‹ Cours de philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 26 sur 41 · IV, S · texte numérisé non relu

IV, S

D£ PHILOSOPHIE CHRBTIEHIfE. SSj

toire ait conservé le souvenir. Athènes était alors, comme dit Platon,/i& grand Prytanée de la Grèce.

La philosophie, transplantée dans cette ville aune époque où ses doctrines of&aient déjà les résultats les plus contradictoires, jeta rincertitiide dans les esprits, et fournit des armes aux discoureurs subtils pour tout démontrer et contester selon leur fantaisie. Il devrait en résulter, d'un côté, une grande indifférence pour la vérité, et de l'autre, une curiosité vaine de scruter les problèmes que les écoles de la Grèce et de l'Italie avaient posés sans les résoudre d'une manière satisfaisante. Les esprits ainsi disposés avaient besoin de maîtres pour s'élancer à leur suite dans l'arène de la philosophie. Il s'en trouva qui profitèrent de cet élan, et qui tarifèrent leurs leçons. Pour la première fois, la philosophie devint vénale, et la jeunesse athénienne acheta au poids de l'or ce talent merveilleux de disputer que lui offraient les sophistes.

L'apparition de ces hommes et la peinture de leurs habitudes nous ont été transmises par Platon, Aristote et Xénophon, auteurs contemporains dont on ne saurait désavouer le. témoignage, alor^ même qu'on y trouverait quelque exagération.

Les sophistes, professeurs mercenaires de philosophie, qui portèrent au plus haut degré Tart de disputer sans rien conclure, ne formaient pas une secte à part ; mais ils paraissent se rattacher ^ l'école éléatique dont nous avons parlé. Nous signalerons les plu3 célèbres, ceux qui se firent un nom en gagnant l'argent de leurs auditeurs. '

« Les maximes qui nous ont été conservées des sophistes les plus célèbres ont pour nous cet intérêt particulier, qu'elles se rapportent presque exclusivement à la théorie de la connaissance humaine. Us cherchaient dans la philosophie moins une doctrine qu'un instrument. Ils s'occupaient moins de reconnaître ce qu'il est utile de savoir que de chercher comment on peut savoir : ils s'étudiaient moins à fonder qu'à détruire '. »

Protagoras d'Abdère (45o ans avant Jésus-Christ), le premier, dit-on, qui prit le nom de sophiste, fut disciple de Démocrite, et de crocheteur, devint philosophe. Le précis de sa doctrine se trouve dans le Teœtète de Platon, et dans Sextus l'Enipirique : Aristote^,

' Hist, comparée f t. H, ch. 8.' * I^étaphxs.flUp ^»

338 njommfi mamikunn^mi^

Diogène Laërce ^ Cioéroii ^ H Aristoclè** nous font fidt aussi connaître.

* Selon Protagoras, dit Sextua, Y homme e^t la mesure de toutes choses. Il fait de l'honime le critérium qui en apprécie k réalk^, des êtres, en tant qu'ils existent, du néant, en tant qu'il n existe pas. Protagoras n'admet donc que ce qui se montre aux yeux de chacun. Tel est à ses yeux le principe général des connaissances. Il paraît ainsi se confondre avec les Pyrrhoniens..* Le fondement de tout ce qui apparaît aux sens réside dans la matière, en sorte que la matière, considérée en elle-même, peutétre tout ce quelle paraît

à chacun L'homme est donc, suivant ce philosophe, le critérium

de ce qui est; tout ce qui apparaît aux hommes existe; ce qui n'apparaît à aucun homme n'existe pas. ISous voyons donc qu'il a prononcé, d'une manière.dogmatique, que la matière est mobile, changeante, qu'en elle est placée la raison de toutes les choses qui apparaissent; que ces choses sont incertaines, et que nous devons suspendre d'y donner notre assentiment.

• Mais ce philosophe n'a admis rien qui soit ou vrai, ou faux pour soi-même ; et l'on* dit que son opinion a été partagée par Euthydème et Dionysidore; car ceux-ci également n'admiffent qu'une vérité purement relative*. »

D'après cet exposé de Sextus l'Empirique, conforme à ceux de Platon et cTAristote, toutes choses sont en elles-mêmes également vraies ; ce qui, du reste, équivaut à dire que tout est également faux. D'où il suit que la philosophie est J'aVt de soutenir le pour et le contre, sur chaque question, par des arguments captieux. On a remarqué dans les temps modernes un rapport de resseniblance entre l'esprit subtil et sceptique de Protagoras, et ceux de Hume et

de Bayle.

