‹ Cours de philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 39 sur 41 · raiNGints fondambittaitx · texte numérisé non relu

raiNGints fondambittaitx

soutenaient contre Tidolàtrie. C'étaient les Pères de l'Eglise. D'autres, tels-que Ebion, Gérinthe, Marcion, Yalentin, Manès, etc., voulurent faire un mélange, un syncrétisme -grossier, des c^'oyance^ chrétiennes avec les systèmes de la philosophie grecque et orientale : c'étaient les hérésiarques. D'autres enfin, restant fidèles à l'îdolàtrie expirante, s'efforcèrent de justifier les rêveries mythologiques, en les présentant à leurs contemporains comme les formules populaires et varial>les des vérités fondamentales: c'étaient les philosophes païens ou les hellénistes, dont les derniers efforts expirèrent avec la puissance de Julien l'Apostat. Le christianisme était resté maître du monde, et bientôt après, l'inondation des Barbares acheva de ruiner les mœurs, les usages, les lois, les temples du paganisme. Tout ce bagage de la superstition fut englouti dans l'abime du passé. Dieu effaça lempire romain pour écrire la chrétienté sur le globe. Nous avons déjà vu, en peu de mots, quelles furent les destinées de la philosophie durant ce grand travail de régénération, qui eût pour résultat la société moderne.

Nous avons vu aussi comment l'esprit philosophique se reproduisit dans Bacon, Descartes et Leibnitz. Pour me servir des expressions de Bossuet, la/bi et la science compatirent ensemble dam ces entendements. Enrichies des- trésors que la religion chrétienne avait versés sur le monde, la raisop humaine se soutint à une hauteur admirable pendant le xvii^ siècle. Philosophes, poètes, oirateurs, publicistes, jurisconsultes, tous joignaient la science à la foi. Ils croyaient, et ils savaient en même temps pourquoi ils croyaient. Leur vaste intelligence, en s'exerçant sur Vexplication de toutes choses, concluait qu'il faut croire les vérités d une relivgion qui ne peut s'expliquer sans l'intervention de la Divinité. Quel siècle que celui qui a produit Descartes, Newton, Leibnitz, Maiebranche, Pascal, Bossuet, Fénelon^ Grotius, Huet, Pothier, Boutxlaloue, Massillon, d'Âguesseau, Corneille et Racine!

Mais un siècle renferme toujours le germe, du siècle suivant. Déjà quelques voix isolées troublaient ce concert de la pliilosophie chrétienne; nous avons vu. Montaigne et Bayle jeter des semences de scepticisme. D'un autre côté, la réforme protestante, née en Allemagne, et importée en Angleterre, continuait son œuvre de négation en appliquant le principe du libre examen à chaque dogme du christianisme. De plus, les Pays-Bas et la France étaient devenus le théâtre des subtilités interminables du jansénisme. Enfin, la corruption des mœurs publiques se produisit sous la régence, et un essor immense fut donné aux désirs de fortune par les spécula-

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lions financières de Law; telles furent les causes diverses qui déterminèrent l'apparition et les développements de la philosophie du xviii^ siècle.

Article IV. - De la philosophie du xvin' siècle.

Cette période de Fesprit humain nous ofTre un spectacle unique dans Thistoire^ celui d'une multitude d'hommes décorés du nom de philosophes, s'achamant à tout détruire en religion, en morale, en politique, sans s'inquiéter de ce qu'ils établiraient à la place des croyances fondamentales du genre humain. Cette philosophie fut une entreprise générale de démolition. Pour nous livrer à Tétude approfondie de ce terrible phénomène, nous aurions à examiner : I ^ l'origine de la philosophie du xviii^ siècle ; 2^ comment elle se constitua en école ; 3** quels furent son chef et ses disciples ; 4® quel fut son but principal;' 5® quels moyens elle employa pour l'atteindre; 6^^quels furent ses écrits; 7® quels furent les rapports de ses doctrines avec le principe des connaissances humaines, avec la religion, avec la morale, avec la politique, avec les sciences et les lettres; 8^ quels furent les suites de cette philosophie.

Il y a peu de sujets sur lesquels autant d'écrivains se soient exercés. Les uns, passionnés enthousiastes, ont exalté le xviii^ siècle comme le siècle des lumières; les autres, esprits calmes et solides, ont flétri la philosophie de cette époque; dans l'ensemble de ses travaux, dans les systèmes antiques qu'elle exhuma simultanément, dans son caractère frondeur, dans le genre de vie et les correspondances de ses adeptes, ces écrivains n'ont vu que les saturnales de la raison humaine. Ils ont donc donné à la philosophie de ce siècle le nom de matérialisme, de scepticisme, de voltairianisn^e, d'impiété.

Je n'entrerai point dans le détail historique des questions que je viens d'indiquer. Il faudrait tout un livre pour les examiner et les résoudre. D'ailleurs, cette tâche, déjà souvent remplie, l'a été dernièrement encore avec une exactitude et une précision remarquables par notre laborieux et savant ami, M. le baron Henrion, dans \ Histoire générale de l'Eglise^ qui fait partie de la Bibliothèque ecclésiastique^.

* T. X, p. 8, 10, 53, 56, 329j 335, 376, 414, 455, 467. — T. XI, p. 147, 87, 199, 216, 307, 311, 360, 371, 388, 451, 489, 544, 573, 608, 634, 644.

Le résomé historique de tous les livres et mémoires pobliés sur la philosophie du xYiii" siècle se trouve présenté dans ces deux volumes.

S5o eaiivciP£& fo]!vdajcsnt<4it%

Je me contcailerai de dire à tous les hoiames de baïuiefeî : Vns^ surez les livres sortis deia secte pUlosophiciue du xviii® «ècle, Tans y trouverez le dessein conçu et constamment suivi de constituer la raison de telle manière que, désormais,

L'univers fût sans Dieu,

L'homme sans Ame,

La religion sans èrorance»,

La morale sans règle»

Le pouvoir sans inviolabilité,

Le mariage sans fixité,

La magi 5t ratu re sans d igni lé; .

L'armée aans^ diacipIlBe,

La vie sans frein,

La mort sans espoir.

Cest-à-dire, qu un matérialisme abject et un scepticisme désolant sont le fond de toutes ses théories, dont la réalisation serait le tombeau de lliumanité.

L'Eglise catholique étant le seul principe de stabifiié, le seul point d'arrêt au milieu des opinions humaines,' on comprend fiici* lement que les sophistes du.xviii® siècle durent en faire le principal point de mire de leurs attaques; aussi déployèreût-ils contre elle tout ce que Tenfer put leur donner de génie et de méchanceté. L*5gl!se fut travestie et bafouée dans son histoire, dans ses dogmes, dans sa morale et dans sa discipline, dans son sacerdoce et dans tous les établissements. Une haine, je dirai mieux, une rage sans exemple dans les annales du monde, anima le chef et les disciples d'une méprisable secte, qui prit pour devise cette maxime : « Mentons, il en restera toujours quelque chose; » et cette autre : « Ecrasez Tinfame. » Le code de l'impiété ne fitqu un avec celui de l'imposture. Un instinct invincible avait révélé a ces hommes que la vérité- lesj condamnait. ' Ils mentirent doac, ils mentirent beaucoup, ils mentirent. impudemment à la face d*un siècle ébloui des prestiges de leur esprit, et qui semblait, leur crier : « Dites-nous des choses qui nous plaisent, vojex ffiox nous des erreurs '. » Dans cette période de dissolution universelle, on ne sait ce qu iT faut admirer le plus, ou le cjnisme de 1 unposture ou le cynisme de la crédulité. .

Aussi les sophistes se hâtèrent-ils de proclamer leur triomphe. A les entendi:e,|le monde, débarrasM^de totaiL fiReinreUg^ux et mo-

' Isale. XXX, ta.

TBif allait goùt«r un bonheur dont les sièdès anciens n'o^Rratent'^il d'esemple* Totit à coup la terre trembla, là sèdiété^ iiAnée par sà^ base,, fut renversée : lea teihples^ le» autel», la royauté, la magis* trflture^ltt fortune publique, tout fut englouti dailsrabîntef ; et quand la justice de Dieu eut passe sur cette génération flétrie par la dé^* Ijauche et Timpiété, on commença à comprendre que Thomme ne p0ut impunément brader le ciel.

Toutef(Grig^ la philosophie du x^iii^ siècle a produit, sans lefOU* lotf , de«<efWrt9 salutatrea. Elle âr démonti^ pour jamai» Timpii^^sibr^ Ittéàbsolûe de ruine» 1 empire dest^émésreti^eu^e^er morales que Dien a gra^rée» dans la consciMce des homme». CTeH MM maïKime d^ c«»mprise au x%x^ siéeie, malgré les effort» que font en^ »en» contraire lea Tietnc admimnieura du voitairiaimme^ restée décrépit» d'rnie- éoole tombée en 'dé»uétude.

£n omsre, FagresÂon formidable du pHilosOphisttie a suscité auMi une formiikble déf<^»e. Les fondement» de ta rafison,déla na*' tttre,.de la »(^i#té, ont été mêk découvert. La vérité, »0u» la plume des apologistes moderne» de la religion,' s est produite avec une clarté plus grande que jamais ; et la fausse science a été confondue . par te aeienee )réritable« Atn»i, à cèté de» monument» que l-lmpésttfre elle fanatisme de» pbiloso'phe»^ éieira contre la foi, non» avons dau»«» monument» é(evé»'par une mison »aine, par une critiqtie jtH)M««i»e4 ^^ 1^ «ttlem et le »aToir, uni» à la religion, brfDent d-im éclat immortel. A travers soixante années de <$on traduction» et d'ei^ périence»^ la raison a grandi ; le domaine sdentifique, parcouru en cou» »en», a déposé en fevîenr de»^ vieitte» tradition» dd genre hu^ main, et les efforts les plus opiniâtres, renouvelés sous toutes les fornre» ponr accréditer Terreur, ont donné à Tesprif de rechercher une ûnpidsion qiù tourne au profit de la vérité.

Ainsi, de» à présent^ la philosophie du leviit^ siècle est jtfgée et Condamnée : c'était un enfant robuste qui ne savait que détruire. Lom de prendre fiour point de d^Mrtiêêbàl» et- keacroyanoes^ elk» s'est appliquée avant tout à dénaturer le» ttns' et lé» autre» pour te» faire cadrer avec se» systéioe» de niatéiialisine et de scepticisme. De UlBOtirîaée» k^cevamogonie» biï»n^f»>;^de lày lei^dioete» feble» »nr \m prodigieuse- antiquité da tAdnde, »ur l^ôrijgine été lliomthe et* clè lÉ $«K»été«'0e là, €8* mett»Oiig(M^hi»tmquea par teaquel» la religion et ht »i»«iété'htiinaine »e ti^ufveilt*irave»tie» chini le» écrit» phiiofo-* ptuquès de Tépoque. De la, ce mépri» effronté pour tout ce qtlii s^sitdit et fak dan» Iea> siècle» ptéoédents^ De lày cet igti€>Ue et ob»cène matérialisme, qui, ne tenant nul compte de» fait» Inde»*

55a »&IIICI»SS lOIIO^lIBHTAUX

tructibles de la conscience, s'est efforcé de ravaler Thomme au ni- . Teau des brutesy au niveau des plantes^ au niveau des mac/unes^ De là enfin, ces excès monstrueux d'une raison effervescente, qui . résuma et dépassa toutes les extravagam^es de la philosophie an-

cienne ',

Il ne faut donc pas s'étonner que cette philosophie superficielle et mensongère ait manqué le but de toute philosophie véritable, IL ne faut pas s'étonner qu'elle n'ait respecté aucune limite, et qu^â force de vouloir tout réduire à la mesure de ses conceptions bornées, elle soit tombée dans le scepticisme, plutôt que d'admettre, les faits et les mystères de la religion, les faits et les mystères de la nature humaine, les faits et les mystères du monde entier. Il ne faut, pas s'étonner qu'elle ait touché à toutes les questions sans en éclaircir aucune, et qu'au lieu d'obtenir la science pour résultai^ elle ait jeté le trouble et la confusion dans toutes ies parties du domaine scientifique, en sorte qu'il faudra de longues années encore pour dissiper les préjugés qu'elle a répandus sur la métaphysique, sur. l'histoire, sur la morale, sur la politique, et en général, sur tout ce qui fait la vie de l'humanité. <

Les nombreux écarts où elle s'est précipitée, et l'oubli dans le* quel sont tombées la plupart de ses productions, furent donc Je juste châtiment de sa légèreté, de sa mauvaise foi, de son cynisme railleur, et de sa haine satirique contre tout ce qu il y a de respectable parmi les peuples.

