'en soi, l'objet n'est ni chaud ni froid, mais que la propriété ainsi dénommée n'est en lui que l'aptitude à produire en nous la sensation de chaleur ou de froid.

^) Restent le son et la couleur. La connaissance vulgaire n'hésite pas à les objectiver tels quels, mais le bon sens vulgaire lui-même admettra difficilement, à la reflexion, qu'une qualité nouvelle, objective, réellement sonore &n elle-même, naisse dans l'objet par le seul fait que notre ouïe est atïectée maintenant par douze vibralions, au lieu des onze, qui seules sont perceptibles au loucher. — Comme c'est principalement sur la couleur que portent les discussions entre partisans et adversaires de l'objectivité des qualités secondes, il convient d'y insister quelque peu.

§ 3. — Critique de l'objectivité de la couleur.

La sensation de couleur trouve pleinement sa raison suffisante

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au point de vue physique, dans les vibrations éthérées; or, nous l'avons dit, noire esprit ne peut invoquer ici que des arguments d'ordre physique; il est donc, à tout le moins, inutile de supposer, en plus de ces vibrations, une qualité objective formellement colorée. — Outre cet argument négatif, des raisons positives solides invitent à considérer la couleur, telle que nous la manifeste la vue, comme une sensation et non comme une qualité formellement objective. En effet, si la couleur existait en dehors de la sensation, elle serait nécessairement ou bien dans l'objet luimême, ou bien dans le milieu interposé. Or il semble suffisamment établi qu'elle n'est formellement ni dans l'objet ni dans le milieu.

1 . La couleur n'est pas formellement dans l'objet. — Nous allons le montrer à l'aide de deux arguments empruntés à la physique.

1^" Argument : Les couleurs d' interfèrent^. — Deux observateurs examinant en même temps le même point d'une bulle de savon verront très nettement chacun une couleur différente du spectre.

Ce fait est inexplicable, il est même contradictoire, si l'on admet que ce point précis de la bulle de savon est réellement coloré : le même objet ne peut avoir en même temps et au même point deux couleurs différentes: — il s'explique sans peine si l'on admet que la sensation de couleur est provoquée par les radiations que renvoie l'objet. Le phénomène de l'interférence qui se produit dans le cas de la bulle de savon, anéantissant telle radiation, entre l'objet et le premier observateur, et telle autre dans la direction du second, celles qui restent doivent produire dans chacun d'eux des sensations différentes.

Quelques philosophes, considérant que la bulle de savon n'est pas enduite d'«n grossier pigment, mais est, en elle-même, incolore, prétendent, appuyés sur la physique d'Aristote, que les couleurs dites « d'interférence >> ne sont pas des couleurs réelles, mais •les couleurs apparentes. Mettons-nous donc avec eux en présence de vraies et bonnes couleurs dûment étalées sur des corps solides.

.2*^ Argument : Les couleurs « nielles » invisibles. — Si nous projetons sur un écran un spectre très lumineux, une étofTe bleue, par exemple, placée dans la partie rouge du spectre, parait noire. Ilaisonnons : cette étoffe bleue est vivement éclairée, elle est présentée à un organe sain et bien disposé et cependant toute sa 'ouleur est anéantie. La physique en conclut qu'un objet appelé bleu est celui qui a la propriété d'absorber, d'éteindre, dans la lumière blanche qui l'éclairé, toutes les radiations, sauf la bleue -t de réfléchir celle-là seulement (1).

(1) • l'ne imaRC roprcsentaiit un /.ouavo, dit Domet de \ orges, est mise contre lemur : chacun sait <iiic le coslum'; de zouave oirre ('es couleurs ^arit'es el très

1 iO PSYCHOLOGIE

3. La couleur n'est pas formellement une qualité du rayon lumineux. — Deux arguments le donnent à penser :

yer j^rijumenl : La fusion des couleurs complémentaires dans la vision binoculaire. — « 0n sait, dit le P. de Sinéty, que, lorsque des radiations de teintes complémentaires impressionnent des points correspondants des rétines de l'œil droit et de l'œil gauche de telle sorte, par exemple, que l'œil droit reçoive en un point de sa rétine des radiations jaunes, et l'œil gauche, en un point correspondant, des radiations ])leues, le sujet éproure ordinairement une sensation de blanc, ill est nécessaire pour cela que les deux yeux soient a&sez rigoureusement de même force.)