Du reste, Protagoras ayant mis en problème l'existence d un être suprême, il fut chassé d'Athènes, et ses^écrits furent condamnés aux Qanmies.

Gorgias, de Léontium en Sicile (417 ans avant Jésus-Christ), était disciple d'Empédocle; Aristote l'associe à Xénophane et à Zenon. Il obtint la même célébrité que Protagorasy et parvint au mèinè scepticisme, quoiqu'il fût parti d'un principe exposé : le premier avait subordonné lascience au témoignage d^s sens, le second Idor

*ix, §50.

• « Acad. quœst.^ iv, 46. » Eusëbr, Prœp. Evang., XlV, 10.

4 Jdv. Logic, ,\ll, S 60.

nB PHIIX>SOnHB CHR]BTIB1YN£. Hg

nfosa toute ^utixrkë. D après Sextus l'Empirique, Gorgias, dans le livre intitulé: De ce qui n*é^tpasy ou de la Nature, énonce successiveraentitroispropositions principales : la première, que rien n'existe ; ]» seconde, que, lors même qu'il existerait quelque chose, cette chose ne pourrait être connue par Thomme; la troisième, que, lors niânequ'uR homme pourrait la connaître, il ne pourrait lexpHquer et la faire connaître aux autres* Il établit ensuite par les subtilités de la dialectique chacune de ces proportions.

Selon ce sophiste, combattu Tivement par Platon, Fart oratoire a pour but de persuader indifféremment la vérité et Terreur; ce qui Êât dégénérer ce bel art en instrument d'erreur et de fourberie^ et les ressources de la rhétorique en parfaites supercheries^ selon le langt^e de Locke '• Gorgias obtint en effet, comme rhéteur, une grande célébrité, et traîna à sa suite les jeunes gens de la Grèce, éblouis par le charme de ses discours.

Prcidicus^ de lile de Céos, et disciple et Protagoras, brilla comme rhétetur, et amassa beaucoup d'argent en parcourant les villes pour y étaler son éloquence. On a beaucoup parlé de sa harangue à cinquante dragmes, parce qu'il fallait payer cette somme pour avoir le privilège de Tentendre. Il a été accusé d'athéisme, quoiquil sMCible n'avoir parlé que contre les fables de la mythologie. Les Athéniens^ cfaeoL qui il résidait comme ambassadeur de sa patrie, le condanuièrent k mort comme corrupteur de la jeunesse. Au rapport d'Eschine\ Prodicus ne voyait dans l'âme 'qu'un résultat de rca*gaiiisation physique.

Diagoras, dont la tête fut mise à prix à cause de ses opinions irréligieuses; Critias, qui faisait réftider l'âme dans- le sang, et les facultés de Tàme dans les sensations, qui fut athée et opprima sa patrie ; Hippias, qui déclarait l^joug des lois injuste et intolérable ; et généralement tous les sophistes enseignaient, au rapport de Gicéron \ que tout ce qui existe est l'effet du hasard, et qu'aucune providence ne préside au eourades'xrhoses humaines. Annés. de H dtialectique que Zenon leur avait fournie, ils^ épuisèrent tous les gem-es de subtilités, et firent de la plûk>sophie une sorte de tournoi ou les beaux esprits «venaient paradev aux dépen» de It raison etide la^ bourse des spectateurs.

«Onpeutappder l'enseignement: des sophistesuné sorte de scept tieisine indirecte Slls né proclanèrent point qu'il n'y a pas de vé-

* Essai phi fos€ipk*,p* ^it.

* Dialofcue intitulé Jxiockua»

» De JSat, Deor.f i, 23 et 24.

34o PEINCIPE8 .FOUDÀMSICTAUX

rites certaines, ils produisirent un effet semblable en prétendant que tout est également certain. S*ib n'avancèrent point qu'il nj a rien de réel, ils avancèrent du moins que nous manquons de moyens pour connaître la réalité* Ce n était point encore le découragement de la raison ; c'était, si Ton peut dire ainsi, son dérèglement ; et quelquefois la seconde de ces maladies intellectuelles est moins incurable que l'autre, comme il j a plus de remède à l'impétuosité des passions qu à l'excès de la faiblesse. On ne peut ressusciter les forces éteintes ; mais les égarements appellent et peuvent obtenir une salutaire réforme'. »

Cette réforme de l'esprit philosophique fut eu effet entreprise par Socrate, et quelque temps après par Âristote. Les deux écoles qu'ils fondèrent, quoique divisées et rivales entre elles, exercèrent néanmoins une grande influence ; elles mirent fin aux excès des sophistes, donnèrent une véritable dignité à la philosophie, et continrent le débordement du scepticisme, jusqu'à ce que celui-ci, à son tour, par une réaction presque inévitable, reparut sur la scène plus fort et plus développé qu'auparavant.

