AUT JAM CREDE FELIGEM AUT PREGIBUS REDDE
Les deux passages suÎTants de Téloge de Descartes, par Thomas, nous ont paru trop remarquables pour n ôtre pas joints à cette notice :
« . . . . Taperçois dans TuniTcrs une espèce de fermentation générale. La nature semble être dans un de ces moments où elle fait les plus grands efforts. Tout s'agite. On Teut partout remuer les anciennes bornes. On Teut étendre la sphère humaine. Yasco de Gama découTre les Indes. Colomb découTre TÂmérique. Gortès et Pizarre subjuguent des contrées immenses et nouTelles. Magellan cherche les terres australes. Drak fait le tour du monde. L'esprit desdécou- Tertes anime toutes les nations. De grands changements dans la politique et les religions ébranlent l'Europe, l'Asie et l'Afrique. Cette secousse se communique aux sciences. L'astronomie renaît dès le XT^ siècle. Copernic rétablit le système de Pythagore et le mouTcment de la terre; pas immense fait dans la nature ! Tycho- Brahé ajoute aux obserTations de tous les siècles; il corrige et perfectionne la théorie des planètes, détermine le lieu d'un grand nombre d'étoiles fixes, démontre la. région que les comètes occupent dans l'espace. Le nombre des phénomènes connus s'augmente. Le législateur des cieux paraît ; Kepler confirme ce qui a été trouTé aTant lui, et ouTre la route à des Térités nouTelles; mais il fallait de plus grands secours. Les yerres concaves et convexes, inventés par hasard au xiii^ siècle, sont réunis trois cents ans, après, et forment le premier télescope. L'homme touche aux extrémités de la création. Galilée fait dans les cieux ce. que les grands navigateurs faisaient sur les mers ; il aborde à de nouveaux mondes. Les satellites de Jupiter sont connus. Le mouvement de la terre est confirmé par les phases de Vénus. La géométrie est appliquée à la doctrine du mouvement. La force accélératrice dans la chute des corps est mesurée ; on découvre la pesanteur de l'air ; on entrevoit son élasticité. Bacon fait le dénombrement des connaissances humaines et les juge. Il annonce le besoin de refaire des idées nouvelles, et prédit quelque chose de grand pour les siècles à venir. Voilà ce que
DE PHILOSOPHIE GHBBTIENNS. 8l
la nature avait fait pour Descartes avant sa naissance; et comme par la boussole, elle avait réuni les parties les plus éloignées du globe, par le télescope rapproché de la terre les dernières limites des deux, par l'imprimerie elle avait établi la communication rapide du mouvement entre les esprits, d'un bout du monde à l'autre.
» Tout était disposé pour une révolution. Déjà est né celui qui doit faire ce grand changement. Il ne reste à la nature que d'achever son ouvrage et de mûrir Descartes pour le genre humain, comme elle a mûri le genre humain pour lui. Je ne m'arrête point sur son éducation. Dès qu'il s'agit des âmes extraordinaires, il n'en faut point parler. Il y a une éducation pour l'homme vulgaire ; il n'y en a point d'autre pour l'homme de génie, que celle qu'il se donne à lui-même; elle consiste presque toujours à détruire la première. Descartes, par celle qu'il reçut, jugea son siècle. Déjà il voit au delà. Déjà il imagine et pressent un nouvel ordre. Tel, de Madrid ou de Gênes, Colomb pressentait l'Amérique.
» . • • . Tai tâché de suivre Descartes dans tous ses ouvrages ; j'ai parcouru presque toutes les idées de cet homme extraordinaire ; j'en ai développé quelques-unes; j'en ai indiqué d'autres. 11 a été aisé de suivre la marche de sa philosophie et d'en saisir l'ensemble. On l'a vu commencer par tout abattre, afin de reconstruire; on l'a vu jeter des fondements profonds , s'assurer de l'évidence et des moyens de la reconnaître, descendre dans son âme à tous les êtres créés ^ attacher à cette cause tous les principes de ses connaissances, simplifier ces principes pour leur donner plus de fécondité et d'étude, car c'est la marche du génie, comme de la nature ; appliquer ensuite ces principes à la théorie des planètes, aux mouvements des cieux, aux phénomènes de la terre, à la nature des éléments, aux .prodiges des météores, aux effets et à la marche de la lumière, à l'organisation des corps brutes, à la vie active des êtres animés ; terminant enfin cette grande course par l'homme, qui était l'objet et le but de ses travaux ; développant partout les lois mécaniques qu'il a devinées le premier, descendant toujours des causes aux effets, enchaînant tout par des conséquences nécessaires, joignant quelquefois l'expérience aux spéculations, mais alors même maîtrisant l'expérience par le génie ; éclairant la physique par la géométrie, la géométrie par l'algèbre, l'algèbre par la logique, la médecine par l'anatomie, l'anatomie parles mécaniques; sublime même dans ses fautes, méthodique dans ses égarements, utile par ses erreurs, ce. 6
8a sxxmMB wmoMSÊÊtamsLmi
fisorçuitradiisbatioa €% leMi^>e^9 Im» înAme qu-il tue pecrt foretf 'à pemer Gomme hiL
» Si r<Mi cherche ks grands liommes moâemefs avec qui ofk -peat Jle cemipûier) cm en trott^^tera tvirâ : Bacon, heihmtt, ^ VtfWttm. Baoon iparcoUEOt «owOe ia ftuv&ce des OQimaîtôance& humrâtcs'; il jugea Jles siècles paasés^jat alla au^'dcfvaiit des ^âièdles'à tefror; mais il indiqua plus de grandes dmses -qn'il n«n e&écuta; il comtrmîât leobafaudd un édifiée Âmnense^ et kissa à •dWtrcs^e soin de dm- «bnise r^difioe. LeibnitK fiit «etut-ee qo?â iponton^c'; 9 pwta dans la philosophie ime grande hauteur d^ittl»ffigence;maas-à neixtâta la science de la nature que par lambeaux, et ses syt^meB tnétnph^psiques sembl«tit pfais Ints pom* étonner ^ accabler l%cmmte, «que pour rédaîrer. Nem^m a cïéé une optique n0UT€31e,'eir dëmontcé les capparts «de :1a gnmmticm dans les deuat. le tte|tt^éeiends ipoînt ici diminuer la '^oîre ûe ce grand homme ; mais je ' rétnairt^e seulement tous les secours ^ju^I a'eus pour'ces'grandes'âéeoirraiVes. Je Yois que Galilée lui avait donné la théorie de la pesanteur ; Keppler^^lea lois des astt^es dems leurs névdluâons; llajghens, la «ômbtnaîscm'etlefrjrapptïrts desferces'centrales'et desiiorrces cen- «ri&iges ; Bacon, le grande pcineipe de i>effaonter des phénmnènss vers les causes ^ Deacâsrtes, sa méthode pour le raisonnement, son analyse pour dagéométeie, unefoule itmombrslhle'âeconnâissattces pour ht physique, et,pifis que cela peut-éti«, ht desttudâonfté cous les ipvéjugés. JLa i^ire de^lBIewion « ^bncété'de'pro&^r èe tdoscès ^«inanlages, de rassendder toutes ces forces étrafngères,'d^ joindte les siennes propres ^i iéMeiit3mm6naes,4et de les «licSiaurer 'toutes pur les calculs d'une géswétrîe »isst seAfhme que profonde; 5i maintenant je rappcecelie Besou'tes de ces trois hommes célclbres, j'oserai ^re cpi'il avait des meâ ^aussi nouilles >et%ïen j^us étendues ique Bacon ; quilfft ettl BGht^etTin»ieBsiié'âu|fëiâeâeLeifanitt&, maisÛen plus-decoosista&De tk de^aiité dfinssa^grandeurTqtfetffin il à^mériié d'dtre oms^à d5té<de NmEton^parce qu'il a trréé une p^Btrde de Nevvion, et quSl nW été créé que par Im^nïéme'; parce^ que, à ÏUTà a découvert phis^e^fébitéB, Imurea omiert ta nyute de toutes lesyérietés; géomèlre^aussLsobliMe^ quoiqu'il n'ùit peitttfiStmv aussi ffrtmd usage de la gémnéieief pkiS'Ori|*insâ «par son génie, quoique ce génie l'ait souvent £ron^f pBxsuimciKset dlmis ^e» connaissances, comme <lans ses talants^ quoique mokis sage ^t moins assuré dans sa marche ; ayant peut-être en>étebdue, ce que fVe^ton'ffvsdt en pro* fondeur; fait pour concevoir en grand) maKs peu ùàt pour suivre
lèstf««uky»idhqi])eNé#f<M^ dûtttiat m!± plùls pdivs âètaih l'MpreÎDte flw^iè^; méitte âdMîiitM^MA^'dMife i^chit là tonmassmèe ées'OietaiyymaLiphmi ^loft ûtite pmirte geil^é humarfi pto* sa grâfnde
Auprès Bésrarles, je sufe Ditttttfrellemetit côtiâtât à parler â^ttrte aatr0iJfiiiaratkin*âelft|>Mi«HG)pl^ ie totlâtibnlhxYiçâA^, Pa'stsn, eetiiotiltte«kfi^Stt>i^iMi¥e dont he riofti <^st danns tôtfte^â lé's ÉôùôÏL'es, «t k bioglrti^e dafeid «ûm lai livres.
NOTIGB sua PASCAL.
Bkdse Pascal naqtôî; à 'QerknojM lie r9 juin i^6^3. Il n/inonça èe bonne heure des dispositions si extraordinftiMl, ^èe ^ôn pèi^e, Eâ0DBe #aiBQal, hiwn» >foit *dimngué^ Aé «Éydt^^ âèyttàt se réfdukêm s^povtwAteat. AèViUgedè^mpt ou bateah^, TêibfiMW^ëloÀiltih iiieèiè'«n€e«« pat? aes TepaHlies'«piri«ttDll^ et Ihdte», ^poe par s^ ^stfoîfc»^profpiadgfl'€ttdiiiact88*J^«ôa'ngJm diMiiMiv^^fc^^ttrie ràiàlEto 8atîafiM«wl»,> a qt -oherohait m^' M^jÊ^iafè^ étVëti^ii^ àa^ét et ipi on deVwe fe> jdoff-acbtaivër ^ la queMOA cfu'il â^vieât ^ile ou 'Ae la solution qu'il avait trouvée. Il est à F6tllat^q[U^ itJUë «on père, qtli ^itr.rq>e9ae'éiMt uh bon mallMliiitttioien, le "refont à-lui eiiiseiiper W^mnees lexatÂes^ talit il erai^iittto dëddfiliér uh aHiA^ nouveau' À oet^intdbgence dëjà^fi-^vive^ét o&tnmié sHl preâlsentdt ^'eUe «y Ikirevaît avdo «ae atidMr qui le Oôfittitttiei^ avant lé temp^ Wtt» il anriiià que €ur cm» siMpld déinitkm qti^dti hii fit è% k geométiîe^ ^pie '<« ^'élite utie soienoe qui (Bnnei'^fnait le vâ&f^ » àetswsei^àtê'ûffniw'pKr^^ éHA^ey dé >ti<<>uver letir
» «efure «t db détcriBHidp iervai^pcfris de fedli^' panS^, » il arri^ qttècéii^ dé&ûtkm aeolefM'îfirtm g4^^ mil à rëtu4«,
trafolft des li^|ii6yqn!il«ppdafik; d«fir6^>^'âéûrilrânt dè^'cerdes^quHl appelait de&rmeb^nPmèààtànbmMèt tttni dé'puiàsaitce, que son pëi^é, k auB|»«nant un ifom profoftdéiiièilt ab^rbé dêvàvift ûhe'figure tHrcée a« cfaMboB^ Aevim mtiet de saisi^âémetit éti reconnaissant la ^2® pnopésîlioii d'Eudidë. L'eiiiuit par là seule force de son génie 7 était «rmë ée ihé&cèmé en théorème, de telle sorte qu'on peut dne que si la .géeidéftie Siwm^enaoté ^ une èbiévice incottuue, il aifi^aK découverte.
Dès ce mMtent^ Êtîeiiiie£a^l)0e«5&>de ^entitrdndrê les inclina^ tions de- ^m-fiis, et lui imt entre les msdiis de» livres, qu'il eut iMast^'dévbirés «t dépassés; A trdze ans, il & un opuscule remar- ^able aat la théorie du son, et à'seixe ans, il composa un traité des sections coniques^ ouvrage d'mie si hwfteportée^ que Descai^i^s
84 PRINCIPES FOHDAIIBIITAITX
en fut vivement frappé et refusa longtemps de croire qu'il f^t l'œuvre d une si jeune intelligence. Trois ans plus tard, Pascal in« venta et construisit une machine arithmétique^ au moyen de la* quelle les opérations numériques les plus compliquées se Êûsaient avec une promptitude presque magique. « Les étonnantes combi- « naisons de cette machine, dit un biographe, et la manière dont » elle exécute les calculs qu'on lui demande, au gré de celui qui la « met en action, attestent un effort prodigieux de génie et de pa* y tience de la part d'un jeune homme de dix-neuf ans. » Cet effort prodigieux ébranla une santé déjà faible, et fit germer dans le sein de Pascal la maladie qui devait l'enlever si jeune à la reh'gion, aux sciences et à la gloire.
Placé, presque à son début, au premier rang parmi les savants de l'époque, il ne tarda pas à mettre le sceau à sa réputation par des découvertes importantes, et surtout par la célèbre expérience du Puy-de-Dôme, qui fixa la théorie de la pesanteur de l'air et fit faire à la physique un pas immense : problème qui avait occupé Aristote et Galilée à deux mille ans de distance, et qu'il était réservé à Pascal de résoudre.
Nous n'entrerons pas ici dans le détail de ses travaux scientifiques, ni des nombreuses découvertes qu'il a faites, parce que ce n'est pas le témoignage du savant que nous invoquons dans cette collection, et nous ne dirons quelques mots de ses Lettres pros^inciales que pour rendre hommage au talent littéraire qui y brille d'un éclat que le temps n'a pu affaiblir. Cet ouvrage, tout de circonstance, et qui traite de questions qui seraient à peine comprises aujourd'hui de la plupart des lecteurs, cet ouvrage obtint un succès prodigieux, et reste encore de nos jours comme un modèle d'élé* gance de style, de grâce et d'ironie. H est remarquable que Pascal, si profond dans ses .études, si grand dans ses entretiens, si sévère dans ses habitudes, ait pu tout d'un coup prendre le ton du sar* casme le plus enjoué et de l'ironie la plus vive. Disons encore qu'à une époque où le style ampoulé, prétentieux et à grandes figures, était en faveur, Pascal, indifférent au jugement des beaux esprits derépoque,nese sacrifia pas au mauvais goût du temps etsemontra le premier écrivain irréprochable de notre littérature. Il est toujours pur, élégant, facile, et à voir la couleur, les agréments de son style et ses tournures heureuses, on dirait presque qu'il a pu profiter de l'exemple et des leçons de tous les écrivains qu'il a précédés. C'est le propre du génie que de marcher ainsi la tête haute et le pied sûr dans les routes nouvelles.
DE PKILOSOPRIB CORETIENNS. 85
Ce que nous voulons surtout faire remarquer dans Pascal, comroe le irait le plus caractéristique de son esprit, c'est cette soif ardente de yérité qui la lui faisait chercher avec tant de persévérance, et Ton pourrait même dire avec tant de passion. S'il s'est montré si passionné pour la géométrie, c'est que le but de cette science est sans cesse la recherche de ce qui est vrai; mais, en allant toujours ainsi devant lui jusqu'à l'examen de la théorie de l'infini, il ne pouvait manquer d'arriver au Créateur de toutes choses ; car où le génie de l'homme s'arrête, l'esprit de Dieu commence.
Arrivé là, Pascal dédaigna tout à coup les études scientifiques et les triomphes littéraires ; il ambitionna une gloire plus réelle, car il se donna tout entier à Dieu. Il avait dit souvent qu'on devait avoir trois principaux objets en vue dans la recherche de la vérité : de la découvrir quand on la cherche^ de la démontrer quand on la possède^ et de In discerner d^auec le faux quand on V examine. Or, c'est en faisant rigoureusement l'application de ces principes qu'il a acquis la conviction réfléchie des vérités de la religion ; et comme cette conviction était profonde et intime comme sa conscience, on le vit fuir le monde, et le fuir avec tant de persévérance, que le monde finit par le quitter. Il put se livrer alors en toute liberté à la pratique la plus complète des exercices de piété. Le temps qu'il employait naguère à ses études, il le consacra à la prière, ou à la lecture de l'Ecriture sainte, qu'il possédait à un tel point, qu'il eût été impossible de faire devant lui une fausse citation sans qu'il la rectifiât sur-le-champ. Il disposait de la plus grande partie de ses modiques revenus à faire des charités, et il disait souvent qu'il avait sans cesse remarqué que, quelque pauvre que l'on fût, on avait toujours à donner. Toute sa conduite fut si édifiante et si chrétienne, que aa famille et ceux qui l'approchaient, entraînés par son exemple, cherchaient à le suivre dans cette voie de perfection, et tous ont laissé ce témoignage, que cet homme si grand comme savant, conune écrivain et comme philosophe, se soumettait au commandement de l'Ëglise avec la docilité d'un enfant, tant sa foi était vive et sincère.
