CHAPITRE II
LES PRINCIPES RATIONNELS OU VÉRITÉS PREMIÈRES AB.T. I. — ^'atiure des principe»».
1. Le principe, d'après Aristote, &si ce par quoi une chose est ou se connaît. Ce par quoi la chose est, c'est le principe au sens ontolo' /jique; et ce qui nous fait connaître pourquoi et comment la chose est, c'est le principe au sens logique. Nous n'avons à nous occuper ici que des principes au sens logique, c'est-à-dire en tant qu'ils sont propremenl directeurs de la connaissance.
Leibniz a drf-ssé la liste de ces principes.
Le premier, le supposé de tous les autres est le principe d'identité, avec ses trois formes dérivées : le principe de contradiction, le principe du troisième équivalent et le principe de contenance.
Vient ensuite le principe de raison suffisante, qui donne naissance aux principes de causalité, de substance,, de lois, de cause première et de finalité.
2. Tous ces principes sont aussi appelés vérités premières. Et de fait, ils sont premiers :
(1) On le voit, quel que soit le domaine où elle s'exerce, on peut dire que l'objet radical de la raison c'est l'ordre. Qu'il s'agisse de connaître le vrai, d'admirer, de reproduire le beau, ou de pratiquer le bien, c'est toujours l'ordre qu'elle prétend découvrir ou réaliser. Comme dit Bosquet, ■ le rapport de l'ordre et delà raison est extrême. I/ordre ne peut ctre mis «ians tes choses que par la raison, ni être entendu que par elle, il est l'ami de la raison et son propre objet ••
PRINCIPES PREMIKltS. 203
a) Au point de vue de leur importance : car, sans eux, il serait impossible de raisonner et même de penser. Comment, par exemple, affirmer qu'une chose est ou n'est pas, à moins d'être convaincu que l'affirmation n'équivaut pas à la négation; qu'il y a un vrai et un faux, et que tout n'est pas indifférent pour l'esprit?
b) Premiers au point de vue logique : car ces vérités, étant les plus générales de toutes, se trouvent nécessairement impliquées dans toutes les autres. Comme le dit Leibniz, « les vérités particulières dépendent logiquement des plus générales, dont elles ne sont que des exemples et des cas particuliers ».
c) Ils sont encore premiers au point de vue chronologique (dans un sens qve nous aurons encore à préciser) r car tout homm*3 prouve qu'il les possède par l'usage qu'il en fait, et le petit enfant qui pose son pTemhr pourquoi, ou qui énonce son premier jugement, est déjà persuadé que tout a sa raison et que la même chose ne peut à la fois être et n'être pas.
3. Les principes premiers, vraiment directeurs de la connaissance, ne doivent donc pas être confondus avec certains faits d'évidence immédiate, tels que: je sou /fre,. il fait jour, e/c, mais qui, n'étant pas impliqués dans toute autre affirmation, n'ont pas le caractère de /jrù?ci/?es universels; ni avec d'autres vérités rati-onnelles, quelque importantes et générales qu'elles soient, mais qui, ayant elles-mêmes besoin de démonstration, ne sont pas vraiment premières. Par principes directeurs de la connaissance, il faut entendre des vérités évidentes par elles-mêmes, nécessaires, absolument premières, d'une portée universelle, qui sont le supposé de toute oérité et même de toute affirmation.
Analysons et formulons chacun d'eux en particulier.
ART. II. — L<e principe d'identité et le principe de raison HufliNant«.
Nous l'avons dit, ces deux principes sont eux-mêmes la source et le supposé de tous les autres; ils sont donc seuls vraiment et absolument premiers, et constituent la double condition d'intelligibilité de toutes choses. En efTet, pour qu'une chose soit compréhensible, il faut et il .suffit que les idées'qui la représentent ne renferment aucune contradiction, et de plus, qu'il y ait quelque raison qui explique sa réalité, soit dans l'ordre àcVexistenc, soit dans l'ordre de la possibilité ou de la vérité d'c.wwc*?.
§ 1. — Le principe d'identité et ses dérivés immédiats.
1. Le principe d'identité peut se formuler ainsi : Ce qui est, est; A = A ; Toute chose est identique à elle-même. Il exprime tout à la fois l'accord nécessaire de la pensée avec elle-même, et de
l'être avec lui-même; en d'autres termes, la nécessité pot^r Vesprit de penser ce qu'il pense, et pour Vêlre, d'être ce qu'il est.
Ainsi, tout triangle a trois angles; tout carré a quatre côtés; 2 -f- ^ = i; Vhomme est un animal raisonnable : autant d'équations véritables, autant d'applications du principe d'identité.
Ce principe peut revêtir plusieurs formes dérivées.
2. Le principe de contradiction. — Ce principe est la forme négative du principe d'identité.
Il a été formulé par Aristote, au sens ontologique : Une même chose ne peut pas être et ne pas rire, en même temps, dans le même sujet et sous le même rapport; et, sous forme logique : La même chose ne peut être affirmée et niée du même sujet, en même temps et sous le même rapport. Ainsi, je puis dire sans contradiction que quelques hommes sont savants, et en même temps que quelques hommes ne sont pas savants ; mais affirmer simultanément que tous les hommes sont mortels et que quelques hommes ne sont pas mortels, c'est se contredire (1).
Il suit de là que la contradiction, non seulement ne saurait exister, puisqu'elle est la négation même de l'être, mais encore qu'elle ne saurait être vraiment pensée, une fois qu'elle a été reconnue.