‹ Cours de philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 2 sur 41 · TI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

TI AVANT-PROPOS

pour leurs frères. Les philosophes, ou ceux qu^on âppelail de ce nom, trouvaient fort commode d'argumenter en faveur de la tyrannie, et la dialecliQile X0aâSlL eiMitHe ftVèdtolfind. On se croyait homme d'esprit et de raison lorsqu'on avait démontré qu'il n'y avait rien de plus vénérable que h collection des dieux de TOlympe, et qu'il n*y avait pas de supplices trop cruels pour ceux qui osaient les braver. En faisant cela, la philosophie prétendait, comme ton- ^jourSf éclairer les hommes.

L'esprit humain avait marché à la splendeur du soleil levant ; et le christianisme avait conquis l'existence sociale ; les empereurseux «fiBÔmes avaient courbé la télé sous le joug de h croix ; et il était assez prouvé que cette immense révolution n'étaft pas Pouvjrage des puissants do siècle. Toutefois, deux classes d'hommes luttaient encore contre l'évidence : une partie des philosophes, et les grossiers habitants de la campagne, qui prirent, pour cette raison, le nom de païens. La philosophie voulait, hon gré mal gré, avoir raison, et prouver doctement que les vieux oripeaux de la mythologie étaient préférables aux vérités saintes et graves par lesquelles le Verbe divin s'incorporait l'humanité. A entendre ces Jérémies du polythéisme, la religion chrétienne était pour les humains une affreuse calamité, et le monde ne devait retrouver le bonheur qu'en revenant offrir son encens i tous les bandits que les passions humaines et l'imagination des poètes avaient placés dans le ciel. Mais, chose étrange ! ces raisonnements n'exerçaient plus d'influence que sur les classes brutes et incapables de raisonner. 11 fallait donc éclairer ces derniers^ et préserver de la contagion ceax qui étaient déjà imbus des vérités de la foi.

Ai^sit aux combats du Cirque succédèrent les combats de l'esprit, ou l'on vit, d'un côté, Técole d'Alexandrie résumer les systèmes anciens pour accabler TÉvangile, et, d'un autre côté, les docteurs de l'Église mettre à nu les turjpitudes du polythéisme, et . les misères innombrables de la philosophie. Bien n'est plus curieux que cette polémique ardente et décisive entre le monde anôien qui s'abîme dans la déer^ilude, et le monde nouveau, plein de vie, qui s'élance à la conquête de l'avenir. Gomme aucune gloire ne devait manqua h la religion, le moment était venu pour elle de vaincre par Tintelligeoce et par les travaux scientifiques comme cUe avait vaincu par la patience et par le sang de ses disciples. .

Enfin, la sagesse tamaine, eonvaincue de folie pour avoir lutté contre la croix, convaincue d'inconséquence pour avoir abjuré les l^ns nobles enseignements de ses fondateurs, que les saints fèves avaient soin de reproduire à l'appui de leurs croyances, lasagease hmaakief disonsHious, succomba sous le poids de FEvai^gile, et l'univers fat sauvé. On avait compris d'abord que les faits de la re^ UffM chrétienne ne pouvaient s'expliquer sans admettre fiater- Tetttion diriné ; après ees longs combats du raisonnement, on comprit encore que l'enseignement de la foi pouvait seul expliquer

ÀVANT-FROPOS. TU

f^ieii, Ilionmie et IHiinvers, autant qne la raisoB hnmaine peut eoneeroir ces grands objets. Ainsi, en l'acceptaiit comme !a parole ^ine, on l'accepta encore comme la plus hante et la plus parfaite fXnlosophie.

Après cette double victoire, l'Eglise put-elle se reposer et recevoir en paixrhomma^e des nations qu'eUe avait éclairées et aOrancbies? Non : ce serait mal comprendre les destinées dé la vérité sur la ter^e, que de sMmaginer qu^elle peut exister sans combats. Bès Tâge héroïque des martyrs, un nouveau genre d'attaque avait âôjà commencé, qui devait se perpétuer à travers les siècles suivants. Des phîlosophesà demi chrétiens n'avaient reçu de l'Evangile que comme un système qu*il leur serait permis de modifier à Tinstar des systèmes anciens que le temps avait dévorés, au lieu de Je recevoir comme une doctrine céleste qui devait subsister dans sa piénîtude et se perpétuer par le témoignage. Armés de leur infatigable dialectique, ils mutilèrent renseignement divin, torturèrent les Ecritures pour y trouver tout ce qu'ils voulaient, même des mystères pleins d'infamie, et constituèrent* ainsi les sectes nombreuses connues sous le nom d'hérésies. D'autres, poussés par l'ambition du pouvoir spirituel dont ils n^avaient pas été jugés dignes, portèrent atteinte à la hiérarchie catholique constituée dans Tunî(é, s'intronisèrent tantôt par la ruse, tantôt par la violence, dans le gouvernement de l'Eglise, et fondèrent les sociétés schismatiques. Dès lors la controverse chrétienne changea d'objet sans changer de but ; prenant pour point de départ, pour premier principe^ la divinité du christianisme, elle montra comment cette religion se soutenait par l'autorité des traditions universelles conservées dans l'Eglise pour fixer le sens des Ecritures, et comment l'unité de doctrine était inséparable de l'unité de gouvernement. Puis elle pénétra dans le détail des questions soulevées par l'esprit de séparation ; elle prouva par le texte sacré et par le raisonnement philosophique que les hérésiarques abjuraient le véritable enseignement de la foi, et qne les schismatiques violaient la constitution de la société chrétienne. D'immenses travaux furent exécutés dans cette double direction ; environnée de ses docteurs, la vérité catholique s'éleva radieuse par-dessus les nuages de l'erreur, et proclama partout le monde son symbole immortel.