Cependant, tout en songeant aussi sérieusement à son salut, il conçut le projet de faire un grand ouvrage qui fût une apologie complète de la religion chrétienne, et qui pût servir de fanal et de guide à ceux qui viendraient après lui. Le plan était immense comme le sujet. Son point de départ devait être l'origine de toutes choses, car il supposait son lecteur plongé dans l'ignorance et dans FinilifFérence les plus profondes^ mais pas à pas il devait l'habituer à
U Imnièr^, lui faUant yoir d*ali^ on lui-même^ ki expUqucint sa nati^re, et lui ouvrant les yeux $ur sa £oroe et sa feiblesse, sur sa g^^ndeur çt $a bas^s^e. Parcourant ensuite ruiiive»s et tous les âges, il devait passer en revue toutes ces prétendues^ vd^ons qui opt égaré les l^nunes ; puis faire un exan^^ particulier du penf^ juif, placé dans des circonstances si extraordinaires, et possesseur dm livre qui fôit tout à la fois, sa gloire, sa seule rîobesse, son histoire et sa' loi. Ce livve, le livre par «xodlenœ, devait servir, pso* un examen détaillé, à expliquer la création de Fhon^me et sa diute^ s^ misère et la rédemption promise. Passjant ensuite kr T-exaraen de la loi de Moïse, il Teût montrée toute figurattvB et eàt entrepris de prpuve^ la vérilé de la religion par les. prophéties; puis enfin Jésus- Christ ^ TEvangile, lesi apQt[«is et les. martyrs, le^ mirades et les liftes saints, il dçvaittout expos|/sr et tout expliqué»- avec cette ^aga- Si\i qW 1^ était propre, ejt cette facilité merveôilense dont il abonné tant de preuves, et ftvec laqu^le il s^nb^t se jouer des plus grandes, difficultés. Cet ouvrage immense, cette apologie adtoûraUe de^U religion chrétienne, il leûtadiev^e-saiia aucun doute, et Ton ne^sauraûdire où ce grand génie se f^t arrêté, si les forces èe son '^^c^pi eussent été en proportion de hk puissance de son âme.
Dès son enfanee, il avait été soufl&ant, e$ jeune encore, à l'âge oè> Fhomme se complète^ il était déjà accablé d'infirmités et- miné pat* de continuelles souffrances. C'est sur un lit de douleur qu^il éerivit les P^ro^dneiales-y et c'est pendant de longues nuits de tortoyes qu'il 'méditait son grand ouvrage. H powraifr à peine écrire; cependant, soit que de temps à autre la maladie hri oflfi^ de courtes ti^pes^ soit qu'il surmontât ses douleurs dans la crainte dé perdre \éth idées qui lui venaient en finilej il prenait lé premier papier qni'liii tombait sous la main, et ilnotait sans suite efà la hâte les peiiisées qu'il ne voulait pas perdre. Quefquefi>is il' se contentait d^mre quelques n^ot^ comme on pose des jalons; mais heureusejûtirtt quelquefois aussi', entrsutté qu'il' était par ses pensées, il ne pôuvaîfs'empêbherde les étendre et d'aller devant Itd.
La mort l'a surpris lorsqu'il coordonnait cet ouvrage inmiense dhns sa tête, et on n'a trouvéaprès hii que dès notes et dé nombreux fragments sans ordre et sans liaison. Nous devons dire, à l'homieuT de ses parents et des écrivains de Fépoque, qu'Ane se trouva per^ sonne qui eût osé entreprendre la tâche sacrilège de modifier ou dfe compléter l'ouvrage conmiencé par Bascd. On s'est borné à prendte parmi toutes ces pensées celles qui ont paru les pkis claires et les' plus achevées^ on les a données telles qu'on les a trourées,
eu. se pemetliaBt seulmirat diâ mnger soua vu mène litre- «ta la syijle cdles (pu apparte&aieiil; ujuntete* sujet.
Telles- sont Us Pamé^ de Pascal, eet ou^nigpa priifond etadmi-* raîULe^ qfà n!est cependant; ^!iiae prépai««tioQ de travaàly prépam^ tion faHe, il est vrai, de la main du génie t Tout incomplètes qu'elles paraissent, elles sont encore un chef-d'œuvre de dialectique et de raison; mais elles demandent à être lues avec une attention d'autant plus grande, cp^e fort souvent les prqpositions sont posées f, les conséquences indiquées; mais les démonstrations manquent, parce, que le grand écviiKain, qui ne ocaignuit pas de les oublier, n^en a rien écrit.
Lorsque, dans le siècle qui suivit, l'école eneyclopédiqui» aecil» iDiiIa.^s efforts, dopygmée confire la religîan^ la raison, die rencontra. les oujvragesde £ascal, et, faute de pouvoir les réfuler, eHa résolut de les falsifier. Gondoxcet euJt la p«i£diâ de publier une édition incomplète des œuvres du grand écrivain,, et il eut la lojrauté d'en supprimer des passages et d'en tronquer à dessein, ma gjpand nombre d'anges, Yoltaûre l'encourageatt de la plmone et du geslie; mais comme il savait que tous ses^ efforts seraient bien, faibles contre une si grande renommé^ il éevivait à Gondcnroet : « Mon ami, ne vous lassez pas de répéter que, depuis l'accident de NmUy,. le cerveau de Pascal était dérangé» » De sorte que les hAonaes qui avaient osé appeler entre eux la religion IHnfâme^ en étaient réduits à avoir recours aux nobles moyens de la fraude, ejt.dtt.m^isonge, et inventaient une «ccusationde folie canive eelui dont ils ne pouvaient contester le génie.
Biais, de nos jours,^ un écrivain célèbre s'est chargé de vengée Piiftpal deaii^ttfes et des attaques dee enoyolopé^tes, et nouspen*^ sons ne ponvoir mieux terminer cette courte notice que par ces belles paroles de BL Chateaubriand : «^ U y avail un homme qui, à diBWBe anâ^ W^^Afisharre$ et des i^Qneky o^BÔXi créé les mrsthéma^ tiques; qui, à sei^, .avait fait le plus savant toaité des coniques ifkQU aât vu. depuis l'antiquitéf <pû,. à dis^neuf, rédmât: en. nuir* ekiiie wie scienoe-qui existe teut 'entière dans rentendement; qui, à vingt-trois ans, démontra les phénomènes de la pesanteur de Tair, %tdéirmM.uae des goundes- erreurs de l'an^nne physique; qui, à> cet âge où l'es autres hommes commencent à peine à naître, ayant afibevé de parcourir le cercle des sciences humaines, s'aperçut de lenrnéaat, et tourna se» pensées vers la religion; qui, depuis^© moment jusqu'à sa mort, arrivée dans sa trente-neuvième annéej toujours infirme et souffrant, fixa la.lan^e que parlèrent Bossuei
88 PRINCIPES FOirOÂMElYTÀUX
et Racine, donna le modèle de la plus parfaite plaisanterie comme du raisonnement le plus fort ; enfin qui, dans les courts intervalles de ses maux, résolut par abstraction un des plus hauts problèmes de géométrie, et jeta sur le papier des Pensées qui tiennent autant de Dieu que de l'homme. Cet effrayant génie se nommait Blaise Pascal * ! »
extrait des pensees de pascal.
ART. 1*' — De la manière de prouver la vérité et de l'exposer aux yeux des
hommes.
I. Je ne puis mieux faire entendre la conduite qu'on doit garder pour rendre les démonstrations convaincantes, qu'en expliquant celles que la géométrie observe.
Mais il faut auparavant que je donne l'idée d'une méthode encore plus éminente et plus accomplie, mais où les hommes ne sauraient jamais arriver. Car ce qui passe la géométrie nous surpasse, et néanmoins il est nécessaire d'en dire quelque chose, quoiqu'il soit impossible de le pratiquer.
Cette véritable méthode, qui formerait les démonstrations dans la plus haute excellence, s'il était possible d'y arriver, consisterait en deux choses principales : l'une, de n'employer jamais aucun
* Raison du christianisme , t. I, p. 121.
SaDs vouloir diminuer la renommée de ce grand homme, je croîs cependant qu'il est juste de faire observer que certaines circonstances extraordinaires 4e sa vie, et certaines découvertes qui lui étaient attribuées, ont été contestées. Voici comment s'exprime une biographie généralement estimée :
« Lorsqu'on dit que, dès l'âge le plus tendre, Pascal, sans le secours d'aucun livre, et par les seules forces de son génie, parvint à découvrir et à démontrai toutes les propositions du 1*' livre d'Euclide, jusqu'à la 32®, on répond qu'un homme de ce mérite n'a pas besoin de panégyriques fondés sur des fables Ui« Tentées à plaisir; lorsqu'on veut faire regarder Pascal comme l'auteur du sentiment de la gravité de l'air, parce qu'il a fait faire à M. Perrier, son beaafrèrë, cette expérience sur le Puy-de-Dôme, on répond que cette expérience est de Descartes, qui, deux ans auparavant, le pria de la vouloir faire (comme il est marqué dans la lettre Lxxvii", t. 3, de ce philosophe), et que, d'aillears, cette expérience n'est qu'une suite de celle de Toricelli ; lorsqu'enfin on raconte que Pascal, dès l'âge de seize ans, composa un Traite des sections coni" gués, qui fut admiré de tous les savants géomètres, on répond avec Descartes, dans sa xxxvni' lettre au P. Mersenne, t. 2, que c'était le traité de M. Des Argues. J'ai aussi reçu, dit Descartes, dans cette lettre, V Essai touchant les CO" niques du fils de M. Pascal ; et, avant que d'en avoir reçu la moitié, j'ai jugé qu'il avait pris presque tout de M. Des Argues, ce qui m'a été confirmé inoontinent après par la confession qu'il en fit lui-même. » (Feller, Dict. histor., art. Pascal.)
La Biographie universelle, article Pascal, se montre plus favorable à ce grand homme, surtout au sujet delà découverte des principes de géométrie. Voici ses paroles qui me semblent d'une grande justesse : « Nous répétons avec Bossut et Montuela, qu'il n'y a aucun motif fondé de douter d'une circonstance attestée par des témoignages irrécusables. » ,,
BB PHILOSOPHIE CHaixiBlflfB. 8o
tecme dont on n'eût auparavant expliqué nettement le sens; l'autre, de n'avancer jamais aucune proposition qu'on ne démontrât par des vérités déjà connues; en un mot, à définir tous les termes, et à prouver toutes les propositions. Mais, pour suivre Tordre même que j'explique, il faut que je déclare ce que j'entends par définition.
On ne reconnaît en géométrie que les définitions de nom, c'està-dire que les seides impositions de nom aux choses qu'on a clairement désignées en termes parfaitement connus, et je ne parle que de celles-là seulement.
Leur utilité et leur usage est d'éclaircir et d'abréger le discours, en exprimant par le seul nom qu'on expose ce. qui ne se pourrait dire qu'en plusieurs termes; en sorte néanmoins que le nom imposé demeure dénué de tout autre sens, s'il en a, pour n'avoir plus que celui auquel on le destine uniquement; en voici un exemple :
Si l'on a besoin de distinguer dans les nombres ceux qui sont divisibles en deux également, d'avec ceux qui ne le sont pas, pour éviter de répéter souvent cette condition, on lui donne un nom en cette sorte. J'appelle tout nombre divisible en deux également nombre pair.
Voilà une définition géométrique, parce qu'après avoir clairement désigné une chose, savoir, tout nombre divisible en deux également, on lui donne un nom que l'on destitue de tout autre sens, s'il en a, pour lui donner celui de la chose désignée.
D'où il paraît que les définitions sont très-libres, et qu'elles ne sont jamais sujettes à être contredites; car il n'y a rien de plus permis que de donner à une chose qu'on a clairement désignée un nom tel qu'on voudra; il faut seulement prendre garde qu'on abuse de la liberté qu'on a d'imposer des noms en donnant le même à deux choses différentes. Ce n'est pas que cela ne soit permis, pourvu qu'on n'en confonde pas les conséquences, et qu'on ne les étende pas de l'une à l'autre.
Mais, si l'on tombe dans ce vice, on peut lui opposer un remède très-sûr et très-infaillible; c'est de substituer mentalement la définition à la place du défini, et d'avoir toujours la définition si pressente, que, toutes les fois qu'on parle par exemple de nombre pair, on entende précisément que c'est celui qui est divisible en deux parties égales, et que ces deux choses soient tellement jointes et inséparables dans la pensée, qu'aussitôt que le discours exprime l'une, l'esprit y attache immédiatement l'autre; car les géomètres, et tous ceux qui agissent méthodiquement, n'imposent des noms aux choses que pour abréger le discours, et non pour diminuer ou
chMgei; 1* idée» des choses éont as dîsooimiit; oav ils pfélenéflntt qi0ilM|>nt supplée toujours la dë6mli<m'eBttM«'auz teraies^coiMns^ qu'Us n'emploieiit qae pour enter la confusion' que la multitude des paroles apporte.
Rien n éloigne plus promptement et plus puissaminentliss surprises capliieuses des sophistes ifue œtte-méthode, qu'à faut tcmjouss aToir présente, et qui suffit pour bannir toutes sortes de-^* ficultés et d'équiyoques.
Ces choses étant bien entendues, je revien» à Texpiioatton' du vérilahle o^rdce qui consiste, comme je disais, k tout définip et à tQHt pi;ouver. Geilaînenient,. cette méthode serait beUe, mm elle est Absolument impossible ; car il esb é^identi que les premiers^ teiu niesi qu'on youdvait définir en stqiposetaîent de|nrëoédentB^ poor seryiràleureiiplicatioB,et quedemérae les premières propositions' qROtt voudrait prouver en supposeraieot d'autres qui les précédassent; et ainsi il est clair qu'on n'arriverait jamais aux premières.
Attssî^ en poussant les vecherehes de plus- en plus^ on arrive né^ cessairement à des mots, primittfe qu'on ne peun plus dëfeûr, ouà des principes si clairs qu'on n'en trouve plus qui le soie»| dovan^ tage* pour senvie à. leur pEeu;re.
D*ou< il puait que lesrhoraraes sont dans une impuissance' nsiu** Tili» et immuable de traiter quelque science que ce seiit dans U9 ordre absolument aecompli; mais il ne s'ensuit ptis. de là^qu'crada»r« abandonner 'toute sorte d'ordipe.
Car il. y en a un, et c'est^ celui de la géométrie, qui est à la vé» rite inférieur, en ce^qu'il est moins- convaincant, mais^non pus -en* ce-quil est moins .certain, il nedéfinit pas tout et ne pr«nnpe pas^ tout, et c'est en «ela «qu'il* est inlerieur; mais îl ncftuppose que desdmae» claires et constsntes par lailumiàre'natureBe;eest'pemK qQoi>il est panfiaitement iFéritable, la nature >le soutenant m dé&utj du raisonnement.
Cet ondire le phe parftst entve les hommes consiste, non pus à tout définir <Hiià neixien démontrer, ni>aussi àiieanen:définir otvàp ne rien démontrer^ mai» à se tenir dans ce milieu, de>ne> point tA»« finir les choses claBreret> entendues de touslèshommes^etide définir toute» les àutfees, et ée ne point prouanei? toutes^es.ohesee eonmies des hommes^ et de prouver toutes^les autres. GMtt>e cm erdretpèchent également eemc qui entrepreunentedetoatdiéfinip'Ct de*tout pcoumei^ et eeux qui négligent dn leifkire> dansée» chona tpk nesontipas évidentes dielles^mémes.
C'est ce que le géométrie enseigne parfiiitement. Ifitte- ne définit
aucune de» choses, eapaee, tem]M) mouimiieiit, nombre, égalité, ni. les semblables qui sont en grand nombre, parce que ces termes* là daignent si naturellement les ohoaes qu'ils signifient à ceux qui entendent la langue, que réclaircissemeHt qu on en yeudtait (^ive apporteraât plus d'obscurité que d'instruction.
On Toit asses de là qu'il y a des mots incapables d'être définis ; el^ si la naluire n'aurait suppléé à ce défaut par une idée pareille qu'elle a donnée à tous^les^lumunes, toutes.nos expvesnontf seraient c$f)fii&es; au lieu qa'on en use ayec la même assurance et lamâme cevùtude que s'ils étaient expliqués d'une maniève parSùtement essmpte d'équivoques ; parce que la. nature nous en a elle4niên»» donnée sans paroles, une intelligenee plus nette que celle que Tait nous aeqpievtpar aoa explications.
Pourquoi,, par exemple, entreprendre de défimrle temps, puisque ixms les hommes conçoivent ce qu'on veut dire en parlant du temps, sai^ qu'on le désigne davantage ? Cependant il 7 a bien> des opinions différentes touchant l'essence du temps. I^es uns dirent quec'est le mouvement d'une chose créée, les autres la mesure du mouvement, etc. Aussi ee n'est pas la nailure de ces choses que je dis ^.^st commune à tous, oe^n'est simplement que le rappoc« cyitKele ncMOiet la o^boise^ en sorte qu'à oette expression temp» toua portent la pensée vevs le même objet, ce qui suffit pour faire que ce terane n'ait pas bjssoin d'être défini, quoique ensuite, en exaq»* i^qtce que c'est que le temps, on vienneà différer de sentiment apvàaa'^tpe mis^ à y penser; car ks:définil3ons ne sont* faites que poundésigner les choses que Ton nomme, et' non pas pour en moip-
trer la nature.