Pyrrhon (336 ans avant Jésus-Christ) ouvrit la troisième période du scepticisme, nouvelle campagne de l'esprit humain, dirigée contre le dogmatisme. C'est depuis lors que cette grande aberration philosophique a pris aussi le nom de pjrrr^onisme,

A la faveur des divisions qui régiiaient entre l'Académie et le Lycée, et des systèmes multipliés qui étaient sortis de l'école d'Italie, Pyrrhon put essayer avec succès de reproduire une opinion qui semblait exprimer la lassitude et le découragement où était tombée la raison. Il s'installa donc au milieu des ruines, et dit : Voilà mon domaine. La philosophie est assez convaincue de contradiction ; donc elle n'a pas, jusqu'à ce jour, le droit de rien affirmer.

Pyrrhon a été jugé bien diversement par les auteurs qui en ont parlé. Les uns le représentent connue un homme hébété par ses systèmes, qu'il s'efforçait de pratiquer dans tous les détails de la rie, en sorte. qu'au milieu d'une tempête il montrait la tranquillité d'un porc, comme l'exemple de l'impassibilité, qui doit caractériser le sage. Les autres en ont fait un homme vénérable^ modéré en tout, ^lein de respect pour. les lois, les mœurs et les usages de ses concitoyens, n'appliquant son système de critique qu'aux hypothèses philosophiques de son temps, pour mettre un terme aux excès du dogmatisme, et faire revivre la sage réserve de Socrate. * f Bisi, comparée^ t, {1} eb.8.

DB PHIL080PHXS CHRBTIBIINB. 34'

Quoi qu'il en soit de ces' deux manières de considérer le philosophe d'EUs, il est irrai de dire que son système a paru généralement avoir une latitude indéfinie, et saper les fondements de la raison humaine.

le fond de ce système, le code véritable du scepticisme^ se trouve exprimé dans les dix tropes ou motifs qui servent à faire suspendre l'assentiment de l'esprit. Que ces tropes soient dus à Pyrrhon luimême, ou à ses disciples, peu importe ; il nous suffit de savoir qu'on y trouve la formule de cette école. On y trouve aussi les raisonnements qui ont été reproduits à diverses époques pour renouveler l'hypothèse du doute universel.

Pour résumer en peu de mots cette exposition des Pyrrhoniens, disons d'abord que cette école admet comme une chose convenue que nos connaissances dérivent de l'expérience extérieure et sensible, de la sensation. En second lieu, ce principe posé, eUe soutient que nos sens ne peuvent nous transmettre que des apparences, et que nous n'en pouvons rien conclure par rapport aux objets eux-mêmes. Troisièmement, que l'entendement ne peut pas plus juger que les sens, par rapport à la vérité externe; car, pour qu'il jugeât avec certitude, il lui faudrait une marque, un critérium de la vérité. Or, ce critérium^ il faudrait qu'un autre nous en garantît la fidélité, et ainsi de suite, jusqu'à l'infini. En courant de garanties en garanties, la raison se perdrait dans un abîme. Enfin, si pour donner un appui à notre raison nous consultons la raison des autres, les traditions, les usages, les lois du genre humain, nous trouvons qu'il y a opposition de système à système, de loi à loi, d'usage à usage, de traditions à traditions. Dans ce choc de toutes les règles, quel guide suivre ^ comment faire un choix ?

Le sage doit donc s'abstenir de juger, parce que « à tout raisonnement est opposé un raisonnement d'un poids égal et d'une même force '. » Le sage admettra les apparences, il se conduira d'après les apparences; mais il ne prononcera pas sur la réalité. C'est ainsi qu'il pourra parvenir à la tranquillité inaltérable de Tâme.

Voilà le plus vaste système que la raison eût encore imaginé pour se détruire elle-même et parvenir à la tranquillité des brutes.

