PEIH CXPSS FORDAlfSlfTl.UX
Tordre moral: je vois dans tous mes semblables les mêmes facultés que je possède; je les vois penser, sentir, raisonner, parler, agir comme moi; je les vois tous, dans les mêmes circonstances, être mus par les mêmes principes, déterminés par les mêmes motifs; et ces principes, ces motifs sont précisément les mêmes par lesquels je me détermine. La double expérience de ce que j'éprouve et de ce que je vois me montre, dans la conduite des hommes, comme dans la marche du monde, un cours constant et réglé. Je vois les principes qui, dans tous les temps, ont fait agir les hommes ou les en ont empêchés, continuer toujours de les pousser ou de les arrêter. Je les vois dans, les mêmes circonstances tenir constamment la même conduite. Ne suis-je pas en droit de conclure de là, qull existe des principes certains auxquels les hommes ont persévéramment égard, qui les déterminent infailliblement, et qui forment, relativement à leur conduite, un ordre moral tel que l'ordre physique qui meut les différents corps ? Je suis comme induit a admettre cet ordre physique^ parce que les philosophes, d'après Texpérience de la marche des* corps, ont tracé leur cours, et ont indiqué les règles d'après lesquelles ils se meuvent. Je suis de même engagea reconnaître un ordre moral, parce que d'autres philosophes, d après une expérience également constante sur les actions hiunaines, ont remonté à leurs principes, et ont montré que le désir du bonheur et la crainte du malheur étaient les mobiles universels de notre conduite, et nous portaient continuellement à ce qui peut nous procurer l'un et nous faire éviter l'autre.
IX. Sur cette similitude entre l'ordre physique et moral, je dois faire une observation : l'ordre moral est sujet à plus d'exceptions que l'ordre physique. Ce n'est pas que ses principes ne soient également vrais, également certains; mais c'est qu'ils agissent sur des êtres Ubres, au lieu que les causes physiques exercent leur action sur des êtres purement passifs. Il se trouve quelques esprits absolument dérangés, qui agissent au rebours des principes généraux ; on en rencontre de bizarres qui voient ces principes ou raisonnent d'après eux autrement que le commun des hommes ; mais ces exceptions «sont extrêmement rares : elles le sont au point, que sur la masse du genre humain on doit les compter pour rien. Tout ce qu'on peut en conclure, c'est que parmi les hommes il y a quelques individus qui ne font pas partie de l'ordre moral, et sur lesquels on ne peut pas raisonner comme sur les autres. Tout ce qu'on peut en conclure, c'est que, quand il s'agira d'un homme seul, et surtout d'un homme que je ne connaîtrai pas, je ne pourrai pas prononcer
DS PHILOSOPHIE GHESTIBNNB. ogy
affirmativement qu'il agira comme tous les autre&; mais quand on me présentera un nombre d'hommes considérable, ou même un petit nombre d'hommes que je saurai être pourvus du sens commun et ordinaire, je pourrai avec confiance juger quils sont dirigés par les mêmes motifs qui conduisent Tuniversalité des hommes.
X. Ici, je dois prévenir ime objection qui se présente naturellement à Tesprit, et dont la solutiop éclaircira encore la matière. « S'il existe un ordre moral qui dirige aussi infailliblement les-es- » prits que Tordre physique dirige les corps, en sorte que Von doive ^ » être aussi certain de l'un que de l'autre, comment se fait-il que des ^ hommes placés dans les mêmes circonstances, ayant les mêmes mo- » tifs pour se déterminer, pensent, parlent, agissent cependant diver- » sèment ? Cette variété, cette opposition de sentiments et de con- » duite entre des personnes qui sont dans la même position, ne » prouve-t-elle pas que l'ordre moral ne règle pas la marche des » esprits uniformément; que par conséquent on ne peut sur cet » ordre former aucun jugement certain ? »
XI. Je ne prétends pas que l'ordre moral dirige les esprits dans toutes les occasions infailliblement, comme i'ordre physique dirige les corps; mais je dis qu'il y a des cas où il influe sur eux avec la
. même infaillibilité, et c'est dans ces cas seulement qu'il opère une
vraie certitude, égale à la certitude qui résulte de Tordre physique.
' Le. principe de Tordre moral est le désir du bien et la crainte du
mal. Ce principe émeut aussi certainement tout homme jouissant
. de sa raison, que les lois du mouvement meuvent les corps : il est impossible que Thomme ne veuille pas son bien, ou veuille son mal. Mais il y a des biens et des maux de différents genres; il y en a de Tordre spirituel et de Tordre temporel. De cette dernière sorte il y en a de relatifs à Thonneur, à la fortune, au bien-être. Il y a des biens et des maux prochains : il y en a de plus ou moins probables. Ainsi le désir d'un tel bien, ou la crainte d'un tel mal, peuvent se trouver en opposition avec un désir ou une crainte contraire. Dans cette conjecture, qui est très-commune, Thomme se détermine à ce
. qu'il considère actuellement comme le meilleur pour lui, selon sa manière de penser et de sentir; et comme il est libre de penser et de sentir, sur ces objets, ainsi qu'il veut, le principe général de Tamour du bonheur .et de la crainte du malheur ne le pousse pas infailliblement d'un côté plutôt que de l'autre. N'ayant pas la certitude de ses opinions et de ses inclinations, qui sont même souvent variables, je ne peux pas juger avec assurance de ce qu'il fera dans cette occurrence ; je ne puis que conjecturer avec plus ou moins de
,i§l8 wBxmcms foniMiVBirrAiix
•probabilité, selon la connaissance que j'ai, d'mie part, de son espât et de Mm caractièpe; de Tautre, du degré de bien ou de mal qui dèSt 1 vésttlier pour lui de la chose.
Mais il est un autre cas où je pourrai porter mon jugement aTéc certitude; c'est • lorsque le bien ou le mal, résidtant évidemment -de la chose, ne pourra être balancé par l'espoir d'aucun autre .bien ou par la crainte d'aucun autre mal. Alors, l'homme n-ajant -point -à se décider cmtpe deux bonheurs ou malheurs, je serai moralement assuré, d'après le principe général, qu'il usera de «a Kberté pour se déterminer à ce que je sais avec certitude Atreson bien, «m contre ce que je sais de même être son mA. Se suis aussi. moralement certain que tout homme, sain d'e^rît 'M^eoorps, ayant de la nourriture, mangera, que je suis physique* ^mem^oertain que tout homme qui ne mangera pas mourra defoim. j^Je suis aussi moralement certain que des hommes ayant de la^vai- <»son'ninHitpa» volontaiienient se jeter dans un feu ardent, que je suis physiquement certain que ceux qui.y tomberont seront condamnés*-Cette difficulté prouve donc seulement, et j^en conviens, ^quil'y a beaucoup'd'occasio'nsoà Tordre moral n'a pas une action '•aussi infaillible que l'ordre physique^ mais il n'est pas moins vrai 'qu'il y en ad'autres^oùaonaction est aussi indubitable, et ou elle
* opère, par conséquent^ une égatecertitude.
XII. ^Ge» ordre BKvral qui existe pour les esprits, comme Fordre physique pour les corps, est le' fondement de la certitude morale. - Lemotif k'plus ordinàiredecettecerlitude, celui dont il s'agit s^- '<;ialement*dans la- matière actuèlle,eslf le témoignage des hommes. >Nous y croyons' d'après la persuasion où' nous sommes que >ceax ..quile rendent ne nous trompent pas; persuasion qui peut être plvis ou moins forte. ^He dépend du degré d'autorité du témoignage,' et
• cette ^Hitoritéelle'^niéme dépend, du nombre des témoins, de-Jettr 'qualité et des eirconstances dont est retêtue leur assertion. Selon^a réunion plus ou moins grande de ces conditions, le témoignage donne une probabilité plus ou moins forte; tout le monde en convient : mais leur réunion totale peut-elle opérer une véritable certitude, une exclusion absolue de tout doute ?%n un mot, pouvons-
■ nous devenir certains de ce que rapportent des témoins, comme nous le sommes de ce que rapportent nos propres sens? Voilà ce que nient nos adversaires, et ce que nous avons à examiner.
Mais avant d'entamer cette question, il est bon de l'éclaircir en- <?ore par quelques réflexions.
XIII. La certitude métaphysique a sur les deux autres un avan-
'tage.'H ne répugne pas en aoi que Tordre physique ou Tordre ni«ral soit interverti. Jeeotiçois que Dieu fasse des exceptions aux lois qii^il a dictées soit aurmonide physique, soit au' monde moral; »ais il répugneabsolnment.que Fessence des -choses soit changée. Dieu peut bien changer les choses elles-mêmes ; c'est un changement de l'ordre physique : mais 41 ne peut pas, laissant les choses telles qu'elles ^sont, leur donner une autre- essencae, parée qu'il ne peut pas faire 'qu'une éïiùse soit et ne soit pas, qu'elle reste ee qireHe est,' et qu'^elle cesse d'être «ee'qu elle est. Il peut, par sa piÛ8>sasice, 'feire d'un triangle un carré; il ne peut pas fiaire que restant triangle,'Tl cesse d'avoir trois côtés et trois 'triangles. A- cet égard, Ofnrpeot doncâÎDe que la cerdttide métaphysique est ^lus^' forte que les deux autres. Il 'ne 'fout cependant pas croire qu'elle produke dans nous une plus grande assurance. Je suis aussi certain de Fexistence du mangle que j'ar sous les yeux, qocje acds assuré que ses ^trbisr angles sont egattxà deux droits ': c'est *que4a 'cetiitude estie degré depersuasion où il n'y a plus aucun reste de 'doUteiQue «e degré soit produit par des- raisons métaphysiques, par ^des- causes ^physiques, parades principes -moraux^ dès que j'y •sun-arrivé^ la eertitu^le ne peut pas être plus grande ; de quelque part quelle vienne, de quelque ordre qu'elle soit, elle est toujours^égale^dès qu'elle «et réelle : c estle genre de certitude ^qur'estdifféretit^ etnini4e degté. XrV. On demande qu'est-ce qui constitue la certitude morale. Je réponds qu'il y a deux caractères auxquels on peut'^la reconnaîtrCi et être assuré de. lapocséder. Le -preraier^est^uand la force du témoignage est telle, qu'elle exclut tout doute raisonnable; le second, 'quand on ne pentiiier la relation du témoignage* aans ébianleretous les'principes deTordre moral, et sans- scvoir obligé'd<admenre das choses manifestement impossibles: Sur cela, j'observe i^ que 'eas deur moyens de constate^la c^tituderaorale se^supposefitréciproquement. Si je ne puis mer le 'fait sans -«(branler rordre^moral^ et sans -me jeter Idans deshypothèses^impossiblos, je^ne puis avoir aucun doute du fait ; etrespectivement^ si le^fail'estporté pai> les témoignages au point de persuasion qui exclut tout doute, en voulant le contester je combattrais les principes moraux. J'observe à? qu'il en est, à cet égard, dé la certitude motalcy comme de la certitude phpique. Celle-ci existe de même, quand le rapport des sens est tel, qu'il ne permet pas le doute, et quand nier ce qu'ils rapportent serait porter atteinte aux lois physiques. J'observe 3® que je parle seulement du doute raisonnable. Il est possible qu'on se trompe sur le poids du témoignage comme sur le rapport des sens,
et que Ton croie avoir une certitude, soit physique, soit morale, que réellement on n a pas. Un faux raisonnement sur Tun ou sur l'autre principe ne détruit pas leur autorité. Il n'est pas vrai qu*il n y ait point de certitude, parce qu'on a pu quelquefois se méprendre sur la certitude.