De cette tourbe d'écrivains impies et obscènes, les deux seuls qui aient conservé de la vogue, sont le patriarche de Femey et le

* Je me bornerai à indiquer ici les principaux ouvrages de cette école* oiik Von peut trouver la preuve de mes assertions :

Les OEnvres de Eayle, PEncxciopédie, la Théorie de la terre, les Epoques dela nature^ le livre de C Esprit, l'Interprète de Iq-mttttrtf la Pkilasophie dm. bon sens, Telliamed, Discours sur Uorigine de V inégalité parmi les hommes^ Emile, la Nouvelle Héloise, Discours sur la vie heureuse, les mœurs, Lettrés juives. Lettres persanes. Lettres chinoises. Lettres cabalistiques, Epitre à Uranie, Pensées philosophiques, Pyrrhonisme du sage. Traité de tànie, £«/très pltilosopkiques. Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes, l'Homme plante, C Homme machine. Essai physique sur l'économie animale. Traité des animaïux^ les Animaux plus que machines. Histoire de Vdme, Système d*Epicure, Sjrstème de la nature, Fable des abeilles, et bien d'autres encore, produits par VolUire, Diderot, Bel? étioa, La Mettrie, Toussaint, Boullanger, d'AIcmbert» Freret» le marquis d'Argcus, le fougueux Raynal et J.-J.Rouaseau, rtcPlasieiurs de ces ouvrages, sortis du club d'Holbach, étaient anonymes ou pseudonymes. Leurs absurdités et leurs contradictions se trouvent présentées sous une forme piffuante dansie 'Catéchisme des Cacouacs^ par Tabbé de Saint>Gyr,et dans ies Melviennes, par Barruel.

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citoyen de Genève. Implacables ennemis pendant leur vie, ils se chargèrent doutrages et se trainèr^^ht mutuellement aux gémonies, en sorte que, selon la pensée de M. de Boulogne, // ^ujjit de lire Fun pour mépriser Vautre '. Ces hommes-là se connaissaient \Àen, Après leur mort, ils semblent se disputer le monopole de la célébrité d*un siècle qui se trouve résumé dans leurs écrits.

Eh bien! qu est-ce qui fait vivre encore ces productions ? Otez à Voltaire son esprit incontestable, ôtez-lui des chefs-d'œuvre dramatiques, que lui restera-t-il, à lui qui avait la prétention d'être un^homme universel? Poète médiocre, excepté quand il est inGLme, historien menteur et ignorant, métaphysicien radoteur et sceptique, moraliste cynique, naturahste.bouffon, il aura, si Von veut, la palme du sarcasme, l'illustration de la haine, et la couronne de l'obscénité. Voilà tout.

Otez à Jean- Jacques Rousseau cette éloquence de l'imagination et ce style original qui lui sont propres, que lui restera-t-il ? L'hypothèse imaginaire de l'état de nature, sur laquelle il base toute sa pohtique et son système d éducation, des raisonnements pour et contre les sujets les plus graves, des spéculations creuses sur la religion naturelle, qui aboutissent à un athéisme véritable, le récit effronté d'une vie pleine d'opprobre, et un Dictionnaire de musi* que assez médiocre.

C'est donc par un abus de mots qu'on a nommé les hommes de cette école philosophes. Le seul nom qui leur convient est celui de sophistesy impies et libertins. Rappelez-vous ce qui a été dit des anciens sophistes d'Athènes, et vouscomprendrez facilement que ceux du xviii^ siècle ont fait comme eux du raisonnement l'art' de duper les hommes, et de la philosophie une lanterne magique où le spectateur ébahi s'imagine voir tout ce que le charlatan désigne. Je terminerai ce chaptre parles extraits de quelques écrivains qui ont apprécié la philosophie, ou pour mieux dire, l'impiété sophistique et pédante qui commença à paraître vers la fin duxvxi^ siècle, et qui acquit tous ses développements pendant le XVIII^

LES BSPBITS FOETS JUGES PAR JJl BRUTERB.

Les esprits forts savept-ils qu'on les appdle ainsi par ironie? Quelle plus grande faiblesse que.d'être incertain quel est le principe de son être, de sa vie, de ses sens, de ses connaissances,et quelle en

« Mandement contre la réimpression des Œuvres de Foliaire et de Houueau.

5S4r twnemB pom>ÂimEn^àxrK

doivêtreiû fin? Qiiri' àéicfmmgemènt pHus- g^ratid qae- ié doittesc si s(Mi' àme nesT (wint matière eommarlt pievce etie r^plile^relsi eUé' n'esl poinl coiruptîble eoitithe ces ytles drëaCiure»? N^y a44l p» pliiss dé foi«eie&de gtfandtifr à.reêévbir danâ notre e«pfit l'idée d*tm êtâe sufièAeui à téus les étre»^ qui les a tous faits^ «i^ à qiiî tous se doivent nppoiter; dm être sooruraki^nent parfait^ qin est puir, qui nf a pwni eetaoHSneé et- qui' ite peut fi»ir, dant nètre àase est l'image^. et^ siydtt64ir«,4ine<poiti«ii'OOinaie€^rîtel ecmniie imttiorteUe?

h^. àèéAe et le fidble sont sosireptibleft^ d'imptessiena : Tua.en reçoit de bomM^ Ikutte de mativaises^ c^es^à-^dive que le preanor ett penuad£ et fidèle, et que le^ second est entlM et eoivompn. Ainsiireaprit doctte admet la vtaie religion; et Xespà^ faible^ on n'en admet aucune, ou en admet une fausse : or Tes^rit fiatt^.os n'a point de re&gion, ott se fait une neligioaf doiic Tcfspnt fort^.cfést resprit&iUe:

J*appell6 moddahM^ terrestres on groaâaits, eeux doi^ Teipnt et. le: Goânr sont attaches à ime.pttite' poartiiOBf de ce monde qn'ils^ kàbitenti qni: est la terre; qui n estknent wmi^ qiûn-aknejntTien aa ddk: gens aussi limités>que ce qn-ik appeliaat leurs posseasâoiM on Icnr domainey que ïam lœmtéy dont en cotupteles' arpents^ et dont on montre les bornes. Je ne m*étonne pas.qne des hommes qni s*appiisent soffim atompdniBfceUeiit dans, lea aMnndrès efforts qo'il^ ficmt po«r sonder la ^rité^ si aveo desyueasi eouit^ ils ne petocent point à traitera ler eietl' et les astres, jusques^à Dieu mémef »vnd«'apetGBVtattt poîstottde TexceileMaadb'i^qtti est esprit^ en de k' digniié de' Fàme^ il» aessentent enonee aftoins coBd>ien elle €81 difiadle^à attOntir,^ combien la terre enliéce est aeo^essous Séûèj de'qndtlenëeesMfts kir deimnt anètne aontesaineKieiit par» Sm qniestBieUy et^q^ besoiniindiqpmsabié elle a dJune ndigsntf quiile^lui indiq^Be, et quilm.eA^est une eantion^sàse. Je cainprends> a« contkaxi9e^ibrt^aiàéna»tqifc^îl>«sti»fim die tomi-

ber dans ^înet^u&té^ew ïiniiifSseem aemr Dieo et

la religion à la politique, c'est-à-dire à Tordre et à la décoration de ce monde, la»smle«lïose^.90loiD emt, «p» méiite ^*od y pense.

Quelques-uns achèyent de se corrompre par de longs voyages, èrpenient teipetf (fe*t«llgi#tt'qiKi^ ksni^ veêttdtf ila^ soient de jour à aoiMivm tÈùmëmiisM», divises mmiiiSf ftiverseaioéréaMMUS) Ss p^némVk^M kaemL' qni eutteni' dans le«i aaagasiift, indécenûé» sur le 6hoix.desiétof&a.^qia'ila veulent acheter : le gi^nd nombre de celles qu* on leur montre les rend plus indifférents; elles ont cfaa*

Q\xt€ leur ttgrémem ot li^ur biens^unce : ils n« se (iïent point, ils soruni sans, emplelte»

Il J'ai des honniM» qui atienâent à être dévots et religieux que totit lêmondoM déclare impie el libertin : ce sera alors le parti du vu%air«; ibaauvonts'en dégager. La shigularité leur plaildan3 tffi^ matière si sérieuse et si profonde; it» ne suivent» la mode et le train GOomniU' (|ûe dans les choses de rien et de nulle suite : qui sait aiéiiie s'ils nr ont pM déjà mis Qne>s€frt» de bravoure et d'intrépidité à courir tout le risque de l'avenir? il ne faut pas d'ailleurs que, dàns: une eevtaîiie. ocmdttion, avec une certaine' étendue d'esprit, et de certaines vues, l'on songe à croire comme le^ savants et le |^u|rie.

L'on: daute'de Dieu dans une pleine santé, eomme l'on doute que ce soit pécher que d'avoir ua eommerce avec imepersonne libre' ; ^piand l'on devient malade, et que lliydropisie est formée. Ton quitte sa concubine, et l'on croit et» Dieui

Il fiiudrait s'éproover et s'exanoner trèa-sérieusement avant que de ae déclarer esprit ibrt ou libertin, afin, au moinE^, 61 selon ses principes, de finir comme on a véen^OB, si l'on ne se sent pas la force'd'aller si loin, se résoudre de viwe comme Ton veut mourir.

Tottle plaisanterie dans un honune mourant est hors de sa place ; si. elle roule sur dé eerlains chapitres,: elle est ftuieste. C'est une extséme misère que dé domCfeer.à ses» dépens, à oeupt que l'on bosse, le plaisir d'un bon mot.

Dans quelque prévention où l'on puisse>ètPe sur ce qui doit suivre kf mcTl, c'est unrchose bien sérieuse que de mourir : ee n'est point alors.le badinogeqni sied Uen, mais la constance.

Il y a eu de tout temps de ces gens dun bel esprit et d^tme agréable littéigMre, esclaves des gramiti dont ils ont épousé le libertinage^ et porté le joug toute leur tie eotïtre leurs propres lumières «t rentre leur conscience. Ges' kommes^ n'ont jamais vécu que pouc d'autvés hommes, et ils seinblent les avoir regardés coimne'leur d^<aîère fin. Ils ont eu honte dé se sauver à leurs yeux, de paraître tels qu'ils étaient peut-être dans le coeun; et ils se isont peiduspar déférence* am par fiiîblesse. Y $F-t*S' donc sur la terre des: giaâdi asseft grands^ et des puiasamta asse» puissàmtSy pour mériter de nottstcpié noi» croyiônset que nous vivions à leur gré, seloirlevr goAt et leurs caprices, et que nous poussions la com^ plaÎMinciB^ièuslcHn, en mourant non de la-manîère'lqni esf la plus sàre pcMv naos, jnaîs de celle qui leur plaît davantage?

""• Une flile.

556 PAIHCinS TOUVÂMEnTAVX

J'exigerais de ceux qui Tont contre le train commun et les grandes règles, qu'ils sussent plus que les autres, qu'ils eussent des raisons claires, et de ces ai^ments qui emportent conviction.

Je voudrais voir un homme sobre, modéré, chaste, équitable, prononcer qu il n y a point de Dieu ; il parlerait du moins sans intérêt : mais cet homme ne se trouve point.

Taurais une extrême curiosité de voir celui qui serait persuadé que Dieu n'est point : il me dirait du moins la raison invincible qui a su le convaincre.

L'impossibilité où je suis de prouver que Dieu n'est pas, me découvre son existence.

Dieu condamne et punit ceux qui l'offensent, seul juge en sa ^ propre cause ; ce qui répugne, sll n'est lui-même la justice et la vérité, c'est-à-dire s'il n'est Dieu.

Je sens qu'il j a un Dieu, et je ne sens pas qu'il n'y en ait point; cela me suffit, tout le raisonnement du monde m'est inutile : je conclus que Dieu existe. Cette conclusion est dans ma nature ; j'en ai reçu les principes trop aisément dans mon enfance, et je les ai conservés depuis trop naturellement dans un âge plus avancé, pour les soupçonner de fausseté : mais il y a des esprits qui se défont de ces principes. C'est une grande question s'il s'en trouve de tels; et, quand il serait ainsi, cela prouve seulemeht qu'il y a des monstres.

