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Du principe de contradiction découlent immédiatement

a) Le principe d' exclusion du milieu (autrement dit d'alternative ou du tiers exclu] : Une chose est ou n est pas, point de milieu. Il affirme en d'autres termes que, de deux propositions contradictoires, si l'une est vraie, l'autre est nécessairement fausse par cette raison que la même chose ne saurait à la fois être et ne pas être. r b) Le principe dit du troisième équivalent : Deux choses identiques à une troisième sont identiques entre elles. C'est l'identité perçue médiateraent, discursivement.

c) Le principe de contenance : Ce qui contient une chose contient aussi le contenu de cette chose. Ainsi, l'idée de Socrate, qui, au point de vue extensif, est contenue dans l'idée générale d'homme, est contenue par là même dans l'idée plus générale encore d'animal.

Tous ces principes sont analytiques, car l'attribut y est partiellement ou totalement identique au sujet. Aussi sont-ils impliqués dans toute déduction (2).

§ 2. — Principe de raison suffisante.

Le principe de raison suffisante peut se formuler : Tout a sa raison d'être, ou : tout ce qui est a ce quHl lui faut pour être.

(1) Hamilton remarque avec raison que ce principe serait mieux appelé : principe de non contradiction, [luisqu'il défend ;i l'esprit de se contredire.

(2) Les inatliématiiiucs en particulier n'en connaissent point d'autres, ainsi que nous le venons en Logique, en parlant de la métliode qui convient à ces sciences.

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Leibniz l'énonce sous cette forme : Rien n'' arrive sans qu'il y ait une raison pourquoi cela est plutôt qu autrement.

Comme nous l'avons dit des principes, le mot raison, lui aussi, peut s'entendre de deux manières. Au sens ontologique, la raison d'une chose est la source d'où une chose tire ce qu'elle a et ce qu'elle est; et au sens logique, la raison d'une chose est ce qui nous fait comprendre pourquoi el comment est cette chose. Voilà pourquoi le principe de raison suffisante est aussi appelé le principe d'universelle intelligibilité.

Appliqué à la réalité concrète, le principe de raison suffisante donne immédiatement naissance aux deux principes de causalité et de substance.

ART. III. — liP principe de causalité, le principe «les loi» et le principe de substance.

§ 1. — Principe de causalité. — Le principe de causalité n'est qu'une application du principe de raison suffisante à l'existence de l'être contingent. En effet, l'être contingent est, par définition, l'être qui peut exister ou ne pas exister. Or, comme tout a sa raison suffisante, il faut, si cet être existe, qu'il ait quelque raison de son existence. Ne l'ayant pas en lui-même, puisqu'il est contingent, il doit nécessairement l'avoir hors de lui, c'est-à-dire dans un autre être qui l'ait produit. Cet être s'appelle sa cause.

1. Le principe de causalité a été formulé de plusieurs manières qui sont loin d'avoir la même valeur. Dire, par exemple :

a) Tout effet a une cause, ou pas (T effet sans cause, est une pure tautologie; car l'effet étant par définition ce qui est causé, la formule revient à affirmer que tout ce qui a une cause a une cause.

b] D'autre part, la formule : tout fait a sa cause, est Ivop étroite; car elle ne comprend pas les êtres qui, eux aussi, peuvent être causés.

t) Affirmer que tout a sa cause, est simplement faux. Une conséquence a un principe, mais non pas une cause ; et Dieu, qui a sa raison en lui-même, ne saurait être causé.

d) Enfin, dire avec Kant : tout phénomène a pour cause un autre phénomène, c'est entendre la cause au sens impropre et purement phénoménal et, par suite, s'engager dans une série indéfinie de phénomènes sans parvenir jamais à une causalité véritable, c'est-à-dire à une raison vraiment suffisante de l'effet produit.

e) Le principe de causalité peut se formuler : 7'oul ce qui cornmen ce d'exister a une cause; ou, plus explicitement : Tout ce qui est, et n a pas de soi ce qu'il lui faut pour être, l'a reçu d'un autre

qui est sa cause; que cette cause soit elle-même produite ou improduite.

2. L'impossibilité où nous sommes d'admettre un être contingent sans cause, résulte, selon la remarque d'Hamilton, de l'impossibilité de concevoir le commencement absolu. En effet, le commencement absolu constituerait un passage du néant à l'être tout à fait inexplicable et inintelligible, comme contraire au principe de raison suffisante et à la raison elle-même.

3. 11 suit de là que le principe de causalité est moins universel que le principe de raison suffisante ; car, si toute cause est une raison, en tant qu'elle rend intelligible une existence, toute raison n'est pas cause; par exemple, quand elle se borne à rendre compte d'une simple possibilité. Tout être, réel ou possible, a donc sa raison ; seul l'être réel peut avoir une cause. — Le principe de causalité n'est applicable qu'à ce qui commence d'exister : tandis que le principe de raison s'applique en outre aux notions abstraites et simplement possibles, aux vérités nécessaires et éternelles, à Dieu.

§ 2. — Principe des lois. — Au principe de causalité se rattache immédiatement le principe des lois.