XV. L'état contraire à celui de certitude s'appelle pyrrhonisme. Comme il n'y pas d'extravagance dont l'esprit humain ne se soit avbé sous le manteau de la philosophie, il y a eu une secte de Pyrrhoniens qui se prétendaient philosophes. Le principe de leur doctrine était le doute universel. Le ridicule de cette opinion la fait absolument tomj^er. Les ennemis du christianisme, sentant qu'un pareil système décréditerait entièrement leur parti, se gardent d'une assertion aussi outrée : ils exaltent au contraire beaucoup h certitude métaphysique : ils n'osent pas non plus attaquer la certitude physique; ils révolteraient trop fortement tous les hommes, savants ou ignorants, en leur contestant la réalité de ce qu'ils voient, de ce qu'ib entendent, de ce qu'ils palpent. Si quelques incrédules ont donné dans cet excès d'absurdité, ils sont abandonnés par tous les autres, et ne méritent pas qu'on leur réponde ; mais comme les preuves de la religion chrétienne sont de l'ordre moral, c'est sur ce geure][de certitude que les déistes se rabattent; c^est contre elle qu'ils dressent toutes leurs batteries.
Article U. — Existence de la certitude morale*
§ I« •— Preutfei de Vesisienct de la certitude morale»
XVI. Une première raison de croire à la certitude morale, cest qu'elle nous est absolument nécessaire pour nous diriger dans cette vie. En réfléchissant sur la conduite de la Providence à mon égard, je vois qu'elle m'a donné deux genres de certitude appropries à mes besoins : la certitude métaphysique, pour me faire connaître les vérités intellectuelles; et la certitude physique, pour me donner la connaissance des objets qui tombent sous mes sens. Mais il y ^ une infinité de choses qu'il m'est essentiel de savoir avec certitude, et dont je ne puis avoir une pleine assurance, ni par des raisonnements abstraits, parce qu'elles ne sont pas essentielles ; ni par mes sens, parce qu elles sont hors dé leur portée. Je ne puis exister à la fois en divers temps et en divers lieux. Il y a cependant une multitude de choses que je suis intéressé à savoir certainement, et qui se sont passées dans des temps et dans des lieux éloignes. Ces sortes de choses sont même en plus grand nombre^ et ilmes»
au moins aussi nécessaire Jie fies coooaîixe, que ceUes qui soiitià3a portée de mon raisonnemeni et. de mes fittos. Puîs^peasev qne le bien&isant autçur d£ mon être. ait laissé «on ouvrage, inparfiitty et qu*;iprès asroir pourvu avec tantde soin c6t4 abondance à tous mes autres Jbesoins, il ait négligé. un des' plus essentiels? X<es .ennemis de la certitude morsJe «ont ohlîgés.dWiiiettffe cette sorte iie blasphème contre JaProviden!Se,.qu*elle n'a^ToUlu pourvoir qu'imparfaitement ^ux besoins de sa créature, et qu'elle a roula la t^air dans le douta, dans l'ignorance et dans l'erreur, sur une grande partie des choses qu'il lui est lerplus nécessaire de savoir. Mais «a reconnaissant l'existence de la certitude morale et l'autorité du témoignage des hommes, cette contradiction dans la Providence disparaît : ce que je ne peux savoir par ma raison et par mes sens, je l'apprends des autres hommes qui le savent; et je l'apprends avec certitude, quand leur témoignage réunit les qualités qui l'opèrent.
XYII. Passons maintenant de ce que nous jugeons avec fondement que la Providence a dû établir, à ce qu'elle a réeliemnoit établi, et de ce qui doit être à ce qui est véritablement. En jetant les yeux sur le monde, je vois la société entière réglée par la certitude morale.
C'est la certitude morale qui dicte les lois : les législateurs les rédigent d'après la connaissance des inclinatidns, des passions, des intérêts, des vices, des vertus des hommes, et des moyens les plus propres à les porter au bien et à les éloigner du mal.
C'est la certitude morale qui pronomie les arrêts : le juge n'est pas témoin des faits qui lui sont iléférés; il faut donc que les sens d'autrui .servent de supplément aux siens, et que le témoigMige remplace sa connaissance et la lui donne.
C'est sur la certitude morale que reposent les droits cmls : ils sont établis dans des actes rédigés .d!apnès les témoignages, eft dont l'authenticité n'est constante que par des témoignages.
C'est la certitude morale qui est la batse du eoaunerce : c'est^la connaissance des intérêts divers par lesjpielsdes'honmies sonteeadiiit% .qui dirige les ^opérations du négociant.
dest la certitude morale qui iagt fleurir les sciences : il y >eii<a' plusieurs qui portent entièrement sur ce fondement; et même, dans ceUes qui portent sur la certitude, soit métaphysique, soit pl^siqo^ quel est l'homme assez instruit ,pour n'avoir pas besoin de s'aider sdes «connaissances d'autrui? quel est le savant qui ait fait toxiSvks raisonnements ou lottes les ^expériences? Le monde >sec. c. * 26
4oa PRIirCIFBS FOUDAMBirTAITX
rait à la plus profonde ignorance, si chacun ne sayait que ce<{u'il a appris de sa propre raison et de ses sens.
Enfin, c'est la certitude morale qui dirige toutes les actions de la Tie privée ; c'est la connaissance des esprits et des caractères, acquise souvent par des relations d'autrui, qui unit et rapproche les hommes^ forme et dissout les sociétés. Et l'incrédule lui-même, n'est-ce pas par la certitude morale qu'il règle toute sa conduite? Quelle est donc son inconséquence, de rejeter dans la spéculadon ce qu'il est forcé de suivre dans la pratique, de raisonner d'une manière et d'agir de l'autre, de démentir à chaque moment ses principes par sa vie ?
Qu'il voie donc enfin qu'en détruisant la certitude morale il fait écrouler du même coup tous les fondements de la société humaine. Pourra-t-il, sans frémir, envisager cette teiTible mais inévitable conséquence de son système, qu'il n'y a plus entre les hommes aucun rapport certain ; que toutes les relations sociales, livrées à l'incertitude, n'ont plus de règle fixe; que toute la vie humaine reiste sans principe assuré, et la conduite sans motif déterminant ?
XVIII. Je demande à tous les hommes, aux déistes eux-mêmes, s'ils veulent être de bonne foi : N'y a-t-il pas de certains faits dont ils sont séparés par un grand intervalle de temps ou de lieux, dont ils sont cependant aussi certains, et sur lesquels ils ont aussi peu de doute que s'ils en avaient été témoins eux-mêmes? Par exemple, ne sont-ils pas aussi assurés qu'ils puissent l'être, de l'existence des villes de Rome, de Londres, de Pékin, quoiqu'ils n'y aient jamais été? Ne sont-ils pas pleinement certains de l'existence d'Alexandre, de César, de Scipion? La certitude qu'ils en ont n'est que de l'ordre moral ; mais elle équivaut à toute certitude physique qu'ils auraient pu avoir en allant dans ces villes, ou en voyant ces héros. Entrons à ce sujet dans quelques détails : voyons d'abord ce qui motive cette certitude et la rend égale à toute autre, et ensuite quelles sont les qualités que doit avoir le témoignage pour opérer une certitude de ce genre.
XIX. Un fait physique est de nature à être observé par tous les hommes. Les choses que j'aurais vues, ouïes, palpées, si j'avais été sur les lieux, l'ont été par tous les hommes qui étaient présents ; ils en ont acquis la certitude que j'en aurais eue. Cette certitude est en eux de l'ordre physique, puisque c'est par leurs sens qu'elle leur est venue; mais ils peuvent, par leur relation,* me la transmettre telle qu'elle est dans eux : elle né s'affaiblit pas en venant d'eux a
DIS IPHII.080PHIB CHAiTIENlVS» 4^3
moi : elle ne perd pas de son poids, en passant de Tordre physique à Tordre moral.
La certitude physique et la certitude morale supposent deux cho» ses : un rapport fait, et un jugement porté sur ce rapport. Les sens sont dans l'une ce que les témoins sont dans Tautre ; et les témoins font dans celle-ci la fonction que les sens faisaient dans celle-là. Mais d'une part et d'une autre, ce ne sont que des témoignages, et des témoignages sujets à erreur, et la raison doit prononcer sur leur véracité. Les sens peuvent être mal disposés ; des hommes peuvent se tromper ou vouloir tromper. Il faut donc joindre, soit à Tun, soit à Tautre témoignage, une opération de Tesprit, un juge» ment qui assure qu'il est véritable. La question se réduit donc à savoir si je puis former un raisonnement aussi juste, aussi certainement concluant sur le rapport des autres hommes, que sur celui <le mes sens.
La certitude d'un raisonnement dépend de deux autres, de celle des principes et de celle de la conséquence. Assuré de la vérité de mes principes et de Texaotitude de ma conséquence, je suis certain de ma conclusion. Or, le raisonnement de Tordre moral peut porter sur des principes aussi certains, et offrir une conséquence aussi exacte que le raisonnement de Tordre physique.
D'abord, cette vérité est évidente relativement à la conséquence. Il serait absurde de prétendre que des principes moraux on ne peut pas tirer des conséquences avec autant d'exactitude que des principes physiques, et même des axiomes mathématiques. La justesse du raisonnement ne dépend pas de celle du principe : on peut raisonner très-faussement d'après un principe vrai^ et très-justement d'après un principe faux.