Parmi le grand nombre de disciples qui s'attachèrent au doute systématique de Pyrrhon, on remarque Timon de Phlius en Achaïe, philosophe, poète et médecin. Quelques fragments qui restent de lui appartiennent à des satires où il passe en revue et

' Sextus TEmpirique, Pyrrhon, hyp.<t Ut. i*

34^ «mnieim voMMmrriLtnL

frappe de ridicule les philosophes antërieun^ et préconi» lai fie heureuse du sage. Tandis cpie Pyrrhon brisait, par' son doute ^sjys* tématique, le ressort de rintelligence, Epicure, mettant le bonfaeur de rhomme dans la volupté, énervait le cœur: tous les deux- concouraient ainsi à rabrutissement de Thumanité.

«Le pyrrhonisme, considéré dans son ensemble, dit judie&eusement M. Dégérando, était en qudque sorte pour Vesprit ce que l'épicurisme était pour le cœur; sous le nom du calme, sous Vappa« rence du repos, il cachaient l'un et Tautre la mollesse, le relâchement de tous les ressorts de Ténergie intellectuelle et morale. L*un renonçait à la vérité, comme Tautre écartait les émotions. Pycrhon faisait du doute 1 epicurisme de la raison ; Epicure feisait de la volupté Tinaction de Tàme. Tous deus;, repoussant également les recherches spéculatives, bornaient k philosophie à une sorte de bon sens pratique; tous deux se laissaient aller aux impressions reçues, à lautorité des principes et à oeUe des devoirs, en abdiquant la noble puissance que Thomme est appelé à exercer sur lui-même. Ces deux choses sont étroitement liées : c'est sur la double autorité du vrai et du bon que se fonde Tindépendanee intellectuelle et morale de Ihomme; car c'est en elle qu'il puise cette énergie intérieure sans laquelle il n'est point d'indépendance véritable K » ' Ce que Socrate, Platon et Aristote avmeat bit contre Téi éléatique et lesT sophistes, Zénoa de Gittium, viUë dke Chypre, eft* tmprit de le faire contre les doctrines spéculatives et pratiques de Pyrrhon et d'Epieure. L'école. des Stoïciens fut à la fois dogmatique et rigide. Si nous mettons de coté l'exagération du principe moral proclamé par Zenon, XapcUhie du. sage, 'A feut convenir que sa doctrine pratique résume ce qu'il y a de plusmoble et de plus sublime dans l'antiquilé*. païenne.

Mais tandis que le philosophe de Gittium s'efforçait de reâftaiirer la raison et k morale, un tiavail intérieur de décomposition agitait l'Académie elle-même, fondée par. Platon. Du sein de cette éçok primitivenient dogmatique, le sceptictsme ne tarda pas à se pro«^ duire ^. C'est pourquoi Zenon eut à combattre les acadéraidens

• Biêi. cnmptrrée^ t. II, di. 14.

* Pour expliquer ce pliénomèDe, on a considéré la doctrine de Platon soaa deux rapports : 1° en taii^ qu'elle traite des objets sensi4>tes perçus par les organes ; 2* en tant q nielle expose la théorie des Htes^ dont nous avons parlé dans la seconde partie. Les pereeptiOQ<^ Beosibles ne paraissaient peint an plàlosopbe constituer un ordre de connaissances certaines : elles étaient simplement Tobjet de l'opinion, l.a certitude ne se trouvait que dans l'ordre des idées métapbysiques. Tel était le fondée cette doctrine éso/érique^ om.aiysté*

lUsÂbi^a que Inâ disciples cTEpicure. Polémique plélttedu plus haut intérêt, puisque, de part et d atitre, oti discute aVeC profondeur et peïséWirance des questions fo^damen^ales qui oht pour objet la réalité et k certitude des connaisiances humaines. Les Pyrrhoniens avaient dit qu'il faut suspendre son jugi^iftént, sans affirmer que la vérité est à jamais introuvable. La nouvelle Académie décl»a que tout est incompréhensible, et que par conséquent on ne peut rien Bavoir.

Ce nouv)E*au pas fait dans le scepticisme correspondait au principe contraire des Stoïciens, qui érigèrent en epiterium de la vérité \ apparition eaUdeptiquey ou la perception compréhensive ^ Ce fut ainsi que les académiciens prirent Yacaialepsie pour base de leur doute universel, et se nommèrent acataleptiques \

Arcésilas, de Pitaae en Eolide (870 ans avant Jésus -Christ), saccesseur de Crantor dans Técole platonique, fut le premier auteur de ce système, et fonda k seconde Académie. Ctéanthe fut son principal adversaire.

