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La pensée intuitive qui mérite proprement le nom d'inlel

(1) La véritable étymologie est inter légère et non intus légère. Comme il arrive souvent, rétyraologie scolaslique donne le sens plutôt que l'origine du mot. Intelligere dicit nihil aliud quam simplicem intuitum intellectus in id quod sibi est praesens intelligibile tS. Thomas, I Henl., D. m, q. iv, art. v).

HAISON INTl'lTIVi;.

li(/et)cr et la pensée discursive à laquelle convient celui de raison ont ceci de commun que toutes deux sont des modes d'opération strictement immatériels en eux-mêmes et par lesquels notre esprit atteint ce qu'il y a de tiécessaire et d'absolu dans la nature intime o\ dans les rapports essentiels des objets.

"■2. En effet, ici-bas les êtres et les phénomènes, tout changeants qu'ils sont, ont pourtant une nature sans laquelle ils ne seraient pas ce qu'ils sont; ils n'existent pas indépendamment les uns des autres; ils sont reliés entre eux par certains rapports. Parmi ces rapports, il en est de contingents qui changent et se modifient sans cesse ; tels sont les rapports de succession, de juxtaposition, de grandeur, de ressemblance ; et il en est de nécessaires, qui ne peuvent pas ne pas exister ; tels sont les rapports d'effet à cause, de moyen à fin, de qualité à substance, etc. L'expérience sensible peut bien percevoir les premiers, mais ce caractère de possibilité, qui fait qu'une chose peut être; ce caractère de nécessité, qui fait qu'une chose (notion ou relation) ne peut pas ne pas être ; ce caractère d'universalité en vertu duquel un rapport se vérifie indépendamment du temps et des lieux, lui échappent absolument. Ils sont l'objet propre de notre faculté du nécessaire et de l'absolu.

3. A ce titre, l'intelligence et la raison ont toutes deux pour fonction de saisir, chacune à sa manière, la raison des choses, toutes deux sont facultés du nécessaire et de l'absolu, aussi les réunit-on souvent dans une appellation commune et les désignet-on indifféremment l'une et l'autre sous le nom d'intelligence et de raison : lorsqu'on ne tient pas h insister sur les différences qui les opposent, on parlera de raison intuitive ei intelligence discursive.

ART. II. — Ije triple domaiur de la raituon intuitÎTe.

Nous parlerons plus loin de la raison discursive, en traitant soit en Psychologie soit surtout en Logique, du jugement et du raisonnement. Nous avons à nous occuper d'abord de la raisori intuitive, c'est-à-dire de la raison en tant qu'elle est la faculté des vérités premières et des principes nécessaires. On peut distinguer trois ordres de principes, et par suite trois domaines de l'inloUigence ou de la raison intuitive.

\° Raison théorique. — La raison théorique ou s/v'ru/afiyt? est la raison s'exerçant dans le domaine de la vérité pure. Klle saisit les raisons (jui expliquent la possibilité ou la réalité des choses, et fourni t les /jyi»c'i/je* direcleursde la counnissance quimcttentl'ordre dans nos pensées. Saint Thomas l'appelle : hahitus principiorum speculabilium. Son objet adéquat est le vrai absolu.

2° Raison pratique. — La raison pratique est la raison s'exer-

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çant dans le domaine de la moralité, sous le nom de conscience morale. Elle perçoit l'obligation où nous sommes de conformer nos actes libres avec le bien, et fournit ainsi les principes directeurs de la conduite morale qui mettent l'ordre dans la vie. Saint Thomas l'appelle : habxtus naturalis principiarum operabilium. Son objet adéquat est le bien et la justice absolus.

3° Raison esthétique. — Enfin la raison esthétique est la raison s'exerçant dans le domaine du beau, ?ous le nom de fjoùt. Elle perçoit intuitivement l'accord harmonieux de la forme sensible avec ridée, et les règles à suivre pour exprimer celle-ci par celle-là. Elle fournit les principes directeurs de la conception artistique. Son objet adéquat est le beau absolu (i).

La raison pratique fait l'objet de la morale ; nous parlerons de la raison esthétique k ^TO^os du beau et de l'art; aussi n'avonsnous à étudier ici que la raison spéculative et scientifique, c'est-àdire la raison en tant qu'elle fournit les principes directeurs de la connaissance.

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