Ge^n est pas qu'il ne soît permis d'appeler du nom dfe t»mps 1q> BlOTvemeirt d'une chose crééej car, comme fài^ dit tantôt, rie»^ n^est phis Mbre que les définitions. Mais ensuite de cette définition^ ayauradera choses qu'on appellera dû nom de temps : Vune esfr c^e que tout le monde entcfnd naturellement par ce motj e« que tous ceux qui pai*ent notre langue nomment par ce terme; l'aul» . aéra le mouvement tf une chose créée, car on F appellera aussi dfe ^ nem, aiivant'cettenouvelle définition.
nfaudk^-donc éviter les équivaques^et ne pas confondre le» conséquences. H' ne s'ensuivra pas de là que la chose qu'on entend naturellement par le mot de tempi^ soit en effet le mouvement dune chose ci^e; H a été Ubre de nommer ces deux choses d» même, mais il ne le sera pas dé les faire convenir dénature anisw bien que d^ nom;
DB PVILOSOFtnE CKHÉTIBlfHB. q5
On n'y tombera jamais en suivant l'ordre de la géométrie. Cette
'licieuse science est bien éloignée de donner la définition de ces ■^ts primitifs, espace, temps, mouvement, égalité, majoHté, tH-
inution, tout, et les autres ^e le monde entend de soi-même, lais, hors ceux-là, le reste des termes qu'elle emploie j sont telement éclaircis et définis, qu'on n'a pas besoin de dictionnaire pour en entendre aucun. De sorte qu'en un mot tous les termes sont parfaitement intelligibles, ou par la lumière naturelle, ou par les définiUons qu'elle en donne.
Voilà de quelle sorte elle évite tous les vices qui se peuvent rencontrer dans le premier point, qui consiste à définir les seules choses qui en ont besoin. Elle en use de même à l'égard de l'autre point, qui consiste à prouver les propositions qui ne sont pas évidentes.
Car, quand elle est arrivée aux premières vérités connues, elle s'arrête là, et demande qu'on les accorde, n'ayant rien de plus clair pour les prouver; de sorte que tout ce que la géométrie propose est parfaitement démontré, ou par la lumière naturelle, ou par les preuves.
De là vient que si cette science ne définit pas et ne démontre pas toutes choses, c'est par cette seule raison que cela noos est impossible.
Qn trouvera peut-être étrange que la géométrie ne puisse définir aucune des choses qu'elle a pour principaux objets; car elle ne peut définir ni le mouvement, ni les nombres, ni l'espace, et cependant ces trois choses sont celles qu'elle considère particulièrement, et selon la recherche desquelles elle prend ces trois différents noms de mécanique, d'arithmédque, de géométrie, ce dernier nom appartenant au genre et à l'espèce.
Ittais on n'en sera pas surpris, si l'on remarque que cette admirable science, ne s'altachanl qu'aux choses les plus simples, cette même qualité qui les rend dignes d'être ses objets, les rend incapables d'être définies; de sorte que le manque de définitions est plutôt une perfection qu'un défaut, parce qu'il ne vient pas de leat obscurité, mais, au contraire, de leur extrême évidence, qui •""'elle n'ait pas la même conviction des déboute la certitude. Elle suppose donc que se qu'on entend par ces mots ; mouvesans s'arrêter à les définir inutilement, et en découvre les merveilleuses çro-
9a PRIKGIPBS FONDAMBNTAUr
Ainsi, si Ton ayance ce discours, le temps est le mouvement d*une chose créée, il faut demander ce qu on entend par ce mot dé temps, c'est-à-dire si on lui laisse le sens ordinaire et reçu de tous, ou si on l'en dépouille pour lui donner en cette occasion celui de mouyement d'ime chose créée ; que, si on le destitue de tout autre sens, on ne peut contredire, et ce sera une définition libre^ ensuite de laquelle, comme j'ai dit, il y aura deux choses qui auront ce même nom; mais si on lui laisse son sens ordinaire, et qu'on prétende néanmoins que ce qu'on entend par ce mot soit le mouyement d'une chose créée, on peut contredire. Ce n'est plus une définition Ubre, c'est une proposition qu'il faut prouver, si ce n'est qu elle ne soit très-évidente d'elle-même; et alors ce sera un principe et un axiome, mais jamais une définition, parce que dans cette énonciation on n'entend pas que le mot de temps signifie la même chose que ceux-ci, le mouvement d'une chose créée; mais on entend que ce que l'on conçoit par le terme de temps soit ce mouvement supposé.
Si je ne savais combien il est nécessaire d'entendre ceci parfaitement, et combien il arrive à toute heure dans les discours familiers, et dans les discours de science, des occasions pareilles à celle-ci que j'ai donnée en exemple, je ne m'y serais pas arrêté; mais il me semble, par l'expérience que j'ai de la confusion des disputes, qu'on ne peut tr^p entrer dans cet esprit de netteté.
Combien y a-t-il de personnes qui croient avoir défini le temps, quand ils ont dit que c'est la mesure du mouvement, en lui laissant cependant son sens ordinaire! et néanmoins ils ont fait une proposition, et non pas une définition. Combien y en a-t-il de même qui croient avoir défini le mouvement, quand ils ont dit : Motus nec simpliciter motus, numera potentia est, sed actus entis in po^ tentia? Et cependant, s'ils laissent au mot de mouvement son Siens ordinaire, comme ils font, ce n'est pas une définition, mais «ne proposition ; et ainsi, confondant les définitions qu'ils appellent définitions du nom, qui sont les véritables définitions libres, permises et géométriques, avec celles qu'ils appellent définitions de choses, qui sont proprement des propositions nullement libres, mais sujettes à contradiction, ils s'y donnent la liberté d'en former aussi bien que des autres; et chacun définissant les mêmes choses i sa manière par une liberté qui est aussi défendue dans ces sortes de définitions que permises dans les premières, ils embrouillent toutes choses, et, perdant tout ordre et toute lumière, ils se perdent eux-mêmes, et s'égarent dans des embarras inextricables.
DB P9II,080miB CBBlinBimS. gS
On n'y tombera jamais en suivant lordbre de la géométrie. Cette judicieuse science est bien éloignée de donner la définition de ces mots primitifs, espace^ temps, mouifement, égalité, majorité, diminution, tout, et les autres que le monde entend de soi-même» 'Mais, hors ceux-là, le reste des termes qu elle emploie y sont tellement éclaircis et définis, qu'on n a pas besoin de dictionnaire pour en entendre aucun. De sorte qu'en un mot tous les termes sont parfaitement intelligibles, ou par la lumière naturelle, ou par les définitions qu'elle en donne.
Yoilà de quelle sorte elle évite tous les vices qui se peuvent rencontrer dans le premier point, qui consiste à définir les seules choses qui en ont besoin. Elle en use de même à l'égard de l'autre point, qui consiste à prouver les propositions qui ne sont pas évidentes.
Car, quand elle est arrivée aux premières vérités connues, elle s'arrête là, et demande qu'on les accorde, n'ayant rien de plus clair pour les prouver; de sorte que tout ce que la géométrie propose est parfaitement démontré, ou par la lumière naturelle, ou par les preuves.
De là vient que si cette science né définit pas et ne démontre pas toutes choses, c'est par cette seule raison que cela nous est impossible.
Qn trouvera peut-être étrange que la géométrie ne puisse définir aucune des choses qu'elle a pour principaux objets; car elle ne peut dé&nir ni le mouvement, ni les nombres, ni l'espace, et cependant ces trois choses sont celles qu'elle considère particuUèrement, et selon la recherche desquelles elle prend ces trois différents noms de mécanique, d'arithmétique, de géométrie, ce dernier nom appartenant au genre et à l'espèce.
Mais on n'en sera pas surpris, si l'on remarque que cette admirable science, ne s'attachant qu'aux choses les plus simples, cette même qualité qui les rend dignes d'être ses objets, les rend incapables d'être définies; de sorte que le manque de définitions est plutôt une perfection qu'un défaut, parce qu'il ne vient pas de leur obscurité, mais, au contraire, de leur extrême évidence, qui est telle, qu'encore qu'elle n'ait pas la même conviction des déttionstrations, elle en a toute la certitude. Elle suppose donc que Ton sait quelle est la chose qu'on entend par ces mots : mouvement, nombre, espace ; et sans s'arrêter à les définir inutilement, elle en pénètre la nature et en découvre les merveilleuses propriétés.
q4 mnriiiKtt TCMMsiCl^àM
La^nÂBcnpiife eitles ddieLiÉiiiité»<ilâ êt^mtëmmit dsfiië Ibtltes, l'iMBë ée>graiideur^ VaaiM^ p«flitliiliè.
CàP, ^jSÊétqk^ pMNlipt <iae soit tin ifKtfOrttvèmem, ofi fUetft en nôHoe^Nnr un qdi k^c^ dtfnktithgie, «t9iâkier«n(5bi^e'oe'd«^t»eï', ët'sdn&i
soit Hn^ màtf^iJÉiislkt, 6li 'pBOt Mb l'étfttAef ' dàftHntà^, et 6titcft&*àe 'dsrttitep^ tit ttilidl à Vitlfeii', ^fttis jftMiBlis' aïttvef à ttn tel dègi*ér^ lenteur, qu'on ne puisse encore en' desl!5ettâre'à Une -irifinité d"^tt(e6i^UBï»^umû)ét dflns lel^os; De ifiéitie, e(n'elè(ue grand <}tfef soit tyi'ifDmbpe^ mi peut en eonee^oif tm phis grdkrâ, et encore un ((lii «nfevpâssë le'demi^^et^insii à Vii^ni, sans jamais arrirer à un qdi tm^ pviisé^ plus ètté kvpgmettté. Ct, au cotHftlifie, queh|ùe petit qtte soit un nombre, comme le centième ou la dix-millième partie, Où peut encMnpe>6ti avoir ti»e «ookidfe, «ft totgoui^ à Tinfitiâ, tfaàsârri- «ttv auiffévb «Minéftm.
Oiâf'ttiêtBifr, ^^eAqtie gnmé'qtië'soitinn'é^aee, on peut en c6nd)itbïr "A* pkis gfatid', et encore im <pA le soit davantage, et aitisi %. l'infini, sans jamais arriver à un qui ne puisse plus être attg^eAtil; ety M e^ittt^i»B, quelque petit que soit tm espace, on peut eticore «h «dtisidlércfr unitfdindre, ettotrlotoo-s à Tiïifiiii, sans jamais atifVëhr à un indivisible qui n'ait plus aucune étendue.
H eti eUt de même du^tbmpSi On peut toujotirs en concevoir un plus gtand sàïils dernier, et mi moindre sans arriver à un instant et i. uiï'pttT' nésmt'de dtirëe.
tyesi-à-dîre, eh un mot, que, quelque mouvement que ce sbït, ^élqtle nomlirè, quelque espace, quelque temps que ce soit, il j ett II toujours un jâus graiid et un moindre; de sorte qu'ils se soudeiment tous, entre le néanft et Finfini, étant toujours iiïfininient éloignés de x*m extirSmes.
Toutes ces vérités ne se peuvent démontrer, et cependant ce soitft lès fondements et les principes de la géométrie. Mais, comme là causé qui ïes rend îrtcapables de démonstration n'«st pas leur obscurité, maïs au contraire leur extrême évidence, ce manque de preuve n est pas un défaut, mais plutôt une perfection.
iJoù ton voit que la géométrie ne peut définir les objets ni prouver les principes; maïs par cette seule et avantageuse raisonne le» unes et les autres «ont dans une extrême clarté naturelle qui convainc la raison plus puissamment que le discours* ^l. L'art de persuader consiste autant en celui d'agréer m'en
i 4e ùonwnkmcky mot le» iiimdnM .bc f oUTvmisdi plus pHr lAprices que par raison.
Otij^ œs dâkucniélhdileè, lune de oon^amere, Ikatmi dlagtéer, je ^e dodUMiai. k»> ks jrc^glesiqiie de la pmnîèye , «tiCOBoore-aa «as qu-«aaitacoordë le^priacîpet^et qu!on demeure ferme à leftuvfWBiÉr; nutraraeiit -je neisi^ fefil j aurait un irt punr i rrnmnw ikir loo ipiiot wùBà, Kinoâiialteoe de^ftoateaprices.
Mais< 1a maniete d'agpaer «st Jsien, sans oompaBoison) pk» difB- <zile, ^us subtile, plus utile et plus adiiBEadale; Âasn, si jen^en ttaite pas, c'est parée i{iis je n'enams^as^eapaUe^ et je »y aeas tellHtieBt idiaprapctrlicmné, ipie |e çasois la chose impossible.
Cftnîest pa^qœje aeeroie^U'il yoit'des.téglieaiaBni aiktt&fBanr pkii'eque jpeur démoflftrw, et^ue qui les aauraètperiaitemelit emijQskpe ret .pratiquer iietfiéusah^usfiî aàvemeAt à ne faire (unnr dès KHS, et de teuieStsOBtes de pertoMiea, qua leur £am>eiileBdrB Jas alémeHts deilai g^oitiélm.
Maisjc€«tirae,^e<» »eesgpeirt4tge ima Aibhssequi meiefMMresÉe, 'quolast iaapoesibfe dyiavriiKev. La .'raison de-oetse^entrânediffiouUé vieûtdece queiës prinbipes .du^phûaic nef5ODtpHB)fani0s>et stables; ils sont divers eatt^ttsles haBSMes,.*«t variables'd«is*'dka- ^ue paelieuUeâr, ahras iftnt) sdlediversité^qu'ilin japatntdlbciaime plus diffeiielitduit.atltre que de sai'-«CÉierdaiiBrle8r*dxvi!rBt;dnp5. UnAiomme a d'autres plaisirs qu'use fenana U(n}ticfae»etioii pau^e en CNQtde diCfëraatsUJilprince^^UBbroiime decgnemre^aBunaiieiiBnd, am boui^oi^ .asl'pa|^ai^ les ¥i«ux, les jciaKs, lasfsafaM^ las^xaaiades, tous yarient, les moîadre» aeddantis lesMohangenL
Or il y a un art, et c'est celui que je donne pour faire voir la liaôson des vérités avec leurs principes, st)it de vrai, soit de plaisir, pourvu quelet-prittc^^ qn^an a me foia «voués deaMMBtetlt fermes, et slms étue jamatstdémmitifi.
Mais, comme II y a peu de principes de cette sorte, et qoa^teirs delà géiotaiatric^ quitieoeasidème^e^a hgB& très»«sîmples , il n'y a presque point de vérité dont nous demeurionslbiqaiars'd'ttci?ard,«ireiMioi«.maiBS*d'ioh)etde plaiaû* d<xntiiio«s.tte ekcugions à toute heure, je ne sais s'il y ^ aaayen deidômier deBràgleai^ferm^s pour accorder le discours à l'inconstance de nos caprices.
Cet art, que j'appelle Tart de persuader, et qui n'est proprement que'lacondiflîtedes'pretives méthodiques parfaites, consiste en trois paities essetîtleBes- •: àdëfînir les termes dont on doit se servir par des définitions chûrcs; à proposer des principes, ou axiomes évî dents, pour prouver la chose dont il s'agit, et àsxrbstitaer toujoxûrs
g6 PEINCIVB8 FOU DAMSRTAUX
mentalement dans la démonstration les définitions a la place des définis.
Et la raison de cette méthode est évidente, puisqu'il serait inutile de proposer ce qu'on veut prouver, et d en entreprendre la démonstration, si on n'avait auparavant défini clairement tous les termes qui ne sont pas intelligibles, et qu'il faut de même que la démonstration soit précédée de la demande des principes évidents qui y sont nécessaires. Car, si l'on n'assure le fondement, on ne peut assurer l'édifice ; et il faut enfin en démontrant substituer mentalement les définitions à la place des définis, puisque autrement on pourrait abuser des divers sens qui se rencontrent dans les termes. Et il est facile de voir qu'en observant cette méthode on est sûr de convaincre, puisque, les termes étant entendus , et parfaitement exempts d'équivoques par les définitions, et les principes étant accordés, si dans la démonstration on substitue toujours mentalement les défixiitions à la place des définis, la force invincible des conséquences ne peut manquer d'avoir tout son effet.
Aussi, jamais une démonstration dans laquelle ces circonstances sont gardées n'a pu recevoir le moindre doute, et jamais celles où elles manquent ne peuvent avoir de forces.
n importe donc bien de les comprendre et de les posséder,* et c'est pourquoi, pour rendre la cho se plus facile et plus présente, je les donnerai toutes en ce peu de règles, qui enferment tout ce qui est nécessaire pour la perfection des définitions, des axiomes et des démonstrations, et par conséquent de la méthode entière des preuves géométriques de l'art de persuader.
Règles pour les déflnitions.
I® N'entreprendre de définir aucune des choses tellement connues d'elle-mêmes, qu'on n'ait point de termes plus clairs pour les expliquer.
29 N'omettre aucun des termes un peu obscurs ou équivoques sans définition,
30 N'employer dans la définition dés termes que des mots parfaitement connus ou déjà expliqués.
Règles pour les axiomes.
lO N'omettre aucun des principes -nécessaires, sans avoir demandé si on l'accorde, quelque clair et évident qu'il puisse être
2® Ne demander en axiomes que des choses parfaitement évidentes d'elles-mêmes,
DB PHILOSOPHIE CH&BTIENKE. gy
Règles pour les démonstrations.
