‹ Cours de philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 3 sur 41 · AYANT-PROPOS. IX · texte numérisé non relu

AYANT-PROPOS. IX

raies et sociales, a quelquefois franchi ses limites naturelles, si elle a voulu absorber, ou du moins dominer la puissance séculière, elle fut amenée à ce point par les conventions faites avec lés princes, par le vœu des peuples, qui cherchaient près du trône apostolique un abri contre la tyrannie, par le droit public dealers, et, enfin, par la loi suprême qui régit les empires, la nécessité publiquê. Dans ces jours désastreux, pour arracher les hommes à la barbarie, pour les civiliser et les sanctifier par les principes de la morale chrétienne, il fallait une puissance colossale qui planât sur les grands et sur les petits pour les soumettre tous à ces principes salutaires, pour mettre un frein aux luttes acharnées qui déchiraient le sein de la chrétienté, et pour centraliser ses forces contre Fennemi commun, l'empire du*^ Croissant, qui menaçait de Tengloutir. Cest une vérité maintenant reconnue par tous les hommes éclairés et de bonne fol, que cette dictature momentanée du pouvoir spirituel a sauvé l'Eglise et civilisé l'Europe. L'action puissante et continuelle du catholicisme peut seule expliquer pourquoi le moyen âge, d'ailleurs si décrié, a été cependant si fécond en grandes choses, et nous a légué, avec ses monuments, des souvenirs historiques qui ne périront jamais. Il y avait de la vie dans ces âmes, parce qu'il y avait de la foi; on combattait d'une main, et J on édifiait de Tautre. Les peuples se courbaient devant les prêtres et les moines qui leur éteignaient la religion, la morale, les sciences, les lettres, les arts et Tagricullure ; mais ils se relevaient d'autant plus fiers et plus vaillants contre les ennemis du nom chrétien. Il y avait sur la terre bien des souffrances et des calamités, mais la religion avait an répandre sur tous les détails de la vie tant de charmes et de douces consolations, que les chrétiens semblaient déjà goûter en celte vie les délices de l'immortalité. En lisant les auteurs ascétiques qui ont écrit durant cette période, tels que saint Grégoire, Pierre Damîen, le vénérable Bède, saint Bernard, saint Thomas, saint Bonaventure, le bienheureux, Thomas à.Kempis, Gerson, et bien d'autres, on croirait entendre un long dialogue du ciel avec la terre.

Honneur donc à l'Eglise, dont la main tutélairc a su tenir le gouvernail de la société à travers tant de tempêtes! Depuis le point de départ, l'invasion des peuples de la Germanie, jusqu'au xv^ siècle, quelle route immense parcourue! que de lumières et de bienfaits répandus sur le monde !

Cependant ce travail de régénération n'avait pu s'opérer sans que l'institution divine ne fût en contact de toutes parts avec la perversité humaine. L'œuvre de Pieu était faite par des hommes, et de tout temps les hommes sont sujets à se corrompre, alors même qu'ils reconnaissent la souveraineté d'une loi pure et sainte. Le médecin qui guérit trouve quelquefois la contagion et la mort dans l'exercice de ses fonctions périlleuses. Il n'en est pas moins vrai que l'art médical en lui-même est bon et salutaire. Malgré

tes efforts constants de la puissance poniïBcale poar raatnteotr la constitution de l*£glise, les règles de la discipline etThonneurda sacerdoce, malgré les décisions des conciles^ toujours ominmes 6 proscrire le mal et à approuver le bien, les dmes s'étaient amolHes; Tanftition de certains hommes, et la tendance continuelle du pouvoirlaïc à gouverner l'Eglise, avaient occasionné en Orient et en Occident des scliismes déplorables, dont le plus désastreux iSnit au concile de Constance ; la reconnaissance des peuples avait doté VE^Rse d*uncgrande quantité de revenus territoriaux nommés bénéfices, qui conféraient les droits et imposaient les charges annexées à tous les titres féodaux. Cest parla que l'esprit de relâchement s'introduisait au sein du clergé. Les rois revendiquaient le droit de distribuer ces bénéfices, avec le pouvoir spirituel , à leurs serviteurs et àleurs nrrùAlieux favoris. Quand ils furent las de les donner, ils les vendirent : devons-nous être surpris qu'il se soit trouvé des acheteurs? On voyait donc des évéques et des abbés endosser la cuirasse et faire la guerre au profit de leurs maîtres, en qualité de seigneurs temporels. Cétait le droit public de l'époque, et la voix de l'Eglise n'était pas écoutée au milieu du fracas des armes et de la licence des camps. Malgré les efforts inouïs de la papauté pour déraciner les abus introduits par les mœurs des conquérants barbares, les plaies de la religion étaient grandes, de telle sorte que saint Bernard, le représentant sévère et le défenseur éloquent des anciennes traditions, disait de son temps : « L'amertume de l'Eglise a été amère dans les combats qu'elle a soutenus contre les tyrans; elle a été encore plus amère dans les déchirements de l'hérésie; mais elle est très-amère* au sein de la paix qu'elle trouve maintenant parmi les peuples dirétiens : Ecce in pace amaritudo mea amarîssima. » Deux siècles plus tard, tous les bons esprits s'accordaient à réclamer la réforme de V Eglise dans son clief et dans ses membres. Maintenir la foi en proscrivant toutes les erreurs, maintenir la morale et la discipline en déracinant les abus et les scandales, telle était la conclusion de tous les discours, de tous les livres, de tous les conciles. Il fallait, en un mot, que l'Eglise, après une route de neuf cents ans, secouAt fortement son manteau de voyageur, auquel la poussière du monde s'était attachée, pour se montrer dans tout son éclat aux yeux des nouvelles générations. Mais la tâcbe était nide. Quel homnre edt osé l'entreprendre ou pu y parvenir? La suite des siècles avait ^mené un tel état de choses, que tout changement dans la police extérieure de la société spirituelle devait modifier profondément la société temporelle. D'ailleurs les abus semblent, à la longue, devenir des droits acquis dont on ne veul pas discuter le principe : Tunanimité des hommes intéressés à conserver le statu quo est difficile, impossible à produire, lorsqu^il s'a- ^ de le changer, à moins que tous n'y soient amenés par l'impérieuse néc^sité des circonstances. Ainsi, desobslacles, des traverses, des vexations sans nombre, quelquefois la mort, voilà ce ^e les