L'athéisme n'est point. Les grands, qui en sont le plus soupçonnés, sont trop paresseux pour décider en leur esprit que Dieu n'est pas : leur indolence va jusqu'à les rendre froids et indifférents sur cet article si capital, comme sur la nature de leur âme, et sur les conséquences d'une vraie religion ; ils ne nient ces choses ni ne les accordent: ils n'y pensent point.

Nous n'avons pas trop de toute notre santé, de toutes nos forces et de tout notre esprit, pour penser aux hommes^ ou au plus petit intérêt : il semble au contraire que la bienséance et la coutume exigent de nous. que nous ne pensions à Dieu que dans un état où il ne reste en nous qu'autant de raison qu'il faut pour ne pas dire qu'il n'y en a plus.

Un grand croit s'évanouir, et il meurt; un autre grand périt insensiblement, et perd chaque jour quelque chose de soi-même avant qu'il soit éteint : formidables leçons, mais inutiles ! Des circonstances si marquées et si sensiblement opposées ne se relèvent point, et ne touchent personne. Les hommes n'y ont pas plus d'attention qu*à une fleur qui se fane, ou à une feuille qui tombe : ils

BS PHILOSOPHIB CBHBTIBinfB. 557

envient les places qui demeureat vacantes, ou ils s'informent si elles sont remplies et par qui.

Les hommes sont-Hs assez bons, assez fidèles, assez équitables, pour mériier toute nôtre confiance, et ne nous pas faire désirer du moins que Dieu existât, à qui nous pussions appeler de leurs jugements et avoir recours quand nous en sommes persécutés ou trahis ?

Si c'est le grand et le sublime de la religion qui éblouit ou qui confond les esprits forts, ils ne sont plus des esprits forts, mais de faibles génies et de petits esprits ; et si c'est au contraire ce qu il y a d'humble et de simple qui les rebute, ils sont à la vérité des esprits, forts, et plus forts que tant de grands hommes si éclairés, si élevés, et néanmoins si fidèles, que les Léon^ les Basile, les Jérôme, lés Augustin*

Un Père de TÉglise, un docteur de TÉglisej quels noms ! quelle tristesse dans leurs écrits! quelle sécheresse, quelle froide dévotion ! et peut-être quelle scolastique ! disent ceux qui ne les ont jamais lus. Mais plutôt quel étonnement pour tous ceux qui* se sont fait une idée des Pères si éloignée de la vérité, s'ib vp jaient dans leurs ouvrages plus de tour et de délicatesse, plus de politesse et d'esprit, plus de richesse d'expression et plus de force de raisonnement, des traits plus vifs et des grâces plus naturelles, que Ton n'en remarque dans la plupart des livres de ce temps, qui sont lus avec goût, qui donnent du nom et de la vanité à leurs auteurs ! Quel plaisir d'aimer la religion et de la voir crue, soutenue, expliquée par de si beaux génies et par de si solides esprits, surtout lorsque Ton vient à connaître que, pour l'étendue de connaissances, pour la profondeur et la pénétration, pour les principe» de la pure philosophie, pour leur application et leur développement, pour la justesse des conclusions, pour la dignité du discours, pour la beauté de la morale et des sentiments, il n'y a rien, par exemple, que l'on puisse comparer à saint Augustin que Platon et que Cicéron ! . L'homme est né menteur : U vérité est simple et ingénue; et il veut du spécieux et de l'ornement; elle n'est pas à lui, elle vient du ciel toute faite, pour ainsi dire, et dans toute sa perfection ; et l'homme n'aime que son propre ouvrage, la fiction et la fable. Voyez le peuple : il controuve, il augmente, il charge, par grossièreté et par sottise; demandez même au plus honnête homme s'il est toujours vrai dans ses discours, s'il ne se surprend pas quelquefois dans des déguisements où engagent nécessairement la vanité et la légèreté ; si, pour faire un meilleur conte, il ne lui échappe pas souvent d'ajouter à un fait qu'il récite une circonstance qui y

niaiMiiie* Vue diose amm M^ourd^hw, ûi prasqve mm wMjem^ cent personnes qui Font vue la racomest tn cest fiiçons diiSetentes; celui-oî) s'il est (écoulé^ la ^Kn eiHMire.diuie mficre jfnîs a pas été dite : queUe-onéance idoncpounoeis- je.dimBcr à des ùà»a jpii sont anciens et éloigMS de noi» par j^asiears siècles? quel fiovdeBMOt dois-je faire aur les jAas gnves Ustonens? que derieiit l'Ustoîve? César a't*îl ëtë masaacné au mflîen du sénat? y a-t->îl ea mi César ? Quelle conséquence l ne ditss-Tous ; quels doutes ! cpidle- denande ! Vous riez! voas ne .me jugez pas «d^e 4 Mcune céponse; el je crois même que vous avez xaiaon. Je suppose néaimmtiis que 4e livre qui fait mention deOésar ne soit pas un livae pr<i^i]ie,«cMtde ]a nain des honmes qui sont menfteucs, troum porlmardidMn les bibliothèques parmi d'autres manuscrits qui contiennent des hôatoires vraies aa apocryphes; qu'au eontrairr 3 soit in^iré, saint, divin ^'quÙ porte en soi ces earaotcoes:; qu'il se tvouve dqniis ptcs de deux nilLB ans dans une société .nondïirense qui a'a pas p^mis qu o» jak fiut praidant^eut ce temps lafmoindne aitération, et qoi s'est finit une rdîgîon de .le 4SOiiserver dans toute ecn intégrité; qu'il y ait même «m engagement religieux et indispeasable 4l*avoir de la jEot pour tous les £ihs contenus dans ce volume <ni il est parlé de César et de sa dictature :avouezrle, Lueile, vous doutiez alors qaii yait euun Cénr.

Toute musique n'est pas propre à kniar Dieu età ét^e ctfliendaie dans le sanctuaire. Toute philosophie ne parle pas dignoneiit de Dieu, de sa puissance, des principe» de ses x>péKatiDns et de se» mystères : plus icette philosophie jcatsufatile et édéale, plus elle est vaine et inutile pour expliquer des disses qui nedemandent des hommes qu'un sens droit poar être cmmiies juiqnes à im ceitaitt point, et qui au delà sont înexpbcables. Vouloir rendre raison de Dieu, de ses perfeotimis, et, si j'ose ainsi parler, de ses actions, c'est aller plus loin qoo les anciens philosophes, que' bes npàcacs que les premiers docteurs; mais oe n'«tt pas rencontrer si juste, ceât creuser longtemps et profondément sans trowfvr les sources de la vérité. Dè^ qu'on a abandonne les termes .de bonté, ^ie ni* séricorde, de justice et découle puiasance,quid<mnent.deDieuéesi hautes et de si aimables idées, quelque grand effort d'imaginatîoa qu'on puisse faire, il fauft recevoir tes expressions sèches, sinriies, vides de sens; admettre les pensées <3reuses, écartées desnotioDS communes, on tout au plus les subtiles et le^ingénseuses^et^à nesure que l'on acquiertd^ouveT«iR*e'dan6unenouvettemetaph]F8Îque

per^e un peu de sa vel^on.

Jii«fiftQs mk. W «homwe^.na se fom^ïH-àh point par Iwiérdc de M ^^ligion, fhnt iWw0t bî p^u p«r»iMd04, «t qa Us pjmtiqwint m

Çf^Ui^ i9â|i^ x^alignW) ^ue Ws hanmiéa idéfesid^nt anrec chaleur J9I; s^fKî léAe -iiQntit^ cwx i^ai en oiU une touée coAtraire;, ils l'altè- ^i^nt «6UKn|iié«iiaii idm» leur i^ipr it p«ur de« seniîmants pamiçuliens, ils y aj^u^ai e|, ik en.i?etraiicbent mille choses souyente^i&ei^Uâlkis, selon Qe ^i l^iir ^^anvient, let âU demeurent fesm^ et ioéhirmi^ lahlt^s cUns cette fcnruie qu!ik lai ont donnée, Ainsi, à parler p9«pulairenient, oa peut d»re d une «eule nation quVUe vit aqus un anéme culte, et quelle na qu'une aeule religion î mais, à parler exadiement, ilest vrai qu elle en ^ plusieurs, et que ehacw presque y a la sienne.

Deuii sortes de geas fleurissent dans les oaurs, et y daminent dans divers ten^, Jes libertins et les hypocrites : ceux-là gâie^ jB^t, ouvertement, sans art et sans dissinmlatioci ; ceux-rci finement, par 4^ artifices, par la cabale : cent lois plus .épris de la fortune que les premiers, ijs en sont jaloux Jusqu a Texcè^; ils yeulent Ja gouverner, la posséder aeuie, la partager entre eux, et en jexclm^ tout autre : cÛgnilés, charge^ postes, bénéfices, panaions, honneurs, tout leur convient et n^ conyient qu à eux, le reste 4es hodwnes en est indigne, ils ne oomprennent point que sans leur attache on ait Timpudence de lesespérer : une troupe de masquas entre dans un bal^ ont-ils la maiB,.ik dansent, ils. se font d^n^^ar les uns les autres, ils dansent encore, ils dansent toujours, ils ne ren*dent la main à persomie de rasaemb'lée, quelque digne queUe soit de leur attention ; on languit, ém sèche de les voir danser et de ne danser point; quelques*uns murmurent, ies plus sages, prennent leur parti, et sen vont.

Il- y a deux espèces de libertins : les libertins, ceux du mains qui croient Têtre; et les hypocrites ou faux dévots, c'estra-<diie ceux qui ne veulent pas être crus libertins : les dernieri, dans ce genrerlà, sont leis meilknirs. •

Le faux dévot, ou.ne croit pas en Diou^ où «e moque de Dieu.: parlons de .lui obligeamment, il ne croit pas eu IHeu.

Si toute religion est une crainte respectueuse de la Divinité, que penser de ceux qui osent la blesser dans sa plus v^îve image, qiti e^'tle pnbce?

^ Ton nous awurait que Le motif secret île Tambasasde des Sisi* u9tois a ^%é d*exoiter le roi tres-chréûan a renoncer au cltristia* nisme, à permettre Ventrëe dans son royaume ayx talapoins, qui

Sgo FAnrCIFBft VOITDAIISHTÀIIX

eussent pénètre dans nos maisons pour persuader leur religion à nos femmes, à nos enfants, et à nous-mêmes, par leurs livres et par leurs entretiens; qui eussent ëleyé des pagodes au milieu des Tilles, où ils eussent placé des figures.de métal pour être adorées, ayec quelles risées et quel étrange mépris Yi*entendrions-nous pas des choses si extravagantes! Nous faisons cependant six mille lieues de mer pour la cpnversion des Indes, des royaumes de Siam, de la Cîhine et du Japon, c'est-à-dire pour faire très-sérieusement à tous ces peuples des propositions qui doivent leur paraître très-folles et très-ridicules. Ils supportent néanmoins nos religieux et nos prêtres; ils les écoutent quelquefois, leur laissent bâtir leurs églises et faire leurs missions : qui fait cela en eux et en nous? ne serait-ce point la force de la vérité ?

U ne convient pas à toutes sortes de personnes de lever I étendard d*aumônier, et d'avoir tous les pauvres d'une ville assemblés à sa porte, qui y reçoivent leurs portions : qui ne sait pas, au contraire, des misères plus secrètes, qu'il peut entreprendre de soulager, ou immédiatement et par ses secours, ou du moins par sa médiation P De même il n'est pas donné à tous de monter en chaire, et d'y distribuer en missionnaire ou en catéchiste la parole sainte : mais qui n'a pas quelquefois Sous sa main un libertin à réduire, et à ramener, par de douces et insinusmtes conversations, à la docilité? Quand on ne serait pendant sa vie que Tapôlre d'un seul homme, ce ne serait pas être en vain sur la terre, ni lui être un fardeau inutile.

Il y a deux mondes : l'un où l'on séjourne peu, et dont l'on doit solrtir pour n'y plus rentrer; l'autre où l'on doit bientôt entrer pour n'en jamais sortir. La faveur, l'autorité, les amis, la haute réputation, les grands biens, servent pour. le premier monde; le mépris de toutes ces choses sert pour le second. Il s'agit de choisir.