D après Sextus TEmpirique, le scepticisme d' Arcésilas n aurait été quapparent. « Il l'employait comme une sorte d'épreuve ponr essayer ses cUsciples^ il confiait ensuite sa doetrine, qui n'était aucre que ce le de Platon^ à ceux qu'il avait reeoainas cHgnes d'être admis à son intimité, et capables de saisir ce haut enseignement^.» Saint Augustin^ parut adcipter «c sentiment. Quoique Gicéron semble mnger Arcésilas pairiai les soeptiques^, il ajoute cepen-* dant que ce philosophe était revenu au véritable eiiseigaement de Platon, et q^ue la suspension du jugMnent n'^ai* à ses yenx qu «me prépatatian à la vérités

Quoi qu'il en soit, Arcésilas fut le plusredotttaUe adversaire du stoïcisme naissatit, et d après oe queSextus a conservé de son argu* mentation, on voit qu'elle se dirige contre la théorie de la perc^ tion, telle que Zéndn l'avait foi^mulée. Selon Gicéron, ce philosophe niait qu'on pût rien savoir, »pas même ce que Socrate disait être la seule science, qu'il ne suivait rien; il pensait que tout était enveloppé de telles ténèbres, qu'il n'était rien qu'on pût voir et com-

rieuse, réserf ée aux disciples lot plusr ciairyojiants. Oa conçoit donc qu'uiie fraction cuD;>idcrable de cette école, adoptant le principe *sensualiste> dut finir P4r le scepticisme.

' Du mot Krec xaTaXx{A6av(i>, saisir, prendre, comprendre.

* Formé de à privatif, et de xaTaXetpkêàvo. » Pyrrhon. hyp.^ liv. i.

* Conirtt acad., ni, 17-

* Acad, quœst,f iv. 21.

i44 PKtncitss mndambiitaux

prendre '. » Dans Fusage de la vie, il faisait consister la sagesse à se diriger d'après ce qui est probable.

Au reste, comme ^n principal raisonnement repose sur Timpossibilité de trouver le critérium du vrai, on peut dire que le système des acataleptiques se confond radicalement aveo le scepticisme pyrrhonien.

Tandis que Oirysippe succédait à Cléanthe dans la défense du stoïcisme, Carnéade succédait à Arcésilas dans Tattaque. Caméade, de Gyrène (212 ans avant Jésus-Christ), fonda la troisième Académie. Il s'attacha plutôt à faire la critique du système des Stoïciens, personnifié dans Ghrysippe, quà établir le doute umYerse). Quoique son langage se rapprochât de celui des Pyrrhoniens, il a paru, en général, plus modéré que les autres sceptiques. Certains auteurs, et particulièrement Numénius, cité par Eusèbe^, distinguent dans son enseignement deux parties. Tune négative, qui consistait à détruire par des arguments subtils ceux de ses adversaires ; Vautre positive, qui consistait à exposer au milieu des adeptes choisis de son école ses véritables doctrines.

Carnéade fondait son système sur ce que, d'une part, la perception sensible ne peut offrir le critérium de la vérité, et que^ de l'autre, la raison manque de matériaux, puisqu'elle ne peut les recevoir que des sens.

Du reste, la subtilité de l'argumentation, la facilité à combattre ou à soutenir toutes sortes de propositions, le charme de la dic^ tion et la fécondité de l'esprit, donnent à Carnéade une ressemblance complète avec les sophistes dont nous avons parlé. Envoyé à Rome pour plaider la cause des Athéniens à l'occasion du pillage d'Orope, il fit dire au sévère Çaton : « Renvoyez ce Grec; il semble que ]fis Athéniens, en le chargeant de leurs affaires, aient voulu triompher de leurs vainqueurs. »

Si Ton veut foire attention à la distinction de Y objectif ei du subjectifs mise en vogue par le criticisme allemand, on verra dans Arcésilas et Carnéade des précurseurs de l'idéalisme kantien. - Clitomaque de Carthage succéda à Carnéade ( 1 5o ans avant Jésus-Christ), et commenta la doctrine de son maître dans des livres qui ont disparu. Il» disait, au rapport de Cicéron^, qu'il n'est aucune vision qui puisse être perçue, mais qu'il en est beaucoup

' jlcad. qutest, i, 12.

• Prœp. Evang.y ix, 9.

' Acad, quœst.y l.

DE PHILOSOPHIE GHRETIEHNB. 345

qui peuvent être approuvées ^ car il serait contre nature qu il n'y eût rien de probable.