1® N'entreprendre de démontrer aucune des choses qui sont tellement évidentes d elles-mêmes^cp'on n'ait rien de plusclairpour les démontrer et prouver.
20 Prouver toutes les propositions un peu obscul*es, et n employer à leur preuve que des axiomes très-évidents, ou des propositions déjà accordées ou démontrées.
3^ Substituer toujours mentalement les définitions à la place des définis, pour ne pas être trompé par Féquivoque des termes que les définitions ont restreints.
Voilà en quoi consiste cet art de persuader, qui se renferme dans ces deux règles : définir tous les noms qu'on impose, prouver tout en substituant mentalement les définitions à la place des définis.
Sur quoi il me semble à propos de prévenir trois objections principales qu'on pourra faire : l'une, que cette méthode n'a rien de nouveau ;
L'autre, qu'elle est bien facile à apprendre, sans qu'il soit nécessaire pour cela détudier les éléments de géométrie, puisqu'elle consiste en ces deux mots qu'on fait à la première lecture ;
Enfin, qu'elle est assez inutile, puisque son usage est presque renfermé dans les seules matières géométriques. Sur quoi il faut faire voir qu'il n'y a rien de si inconnu et de plus difficile à pratiquer, et rien de plus utile et de plus universel.
Pouria première objection, qui est que ces règles sont connues dans le monde , qu'il faut tout définir et tout prouver, et que les logiciens même les ont mises entre les préceptes de leur art, je voudrais que la chose fût véritable, et qu'elle fût si connue, que je n'eusse pas eu la peine de rechercher avec tant de soin la source de tous les défauts de nos raisonnements. Mais cela Test si peu, que, si l'on en excepte les seuls géomètres, qui sont en si petit nombre, qu'ils sont uniques en tout un peuple, et dans un long temps, on n'en voit aucun autre qui le sache aussi. Il sera aisé de le faire entendre à ceux qui auront parfaitement compris le peu que j'en ai dit. Mais, s'ils ne l'ont pas conçu parfaitement, j'avoue qu'ils n'y auront rien à apprendre.
Mais, s'ils sont entrés'dans l'esprit de ces règles, et qu'elles aient fait assez d'impression pour s'y enraciner et s'y affermir, ils sentiront combien il y a de différence entre ce qui est dit ici et ce que quelques logiciens en ont peut-être écrit, d'approchant au hasard, en quelques lieux de leurs ouvrages.
Ceux qui ont Vesprit de discernement savent combien il y a de différence entre deux mots semblables, selon les lieux et les cireonstanees qui les accompagnent. Groira-t-on, en iFëmé^ que dtgux personnes, qui ont lu et appris par cœur le même livre, le sachent également? Si l'un le comprend, en sorte qu'il en sache tous les principes, la force -des conséqueneeS) les réponses aux objections' qu'on j peut faire^ et toute l'éconoime de l'ouTrage; au lieu qu'en l'autre ce sont des paroles mortes €t des semences, qui^ (pioique pareilles à celles qui ont produit de!6> arbres si «fertiles, sont demeurées sèclies et infructueuses dans reaprit stérile qui les a recijtôs en vain.
Je voudtiais demimder à des personnes équitables si oe pnndpe : la matière est dans une incapacité naturelle immcible de penser, et celni-ei: Je. pense, dorwje suis, soient en effet une même ehose dans l'esprit <^ «Desieafrtes et dans l'esprit* de saint AugusCin, qui a dit la même dhose douze cents ans auperavanc.
En vérité, je suis bien éloigné de dire que Descartes n'en stni le véritable auteur, quand même il ne l'aurak appris que dans la leeture de ce giand saint; car je aais- combien il y a de dtfféreikce entre écrire un mot à l'avtnture, sans y feine 'réflexion phisiloih gue et plus étendue, etapereevoîr dans ce-mot une: mite adtnifable de consaquenees, qui prouve la distinction des natmres matérielles et spirituelles, et en faire un principe ferme et souitemi d'une métaphysique entière, eonune Descartes a prénendu Saixe. Car, sans eftarainer s'il a léussi effifcaoement datissa^prétentiony je suppose qu'il l'ait fait; et c'est dans cette supposition que je dis que ce mot est a<»ssi différent datasses écrits^ d'avec le même t»ot, dans les fiutres^tqui l'ont dit en pasisant, qu'un homme mort d-Ofsee un homme plein de vie et de forée.
Tel dira une mhoee de soi-même, sans en eompiseiKhe l'esèel* lence, où un icMitire comprendra une: suite niei^vidilteuse de consé^ quenees, qui nous feit dire hardimônt xpie x» ptesi plus le même mot, et qail «e le^it plus à o^ui d'où il l'a appris; c'est qviun arbre admirable »e peut être legandé eomme rQii>inrage de celui qui en aurait jelté la semence «ans y peia^crét «attis le cotmoAtre dans une terre abondante.
Les^mémes pensées poussent quelquefois tbm fi(^ift*emeBX dans un autr^ quedans leur auteur; infertiles «ians leur «biamp^iitttiuiri, abondaisites étant transplantées.
Maisil arrive bien souvent qu^un.ban esprit fait pr^uire luimême, à ses propres pensées, teutie.iruijt.dontieUefi^eettteiipables,
Bs Pun,o»cffmm cutémMim. qq
let <pi'etisiiité qaékfues autres les ayant ouï esdraer, les empruntent et s'en pu^nt sans en ec^nnaitre rexcellenee; et c'est alors qae la dififércîMce' d'un même nwt, en diverses bouches, parait le plus.
C'est de' o«;te^rte que la logique a peut*4tre emprunté les règles de la géométrie sans en comprendre la force ^ et ainsi en les mettant à 'l'aventure, parmi celles qui lui sont ptx>pres, il ne s'enmritpas de là qu'ils aient entré dansTesprit de géométrie; et je serai bien éloigné, s'ils n'en donnent pas d'auttvs marques, que de l'avoir dk en passant, de les mettre en parallèle avec cette science qui apprend la véritable méthode de conduire la raison.
Mais je serai au contraire bien dispoaé à les exclure, et presque 3«ns retour; car, de l'avoir dit en passant, sans avoir pris garde çtte tout est -renfermé l dedans, et, au lieu de suhrre ses lumières, s'égarer à perte de vue dans des recherdies inutiles, pour courir à ce qu'elles ofiSrent, et qu'elles ne peuvent donner, c'est véritablement montrer qu'on n'^erst' guère clairvoyant, et bien plus que si l'on avait manqué ^'suivre les règles và'itables, parce qu'on ne les avait pas aperçues.
La méthode de ne point errer es^ leehèrohéede tout le monde. Les logiciens fofttpi^feMio^ d'y conduire. Les géomètres seuls y arrivent; hors leur scienee, et de te qui l'imite, il n'y a poînt de véritables démonstrations, et > tout l'art en est renfermé dans les seuls préceptes que ttous avoKis dit. Us suffisent seuls, prouvent seuls; toutes les auti^esi^les sont inutiles ou niûsibleSé
YoSà ce que je sais par «ne longue ei^rienoe de toute sorte de Jivres et de personnes.
Le défeut d'un raisonnement fimxest une maladie qui se guérit par ces deux remèdes. On en a composé un autre d'une infinité d'herbes inutiles, on les bonnes se trouvent enveloppées, et où elles demeurent sens eflfet par les mauvÂises qualités de ce mélange.
Pour découvrir tô^s les sophisiiies, et toutes les équivoques des tuîsonneRients captieux, ils ont inven^des noms barbares qui étonnent ceux qui les emendentf au tiiea qu'on ne peut débrouiller tous lesTeplisdeoencMid si embarrassé^ qu'en tirant l'un des bouts que les géomètres ^astignent; ils en ont naarqué un nombre étrange d^autres^bù ee)U9L^làse trowenroompris^ sansqu'il^saehent lequelest^le bou.
Rien n'est plus commun que les bonnes choses; il n'est question que de les discerner, et il ei^ ceitaîn qu'elles sont toutes naturelles etàAotreportée,«t même comiues de tout le monde. Mais on ne sait pas les distinguer. Ceci est universel, cen est pas dans lescho-
lOO PRIirCIPBS FONDAMBNTAIJX
ses extraordinaires et bizarres que se trouve l'excellence de quelque genre que ce soit. On s élève pour y arriver, et Ion s'en éloigne ; il faut le plus souvent s'abaisser. Les meilleurs livres sont ceux que chaque lecteur croit qu'il aiurait pu faire ^ la nature, qui seule est bonne, est toute familière et commune.
Je ne fais pas de doute que ces règles, étant les véritables, ne doivent être simples, naïves, naturelles comme elles sont. Ce n'est pas barbara et baralipton qui forme le raisonnement. Il ne faut pas guinder l'esprit; les manières tendues et pénibles le remplissent d'une sotte présomption par une élévation étrangère, et par une enflure vaine et ridicule, au lieu d'une nourriture solide et vigoureuse; et/ l'une des raisons principales qui éloignent ceux qui entrent dans les connaissances du véritable chemin qu'ils doivent suivre est l'imagination qu'on prend d'abord que les bonnes choses sont inaccessibfes, en leur donnant le nom de grandes, hautes, élevées, subUmes. Gela perd tout. Je les voudrais nommer basses, communes, famiUères; ces noms-là leur conviennent mielix : je hais ces mots d'enflure.
III. Il arrive souvent qu'on prend, pour prouver certaines choses, des exemples qui sont tels, qu'on pourrait prendre ces choses pour prouver ces exemples : ce qui ne laisse pas de faire son effet; car comme on croit toujours que la difficulté est à ce qu'on veut prouver, on trouve les exemples plus clairs. Ainsi quand on veut montrer une chose générale, on donne la règle particulière d'un cas. Mais, si on veut montrer un cas particuUer, on commence par la règle générale. On trouve toujours obspure la chose qu'on veut prouver, et claire celle qu'on emploie à la prouver; car quand on propose une chose à prouver, d'abord on se remplit de cette imagination qu'elle est donc obscure ; et, au contraire, que celle qui la doit prouver est claire; et ainsi on l'entend aisément.
IV. Les philosophes se croient bien fins d'avoir renfermé toute leur morale sous certaines divisions. Mais pourquoi la diviser en quatre plutôt qu'en six ? Pourquoi faire plutôt quatre espèces de vertus que dix ? Pourquoi la renfermer en obstine et sustine plutôt qu'en autre chose. Mais voilà, direz- vous, tout renfermé en un seul mot. Oui, mais cela est inutile, si on ne l'expUque ; et dès qu'on vient à l'expliquer, et qu'on ouvre ce précepte qui contient tous les autres, ils en sortent en la première confusion que vous vouliez éviter : et ainsi, quand ils sont tous renfermés en un, ils y sont cachés et inutiles ; et lorsqu'on veut les développer, ils reparaissent dans leur confusion naturelle.
BS PHILOSOPHIE CHRETIBNITS. XOI
La nature les a tous établis chacun en soi-même, et, quoiqu on les puisse enfermer l'un dans l'autre, ils subsistent indépendamment Fun de l'autre. Ainsi toutes ces divisions et ces mots n'ont guère d'autre utilité que d'aider la mémoire, et de servir d'adresse pour trouver ce qu'ils renferment.
V. Quand on veut reprendre avec utilité et montrer à un autre qu'il se trompe, il faut observer par quel côté il envisage la chose, car elle est vraie ordinairement de ce côté-là, et lui avouer cette vérité ; il se contente de cela, parce qu'il voit qu'il ne se trompait pas, et qu'il manquait seulement à voir tous les côtés. Or on n'a pas tonte de ne pas tout voir; mais on ne veut pas s'être trompé, et peut-être que cela vient de ce que naturellement l'esprit ne se peut tromper dans le côté qu'il envisage, comme les appréhensions des sens sont toujours vraies.
YI. J'avais passé beaucoup de temps dans l'étude des sciences abstraites ; mais le peu de gens avec qui on peut communiquer nien avait dégoûté. Quand j'ai commencé l'étude de l'homme, j'ai "VU que ces sciences abstraites ne lui sont pas propres, et que je m'égarais plus de ma condition en y pénétrant que les autres en les ignorant, et je leur ai pardonné de ne s'y point appliquer. Mais j'ai cru trouver au moins bien des compagnons dans l'étude de l'homme, puisque c'est celle qui lui est propre. J'ai été trompé. Il y en a encore moins qui l'étudient que la géométrie.
^ VIL Quand un discours naturel peint une passion ou un effet, on trouve dans soi-même la vérité de ce qu'on entend, qui y était sans qu'on le sût, et on se sent porté à aimer celui qui nous le fa^t sentir. Car il ne nous fait pas montre de son bien, mais du nôtre, et ainsi ce bienfait nous le rend aimable ; outre que cette communauté d'intelligencej que nous avons avec lui, incline nécessairement le cœur à l'aimer.
VIII. Quand on voit le style naturel, on est tout étonné et ravi ; car on s'attendait dé voir un auteur, et on trouve un homme ; au lieu que ceux qui ont le goût bon, et qui, en voyant un livre, croient voir un homme, sont tout surpris de trouver un auteur^ plus poetice quam humane locutus est,
IX. Il y en a qui masquent toute la nature. Il n'y a point de roi parmi eux, mais un auguste monarque ; point de Paris, mais une capitale du royaume. Il y a des endroits où il faut appeler Paris Paris, et d'autres où il faut l'appeler capitale du royaume.
X. Quand dans un discours on trouve des mots répétés, et qu'es-
4«â wnmiwmA v^m^AmssTsÊ^^
sajant de les corriger, on le» trouve aï pr^psesicpion gè&ar^l le diflcours, il les faiU laisser.
XI, Ceux qui font des antithèses en foarçanl les lootasont cew qui font de fausses fenêtres pour la symétrie*
XII. Dans les discours il ne faut point détourner le^it d'iu^te^ chose à une autre, si ce n est pour le délasser^ mais dans le temps, où cela est à propos, et non autrement; car qui veut délasser hora de propos lasse. On se rebute et on quitte tout là; tant il est diC&dllî é^ rien obtenir de l'homme par le plaisir, qui est la monnaie pour laquelle nous, donnons tout ce qu'on veut.
JUIL La dernière chose qu on trouve en faisant un ouvrage es* de savoir celle qu'il faut mettre la première.
Après les citations que je viens de faire,, et où Ton voit se pra*» duire le même fonds d'idées sous des formes différentes, . on seras satisfait aussi de voirie r^umé des pensées d'Arnauld sur la science, sur la raison et sur les règles qui doivent la diriger.
Arnauld (Antoine), vingtième en&nt de Antoine Amauld, avoca^t général de la reine Catherine de Médicis, et de Catherine Ma-» rion, naquit à Parts, le 6. février 1612. Il donna de bonne heunei des indices de sa capacité et du penchant à écrire qui se développèrent plus tard en lui. Après avoir fait ses études aux collégesL-de Galvi et de Lisieux, il se détermina, d*après les conseils de sa mère et de l'abbé de Saint-Cyran, son directeur, à suivre la carrière de la théologie. Il prit ses leçons sous Lescot, dont il contredit l'enseignement au sujet de la grâce.
Lorsqu'il prit le bonnet de docteur, en i64r, en prêtantle serr ment d*usage dans Téglise de Notre-Dame sur l'autel des martyrs, il jura de défendre la vérité jusqu'à l'effusion de son sang.
Peu après il publia son livre de la fréquente communion, qui donna lieu à de vives discussions, quoiqu il portât l'approbation de quelques évêques et de vingt-quatre docteurs. Il se retira à Port- Royal, où il avait six sœurs religieuses. Bientôt il se jeta dans les disputes et les innombrables subtilités de l'époque sur la grâce, à l'occasion du duc de Liancourt à qui un prêtre de Saint»-Sttlpice ftyait refusé Tabsolution parce qu'il élait ardent défensew da YAugmtinus. Il se montra dès lors Te^oir du parti j»iséniste, fut» censuré par la Sorbonne en i65â, et exclu ensuite de oe corps pour n'avoir^ paj& voulu, aousmre à Ia OQ«si|]^
Ds pRisoforaut . cnui'HiiuiiiE. loS
Du fond de sa retraite, dont il ne sortit, qu'en 1678, il dirigea sa plume contre les Calvinistes et produisit la Perpétuité de la foU Plusieurs écriyains ont attribué cet ouvrage à Nicole, son ami et son compagnon de-solitude : dautres se sont bornés à dire que Nicole fut le collaborateur d'Amauld. Quoi qu'il en soit, ce livre, mo* nument de génie et d érudition, vrai modèle de dialectique dans le» controverses, fit une grande sensation dans le monde, enleva 4es partisans nombreux à la réforme et conquit à Arnauld le^su^ irages des deux puissances. Il y ajout» encore le Kens^rs€mentd% la wtoraie-de Jésus^hristpar les Calidnistes.
Ara^uld vécu€ en paiK qudque temps, et Louis XDV lui-mémfo le reçut avec faveur. Mais bientôt il se rejeta dans le labyrinthe des disputes janséiHstes,, ou il dépensa^malheureusement la ^us^ grande partie de ses talents et de sa vie. Il quitta la France et se réfogHi dfm» les Pays-Bas en 1079. Là, il se raidit encore utile à la couse catholique en publiant son Apologie du clergé de France et dê»ca* tholiques d'Angleterrey contre le minUtre JurieUy ouvrage qui, au jugement db -Racine, présente la force et Téloqiience des Philippin ques de Démosthène.
