CHAPITRE V
LES IDÉES MÉTAPHYSIQUES — NOTIONS PREMIÈRES on IDÉES DE RAISON
Outre les idées métaphysiques dont l'origine est l'appréliension immédiate du rn.oi par la conscience, nous constatons dans notre esprit l'existence d'autres idées présentant des caractères semblables et dont il importe de rechercher la nature et Yorigine. On les appelle idées premières ou idées de raison; elles ne sont en somme que les divers aspects de l'idée d'absolu, considérée en elle-même ou dans ses rapports avec le relatif (1),
ART. I. — i%ature, existeacc, analyse et enchaÎBement de« uotioBs premières.
!< 1 . — Leur nature. — 1 . Nous l'avons dit, les notions premières ou idées de raison sont les différentes formes que peut revêtir ridée d'absolu. Ce sont, si on la considère en elle-même, les idées de nécessaire^ d'tn/ini et de parfait; et, si on la considère dans ses rapports avec le relatif, les idées de cause première, de fin dernièi-ey de substance absolue, de vrai, de beau et de bien absolus [i).
(i) Il ne faut pas confondre les notions preinii-res ou idées de Faison avec les vérités premières ou principes de raison dont nous parlerons plus loin.
Une vérité consiste dans l'afCrmalion d'un rapport entre deux idées; elle s'exprime par une proposition. Une idée ou une notion est la simple représentation inteUectuelle d'un objet sans aucune al'firmalion : elle s'énonce par ua terme. On dit l'idée (le cause, de fini, mais on dit le principe de causalité, le principe de finalité, parce qu'ils se formulent par ces propositions : tout ce qui coiuînence a une cause: tout en ce moride a un^e fin.
[•2) Kant ajoute à cette liste les idées d'etpace et de temps, dont il fait deux notions a priori, deux fornies irréductibles de la sensibilité.
Nous prétendons que ce sont là deux idées simplement abstraites, deux généralisations des données de l'expérience.
L'idée d'espace se dégage des données expérimentales de la vue et du toucher. En effet, si nous faisons abstraction des couleurs, des figures, des résistances, etc., pour n'envisager que les rapports àc position {contiguïté et distance), nous obtenons l'idée d'étendue abstraite, c'est-à-dire une possibilité d'extension indéfinie suivant trois dimensions, indifférente à recevoir toutes les figures, toutes les couleurs, etc., en un mot, tous les corps possibles. C'est la notion d'espace.
L'idée de temps s'obtient à l'aide des données expérimentales de la conscience. En faisant abstraction des différences que présentent nos phénomènes intimes pour ne les considérer qu'au point de vue de la continuité et de la permanence qui unit entre eux les divers moments de leur existence, nous obtenons l'idée da temps qui dure.
En considérant ces mêmes faits sous le rapport de leur succession, c'est-à-dire C'tmme se précédant et se suivant, fnous concevons une possibilité indéfinie de suc-
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2. Ces notions sont appelées premières, non pas chronologiquement, en ce sens qu'elles précèdent dans notre esprit toutes les autres idées, mais logiquement, en tant qu'elles sont le suppose et la raison de toutes les autres; premières aussi en importance, car les idées de parfait, d'infini, de bien absolu, planant sans cesse devant notre esprit, comme le terme idéal de notre tendance, l'objet suprême de toutes nos aspirations et de tous nos etTorts, sont, parla même, la raison et le ressort de tout progrès dans la science, dans l'art, comme dans la vertu.
§ !2. — Existence de ces idées en nous.
î. En eftet, nous les distinguons de leurs contraires: nous pouvons les définir, en affirmer et en nier plusieurs choses; d'autre part, elles constituent le terme de nos aspirations et de nos tendances, la raison même de tout progrès et de tout effort.
2. Sans doute, nous ne saurions les comprendre, ni les concevoir d'une manière adéquate : l'intelligence infinie en est seule capable; mais pour être imparfaites et simplement analogues dans notre esprit, ces idées n'en sont pas moins positives et véritables, et l'on peut dire que, si les attributs de parfait et d'absolu sont nécessairement incompréhensibles à toute intellige-nce bornée, ils ne sont cependant pas inconcevables. Comme dit Descartes, « je puis toucher une montagne, quoique je ne puisse l'embrasser 'K
I § 3. — Analyse et enchaînement des idées de raison.