La troisième Académie fut fondée par Philon, et fut un commencement de retour vers les traditions platoniciennes dont on s'était trop écarté en critiquant le dogmatisme du Portique. D'après Sextus l'Empirique ', ce philosophe, en continuant à soutenir que les objets réels ne peuvent être connus par cette perception, compréhensive que les Stoïciens avaient érigée en criteriumy admit que, par leur propre nature, ils sont susceptibles d être connus. Il essaya de persuader que l'Académie n'avait fait que revenir à la sag'e réserve de Socrate, qui doutait pour affirmer plus à propos.

La quatrième Académie poassa jusqu'à ses dernières limites cette réaction de Tesprit philosophique. Antiochus d'Ascalon, disciple de Carnéade et maître de Cicéron, entreprit de mettre fin aux discordes qui avaient déchiré la philosophie sur le fondeifient des connaissances humaines, en voulant placer hors de controverse la "Certitude et la réalité de ces connaissances, en attaquant la théorie de la vraisemblance posée par Arcésidas et par Carnéade, et en donnant l'évidence pour sanction à la vérité réelle. . « La philosophie, disait-il, a deux objets principaux : le vrai et le bon. Celui-là ne peut prétendre au litre de sage, qui ne tend pas à ce double but, qui ignore quel est le point de départ et la route. Le sage doit donc s'appuyer sur des principes certains ^ » ^

Ainsi, sous la direction d' Antiochus, l'Académie revint se confondre avec les écoles d'Aristote et de Zenon sur les principes fondamentaux des connaissances humaines. « Chose singulière ! après tant de longues et savantes investigations, les philosophes revinrent, par des routes diverses, précisément aux deux principes qui avaient servi de point de départ à la raison humaine, indiqués par la seule inspiration du bon sens ^. »

Cependant Antiochus, en se rapprochant du Lycée et du Portique, n'avait pas concentré dans sa sphère d'attraction tous les disciples de la moyenne Académie. Ceux-ci, profitant de la liberté philosophique de choisir une opinion quelconque, suivirent le mouvement imprimé par Arcésilas et Carnéade. Le milieu entre le dogmatisme et \^ doute absolu, que ces deux philosophes avaient admis, convenait peu à la tendance logique des esprits : il fallait doDC remonter au principe de la certitude, ou se laisser glisser jus-

* Pyrrhon, hypot., I.

* Cicéron, Jcnd. qu(est,^iï, 9, 34.

* Hist. comparée^ t. III, ch. 16.

346 MnUGtPBd VOfllML«t»V¥Aint

qa*au fond da scepticisme, et renchërir encore, s-il était possible, sur le code pyrrhonien. C'est ce que firent iEnesîdètne, Agrippa, PhaTorin et Sextus TEmpirique, qui donnèrent au système du doute universel ses derniers développements, tandis que la raison tâchait de se reconstituer par l'accord des plus célèbres sectes.

iËnesidème de Cnossus, contemporain de Cieéron, naquit en Crète, vécut et enseigna à Alexandrie. Sextus l'Empirique prétend qu il s'était rattaché au système d'Heraclite. Ses écrits, dont quelques fragments ont été conservés dans Sextus, dans Diogène Laérce et dans la Bibliothèque de Photius^ nous le montrent comme un pyrrhonien parfiiit, refusant à la fois sa confiance air témoignage des sens et à l'autorité de la raison i. Sa discussion sur la causalité^ reproduite par le même auteur, est un tissu de subtilités absurdes, à f aide desquelles il s'efforce de prouver que la production des êtres, leurs modifications, leurs mouvenient8,sont impossibles, quand on les considère sous le rapport rationnel. Toutefois, des phénomènes sensibles, disait*il, le5 uns se 'montrent généralement à teoâ, d'autres seulement à quelques<»uns; les pirenners sont vrais, les autres sont faux : ce qui semble se ra€te<^her à k théo^rie du sen^ ' conamunmoxïcée par Heraclite. Il admettailïaussi les opinions de Ce philosophe relativement à la physique : ce qui «e concilie dlfficîie* mentavee le scepticisme absolu dontilfeisait profession»

^nesidème et Timon furent réfutés par un péripatétici^Q, Arid» taries de Messène, dont Alexandre d' Aphrodisée fut le disciple.

Agrippa fut l'auteur des- cinq nouveaux /later ou tropes ajoutes an code de Pyrrhon.'