« L'expérience est facile à réaliser à l'aide du stéréoscope. Supposons que nous avons deux vues stéréosco piques d'un, même objet, d'une statue, par exemple; colorions celle que regardera l'œil droit en jaune pâle et celle que regardera l'œil gauche, en bleu pâle. Si les teintes sont convenablement choisies, au stéréoscope on verra en relief une statue blanche.

« Bien compris, ce fait sullit, si je ne me tromipe, à démontrer la théorie du réalisme mitigé. Je demande en effet : quand le sujet voit la statue blanche, où se trouve la qualilè blanche réellement?

« Pas sur les vues coloriées : l'une est bleue, l'autre est jaune. Pas dans les milieux extérieurs à l'œil. Pas dans l'œil gauche ui dans l'œil droit. Et alors? Dans le cerveau, peut-être? L'interprétation nisme physiologique admettrait-il que le blanc formel, tel que nous l'atlribuons aux objets, serait fabriqué par l'orgaaisme et perçu immédiatement par les cellule* cérébrales des sphères optiques? Cette explication serait pour le moins inattendue. Les ■«nerfs optiques sont-ils des milieux translucides laissant passer et transmettant la lumière telle quelle? et si seule V action de la lumière arrive aucerveau, et pas la lumière eUe-même, cestl'action de cette lumière qui est immédiatement connue, et pas la lumière niles couleurs f 1 ) ! ... Je conclus donc de cette expérience : on peut

voyantes. On éclaire ceUe image avec la tlaintne du sodium, qui n'émet que des rayons jaunes. L'image apparaît toute noire; les seules parties où il y a du jaune restent colorées. Ici l'ohjet est éclairé, il est visible; cependant certaines couleurs ou qualités sensibles n'ont pas trouvé moyen d'arriver jusqu'à l'œil. Pourquoi cela? Serait-ce que la couleur est dans le rayon plutôt que dans l'objet, et que la qualité sensible du corps ne consiste que dans l'aptitude à renvoyer le rayon d?une certaine couleur? > -^ Saint Thomas pressentait-il les découvertes de la. physique moderne, lorsqu'il écrivait : • Color nihil aliud est quam lux quaedam quodanimodo obsculata ex admixtioue corporis opaci >•? (II De Anima, 1. xiv.;

(I) D'après Ms' Farges et d'autres scolastiques modernes, en vertu de l'axiome : agens agit simile sibi, c'est tout un de connaître l'action d'une chose ou de connaître cette chose même. Laissons le P. de Sinéty leur répondre : « Que veut-on dire, lorsque l'on repète que tout agent produit quelque chose qui lui est semblable? Il me semble que ce principe équivaut tout simplement à cet autre : toute cause: agit d'après sa nature; un agent ne laft pas n'importe quoi, mais agit dans son ordre. Tout ûela est infiniment vrai, mais n'avance pas beaucoup la question de la similitude... Il est certain qu'une action est une manifestation d'un agent. Comment tirer

OlALITliS SKCOMiKS. 111

voir du blauc, ou avoir la sensalion de couleur blanche sans qu'il y ait, dans l'objet exléricur au sujet connaissant, de qualité blanclie. Ceci est inadmissible dans la théorie du réalisme absolu. II est donc nécessaire d'admettre que la sensation visuelle de couleur blanche résulte d'une réaction psychique interprétative de la réalité. »

'2" Argument : La vision de la lumière blanche. — Un phénomène tout ù fait normal et usuel, la vision de la lumière blanche, nous conduit à la même conclusion. En effet la sensation produite par la lumière blanche résulte en réalité de l'impression produite sur nos organes par l'en semble des radiations élémentaires dont aucune n'est })lanche et qui, — la physique le tient pour assuré, — ne changent pas de nature en s'unissant pour former la lumière blanche. Ici donc encore, pas de blanc dans la source lumineuse ni dans les radiations ni dans le milieu interposé, mais seulement dans la sensation par laquelle le sen.s réagit à l'excitation objective (1 .

