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CHAPITRE II

RATIONALISME IDÉALISTE CARTÉSIEN ART. I. — I^es idées innées de Oescartes.

S 1. — Exposé. — Au point de vue de leur origine, Descartes M^Wl650^, ran2;e nos idées en trois classes : ^ aV Les idées%rf.eH^ices, qui nous viennent directement de rexDérience : telles sont les idées à'homme, de cheml, de couleur, i, Les idées factices, que nous inventons et composons nousmêmes avec les éléments empruntés à l'expérience, comme les idées de centaure, de chimère, de montaîine d or;

c) Enfin, les idées innées, « qui semblent nées avec nous ^), et que l'esprit tire de son propre fonds. Telles sont les idées de •parfait, d'être, de pensée, eic. , . , ,• «n^c

Descartes range dans cette troisième catégorie les notions et les vérités premières, qui découlent toutes de l'idée de Dieu ou de varfait En effet, dit-il, la véracité divine est le premier corollaire de l'existence de Dieu; or, ce principe admis, il s'ensuit que tout ce aue nous concevons clairement et distinctement est par à même conforme à la réalité. Tel est évidemment le cas pour le nrincipe de contradiction, les axiomes de mathématiques, et même les lois de la nature, que Descartes prétend déduire directement et a priori de la nature et des perfections divines (1).

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inÉALISME CARTÉSIEN. 245

Les idées innées pour Descartes constituent donc la raison l'ile-méme.

;:; '■2. — Critique. — Nous avons démontré plus haut qu'il n'y a et qu'il ne saurait y avoir en nous d'idées proprement innées, et que nous n'apportons en venant au monde aucune idée toute formée. Comment, en effet, et sous quelle forme notre faculté de penser pourrail-elle contenir de pareilles notions, et que peut être une idée avant la conscience que nous en avons, sinon une idée qui n'est pas pensée, c'est-à-dire un non-sens?

Si donc Descartes a entendu de la sorte l'innéité, ainsi qu'il ressort de certains passages de ses lettres, il faut avouer qu'il s'est gravement trompé.

11 est vrai que, dans la suite, il parait avoir modifié son jugement. Dans ses Réponses à Hobbes, par exemple, il reconnaît que les idées sont innées en nous au même sens que « certaines maladies sont naturelles en certaines personnes » ; que ce n'est pas l'idée qui est innée, mais seulement la faculté de la produire, — l'e qui est incontestable.

Toutefois, Descartes n'essaye pas d'expliquer comment opère cette faculté, ni à quel propos. Il ne donne nulle part la liste de ces idées prétendues innées, et paraît souvent les réduire à la seule idée de parfait. Surtout, il ne comprend pas le rôle de l'expérience et sa nécessité dans la formation de ces idées. Enfin, il paraît supposer que la raison entre d'elle-même en acte sans aucune provocation venue de l'extérieur. Voilà pourquoi la théorie cartésienne appartient sans conteste possible au groupe idéaliste.

ART. II. — \a'a vision en Dieu de Malebranciie.

!^ 1. — Exposé. — D'après Malebranche (1638-1715), toute pensée correspond nécessairemc^nt à une réalité; autrement, ditil, nous ne penserions rien. Cette réalité est l'idée même de la <hose pensée, Vidée entendue ici au sens platonicien, comme type •'•ternel de cette chose. Or, comme nous ne voyons les clioses que dans leurs idées et que le lieu de toutes les idées ne peut être que l'intelligence divine, il s'ensuit que nous voyons tout en Dieu. Quant à Dieu lui-même, nous le connaissons, non par une idée, mais directement et immédiatement en lui-même. « Dieu seul, dit Malebranche, est connu par lui-même et non par une idée qui le représente... Car rien no peut représent(U" l'infini. »

pouvons être assurés de leur ai'cord avec les lois, de la nature qu'en recourant ;'i l:i véracité de Dieu, lequel n'a pu nous (lonlraindrc d'aflirmer des rapports qui ne seraient point conformes à la nature des clioses.

240 PSYCUOLOGIE.

§ i2. — Critique. — On voit l'analogie de cette théorie avec celle de Platon. Toutes deux supposent l'intuition directe des idées en Dieu; seulement pour Platon, c'est dans une vie antérieure, pour Malebranclie, c'est en cette vie même que nous les contemplons dans l'essence divine.

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