•Phavorin, ou Favorin, d'Arles, dans les Gaules, vivait «ons rem*> pereur Adrien. Il écrivit sur Ibl vision eompréhensi^e^ sarX^propo* stUon académique^ et développa les dix tropes pyrrhoniens ^: une seule chose lui paraissait probable, c'est qu'on ne peut rien sa* voir avec certitude.

Sextus l'Empirique vivait au commencement du ni^ siècle. Ses ouvrages, qui sont le traité le plus complet du scepticisme, renferment un vaste inventaire de tmates les opinions phi(oaoptûque«, et une critique universelle des travaux de resprirhûnKiin, eonsidé^ réssousle rapport du principe de nos connaissances. Plusieurs -philosophes de îantiquité seraient inconnus, s'il ne nous avait conservé des fragments de leurs écrits.. 11 apprécie tout d'après le pMIt

* Sextus l'Empirique, Jdv. LogiC', il, 40.

* Diogène Laërce, ix, 87.

de ¥ite du scepticisine, auquel il n ajouta rien, mais qu*îl fit valoir autant qu'il le put. C est dans les hypotyposes pyrrhoniennes qu'il a méthodiquement exposé l'ensemble de ce système. Les sceptiques, dit-il, ne rejettent pas les phénomènes, mais ils nient la relation entxe la pensée et la réalité des objets.

Sous le titre commun ^^p&r^«^ mathematicoSy Sextus a écrit contre les géomètres, contre les arithméticiens, contre les astronomes, contre les logiciens, contre les physiciens, contre les moralistese Là, il rejette tout critérium de la vérité, et lorsqu'il parle de l'existence de Dieu, il ne se permet point de soumettre un tel sujet aux mvestigations philosophiques. Sa raison, étouffée sous le poids de son érudition, ne sait plus à quoi se rattacher, et elle s*enfonce, avecles débris du scepticisme antique, dans la nuit du tombeau.

L'écrit humain survécut â ces tentatives audacieuses de suieide que sous avons vues naître, se développer^ et parvenir à leur dei^nier terme. Affermie bientôtaprès par la prédication de lEvangile, la raison foula aux pieds ces ruines de l'antique philosophie, et se reposa de ses longs et pénibles labeurs dans la vérité qu'elle venait de recevoir du ciel. La philosophie véritable, h religion, remplaça les systèmes d'un jour, et fournit à l'intelligence de l'homme le plus n<^le de ses exercices. Cependant nous avons vu que les docteurs de l'Eglise n'ont pas négligé de rattacher à <ses hauts enseigne* ments ce qui, dans les écrits des philosophes, pouvait cadrer avec la doctrine de DEvangile. Cet exercice utile de l'érudition des Pères se prolongea, jusqu'à, ee que les formules logiques dominé* rent dans les écoles, tandis qu'au dehors l'enseignement populaire du sacerdoce répandait la vérité parmi les peuples.

Makrespritphilosophique devait ressusciter unjour en Occident, et tenter de reprendre une existence séparée de la religion. Dès le xi^ siècle, un certain mouvement se manifesta dans les esprits. La célèbre dispute des nominaux et des ràdistes avait plus de portée qu'on ne le crut à cette époque, et même depuis.^ Elle touchait aux fondements de la connaissance humaine, en ce qu'elle examinait la valeur philosophique des notions générales, que l'école reconnaissait tomme la clef de la science.

Au commencement du xvi* siècle, le principe philosophique de l'examen et du doute est appliqué aux dogmes de la reUgîon psff Luther. A l'aide de ce principe, le protestantisme rejette, l'im après l'autre, tous les dogmes chrétiens, marquant par les noms de différentes sectes les stations diverses qu'il feît dans ce gi-and tra* vail<}e destruction. D'un autre coté, la philosophie aj^liquée à

348 PEINCIPES FONDAMENTAUX

Tordre naturel, ou rationnel, renaît, pour se combiner avec le principe protestant, et marcher ensemble à un commun résultat. Bacon, Descartes, Leibnitz, célèbre triumvirat, ouvrent une carrière nouvelle qui sera parcourue pendant les xvii^ et xviii^ siècles, et qui finira, comme celle de la philosophie ancienne, par le scepticisme. Il n'entre pas dans mon plan de suivre dans ses détails la philosophie de ces deux derniers siècles, en Angleterre et en France. J^ parlerai seulement des plus célèbres sceptiques quelle a enfantés.