1. On peut l'énoncer : 7'out fait a sa loi; la nature obéit à des lois ; ou, sous une forme plus préi'ise : dans les mêmes circonstances, les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets, car la loi physique n'est que l'enchaînement régulier des mêmes antécédents aux mêmes conséquents. C'est là ce qu'on entend par . déterminisme de la nature.

r2. La nécessité de ce principe résulte de l'impossibilité absolue qu'il y a, en vertu du principe de raison suffisante, à ce que deux causes naturelles absolument identiques produisent, dans des circonstances identiques, des effets différents. Cette différence des effets manquerait de raison suffisante, car elle ne peut provenir que de la nature de la cause ou des circonstances; or par hypothèse, la cause naturelle, dénuée de liberté, est restée la même et les circonstances n'ont pas changé : la variation de l'effet n'a donc point de raison suffisante, elle ne peut pas être.

Le principe des lois, nous le verrons en Logique, est le supposé de tout raisonnement inductif.

§ 3. — Le principe de substance. — 4. On appelle substance la réalité permanente qui supporte les qualités, et demeure identique sous les accidents et les modifications successives ; t» uTCoxst'.u-svov, dit Aristote (1).

(1) Kous avons déjà parlé de l'idée de substance, de sa nature et de son origine, en traitant des données de la conscience (Toir p. 186).

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Le principe de substance peut se formuler : Toute qualUé, toute manière d'être suppose U7ie substance, ou encore : Tout changement suppose quelque chose de durable, dont le phénomène est la manière d'être momentanée. Ainsi, pas d'action sans agent; et pas de modification sans objet modifié, pas de mouvement sans objet mù, et pas de pensée sans être pensant.

i. Le principe de substance est aussi nécessaire à la raison que le principe de causalité : de fait, un phénomène, une qualité qui n'adhérerait à rien est aussi inintelligible qu'un phénomène qui ne serait produit par rien.

La substance est le principe de Tactivité aussi bien que de la passivité de l'être ; c'est d'elle qu'émane l'acte ; c'est elle qui en reçoit l'effet, et on ne conçoit pas plus une substance dépourvue de toute force et de toute activité, qu'une force et une activité n'émanant pas d'une substance. Quod non agit, substantisenomen non merctur, dit Leibniz. Etre sans pouvoir agir, et agir sans être sont deux idées également absurdes.

3. Ce qu'on appelle phénoménisme est cette théorie d'après laquelle il n'y a point de substances dans la nature, mais seulement des phénomènes qui se succèdent les uns aux autres, sans rien qui subsiste pour les relier entre eux. Ce qui revient à dire qpie tout s'anéantit et que tout recommence à chaque instant. Nous examinerons cette théorie en Métaphysique (Voirï. Il, p. 430 sq.).

— Plusieurs auteurs arrêtent là l'énumération des principes de raison ; c'est à tort, croyons-nous; car, si l'objet de la raison est de découvrir la raison suffisante des choses, il est évident que la cause immédiate, qui a elle-même besoin d'explication et de raison, n'est ni pleinement suffisante en soi, ni satisfaisante pour nous, c'est-à-dire ni ontologiquement ni logiquement suffisante. D'où la nécessité de remonter des causes secondes, qui sont elles-mêmes causées, à une cause première non causée, qui porte en soi sa raison d'être. Aussi les princrpes suivants, sans être premiers au même titre que les précédents, ne sont pas moins directeurs de hi connaissance.

Ali r. IV. — B'rincipos de CHnse pr»«niiiTC, de fiaalité, de moindre uetioii et iriiarmoiiie «le la nature.

^5 !• — Principe de cause première. — Le principe de cause première se formule ainsi : toute cause seconde suppose une cause première; en d'autres termes : toute cause qui est elle-même causée suppose une cause improduite.

En effet, cette cause seconde et immédiate qui explique tel être ou tel piiénomène, n'en est pas It raison pleinement sullisante

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puisque, étant elle-même produite, elle exige à son tour une cause et une explication. La raison ne saurait donc s'y arrêter, aussi passe-t-elle à une autre... et ainsi de suite, en remontant Técheile des causes, jusqu'à ce qu'elle parvienne à une cause première, qui, étant improduite, tient nécessairement d'elle-même sa raison d'exister.

Et de fait, si tout a une raison, il faut, sous peine d'admettre une série infinie de raisons insuffisantes, reconnaître que tout, en dernière analyse, se justifie et s'explique par une raison qui s'explique et se justifie elle-même. Cette cause première est donc éternelle, car le commencement absolu répugne ; elle est nécessaire, absolument parfaite ; elle est la raison pleinement suffisante de tout ce qui existe, elle s'appelle Dieu.

§ 2. — Principe de finalité. — 1. Le principe de finalité découle immédiatement du principe de cause première. On peut le formuler ainsi : Tout en ce inonde a sa fin ; lout est produit en vue d'un but, ou avec Aristote : rien d'inutile, oùôsv p.aTriv. En effet, la cause première, étant infiniment intelligente, ne saurait agir sans intention ni sans se proposer de but, et comme, d'autre part, elle est infiniment puissante, il s'ensuit qu'elle réalise exactement tout ce qu'elle conçoit et qu'en fait, lout a sa destination ; tout asa fin{\).