Éînsuite, Tordre moral peut me présenter des principes aussi certains que Tordre physique. La certitude physique a pour base ce principe. : Il est impossible que tous mes sens, i éunis et bien /disposés^ s'accordent pour me tromper. La certitude morale est fondée en grande partie sur ce principe : Il est impossible qu'une nombreuse multitude d'hommes, qui ne sont ni des fourbes, ni des Ibus, s'accordent pour.me tromper sur un fait qu'ils ont tous vu« Je dis, et je ne crois pas qu'aucun homme de bonne foi me le conteste, que cette seconde-proportion est aussi certaine, et ne laisse pas plus de doute que la première. Les deux impossibilités sont de genre différent, mais elles sont égales entre elles. L'accord de cette multitude pour me tromper est aussi moralement impossible, que Taccord de .tous mes sens pour m'induire en erreur est iâipossible
4o4 99a»awMê vwmmMmàéox
phjsiquâmeiit. Un exemple vendis celte rimé plus MmUe : ^ suis assuré que Louis XV a existé, parce que je Tai vu et mtesdu; mais je mm également cerlaiu de rexistence de homa SIV, raort loqgtemps.avant ma Daittanca, parce que beaueoup de pcnoDMs dignes de ici me Tout attestée ; j*ai et Je dtns avoir^une confiaime aussi grande daos le rapport de ces personnes^au^sûj^de Louis XIV, que dans celui de mes sens relativement à Ijouis XV ; ^ ma certitude morale sur lun de ces;pnuces est égûle à:ma certitude physique sur Texistence de Fautre, puisque je ne puis pas avoir plus de doute sur le premier que sur le second.
Puisque je puis avoir des principes moraux certains, comme le sont les principes -physiques, et que de ces principes je puis tirer des conséquences aussi justes, je puis donc être aussi assuré des résultats de Vordre moral, que de ceux de Tordre physique: il existe donc véritablement une certitude morale, de même quil existe une certitude physique.
X^. Cest à Içi certitude physique que je oompare la certitude morale, et non pas à la certitude métaphysique. J'en ai déjà donné une raison; c'est que celle-ci nest pas susceptible des exceptions que peuvent souffrir les deux autres. J'en .ajouterai une seconde : un grand nombre.de démonstrations qui opèrent. la oertttude metaphysiquC) nous montrent nofi-aeulement que les choses sont, mais encore les raison^.pour lesquelles elles sont; c'est ce qu'on appelle, dans l'école, des «^monstrations à priori^ ckas lesquelles on 6ât connaître bs choses par leurs causes. Les preunres de l'ordre pl^ique ou moral ne sotit pas d un genre aussi scientifique ; elles ne remontent pjis ftux causes.) elles ne nous montrent pas pourquoi les choses sont, elles nous font voir seulement qu'elles sont : mais sur pe point, sur la simple exialenoe des choses, elles sont aussi tianchantes que les autres, elles forcent Tassentimenti et sasisfoDt aussi pleinement i'espcit, que peuvent le faire toutes les détnonsirstioiK ft priorL il ne reste pas plus de doute après ^les un» qu'après les autres.
XX.I. Pour édbil^û: et fiartifier enooro jct^ que je inens déposer, je y m exomioar les caractères que doit avoir «m feéaMîgoagetpoar ppérer une'véntaUe Ger4>^tiid«*'0!B|ieut;lesTappMterà4«nX'^didS) jsavoir: que si9rl^iî)itsfU'ils;yii^oi«enf,]es:tmoinsne«CiîeB^ trompés, ni trompeiln». SL je {>ui8 iltae.a6siàré'de'Oe8deux ebosi^* je serai CArtain^ du^^ : «ia^oeiUliide SBorsde onepose siimette^di^ri'fa' .assurance.^Si, aUfCopOsami^ ïkmm n9ste>quelquetdaaie{s«r lîutt'ou /ur l'autre article, j€^ ifcfti:{iki de oenitode:ile £ût devient ^biiiei»?
DE FHItiO90JPBlS CHMKEIEaFNE. 4^^
dès que, de bonne ou mauvaise foi, celui qui l'atteste peut pré* senter rerreur. Nbus avons des. moyens de connutre positivement si des témoins ont été induits en erreur ou cherchent à noiis y induire.
Sn premier lieu, je juge avec assurance qu-un homme n a pas pu être trompé sur un fait^ quand son témoignage réunit deux conditions : la première, qu'il ait été à portée de bien connaître le fait; la seconde, qu'il soit capable d'en juger sainement: c'est .la connaissance de ses facultés corporelles et intellectuelles qui me détermine. J'hésiterai à croire un homme qui a la vue basse, sur un fait passé à une certaine distance de lui ; mais je le croirai autant qu'un autre, si le fait a eu lieu absolument $ous ses yeux, tellement qu'il ait pu le bien voir. Le témoignage d'un imbécile, d'un homme sottement crédule, me sera justement suspect ; mais j'observe que, pour juger d'un fait, et surtout d'un fait simple et palpable, pour s'assurer qu'il n'y ait pas de méprise, on n'a pas besoin de talents : le simple bon sens, le sens Je plus commun, est le degré d'intelligence nécessaire et suffisant pour s'assurer de la réalité de. sem* blables faits; et son jugement, à cet égard, est aussi certain que celui du plus profond génie.
£n second lieu, la certitude qu'un témoin n'a. pas voulu tromper est appuyée sur ses qualités morales, sur la nature de son témoin gnage, et sur les circonstances qui l'accompagnent. La probité re* connue de ce témoin ne peut pas à elle s^ule fonder une certitude ^ elle ne formé qu'une probabilité, parice qu'il est imposable d'en être absolument assuré : il se peut que ce soit un hypocrite^ ou que sa vertu se démente dans une occasion. Mais si, à ce que je con» nais de sorï caractère moral, il se joint qu'il n'a aucun intérêt à ce qu'il dépose, qu'il dépose même contre son intérêt, et que son téf moignagé l'expose à des dangers, je juge avec un bien plus grand fondement encore en faveur de sa véracité; si, de plus, sa relation n esÊ pas vague, mais circonstanciée ; s'il la soutient constamment; si, pouvant être vérifiée, elle n'est pas. contredite ;. si c^ux mêmes qui auraient intérêt à' la contester en conviennent ; trouvant toutes ces etcconstaneesréunies, je prononce avec certitude que cet homme n'a pas voulu me tromper.:
Je viens de faire dès hypothèses sur les moyens de connaître «rec certitude que les témoins- d'un &it n'ont été ni trouves ni trompeurs. Mais, dans la prati^e, ces su[]^oflitiona peuvéntï-elles se véaKwr ? Pouvonff«nous trouver dans des témoignages humains uaeaiéunian de ces oonditiens aflsei^cQm{dète pimr opérer une vcaîe
4o6 MIKCtfrËft ^OUDAItËltTÀint
certitude ? Oui) sans doute^ et je dis qu'elle se trouve dans delil cas: le premier, quand c'est une nombreuse multitude qui atteste un fait dont elle a été témoin; le second, lors même que ce n est pas une multitude d'hommes qui atteste le fait, mais que la qualité du témoignage supplée au grand nombre de témoins.
XXII. D'abord, le très-grand nombre des témoins forme une preuve qu'ils n'ont pu ni être induits en erreur, ni rechercher à y induire.
1° Je suis assuré qu'ils n'ont pas pu être tous trompés sur le rapport de leurs sens. Il est moralement impossible qu'une troupe nombreuse d'hommes, qu'on n'a pas choisis exprès, soit composée entièrement de personnes dont les sens soient mal organisés, ou qui soient dénuées de la plus faible dose d'intelligence nécessaire, pour juger de la réalité d'un fait qu'elles ont sous les yeux. Ces sortes d'iiommes sont partout en si petit nombre, qu'on doit les regarder comme des exceptions, et qu'on peut les compter absolument pour rien. Il est absurde de supposer que la multitude, dont les sens et l'esprit sont sains, au lieu de rectifier l'erreur où ce peu d'hommes mal organisés de corps ou d'esprit seraient tombés, soient au contraire entraînés par eux, et se laissent persuader, par eux, qu'ils ont vu^ entendu, touché des choses qui n'existaient pas, et que ce soit le très-petit nombre qui ait fait la loi, et imprimé la persuasion au très-grand, les imbéciles aux gens sensés, les hommes privés de leurs sens à ceux qui en jouissent.
7^ Je suis assuré pareillement qu'une multitude d'hommes, surtout si on n'a pas été les choisir exprès, n'a pas pu chercher uDanimement à me tromper. Pour le prétendre, il faut soutenir de deux choses l'une : ou qu'ils se sont concertés pour faire ce faux rapport, ou que, sans se concerter, ils se trouvent unanimes dans leur fausseté. Une conspiration pour tromper le public, formée par une nombreuse multitude , est une chose impraticable, et présente plusieurs impossibilités. Impossibilité que dans un si grand nombre d*hommes, il ne s'en trouvé pas qui soient honnêtes, et que l'idée du mensonge révolte ; impossibilité que tant d'hommes s accordent ensemble pour un pareil plan ; impossibilité qu'entre eux tout le complot soit tramé avec secret ; impossibilité que ce secret ne soit pas, par la suite, éventé; impossibilité que cette troupe nombreuse, répandant le fait en divers lieux, s'accorde conslaroment, soit sur le fond, soit sur les circonstances. L'uniformité absolue d^un grand nombre de fausses relations sans concert, serait plus absurde encore ; ce serait un effet sans cause : on n'en connaît
DB PHILOSOPHIE GHRBTIBNNE. 4<>7
point dans la nature. Ce qui engage les hommes à mentir,est quelque passion ou intérêt ; mais les passions ou les intérêts variant à Tinfini, les mensonges ne peuvent pas être uniformes. Chaque menteur a son but particulier, etV erreur qu'il présente est toujours relative aux vues personnelles qui le font agir. Quand, malgré la prodigieuse variété des passions qui agitent les hommes, d'intérêts qui les divisent, je vois un nombre considérable d'individus former un même témoignage, j'en conclus avec certitude : i° qu'ils ont un point de réunion commun ; ii^ que ce point de réunion est la vérité. La raison en est évidente, c'est qu'il n'y a que la vérité qui soit une ; et elle l'est de sa nature, parce qu'elle n'a qu'un seul principe. Au contraire, les erreurs sont nécessairement multipIiéeS| parce qu'elles ont une multitude de causes ^ Ainsi, en supposant dans tous ceux qui composent une troupe nombreuse, des projets de mentir, il ne pourra pas en éclore un seul et même mensonge.