§ 4. — Conclusion. — 1. Les mots de chaleur, de couleur, d\? son, d'odeur et de saveur signifient donc en réalité deux choses profondément distinctes, selon qu'on les prend au sens subjectif, en tant qu effets psychologiques produits en nous, ou au sens objectif, en tant que causes physiques capables de produire en nous ces effets. Au premier sens ils signifient des sensations, et au second des (jualités inconnues en elles-mêmes agissant sur nos <ens par l'intermédiaire de mouvements matériels. Ces deux ordres de faits sont sans doute reliés entre eux par iun rapport de causalité, mais il n'y a pas entre eux de rapport • de ressemblance stricte qui permette de saisir directement celui-

ile lii (|uil y a. giniilitude entre l'action et l'agent? Si l'on veut dire » similitude d^; |)n>porliou •, point de difticulté ;i cela. Mai» poui- otal)Ur 1« réalisme absolu, on a bfsniii d'un peu plus, d'une vraie ressemblance. »

(1) Les partisans de l'objectivilc stricte des qualités secondes opposent ordinairement a la doctrine que nous venons d'exposer los deux objeclious suivantes :

I' Sous peine de tomber dans le sceplicisme universel, on ne peut admettre que des lacultcs do connaissance se trompent par rapport à leur o6^e/ propre; or l'objat propre de la vue. par exem|)le, c'est la couleur; ilonc on ne peutdire que la couleur n'est pas forœellcnicut objective,

■>:■ Si la couleur n'est pa'; objectiva, bieu. qui a fait notre oeil pour la voie, nous irompe constamment, ce qui est inadmissible.

A la première objection nous répondrons que la raison, faculté de l'absolu, ne peut en effet se tromper, d'elle-même, sur son objet propre, mais qu'il n'eu est pas nécessairement ainsi pour des facultés empiriques, incapables de vérité, et donc aussi de fausseté, proprement dites et dont les données doivent être entièrement soumises a la criU(|ne de la raison.

Quant h la seconde objection, .i savoir que Dieu nous tromperait, elle tombe d'ellemcmc. Kii effet, outre que nos sens n'offirmanl rien ne i>cuvent tromper, Dieu, en nous donnant une raison pour critiquer leurs données, — infailliblement, si nous voulons être prudents, — voit sa véracité absolbment hors de cause.

ci dans celui-là. Il faut donc avouer qu'ici la sensation n'est pas une image qu'il suffit de voir, mais un signe qu'il s'agit d'interpréter à l'aide de la raison, afin de savoir exactement à quoi elle correspond dans la réalité.

2. Bref, il faut distinguer avec soin les deux catégories de qualités sensibles, et considérer les qualités premières comme fondamentales et objectives, perçues directement telles qu'elles sont en elles-mêmes, et par suite, immédiatement représentatives de la réalité. Pour les qualités secondes, il faut admettre qu'elles sont relatives et subjectives quant à la forme sous laquelle nous les percevons. Les sensations qui leur correspondent n'ayant pas de conformité immédiatement représentative avec la cause matérielle qui les produit en nous, ne sauraient par elles-mêmes nous en donner l'idée; aussi sont-elles simplement significatives de la réalité et ne doivent-elles être affirmées comme objectives qu'après interprélation, au moyen d'une certaine inférence (1).

L'étendue résistante, éprouvée comme nôtre dans la conscience que nous avons de notre moi corporel, et s'imprimant directement en nous par le toucher actif, s'il s'agit des autres corps, tel est donc l'élément immédiatement perçu dans sa réalité objective, et qui nous permet d'affirmer la conformité de notre perception avec l'objet, sans qu'il soit besoin de recourir à une comparaison impossible. C'est cette perception qui nous fournit l'élément d'extériorité indispensable pour objectiver les données de nos sens; c'est elle qui constitue comme le noyau solide autour duquel viennent se grouper les qualités secondes, et nous permet de les interpréter en les ramenant aux qualités premières : étendue, impénétrabilité et mobilité, lesquelles seules sont telles quelles objectives et essentielles à toute matière.

(1) • Il ne faut point s'imaginer, dit Leibniz, que ces idées de la couleur ou de la douleur soient arbitraires et sans rapport ou connciion naturelle avec leurs causes; ce n'est pas l'usage de Dieu d'agir avec si peu d'ordre et de raison. Je dirais plutôt qu'il y a une manière de ressemblance, non pas entière et pour ainsi dire « in terminis », mais expressive, ou une manière de rapport d'ordre, comme une ellipse et même une parabole ou hyperbole ressemblent en quelque façon au cercle dont elles sont la projection sur le plan, puisqu'il y a un certain rapport exact et naturel entre ce qui est projeté et la projection qui s'en fait, chaque point de l'un répon dant, suivant une certaine relation, à chaque point de l'autre. C'est ce que lesCaricsirns ne considèrent pas assez... • (Nouveaux Essais, 1. IL c. vu, § 13.)

THÉORIES MÉDIATISTES. 113

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