gnmdi réfomaieors ont presque toujours rencontré mr Ie«r passage.

Pour fiiire disparaître les débm el ies simvemre da monde idolâtre, la Protiden€e lâcha la bride aux Gennaîna farasches ^'eile «vatt tenus jusque-là confine enfer«iès dans ses trésors : elle les laissa faire. Ix>rsque ces peuples enfeafts eurent été beroés, élevés et OMsiit^s par I EgNse, Dieu permit à un moine aliemaud de tiréparer r^ffrancbissemeRt de b vérité catholiqne eu se déclurt* iuml eoittFe elle. Luther s'empara du root de réforme^ qui était -devenu poputaire, donna une nouvelle édition des anciennes héré^ «es, nia 1 autorité de TEglise, et ht ramena ainsi sur le lerratu ou «He avait jadis combattu les fabricatenrs de dogmes philosophîco- ■Ihéidogiques. Sans doute, Tauteur de la réformation protestanle atasa étrangement du mot de réforme pour entraîner les peuples hors de l'unité. Les dogmes chrétiens étaient demeurés invariables; la hiérarchie de TEglise s*élail maintenue sans interruption, et ses fois de discipline étaient d'institution apostolique. 11 suffisait donc 4e coordonner les faits avec les principes, les mœurs avec les croyances, et TEglise obtenait ainsi la réforme dont elle sentait vivement le besoin. Hais si le protestantisme a déchiré Tanîté chré» tienue; s'il a ébranlé les trônes et mis PEurope en feu; si, depuis tnk siècles, il n'a cessé de combattre le principe catholique avec toutes les armes du raisonnement, de l'érudition, de Texégèse biblique, de la calomnie et du sarcasme ; si, dominé par son prkie^ fondamental, il ^est vu contraint d'abjurer successivement tous les dogmes du christianisme, ou, ce qui revient au même, de les temr tous dans rindifférence, faudra-t-il en conclure que Dieu a manqué h TEglise, ou que celle-<â a failli à sa mission? Non; ce serait méconnaître les voies merveîNetises de la Providence qui se révèlent par les événements. L'Eglise véritablement réformée par le concile de Trente et par la vigilance de Tépiscopat ; la hiérar- <^e spirituelle se dëgageairt des affaires du monde, où elle s'était trouvée forcément impliquée, pour vaquer uniquement à sa mission divine; un mouvement universel de régénération s^emparant des âmes et les poussant aux plus sublimes vertus ; Tindépendance du siège apostolique devenue plus grande dans ses i^Bpporls spirituels, à mesure que les puissances de la terre, rompant avec l'Eglise et la dépouillant de ses domaines seigneuriaux, renonçaient par là même à la prétention de lui imposer des pasteurs ; r^esprit de recherche Klimulé par la présence de Tennemi, <et produisant des travuus: scientifiques dignes des premiers âges du dnri^ianisme, monuments précieuir de controverse, qui ont ^gé solennellenfent la gloire de TEglise, et porté au plus haut pomt de clarté l'enseignemenl de ses ikKiftrines; enfin, l'imposs^ lîté bien dénKmtrée de conserver aucun himbeau de FEirangile, anci^ne croyance chrétienne, en dehors de l'autorité de l'EgUse : voilà des faits, voilà des résultats incontestables qui nous font com-

Page 1