XXIII. Voici donc une première vérité constante : lorsque c'est par une multitude nombreuse qu'un fait est rapporté, on en a une certitude morale, à raison de la double impossibilité que cette multitude entière soit trompée ou veuille tromper sur ce point. Mais il est possible aussi d'acquérir la même certitude, lors même qu'on n'a pas une quantité aussi considérable de témoins : la connaissance que l'on a, soit des témoins, soit du témoignage, peut donner une égale assurance du fait attesté; pour cela, il faut que la qualité des témoignages supplée leur quantité ; ce qui peut être, et qui est véritablement, quand on est certain qu'ils réunissent les conditions suivantes :
i^ Qu'il y ait un nombre raisonnable de témoins, un seul, on deux, ou trois, pourraient ou s'être trompés, ou s'être concertés pour tromper ;
* Qaid igîtar ut qui viam rectam nescit, ubi, ut fit, in plures una diffandîtur, bœret anxius, nec siugulas audet eligere, dcc universas probare : sic cui non est vere stabile judicium, prout infida suspicio spargitur, ita f jua dubia opjnio dissipatur. Nullum itaque miraculum est, si Caeciiius identidfm in contrariis ac repugnantibus jactetur sestu et fluctuctur. ( Minûtius Fe/ix/ Octavius, cap. xvi.)
Qais pûssit indoctus apt) inter se et cobaerentia fingere., corn pbilosophorum doctissimi, Plato et Aristoteles, et Epicurus et Zeno, ipsi sibi repugnantia et contraria dixerint? Haec est enim mendaciorum natura, ut cohserere non possint. llloram autom (piiorum religionis prjedicatorum) traditiu, quia vera est, quadrat undique, ac tuta sibi consentit ; et ideo persuadct, quia constanti ratione suffulta est. {Lactant. divin, Ju^t.^ lib. y., c. 3.)
Bic ostendit multas esse impietatis vias, veritatis autcm unam. Etenim yaria,. multirdrmis et confusa res est crror; ycritas autc'm una. {S. Joan* Chrysost.y, in epist, ad Rom-^ Homil. ui, n** 3.)
4o8 minam» iDJUJtaissrrAiTx
29 Que le témoignage ait pour objet un fait simple et palpable;
3^ Que les témoins connaissent le fait qu'ils rapportent, non sur des relations étrangères^ mais par eux*mémes et par le rapport de leurs propres sens ;
4^ Que c^ témoins aient été à portée de bien voir, ou de bitia entendre, ou de bien toucher le fait qu'ils racontent ;
5^< Qu'ils aient la médiocre portion d'inteUigence nécessaire pour qu'on ne leur fasse pas accroire qu'ils ont yu ce qu'ils n'ont pas vu,*
6^ Que tout annonce en eux des hommes d'honneur et de prohké, et qu'on ne leur connaisse aucun vice qui fasse suspecter leur ▼éracité;
7^ Qu'ils n'aient aucun intérêt personnel, soit de fortune, soit de gloh*e, soit de tout autre genre, à rapporter le fait;
8*^ Que leur relation soit faite dans un temps et dans des lieux Yoisins du fait et accompagnée de circonstances; en sorte que Ion puisse facilement la vérifier au moment où elle se produit;
9^ Que leurs dépositions soient et constantes sans variations, et uniformes sans contradietions ;
lo^ Enfin, que leur narration ne soit pas contestée dans le temps où ils la font, ou ne le soit que par de frivoles difficultés.
De ces dix conditions, les cinq premières garantissent les témoins de l'erreur, les cinq dernières Répondent de leur véracité. Or, dès que nous sommes assurés de ces deux points, nous le sommes, par une conséquence nécessaire, de la vérité du fait qu'ils affirmeul. lis n'ont pas été trompés, donc ils ont eu la certitude ; ils n'ont pas trompé, et par là ils nous l'ont transmise.
XXIY. J'avertis qu'en disant qu'un témoignage revêtu de ces conditions ne peut pas être faux, je ne soutiens sa certitude que relativement à lajréalité du fait simple et palpable sur lequel il porte. Quant à la qualité du fait, à ses causes, à ses conséquences, il est possible que les témoins lés mieux disposés, qu'une multitude d'hommes • soient induits en, erreur. Le discernement, de. ces choses peut supr . poser des connaissances supérieures à celles que je viens d'exiger Tàurai occasion de faire usage de cette observation, et de la dé- Yelûpper, plus amplement, quand j'examinerai l'objection contre la certitude des miracles, fondée sur la possibilité de fitire croire, à tout un peuple qu'un tour d'adresse est. un fait qui vient àxL miracle.
Après avoir prouvé, et je croîs d'une manière satisfaisante, h réaUté delà certitude morale, il ue.reste plus, pour éclaircir eteooifirmer encore cette vérité, qu'à répondre aux objectimis ptf le»*
DB nai.osonuE chmsubitiis. 4<>9
quelles on Tattaque; Texoinen de ce qu'on lui oppoie achèvera de la mettre dans tout son jour.
$ II. -» Jtiponses aux objections contra VesUtenct it la certitude morale.
XXV. « Vous comparez, nous disent les incrédules, la certitude » morale à la certitude physique, et vous prétendez qu*elles sont
> égales ; mais cette assertion répugne à toutes le» idées de la rai* » sèn, à tous les jugements de lexpérience, à toutes les convictions » du sens intime. Consultez tous les hommes, les plus simples même » et les plus bornés vont diront qu'ils sont infiniment plus certains
> de ce qu'ils ont vu eux-mêmes, que de ce qu'ils ont appris par des » ouï-dire. »
XXYI. Cette difficulté n'est fondée que sur la confusion de deux choses, qu'effectivement beaucoup de personnes ne distinguent pas : la certitude qu'on a d'un fait, et l'impression que cause la présence de ce feit. Je conviens que l'on est beaucoup plus frappé de ce qui se passe sous les yeux, que de ce que l'on entend raconter; mais je nie que, dans tous les cas, on acquière par ses propres sens une persuasion plus forte que celle qui est opérée par des témoignages humains. Pour faire sentir plus clairement cette différence entre la certitude d'un fait et l'impression qu'il produit, reprenons un exem*pie que j'ai déjà donné. Un homme n'a jamais été à Rome ou à Londres, il n'en est cependant pas moins sûr de l'existence de ces deux villes. Qu'il y voyage ensuite, il sera frappé de la grandeur, de la beauté de ces villes; mais il ne sera pas phis. certain de leur existence qu'avant d'y aller. La vue de ces villes ne lèvera aucun doute qu'il eût précédemment, puisqu'il n'en avait nullement. Peutêtre croira-t-il lui-même être plus sûr.queci»» villes existent, parce qu'il les aura vues; mais ce sera une iUusîcm de son imagination, qu'il confondra avec sa raison.
XXVII. Je puis même aller plus Icmi, et dire qu'il y a; des» occa«* siens où je dois eroîre le rapport des antres hommes^de préféresoe âmes propres sensations; ce sont celtes où mes sens peuvent me tromper^ et où les témoignages' étrangers portent: le caraetèce de la vérité. Par exemple, j'aperçois de loin une tour; mes yeux rase la font juger ronde ; maisdes personnes qui y ont été m'assurent qu die est carrée : je dois lès croire, et je les crois effectivemencplus que mes propres yeux.
Au reste, je ne {Mrétends pas que' tout ouï-dire opère une persuasion égale à oelle qu'inspirent les senSi J'ai marqué les condl-
4lO PRIHCIPS8 FONDUIBNTAUX
lions nécessaires pour que des témoignages humains portent une vérité jusqu'à la certitude; je reconnais même sans difficulté qu*on a généralement plus de confiance dans ses propres sens que dans des rapports étiungers : la raison en est simple, c'est qu*il est plus commun et plus aisé d'acquérir la certitude par l'un que par Tautre de ces moyens. Il n'en est pas moins vrai que, lorsqu'on l'a acquise, soit par l'un, soit par Tautre, elle ne soit égale, excluant pareillement tout doute.
XXYIIL Voici une seconde difficulté : « Ce que Ton appelle cer- » titude morale n*est autre chose qu'un amas de probabilités, qu'une » probabilité portée au plus haut degré. Un témoin rend le fait pro- » bable, surtout s'il est connu pom* un honnête homme ; tous les * autres qui s'y joignent ajoutent de nouvelles probabilités à la pre- » mière; et ainsi s'augmente le degré de probabilité, dans la pro* « portion des témoins : mais tout cela n'est pas de la certitude. La » réunion d'un très-grand nombre de probabilités ne peut produire « qu'une extrême probabilité; elle ne peut jamais devenir une cer- » titude. »
XXIX. C'est une question sur laquelle les opinions sont partagées, de savoir si c'est la réunion d'un certain nombre de probabilités qui opère la certitude, ou si la certitude est absolument étrangère à la probabilité. Mais nous n'avons pas d'intérêt à la discuter ; laissons à la métaphysique ces disputes : consentons à admettre le système le plus favorable à nos adversaires, celui dont ils argumentent. J'admets donc avec eux que chaque témoignage particulier ne donne qu'une probabilité : comment peuvent-ils conclure de là que la réunion de beaucoup de témoignages n opère pas une certitude? Quelle relation y a-t-il entre le principe et leur conséquence ? J'aimerais autant qu'on me dît que plusieurs verres de vin ne causent pas l'ivresse, parce que chacun d'eux ne l'opère pas. Plusieurs causes peuvent produire parleur réunion un effet qu'aucune d'elles isolée, ou même que plusieurs combinées n'auraient pas la force d'opérer; et c'est ce qui arrive dans le système que nous avons adopté. Au moment où le concours des pro^ habilités opérées par le nombre et la qualité des témoignages «arme au point d'exclure le doute, la probabilité cesse et la certitude commence. Si je n'avais, pour croire l'existence de la ville de Rome, qu'une ou deux des autorités qui me l'attestent, il me resterait quelques doutes, et par conséquent je n'en serais pas certain ; mais la multitude de témoignages qui me confirment cette vérité bannit tout doute, et par conséquent me donne la certitude.
