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CARACTÈRES DES PRINCIPES RATIONNELS

Les principes rationnels ont trois caractères qui les distinguent absolument des vérités de simple expérience : ils sont universels, nécessaires et, dans une certaine mesure, a priori.

ART. I. — tnÎTersalité des principe» de raison.

Ils sont universels à un double point de vue : subjectivement et objectivement.

§ 1. — Sïibjectivement d'abord et psychologiquement.

1. En ce sens qu'ils existent dans toute intelligence, et que tout homme raisonnable les admet et les applique d'instinct; que les nier ou en douter serait se mettre en dehors de l'humanité, car ils constituent le fonds même de la raison. Et de fait est-il un homme qui doute que tout en ce monde ait sa cause ; que la même chose ne puisse pas à la fois être et ne pas être; ou qui pense que dans l'univers tout finit et tout recommence à chaque instant? Ce sont ces principes premiers que Descartes avait en vue lorsqu'il disait: « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée. »

2. Sans doute, comme le remarque Leibniz, il faut distinguer la connaissance des principes par leur formule scientifique, et leur possession réelle sous forme enveloppée et confuse. L'enfant,

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par oxemple, no sait pas dire : tout ce qui commence a une cause, mais ce qu'il sait d'instinct, ce qu'il fait naturellement, c'est, à propos de tout phénomène, d'en supposer, d'en chercher, d'en demander le pourquoi. « Le campagnard est hors d'état d'énoncer correctement le principe de contradiction ou de causalité, mais il sait bien que, si ce champ est à lui, il n'est pas à son voisin, et que, si son bœuf a disparu de l'étable ou son blé de son grenier, c'est que quelqu'un les a enlevés » (V. Cousin). Locke a donc tort de contester l'universalité des principes, en citant l'exemple des enfants, des sauvages et des ignorants; car, encore une fois, si l'on peut ignorer la formule, on ne saurait ignorer la chose.

§ 2. — Objectivement et ontologpiquement.

Les principes de raison sont encore universels objectivement et ontologiquement. En effet, nous les concevons comme se vérifiant dans tous les cas particuliers, comme applicables à tout être et à tout phénomène existants ou purement possibles. C'est là une différence essentielle qui dislingue ces principes des vérités induites et des lois simplement générales; celles-ci ne s'appliquent jamais qu'à une classe plus ou moins nombreuse d'êtres ou de faits, tandis que les principes premiers s'étendent à l'universalité des choses.

« On distingue, dit Arislote, des principes propres, que doit posséder celui qui veut apprendre une science, et des principes communs, qui sont la règle générale de toute pensée, la condition de toute science et que doit posséder celui qui veut apprendre n'importe quoi. » Ces principes communs sont précisément les vérités premières.

ART. II. — i\écessité des prineipeN de raison.

Us sont nécessaires subjecUvement et objectivement. En d'autres termes, ils sont à la fois des lois de lo. pensée et des lois de Vêtre.

!^ 1. — Subjectivement. — Ils répondent à un besoin absolu de l'intelligence, et sont indispensables à toute opération intellectuelle, à la plus simple comme à la plus relevée.

1. En effet, sans telle ou telle vérité d'expérience, l'intelligence se trouve, il est vrai, privée d'une connaissance plus ou moins importante, mais elle peut en acquérir d autres; au contraire, sans les principes de raison, c'est la faculté même de connaître qui n'existe plus ; car, suivant le mot souvent cité de Leibniz, ils sont nécessaires pour penser, comme las muscles et les inidons le sont pour marcher, bien que nous n'y pensions point.

On nous dit, par exemple, qu'un meurtre vient d'être commis;

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impossible de comprendre, à moins de supposer dans ce fait une victime, et un meurtrier animé d'un mobile quelconque, comme la haine ou la vengeance ; c'est-à-dire, à moins de recourir aux principes de finalité, de causalité et de substance.

2. Ainsi en est-il a fortiori quand il s'agit des procédés supé^ rieurs de la science.

a) Comment, en effet, chercher la raison des choses, en quoi consiste le but essentiel de toute science, à moins d'être convaincu que tout a sa raison? Comment se demander, en présence d'un phénomène, quelle est sa cause et quelle est sa loi, à moins de croire au déterminisme des phénomènes, à moins d'être persuadé que chaque fait est lié à une cause, et que partout et toujours cette cause sera suivie du même effet? En réalité, on ne peut ni observer, ni expérimenter, ni poser une question, ni agiter un problème sans être mû et dirigé par quelque principe.

h) Les principes, nécessaires pour poser les questions et agiter les problèmes, sont encore indispensables pour les résoudre. Sans doute, c'est à l'expérience à nous révéler quelle est en fait cette cause et quelle est cette loi dont la raison affirme a pnori, l'existence; mais par elle-même l'expérience ne fournit jamais que la matière et le contenu de la loi, elle ne perçoit que la concomitance des formes ou la succession des phénomènes; seule la raison, en saisissant la nécessité du rapport, peut, en vertu des principes d'ordre ou d'harmonie, le généraliser et l'élever au rang de type ou de loi. Bref, le savant ne saurait faire un seul pas sans être guidé et soutenu par quelque principe.

§ 2. — Objectivement. — 1. Les principes sont encore nécessaires objectivement, c'est-à-dire qu'ils sont en eux-mêmes aussi nécessairement vrais qu'ils sont nécessairement pensés; bien plus, qu'ils ne sont des lois de la pensée que parce qu'ils sont d'abord des lois de l'être. De là cet accord nécessaire de l'être et de la pensée, qui fait que nous ne saurions admettre comme existant ce que nous avons reconnu comme contradictoire.

2. Ce caractère de nécessité empêche de confondre les vérités premières avec les vérités induites et expérimentales, lesquelles n'expriment jamais que des rapports contingents. Il dépendait de la volonté du Créateur de donner à ce monde d'autres lois, d'autres formes, d'autres mouvements, d'autres dimensions, etc.,. tandis que les principes de raison sont indépendants de la nature des choses et de la volonté de Dieu; sa toute-puissance elle-même ne saurait réaliser un commencement absolu, l'identité des contradictoires, un être sans cause ou sans fin ; ce sont là. autant d'absurdités, de purs non-sens.

ORIGI.M-; DES IMUNCIPES PREMIERS. 213

ART. 111. — L<e» principes tic raison sont, en un certain sens,

a priori.

i. Chronologiquement d'abord, comme nous lavons dit précédemment ;

2. Logiquement aussi, car, étant le supposé nécessaire, la condition même de toute affirmation et de toute pensée, il s'ensuit qu'ils sont, en un certain sens, antérieurs à toute connaissance proprement dite.

En quel sens et dans quelle mesure les principes de raison peuvent-ils être dits a priori, nous allons le préciser en déterminant leur origine.

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