Qui a vécu un seul jour a vécu un siècle : même soleil, même terre, même monde, mêmes sensations; rien ne ressemble mieux à aujourd'hui que demain : il y aurait quelque curiosité à mourir, c'est-à-dire à n'être plus un corps, mais à être seulement esprit L'homme cependant, impatiient de la nouveauté, n'est point curieux sur ce seul article; né inquiet et qui s'ennuie de tout, il ne s'ennuie point de vivre ; il consentirait peut-être à vivre toujours. Ce qu'il voit dé la mort le frappe plus violemment que ce qu'il en sait; la maladie, la^ douleur, lé cadavre, le dégoûtent de la connais-

DB PHILOSOPHIE CHRiTIBNNE. 56l

sance d*un autre monde 3 il faut tout le sérieux de la religion pour le réduire.

Si Dieu avait donné le choix ou de mourir ou de toujours vivre, après avoir médité profondément ce que c'est que de ne voir nulle fin à la pauvreté; à la dépendance, à l'ennui, à la maladie, ou de n'essayer des richesses, de la grandeur, des plaisirs et de la santé que pour les voir changer inviolablement, et par la révolution des temps, en leurs contraires, et être ainsi le jouet des biens et des maux. Ton ne saurait guère à quoi se résoudre. La nature nous fixe, et nous ôte l'embarras de choisir ; et la mort, qu'elle nous rend nécessaire, est encore adoucie par la religion.

Si ma religion était fausse, je l'avoue, voilà le piège le mieux dressé qu'il soit possible d'imaginer; il était inévitable de ne pas donner tout au travers, et de n'y être pas pris : quelle majesté, quel éclat des mystères! quelle suite et quel enchaînement de toute la doctrine! quelle raison éminente! quelle candeur, quelle innocence de mœurs ! quelle force invincible et accablante des témoignages rendus successivement et pendant trois siècles entiers par des millions de personnes les plus sages, les plus modérées qui fussent alors sur la terre, et que le sentiment d'une même vérité soutient dans l'exil, dans les fers, contre la vue de la mort et du dernier supplice! Prenez l'histoire, ouvrez, remontez jusqu'au commencement du inonde, jusqu'à la veille de sa naissance; y a« t-il eu rien de semblable dans tous les temps! Dieu même pouvait-il jamais mieux rencontrer pour me séduire ? Par où échapper? où aller, où me jeter, je ne dis pas pour trouver rien de meilleur, mais quelque chose qui en approche ? S'il faut périr , c'est par là que je veux périr ; il m'est plus doux de nier Dieu, que de l'accorder avec une tromperie si spécieuse et si entière : mais je l'ai approfondi; je ne puis être athée; je suis donc ramené et entraîné dans ma religion; c'en est fait.

La religion est vraie, ou elle est fausse : si elle n'est qu'une vaine fiction, voilà, si Ton veut, soixante années perdues pour l'homme de bien, pour le chartreux ou le solitaire; ils ne courent pas un autre risque : mais, si elle est fondée sur la vérité même, c'est alors un épouvantable malheur pour l'homme vicieux ; l'idée seule des maux qu'il se prépare me trouble l'imagination ; la pensée est trop faible pour les concevoir, et les paroles trop vaines pour les exprimer. Certes, en supposant même dans le monde moins de certitude qu'il ne s'en trouve en effet sur la vérité de la religion, il n'y a point pour l'homme un meilleur parti que la vertu.

562 PRlIfCIPBS VOnilAMBlITAUX

LA PHILOSOPHIE DU XYIIl*^ SliCLE JUGEE PAR LA HARPE.

Ce siècle s «st. appelé lui*niéme lé siècle de la philosophie : depuis les premiers écmains jusqu'aux derniers, depuis Voltaire jusqu'à Mercier, fous se sont appelés philosophes^ tous ont f anté le siècle philosophe. Ce nom, affecté avec tant de prétention, prôné avec tant d'emphase, répété jusqu'au dégoût, devait d'abord, par cela même, être fort suspect à la raison. La raison est ennemie du charlatanisme, et il y en avait certainement à s'arroger ainsi un titre ^u il faut attendre de la postérité. C'est elle qui caractérisé les siècles, en recevant leur héritage et en jugeant leurs monuments. . C*est la France, c'est l'Europe entière qui a reconnu, d'une commune voix, le long règne de Louis XIY comme une époque de supériorité dans tous les arts d'imitation, dans tout ce qui fonde et embelUtrordresocial. Mais nous ne voyons pas que les écrivains qui Vont illustrée -oient pris sur eux de devancer Tâge suivant, en qualifiant leleur de siècle du génie : c'est du nôtre qu'il a reçu ces titres glorieux de grand siècle^ de beau siècle, que personne ne lui a contestés. On ne voit pas non plus que celui où fleurirent les S<»orate, les Sophocle, les Euripide, les Platon, les Aristote, se soit nommé lui-même philosophe; et c'est aussi l'Europe moderne qui, depuis la renaissance des lettres, a consacré, par son admiration unanime et constante, les siècles de Périclès, d'Auguste et de Léon X. Il nous a été réservé de donner au nôtre, surtout en France, et de notre seule autorité, une espèce de signalement qui devait nous séparer et des temps passés et des temps à venir. Il faut voir si nous nous sommes appréciés nous-mêmes avec justice, si le xviii^ siècle, particulièrement dans sa dernière moitié, et considéré comme il doit Vêtre dans ses caractères dominants et dans ses résultats généraux, a été en effet éminemment philosophe dans la véritable acception du mot. Il ne pourrait l'être, sans doute, qu'autant qu'il serait remarquable par les progrès sensibles de la raison appliquée à tous les objets qu'elle peut perfectionner, ou du moins améliorer 'pour la gloire et le bonheur de Tespèce humaine. Mais s'il se trouve, en dernière analyse, que, les exceptions mises à part, comme elles doivent toujours l'être, le caractère général, trcsmarqué dans le xviii^ siècle, surtout depuis cinquante ans, ait été le plus honteux abus de l'esprit et du raisonnement dans tous les genres, succédant aux plus beaux efforts de la raison et du génie,

DE -PXII.OSOVHIB GilRIBTlBfrNE . 563

ne^doit*on pas en oopdure que la postérité ne verra dans notre 3iècle, et principalement en France, que la plus désastreuse époque de éégmà^ûon^ et qae ce g[rand titre de siècle philosophe ne sera pour nos>neiFeux que ce qti*il edt déjà pour tous les gens sensés, une espèce dd sobriquet) très*rfdicule,'Une sorte de contre-vérité, comme le nomdes Euménides, qui par lui-même 'désigne la douceur et la bonté, et que les Grecs, peuple frivole et railleur, avaient imaginé pour les furies ?

Il ne s'agit point ici, je Tavoue, des sciences exactes et des sciences jdiysiques, qui ne font point partie du plan de mon ouvrage, maisilont pourtant il faut dire un mot, sous le rapport de la question qui nous occupe. Quant aux premières, on sait qu*il est assez difficile de déraisonner beaucoup en mathématiques, et que Terreur mi^me ne peut guère y être contagieuse, étant toujours en présence de la démonstra^on, son irrésistible adversaire. Quelque questions de géométrie transcendante, plus curieuses qu'utiles, ont pu donner lieu à des solutions hasardées ou fausses ; mais il y a trop peu d'hommes à portée de ces problèmes pour quils fasserit jamais, grand broit ou grand mal, et il n'est guère possible que Von trouble les nattons pour la quadrature du cercle ou les asymptotes. Quant à la physique, on a fait denos joinrs trois ou quatre cosmogénies nouvelles, ou systèmes du monde, sans que le monde en ait «lé in<|uiété ou s'en soit même aperçu. On a imprimé des volumes contre le» théories de Newton, qui sont demeurées ce qu'elles étaient. J observerai seulement que, même en ce genre de philosophie, je ne vois pas pourquoi notre siècle serait le siècle philosophe par excélknee ; et, de l'aveu même des savants, je ne vois pas du tout que ses chroits soient prouvés. On s'est restreint, il est vrai, asseï généralement, et malgré la rogue passagère des hypothèses dé iBiiffbn, à la recherche des feits et aux résultats de l'expérienoé. Rien n'est plus raisonnable ; mais à qui sommes-nous redevables jd'en être venus là? N'est-ce pas à Bacon, qui nous a montré le droit chemin ? Nos expériences sur l'électricité sont-elles un plus grand pas et une acquisition plus utile que celles de Toricelli et de Pascal sur la pesanteur de l'air, devenues depuis longtemps usuelles? sontelles plus merveilleuses que le prisme de Newtoo ? L'astronomie, plus riche que jamais en instruments d'optique, a-t-elle fait des découvertes qui passent celles de Kepler et de Galilée ? Je n'ai pas ouï dire aux savants, à qui je dois m'en rapporter sur ce que je n'ai pas étudié, que la dynamique de d'Alembert, quoiqu'elle ait ajouté à la science, soit une plus belle chose que Vapplicatlon de l'algèbre a

554 pmixcms vomiiambhtaux

la géométrie, ce grand titre de Descartes, et qui pourtant n'est pas

le seul.

S*il s'agit de sciences qui tiennent de plus près à l'utilitë géné^ raie telles que la médecine et la jurisprudence, je toîs que les Yan- Swiéten, les Tronchin, les Bordeu, malgré tout leur mérite et leur réputation, n'ont été que les disciples du grand Boérhaave, qui écrivait au commencement de ce siècle, et qu'eux-mêmes s'honoraient d'être les premiers parmi ses élèves; c'est là leur gloire : et, pour ce qui est de la jurisprudence, j'ai vu les plus habiles s'incliner au seul nom du fameux Domat (pour me borner en ce genre aux titres du dernier siècle), de ce Domat dont les ouvrages avaient réconcilié l'excellent esprit de Boileau avec la science des lois ', et sont regardés comme l'un des plus par£edts modèles du véritable esprit philosophique, de l'esprit d'ordre et d'analyse appliqué à ce cenre de connaissances, moitié spéculatives et moitié politiques, et où la pratique embrouille si souvent la théorie.

Si quelque chose a gagné sensiblement de nos jours, ce sont les arts de la main, et à leur tête la chirurgie. La main-d'œuvre, dans tout ce qui est mécanique ou manufacture, a £aiit des progrès incontestables, mais qui ne peuvent être nus sur le compte de l'esprit philosophique. Au contraire, il est à remarquer que tout ce qui dépend de celui-ci a été, depub cinquante ans, successivement dégradé par le vice inhérent à la curioûté humaine, à qui l'amourpiopre fait si souvent passer les bornes où la raison l'a renfermée^ au lieu que l'industrie s'est visiblement perfectionnée, parce qu'elle avait un guide sur et un objet immédiat, l'expérience manuelle et futilité prouvée par le succès. Mais faut-il autre chose que du boa sens pour trouver souverainement ridicule un emploi de la science tel que celui qu'en a fait un savant moderne, Condorcet, l'application du calcul mathématique aux vraisemblances morales, calcul qu'il substituait, avec un sérieux aussi incompréhensible qu'infatigable, et dans toute l'étendue d'un m-4'' hérissé d'algèbre, aux preuves juridiques, écrites ou testimoniales, les seules admises, dans tous les tribunaux du monde, par le bon sens de toutes les

♦ « Les paroles du poëte sont remarquables et peuvent servir de leçon à la vanité de nos rimeurs, qui traitent si volontiers de pédantismc tout ce qui est au dessus de leur frivolité. — « La lecture de M. Domat m'a fait voir dans cette » science une raison que je n'y avais pas vue jusque-là. C'était un homme ad- » mirabîe que ce M. Domat. Vous me faites trop d'honneur de me mettre » en parallèle avec le restaurateur de la raison dans la jurisprudence. » {Lefirr de Doileaii à JBrosseite.)

DE PHILOSOPHIE CHRBTIBKITB. 565

nations? C'est pourtant avec ce calcul algébrique que Fauteur, qui stpparemment ne Toulait plus qu'il y eût d autres juges que des mathématiciens, prétendait que Ton décidât de la vie, de la fortune et de la, liberté des hommes, par des dixièmes, des vingtièmes, des fractions de preuves balancées les unes par les autres, et réduites en équations, en additions et en produits. On osa vanter comme une conquête de Tesprit philosophique cette prétendue invention, bien digne de la philosophie révolutionnairey et qm pourtant n'a pas fait fortune, parce que Textràvagance fut repoussée cette fois par impossibilité absolue. Mais elle a du moins fait voir jusqu'où peut s'égarer un sophiste entraîné par la vanité de sou-^ mettre à ses études des objets qu elles ne sauraient atteindre ; et c'est une exception assez singulière à ce que j*ai dit ci-dessus, qu'on ne peut guère délirer en mathématiques.

