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III. — L'imagination dans la vie

Quel que soit le rôle de l'imagination dans la .science et dans les arts, c'est .surtout dans la pratique do la vie qu'il est intéressant d'en con.stator l'importance; car, si nous ne sommes pas tous destinés à être dos artistes ou des savants de profession, chacun du moins doit travailler à dm-enir un honnête homme.

1. Et d'abord, en nous faisant revivre les joies que nous avons goûtées et les peines que nous avons éprouvées, Yimaginalion reproductrice nous permet d'en mieux juger l'a valeur, et d'eu retirer plus sûrement les leeons qu'elles comportent. En nous faisant partager par la sympathie les souffrances d'aulrui, elle nous force pour ainsi dire à les soulager et devient ainsi le plus puissant auxiliaire de la charité (1). En nous représentant

(1) c'est un fait rcmaniiii- par nusald Siowarf que beaucoup (riiotnincs ne manquent de bonté ()uc parce i|u'ils mani|uenl (t'iinaginalion. " Ils svinpalliiseraienl plus

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l'imago sonsiblf do porsoniies aimées et absentes, elle perpétue entre elles et nous un piécieux romiuerce dr souvenirs et d'alTection.

2. Sous lorme de l'anLuisie, par les fictions aimables qu'elle enfante, parle* riantes pei-spectives qu'elle nous ouvre, par ses illusions mêmes, pouvu que nous n'en soyons pas les dupes, l'imagination a aussi sa place et sa raison d'être dans la vie. Elle est une .source de jouissances innocentes; elle nous distrait de la triste réalité, nous aide à prendre en patience les mau.x présents par l'espérance, ou si l'on veut, par l'illusion d'un avenir meilleur.

C'est à son souffle qu'éciosent la plupai't des projets généreux; c'est elle qui donne et soutient l'élan dans l'action et console dans les réveils. Sans un peu d'iaiagination que deviendrait l'amitié, et sans amitié que dépendrait la vie?

3. Toutefois, n'oublions pas que, si la fantaisie a le pouvoir de nous distraire, de nous encourager, de nous inspirer de la sympatliie pour nos semblables, c'est elle aussi qui est l'inspiratrice des préventions injustes, des vaines terreurs, des conceptions démoralisantes. En nous menaçant de maux chimériques, en exagérant à plaisir les difficultés à venir, elle paralyse notre énergie, elle ti-ouble notre repos et parfois même noti-e raison.

— 2\e nous abandonnons donc pas sans discrétion à ses suggestions caj^ricieuses; no les acceuillons pas toutes indififéremment, et surtout, ne développons pas outre mesure cette faculté équivoque par l'habitude de la rêverie, par la lecture des romans ou la fréquentation des théâtres ; elle nous jetterait bientôt d;ins un monde chimérique où l'esprit s'exalte, où le cœur s'amollit, où le sens moral se fausse et où le jugement pratique se perd.

Prenous-y garde, l'esprit s'enivre aussi bien que le corps, elles suggestions de la fantaisie sont capiteuses comme l'alcool : un peu ranime, fortifie, égayé: ti'op trouble la vue, cnHainme le sang, fait chanceler, en un mot, engendre la passion qui est l'ivresse de l'àme. Comme dit J.-J. Rousseau, qui en a fait lui-même la triste expérience : « force de vouloir élre ce qu'on n'est pas, on fiait par se croire autre chose que ce qu'on est, et voilà comment on devient fou.

4. Mais, on le comprend, le rôle de l'imagination dans la vie ne se borne pas à nous amuser et à nous distraire; une si puissante faculté a une mission pius haute : son objet principal estdcnous remettre vivement devant lesyou.x le but à poursuivre ici-bas, l'idéal de la vie humaine et les moyens à prendre pour y atteindre ; car la Nie, elle aussi, a son idéal, sa conception sérieuse et vraie que nous devons reproduire en nous; cet idéal n'e.st autre que la justice et la voTtu réalisées par l'effort et le sacrifice. L'honnête homme, le vrai sage est un artiste, disait Platon, 6 çùôcroço; jiODdtxô;, amoureux de l'ordre et do l'harmonie, et son chef-d'œuvre, c'est lui-même.

Ici encore, le danger est do substituer la fiction décevante à l'idéal austère, de rêver une vie sans lutte et sans efforts, un devoir tonjoui-s d'accord avec le plaisir, une position sociale indépendante des hommes et des circonstances. Jlallieur à qui se laisserait égarer par de pai'eilles chimères! Autant l'idéal loyalemiMit accepté, généreusement poursuivi, donne à la \ie de noblesse, de digniti', de vrai bonheur, autant la fiction démoralise, abaisse, désespère.

— La conclusion, c'est que l'imagination joue vis-à-vis de l'intelligence le même rôle que la passion vis-à-vis de la volonté : mauvais guide, excellent auxiliaire. C'est qu'il n'y a pas plus de haute intelligence sans puissante imagination, que de grand caractère sans forte passion : à une condition toutefois, c'est que cette passion sera contenue et cette imagination conti-ôlée et dirigée par ia raison.

intimement avec ceux qui souffrent et s'apitoieraient daTantage sur leure maux, s'il se les représentaient assez vivement. >

deuxii^:me partie

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