LES IMAGES
lion sans la ressentir actuellement, mais il ne prévaut pas contre • la conscience qui nous rapporte que souvent l'image d'une émotion passée oITre des caractères et joue un rôle analogues à ceux de cette émotion elle-même. Bref, la distinction proposée par Ribot entre les souvenirs affectifs abstraits et les souvenirs affectifs concrets nous semble parfaitement fondée : les premiers sont froids et ne nous donnent qu'une connaissance intellectuelle de l'émotion passée; les seconds sont pleins de vie et de chaleur : ils sont l'émotion même plus oumoins complètement renaissante.
i; 3. — Images motrices. — 1. L'image réagit très efficacement sur le système nerveux et, par lui, sur les organes sensoriels et moteurs (1); et l'on peut dire que toute image d'un acte ou d'un mouvement détermine en nous un commencement de cet acte, une ébauche de ce mouvement.
a) Nous avons déjà vu qu'il suffit de goûter en pensée à quelque mets savoureux ou à quelque substance acide, pour que l'eau vienne à la bouche; or la salivation n'est, en somme, qu'un commencement de manducation. Que l'on imagine le son delà lettre B ou P,on sentiraun mouvement imperceptible des lèvresqui tendent à se rapprocher. Qu'on se représente un mouvement vertical ou horizontal, le globe de l'œil ébauchera un mouvement de haut en bas ou décote; tellement qu'un observateur exercé peut deviner la direction d'un mouvement pensé par une personne, en appliquant le doigt sur sa paupière fermée. Que, dans quelque passage dangereux, on se représente un peu vivement la possibilité d'une chute, le vertige vous prend; or le vertige est une chute commencée; la preuve en est qu'il faut faire ell'ort pour résister au mou- \ ement qui vous emporte.
h) Bien plus, la peur d'une maladie ou la croyance imaginaire d'en éprouver quelque symptôme sulTisent parfois à déterminer l'apparition de cette maladie elle-même. On sait l'influence décisive que la confiance ou le découragement du malade peuvent exercer <urson état. Bref, l'imagination peut tuer comme elle peut guérir.
Nous aurons occasion de revenir sur cette question en j)arlant des liapports du physique cl du moral.
2. C'est dans cette force de l'image qu'il faut chercher la raison dernière de la contagion des exemples, des phénomènes sympalliiques, de la violence presque irrésistible de certaines tentalions, du besoin d'imitation si prononcé chez les enfants, et des efi'ets surprenants de la suggestion hypnotique.
H) M. Chevn-ul a démoutn- expéiimenlaleinont linlluoncc de l'imagination sur les nerls lutteurs, l/on lionlà la main un pendule i|u'on laisse osciller librement à i'iu- Icrieur d'un verre; si l'on imagine avec insisiancc queiquc mouvement dans un sens déterminé, le pendule finit par l'exécuter comme de lui même.
couns DE niii.osorniE. — t. i. 9
En général, on peut dire que plus une image est saisissante ou attrayante, soit par elle-même^ soit par la manière dont elle est proposée, soit par le caractère de celui qui Timpose, et plus elle a de pouvoir moteur. D'autre part, plus un être est débile physiquement ou mentalement, et plus il est susceptible d'être subjugué par l'exemple et tyrannisé par l'image.
3. La question des idées -forces, ou plutôt de la force des images (1), peut se ramener aux propositions suivantes :
a) L'image d'un acte ou d'un mouvement est en réalité un commencement de cet acte ou de ce mouvement.
b) Tout acte commencé tend de lui-même à s'achever (loi d'association).
c) Si toute image ne se réalise pas en fait, c'est qu'elle est tenue en échec par d'autres images concomitantes de force égale ou supérieure, provenant de sensations ou perceptions actuelles: car c'est une autre loi que tout état faible soit refoulé par l'état fort qui lui est contraire. Ou bien c'est que, par l'intervention de nos facultés supérieures, nous en arrêtons délibérément le développement en lui opposant d'autres images, ou que nous lui imprimons une direction nouvelle en la faisant entrer comme élément dans quelque groupe plus complexe.
d: Si donc on suppose un esprit vide de toute perception et de toute sensation actuelle, occupé exclusivement par une image unique, celle-ci se réalisera infailliblement et se traduira en acte par sa force même. C'est le eas du somnambule ou de l'hypnotisé.
' ART. IV. — Ij'iiHag:inatioii reproduetrire. — Tj^pes et !•£«.