Dfi raitÔtoPfilS CBAiTISHNE. 4lt
Xéâ adversaires de la certitude morale ne Teule&t pas qu'un con* cours de probabilités' de cet ordre opère la certitude. Mais nous pouvons leur faire^ sur la certitude physique qu'ils reconnaissent, un raisonnement pareil au leur. Rien n'est plus possible, et mêine plus commun, que d'être trompé par un de nos sens; et alors c'est le concert de nos sens qui opère la certitude. Je puis avoir du doute sur ce que je n'ai fait que voir, parce qu'il est possible que j'aie mal vu ; mais si j'ai entendu, touché, senti le même objet, je n'ai plus de doute ; je suis dans un état complet de certitude, parce que les autres sens ont rectifie l'erreur du premier. Dans ce cas, chaque sens particulier ne donne qu'une probabilité; c'est leiu* réunion qui forme la certitude. Sur cela, je propose aux incrédules ce raisonnement à résoudre : Ou plusieurs probabilités ne peuvent pas, ainsi que vous le prétendez, former une certitude ; et, dans ce cas, que devient la certitude physique que vous admettez? Ou elles peuvent l'opérer; et dans ce second cas, votre difficulté contre la certitude morale est nulle. Je le répéterai toujours : il en est de l'une de ces certitudes comme de l'autre; nos sens sont absolument à celle-là ce que les témoins sont à celle-ci.
XXX. Ce qui fait impression à quelques personnes relativement à cette difficulté, c'est que, dans Tordre moral, il est impossible de marquer le point précis où on^asse de la probabilité à la certitude. Ce point est celui où le témoignage devient assez fort pour bannir tout doute ; mais c'est là ce qu'on ne peut pas fixer avec certitude. Gardons-nous, cependant, de conclure de là qu'on nepuisse jamais regarder une chose comme moralement certaine. J*aperçois bien distinctement les diverses couleurs de l'arc-en-ciel ; mais leur dégradation m'empêche de remarquer avec précision leurs divisions. La probabilité et la certitude sont deux territoires dont les limites ne sont pas marquées avec une telle clarté, qu'on puisse dire positivement où finit l'un et où commence l'autre; mais quand on s'écarte de leur frontière commune, on sait très-bien sur lequel on se trouve. Les conséquences à tirer de cette confusion de limites sont : 1^ qu'il y a des cas où on ne peut pas savoir au juste si on doit regarder une telle chose comme certaine, ou seulement comme très-probable; 2° que dans la pratique il faut se montrer plus exigeant que facile, et exiger plutôt une plus grande qu'une moindre réunion, soit de témoignages, soit de conditions nécessaires à leur validité.
XXXI. Les incrédules poursuivent leurs difficultés. « Ënadmet- » tant, nous disent-ils, aue les témoins d'un fait puissent trans-
4f 9 rillllGiMUIr FOUOAMSBiTiAJX
» mettre à d'autres la certitude qiftïls ont eia-mêmes^ au moins ne » doit-on re(x>nnattjre ce priyilégtt que dans eun. Ceux à qui ils ont « raconté le fait n en ont pas été ténuûps comme eux; bur suf- »- iirage ne doit pas aroir la même autorité ; \]fi ne sont témoins que I» du témoignage : plus la dépo^tion s'éloigne de la source, plus » elle perd de sa force. A la troisième relation^ le narrateur ne peut » plus certifier autre diose, sinon qu'on lui a attesté que tel fait » avait été attesté par dea témoins oculaires; et ainsi le poids du » témoignage ya en diminuant, à mesure qu'il passe par diverses » bouches. Un géomètre anglais, M. Craigh, a cherché à soumettre » au calcul cette décroiâsauce graduelle de la preuve testimoniale, » et à montrer par combien de générations elle doit passer pour » dépérir absolument. Mais, sans entrer dans ces suppun^ns^ la » raison et l'expérience constante montrent que Ton a, et avec rai* » son, plus de confiance dans un récit qu'on tient de la première I» main, que dans celui qu'on ne reçoit que de la seconde; dans la M seconde relation que dans la troisième, et ainâ de suite. Si de » ce qui se passe dans la vie privée on passe à l'ordre public, on » voit les histoires des temps les plus anciens absolument ignorées; » celles des temps immédiatement suivants, remplies de fables et >* d'incertitudes ; et enfin, les narrations des historiens prendre plus » de consistance, lorsqu'elles se rapprochent de notre v&axpsi U » résulte de là, que s'il peut exister une certitude morale pour les » faits récents, elle est absolument inadmissible relativement aux » faits anciens ; et que sur ceux qui sont éloignésde nous de plusieurs » siècles,. nous ne pouvons avoir que des probabiUtés plus ou moins «•grandes, mais qu'il est impossible d'avoir unevéritable certitude.» ^ ^ XXXII. C'est à tort que l'on prétend que l'autorité d*un témoignagj9 s*affaiblit nécessairement par le laps du temps. Il peut se faire effectivcoaient. qu'en traversant la suite des^sièdes il pende de son 1 poids; mais il est aosai. très-pcwiîble qu'il se maintienne tout entier^ et:queja vieillissant il consecve toute, sa foirce. Pour connaitrele» cas où^ l'aujtointé d'un témoignage décroît^ et ceux ou il la conserve^ remofitonst aux-causes qui la lui donnent^et à celles qui l'en* £onD déchuin.
Ce rqui produit la oeirtiitude d'un témoignage qndeonçie, je l'ai exposé: oifdessus;. c'est, la douille aamirance' que lestànoins ff'oiit étd ni trompés ni Unompeuis; donc, tant que le réoit oontinae de féunir ces deux conditions, la même certitude du fait rapporté se •onserve : autant de temps que dure la causey autant de temps doit fiiianBter son effet II peutarriver (piedims la succession du temps
i)£ jiaiiiaiBBHni cminBiiiis. 4i3
l'un ou raattre'de;€)e&dâàx:foiidememft.de.koe^ à nianqiwr; «qu'en ne sadie^iiss si le fait a. été rapporté por des témoînBfOU:bieniinsliiuts ou^fidèles, et aloi» la c3eKtitiide.Testée sans appui «anéantit. iMais il estpoisifaèe.aiisBi «pie, par la manière dont le fait nous est tran$niis9inoii6 sacbiona qate les témoinsont connu et dît Ja vérité. D'abord, nous pou voua cocmaiire Jes 'témoins emmémea, etiesicircoBstances de hnirrtémoignage; ensuite il est possible que nous sachions qu'un événement important et bien public a été cru dansaon temps universellement et avec certitude ^ et j'aurai inoessammentoccasiooi de montrer que nous avons cette connaissance, quand les historienssont contemporains. Or, dans ce cas, tous les hommes du temps où le fait s'est passé en deviennent pour^ nous les témoins; et, comme je Tai prouvé ci-dessus, il est impossible que siur un fait clair. et. palpable, une multitude nombreuse soit induite en erreur, ou veuille y induire. Assuré qu'il n'y a eu dans les premiers témoins ni erreur ni fausseté, je suis certain du fiait qu'ils attestent rie cours des années ne fait rien à ^ela; la certitude est dans le second siècle comme dans le premier, dans le troisième comme dans le second; fdle existera encore dans le centième siècle, si les fiEiotifs.de crédibilité sont aperçus avec la même assurance.
Ecleircissons encore, et confirmons ces principes par des exemples tirés de l'histoire, lesquels, en même temps, répondront à ce qu'on, nous objecte de l'incertitude des histoires anciennes comparées aux 'hiatoiresmodernes.
XXXIII* Il est'tellement vrai.qœiC'est, non pas Tanciennété d'un ^ty mais rigno!ranoe des motifs de ^ci^xlibilité qui en détruit la certitirde, qu'il y a des histoires reconnues «nanimement comme certaines, quisont.beaiiconp,p9u5 ancienneaque d'antres généralement regardées comme douteuses. On n'a aucun doute sur la con-* quête de la Perse par Alexandre, et on ^»i a beaucoup sur les relations des peuples du Nord, à des époques plus ràpprdchées. C'est qu'on mt'ipar qui l'une est-attestée, et qu'on ignore par ^i Vont été les autres. Qn<e8tibe«uooup'phispersâaâé de l'existance de Lycn^pe^.de ScBen^ ée^lltiade, que de celle (â'Ossiaii.
Je demande là ioemqtri prétendent que 4a eenitude d'un fait saffidblit- par lé *lap an temps, s'ib «e ttenneift jihis «uBsnrés de rexîst^xcede Louis JHY que âe eeUe de Ileniil'V^ ée celle de Henri lY que de celle de saint -Louis, >de celle cle«saynt Louis que de cdie jàe GbariemagneP Je leur iemmèe â'ik eotlt, moins' eertiûns que kws' ipèves, des bmailles d^ Pharsdle ^M d^Actiûm? si leurs pares eu .étaieut moins cenains-qiDe ïeura-aieiiiir^^et âinsi-en renioi»-
4l4 VUlf ciras FOSrOAMBlITAOX
tant de génération en génération ? En instruisant les jeunes gens des fiiits anciens, es^il jamais venu à l'esprit de qui que ce soit de les prévenir que, chaque jour, les raisons d'y croire diminuaient?
Les histoires profanes des temps les plus reculés sont absolument inconnues; c*est que, ou elles ne sont point écrites, ou les livres dans lesquels elles étaient consignées ont péri. Celles des temps très-anciens après ceux-là sont mêlées de fables : la raison en est, que les premiers écrivains dont les ouvrages nous soient parvenus sont des poètes, qui y ont inséré les fictions de leur imagination. Celles des siècles qui ont succédé immédiatement aux temps fabuleux sont incertaines, parce que les historiens qui nous les rapportent étant postérieurs de bien des siècles, nous n avons pas de raison suffisante pour croire qu'ils aient écrit sur des mémoires authentiques et fidèles. Nous serions aussi certains des événevnents de la vie de Ninus et de Minos, que de ceux relatif» à Jules-César et à Auguste, si nous avions de même des histoires écrites d'après des témoins oculaires, ou d'après des mémoires certains.