Arnauld ne tarda pas à se jeter dans une controverse nouvelle ûtto^P longue eontre le P» Malebranche, à l'occasion de son Traité de la nature et de la grâce i Ge docteur youlant tourner son^adver^saere, au Heu de le combattre de face, Tattaqua d'abord au sujet de J-opimon que Ton voit tout en Dieu, eicposée dans la ReehereU^ de* la vérité. Ce ftit Toocamon du Traité des ^vraies et fausses idées^ pi» lequel il débuta dans cefTte tbngue'querellequi dura jusqu'à s{i mort, amvéeà Bruxelles en (694* Arnauld savait quatre-vîngt-deus «na^ dont il en avcdt passé soixante dâins les agitations d^une con« Cvoverse interminable, ne produisant que de- temps à au^e des ou* ^iMi^es vraiment utiles à la religion, et qui ont s^uls survécu aux subtilités de son époque.
Cent quarante volumes, qui ont paru sous son nom, dont plu- •iews sont dus à la collaboration de Pascal et de Nicole, attestent «dans cet homme une activité incroyable, jointe à une capacité rare «t à un fonds inépuisable d*érudition. On doit déplorer qu'à une époque si féconde en grandis écrivains, la controverse la plus sub» ^Ici, la plus opiniâtre et la plus multiforme qui fïlit jamais, ait con» sommé tant de ressources intellectuelles et produit tant d'ouvrages qui dorment d'un sommeil éternel dans la poussière des bibliothèques.
EXTRAITS d'aRNAITLD.
Règles pour la recherche de la yérité.
Ces règles sont, ce me semble, si raisonnables, que je ne crois pa^ qu'il y ait aucun homme de bon sens qui ne les approuve, |et qui au moins ne demeure d'accord qu'on ne saurait mieux faire que de les observer quand on le peut, et que c'est le vrai moyen d'éviter dans les sciences naturelles beaucoup d'erreurs, auxquelles on s'engage souvent sans y penser.
La première est de commencer par les choses les plus- simples et les plus claires, et qui sont telles, qu'on n'en peut douter, pourvu qu on y fasse attention.
La deuxième, de ne point brouiller ce que nous connaissons clairement par des notions confuses dont on voudrait que nous nous servissions pour l'expliquer davantage, car ce serait vouloir éclairer la lumière par les ténèbres.
La troisième est de ne point chercher de raisons à l'infini, mais de demeurer à ce que nous savons être de la nature d'une chose, ou en être certainement une qualité ; comme on ne doit point de^ mander de raison pourquoi l'étendue est divisible et que l'esprit est capable de penser, parce que la nature de l'étendue est d'être divisible, et que celle de l'esprit est de penser.
La quatrième est de ne point demander de définition des termes qui sont clairs d'eux-mêmes, et que nous ne pourrions qu'obscurcir en les voulant définir, parce que nous ne pourrions les expliquer que par de moins clairs. Tels sont les mots àe penser et ai être dans cette proposition : Je penser donc je suis. De sorte que c'était une fort méchante objection que celle qui fut faite à M. Descartes, en ces termes, dans les sixièmes objections : j(fin que "vous sachiez que vous pensez^ et que vous puissiez conclure de là que vous éteSy vous devez savoir ce que c*est que penser et ce que c'est qu'être; et ne sachant pas encore ni l'un ni l'autre, comment pouvez-vous être certain que vous êtes, puisque en disant je pense, vous ne savez pas ce que vous dites, et que vous le savez aussi peu en disant : Donc je suis. A quoi M. Descartes a répondu qu'il n'y a personne qui ne sa^ che assez ce que c'est que penser et ce que c'est qu'être, sans avoir besoin qu'on lui ait jamais défini ces mots, pour être très-assuré qu'il ne se trompe pas quand il dit : Je pense, donc je suis.
La cinquième est de ne pas confondre les questions où on doit répondre par la cause formelle, avec celles où on doit répondre par la cause eificiente, et de ne pas demander de cause formelle de la
DE PHILOSOPHIE CHRETIENNE. Io5
cause formelle, ce qui est une source de beaucoup d'erreurs, maïs répondre alors par la cause efficiente. On entendra mieux cela par un exemple. On me demande pourquoi ce morceau de plomb est rond, je puis répondre par la définition de la rondeur (ce qui est répondre par la cause formelle) en disant que c'est parce que, si on conçoit des lignes droites tirées de tous les points de la surface que l'on voudra à un certain point du dedans de ce morceau dé plomb, elles sont toutes égales. Mais si on continue à demander d'où vient que la surface extérieure de ce plomb est telle que je viens de dire, et qu elle n'est pas disposée comme elle devrait être, afin que ce plomb fût un cube, unpéripatéticien en cherchera une autre cause formelle, en disant que c'est à cause que ce plomb a reçu une nouvelle qualité appelée rondeur, qui a été tirée du sein de sa matière pour le rendre rond, et qu'il n'a pas une autre qualité qui l'aurait déterminé à être cube. Mais le bon sens doit faire répondre par la cause efficiente, en disant que la surface extérieure de ce morceau de plomb est telle que l'on vient de dire, parce qu'étant fondu il a été jeté dans un moule creux dont la surface concave était telle, qu'il fallait pour rendre la convexe du plomb telle qu'il fallait, afin que tous ses points, etc.
La. sixième est de prendre bien garde de ne pas concevoir les esprits comme les corps, ni les corps comme les esprits, en attribuant aux uns ce qui ne convient qu'aux autres ; comme quand on attribue aux corps la crainte du vide, et aux esprits d'avoir besoin de la présence locale de leurs objets pour les apercevoir.
La septième, de ne pas multiplier les êtres sans nécessité, ainsi qu'on fait si souvent dans la philosophie ordinaire ; comme lorsque, par exemple, l'on ne veut pas que les divers arrangements et configuration des parties de la matière suffisent pour faire une pierre, de l'or, du plomb, du feu, de l'eau, s'il n'y a encore une forme substantielle de-pierre, d'or, de plomb, de feu, d'eau, réellement distinguée de tout ce que l'on peut concevoir d'arrangements et de configurations des parties de la matière.
Axiomes.
1. On ne doit recevoir pour vrai, quand on prétend savoir les choses par science, que ce que l'on conçoit clairement.
2. Rien ne nous doit faire douter de ce que nous savons avec une entière certitude, quelque difficulté qu'on nous puisse proposer contre '.
* C'est là un des axiomes les plus sûrs et les plus utiles dans la recherche
iqQ naiicaFsr Fcaiiii^HWTJLux
3. C!es*!un:vi^krenvor8eiii€afit.d-e»pritd« Towloir espliquar^ee qui «st clw «jt cesriain par des ohofiee»^ obscures etr iaœrtaînes*
de la vérité; ceptadant c'cat Van de» plus ft-équenwwaï violée, sttrtouMww-r qu'il s'agit de la vérité religieuse. Nous devuns appeler sur ce principe TatteutloB du lecteur, afln qu'il s'en pénètre profondément, et qu'il se préserve ainsi d'une éternelle mabiHté df opinions. Il n'y a aucune vérité contre laquelle on ne puisse faire, et contre laquelle on n'ait fait des objectiona; mais, lor»* qu'une démonstration est établie, les objections ne doivent point réagir sur la flanviction acquise, parce que la démonstration est fondée sur des coonais* aamea certaines^ et que les objecrtions, s'il s'en trouve» vieaiienl: dc| aHvs ignorance,. et de ce qne nous n'avons pas une idée complète de la choae dé* Biontrée. Aussi Bayle a-t-il observé que l'incompréhensibilité d'un dogme, et l'>QA»lttbiUtédttobjectioss qui leoomliatte&t, ne sont pas des raison» légitimai de le.reieter* Hossjuet fait la. même, remarque dans son TnaiUdu UbrA arM^ff^ doQt le chapitre 4 est consacré à prouver au long que la raison nous obli|9|B k ovoire deux vérités certaines, alors même que nous ne voyons pas comment elle» se* concilient enseoiliie, U ftnit pArdire: « il faut, pour ainsi p»tler,tc* nir fortement comme le& deux bouts de la c)ialne^.quoiqtt!QA ne vnie pas^Kuif Jours le milieu par où l'enchainemçnt se continue. »
M. lecomted«Maistre a expliqué -d'une façon piquante cette règle fbnda* mentale d'nnia bonne logique :
« Aucune objection ne peut être admise contre la véclté, autrement:!» véiiflé ne serait plus elle. Dès que son caractère est reconnu, l'insolubilité de l'objiiKâonne suppose plus que défbut de eonnaissaiicè de la part de celui qui ne sait pas la résoudre. On a appelé en témoignage contre NoSse rblstolre, la chronologie, l'astronomie, la géologie, etc.; les objections ont disparu devant lavéritabie science ; mais ceux-là furent grandement sages qui les méprisèrent HiNint tout, eataroe»,. ou qui ne les-examinèpent que pour trouver la réponseï mais sans, douter jamais qu!il.y en eût une. L'objection mathématique mêmf doit être méprisée ; car elle sera sans doute une vérité démontrée, mais jamais on ne pourra démontrer qu'elle contredise la vérité antérieurement démontrée.
^/Posons en fait, que par un accord suffisant de témoignages historiques (que je suppose seulement), il soit parfaitement prouvé qu'Archimède brûla Isi flotte de']|laroeilus>avec un miroir ardent ; toutes les objections de la géométrie dis* paraissent. Elle, aura beau me dire : Mais- ne eavez^vous pas que tout mîroîf ardent réunit les rayons au quart de son diamètre de sphéricité; que vous ne pottvec éloigner le foyer sans diminuer la chaleur, à moins que vous n'agrandisftteole<iQirolr'en;pro)iertiQn aufftsante^et qu'en donnant le me Uis c^éloigoement possible à la flotte^ romainet Je miroir capable de la bnlier n'aurait pas été moins grand que la ville de Syracuse? qu'avez-vous|à répondre à cela.»^ Je lui dirai; 3*ai à vous- répondre qu'Arebimède* brûla la fh>tte avec un miroir ardent. Kircber vient ensuite m'eipliquer l'énigme; il retrouveie miMir d'Arohimède {Jtulit alter honores) et des écrivains ensevelis dans la poussière des bibliothèques en sortent pour rendre témoignage au génie de ce docte moderne. J'admlrcEai fort Kirohcrt je le remencicrai même : cependant je n'avais pas besoin de lui pour croire. On disait jadis au célèbre Copernic: SI votre systèmeétuit vrai, Vénus aurait des phases comme la lune; elle n'en a pas cependant : donc toute la Donv^le théone s'évanouit. C'était bien une objection mathématique dan» tonte la foroedu terme. Suivant, une ancienne tradition, dont je ne sais plus retrouver l'origine dans ma mémoire il répondit:. J'avoue que je n'ai rien à répondre ; mais Dieu fera la grâce qu'on trouve une réponse. En effet, Dieu fit' la- grâce, mai» après la mort du grand homme, que Galilée trouvât les lunettes d'approche avec lesquelles il vit les phases : de manière que Tob-
4* Qn doit rejeter comme imagioaires de certaines enilité&, dont on u aqueuse idéeolaire) et quon voit bien qu'on a!ainventéa$ que pour a&idîquer des diodes qu'on s'imaginait ne pouvoir bien Gompreodre sans cala.
5. £t cela est encore plus indubitable quand on les peut fort bien dupliquer sans ces entités inventées par les nouveaux philosophes K
De la science* Qa'il y en a. — Que les choses qu*on connaît par Tesprit sont plus certaines que eelles qu'on connaît pur- les sens. — Qu'il y a des obose» que l'esprit humain est incapable de saisir. UtUité <|iMi Toa fteut tirer de oettlB ignorance nécessaire *.
Si> lorsque Ton considère quelque maxime, on en> connaît la vérité en elle-même, et par l'évidence qu'on, y aperçoit, qui nous persuade sans autre raison, cette sorte de connaissance s'appelle intelligence; et c'est ainsi que l'on connaît les premiers principes.
Mais si elle ne nous persuade pas par elle-même, on a besoin de quelque autre onotif pour s'y rendre, et cet autre, motif est ou VaMifin* lité ou la raison; sk c'est l'autorité qui fait que l'esprit embrassa tout ce qui lui est proposé,, c'est ce qu'on appelle /ôi; si c'est, la mson, alors ou cette raison ne produit pas une entière conviotâimi mais laisse encore quelque doute, et cet acquiescement d'esp^ accompagné de doute, e&t oe qu'on nomme opinion.
Que si cette raison noua convainc entièrement, alors ou eSh uest claire qu',en apparence et faute d'attention, et la persuasion qu elle produit est une erreur si elle est fausse en effet, ou du moins un jfugement téméraire, si étant vraie en. soi, on n'a pas eu.néanmgoins assesL de motifia de la croire véritable.
Mais si cette raison n'est pas seulement apparente, mais solide et véritable, ce qui.se reconnaît par. une attenûooi. plus longue et plus exacte, par une persuasion plus ferme, et par la quantité, de darté qui est plus vive et plus pénétrante, alors la, conviction que cette raison produit s'appelle science sur laquelle on forme diverses questions.
La première est, s'il y en a; c'est-à-dire, si nous avons des con* naissances fondées sur des r^ons claires et certaines, ou,, en gér
ection insoluble deTÎent le complément de la démonstration. Cet exemple fouivit un argument qui me parait de la. plus grande forée dans les dlsou»sions religieuses, et plus d'une fois je m'en suis seryl aveo avantage sur quelques bons esprits. {Soirées de Saint-Pétersbourg),
* Des vraies et fia uss es. idées, c. 2 et 5.
*Col esctrait' s©, trouve dans-la Ikàstnidu; christinnismej t. 1, p. 138i Quoi^ qu'il 8*étende du moins en partie» au delà des limites de la question pré^nt^* qui est rexposition de Tordre logique, j*«i pensé qu'il était préférable de le 4oBiier- CB son entier qiie de le mutiler.
I08 PRIKCIPKS FONDAMEirrAUX
néral^ si nous avons des connaissances claires et certaines, car cette question regarde autant l'intelligence que la science.
Il s'est trouvé des philosophes qui ont fait profession de le nier, et qui ont même établi sur ce fondement toute leur philosophie, et, entre ces philosophes, les uns se sont contentés de nier la certitude en admettant la vraisemblance, et ce sont les nouveaux académiciens : les autres, qui sont les Pyrrhonniens, ont même nié cette vraisemblance et prétendu que toutes ces choses étaient également obscures et incertaines.
Mais la vérité est que toutes ces opinions qui ont fait tant de bruit dans le monde, n'ont jamais subsisté que dans des discours, des disputes ou des écrits, et que personne n'en a jamais été sérieusement persuadé. C'étaient des jeux et des amusements de personnes oisives et ingénieuses ; mais ce ne furent jamais des sentiments dont ils furent entièrement pénétrés. C'est pourquoi le meilleur moyen de convaincre ces philosophes était de les rappeler à leiu* science et à leur bonne foi,' et de leur demander, après tous leurs discours par lesquels ils s'efforçaient de montrer qu'on ne peut distinguer le sommeil de la veille, ni la folie du bon sens, s'ils étaient persuadés, malgré tous leurs arguments, qu'ils ne dormaient pas et qu'ils avaient l'esprit sain; et s'ils avaient eu quelque sincérité, ils auraient démenti toutes leurs vaines subtilités, en avouant franchement qu'ils ne pouvaient pas ne point croire ces choses quand ils l'auraient voulu.
Que s'il se trouvait quelqu'un qui pût entrer en doute s'il ne dort point ou s'il n'est pas fou, ou qui pût même croire que l'existence de toutes les choses extérieures est incertaine, et qu'il est douteux s'il y a un soleil, une lune et une matière : au moins personne ne pourrait douter, comme dit saint Augustin, s'il est, s'il vit : car soit qu'il dorme ou qu'il veille, soit qu'il ait l'esprit malade ou sain , soit qu'il se trompe ou qu'il ne se trompe pas, il est certain au moins, puisqu'il pense, qu'il est ou qu'il vit, étant impossible de séparer l'être et la vie de la pensée, et de croire que ce qui pense n'est pas, ne vit pas. Et de cette connaissance claire et indubitable il peut en former une règle pour approuver comme vraies toutes les pensées qu'il trouvera claires comme celle-là lui paraît.
n est impossible même de douter de ces perceptions en les séparant de leur objet : qu'il y ait ou qu'il ii'y ait pas un soleil et une lune, il est certain que je m'imagine les voir; il est certain que je doute lorsque je doute; que je crois voir lorsque je crois voir; que je crois entendre lorsque je crois entendre, et ainsi des autres^
DE PHILOSOPHIE GHaÉTIENNB, lOQ
de sorte qu'en se renfermant dans son esprit seul et en y considérant ce qui s'y passe, on y trouvera une infinité de connaissances claires et dont il est impossible de douter.