La faculté conservatrice et évocatrice des images s'appelle l'imagination. On pourrait la définir en gé)iéral, la faculté de se représenter sous une forme sensible des objets absents, invisibles, ou simplement possibles.
On distingue généralement deux sortes d'imagination : l'imagination reproductrice et l'imagination créatrice, selon qu'elle se borne à reproduire les images telles qu'elles nous ont impressionnés, ou qu'elle les modifie et les combine pour en former des assemblages nouveaux. îNous ne parlerons maintenant que de la première, nous réservant de traiter de la seconde plus loin sous le nom d'activité créatrice de Vesprit.
§ 1. — Nature de rimagpination passive et reproductrice. —
L'imagination simplement reproductrice est le pouvoir de nous
Cl) De fait, par elle-même, l'idée est inerte, et tout son effet djTiamique loi vient de l'image qui l'accompagne : Universalia non monent, dissiit l'Ecole; il y faut de l'individuel L't du colurel. Or toute idée est plus on moins abstraite et générale.
IMAGINATION HEI'RODUCTRICI:;. Viii
i^'prfiSoUer les objets antérieuremeni perçus- tels qu'ils uous sont apparus pour la première fois et dans le même orf//'^.. Les anciens Ui désignaient sous le nom dlmo^jination sensitivc, de mémoire ima'jitialiue.
tL de fait, sous cette forme élémentaire, l'imag-jualion n'est guère quune variété de la mémoire. Elle s'en distingue cependant, selon la remarque d'Aristote, ea ce qiu elle n'implique pas la recoMiaissance ni le reloui* sur le passé;, et que ses données ne nous apparaissent point comme des copies d'objets déjà vus, mais comme des apparitions d'objets simplement possibles. Voilà pourquoi, dès que ces images atteignent un certain degré de vivacité, comme dans l'iiallucinaliou, ou qu'elles se produisent en l'absence de toute perception, comme dans le rêve, elles nous font illusion, et nous portent naturellement à croire à la pré- >ence de l'objet qu'elles représentent.
sj 2. — Types d'imaginatlou.. — On la fait justement remarquer,, il ne faudrait pas parler de l'imagination, mais des iinaiji- 7}ajtionj;. Cette faculté dépend en effet du caractère habituel ou des dispositions passagères du sujet, de ses habitudes, de sa tournure d'esprit, surtout de l'acuité innée ou acquise de tel ou tel de ses sens. Aussi bien, l'image n'étant que le résidu d'ane sensation antérieure, on conçoit quelle doive varier et se diversifier chez les différents sujets^ selon leur aptitude à percevoir plus ou moins vivement les fig.ures,, les sons ou les mouvements. De là Ifts différents types imagjnatifs correspondant aux types de uiétnoires. S'agjt-il dese représenter iniaginativement la lettre A, le type auditif en entendra plutôt le son, le type visuel en verra la forme graphique, tandis q[ue le type moteur imaginera ou mieux ébaucliera le mouvement nécessaire pour la prononcer ou pour l'écrire.
y; .">. — Loi» de l'iuiagination passive ou reproductrice. — 1^' Imagination, étant une faculté sensible, est soumise tout à la lois à des lois psychologiques et phy^sioloijiques.
!.. Ainsi la nature, la vivacité des images, la durée de leur conservation,, la fréq.ueuce de leur retour dépendent soit de la vivah cité de l'impression première, soit de l'attention apportée aux objets, soit enfin de la fréquence de leur observation.
2. Quaat aux conditions physiologiques de l'imagination passive, nous verrons q,u'elles s'iclentilienl avec ceiks de la mémoire sensitive et de l'association,, et (juc la reviviscence et la succession des images s'opèrent au moyen du même mécanisme cérébral que l'association des idées. Hornnns-nous à remarquer présentement que tout ce qui influe sur le cerveau, comme l'Age, le
sexe, le tempérament, la maladie, le climat, etc., influe parla même sur rimagination. Elle est plus vive chez Tenfant que chez l'adulte, chez la femme que chez l'homme, chez le méridional que chez l'habitant du nord, chez le malade que chez celui qui est en santé. Tout ce qui surexcite Iransiloirement l'état du cerveau exalte proportionnellement l'imagination. La belladone, l'opium, le haschisch, les alcools, la veille ou le jeune prolongés provoquent des phénomènes d'imagination intense et désordonnés, tels que le délire et l'hallucination.