U. Sceptiqoes modernes.

Les écoles de l'antiquité ayant épuisé toutesles phases du cloute, comme nous l'avons vu, on ne doit pas s'attendre à trouver chez les modernes quelque système nouveau, ni quelque secte nouvelle de scepticisme. Il y eut d'abord des individus isolés qui tentèrent de jeter l'incertitude sur toutes choses; puis, lorsque le xvm* siècle parvint à son apogée, si la plupart de ceux qui se disaient philosophes se trouvèrent plus ou moins sceptiques, ce ne fut point leffct d'un système préconçu, ni d'un enseignement déterminé; mais ce fut le résultat de cette liberté d'esprit qui effleurait tous les systèmes, et de cette mollesse de cœur, qui, pour se livrer en paix à la morale d-Epicure, trouvait tout simple de se débarrasser de l'Evangile par la théorie de Pyrrhon.

Montaigne ou Montagne (iSSS-iSga) acquit une grande célébrité par ses Essais, parce qu'ils parurent à une époque où la langue française, encore peu formée, n'était pas riche en productions. Montaigne, Amyot, le cardinal Du Perron, saint François de Sales, Malherbe, Clément Marot, sont restés les types de la littérature du xvi® siècle en France. Les £j*aw ont été très- van tés et très-déprédés. On a eu raison départ etd'autre. Considérée comme œuvre littéraire,

cette production se recommande par la vivacité, la hardiesse, la naïveté, par des pensées souvent profondes, qui semblent échapper à l'auteur sans qu'il s'en doute, et par une imagination vagabonde qui entraine un grand nombre de lecteurs. Considérée quant au fond, elle n'a ni dignité, ni suite, ni principes fixes, ni rien de ce qui fait un livre véritablement philosophique. C'est une espèce de salmigondis où Montaigne a entassé pêle-mêle, sans aucun ordre, tout ce qui lui venait à l'esprit. Il effleure tous les sujets, hasarde le bon et le mauvais, le vrai et le faux, sans s'inquiéter des contradictions ni des inconséquences dont les Essais fourmillent. Son point de départ en spéculation était le scepticisme : sa morale pratique était

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celle d'Epicure. « Je suis, dit-il, tantôt sage, et tantôt libertin; tantôt vrai, tantôt menteur; chaste, impudique; puis libéral, procUgue, avare, et tout cela, selon que je me vire. »

Quelquefois cependant il se plaignait de cette situation pénible où le tenait son doute universel, et il regrettait la religion qu'une philosophie superficieUe lui avait fait perdre. « Quelle obligation n avons-nouç pas, disait-il, à la bénignité de notre souverain créateur, ppur avoir déniaisé notre croyance de ces vagabondes et arbitraires opinions, de lavoir logée sur 1 éternelle base de sa sainte parole ! tout est flottant entre les mains de Thomme, puis-je avoir le jugement si flexible? »

Le livre de Montaigne fut tellement à la mode dans les premiers temps, que le cardinal Du Perron l'appela le bréuiaire des honnêtes gens^ c'est-à-dire des gens du beau monde^ qui étudient peu, et vivent plus de la vie des sen^que de celle de l'esprit. Mais les auteurs du XVII* siècle, en l'appréciant avec une juste sévérité, lui ôtérent une grande partie du crédit dont il jouissait. Le célèbre Huet l'a défini le hrésfiaire des honnêtes /^ara^^r^i/j;^ et des ignorants studieux qui veulent s^enfariner de quelque connaissance du monde et de quelque teinture des lettres,

La philosophie du xviii* siècle ne pouvait manquer devoir dans Montaigne l'un de ses patriarches, et de le remettre en honneur. On en donna donc une foule d'éditions, avec préfaces, notices, commentaires, en un mof, arec tout le bagage obligé que les écrivains emploient pour grandir un autre écrivain dans l'esprit des lecteurs. En i8ia, V éloge de Montaigne^ par M. Yillemain, fut couronné à l'Institut, tandis qu'un autre éloge^ par M. Fabre, était aussi couronné par l'Académie française de Paris. Rien ne manque à Montaigne de l'attirail officiel qui fait les grands écrivains, sinon de partager les prix Monthyon avec M. Azaïs.

Les jugements portés sur cet auteur par Malebranche et Pascal me semblent donc avoir un intérêt de circonstance. C'est pourquoi je vais les reproduire. Ils serviront d'appendice aux éloges couronnés.. MM. Villemain et Fabre ne trouveront peut-être pas mauvais d'être mis sur la même ligne que ces deux jg^ands philosophes.

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