Cette considération peut servir à décider une autre question que ïon fait sur ce sujet, qui est si les choses que Ton ne connaît que par l'esprit sont plus ou moins certaines que celles que Ton connaît parles sens: car il est clair par ce que nous venons de dire, que nous sommes plus assurés de nos perceptions et de nos idées que nous ne voyons que par une réflexion d'esprit, que nous ne le sommes de tous les objets de nos sens. L'on peut dire même qu'encore que les sens ne nous trompent pas toujours dans le rapport qu'ils nous font, néanmoins la certitude que nous avons qu'ils ne nous trompent pas ne vient pas des sens, mais d'une réflexion d'esprit par laquelle nous discernons quand nous devons croire et quand nous ne devons pas croire nos sens.
Et c'est pourquoi il faut avouer que saint Augustin a eu raison de soutenir après Platon que le jugement de la vérité et la règle pour la discerner n'appartient point aux sens, mais à l'esprit : non est judicium "veritatis in sensibus; et que même cette certitude que l'on peut tirer des sens ne s'étend pas bien loin et qu'il y a plusieurs choses que l'on croit savoir par les sens et dont on ne peut pas dire que l'on ait une assurance entière.
Par exemple, on peut bien savoir par les sens qu'un tel corps est plus grand qu'un autre corps. Mais on ne saurait savoir avec certitude quelle est la grandeur véritable de chaque corps ; et pour comprendre cela, il n'y a qu'à considérer que si tout le monde n'avait jamais regardé les objets extérieurs qu'avec des lunettes qui les grossissent, il est certain qu'on ne se serait figuré les corps et toutes les mesures des corps que selon la grandeur dans laquelle ils nous auraient été représentés par ces lunettes. Or, nos yeux mêmes sont des lunettes, et nous ne savons pas précisément s'ils ne diminuent point ou n'augmentent point les objets que nous voyons, et si les lunettes artificielles, que nous croyons les augmenter, ne les remettent point dans leur grandeur véritable : et partant on ne conçoit pas absolument la grandeur absolue] et naturelle de chaque corps.
On ne sait point aussi si nous les voyons de la même grandeur que les autres hommes : car encore que deux personnes qui les mesurent conviennent ensemble, par exemple, qu'un certain corps n a que cinq pieds, néanmoins ce que l'un conçoit par un pied n'est peut-être pas ce que Vautre conçoit par cette mesure ; car l'un
conçoit ce qtre ses yeux lui Tapptyrtfsnt, «t Y^tatte de même. Or, pent-être que les yeux de l'un ne lui rapportent pas la même chose que ce que les yeux des autres^ leur repi?é»ent€nt, parce ijue ce sont des lunettes autrement taillées.
Il y a pourtant beaucoup d'apparence quie cette ditei«ité n'est point grande, parce que Ion ne voit pas une diff^ence dans la conformation de Tceil qui puisse produire un dhangement bien notable. Outre que, quoique noS yeux soient des lunettes, ce sont pourtant des lunettes taillées par la main'dc©ife«i tetaiwsi l'on a sujet de croire qu'elles ne s^éloignent de la vérité des objets que par quelques défauts qui corrompent ou qui troublent leur figîiepe naturelle.
Quoi qu*îl en soit, sMe jugement de la grandeur des objétS'^âfi^ incertain en quelque sorte, aussi n est-il guère nécessaire : tl il n'en faut nullement conclure qu'il n'y a pas plus tie certitude dans les autres rapports des' s^ens : car si je ne sais pas pcénôsément, ctHnme je l'ai ditj quelle est la grandeur absolue m natunelle d'un éléphant, je sais pourtant qu'il est plus grand qu^un die^al et moindre qu'une baleine. Ce tpii suffit pour l'usoge de la^vie.
Il y adovc de k' certitude et de l'incerttiude et dans l'eiprit et dans .les sens : ^èt ce serait une faute égale de voidoir fiûre passer toutes choses et pour certaines et pour incertaiiies.
La raison au contraire nous oblige d'en reoonnftttiie de tn>is genres. Car il y en a que Ton peut «omiatti^ ckirâmnem^et^^o^tai^ nement : il y en a que Ton ne connaît pas à la ^xité daii^ement, mais qu'on peut espérer de pout^oir eotinaitare, «tiily en a enfiik qull «st impossible de pouvoir connaître, avec Qemtude,' ou parce que nous n'avons* point 'de principes q«i noiss y eokiâniscapn;, ou parce * qu eHes^sont trop di^proportidnnées À notre e^nrit
t^e premier genre comprend teot-oe tquK^^ron^icaiinfiuN; pardé-^ monstration eu par intetligen<«.
Le second ^est kmatrère de l'étudeid^ piiihf80pbe»:aniiftilj6st fecHe qu'ils s'y oocupent'forti«u«itetiittnt«'iis^ntie'«Kreot isidîstîn^ guer du troisième, «'est^-à^dire s^^ils ne piMrmitilboeiBerilsscho* ses ou r^sprit peut âo'river de cfêltès ^n, il^a^esDpas oapaUeid'at* teindre.
Le plus gitmd abr^getttetitvqfiss l'0HtpftiM9Jlra«f«r dan* f élude Ae$ sciences, est de ne B'^ffllk[tief 'gsmm^^^^^ qui est au<-dessus de nous, et que kums tie^poU90iia«Bpé»tf{i»8aii<nablemcnt de pouTOÎr comprendre. Dèl« çeatte aontitoufteB lea questions qui regardent la puissattco^ tK€», içiïl'estxidioale de
Ds 'VBxcocman cmistsiiM. tu
"nmlcHT renf&emer dans les bornes étroites de notre esprit, et gé-» Beraèmient tout ce quittent de Finfini; car notre esprit étant fini, ii «e perd et s'éUoiiit éoM Tinfinité et demeure accablé sous la midiàfCude des pensées contraires quelle fournit.
Cest une sobilion très-commode et très^eourte pour se tirer d'un grand nombre de qa«stion8, dont on disputera toujours tant que Ton Toi.idra, parce que Ion t>'amyei^ jamais à une connaisaance assez claire pour fixer et arrêter nos esprits. Est-il possible qu'une^eréotore oit été cvééepoinr l'étemîté? Dieu peut-il faire un corps infini en grandeur, en moutement, infini en vitesse, une inukîtiide>iiifime en nombre? Un nombre infini est 41 pair ou impair ? Y a^t^*il «m infini plus gmnd que Tautre? Celui qui dira tout d'un coup : Je n'en sak rien, sera aussi aTûneé que celui qui s'appliquera à raisonner «ur ces sortes de sujets pendant'vingt ans. Et la seule différence quil y a entre eux, est que celui qui s'efforcera de pénétrer «ses questionB est en danger de tomber en un degré plus bft&qae la ample îgnoranoe;, qui«est de croire saroirce qu'il Be«aitipas.
Il y ademéme une infinité de question» métaphysiques qui, étant trop ^rogueS) trop abstraites, ne«e résoudront jamais :1e plus sûr est de «'en dëKtrer le plus tôt qu-on peut et après avoir appris lé*gèoenient qu'on k» forme, ^ résoudre de bon cœur à les ignorer :
Hisitireqaiedaïai magna pars^sapîeatfœ.
Par ce^moyen, en^e délivrant des recherches» où il ' est imposs^è de réussir, on pourra faire plus de progr^ danaci^s qui «ont plus propotûimnées à wcitre esprit.
Mais il feiut lemarquer qu'il yaidesckMesjqni^sont incompréhensiMcfi dan^ leur xnaœèrs et^qiii sont certaines dans leur ^xis^* tcnee. On^nepeutcoBCSMeir ooimnentelks pentvent ètt«, et il ^st esiftaki'néanmofBrs qu'elles sont.
Qu'y:a^t41:de plus incompnâleiMÎble tfm l'étemil^é.^ Et qu^y at-ikonimtene temps de plus ciertainP En sorte que ceux ^i par un aveuglement horrible ont détroit èaxiB leur esprit la connaissance de.Dîen^aont^ebiigéB de l'attribuer au plus vilet auplu^méprâible de fiousiiesiàtres, «qui -est la nuMÎèDe»
Quei^ntoyenide dempi^ndise xpe. le plws' pettt grain de matière SMtdiviaibèeâ rinftiiy^^ie janaai» onne puissearriveràuneparttesi petite,.q«enon*«eukro«ttt«îie n'«ntaifertne .piiteie«rsiautws, nAi&'xiu^^e n^n enferme JUiBeqiifiaaité infinie^ que le plus petit
lia PAINGIPBS FONDAMSNTAUX
grain de blé renferme en soi autant de parties, quoiqu'à proportions plus petites, que le monde entier^ que toutes les figures imaginables s'y trouvent actuellement, et qu'il contienne en soi un petit monde avec toutes ses parties, un soleil, un ciel, des étoiles, des planètes, une terre dans une justesse admirable de proportions; et qu'il n'y ait aucune partie de ce grain qui ne contienne encore un monde proportionnel ! Quelle peut être la partie dans ce petit monde qui répond à la grosseur d'un grain de blé, et quelle cf&oyable différence doit-il y avoir, afin qu'on puisse dire véritablement que ce qu'est un grain de blé à l'égard du monde entier, cette partie l'est à un grain de blé? Néanmoins, cette partie, dont la petitesse nous est déjà incompréhensible, contient encore un autre monde proportionnel, et ainsi à l'infini, sans qu'on en puisse trouver aucune qui n'ait autant de parties proportionnelles que tout le monde, quelque étendue qu'on lui donne.
Toutes ces choses sont inconcevables, et néanmoins il faut nécessairement qu elles soient, puisqu'on démontre la divisibilité de la matière à l'infini, et que la géométrie nous en fournit des preuves aussi claires que d'aucune des vérités qu'elle nous découvre.
Car cette science nous fait voir qu'il y a certaines lignes qui n'ont aucune mesiKe commune et qu'elle appelle pour cette raison incommensurables comme la diagonale d'un carré et les côtes. Or, si cette diagonale et ce carré étaient composés d'un certain nombre de parties indivisibles, une de ses parties indivisibles serait la mesure commune de ces deux lignes ; et par conséquent il est impossible que ces deux lignes soient composées d'un certain nombre de parties indivisibles.
On démontre encore dans cette science qu'il est impossible qu'un nombre carré soit double d'un autre nombre carré, et que cependant il est très-possible qu'un carré d'étendue soit double d'un autre carré d'étendue ; or, si ces deux carrés étaient composés d'un certain nombre de parties indivisibles, le grand carré contiendrait le double des parties du petit; et tous les deux étant carrés, il y aurait un carré de nombre double d'un autre carré de nombre; ce qui est impossible.
Enfin, il n'y a rien de plus clair que cette raison que deux néants d'étendue ne peuvent former une étendue, et que toute étendue a des parties. Or, en prenant deux de ces parties qu'on suppose indivisibles, je demande si elles ont de l'étendue ou si elles n'en ont point : si elles en ont, elles sont donc divisibles et elles ont plusieurs parties ; si elles n'en ont point, ce sont donc des
néants d'étendue, et ainsi il est impossible qu'elles puissent foràier une étendue.
Il faut renoncer à la certitude humaine, pour douter de la yérite de ces démonstrations. Pour aider à concevoir autant qull est possible cette divisibilité infinie de la matière, j'y joindrai encore une preuve qui fait voir en même temps une division à Finfini, et un mouvement qui se ralentit à l'infini sans jamais arriver au repos.
n est certain que quand on douterait si l'étendue peut se diviser à l'infini, on ne saurait au moins douter qu'elle fie puisse s'augmenter à l'infini, et qu'à un plan de cent mille lieues on ne puisse en joindre un autre de cent mille lieues, et ainsi à Tinfini. Or, cette augmentation infinie de l'étendue prouve sa divisibilité à Finfini , et pour le comprendre il n'y a qu'à s'imaginer une mer plate que Ton augmente en longueur à Finfini, et un vaisseau sur cette mer qui s'éloigne du port en droite ligne. Il est certain qu'en regardant du port le bas d'un vaisseau au travers d'un verre, ou d'un autre corps diaphane, le rayon qui se terminera au bas de ce vaisseau passera par un certain point du verre et que le rayon horizontal passera par un point du verre plus élevé que le premier. Or, à mesure que le vaisseau s'éloignera, le point du rayon qui se terminera en bas montera toujours et divisera infiniment l'espace qui est entre ces deux points, et plus le vaisseau s'éloi^era, plus il montera lentement sans que jamais il cesse de monter, ni qu'il puisse arriver au point du rayon horizontal, parce que ces deux hgnes se coupant dans Fœil ne seront jamais ni parallèles, ni une même ligne. Ainsi, cet exemple nous fournit en même temps la preuve d'une division à Finfini de Fétendue et d'un ralentissement à Finfini du mouvement.
C'est par cette diminution infinie de Fétendue qui naît de sa divisibilité qu'on peut prouver ces problèmes qui semblent impossibles dans les termes : trouver un espace infini égal à un espace fini, ou qui ne soit que la moitié, le tiers, etc., d'un espace fini.
On peut les résoudre en diverses manières, et en voici une assez grossière, mais très-facile. Si Fon prend la moitié d'un carré, et la moitié de cette moitié, et ainsi à l'infini, et que Fon joigne toutes ces moitiés par leurs plus longues lignes, on en fera un espace d'une figure irrégulière, et qui diminuera toujours à Finfini par un des bouts, mais qui sera égale à tout le carré. Car la moitié, plus moitié de la moitié de la seconde moitié, et ainsi à l'infini, font le tout. Le tiers et le tiçrs du tiers, et le tiers du second tiers, et ainsi à G. c« 8
la»fini,foat la moitié. Les quai?t8»pmde la même sorte^font le Jier^, et le cinquième, le quart. Joignant ces tiers et ces quarts, ^on «a fera une figure qui contieniksi b moitié au le tiers de Taire du total, et qui sera infinie d'uo «été ^n longueur, an diminuant co»tinuellement en largeur.
L'utilité qu'on peut retiper de cas spéculations n est pas seulement d acquérir ces connaissances, qui sont d elles-mêmes assez stériles, mais c'est d'apprendre à connaître les bornes de notre esprit et à lui faire avouer^ malgré qu'il en ait, qu'il y a des choses qui sont, quoiqu'il ne soit pas capable de les comprendre, et c e^t pourquoi il est bon de le fatiguer à ces subtilités, afin de. dompt^ sa présomption, et de lui ôter la hardiesse d'opposer jamais ses faibles lumières aux yérités que l'EgUse lui propose, fious prétexta qu'il ne peut pas les comprendre ; car, puisque la vigueur del'esiwit des hommes est contrainte de succomber ,au plus petit atome d^ la nature, et d'avouer qu'il yoit clairement qu'il est infinimisnt divi3ible,sans pouvoir comprendre comment cela peut ^e faire, nest^ce pas pécher visiblement contre laxaison^que de refuser de croijre les effets merveilleux de la toute-puissance de Dieu, ^ui est d'ellamême iucomprébeusihle, par cette raison que notre esprit ne peut les comprendre ?
Mais comme il est avantageux de faire sentir quelquefois à sau esprit sa propre faiblesse, par la considération de ces olyets qui la surpassent, et qui, la surpassant, l'abattent et l'humilient, ilest oe^ tain aussi qu'il, faut tacher de choisir pour l'occuper orcÈnairemeut des sujets et des .matières <qui.lui aoientplusproportioxmés, et dout il^oit capable de trouver et.comprandre la vérité, soit en prxDuvapt les effets parles causes, ce qui s'appelle démontrer àprioriy soit en démontrant, au contraire, les causes par- les effets, ce qui s'appelle démontrer à posteriori. Il &ut un peu étendre ces termes pour y réduire toutes sortes de démonstrations; mais il a été bon de le3 marquer en passant, afin qu'on les entende et que l'on ne soit pas surpris en les voyant dans les livres et dans les discours de philosophie ; et parce que ces raisons sont d',ordinaire composées de plusieurs parties, il est nécessaire, pour les rendre claires et concluantes, de les disposer en un certain ordre et avec mie certaine méthode. C'est de cette méthode que nous traiterons dans la plus grande partie de ce livre.
DX P9II4Q3PPJBI6 CSUXJlBgCNS. 4^5
De ce que nous connaissons par la foi soit humaine, soit diTînik -,
ToutcequeBousavoQsxlitJusquiciregai^lesacîeaoeshi^BViian, puLcemeat huviames, et les ciumaûsaiicea qui sont fondées sur Ta- Tidence de la raison^. mais, avant de 6mSj il eat bon de parler d'une autre sorte de ooonais&ances qui soui'Wiit n «st pas moins certaine ni évidenjte en sa maxiière, qui est celle «que nous tirons ide Tautorité.
Car il y a deux voies |;éuérales ^i nous font croire qu'une cbose est vraie«.Xa première ^est la connaissaaoe ,que nous en cuvons par nous-mêmes^ pour enavx)ir recoimu et reclwsefaë Ja vérité, suit par nos senâ^^t par la raison. Ce qui «peut ÈMffdtw généKicmeal raison parée que le&sens mêmes d^ndenftdu jugement de la raison: ou science y prenant ici ce nom plus généralement qu'on ne le prend dans .les écoles pour loute connaissance diun objet tirée de r objet même.
L'autre v^âe est 1 Witorité des persomies dîgoe& de croyasoe «qui nous a&supent que 'telle «ch^e ^est, . ^pmque par ;iious^ni£siie8 nmsB n'en sachions rien. Ce iqui s'iappeHe foi ou croyanee, selon cette pêTole xle saint Augustin : Quod ^scimus, debemusraUoni : fmd credimusMuioritati.