XXXIV . Dans le cours ordinaire de la société, on a plus de confiance dans une nouvelle que l'on tient immédiatement du témoin oculaire, que dans celle que Ton apprend de l'homme à qui le témoin l'a racontée; la raison en est simple : il est possible que celui qui raconte une histoire d'après un autre, l'ait mal entendue, et qu'il change quelque chose à la narration primitive. Par le même motif, à mesure que le narrateur s'éloigne de la source, son rédt doit avoir moins de poids. Rien n'est plus conunun que de voir une histoire, en passant par différentes bouches, changer au point de devenir absolument méconnaissable : je conviens., de cette vérité,* mais l'application qu'on en a faite à la certitude morale est absolument injuste. On parle de relations individuelles, faites d'une personne à une autre, de celle-ci à une troisième, et ainsi de suite : aucune de ces narrations n'a une autorité suffisante pour opérer une certitude. Cet argument est donc absoluqient étranger à la question de la certitude; il pèche en ce qu'il applique à la<certitude ce qui n'est vrai que de la prohabilité. Les probabilités vont toujours en décroissant à mesure qu'elles s'éloignent de la source; mais en est-il de même de la certitude? C'est ce «qu'il fendrait, mais ce qu'on ne peut pas prouver. Tant qu'on est assuré. qu'un fait a été certain, la certitude en reste.entière.
XXXY. Ne pouvons-nous pas aller plus loin? II. serait inexact, sans doute, d'avancer que le temps peut accroître la certitude d'un fait; mais il est très-raisonnable de dire que le cours des siècles
DE PHILOSOPHIE GH&BT|EKlfE. 4^5
peut apporter de nouveaux motifs de le croire. Je suppose un ëvé* nementtrès-publiC) très-important, arrivé il y a beaucoup de siècles. Depuis ce temps il a été soumis au jugement d'un très-grand nombre de générations^ toutes Font examiné d'autant plus attentivement, que toutes y avaient intérêt; toutes ont prononcé que la déposition des témoins oculaires était valide; toutes, d'après leur témoignage, ont cru fermement le feit. Je demande si leur suffrage ne forme pas un puissant préjugé, s*il n'ajoute pas un nouveau poids aux motifs de crédibilité ? Je ne dis pas que leur croyance opère par elle-même une certitude; mais je dis que la certitude qu'on a eue dans le temps, loin de s'affaiblir en traversant toutes ces générations, a au contraire acquis un nouveau motif, par Tac* quiescement constant de tant de siècles.
XXXyi. C'est donc une idée déraisonnable de vouloir soumettre au calcul le décroissement progressif de la certitude dans la suite des générations. Cette objection ne peut avoir de la force que dansle cas d'un fait transmis purement et simplement,sans qu'on sache qu'il a été primitivement rapporté par des témoins idoines : mais si, en m'instruisant du fait, je vois que les contemporains en ont été certains, je dois l'être comme eux. Les hommes qui ont transmis la certitude de ce fait, ont passé; mais ce n'est pas précisément sur ces témoignages intermédiaires qu'est fondée la certitude; ils n'en sont que les canaux. Le principe de ma certitude est celle qu'ont eue les contemporains. Ils n'ont pas pu être trompés; leur certitude est donc un garant assuré de la mienne.
Le prétendu calcul du géomètre anglais pèche encore par un autre point. D considère les générations comme passant leur témoignage de l'une à l'autre, de même qu'il passe d'un individu à un autre individu; ce qui n'est pas vrai. Le genre humain se renou* relie par parties : chaque homme passe une partie de sa vie avec plusieurs générations précédentes, et une autre avec plusieurs gé« nérations postérieures. Il n'y a pas un moment où la société ne soit composée de beaucoup de générations, depuis la naissance jusqu'à l'extrême vieillesse. Que devient après cela l'objection qui consiste à dire que chaque génération n'a, pour donner son témoignage, que l'autorité de la génération précédente? Ce n'est pas une génération qui le reçoit d'une autre, ce sont trois, quatre, cinq générations qui le reçoivent à la fois de trois, de quatre, de cinq autres. Cette transmission se fait continuellement et sans interruption, tellement que, dans la suite des siècles, il n'y a pas de moment où toutes les générations existantes ne reçoivent et
4 1 6 rMiwrmgx wqmuÂMMKSàmL
ne rc|M»Bl6Dtle^6nuHgoiigP, «TiaJetr^^çoîiMntile^ljeaéxaûoiig précédentOj ne Je jc^pocteat uix.'Suûrante6,^U€Mi.fiOiit tourtes les uoiesaiverfrles aiilras,<et par là ea«w»(tottlftft nalles^i doiviuit les sume, gaantesdela-Téiiiéide kadatMo.
XXXVJI. Une «utse vomiâdératian iût «HEOiiler. {lar .«on ibncLementtoiite roljaelioB.dont/îl^sIi^t. £Ueooiisi9C»«»iBe«ipie4es&its ne pauTont ^pas Mre «tnânamift^aveç tacyrtkude (dme Jbouflbeà l!autve; elle poite<doncmitîéreiiient sur l'autorité de la traditionoTale. Mais ce n'est pas là ia seule .maalèffe de itmasmettra^desiaitSià la postérité : il y en a deux autres, qui donnent des événemeats ime bien plus grande .assurance; ce.aoïit les jnonuments et Ibistoire écrite. Entrons dans4]ueiques détails sur ces trois moyens d'être instruit d'un fait ancien.
XXXYUI. Je conviens qu'une tradition orale, seule £t isolée des deux autres moyens, ne peut pas imprimer aux faits quelle rapporte «une vraie certitude; elle ne peut transmettre quufi trèspetit nombre de faits qui réunissent ces trois condition^, dont l'ensemble ne se trouve pas communément : .i^ «ae,gp?ande publicité, en sorte que tout le iaonde en ait été instruit; 2^ une trèsrhaute importance, telle que lompression dans les esprits ait été profonde et .durable^ 3® jme extnême "simpliKâlé, e'estnà*dive^iie le ùit ne isoit pas chargé Àe- circonstances qui puissent, avaCflô<teiq)s, l'altérer. Mais .inâme,.sur .ce petit nombre de faits, il est imposable quela seule traditionorale produise une vrae rectitude. J'^enabdoDoé la raison; c'est que, pour .être certains d'un £iit, il faut que »b(Mis ayons des.œotifs de croire que les contemporains l!ont été; or, la tradition orade, qui ne nous transmet qu'un Caût extrémemsiitisûn' pie, ne nous fait pas passer :au bout d'ua loqgitaraips.s^s motifi.
^]SXXIX.Xa édcood .moyen de iaire |Mis«er la «eoanaiswHfe its faits à une longue suite.de sièdes,sest Jes momim^its puUioséJefà * pour en perpétuer le soaveni^, tels qu'une «lédaiUe «frappse, une statue érigée, un édifie^ bàti««uiie fête îastjdiuée.Mtinéni|Mffed*ttii évténement. Pour qu'un monumentTpuisse4)()aier>la4:artkuclfî, U est nécessaire qu'il remisse trois çandhions:.a'^'qu^ Temoottf d'une maniière connue tetincoatestable.àtKépoqueméme du &i(^a° 91'^ • soittassuré quil^ étéiélesvéen l'honneur du fait;.3o.queielijtf)0V lequeLil a été élevé ait- été public et important* XJ«i.tel moaun^^ a. bien plus de poids pour fiiire passer la eoanwsance^etJa eertilude de l'événement aux générations, les plus'recul^e^,; il ^ttaltel^ persttasion^ceirtaine<qu'fin avait le siècleoù il s'-estpasséy-et^arlà ll^lalztaismetjans altération à tous les siècles qu'il *trav«i|se«J^^
DE PHILOSOPHIE CHRETIEimE. 4^7
m arrêterai pas à prouver ces deux vérités, parce que ce n'est pas sur des monuments qu'est fondée la certitude des faits que nos adversaires contestent, et que nous défendons contre eux; c'est sur l'histoire écrite. Je passe, en conséquence, à ce troisième moyen de transmettre les faits à la postérité.
XX*. Ce' moyen est le plus général pour perpétuer la connaissance des faits publics et intéressants, et le plus efficace pour en donner la certitude dans toute la suite des temps. Je parle uniquement ici de l'histoire écrite par des contemporains ou par des auteurs peu postérieurs, et écrivant parmi des gens bien instruits des événements rapportés, ou enfin de ceux qui composent leur histoire sur des mémoires authentiques et publiés dans le temps des événements. Je prétends qu'une bistoire ainsi publiée, d'abord noiis prouve la certitude que l'on a eue de ces événements dans leur teihps, et ensuite fait passer sans altération cette même certitude à tous les temps.
XLI. En premier lieu, l'histoire publiée et non contredite dans le temps où les faits étaient parfaitement connus de tout le public, prouve qu'alors on était certain de ces faits. Celui qui publie Yhhtoire de son temps se soumet à la critique de tout ce qui l'eïivironne, il s'expose à être démenti au même instant, et certainement il le sera, s'il avance quelque fait éclatant contraire à la vérité. Si actuellexnent un auteur s'avisait d'écrire une bistoire où il rapporterait, comme passés sous nos yeux, des événements (je parle toujours d'événements solennels) dont nous connussions la fausseté, ou même dont nous n'eussions jamais entendu parler, il. s'élèverait un cri général contré lui; le. mépris où tomberait à l'instant son ouvrage, les contradictions qu'il éprouverait, préserveraient la postérité de son imposture. Un historien ne peut donc pas mentir sur des événements très-publics arrivés de son temps, ou dont la mémoire est # encore toute fraîche, sans que tout son siècle ne s'entende avec lui; et un semblable complot est absolument impossible. Ainsi, lorsque je vois un auteur rapporter, sans être contredit par personne, un fait éclatant et récent, il ne peut me rester aucun doute qu'il ne dise la vérité. Le silence de tous les témoins qui auraient été à portée de le démentir devient une preuve irréfragable de son récit; tous ces témoins, par l'assentiment qu'ils lui donnent, parlent aveclui; je recueille, en le lisant, leur témoignage, comme si, vivant au milieu d'eux, je les avais entendus eux-mêmes : or, ces témoignages opèrent en moi une certitude pleine et entière, car ils me transmettent celle de tous les hommes du siècle où les événements se c. c. aj
^i8 ramciisft voHAAaamAux
. sont passés. Cest là ce i|iie je disais il y a un moment, que, sans connaître nommément les témoins d'un fait, je puis, à raison de leur universalité, être certain de la Térîté de ce iju'ils attestent
On sent que ce que je dis de Tbistoiien contemporain est également vrai de celui qui est postérieur, mais qui est écrit sur des mémoires oonaposés et publiés dans le temps de réYénement..Ges me- .moires présentent de même la certitude du temps où ils ont éé écrits. Celui qui de nos jouis compose l'histoire de^saint Louis sur les mémoires de Joinûlle, ou celle de Louis XI d'après les mémoiifs de Comines, donne à son ouvzage toute l'autorité dont jouissait ceux-là.
