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K CHAPITRE III

IDÉALISME MODERNE - LES FORMES SUBJECTIVES DE KANT ART. I. — Exposé.

Emmanuel Kant (1721-1804) déclare lui-même qu'il fut « ré^ îillé de son sommeil dogmatique par le scepticisme de Hume ».

issi cntreprend-il un examen rigoureux de la valeur de nos )nnaissances. C'est l'objet de son grand ouvrage, intitulé Crilile de la raison pure.

§ 1. — Objet de la Critique de la raison pure.

i. Après avoir fait remarquer que toute connaissance proprement dite est un jugement, Kant commence par distinguer deux sortes de jugements : les jugements analytiques, dont l'attribut ne fait que développer la compréhension du sujet, et les juge-

(1) Nous verrons en Métaphysique |>our<iuoi Leilmiz se roluse à admoUre diiiis les créatures toute aclivile trausitivc pour ne leur recoiniaitre (|u'une aetivilé inima-

I' iite.

ments sip^thétiqttes, dans lesquels Tattribut ajoute quelque chose à la compréhension du sujet.

Kant reconnaît que les jugements synthétiques sont a posterioin, quand l'idée de l'attribut nous est fournie par l'expérience, par exemple : la (erre est ronde, les corps sont pesatits ; mSiis il 'prétend aussi que plusieurs d'entre eux sont a priori, par exemple : tout phénomène a une cause, toute qualité suppose une substance, tout corps est dans l'espace. En effet, dit Kant, ces jugements sont synihé tiques, car nous avons beau analyser l'idée du sujet, nous n'y trouvons pas l'idée de l'attribut : l'idée de phénomène n'impliquant nullement l'idée de causalité, c'est-à-dire l'action d'un être préexistant. D'autre part, ces jugements sont a priori, car l'expérience est incapable d'expliquer leur caractère de nécessité et d'universalité.

2. Quant à la valeur de ces divers jugements, les jugements analytiques sont sans doute très certains, et l'on ne saurait les nier sans se contredire; mais étant purement explicatifs, ils sont en fait de véritables tautologies qui ne nous apprennent rien de nouveau, et comme tels, n'intéressent pas la science (1).

La|! vérité des jugements synthétiques a posteriori nous est garantie par l'expérience, car les termes qui les composent sont l'un et l'autre empiriques ; mais cette vérité est toute relative, et ne nous donne que l'accord singulier et transitoire du phénomène avec le phénomène. Seuls les jugements synthétiques a priori ont la prétention d'affirmer d'une manière absolue l'accord de l'esprit avec la réalité ; de quel droit? Quelle est leur origine et quelle est leur valeur? — Tel est l'objet précis de la Critique de la raison pure.

§ 2. — Marche de la Critique.

1. Les jugements synthétiques a priori, étant nécessaires et universels, sont irréductibles à l'expérience, qui ne nous donne jamais que le contingent et le variable. Il faut donc admettre que notre esprit y introduit un élément qu'il tire de son propre fonds, et par suite, distinguer dans notre connaissance un élément objectif, a posteriori, variable, particulier, fourni par l'expérience, et nvi é\ém.Qni subjectif , a priori, constant et universel que l'esprit tire de lui-même (2). Le premier constitue comme la matière, et

(1) Celte appréciation de la valeur des jugements analytiques est bien superficielle. Remarquons en effet, qu'autre cliose est pour nous qu'une notion soit contenue dans une autre, et autre chose de savoir qu'elle y est contenue. La découverle que nous en faisons par l'analyse constitue pour la scieuce un véritable progrès.

(2) Remarquons ici que le critérium, auquel Kant a recours pour discerner le subjectif de l'objectif dans la connaissance, est précisément le contre-pied de celui qu'adopte la science. Celle-ci, en effet, regarde comme accidentel et subjectif tout ce qui est varial)le et individuel, et comme objectif et essentiel tout ce qui est universel et constant.

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le second \a forme de la connaissance, laquelle résulte ainsi d'une synthèse du subjectif et de l'objectif, de la forme appliquée par notre esprit sur la matière fournie par l'expérience.

2. Kant s'attache ensuite à démêler dans tous les ordres de la connaissance la part exacte du subjectif : formes de la sensibilité (idées d'cspacr et de temps), qui rendent les phénomènes représentables et nous permettent ainsi de les percevoir ; formes de Ventendement [unité et pluralité, réalité et négation, substance et cause, etc.), qui rendent pensables les données de l'expérience et nous permettent de porter sur elles des jugements ; enfin, formes delà raison (idées d\îme, d'univers elàe Dieu), par lesquelles nous ramenons à l'unité l'universalité des choses. — Ces notions seront exposées avec détail dans l'Histoire de la philosophie.

