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CHAPITRE PREMIER

L'INTELLIGENCE ET LA RAISON AIIT. I, — .\altirc «»t carsictèrcN «lo l'iniellîjjriQrr ««d «l»« la raiNOB.

^1. — Nature de l'intelligence et de la raison.

Concevoir, juger et raisonner sont les trois opérations de la

pensée discursive par laquelle nous opérons ces rapprochements féconds entre les idées qui nous révèlent les raisons des choses et que, pour ce motif, nous appelons proprement la raison. Il est un autre mode d'activité intellectuelle à la fois plus immédiat et plus fondamental que Tordre discursif, c'est la pensée intuitive. Par elle, l'esprit ne conçoit pas seulement la réalité, en la reconstituant idéalement en lui-même d'après des données d'expérience, mais il \?i perçoit immédiatement, lisant, pour ainsi dire, à livre ouvert dans l'objet même : intelligere quasi intus légère, disaient les scolastiques (i), d'où le nom d'intelligence qu'ils réservaient à ce mode de penser (Voir, en Logique, La pensée intuitive).

jî 2. — Caractères opposés de l'intelligence et de la raison.

1. Ils se ramènent tous à l'opposition que nous venons d'énoncer entre la perception et la conception, entre l'intuition ou la connaissance expérimentale et la pensée discursive.

Nous avons déjà rencontré cette opposition en traitant des données de la conscience. Rappelons par exemple l'origine de la notion de substance : la conscience saisit immédiatement la substance du moi, elle la perçoit, mais ne la conçoit pas à proprement parler; aussi, alors que tous ont conscience de leur propre réalité substantielle, bien peu sont capables d'en donner une définition correcte. En effet, saisi?' directement et immédiatement la subs tance par la conscience est une opération intuitive, une connaissance expérimentale; la définir relèwe de la connaissance discursive.

2. De cette opposition essentielle entre les deux modes intuitif et discursif de la pensée résulte une différence très importante au point de vue métaphysique : c'est que la pensée intuitive, c'est-àdire procédant par intuition directe, est infaillible; aussi ne saurions-nous nous tromper dans l'affirmation des premiers principes. Au contraire, la pensée discursive est sujette à l'erreur et à l'abus. On peut, en effet, raisonner sur des données fausses ou douteuses qu'on ne prend pas la peine de contrôler; on peut aussi, tout en partant de données justes, manquer à quelque règle de logique et arriver ainsi à des conclusions fausses, toutes chances d'erreur qui ne peuvent s'introduire dans le commerce immédiat de l'esprit et de son objet, qui a lieu dans la pensée intuitive.

§ 3. — Caractère commun de l'intelligence et de la raison.

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