Je dis que si la relation de.cet historien n'est pas Qoatredite,,}ji im motif légitime d'en être, certain ; mais le motif de ma ^nrtitvde .sera encore augmenté, si, ce qui arrive souvent, le &it raconté-^t 'de nature à devoir être isontesté; si, parmi les conten^orainsyilj en a un certain nombre intéressés à le nier. Lorsque, malgré.ç^t .intérêt, personne ne. rédanu^;. lorsque ceux mêmes dont le.récit Jieurte les préjugés ou les {lassions «e. taisent, konsiLmce n'est plus ]niconsentement,.ilest.im aveuipQsitif.Jl n'7.a.pas.die témoign^ plus fort en.&veur d'une .nairatÎQn jque*jcdui. des piarsannes.iat#ressées à la contredire*
Un autre motif de certitude vient .encore >se joindre, aux autros, ji, au lieu d'un seul, ce isont. plusieurs historiens contenqsoraws qui rapportent le même faitjde.la même nianière. On ne peutJiû imaginer que plusieurs hommes se réunissent xlans le même mep- ^ soçge, sans se concerter, jii qu'ils, se concertent. pour se faille mépriser par leur siècle et par la postérité.
XLII. En second lieu, il est évident qu'on ne peut pas objecter contre la certitude résultante de l'histoire écrite que les moti6 de crédibilité s'affûblissent en passant de génération en généiatîaa et de bouche en bouche. C est un seul et même homme, c'est la même bouche, contemporaine de l'événement, qui le raconte suçcesàvementet de la même manière à toute la suite des générations; le livre se transmet de main en main. Les hommes qui se le communiquent se succèdent, mais il reste toujours le même. C'est uo témoin originaire, dont le langage muet a dans tous les siècles la même énergie ; il atteste la certitude qu'ont eue du fait tous les contemporains; il l'atteste à toutes les générations; il l'atteste à chacune avec un çgal poids, avec une égale autorité. La seconde génération a autant de raison d y croire que la première, la troisième que la seconde; la millième en aura autant que toutes les autres.
XLUI. « Mais, dit-oi), pour lêtre certain d'un fait rapporté dans » une histoire écrite, il &utd. abord être assuré que cette histoire est » authentique, c'est-à-dire quelle a été véntablement composée par > un auteur contemporain. Or, coiiphien n avons-nous .pas d*écrits » apocryphes ? »
XLIY. Que ,prétend-on en produisant cette difEoulté? Qu'il n*y a pas de livres authentiques ? ce serait une absurdité aussi ridicule que .grossière, et que les incrédules eux-niémes .ne peuvent pas jiyancer, puisqu'ils .citent.contre nous divers ouvrages comme étant des.auteurs dont ils portent les noms. Veut-on seulement dire quil est possible qu'un fait soit is^pporté sous ie faux nom d'un auteur contemporain? Dansce ca$9robjectionestnulliç,nou&ne parlons pas de ces sortes d'écrits. Quand nous disons que.la relation d'un hîi;torien peut porter le caractère de la certitude^ nous supposons. que la :relation .est inconAestahlement de cet historien. Jfous avoqs montré ailleurs qu'il j a desr^les pour juger .avec.une pleine;assuraace de l'authenticité. d'un o.u:vrag^ et nous ;les: avons exposéef. Il est inutile d'y revenir.
XL Y. On éieve^ contre lacer tiitude résultante , de l'histoire, une autre diiEEculté. « La plupart des «histoires que. nous lisons sout V fsiusses^ Outre que toutes celks deslenip^ anciepsu^ sont évidem- » iHcnt mêlées d'erreurs, civiles des temps postérieurs sont altéré^ » par les préjugé^^par lés passions,par les intérêts^ de ceux qui k|s y» ont écrite$,ou,ce qui revient au même, de ceux d'î^près lesquels » ils ont écrit. L'esprit de,parti,.la v,anité nationale, l'amour du mer- >* veilleux, etheaucoup d'autres choses sont des sources abondantc^s n d'erreurs. Ne voyons-nouspas.sçuvent les historiens se contredire » les uns les autres, rapporter les faits diversement, les voir de ma- » nières absolument différentes ? Comment d'un pareil fatras peut-il » résulter une vraie certitude ? comment peut-on croire avec assu- » rance sur la fui de pareils garants ?»
XLYI. Il y a des histoires douteuses ; donc il n'y en a aucune qui soit certaine : voilà en quoi consiste l'objection. On fait un grand étalage de toutes les causes qui peuvent rendre une narration sus* pecte ou même fausse. Tout cela est étranger à ce que nous avons avancé, et ne touche nullement à nos preuves. Je n'ai pas prétendu que toute histoire imprime à toutes sortes de faits une certitude morale : j'ai expressément demandé, pour que cette cerlitude résulte d'une narration quelconque, trois conditions : la première, que riiistorien, ou au moins les mémoires sur lesquels il écrit, soient contemporains des événements qu'il raconte ; la seconde, que les
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ëyénements quil raconte soient très-importants et aient été trèspublics; la troisième, qu'ils n'aient pas été contredits. En examinant les détails de l'objection proposée, nous verrons qu'elle ne porte point sur les histoires de ce genre, et qu elle laisse, en conséquence, subsister dans toute leur force nos raisonnements.
Les histoires des temps les plus anciens présentent beaucoup d'erreurs; mais ont-elles été écrites par des contemporains? De ce que des écrivains ont été induits en erreur sur des faits passés i une grande distance d'eux, est-il juste de conclure que d'autres l'ont été de même sur des événements arrivés de leur temps? Les. doutes que l'on a sur ce qu'Hérodote rapporte des premiers rois d'Egypte, rendent-ib suspecte la relation donnée par Xénophon, de la retraite des Dix Mille ?
XLVII. On nous parle des préjugés, des passions, des autres causes qui peuvent altérer la véracité d'un historien ; mais i^ il serait injuste d'accuser de ces défauts tous les historiens : il y en a beaucoup qui jouissent d'une réputation constante de sincérité; a? ces diverses causes peuvent influer sur les réflexions d'un historien; elles peuvent l'engager à altérer quelques circonstances, à insister sur celles qui sont favorables, à atténuer ou à dissimuler les autres; mais elles ne peuvent pas le faire mentir sur les faits bien éclatants, sur lesquels il serait aussitôt déipenti. QueUes que soient l'humeur et la haine des écrivains romains contre Annibal, aucun d'eux n'a pu taire ses victoires en Italie ; 3® ces préjugés mêmes, ces passions, ces intérêts, ces esprits de parti, qui, dans quelque occasions, peuvent engager un historien à déguiser la vérité, et qui alors lui otent la croyance, dans d'autres occasions peuvent augmenter lu foi à ses récits : c'est quand ce qu'il rapporte est contraire à ces divers motifs. Si je vois un écrivain parler contre les préjugés dont je le sais imbu, contre les passions dont je le sais animé, contre les intérêts dont je le sais dirigé, je prends bien plus de confiance dans sa narration'; et ces motifs mêmes, loin de nuire à la certitude^ servent à la confiimer.
XL VIII. On dit que les historiens rapportent les mêmes faits diversement, quelquefois même contradictoirement. Il s'ensuivrait de 1 1 seulement qu'il y: a quelques faits sur lesquels il faut suspendre son jugement; mais sur les faits où ilâ s'accordent, il n'y a point de raison pour récuser leur témoignage ; leur opposition même sur certains points donne plus de poids à leur concert sur les autres. Au, reste sur quoi voit-on les historiens différer entre eux?Cenest jamais sur les faits principaux et très-publics, ce sont quelques cir-
constances des faits que Fun rapporte d'une façon, et Vautre d'une autre. Il est commun de voir dans deux historiens deux récits dif* férents des détails d'une bataille décisive; mais ce qu'on ne voit jamais, c'est qu'ils ne soient pas d'accord sur celui des deux partis qui a gagné la bataille. Les circonstances qui accompagnent un grand éyénement sont aussi des faits, mais des faits particuliers, peu importants, qui ont fait peu de sensation, auxquels beaucoup de gens n'ont apporté qu'une médiocre attention, qu'ils ont même pu voir diversement, selon les lieux où ils étaient placés et la manière dont ils étaient affectés; que peut-être ils n'ont pas aperçus du tout. Il n'est donc pas étonnant que ces circonstances soient rapportées diversement par diverses personnes. L'événement principal, au contraire, est un fait solennel, frappant, sur lequel il ne peut y avoir différentes manières de voir. Tout ce qui résulte de cette difficulté, c'est qu'il y a des événements de la vérité dfîsquels nous sommes assurés, mais dont les détails ne nous sont pas égale* ment certains. Nous sommes parfaitement sûrs que César a été assassiné par une conspiration ; nous ne sommes pas aussi assurés de la manière dont cette conspiration a été tramée. . XLIX. On argumente de ce que les divers liistoriens voient les mêmes faits de diverses manières, et on confond manifestement, en cela, deux choses essentieUement distinctes , le fait rapporté par l'historien, et les réflexions de l'historien sur le fait. Quand il raconte, il parle comme tous ses contemporains ; il les a tous pour garants ; quand il raisonne, il reste seul, il n'a plus d'autre autorité que la sienne propre. Il ne peut pas se tromper sur le fait que tout le monde a vu, et peut-être aussi lui-même ; il peut s'égarer sur les motifs et sur les conséquences du fait, qui ne spnt que les spéculations de son esprit. En le lisant, je crois les événements, et j'examine les réflexions.
Article III. — Possibilité de la certitude morale des miracles.
Je viens de prouver deux choses, la possibilité du miracle, et l'existence de la certitude morale. Il s'agit maintenant de rapprocher ces deux vérités, de faire l'application de la certitude morale au miracle, et de prouver qu'il en est susceptible de même que les faits naturels.