Tandis que le christianisme se posait en face d'une manière si forte par l'unité de sa doctrine et de son sacerdoce, déjà vingt peuples barbares brisaient à coups de hache les barrières de l'empire romain, et mettaient en pièces ce géant formidable qui avait écrasé toutes les nations connues et s'était gorgé du sang des martyrs. Les Gaules, la Bretagne, l'Espagne, l'Italie, l'Afrique étaient inondées de ces hordes farouches que la Providence semblait amener tout exprès pour balayer les restes d'un monde qui s'était diik «ms dans les orgies du paganisme. Après Attila devait paraître Mahomet^ qui, deux siècles plus tard, s'élança du fond de l'Arabie,

nil ATANT*P]IOPOS«

et fonda par le glaive la religion de rAlcoran. De toutes parts c*ë- (ait la guerre, une guerre d^extermination, et les hommes frissonnaient d'horreur, tandis que la justice de Dieu passait comme une tempête immense. Au milieu de ces bouleversements inouïs, une seule puissance, celle de TEglise, devait rester debout fpnr reconstituer l'humanité sur un plan nouveau. A TEglise était réservée la tâche longue et rude de lutter par Tintelligence contfe la force matérielle personnifiée dans les féroces destructeurs de TEmpire. Que des historiens et des philosophes profonds s'appliquent à nous faire connaître les causes de la grandeur et de la décadence de cet empire célèbre, nous pourrons applaudir à leur sagacité, nous nous asseoirons avec eux sur les ruines pour explorer les ressorts innombrables qui font mouvoir la sociëlé humaine ; mais quand on contemple les événements d'un point de vue plus élevé, dupoini de vue chrétien, on reconnaît les voies providentielles par lesquelles l'humanité est conduite à ses hautes destinées, et Ton dit avec un grand écrivain de ce siècle : Quand Dieu efface, c'est pour écrire K L(i réforme du monde par TEvangile, la prédication et la perpétuité de l'Evangile par TEglise, voilà ce que Dieu voulait; mais il le voulait en respectant toujours le libre arbitre dont nous sommes doués, et qui sera jusqu'à la fin des temps le principe d'une multitude prodigieuse de complications dans les choses humaines, et d'une lutte opiniâtre entre la vérité et l'erreur.

Quoi qu'il en soit de ces considérations sur lesquelles nous pourrions nous étendre, on voit que l'Eglise avait besoin de toutes les lumières et de toute la force dont elle était pourvue, pour parcourir sa périlleuse carrière durant la nuit du moyen âge. Ceux qui connaissent l'histoire de ces siècles de fer savent que la société européenne, à l'état d'enfance, n'avait d'autres précepteurs que l'autorité spirituelle, dont les rois et les sujets sentaient également le besoin, et contre laquelle néanmoins ils se regimbaient souvent, comme un écolier mutin se révolte contre son maître. Ils savent qu'au milieu des désordres et des crimes que traînait après elle la constitution féodale des différents Etats, la lumière de la foi n'a cessé de briller pour opposer une digue puissante à la tyrannie des uns, à la licence des autres, à la corruption et aux scandales de tous; ils savent que si les ministres de la religion l'ont alors souvent déshonorée par leur vie licencieuse, parleur rapacité, par leurs crimes, il faut s'en prendre surtout à la puissance séculière, qui s'arrogeait le droit de gouverner l'Eglise, et lui donnait pour évéques des sujets indignes qu*elle repoussait de son sein ' ; ils savent que si la papauté, dans laquelle se résumaient toutes les forces mo-

* Le comte de Mabtrc.

'^ Cette vérité vient d'être mise dans tout son jour dans IMilstoire du pape Grégoire VII, par M. Voigt, traduite de l'allemand par M. Tabbé Jager. Après les efforts faits depuis trois siècles pour dénaturer et obscurcir les annales de TEglisc, il est beau do voir les protestants éux-mémes venger le catholicisme des dutragcs que l'ignorance et la mauvaise foi lui ont prodigués.

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