LA MÉMOIRE
mènes ou d'élatsde conscience. Des états primaires ou étais forttt, caractérisés parla vivacité et la netteté de rimpression, et des états secondaires, qni ne sont guère que la répétition plus ou moins atraiblie des états primaires correspondants, et que pour cette raison Ton appelle étals faibles. Or la sensation et les perceptions actuelles appartiennent à la première catégorie, tandis que l'image et le souvenir appartiennent à la seconde. Donc, intensité pltis faible, tel e-st le premier caractère qui distingue le souvenir de la perception.
2. Toutefois cette différence d'intensité est loin d'être décisive. 11 est des cas où les états dits secondaires atteignent un tel degré de force, et où les états primaires descendent à un tel degré de faiblesse, que cette distinction devient illusoire ou même se renverse. Ainsi, quand un objet s'évanouit graduellement à nos regards, ou qu'un son s'éteint peu à peu à nos oreilles, il est bien difficile de distinguer le moment précis où nous voyons et entendons encore, du moment où nous ne faisons qne nous souvenir d'avoir vu et entendu. D'autres fois, l'image est si vive qu'elle nous fait l'effet d'une sensation et d'une perception véritables, ainsi qu'il arrive dans l'hallucination et dans les douleurs imaginaires.
3. Nous reconnaissons que, sous ce rapport, la distinction est parfois délicate à faire. Mais, en dehors de certains cas exceptionnels où le souvenir dégénère en véritable obsession, il est d'autres signes certains qui empêchent de le confondre avec la perception actuelle.
a) Ainsi, le souvenir est généralement moins stable et moias distinct que la perception.
b) Il ne s'impose pas à l'esprit avec la même autorité. On peut écarter à, volonté tel ou tel souvenir, rappeler de préférence celuici ou celui-là ; tandis que, si nos organes sensoriels sont en bon état, nous ne pouvons nous dispenser de voir, d'entendre, de sentir les objets qui sont à notre portée.
c) Enfin et surtout, la perception est un état fort, associé logiquement à d'autres étals forts qui confirment la réalité présente de sou objet; tandis que le souvenir est un état faible y plus ou moins imprévu, isolé au milieu des états forts concomitants, et contredit par eux.
4. D'un autre côté, le .souvenir se dislingue des fictions de l'imagination.
a] Use présente à l'esprit de lui-même et sans fatigue de notre part, tandis que la fiction suppose d'ordinaire certains efforts de combinaison.
b) Nous pouvons, sans doute, écarter un souvenir, mais non le modifier à notre gré, comme il arrive pouj- les données de l'imagination, car son contenu s'impose à l'esprit.
lo2 PSYCHOLOGIE.
c) De plus, la fiction, se bornant à nous représenter des objets simplement possibles, n'a, par elle-même, aucun contact avec la réalité; tandis que le souvenir trouve sa place au milieu d'autres souvenirs avec lesquels il est logiquement et chronologiquement relié, et qui en garantissent par là même l'exactitude.
Voilà pourquoi dans le sommeil, où nous perdons conscience de la durée, nos souvenirs reparaissent scus forme d'images, lesquelles à leur tour, n'étant pas refoulées au second plan ou contredites par les données actuelles de nos sens, nous font l'effet de perceptions véritables.
d) Enfin et surtout, le souvenir implique un élément qui ne se retrouve pas dans la simple image : à savoir, l'impression du déjà vu.
Cette impression, assez difficile à analyser, consiste, d'après Hôffding, dans la facilité plus grande avec laquelle les objets déjà vus se représentent à notre esprit, comme si leurs images, y trouvant les cadres tout préparés pour les recevoir, s'y organisaient et s'y coordonnaient d'elles-mêmes, sans aucun effort de notre part, à peu près comme d'anciennes connaissances qui se retrouvent et s'installent chez elles.
ART. V. — liocailisutiou du souvenir dans le passé.
La réapparition d'une connaissance, jointe à la conscience de l'avoir déjà eue, ne suffit pas à constituer un souvenir vrai et complet ; il faut de plus être en état de localiser dans le passé le fait qu'il nous rappelle, en mesurant l'intervalle qui sépare la première apparition de son retour, afin d'assigner à celle-là sa date précise. Comment y parvenir?
Théoriquement, le mécanisme de la localisation d'un souvenir serait de remonter la série des événements qui ont précédé, jusqu'à ce qu'on arrive à celui que la mémoire nous rappelle. Malheureusement nos souvenirs sont trop incomplets pour constituer une série ininterrompue. Comme le remarque Taine dans son style imagé, « tous les jours nous perdons quelques-uns de nos souvenirs, en sorte que bientôt un mois, une année ne se trouvent plus représentés dans notre mémoire que par quelques images saillantes, semblables aux sommets épars qui apparaissent encore dans un continent submergé » {De l'intelligence).
Pratiquement, tout ce que la mémoire peut faire, c'est de se composer un tableau abrégé de notre passé dans lequel les principaux événements sont rangés par ordre chronologique, comme autant de jalons et de points de repère autour desquels viendront se grouper des faits de moindre importance.
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Dès lorp, pour sititrr un fait que la mémoire nous rappelle, il suffira de le faire, remonter pour ainsi dire le long de l'échelle de nos souvenirs, jusqu'à ce qu'il trouve sa place réelle et vécue entre deux événements plus mémorables, qui ont mieux résisté à l'oubli.