. L. Un miracle est un fait de même qu'un événement naturel ; il est également sensible, également palpable ; il ne faut, pour s'assurer de la vérité de l'un et de l'autre, que des sens. Si je puis m'en
rendre certain en le Toyant, en rëntèndatit; en le toucKant^ toor le* autres hommes peuvent pareinement le Tôîr; Tentiendre, le ton*cher. Pourquoi ne les croiraîs-je pas quand ils me disent qu^ l'ont fait, et quand leur témoignage réunit tous- tes cai^etèfr^ qui annoncent la vérité ? Qu'on me dise ce qu'il y a dhns les mn'sncli!» qui empéphe qu'ils ne soient, de même que les faits naturels, les objets du témoignage. La seule différence que j'aperÇoive entre les unsF et les autres, c*est que les miracles sont l'effet immédiar-db hr toute^uissance divine, et qne* les événements naturels soni^pro» doits par les causes secondes. La différence est uniquement dans' leurs causes, et nullement dans les* moyens de' lés cohnaîtbê. On peut voir aussi bien le Aiit surnaturel qu'un autre; on peur le rap'porter avec autant dé vérité ; et dès qu'on peur en avoir pour soi la certitude physique, on peut en donner aux autres la certitude morale. Cette certitude est, comme je l'ai dit^ le résultat de dètnt autres : elle e:riste toutes les fois que je suis* cerifoin que celtii qui' parle n'a pas été trompé, et n'a pasTOiilu tiromper. Or, je peux être' aussi assuré de ces deux choses sur le fait miraculeux, que sur le £dt naturel; les témoignages peuvent, sur l'un comme sur l'autre, réunir les caractères que j'ai exposés ci-dessus, et qui les garantissent, soit de l'erreur, soit du mensonge; ils peuvent donc dèméthe opérer la certitude.
Lt. Non-seulement je puis dévenir aussi certain, par le témeignage des hommes, de la réalité d'un miracle; que si je l'avais t« moi-même; mais il y a tel cas où la certitude morale que mépifocurent des témoins esc mieux fbndée que la certitude physique acquise par mes yeux. C'est qu'il est beaucoup plus'sdsé d'en im* poser à moi seul qu'à une multitude d'homme. Je pilis me d^er dâ rapport de mes sens; je puis soupçonner qu'un chariatUn est venu à bout de m'en imposer par des tours d'adresse : mais* je mÉÊr certain que ce qui a été vu uniformément par un grand nombre de personnes différemment placées, et affectées de diverses manières, a été bien vu : je suis certain que s'il y avait eu une fraude, elle aurait été immanquablement découverte par quelqu'un des assistants, qui l'aurait fkit remarquer aux autres. La certitude morale d'un miracle peut donc se trouver non-seulëment aussi bien, mais même mieux appuyée que la certitude physique*
LII. Remontons au principe sur lequel est fondée toute Y^ertftude. Cest que les divers moyens que nous avons pour connaître lesobjets nous ont été donnés par Dieu à cet effet î la raison, pour coa- Àaîtte les objets intellectuels; mes sens, pourConnaitre ce qui est.
DE 'vm^Bomiu dfluâwifiM'ivji. 4^3v
bois i^e rnoi; I^ témoîgDi^'déS' btmmie», pour coimaiti^e ce qui est: teUetnent éloigné de moi, que mes sens nej^HetiTent y atteindre. Si quelqu'une de ces choses me tit>mpait forcément, et sans quily eàt de ma faute, je serais conduit à Terreur parle moyen que Diettm'a donné pour me mener à la vérité; il m'aurait donné un guide ^ ififidèle; et^ ce qui ne peut pas se penscfr sans impiété et se dire sai»^ Uasphème, ce serait Dieu lui-même qui, en m'ordonnant' de le siBvre, m'égarerait» Que le fait dont j'acquiers la connaissance par^ ces divers moyens soit mirtMmleufx ou naturel, cela est égal reiftti'' vement au moyen; On doit croire au* miracle dont on a été témms: persminellenient, et nos adversaires' en conviennent; et on doit y* croire sur le fondement que, si nos sens unanimes et bien disposés^ nous 'trompaient, ce serait Dieu qui causerait l'erreur. Je puis faire avec autant de justesse le même raisonnement sur le témoignage resrétQ de toutes les conditions requises^ et dire de même que si j'étais trompé par un tel témoignage sur un fait, soit miraculeux^ soit naturel, Dieu aurait ôansé mon erreur. La certitude morale du; miracle a donc le même fondement qu'aurait eu ma certitude phys sique, si j'en avais été personnellement témoin;
LUI. Venons maintenantaux difficultés de nos adversaires. Us Donis-opposent d'abord Texpérience et l'opinion unanime du genre liiimain» « Tqps les hommes croient plus fitciiement les fieûts na- » turds que les mirades. Qu'on leur présente un fait ordinaire, ik*^^ » ii3iàister0nt.paa à le croire, pourpeu qu'ilôt muni de preuves; » mais proposez^leoràcroire un fait miraculeux, vous les vemzse* > rendre diffîcilea,exiger des démonstraûons^ examiner rigoureuse- » ment le nombre et la qualité des témoins, et les circonstances de" » leur témoignage. Il est donc reconnu par rnniversalité du genre » humain qu'il y a beaucoup plàs dé difficulté à croire le» mhmdea' » que les faits naturels. »
LIV. Et moi aussi j'invoquerai l'eicpérience et l'opinion universcAe; je dirai : Il n'y a pas eu de religion dans le monde qui nesa»' soit'prét^^ndue autorisée par des mirades^ que l'on vie croyait que' sur des témoignages : le genre humain est doBBe convaincu de Tau* tORté de la certitude morale pour croire les^miracles.
LY. L'objection proposée confond deux choses d:*ès^différentes : la rigueur à exiger des preuves avant de croire, et la difficulté de CEoire d'après les preuves. Que l'on -se montre plus rigoureux dans Tevamen dés témoignages sur les faits miraculeux que sur ceux de' Tordre ordinaire, cela est naturel et juste : d'abord, le miracle est
fait intéressant, qui a des cx>nséquences morales, et>
4^4 PRINCIPBS FONDAMSHTAUX
qui engage, soit à une croyance, soit même à une pratique ; il y a donc un intérêt majeur à s*as5urer strictement de sa réalité. Én^ suite, il est plus commun d*être induit en erreur par des tours d'adresse, sur des choses extraordinaires que sur des faits de 1 ordre ordinaire ; il est donc tout simple d'être plus en garde sur les narrations de ce genre. Enfin, le miracle est opposé à Tordre général et commun qu'on est accoutumé à voir ; on se défie donc naturellement de la relation qui en est faite, et on veut de fortes raisons pour la croire. On n'est pas à beaucoup près aussi difficile sur la preuve des faits qui découlent naturellement des lois générales; on ne suit pas avec la même rigueur la règle de la certitude; on les croit sans difficulté sur de simples probabilités, surtout si elles ont quelque force. Mais lorsqu'un examen sévère a montré que les témoignages sur le miracle sont légitimes, et que les témoins n'ont été ni trompés, ni trompeurs, on n'a pas plus de difficulté à croire ce miracle, qu'à croire des faits naturels ; et il serait déraisonnable de ne pas en avoir la même certitude. En un mot, on croit volontiers un fait naturel sur de simples probabilités; on exige la certitude pour croire aux miracles : voilà à quoi se réduit l'objection.
: LYI. « Mais, ajoutent quelques incrédules, il est déraisonnable de » croire aussi fermement les témoins d'un fait miraculeux que les » témoins d'un fait naturel : car, pour ajouter foi au témoignage » sur le miracle, j'ai un obstacle à surmonter ; c'est la contrariété de » ce fait avec toutes les lois de la nature, c'est son impossibilité » physique ; au lieu que pour ajouter foi au témoignage sur un fait » naturel, je n'ai aucun obstacle à surmonter, je ne fais que suivre » l'ordre ordinaire. »
' LVII. Si l'on se bornait à dire qu'on ne doit pas croire aussi légèrement un miracle qu'un fait naturel, l'assertion serait raisonnable : mais dire que, lorsqu'il est complètement prouvé, on ne doive pas le croire, c'est une absurdité. La contrariété du miracle avec les lois physiques n'est pas un obstacle à son existence; je l'ai prouvé : elle ne doit donc pas être un obstacle à ma croyance. Le fait naturel et le miracle sont également faciles à Dieu. La volonté toute-puissante agit aussi librement, soit qu'elle maintienne les lois qu'elle a établies, soit qu'elle les suspende '• J'aurais tort
• Non itaquc opus est jam immorari diutius, in commendando Dei mirâculo. I()sé estenimDeus qui per universam creaturam quotidiana miracula facit, qu^ hominibus non faciiitatc, sed assiduitate TÎtuerunt. Rara autem qu« factano» ab eodcm Domino, id est, à Verho propter nos incarnato, majorem stuporcm oominibus attulerunt, non quia majora erant quàm sunt ea quse quotidie io crtt-
DE PHILOSOPHIE CHEBUEBINS. 4^^
d'avoir plus de difficulté à croire ce que Dieu n a pas plus dé difficulté à faire.
LVIII. Expliquons ce que Ton entend par ce mot impossibilité physique^ que les incrédules répètent souvent : il ne signifie que limpuissance où sont les causes naturelles de produire un certain effet. Nous disons que la résurrection d'un mort est physiquement impossible, parce qu il n y a pas dans la nature de moyen pour la produire : mais ce qui est [au-dessus des forces des subalternes, n est pas pour cela au-dessus du pouvoir de la cause première ; ce que la loi physique n opère pas, celui qui a posé cette loi peut trèsbien l'opérer ; l'effet physiquement impossible est sùmaturellement possible; il peut donc être cru; il doit Tétre, quand il est prouvé. . LIX. Yoici une des difficultés sur laquelle les déistes insistent le plus : « Par où nous pouvons être assurés de la véracité des té- )• moins? C'est par la connaissance que nous avons des hommes. u Et cette connaissance , d^où la tenons-nous? De l'expérience : « ainsi toute la certitude morale; repose sur l'expérience. Mais une » expérience bien plus certaine, parce qu elle est plus constante, » dépose contre la^^éalité des miracles. Je suis bien plus certain \ que les morts ne ressuscitent jamais, que je ne le suis que des té- » moins ne trompent point. Rien de plus commun que de voir des «témoins induits en erreur, ou y induisant : jamais on ne voit » d'interversion au cours de la nature. L'auteur des Pensées philo' >' sophiques a dit avec raison : Je croirais sans peine un seul hon- » néte homme qui viendrait m'annoncer que sa majesté vient de H remporter une victoire complète sur les alliés ; mais tout Paris w viendrait m'assurer qu'un mort vient de ressusciter à Passy , que « je n'en croirais rien. Qu'un historien nous en impose, ou que » tout un peuple, se trompe, ce ne sont pas des prodiges.^ Et que » l'on ne recoure pas à la toute-puissance de Dieu pour accréditer ».la foi des miracles : nous ne connaissons les attributs et les ac- >* tions de Dieu que par l'expérience; or, l'expérience ne nous fait V connaître que le cours ordinaire de la nature; elle ne nous en >' montre, ni ne peut nous en montrer l'interversion. »