Un autre genre de connaissances dont les accroissements pa^ raissent généralement avoués, mais n ont pas encore produit tout T-effet qu'on doit en attendre, ce sont celles que Ton appelle physico-chimiques^ c'est-à-dire celles où la décomposition des substances corporelles a fait naître de nouvelles lumières sur les opérations de la nature et du temps, dans les différents matériaux dont notre globe est formé. C'est sans doute un beau travail de rintelligence humaine, c'est se placer à la plus grande hauteur où les spéculations de Thomme puissent monter, que de suivre de rœil la marche des corps célestes dans Tcspace, en même temps que Ton décompose la terre que nous foulons sous nos pieds, et de chercher dans la nature les effets de la lumière et du feu sur la matière aqueuse et terrestre, Thistoire des changements progressifs qui nous expliquent l'état ancien et actuel du globe que nous habitons. Mais, en remontant ainsi par l'observation au delà de toutes les traditions historiques, en recherchant ces époques reçu* lées dont nous ne pouvons retrouver le témoignage que dans les traces empreintes sur la surface de la terre ou déposées dans son intérieur, il ne faut pas, comme Buffon, écrire les annales du monde en hypothèses et en romans qui attestent seulement la brillante imagination de l'auteur, et sont démentis par l'observation des faits. Je ne saurais trop répéter que ce n*est pas moi qui me fais ici juge en ces matières; mais je dois, pour Fintérêt de la vérité, rappeler, d'après Favis public de tous les savants, que la Théorie de la terre et les Epoques de la nature^ du célèbre Buffon, n'ont pas aujourd'hui un seul défenseur parmi les physiciens, et qu'il ne lui 2'este, dans la postéiité, que la gloire d'un grand écrivain, gloire

566 mincisBt: r€fmÊrkiÊÊSf9M9x^-

tvès-rëelle sans doute, mais quij en' philosophie, ne peat jamais âtre que secondaire. Ici même son prestige a été dangereux'; car c'est surtout Tattrait du style de Buffibn tjui donna d'abord de la ▼ogne et de l'autorité à cette physique mensongère, qui avait déjà pour le scepticisme iiréligieux un autre attrait,' celui de démentir la seule cosmogonie véritable, parce qu'elle est la seule inspirée celle des livres saints. J'ai vu le temps où l'ignorance du vulgaire même, croyant BufFon sur parole, sans être à portée de l'entendre, rejetait hautement la création par ce seul mot, devenu le refrain des écoliers et des professeurs de matérialisme et d'athéisme : Le monde est bien vieux. Il mondo è molto "vecchio. Mais qa'est-il arrivé? C'est ici que s'est confirmée avec éclat cette parole d'un si grand sens, et qui est celle d'un grand philosophe : Un peu de philosophie fait V incrédule^ et beaucoup de philosophie fait le chrétien, ki^tès que les premiers aperçus de la chimie géologique eurent fait répéter si inconsidérément que l'histoire de la terre contredisait la révélation, et que la nature réfutait Moïse et la Genèse, il s'est trouvé que la terre et la nature, mieux examinées, non-seulement confirment en tout le récit de la création et du déluge dans la Bible, mais prouvent même que ce récit n'a pu être qn inspiré. C'est ce qu'un savant du premier ordre, M. Deluc, connu dans l'Europe pour avoir consacré sa vie à ce genre de recherches, a démontré dans deux oiivrages ', que la philosophie des incrédules n'a pas même osé contredire, quoique dans toute la puissance de son règne actuel; et MM. de Saussure et de Blumenbach, et d'autres savants non moins distingués, ont appuyé ces démonstrations en attestant la réalité des mêmes faits. Mais ce beau triomphe de la science observatrice, d'accord avec la vérité révélée, n'a pas eu encore Féclat qu'il devait avoir, et qu'il ne peut manquer d'obtenir bientôt. Il est venu au moment où l'impiété, couronnée par les crimes de la révolution française, et retranché derrière les canons et les baïonnettes, a cru pouvoir se passer de l'opinion à la faveur de la force, n'a plus songé à répondre aux écrits, mais à les anéantir avec les auteurs, et à suppléer à la faiblesse insolente de ses plumes mercenaires par la violence atroce de ses proscriptions. Aussi, n'est-ce pas elle qui comptera de pareils ouvrages parmi les titres de ce qu'on appelle le siècle philosophe ; eX^^ si je dois ici en tenir compte, c'est parce qu'il entre dans mon plan de considérer d^un côté la philosophie en elle-même, et ceux dont les ouvrages lui font hon-

» VHtsfdin de la terre et des hùmmts, fX\t»'TMires géolô^fttes.

DB P»H4M<MHU» GMléfmRfB. 56^

neur ; et de lautre^ le fàntomeou plutôt le monstre imposteur que oe siècle a décoré du nonkdePhilosopAiêAl en est de même de la critique historique^ de rérttdition^ qui^ en étucËant les monuments' de Tantiquité^ y cherche ce qui peut éclairer et fortifier les preuvesdu plus grand événement qui puisse intéresser lès hommes, celui dé la révélation divine, d abord dans la mission de Moïse, et en* suite dans celle de Jésus-Christ, dont la seconde est Taccomplissèment et la fin des promesses et des figures de la première, et qui, toutes deux réunies, remontent à Torigine du monde et au premier homme, et contiennent Thisloire entière du genre humain. La philosophie religieuse du dernier siècle avait rassemblé savamment toutes ces preuves éparses dé la divinité de notre religion, et y avait joint tous les nerfs de la logique et toutes les couleurs de 1 éloquence. Le philosophisme ' de nos jours a étalé ime critique, une écudition toute différente : on verra qu*elle n'a été, même dans des écarivains d'ailleurs fort renommés, qu'ignorance et mauvaise foi* C'est pourtant celle-là qui a fait le plus de bruit et qui a été le plus généralement accréditée ; ce qui caractérise encore la frivolité et la corruption de* l'esprit général de ce siècle, et autorise l'arrêt de réprobation déjà porté contre lui dans toute l'Europe, et qui sera bien plus solennel encore dans la géné^ ration naissante, instruite par le terrible exemple de la révolution française. Il n'en résulte donc qu'une grande et amère confusion pour ceux qui ont donné à cette démence le nom d! esprit philosophique du siècle. Mais le véritable esprit philosophique, quoique longtemps moins avoué et moins reconnu par l'opinion qu'on avait égarée, ne se montrepasmoinsaux yeux d'un publicimpartial, dans lesécrits de 6uénée,de Bergieret de quelques autres des plus dignes adversaires de l'irréligion^ Je dois cependant ajouter, par respect pour la justice, qui doit l'emporter sur l'amour-propre national, qu'en ce genre l'Angleterre a surpa^ de beaucoup la France. L'étendue des connaissances dans Warburton ne l'a pas garanti, il est vrai, de quelques eireurs que ses compatriotes eux»nfémes ont pris soin de relever. Mais la scrfidité et l'énergie des écrits de l^^erlod^^ et de Lardner^ et surtout le chef«d'œuvre de Leland^ la

* Je eontinuerai de l'appeler encore souvent Philosophie, |>arce que c'est .«jon nom de {|;iierre ; mais iilors \\ sera toujours en italique, afin qu'on ne puisse pas s^y mépvcttdre de bonne fèi. '

* Voyez l'ouvrage intitulé : Des Témoins de In Résurrection^ par Sherlock ; m^itttre (|uî a pour titre : De l'Usaffe et des fins dé la prophétie. Les Anfrtsis* ont «ne ffHile de Uvrestrè5*e»ti niables dans le n»éQie genre, et tous de ee sièele. GcMx de Lardser sent un peu diffus, i-t celui <|n'U a fait sur la Genèse est rie^

568 PKarcms vonDAioorrAux ,

Nouvelle Démonstration évangélique, supérieure à toutes les pro- ' ductions que le même zèle a enfantées dans ce siècle, et Tune de celles où les profondeurs de la science et du jugement n ôtent rien à Tagrément du style, ont assuré jusqu*îcià l'esprit anglais la palme en cette espèce de lutte du christianisme contre Tincrédulité. Cet esprit pourtant n'avait pu d'abord que rester faible quand il défendait l'hérésie contre le catholicisme ; car il ne saurait y avoir de Traie force dans l'erreur contre la vérité ; et les thèses et les conclusions de Bossuet sont demeurées inaccessibles à tous les efforts de ceux qui ont voulu infirmer ce grand argument de l'unité, à jamais inébranlable, comme l'Eglise dont il est la base. Mais ces mêmes protestants ont été forts contre l'esprit commun ; et n'est-il pas permis de penser que la Providence nous oflre peut-être, dans leurs honorables combats en faveur de la révélation, un présage de leur prochain retour à cette unité précieuse dont ils ne sont pas séparés par leur choix, mais par la faute de leurs pères?

Serait-ce dans le Nord que ce siècle irait chercher les titres de sa prééminence philosopliique ? Les sciences naturelles mises à part, l'irrécusable histoire ne montrera dans l'Allemagne que la démence de vingt sectes d'illuminés, que les rêveries de Swedenborg et de Kant, et de leurs disciples, opprobre de l'esprit humaih, et les noirs mystères des hautes classes de la franc-maçonnerie occulte, assez dévoilés cependant depuis leur union avec la philo- Sophie réi^olutionnaire pour être à jamais- l'horreur de la nature humaine.

De cet aperçu préliminaire, qui n'est encore qu*un avertissement pour les lecteurs curieux de la vérité, je passe aux deux objets principaux et actuels, la métaphysique et la morale, c'est-àdire cette partie de la philosophie qui, réduisant en méthode les actes de l'entendement et de la volonté, et les conséquences qui en dérivent pour la conduite de la vie, rentre dans toute la théorie de l'ordre social et politique. Sous ce point de vucj je trouve dans la première moitié de ce siècle des titres vraiment honorables pour la philosophie, poiu* celle qui mérite vraiment ce nom, et à laquelle personne ne rend justice plus volontiers que moi. Il n'y a que des hommes intéressés à la confondre avec celle qui n'en a que le masque, il n'y a qu'eux seuls qui puissent me supposer contre elle aucune espèce de prévention : ici toute prévention serait de ma part

peu de frnît ; mais sa CrédibiUté de V Evangile, et surtout le Témoignage des anciens Juifs et Païens en faveur de la religion chrétienne, sont d'un tritafl et d*une éruditiOD qui ne demanderaient qu'une main habile qui les abrégeât.

DE PHILOSOPHIE CHAETIENITE. 5^9

bien gratuite; et j'ose attestera tous ceux qui m'ëcoutent et qui m ont lu que la partialité n'a jamais été le caractère de mes opinions et de mes jugements. Cest un témoignage que m'ont rendu assez souvent en littérature mes ennemis mêmes; et, quand je me suis égaré en fait de religion et de politique, j*ai du moins eu cet avantage, qu'il n'y avait de ma part ni mauvaise foi ni intérêt personnel. C'était tout simplement la vanité et Tétourderie naturelle à (ietleyrétendue philosophie que j'avais embrassée sans examen, au lieu qu'aujourd'hui c'est un examen très-réfléchi, très-désintéressé, tout au moins appuyé de l'expérience, qui, en me faisant renoncer à des erreurs funestes, m'a fait un devoir de les combattre dans leurs premiers auteurs et dans leurs derniers disciples.