2. Donc, de même que tout en ce monde émane d'une cause, ainsi tout tend à un but. Le principe de causalité explique les conséquents par les antécédents, le présent par le passé; le principe de finalité explique les antécédents par les conséquents,

'le présent par l'avenir. Le premier lie les phénomènes en une série régressive, le second, en une série progressive. D'où les deux sens du mot pourquoi : par quelle cause, et pour quelle fin ? a quo ? et ad quid ?

3. Le principe de finalité se rattache encore au principe de causalité et de raison, en ce sens que la fin est la raison qui détermine la cause intelligente à poser un acte, à produire un effet, et qu'elle devient ainsi comme la cause delà cause.

§ 3. — Principe de moindre action. — Le principe de moindre action est une conséquence immédiate du principe de finalité. Il

(1) Il faut avouer que, si la nécessité objective du principe de finalité est indiscutable des qu'on admet l'existence d'une cause première infiniment intelligente, sa nécessité subjective ne paraît pas l'être au même degré. A la vue d'un rocher, par exemple, on ne peut s'empêcher de penser que ses moindres anfractuosités ont une cause, mais on peut concevoir qu'elles n'ont pas toutes nécessairement un but.

Quoi qu"ilen soit, le principe de finalité est vraiment dt'recfewr ; car il précède et dirige la recherche scientifique, surtout en physiologie oii, comme l'a souvent déclaré Ci. Bernard, • on ne comprend rien à moins de s'inspirer de ce principe ».

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se formule de plusieurs manières : La nature suit toujours les voies les plus simples et les plus directes (1) ; la nature agit toujours avec la plus grande économie de force et de matière; elle produit le maximum d'effet avec le minimum de cause. OùSèv ayav, disait Aristote, rien de superflu.

Il est facile d'en établir la nécessité. En effet, s'il se trouvait quelque moyen plus simple d'atteindre le but que ceux qui sont employés, il y aurait gaspillage de force ou de matière ; ce superflu n'aurait pas de fin, et par suite, pas de raison. « Ce serait faire des choses inutiles, dit Newton, que d'opérer par un plus grand nombre de causes ce qui peut se faire par un plus petit. »

Toutefois, il ne faut pas confondre le principe ontologique de moindre action, qui se rapporte à la production des phénomènes, avec le principe logique d'économie, qui se rapporte à leur explication, et qui veut qu'en rendant compte des faits, on ne multiplie pas inutilement les causes, les lois et les principes.

Le premier relève directement du principe de causalité, car il régit les rapports de la cause première avec ses effets réels ; tandis que le second relève immédiatement du principe d'universelle intelligibilité, qui défend d'admettre une chose sans raison; or l'hypothèse d'une raison superflue est elle-même une croyance sans preuve et sans raison.

Le principe logique d'économie peut s'énoncer avec G . d'Occam : non sunt muUiplicanda entia sine necessitate ; ou encore, frustra fit per plura quod fîeri potest perpauciora; ce que Bossuet traduit : « En vain emploie-t-on le plus où le moins suffit. »

§4. — Principe de Tunité du plan de la nature. — Enfin, mentionnons le principe de l'unité de plan ou de l'harmonie de l'univers, lequel, lui aussi, découle du principe de cause première.

Il affirme qu'il existe un plan dans la nature, non seulement un plan d'ensemble, en vertu duquel les diverses parties de l'univers s'accordent et s'harmonisent dans leur tendance vers un même but, mais encore un plan de détail, qui fait que chaque individu ne se forme pas au hasard des circonstances extérieures, mais se conforme, chacun selon son espèce, à un type préconçu et permanent. Ce type ne peut être que l'idée divine qui, après avoir présidé à la création de l'être, constitue la loi immuable de son développement et de sa conservation.

Ce principe du plan de la nature est la raison de la perma^

(1) Il ne s'agit évidemment pas ici du plus simple nhsnlutnfitil p.irlanl, lequel est une limite, C'csl-à-dirc un iiwlcrini irrcalisahie par Dieu lui-iurmc mais du plus simple relalivemcnt»]! but i|ue Dieu s'est proposé, or. comme ce Dut ne saurait nous être connudans toute son ct'ndue et dans toute sacomploxili-, il s'ensuit que le (irinclpe de moindre action a peu d'applications pratiques dans la science.

couns DE l'iiiLosopiiie. — t. i. 14

nence des espèces et des types, et légitime ainsi le procédé de généralisation, de même que, en rendant compte de la succession constante et uniforme des phénomènes, le principe des lois justifie le procédé d''induction.

Résumons ce chapitre en un tableau, qui montre l'ordre et l'enchaînement des principes rationnels.

Principe d'identité : formes dérivées

Princtpe de raison suffisante.

Principe de Principe du Principe du i. Principe de Principe de substance.

Pr . des lois .

Principe de causalité.

Pr. de cause l""^

contradiction, tiers exclu.

3^ équivalent, contenance.

Pr. de finalité.

Pr.de moindre

action.

Pr. du plan de

la nature.

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