MaisGOfnaie cette 4iuterité peut rètre de deux sortes, d« Dieu «u àes hommes, il.y a aussi deux sortes deibi ; divine «t humaine.
La foi divine ne peut être sujette à erreor, parce que Dieu ne peut ni nous >tromper ni être tronpé.
La foi humaine est de soi siiîed;e à erreur panée que tout homme est menteur, 4it L'Ecriture, «t qu'il peut se fakreqiie celui qui nous assweva une^hose comme véritaUe «era J«irjDeme tr<mipé. £i; néanmoins, ainsi que naus l'avoiis d^à marqué <:i<l£86iis, il y a des choses que nous ne comiaissons que par une £3i>hiHnaînx3, que nous devons tenir pour aussi certaines et véntabks que si nous en avions jdes démonstrations mathématiques, Q<»nme ee que Ton sait par une relation constante de plusieurs pentsottnes qu'il est moralement impossible qu'elles eussent pu conspirer ensemUe pour nous as* surer la même chose si die n'était vosie : par exemple, les hommes ont. assez de peine naturellement à concevoir qu'il y ait des antipodes; cependant, quoique nous n y ayons pas été, et que nous n'en sachions rien que par un^ foi humaine, il faudrait être fou pour ne pas le croire, et il faudrait ^e même avoir perdu le sens pour douter jamais si César, Pompée, Cicéron, Virgile ont
Il6 PUHCIPBS FOHDAIIXIITAITX
étéy et a ce ne sont point des personnages feints comme ceux des Afhadis.
n est Trai qu'il est souvent assez difficile de marquer précisément quand la foi humaine est parvenue à cette certitude et quand elle n y est pas encore parvenue; et c'est ce qui fait tomber les hommes en deux égarements opposés, dont l'un est de ceux qui croient trop légèrement sur les moindres bruits, et l'autre de ceux qui mettent radicalement la force de l'esprit à ne pas croire les choses les mieux attestées, lorsqueUes choquent les préventions de leurs esprits. Mais on peut néanmoins marquer de certaines bornes qu'il faut avoir passées pour avoir cette certitude humaine, et d'autres au delà desquelles on l'a certainement, en laissant un milieu entre ces deux sortes de bornes, qui approche de la certitude ou de l'incertitude, selon qu'il approche plus des unes ou des autres.
Quand on compare ensemble les deux voies générales qui nous font croire qu'une chose est, la raison et la foi, il est certain que la foi suppose toujours quelque raison, car, comme dit saint Augustin dans sa lettre 12a, et en beaucoup d'autres lieux, nous ne pourrions pas nous porter à croire ce qui est au-dessus de notre raison, si la raison même ne nous avait persuadés qu'il y a des choses que nous faisons bien de croire, quoique nous ne soyons pas encore capables de les comprendre; ce qui est principalement vrai à l'égard de la foi. Dieu étant la vérité même, il ne peut nous tromper en ce qu'il nous révèle de sa nature ou de ses mys- • tères, d'où il paraît qu'encore que nous soyons obligés de captiver notre entendement pour obéir à Jésus-Christ, comme dit saint Paul, nous ne le feisons pas cependant aveuglément et déraisonnablement, ce qui est l'origine de toutes les fausses religions; mais avec connaissance de cause et parce que c'est une action i^isonnable que se captiver de la sorte sous l'autorité de Dieu, lorsqu'il nous à donné des preuves suffisantes, comme sont les miracles et d'autres événements prodigieux qui nous obligent de croire que c'est lui-même qui a découvert aux hommes les vérités que nous devons croire.
D est certain, en second lieu, que la foi divine doit avoir plus de force sur notre esprit que notre propre raison : et cela pat la raison même qu'il faut toujours préférer ce qui est plus certain à ce qui l'est moins, et qu'il est plus certain que ce que Dieu dit Ç5t véritable qu^ ce qae notre raison nous persuade, parce que Dieu
DB PHILOSOPHIE GHRETIEITI^E. 11^
est plus incapable de nous tromper que notre raison d*étre trompée.
Néanmoins, à considérer les choses exactement, jamais ce que nous voyons évidemment, et par la raison, et par le fidèle rapport des sens, n est opposé à ce que la foi divine oous enseigne; mais, ce qui fait que nous le croyons, est que nous ne prenons 'pas garde à quoi doit se terminer l'évidence de notre raison et de nos sens. Par exemple, nos sens nous montrent clairement dans TEucharistie de la rondeur et de la blancheur, mais nos sens ne nous apprennent point si c'est la substance du pain qui fait que nos yeux y aperçoivent de la rondeur et de la blancheur. Et aussi la foi n'est point contraire à jl'évidence de nos sens, lorsqu'elle nous dit que ce n'est point la substance du pain qui n'y est plus, ayant été changée au corps de Jésus-Christ par le mystère de la transsubstantiation, et que nous n y voyons plus que les apparences du pain qui demeurent, quoique la substance n'y soit plus.
Notre raison de même nous fait voir qu'un seul corps n'est pas en même temps en divers lieux, ni deux corps en un même lieu; mais cela doit s'entendre de la condition naturelle des corps, parce que ce serait un défaut de raison de s'imaginer que notre esprit étant fini, il pût comprendre jusqu'où peut aller la puissance de Dieu qui est infinie, et ainsi lorsque les hérétiques, pour détruire les mystères de la foi, comme la Trinité, l'Incarnation, l'Eucharistie, opposent de prétendues impossibilités qu'ils tirent de la raison, ils s'éloignent en cela même visiblement de la raison en prétendant pouvoir comprendre par leur esprit l'étendue infinie de la puissance de Dieu. Cest pourquoi il suffit de répondre à toutes ces objections ce que saint Augustin dit sur le même sujet de la pénétration des corps : Sednos^a sunty sed insolita sunt, sed contra nàturœ cursum notissimum sont, quia magna^ quia mera^ quia divina et eo magis vera^ certa,Jirma.
Quelques règles pour bien conduire sa raison dans la croyance des éTénements
qui dépendent de la foi humaine.
L'usage le plus ordinaire du bon sens et de cette puissance de notre âme, qui nous fait distinguer le vrai d'avec le faux, n'est pas dans les sdences spéculatives auxquelles il y a si peu de personnes qui soient obligées de s'appliquer; mais il n'y a guère d'occasion où on l'emploie plus souvent et où elle soit plus nécessaire que dans
Il 8' FRt^ClPBS FOHDAMENTÀUX
les jugements que Ton porte de ce qui se passe tous les jours parmi les hommes.
Je ne parle point du jugement que Ton fait si une action est bonne ou mauvaise, parce que c'est à la morale à le régler, mais seulement de celui que l'on porte touchant la vérité ou la fausseté des événements humains : ce qui seul peut regarder la logi- ^e, soit qu'on les considère comme passés, comme lorsqu'il ne s*agit que de savoir si on doit les croire, ou qu'on les considère dans les temps à venir, comme lorsqu'on appréhende qu'ils n'arrivent ou qu'on espère qu'ils aniveront, ce qui règle nos craintes et nos espérances.
Il est certain qu'en peut faire quelques réflexions sur ce sujet qui ne seront peut-être pas inutiles, et qui pourront au moins^scrvir à éviter des fautes ou plusieurs personnes tombent pour n'aveir pas assez consulté les règles de la raison.
La première réflexion est qu'il faut mettre une extrême différence entre deux sortes de vérités : les unes qui regardent seulement la nature des choses et leur essence immuable indépendamment de leur existence, et les autres qui regardent les choses existantes, et surtout les événements humains et contingents qui peuvent être et n'être pas, quand il s'agit d'avenir, et qui pou^ vaient n'avoir pas été quand il s'agit du passé. Tentends tout ceci selon leurs causes prochaines,, en faisant abstraction de leur ordre dans la providence de Dieu, parce que, d'une part, il n'empéchtt j^oint là contingence, et que de l'autre, ne nous étant pas contiu, iî ne contribue en rien à nous faire* croire les choses.
Dans la première sorte de vérités^ conmie tout y est nécessaire, rien n'est vrai qui ne soit universellement vrai : et ainsi nous devons conclure qu'une chose est fausse si elle est fausse en un seul. cas.
Mais si on pense -se servir des mêmes règles dans la croyance des événements humains, on n'en jugera jamais que faussement si ce n'est par hasard, et on y fera mille faux raisonnements.
Car ces événements étant contingents de leur nature, il serait ridicule d'y chercher une vérité nécessaire : et ainsi un homme serait tout à fait déraisonnable qui n'en voudrait croire aucun ^e quand on lui aurait fait voir quiil serait, absolument nécessaire <gia la chose se fût passée de la sorte.
Et il ne serait pas moins déraisonnable s'il Tioulait m'obliger d'en, croire quelqu'un, comme serait la conversion du roi.de Chine à là. religion chrétienne, par cette seule raison que cela n'est pas impossible : car un autre qui m'assurerait du contraire pouvant se servir
âe la même raison, il est clair que cela seuî ne pourrait me dcterfinner à croire l'uii plutôt que l'autre.
Il faut donc poser pour une maxime certaine et indubitable dans cette rencontre, que la seule possibilité d'un événement n'est pas tme raison suffisante pour me le feire croire : et que je puis avoir aussi raison de le croire, quoique je ne juge pas impossible que le contraire soit arrivé, de sorte que de deux événements, je pour* rais avoir raison de croire l'un et de ne pas croire l'autre, quoique |e les croie tousdeux possibles.
Mais par où me déterminerai-je donc à croire l'un plutôt que Tautre, si jeles juge tons deux possibles? Ce sera par cette maxime. Pour juger de la vérité d'un événement et me déterminer à le Croire ou à ne pas le croire, il me le faut considérer mûrement et en lui-même comme on ferait une proposition de géométrie : mait il fout prendre garde à toutes les circonstances qui l'accompagnent, tant intérieures qu'extérieures. J'appelle circonstances intérieures C^es qui appartiennent au fait même, et extérieures ceHes qui regardent les personnes par le témoignage desquelles nous sommes portés à le croire. Cela étant fait, si toutes les circonstances sont: telles qu'il n'arrive jamais ou fort rarement que de pareilles circonstances soient accompagnées de fausseté, notre esprit se porte naturellement à croire que cela est vrai, et il a raison de le faire sur« tout dans la conduite de la vie^i ne demande pas une plus grande certitude que cette certitude morale, et qui doit même se contenter dans plusieurs rencontres de la plus grande probabilité.
Que si au contraire ces rirconstances ne sont pas telles qu'elles ne se trouvent fort souvent avec la fausseté, la' raison veut ou que nous demeurions en suspens, ou que nous tenions pour fkuat ce qu'on- nous dit quand nous ne voyons aucune apparence que cela soit vrai, encore que nous n'y voyons pas une entière im»" possibilité.
On demande par exemple si l'histoire du baptême de Consfiàn* tîn, par saint Sylvestre, estvraie ou fausse, Baronius la croit vraies le cardinal du Perron, l'évêque Sponde, le P. Pétau, le P. Morfn et les plus habiles gens de FEgKse la croient fausse. Si on s-arrêtak à la seule possibilité, on n'aurait pas droit de la rejeter, car elle ne contient lien d'absolnment impossible: et il est même possiblèr^ «d^sohnnent parlant, qu'Eusèbe, qui témoigne le contraire, ait voulu mentir pour favoriserles Ariens, et que les Pères qui ont suivi aient été trompés par son témoignage : mais si on se sert de la règle que nous venons d'établir,, qui est de considérer quelles sont les
no VAIITGIPBS FOHDÂMBirrAUX
circonstances de Tun ou de Tautre baptême de Constantin, et qui sont celles qui ont le plus de marques de vérité, on trouvera qua ce sont celles du dernier. Car d une part, il n'y a pas grand sujet de s'appuyer sur le témoignage d un écrivain aussi fabuleux qu'est l'auteur des actes de saint Sylvestre, qui est le seul ancien qui adt parlé du baptême de Constantin à Rome : et de l'autre il n'y a aucune apparence qu'un homme aussi habile qu'Eusèbe eût osé mentir en rapportant une chose aussi célèbre qu'était le bapiême du premier empereur qui avait rendu la liberté à TEglise, et qui devait être connue de toute la terre, lorsqu'il l'écrivait, puisque ce n'était que quatre ou cinq ans après la mort de cet empereur.
Il y a néanmoins une exception à cette règle dans laquelle on doit se contenter de la possibilité et de la vraisemblance : c'est quand un fait qui est d'ailleurs suffisamment attesté, est combattu par des inconséquences et des contrariétés apparentes avec d autres histoires ; car alors il suffit que les solutions qu'on apporte à ces contradictions soient possibles et vraisemblables, et c'est agir contre la raison que d'en demander des preuves positives, parce que le fait en soi étant suffisamment prouvé, il n'est pas juste de demander qu'on en prouve de même sorte toutes les circonstances : autrement on pourrait douter de mille histoires très-assurées qu'on ne peut accorder avec d'autres qui ne le sont pas moins, que par des conjectures qu'il est impossible*de prouver positivement.
On ne saurait, par exemple, accorder ce qui est rapporté dans ^ le livre des Rois et dans ceux des Paralipomènes des années des règnes de divers rois de Juda et d'Israël, qu'en donnant à quelquesuns de ces rois deux commencements de règne, l'un du vivant de leur père, Tautre après leur mort. Que si on demande quelle preuve on a qu'un tel roi ait régné quelque temps avant la mort de soti père, il faut avouer qu on n'en a point de positive. Mais il suffit que cela soit une chose possible et qui est arrivée souvent en d'autres rencontres pour avoir droit de le supposer comme une circonstance nécessaire pour allier des histoires d'ailleurs très-cer<» taines.
C'est pourquoi il n'y a rien de plus ridicule que les efforts qu'ont faits quelques hérétiques de ce dernier siècle, pour prouver que saint Pierre n'a jamais été à Rome^ ils ne peuvent nier que cette vérité ne soit attestée par tous les auteurs ecclésiastiques, et même les plus anciens, comme Papirus, saint Denis de Corynthe, Caïus, Irénée,Tertullien, sans qu'il s*en trouve aucun qui l'ait niée : et néan»moins ils s'imaginent pouvoir la ruiner par des conjectures, comme.
DE PHILOSOPHIE CHESTIENNB. ISt
par exemple, que saint Paul ne fait pas mention de saint Pierre dans ses épîtres écrites de Rome : et quand on leur répond que saint Pierre pouvait être alors hors de Rome, parce qu on ne prétend pas qu'il en soit souvent sorti pour aller prêcher FEvangile en d'autres lieux, ils répliquent que cela se dit sans preuve : ce qui est impertinent, parce que le fait qu'ils contestent étant une des vérités les plus assurées de l'histoire ecclésiastique, c'est à ceux qui le combattent de faire voir qu'il contient des contrariétés avec l'Ecriture, et il suffit à ceux qui le soutiennent de résoudre ces prétendues contrariétés comme on fait celles de l'Ecriture même, à quoi nous avons montré que la possibilité suffisait.
A ces trois hommes célèbres, Descartes, Pascal et Arnauld, je joindrai encore le P, Malebranche, l'un des plus profonds philosophes de l'école Cartésienne.
KOTICE sua MALEB&AIfGHE.
Malebranche, né à Paris le 6 août 1 638, entra dans la Congrégation de l'Oratoire en 1660, après avoir fait son cours de théologie en Sorbonne, selon le vœu de ses parents, qui l'avaient destiné à l'état ecclésiastique, à raison de sa complexion délicate. Après s'être livré d'abord à des recherches sur l'histoire ecclésiastique et à l'étude des langues sacrées, ce grand esprit était, pour ainsi dh*e, tenu en suspension, s'ignorant lui-même, et ne sachant à quel genre de travaux il devait se vouer de préférence. Le Traite de Vhomme^ de Descartes, qu'il eut occasion de lire, fut pour lui comme un trait de lumière. Son choix fut fait dès lors pour la philosophie.
Après douze années passées dans une méditation profonde, il mit au jour la Recherche de la 7/ériié, ouvrage qui eut un succès prodigieux, et qui fut traduit bientôt dans toutes les langues. Son but était de montrer*que les vérités de la religion concordent rigoureusement avec toutes les vérités des sciences et de la philosophie. L'ouvrage en lui-même est un des plus beaux monuments qui honorent l'esprit humain, lorsqu'il est doué d'une pensée forte et dirigé par des règles sAres. Nulle part on ne vit plus de talent à faire briller d'une vive lumière les idées les plus abstraites, auxquelles on ne peut s'élever que par l'effort d'une méditation tenace et profonde. Nulle part l'esprit logique, c'est-à-dire l'enchaînement des principes et des conséquences, ne se produit d'une manière plus complète. Nulle part on n'a combattu les illusions des sens et de Timagination sous de plus brillantes couleurs. Sans doute plusieurs
opinions du philosophe oratoriien ont vieilli depuis deux siècles. La maxime que VonDoit tout en Dieu a surtout paru une hypothèse' chimérique. Mais quand on ne lirait plus Malebranche pour se pé(nétrer de sa philosophie, on le lira toujours du moins comme uir modèle de bonne littérature et d'excellente méthode.
Nous avons dit, dans la notîee sur Ârnauld, à quelle occasion ce docteur attaqua la Recherche de la vérité^ principalement au sujet de l'origine de nos idées et de l'étendue intelligible de Dieu. San? vouloir entrer dans les détails de cette controverse, ni adopteriez hypothèses de Malebranche, nous pouvons dire que souvent Arnauld n'entend pas, ou qu'il entend mal les principes de son advet»* àaire, ou qu'il en tire des conséquences forcées pour les combattre avec plus d'avantage.