3. Et Kant conclut que les jugements synthétiques a priori, dépendant des lois, non de l'être mais de notre esprit, ont une valeur purement subjective et psychologique. En effet, dit-il, si notre esprit était soumis à d'autres lois, nous pourrions sans doute concevoir un phénomène sans cause, une qualité sans substance, et les principes ne nous paraîtraient plus nécessaires. Nous n'avons donc pas le droit de conclure de cette impuissance objective à une impossibilité objective. Ce serait ressembler à des gens nés avec des lunettes vertes, qui, ne pouvant voir, ni par suite imaginer que des objets verts, en concluraient que tout est nécessairement vert.

Ce n'est donc pas notre connaissance qui se règle sur les objets, comme on l'a cru jusque-là, mais bien les objets qui se règlent sur notre connaissance; et dès lors, ce n'est pas dans les choses qu'il faut chercher les lois de l'esprit, mais dans l'esprit qu'il faut chercher les lois des choses.

tî 15. — Conclusion de la Critique.

La conclusion, c'est que nous ne pouvons connaître les choses telles qu'elles sont en elles-mêmes (voou^u.eva), mais seulement telles qu'elles nous apparaissent, vues à travers les formes subjectives de notre esprit (cpaivojxsva), et par suite, que nous n'avons pas le droit de conclure de ce qui parait à ce qui est, du phénomène au noumène.

Ij'esprit humain se trouve donc inexorablement enfermé en lui-même sans aucune possibilité d'atteindre l'objet tel qu'il est en lui-môme. Nous croyons nous élever vers l'absolu, dit Kant; en réalité, nous ne sortons pas do nous-mêmes; nous croyons faire de la métaphysique, nous ne faisons que de la psychologie.

C'est le subjecticisme pur, le scepticisme métaph[jsiq%ic.

ART. II. — Réfatation.

Le défaut radical de Kant, c'est ce mépris de l'expérience, qui fait que, au lieu d'observer la réalité, il se perd dans un labyrinthe de conceptions abstraites et de distinctions arbitraires.

J. Ainsi Kant affirme l'existence de jugements synthétiques a priori, c'esi-à-dire de jugements, dont l'attribut est affirmé du sujet, non parce qu'il y est contenu, mais en vertu dune loi ou forme purement subjective de notre esprit. Et Kant cite en exemple les propositions mathématiques, les principes de raison et en particulier le principe de causalité.

— Nous prétendons au contraire qu'il n'est point de jugement synthétique a priori; que tout jugement vraiment a priori est nécessairement soit analytique, au sens même de Kant, c'est-àdire réductible à une identité totale ou partielle du sujet et de l'attribut, et par suite qu'on ne saurait le nier sans contradiction ; soit analytique, au sens large, c'est-à-dire nécessaire de par la seule inspection de ses termes, en vertu du principe de raison suffisante.

a) Les propositions mathématiques, quoi que dise Kant, sont évidemment analytiques au sens strict : le propre de ces sciences étant de procéder toujours par identités.

b) Le principe de raison s uf usante n'est pas davantage synthétique au sens de Kant, puisque, en affirmant que tout être a nécessairement tout ce qui lui faut pour être, il ne fait que mettre en équation l'être avec les conditions essentielles sans lesquelles il ne serait pas ce qu'il est.

c) Quant au principe de causalité, n'étant, comme nous l'avons démontré p. 205;, que le principe déraison suffisante appliqué aux existences contingentes, il a nécessairement la même valeur que celui-ci.

2. De même, il plaît à Kant de ne voir dans les idées de cause, de substance, d'unité, etc., que des formes a priori de l'entendement, sans aucun rapport avec la réalité, alors que, en analysant les données de la conscience, nous avons constaté à l'origine de ces idées, un fait de la dernière évidence, à savoir : le moi se saisissant directement lui-même comme cause dans tous ses actes et comme substance dans toutes ses modifications.

Là, du moins, Kant eût pu se convaincre que la synthèse entre le sujet moi, et l'atiribut cause ou substance s'opère, non pas a priori et en vertu d'une nécessité purement subjective de l'entendement, mais sous l'influence de l'objet lui-même, dans lequel nous saisissons clairement l'identité du sujet et du prédicat en la voyant jaillir du simple rapprochement des deux termes.

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