J aperçois donc d'abord, en conHnençant par le bien qui doit faire ensuite mieux sentir le mal, cinq écrivains illustres qui, en difiTérentes manières, ont rendu plus ou moins de services à la philosophie : Fontenelle, qui Fa réconciliée avec les grâces; Buffon, qui, comme Platon et Pline, lui a prêté le langage de l'imagination; Montesquieu, qui a su appliquer l'un et l'autre aux spéculations politiques; d'AÏembert, qui a rangé dans un ordre méthodique et lumineux toutes les acquisitions de l'esprit humain; et Gondillac, qui a fait briller sur la métaphysique de Locke tous les rayons de l'évidence. Voilà ceux qui forment parmi nous la première classe, celle des hommes supérieurs qui ont été à la fois philosophes et écrivains. La seconde se compose de quelques moralistes d'un mérite plus ou moins distingué; mais la troisième, et malheureusement celle qui a eu le plus d'influence, n'offre que des sophistes, qui, avec plus ou moins de talent pour écrire, et quelquefois avec des titres de célébrité, aussi étrangers à la philosophie que les cai:actères de leur esprit, ont été, sous le faux nom de philosophes, d'abord les endemis de la religion, et ensuite, par une conséquence infaillible, ceux de tout ordre moral, social et politique, et pour tout dire, en un mot, les pères de la révolution française.

iV. B. Une partie de cet ouvrage, c'est-à-dire tout le premier livre, et les premiers chapitres du second jusqu'à Diderot inclusivement, a été prononcée au Lycée de Paris dans les commencements de i797> sauf quelques changements et additions que j'y ai faits depuis que j'ai repris Touvrage, dans ma retraite actuelle (1799), pour le revoir et l'achever, si la Providence m'en laisse le loisir et les moyens. On pourra donc juger ici quel chemin avait fait l'opinion, qui était mon unique force, lorsque je faisais enten-

àse^ deux fois la semaiiie) devant trois ou <{aatre cents personnes^ tout ce qui pouyait inspirer Thorreur et le mépris de la /»/u/oio<» phU révolaiionnairey sans restriction ni exception. Je dois dire^ pour la chose publique et non pas. pour moi, que la presque tota^ lité de lauditoire, quoique sourent renouvelée en partie d'une se» maine à Tautre, m'était constamment favorable^ et ^e lesacda* mations étaient d autant plus vives, que les vérités étaient plus poignantes. Mais pourtant ce n était plus, comme avant la révoln* tion, un sentiment et une expression à peu près unanime* Le parti de Fopposition s^ faisait toujours sentir : il était très-fidble par lui-même, et comme étouffé par la voix publique pendant les séances; mais il murmurait tout bas, et avait une physionomie marquée par la violence des souffiranoes intérieures. De plus, toujours rassuré par une de ces habitudes inouïes et propres à notre révolution, où le petit nombre, même sans force réelle, a toujours fait la loi au grand nombre, il ne cédait ni ne rougissait; et lorsqu'à la fin des séances le public quittait le Lycée, ce parti, rassemblé aussitôt dans le salon attenant, se soulageait par des invectives et des menaces. C'est là que l'astronome Lalande se glorifiait d'être athée, et criait de toute sa force qu'i/ ny aidait de lirais philosophes que les athées. C'est au sortir de là qu'il imprimait, dans le Journal de PariSy cette lettre qui lui attira tant de brocards en prose et en vers, où il s'indignait que j'eusse osé dire que V athéisme était une doctrine perverse^ ennemie- de tout ordre social et du gouvernement. Il voulait bien ne pas croire que ce fut par scienttesse que j'eusse parlé ainsi ; d'où il concluait que ce ne pouvait être que par imbécillité. Ce trait unique était trop précieux pour n'être pas rappdé : il contient en substance l'esprit et le langage de la révolution française. Cherchez dans l'histoire du monde ou dan$ votre imagination un état de choses où un honnne qui n'était pas reconnu fou, un savanjt, un académicien, ôàt pu imprimer et signer qu'on ne pouvait pas regarder l'athéisme comme antisocial et antipolitique, sans être- un scélérat ou un imbécile '.

LIHCRÉDtfLIT^ JUGXB PAR LE CiUmmAL DE LA LUZSRHB.

II y a environ dix-huit cents ans qu'il s*est opéré dans l'univers une révolution telle qu'aucune histoire n'en peut présenter de scm» Uable^ et que l'esprit humain, ne pouvant la révoquer' en doute, a

* Dtia PàiiosopkU du xviu* êièeiê^ introtfttctlSD.

DE PJULOSMBiB «HJUklBlllf& S^il:

pisine à la receyoir; Douane hommes sans naîssanceet'jaiit considé' ration^ sans éducation et sans lettres, sori» dun com de la terres presque incoimu, envoyés par un homme -mort du supplice des seé* là^ts, sans autres moyens que la persuasion, sans autres armes que leur patience, sont parvenus à changer les idées religieuses et morales de tous les peuples. Ils ont trouvé les nations prosternées devant des idoles que consacraient le respect de toua les' pays et le préjugé de tous les siècles connus : à leur prédication ces idoles sont tombées, et sur les autels qu'elles occupaient a été élevée la croix, jusque-là Tinstrument^du plus honteux supplice et le symbole de Tignoroinie. Ils ont trouvé les esprits endiousiasmés de la philosophie^ alors dans son plus brillant éclat, et les cœurs enivrés des passions déifiées par le culte public : leur voix tonnante, victorieuse à la foi3 des opinions, des affections, des habitudes, des superstitions, dissipant de son soufiSe et les lumières de la philosophie, et les illusions des passions, a soumis la raison à la foi et les seas à la mortification. Ils ont trouvé les trônes occupés par des souverains superstitieux et cruels, qui, pour soutenir leur culte antique, ont déployé toute leur puissance, et se sont armés de toxne leur fureur : par le plus étonnant des succès, ils ont triomphé de leur animosité en y succombant ; leur sang répandu est devenu une semence de nouveaux apôtres, qui eux-mêmes, par leur mort sangkinte, en ont reproduit d autres, jusqu'à ce qu'enfin de persécutions en persécutions l'uhivers se soit trouTé chrétien.

Après dix-huit cents ans une nouvelle^révolution se prépare à changer encore la fece de la terre. Ce que dix -huit siècles consécutif ont cru, révéré, adoré, pratiqué, le xvni* siècle a entrepris audacieusement de l'anéantir. Il ne s'agit plus de substituer un eu I re à un autre, de présenter aux adorations des mortels un nouveau dieu ; on prétend effacer des esprits toute idée de divinité. Les apôtres de la nouvelle doctrine, aussi opposés aux apôtres dtt christianisme dans leurs moyens que dans leur but, avaient commencé par pré^ cher et par implorer la tolérance : mais à peine ont^ls usurpé dans un pays la puissance, qu'ils ont inondé la terre qu'ils s'étaient asservie, du sang le plus précieux, le j)lus pur, le plus sacré; ils ont développé une barbarie qu'on ne peut rappeler sans horreur ; leur atroce et ingénieuse férocité a inventé des raffinements de cruauté , inconnus aux tyrans du paganisme.

Serait-il donc arrivé ce temps désastreux que le Seigneur montrait dans un avenir lointain à son apôtre bien-aimé? L'incrédulité moderne serait -elle ce monstre qui, traversant lermcri revêtu de

Sj2 VKI9CIPBS VOKDAlOniTAXTX

toute la puissance et armé de toute la force de Fantique dragon, doit élever ses blasphèmes contre Dieu, contre son Église, contre ceux qui régnent avec lui dans le ciel ; faire la guerre aux saints de la terre, et les immoler à sa rage? Sommes-nous destinés à la voir étendre la puissance dont elle s'est servie pour dévaster notre patrie, sur toute tribu, sur tout peuple, sur toute langue, sur toute nation ? A toutes les douleurs dont elle nous a pénétrés, seronsnous forcés d'ajouter celle de voir tomber en adoration devant elle tous les habitants de l'univers, dont les noms ne sont pas écrits dans le livre de vie ' ? Éloignons de notre esprit ces sinistres présages. Déjà dans notre patrie elle-même un gouvernement plus modéré que ceux qui depuis^ dix ans l'ont tyrannisée, travaillant à essuyer les plaies dont elle saigne de tous les côtés, semble vouloir arrêter la main qui les a infligées ^ En cherchant à réparer les maux affreux dont la France a été accablée, il paraît en avoir reconnu la cause; et pour rendre à la nation son bonheur, il a senti la nécessité de lui rendre sa religion., Espérons que cette lueur de restauration que nous apercevons n'est que i'àurore d'un jour plus brillant, et que l'Église gallicane, qui ne fait aujourd'hui que s'élever un peu au-dessus de ses ruines, reprendra dans quelque temps sa grandeur et sa majesté antiques.

Mais nous que le Seigneur a établis, comme autrefois la tribu sainte, les gardiens et les défenseurs de son sanctuaire, notre place est sur la brèche qu'y ont faite ses criniinéls ennemis, pour repousser tous les assauts qu'ils ne cessent de lui livrer.

Pour remplir ce devoir sacré, deux moyens se présentent : l'un est d'opposer à l'incrédulité, comme un rempart insurmontable, quelques-unes des démonstrations qui portent jusqu'à 1 évidence la vérité de notre sainte foi; et c'est l'objet des dissertations que je publie : l'autre moyen, qui va suspendre pour quelques moments l'emploi du premier, est d'aller attaquer l'incrédulité elle-même, de lui opposer sa propre origine, et de tnontrer les causes auxquelles elle doit sa naissance et ses progrès. J'en remarque trois princi-

I L'auteur écrivait ceci en 1801. {Ifote de V Editeur.)

' Et vidi de mari bcstiam asccndeotcin... et dédit illi draco virtutem suant, €t potestatem magnam... et aperutt 03 suum in blaspliemîas ad Detim, blasphemare jaomen ejus, et tabcrnaculum eju9» et eos qui in cœlo habitant. Et est datum illi bellum facerc cum sanclis» et vincere eos; et data est illi potestas in omnem tribum^ in populum, et linguanii, et gentcm , et adoravcrunt eam omnes qui inhabitant terram, quorum non sunt scripta nomina in libro vitâe Agni, qui occisQs est ab «rtgine mundi. (Apec, xiii, i et s^q,)

pales : le libertinage Fengendre, lorgueil la produit, la légèreté la répand.

C'est le cœur de Finsensé, et non son esprit, qui a dit : Il 11*7 a pas de Dieu. Ils se sont corrompus, dit le prophète, ils se sont rendus abominables dans leurs inclinations \ Gardons -nous cependant d'exagérer. Dans le nombre des incrédules, il peut s'en rencontrer qui aient conservé une certaine régularité de mœurs. Il n'y a pas de principe tellement universel, qu'il n*admette quelques excep* tions; et la corruption du cœur n'est pas la seule cause que nous ayons assignée à l'irréligion. Mais je ne crains pas d'être démenti par les incrédules eux-mêmes, en avançant que le plus grand nombre d'entre eux est livré à la débauche : non, sur ce fait je ne veux pas d'autre témoignage que le leur propre. Ils sont bien éloignés de dissimuler leurs désordres : en perdant la pudeur ils ont abjuré la honte; loin de rougir de leurs excès, ils en font gloire.

Cette vérité étant reconnue par ceux-là mêmes qui seuls pourraient la contester, il s'élève naturellement une question : est-ce l'incrédulité qui donne naissance au dérèglement P est-ce le libertinage du cœur qui engendre le libertinage des pensées ?

Pour la résoudre, j'en propose une autre. Est-ce Tirréligion qui a intérêt de rendre l'homme impudique P Est-ce l'impudicité qui a intérêt de rendre l'homme irréligieux P Ici il ne peut plus y avoir de doute. Qu'importe à l'incrédulit^ que les mœurs soient plus pures ou plus dépravées P Que la chasteté soit ou ne soit pa.s une vertu, l'incrédulité n'en sera ni plus ni moins condamnable. Mais au contraire, l'homme qui a une fois secoué le joug de la pudeur a un grand intérêt à anéantir celui de la religion; il ne peut ignorer que cette loi sainte, qui ne passera jamais, proscrit essentiellement sa passion ; entre ces irréconciliables ennemies, il n'y a, il ne peut y avoir aucun traité. Il faut absolument ou méconnaitre la loi, ou se soumettre à sa condamnation. Il est impossible de croire, et d'être en même temps entièrement satisfait dans le vice. Tant que l'idée de Dieu reste imprimée dans le libertin, elle l'agite et va le troubler jusqu'au sein de ses plaisirs; un ver rongeur est attaché à sa conscience ; Ter éternel, qui le suit toujours et partout, qui ne mourra pas même avec lui, et qui le suivra jusque dans les enfers. Ce remords, dont il méconnaît le bienfait, et dont il ne sent que le tourment, ce remords qui lui avait été donné pour le rappeler à la vertu, est pré-

' Dixit insipiens in cort'e suo : Noa est Deis. Corn pti :uDt et abonûjabfle» facti ^unt in studiis suis. (Psa^m.^ xiir, 1 .)