Outre les réponses particulières que le philosophe adressa à ses critiques, il produisit encore différents écrits destinés à éclaircir et à développer son premier ouvrage, dans lequel ils se trouvaient tous en germe. Ces écrits sont : Traité de la nature et de la grâce (i€8o); Conversations' chrétiennes (^i&jj) ; Méditations chrétiennes et:métaphfsiquesy où l'en trourre presque l'élévation- de Bossnet et k douceur de Féiveloir : cet ouvrage nr'a toujours paru le plus agréable à lire, le phis entraînant de ceux qui sont sortis de cetld plume féconde; Entretiens sur lamétaphy\siqueètla religion (1688)5 d^Aguesseau regardait ce livre comme le chef«<]'€euvre de la meta** physique; TraUè de Vamour de Dieu (1697) • ^^* ouvrage est plltt £dactique que tendre et onotaevnt :saint François deSales^entra»* tant le même sujet, avait su parler autanta«i cœur qu'à l'esprit; E^^ tretiens entre un chrétien* et un^philosophe' chinois suria^ntttunê dà jDieu (1708); Réfutation dw UircdeBounsiery iwAttàé: j4&ttôn' de Dieu sur les créatures : dans ce livre, il entreprend de^rélaiiii^'la liberté de l'homme-, détmice par ses^ adver8aiir«B,^qUoAqw, dftiitt<ses ouvrages, il ait fait inten^ivir phis^ que tomr autre; i'aotîoiv divine:: (testée qu'onn'a pas manqua de lui' reprocher; Trotté' de l^âm^oà il pose en principe t}iie-'nou»oonnaissons>notre âme^non parlHdee^ mais par le sentiment intérieur/ par la con«cieiioei Cette manîèMi de voir se rapproche^bemcoup de la psycologieexpérimentaite qin prévaut de nosjoars.
On lui attribue encore un pedt ouvi^ge postfain»ie, imiitiilé': f Infini crééy avec Vexpticmtkm-^ la possibilité dè'^la tmnssub^tam tiàtion. Cet écrit, d'une* conception grtmdiosej mPatS'tont à fiiitsîn^ gulière, a été pkw tard^ attribué -à Faydit.
Je n'ai pointa parlerici de'}arvied0Mailebranche'4X>mme*hoinBi*
DE nntoso^Hts cântosNivE. ia3
privé, de son caractère, de ses habitudes, de sa piété, des honneurs dont il j ouit, etc. ; mon but était de le présenter comme écrivain. Je me bornerai, quant à présent, à citer ses maximes générales concernant la méthodcy ou la manière de procéder dans la recherche de la vérité, et la conduite de la vie.
EXTRAITS DE MALEBRAIVCflE.
1* Ré^es générales pour éviter Terreur.
Voici la première qui regarde les sciences. On ne doit jamais donner de eoMentement entier qu* aux propositions qui paraissaient si éifidemment DraieSy qu^on ne prisse le leur refuser sans sentir une peine intérieure et des reproches secrets de la raison, c*est-ààlve sams <}ue l'on connaisse dairement qu'on ferait mauvais usage à» sa liberté si l'on ne voulait pas consentir, ou si Ton voulait étenàte son p'oov^ir sur des choses stnr lesquelles elle n'en a plus.
La eecoade pour la morale est telle. On ne doit jamais aimer iêksùlïimBnt un bien, si Von peut sans remords ne le point aimer : dfoù il s'ensuit qu-on ne; doit rien aimer que Dieu absolument et sans rapport ; car il rfy a que lui seul qu'on ne puisse s'abstenir d'uiifter de cette sotte sans remords; c'est-à-dire sans qu'on sache é^êmment qu'on firit mal, supposé qu'on le connaisse par la raisun ou par la foi.
Réflezioits nécessaires sur ces deux règles.
Mais il fout ici remarquer que, quand les choses que nous apercevons nous paraissent fort vraisemblables, nous nous trouvons extrêmement portés à les croire; nous sentons même de I» peine quand nous ne nous en laissons pas persuader. De sorte que, A nous în'y prenons bien garde, nous sommes fort en danger d'jt consentir, et, par conséquent, de nous tromper; car c'est un graïul hasard* que la vérité se trouve entièrement conforme à la vraisem-» Mance; et c'est pour cela qtre f ai mis expressément, dans ces deux règles, qu'il ne feuf consentir à rien, jusqu'à ce que l'on voie évidemment qu'on ferait mauvais usage de sa liberté si Ton ne conr sentait' pas.
tt*, quoique Yati se* sente extfêmement porté à consentir à la vraisend>lance, si totitefbis on prend' le soin de faire réflexion, sî l'on voit évidemment qu'on est obligé d'y consentir, on trouvera
1^4 PEIITGIPSS FONDAMBNTAIIX
sans doute que non. Car, si la vraisemblance est appuyée sur les impressions de nos sens, vraisemblance néanmoins qui n en mérita pas le nojn, alors on se trouvera fort incliné à s*y rendre; mais on n'en reconnaîtra point d^autre cause que quelque passion, ou Taffection générale que Ton a pour ce qui touche les sens, comme on le verra assez dans la suite.
Mais si la vraisemblance vient de quelque conformité avec la vérité, comme d*ordinaire les connaissances vraisemblables sont vraies, prises dans un certain sens ; alors, si on fait réflexion sur soi-même, Ion se sentira porté à faire deux choses; l'une à croire et l'autre à examiner encore : mais on ne se trouvera jamais si persuadé qu on croie évidemment mal faire, si Ton ne consent pas tout à fait.
Or, ces deux inclinations que Von a, à l'égard des choses vraisemblables, sont fort bonnes. Car on peut et on doit donner son consentement aux choses vraisemblables, prises au sens qui porte rimage de la vérité : mais on ne doit pas donner encore un consentement entier comme nous avons mis dans la règle; et il faut examiner les côtés et les faces inconnues, afin d'entrer pleinement dans la nature de la chose, et bien distinguer le vrai d'avec le faux; et alors consentir entièrement si l'évidence nous y oblige»
Il faut donc bien s'accoutumer à distinguer la vérité d'avec la vraisemblance, en s'examinant intérieurement comme je viens d'expliquer : car c'est faute d'avoir eu soin de s'examiner de cette sorte, que nous nous sentons touchés presquede la même maniera de deux choses si différentes. Car enfin, il est de la dernière conséquence de faire bon usage de sa liberté, en s'abstenant toujours de consentir aux choses et de les aimer, jusqu'à ce qu'on se sente comme forcé de le faire par la voix puissante de l'auteur de la nature, que j'ai appelée auparavant les reproches de notre raison et les remords de notre conscience.
Tous les devoirs des êtres spirituels, tant des anges que des hommes, consistent principalement dans ce bon usage; et l'on peut dire sans crainte, que s'ils se servent avec soin de leur liberté sans se rendre mal à propos esclaves du mensonge et de la vanité^ ils sont dans le chemin de la plus grande perfection dont ils soient nap furellement capables; pourvu néanmoins que leur entendement ne demeure point oisif, qu'ils aient soin de l'exciter continuellement à de nouvelles connaissances, et qu'ils le rendent capable des plu5 grandes vérités, par des médiutions continuelles sur des sujets dignes de son attention. ,
DS PHILOSOPHIE CHRBTIEirNE. ia5
Car, afin de se perfectionner Tesprit, il ne suffit pas de faire toujours usage de sa liberté en ne consentant jamais à rien, comme ces [Personnes qui font gloire de ne rien savoir et de douter de toutes choses, n ne faut pas aussi consentir à tout, comme plusieurs autres qui ne craignent rien tant que d*ignorer quelque chose, et qui prétendent tout savoir. Mais il faut faire un si bon usage de son entendement, par des méditations continuelles, qu on se trouve souvent en état de pouvoir consentir à ce qu'il nous représente, sans aucune crainte de se tromper'.
2** Des règles qaMl faut observer dans la recherche de la yérité.
Après avoir expliqué les moyens dont il faut se servir pour rendre lesprit plus attentif et plus étendu, qui sont les seuls qui peuvent le rendre plus parfait, c'est-à-dire plus éclairé et plus pénétrant; il est temps de venir aux règles qu'il est absolument nécessaire d'observer dans la résolution de toutes les questions. Cest à quoi je m'arrêterai beaucoup, et que je tâcherai de bien expliquer par plusieurs exemples, afin d'en faire mieux connaître la nécessité et d'accoutumer l'esprit à les mettre en usage, parce que le plus nécessaire et le plus difficile n'est pas de les bien savoir, mais de les bien pratiquer.
Il ne faut pas s'attendre ici d'avoir quelque chose de fort extraordinaire, qui surprenne et qui applique beaucoup l'esprit ; au contraire, afin que ces règles soient bonnes, il faut qu'elles soient simples et naturelles, en petit nombre, très-intelligibles, et dépendantes les unes des autres ; en un mot, elles ne doivent que condmre notre esprit et régler notre attention sans la partager. Car l'expérience fait assez connaître que la logique d'Aristote n'est pas de grand usage à cause qu'elle occupe trop l'esprit, et qu elle le détourne de l'attention qu'il devrait apporter aux sujets qu'il examine. Que ceux donc qui n'aiment que les mystères et les inventions extraordinaires, quittent pour quelque temps cette humeur bizarre, et qu'ils apportent toute l'attention dont ils sont capables, afin J examiner si les règles que l'on va donner suffisent pour conserver toujours l'évidence dans les perceptions de l'esprit, et pour découvrir les vérités les plus cachées. S'ils ne se préoccupent point injustement contre la simplicité et la facilité de ces règles, j'espère qu'ils reconnaîtront, par l'usage que nous montrerons dans la suite
(1) Recherche de la vérité, lir. 1. ch. 2.
J%6 PRINCIPES 901IDAA|£J|X4^UX
<ju'on en peut faire, que les principes les plus clairs ^et les plus simples sont les plus féconds^, et que les clxases extC90cdûuû«es -et difficiles ne soat pas toujours aussi utiles que jaotxe yaine cwioâlé nous le fait croire.
Le principe de toutes ces règles est : Qu^iljaut toiffaursi>eQné»rv«r Véifidence dans ces raisonnements^ jpour.déoomrir la vérUé^^sans crainte de se tromper, I>e ce principe dépexul cette règle ^navale qui regarde le sujet de nos études^ savoir : .Que nous ne xiepoas raisonner que sur des choses dont nous avofis.xUs idées claires^ et- par une suite nécessaire. Que nous devons toujours commencer par les choses les plus simples et les plus faciles, et nous y arrêter fort long^ temps aidant que (C entreprendre la recherche des plus composées et des plus difficiles.
Les règles qui regardent la manière dont il s'y faut prendre pour Fësoudre les questions, dépendent aussi de ce même principe; et la première de ces règles est : QuHlfaut concevoir très-distinctement Vétat de la question qu^on se propose de résoudre, et avoir des idées de ces termes assez distinctes pour les pouvoir comparer et pour en reeonnaitre les rapports que Ton cherche.
Mais lorsqu'on ne peut necoonaltre les rapports que les choses ont entre elles, en les com^parant immédiatement, la seconde règle est : QuHlfaut décousfrir par quelque effort d^esprit une ou plusieurs idées moyennes, qui puissent sentir comme de mesure oont^ munepour reconnaître par leur moyen les rapports qui sont entre elles, n faut observer inviolablement que ces idées soient claij^es et distinctes, à proportion que Ton tache de découvrir des rapports plus exacts et en plus grand nonnJ)re.
Mais lorsque les questions sont difficiles et de longue discussion, la troisième règle est : QuHlfaut retrancher avec soin, du sujet que Von doit considérer, toutes les choses quHl n^est point nécessaire d^ examiner pour découvrir la ^vérité que Von cherche. Car il oe faut point partager inutilement la capacité de Tesprit, et toute sa force doit être employée aux choses seules qui le peuvent éclairer. lies choses que Ton peut ainsi retrancher sont toutes celles qui ne touchent point la question, et qui étant retj^inchées, la question subsiste dans son entier.
Lorsque la question est ainsi réduite aux moindres termes, la quatrième règle est: Qu'il faut diviser le sujet de sa méditation par parties, et les considérer toutes les unes après les autres, selon V ordre naturel, en commençant par les plu^ simples^ c^est-a-dire par celles qui renferment moins de ravports} et ne passer jamois
jwa:plus,composéefi avant que d'avoir reiCQwm distinctement Us Jabi^ simples^ et se les étms rendues familières.
.Lorfiçme ee3 choses, dont devenues familières .par la oiéditatioQ, la cinquième règle est : Qu'on doit en abréger les idées et les ranger ensuite dansson imaginationf ou les écrire sur le papier^ afin^qu'elles 4ie remplissent plus la capacité de l'esprit. Quoique cette règle soit toiyouFS lUile, elle n est absolument nëce&saire que danjs les que»tions très-diificiles et qui demandent une grande étendue d'espû^ à .cause qu'on n étend Teâprit qu'en abrogeant ses idées. J^ usage ^ cette r^gle et de.celLes qui suivent ne se reconnaît bien que dan3 l'algèbre.
L^ idées de toutes les choses qu'il est absolument nécessaire de .considérer, étant claires, fanùlières, a[brégées et rangées par ordre jdaus l'imagination, ou e^rimées sur le papier^ lo sixième r^gle est : Qa'il.Jaut les compare/:. toutes. selon les règles. des combinai" StOHS^ alternativement Les unes avec les autres^ x^upar la seule ^im^ ÂA- l'esprit, xMpar le mouvement de l'imagination^ accompagna de la vue de l'esprit, ou par le calcul de laplume, joinX à VattsnJÀom de Vespiit &t de V inclination.
JS^ de tous les rapports qui résultent de toutes ces comparaisons jl n'y en a aucun qui soit celui que l'on cberche : Il faut de n^Ur pemi retrancher de tous ces rapports ceux qui sont ùmtiles à la résoU^ Uan de la question; se rendre les autres familier)Sy les abpéger et-ies ranger par ordre dans son imagi/iaâion, ou les exprimer sur le pa^ pier; les comparer ensemble selon les règles des combinaisons^ et OHùr si le rapport composé que l'on cherche est quelqu'un de tous les rapptorts composés qui résultent de ces nouvelles comparaisons.
S'il n'y a pas un de ces rapports que l'on a déconverts, qui renferme la résolution de la question : Il faut de tous ces rapports re^ tranclier les iuutUeSy se rendte les autres familiers, efcc... Et, en continuant xle cette manière, .on découvrira la vérité ou le rapport que Ton cherche, si composé qu'il soit, pourvu qu'on puisse étendre sufjGsamment la capacité de Tesprit en abrégeant ses idées, et que dans toutes ces opérations l'on ait toujours en vue le terme où Ton doit tendre. Car c'est la vue continuelle de la question qui doit régler toutes les démarches de l'esprit, puisqu'il faut toujours savoir où l'on va et oe que l'on cherche.
Il faut surtout prendre garde à ne pas se contenter de quelque kieur ou de quelque vraisemblance, et recommencer si souvent les comparaisons qui servent à découvrir la vérité que l'on cherche, . qu'on ne puisse s'empêcher de la croire sans sentir les reproches
secrets du maître qui répond à notre demande, je veux dire à notre travail, à l'application de notre esprit et aux désirs de notre cœur. Et alors cette vérité pourra nous servir de principe infaillible pour avancer dans les sciences.
Toutes ces règles que nous venons de donner ne sont pas nécessaires généralement dans toutes sortes de questions; car, lorsque les questions sont très-faciles, la première règle suffit :You n*a besoin que de la première et de la seconde dans quelques autres questions. En un mot, puisqu'il faut faire usage de ces règles jusqu'à ce qu'on ait découvert la vérité que l'on cherche, il est nécessaire d'en pratiquer, d'autant plus que les questions sont plus difficiles.
Ces règles ne sont pas en grand nombre; elles dépendent toutes les unes des autres ; elles sont naturelles, et on se les peut rendre si familières, qu'il ne sera point nécessaire d'y penser beaucoup dans le temps qu'on s'en voudra servir. En un mot, elles peuvent régler Fattention de l'esprit sans le partager, c'est-à-dire qu'elles ont une partie de ce qu'on souhaite. Mais elles paraissent si peu considérables par elles-mêmes, qu'il est nécessaire pour les rendre recommandables, que je fasse voir que les philosophes sont tombés dans un très-grand nombre d'erreurs et d'extravagances, à cause qu'ils n'ont pas seulement observé les deux premières, qui sont les plus faiciles et les principales ; et que c'est aussi par l'usage que M. Descartes en fait, 'qu'il a découvert toutes ces grandes et fécondes vérités dont on peut s'instruire dans ses ouvrages '.
Je pense avoir donné une idée suffisante de l'ordre logique, considéré en lui-même, et par rapport aux différentes formes qu'il a subies chez les anciens et chez les modernes. Dans tout ce qui vient d'être dit, on remarquera qu'il ne s'est pas agi d'adopter tel ou tel système; mais d'explorer les nations simples et exactes de la méthode, et des règles que le bon sens fournit aux esprits droits pour la recherche delà vérité, quel que soit, d'ailleurs, le principe fondamental ou le point de départ dç leur philosophie.