574 PftlfrOIFES FOirilABiBlITAUX

«îsaDumt i*e qui fenfonce dans TatMiue du ▼îce ; ne pouyant imposer silence à ce censeur importun, il imagine de s*en défaire. Il se ftatle qu'en chassant Ja foi de son ccBur, il en bannira les terreurs qu elle inspire. Ainsi ces deux hommes, vieillis dans la lubricité, qui avaient entrepris de corrompre Susanne, pervertirent leur jugement et détournèrent les yeux, pour ne pas voir le Ciel qui les condamnait, et pour perdre le souvenir de ses redoutables jugements'. Ainsi, les libertins de vos jours imaginent, en détournant leurs regards de TEtre suprême, âé dérober aux siens, et pensent, en niant la Divinité, se soustraire à ses vengeances.

Et vmlà donc en quoi consiste cette force d'esprit dont Tincrédulité se glorifie, et dont elle fait un choix de ses principaux tkres! Cette force prétendue Qest que la faiblesse d'un esprit qui ne sait pas se rendre le maître de ses sens; cVst la servi* lité, qui se laisse impérieusement dominer par une passion brutale; c'est la lâcheté, qui ne veut, pas connaître le danger quelle craint de combattre; cest la pusillanimité, qui redoute les efforts qu il lui faudrait faire, les assauts qu elle aurait à soutenir. Il sied bien aux incrédules de traiter de faiblesse notre religieuse frayeur d^s jugements divins, à eux qui nont pas môme osé en soutenir la pensée !

Pour nous convaincre que telle a été l'origine impure de Fincrédulité du libertin, suivons la marche de son libertinage et de son incrédulité. Nous verrons • clairement que ce sont, non ses ipensées qui ont perverti ses actions, mais ses actions qui ont égaré ses pensées. Avant ses premiers dérèglements, lorsque ses jours isouÛdent encore dans Tinnoeenoe, sa foi était aussi pure que ses mceurs; les preuves de la religion présentaient à son esprit des démomtratians irrésistibles; la hauteur inaeeessible de nos mystères n'était à ses yeux qu'un motif de plus pour les adorer; son cœur, droit alors et vertueux, repoussait avec une égale horreur et le doute et le vice; il voyait les efforts de Tinerédulité avec indignation, avec mépris ses sophismes. Lorsqu'il a commencé à s'écarter du sentier de la vertu, il n'a pas encore abandonné pour cda la voie de la vérité. En perdant son innocence, on, ne perd pas tout d'un coup &e& principes : il y a loin du premier degré de l'ini- •quité jusqu'au faite. Quand David jeta ses premiers regards sur Betli&abée, il était bien éloigné d'ordonner le meurtre d'Urie.Mais

* Evet ttrrunt sensum suum, et decUnaverunt oculos suos, ut noa TÎdereat cœlum, DC(iiie rccordarcaturjtidicioruni juâtonim. (Dan., xiii, 9.)

DE PHILOSOPHIE CHKIÏTIEKNE. 5^^

le libertûiage une fois maîlre du cœur d*un homme, lui donne Tintérét qu'il n'y ait point de loi répressive ; Tintërêt lui en inspire le dësîr; >du dénr à Topinion le pas est glissant et faèile; on croit aisément ee qu'on désire ardemment; on se prête à tput ce qui &vori8e une illuaion chérie, on rejette tout ce qui la contrarie. Ainsi, dç chute en chute, le libertin est entraîné successivement dans Thabitude, dans Tendurcissement, dans le doute, dans Firréligion; ce n'est que lorsqu'il s'est entièrement enfoncé dans l'iniquitéquHl parvient à mépriser ce qui avait été jusque-là l'objet de ses respects ^

Examinez quels sont les lieux où l'incrédulité étend ses progrès, quels sont les temps où elle se produit avec le plus d'audace, quelles sont les conditions où elle multiplie ses ravages. Vous ne la trouverez ni dans les pays, ni dans les siècles, ni dans les Etats qui ont conservé leur simplicité primitive, et qui n'ont pas dérogé à Fantique pureté de leurs mœurs. Vous ne vçrrez point d'impies où les époux fidèles respectent le lien qui les unit; où les filles, heureuses sous les yeux maternels, chérissent leur précieuse inno.cence. Mais vous verrez l'incrédulité triomphante dans les villes où le luxe a porté sa funeste dépravation, où le débordement des mœurs a rendu les époux indifférents et les enfants indociles., où la société est devenue un commerce de corruption ; ou le libertinage est TaSaire principale, le but^de toutes les démarches, l'objet de tous le^ désirs, le. sujet de toutes les conversations. Partout où les mœurs sont restées pures, la foi est demeurée enlièrej partout où les mœurs se corrompent, la foi chancelle et s'éteint. En voyant le même effet toujours renouvelé et constamment suivi, pouyez^ vous en méconnaître la aiuse?

Et l'incrédulité n'achève-t-elle pas de déceler sa honteuse origine par ses propres écrits, où elle ne rougit pas de publier ellemême son opprobre ? Pour montrer ce qu'elle est et d'où elle vient^ il suffit de lui opposer ses productions : l'impiété et l'obscénité y ont fait une alliance digne de l'une et de l'autre. Les ennemis de la religion ont rempli de leurs maximes impies des contes licencieux, des vers lubriques, des chansons lascives, des épigrammes impures; ils ont osé même (grand Dieu! jusqu'où peut donc se porter la corruption du cœur humain ?), ils ont osé, dans leur sacrik»ge fureur, abuser de l'auguste simplicité de nos livres saints, pour

« Im;»ius, cum in profundum venerit peccatorum, contemuit; 8cd scquitur eum ignomiaia et opprobrium. (Pro?., xviii, 3 ).

576 PmUfCmS FOHOAMBHTAUX

en tirer leurs tableaux obscènes. Oseront-ils encore, ces précepteurs effrontés du vice, prétendre que c'est à la raison humaine qu'ils s'adressent; que c'est la raison qulk veulent persuader, quand ils s'efforcent de salir l'imagination? Oseront-ils soutenir leur emphatique prétention de prêcher la sagesse, quand leur prédication appelle, invite, engage, excile, encourage pubUquemeut à la dépravation?

Comment donc n ont-ils pas été retenus par la crainte qu'un si inÛme moyen ne déshonorât leur cause ? C'est qu'en combinant ses divers effets, ils ont calculé qu'elle en retirerait encore plus d'avantages. Us ont senti la connexion intime qui existe entre la corruption et la séduction; îk ont jugé qu'en excitant le tumulte des passions, ils rendraient l'âme sourde aux leçons de la sagesse ; ils ont espéré attirer par cet appât impur la nombreuse classe des hommes livrés à la débauche, dont la brutale passion cherche partout de l'aliment; ils ont voulu grossir leur parti de tous les hommes corrompus, et de tous ceux qui désirent l'être ; en un mot, ils ont compté mener leurs victimes par la route qu'ils ont suivie euxmêmes, à l'incrédulité par le libertinage.

Malheureux ! vos succès ont surpassé votre attente. Une jeunesse inconsidérée s'est précipitée sur vos pas, et a dévoré avidement le double poison que vous lui avez jeté. Mais tandis que vous jouissez de l'affreuse gloire d'être les corrupteurs à la fois et du cœur et de l'esprit de la génération présente, un autre prix plus digne de vos travaux se prépare : l'équitable postérité s'élèvera contre votre mémoire, et la Uvrera à l'exécration de tous les siècles ; les générations futures ne parleront de vos talents qu'avec l'horreur qu'inspirera l'inf^Lme usage que vous en avez fait; les pères arracheront à leurs enÊmts vos criminelles productions; les gouvernements, éclairés par les malheurs dont vous nous avez accablés, et par les dangers que vous leur avez fait courir à eux-mêmes, proscriront vos ouvrages avec une juste sévérité. Vous avez aspiré à la célébrité, vous l'avez obtenue, mais une célébrité d'opprobre et d'ignominie. Le mépris et l'indignation qui flétriront vos noms seront le châtiment mérité de la téméraire vanité qui, se mêlant à votre libertinage, a été encore une des causes de votre incrédulité.

L'orgueil, ce funeste principe de la perte des anges et des hommes, fut la première cause qui suscita l'incrédulité contre le christianisme. Jésus-Christ avait à peine commencé sa carrière évangélique, que la secte des Pharisiens s'éleva contre lui. Ceshommes, vains de leur fausse piété, enflés de leurs connaissances dans la loi,

DB FHItOSÔPHIB CHRETIENNE. Sj^

fiers du crédit que leur hypocrisie- avait usurpé sur le peuple et dans le Sanhédrin, méconnurent un prophète venu de la Galilée, méprisèrent un Messie pauvre et n'ayant pas où reposer sa. tête, dédaignèrent une doctrine d'humilité et d'abnégation, se soulevèrent contre un prédicateur qui démasquait, confondait, condamnait leur vanité; et l'attaquant sans relâche de. leurs perfidies, de leurs intrigues, de leurs calomnies, ils consommèrent enfin ce crime mémorable, qui a fait la destinée du genre humain. La secte pharisaîque a péri ; mais son orgueil lui a survécu. Il continue de poursuivre Jésus-Christ sur ses autels, comme il l'avait persécuté dans le cours de sa vie mortelle. Il n a cessé de susciter contre lui les hérésies, qui, se renouvelant de siècle en siècle, changeant con* tinuellement d*objet,mais constamment produites par la même cause, ont toutes été des révoltes d'une raison superbe contre Tautonté. L'hérésie de notre siècle est la destruction de tout culte, de toute divinité, et elle procède de la même cause que toutes les autres.

Tant que la religion de Jésus-Christ subsistera, elle condamnera l'orgueil de la raison; et tant que la raison ne déposera pas son orgueil, il la soulèvera contre la religion de Jésus-Christ. La lui divine est formelle ; elle tient toute intelligence captive sous le joug de la foi ; elle renverse toute hauteur qui s'élève contre la science de Dieu ' ; elle est absolue, et ne souffre aucune exception. Tout est égal, dans Tordre de la foi, entre le savant et l'ignorant, entre le génie le plus profond et l'esprit le plus grossier. U est écrit dans nos livres saints : « Je confondrai la sagesse des sages, je réprou- » verai la prudence des prudents. Où est le sage ? Où est le docteur > de la loi ? Où est le savant de ce siècle? Dieu n'a-t-il pas rendu » insensée toute la sagesse de ce monde ^? * Telle a été la sage économie de la Providence; elle a placé la conviction de sa religion dans des preuves de fait, qui sont à la portée de l'homme simple comme du génie le plus élevé; et cette conviction acquise, ell^ exige de l'un et de l'autre un asquiescement également entier, une foi également humble, une soumission également passive.

Une loi aussi impérieuse, qui, pesant uniformément sur toutes les têtes, les met au même niveau, et qui ne laisse aucun avantage aux talents et aux lumières, rabaisse nécessairement l'orgueil de l'esprit* Cette passion, aussi commune que l'orgueil des richesses, que

* Destrueotes otnnem altitudioein extollentem adversus scientiam Dei, et in captifitatem rédigeâtes omaein inteUectum ia obsequiom fldei. ( II Cor., x, ô. )

' Scriptum est eaim : Perdam sapientiam sapientium, et prudentiam prudentiom reprobabo. Ubi sapiens ?Ubi scriba ? Ubi conquisitor hujas sseculi ? Nonne stultam fecit Deos sapientiam hujus mundi ? (I Cor., i, 19, 20.)

ce. . 3y

l'pïguttl 4« la WttiMnc*, qu« rorgiwil d«» àigmk «t de» hannviirc pliu BQÙw roêwe «lao» l#» e*priu q»i «nt l« eQBMien*» ou Mulfr jmoat 1» pM«0»«on de laur supériorité; cem passioa W»wé » Mul^e oontro U loi qui l« pépriwï. L'horama, jaloux d« m d»»»»' «i«r DM l'éobt du génie, dw talenU, de» oonnaMwance», ne «outieut Ls l'idée de «e voir confpndu avec ce vulgaire qu'il méprise, de Liuer comme le vulgaire, de réttéeWr comme le vulgaire, de rai^ Zanet comme le vulgaire, de croire comme le vulgaire, de n avoir pas plu» de mérite dani »a foi que le vulgaire.

Abii* l'inoréduUté lui offre uu moyeu de aortir de« poutw bal* tœt de i'élever au-dessu» de la çlawe commune. Uae opinioit aou. velle suppose de nouvelles lumières; une opinion hardie annonce des oonceptio»» grandes et fortes. U raison, enorgueillie de la suoérlorité qu elle a ou qu'elle croit avoir, trouve au.dessoos de sa diffuité de croire' ce quelle ne comprend pas: fière de ses lumières, rfle imagine qu'au delà de l'horiïon qu elle apereoit, rien ne ^eut Mister • cenBante dans ses forces, il n'y a rien de si eleve queUe ne veuille atteindre, rien de si profond qu'elle n'entreprennf de nënétrer rien de si obscur quelle ne prétende éolairolr: elle gse eitet à son tribunal jusqu'à la religion, et demander à Dieu eompte

de ses myslAres. , - . „. .|.^ « ji

Il V a une Inùme «orrespondanoe entre la fi» «t l humilité d une part, eatre i'orguwl et l'incrédulité de IVutre La foi comn^nde Vhumilité, et VhumiUté seulq peut eondmre a la foi, De me|n« Fergueil^uae à l'incrédHlité, qui à son tour exalte aneore l or^ Leil Ainsi tout coaçaur» à éloigaer de la foi 1 esprit orgueilleux t U repoussa la foi, parce qu'en ficoyan» la religion d faudrait pratiajr l'bumiliié qu'il dédaigne; la foi le reppusse, parce qu« lins^pee de ses pensées est incompatihla avec la sounussloa qu elle «iM Dès que la foi est le partagé des honrfiles, d es» naturel, il eTiuite que linetédulité «oit le partage dfs superbe». 11 est «a. twel qu'enl'écartant d« IftWJUte on s'éloigne du terme. Il est juste oue lechAtiroent naisge dfilft filHte, L'orgueilleu» » F«teBdu wumet. Là sa raison ce qu'elle devait wspecter, il se» abasdanne a sarai- «ffl, il a méconnu soa Dieu, Dieu ne se fera pas «anaaîtraà lui : il a dit au Seigneur . » Retires^TOU» de nous, nous ne veulau» . «a* de laTcJnce de ws vpi«» ' î « Dieu le pumra ea lexau. «»t »i 1i P9Mr W»r TOWlH sonder l'maccessiWe majesté, U »era aecablé du poids d« la gloire ". I Bi««r«>t Dsa ; Nwrtf » mW»» «» f>\tnt\m nltvtm taswm «fUiww.

I v« eit. cûm recMsero ab el»! (Owe, ix, 12.) . •

» quU^at«tore«tro«jMt«ti»,opprimelor sglorla. (ProT.,«xv, V)

DE 9mimQ9Mfë mêmmnW' ^99

Yaj^^forgfieil, qi4i eng^nâvv^ Tmoréd^Uté» »e mdni&stèr daB^: le(» titrof pompeux dont eUe se décore. Ses apôtres /se proelaoïent tl^lein^nt les libérateur^ 4u genre bumaiii, qu'ils aïfraachissent de h imperstitiqnf les bienfaiteurs de Thumamté, à qui Us apport tenti \§ bonbeur; les apôtre$ de la vérité) quils répandent sur la t^n^t |ljB s arrogent ex^slii^ivenient k qualité de philosophes, et pflj[tr4tF# %yo^s-qo^s 4 i|PU$ reprocher trop de b^i\xté à leur ae<corder ce titre fastueux qui a pu contribuer à leurs succès. Eux, philosophes ! Ah ! la philosophie est Tiifiage de la i^aison, elle n'en e§t pas f abus, Certes, i| fallut une (put autre philospphie que celle ^pnt se Tai||;^n|; les incréduiesi p^ur embrasser le christianisme mfdgré tous l^s obstacles qui s'opposaient à son établissement^ pour abjiifefr \fts préjugés, supporter les mépris, affronter les dangers, sul^r lef supplices, brayer les tyrans. La philosophie n'a pas chfingé depuis ce temps ^ ce qu'elle était alors, elle Ta constamijoe^l été, elle Test encore, e)le le sera tpujours.^ans tous les sîècle^i le yrai chrétien aura seul 4<^oit de dire ^vec saint Cjprien : « Ctest p:^pu|i qi^i $pir)mes philpsophes, ngn de paroles, majis de fait; » qui ifiontrpns de 1^ sagesse non les yaines livrées, mais la vraie » pr^tique,et de la vertu non la jactanqe, mais la constante réalité Kn

^Y^ les incrédules dans leurs funestes écrits : vous y verrez encore percer à chaque pas l'orgueil qui causa leur erreur, et qm pp çpntribiie que trop à la propager. jGar rien n'est plus propre à en imposer à la multitude, que ce ton afliirmatif et ipipérieux, qui c^minande l'ppinion et qui interdit le doute; il suppose la convie* tion intime de celui qui Temploie, et par cela seul il Tinculque aux ^utr#s : on ne persuade jamais mieux que lorsqu'on a lair profondéinent persnadé, et le plus sûr moyen de bannir toute incertitude, es( d^ n'en montrer aucune.

J'usepai à (set égc^rd d'une comparaison, peu digne peut-être de la gravité de cette matière, mais que son extrême jqstesse doit me faire pardonner» Nous avons souvent été étopnés du prodigieux siiccès qu'obtiennent dans les rues et dans les places publiques ces hommes adroits, qui attirent autour d'eux la multitude par iaurait d§ 1% puripsité, l'amusent par leur volubiUté, l'entraînent par leur f l^tlémenee, et Ivi font enfin acheter à gr^mds fifàd des r«naèdes 4lP6 }f#quçl$ souvent elle n'a point d^ confiance* Tout leur art çg^SÛytf d$M^ Ymàsiçe de leurs assertions : c'est l'assurance imper? Iiyjlgldjl» à^P }enr ion, l'autorité avec laquelle ib ganmtissent l'effet

< ICos aatem, iratres carissimi, qui philosoplii non Terbis, sed factis, samUl i M0 vMHb isfifiatisiiii sad yeritata pheterimos y qui f Irtutun» eensUyitlaiiii:

&8p ramcifBS fonda MSivTÀtJx

infaillible de leurs secrets, qui abuse la crédulité, séduit la simplicité, fixe rindécision, dissipe la méfiance, en impose à la malignité/ et finit par faire triompher même de la prévention. Il en est absolument de même de la prédication de nos modernes incrédules; c*est la même charlatanerie, la même confiance dans le ton, la même arrogance dans les manières, la même jactance dans les discours, et, je rajoute avec douleur, c'est trop souvent le même succès.

J ouvre au hasard les ouvrages des incrédules, et qu'y vois-je ? Au lieu de ce ton de simplicité et de candeur qui caractérise la vérité, et dont nos livres saints offrent un modèle si pur, j*y trouve le ton emphatique et obscur des oracles, le ton tranchant delà présomption, le ton arrogant de la hauteur, le ton suffisant de la légèreté, le ton méprisant de TorgueiLMettent-ilsenavantun principe, cest un axiome; le révoquer en doute serait outrager la raison. Présentent-ils un raisonnement, il est terrassant ; il faut être dé la plus stupide ineptie, ou de la plus révoltante mauvaise foi, pour n'en être pas convaincu. Et tandis qu'ils exaltent ainsi leurs propres productions, ils versent le mépris le plus insultant sur tout ce qui combat leurs systèmes : ils traitent sans cesse les preuves du christianisme de vains arguments d'école, qui ne valent pas même la peine d'être réfutés; les mystères, d'absurdités dégoûtantes ; les miracles, de fables ridicules; les témoignages qui les garantissent, d'impostures grossières ; les sacrements, de pratiques superstitieuses; le zèle, de fanatisme; les frayeurs de l'autre vie, de peurs d'enfants.

Est-ce ainsi que s'exprime la vérité.^ Est-ce là le ton avec lequel il lui convient d'être présentée et défendue ? La vérité, grande par elle-même, brillante de son seul éclat, .ornée de sa simplicité, dédaigne ce vain étalage. Elle est confiante sans présomption, digne sans arrogance^ noble sans fierté, modeste sans timidité : elle n'annonce pas emphatiquement la lumière, elle la présente ; elle né promet pas fastueusement la conviction, elle la donne. C'est à l'erreur à employer l'effronterie du charlatanisme, la jactance de l'orgueil : de tels moyens sont dignes d'une telle cause, et lui sont nécessaires; ils remplacent les raisons, et peuvent faire croire qu'il en existe; et s'ils sont impuissants contre la plus saine partie du genre humain, ils ont une funeste influence sur la plus nombreuse.

Il était impossible que des maximes aussi perverses n'excitassent pas des . réclamations : n'eussent-elles que leur opposition aux principes reçus depuis-tant de siècles, elles ne pouvaient manquer d'éprouver de la résistance. C'est ici surtout que l'incrédulité se

DB PBILOSOFHIB GBaixiBlfNB. 58 1

démasque par sa hauteur, et décèle lorgûeil qui la fit naître. Tels que Ton voit des éléments de nature contraire, placés dans le même vase, se mettre en fermentation, et bientôt déborder avec effervescence ou détoner avec fracas; tel l'orgueil delmcrédulité, irrité par la contradiction, se soulève avec fureur, se répand au dehors, et éclate en invectives violentes. Les écrits de ces prétendus philosophes sont remplis des épithètes les plus amères : les inculpations les plus odieuses y sont répétées à chaque page; les qualifications de stupidité, de démence, d'imbécillité, de folie, d'hypocrisie, de superstition, de fanatisme, d'imposture, de friponnerie, y sont continuellement prodiguées aux défenseurs de la vérité et de la vertu. Ils ont placé leurs injures jusque dans les titres de leurs livres. C'est surtout sur les ministres de là religion qu'ils dirigent leurs traits, qu'ils versent tout leur fiel. Que l'on n'imagine pas que notre intention soit de nous plaindre de leur haine, qui en nous poursuivant nous honore : leurs calomnies font notre gloire, comme leurs persécutions préparent notre bonheur. Soyons éternellement l'objet de l'exécration de ces hommes qui ont notre Dieu en horreur; qu'ils ne cessent de nous poursuivre de leur insultes, ceux qui outragent Jésus-Christ de leurs blasphè* mes. Mais non; nos cœurs forment un vœu plus digne de la charité dont nous sommes les ministres : que plutôt l'injuste aversion de ces hommes égarés expire avec le principe qui la fit naître; que leurs yeux s'ouvrent à la lumière, pour que leurs cœurs se ferment à la haine. En même temps que, comme Josué, nous combattons leurs efforts, élevons,' comme Moïse, les mains vers le ciel, pour en attirer les grâces qui les convertissent; et tandis qu'ils lancent sur nous les traits de leur rage, suspendons par nos supplications ceux dont la colère divine les menace.

' La légèreté de l'esprit est, comme je l'ai annoncé, le troisième principe qui a causé et propagé l'incrédulité. Elle se glorifie, il est vrai, d'avoir eu pour apôtres plusieurs des plus beaux esprits de ce siècle. Je ne lui dispute pas ce frêle avantage. Mais oserait-elle mettre en parallèle ce petit nombre d'hommes vraiment distingua par leurs talents, qui, dans ces derniers temps, ont dévoué leur plume à l'irréligion, avec cette longue suite de génies supérieurs qui avaient illustré les siècles précédents? Ces hommes d'immortelle mémoire, devant qui les bornes de la raison humaine semblent s'être reculées, dont les sublimes productions seront à jamais l'étonnement et l'admiration, le modèle et le désespoir de toutes les générations, ne faisaient pas difficulté d'abaisser la hauteur de leur esprit devant les saintes vérités de la religiop. Ils croyaient même

Ml fiiimfM mnBàÊomàtt

lioilorer Imr raison ert )*hiimiliaht êouè le Jmig sacré àe Vavloniiî) kfcir foi, Sdutnise k Itf fois et édaiiHse) ou plutdt scAiRiise ^am 40'ella ^orft éélair^y ^tait anssi simple que celle du fidcie le plw obsèvr, aussi humble qité celle clu plus religieux solitaire.

La MgpAreté d'esprit n'a pas produit tous les incrédules, puis(|u'il y en a quelques-uns qu il serait injuste d'accuser de ce défaut. Mais pour se conralnere que le plus grand notnbre dVntre eux a été entraîné par cette cause, fà suffit de considérer quels sont presque tous les disciples et même les apôtres de îincrédulité. Sont* oe de» esprits appliqués, réfléchis, accoutumés à balancer les raisonne* nents^ k enohatner les conséquences^ k rapprocher les vérités pour en composer des systèmes? Ont-ils étudié profondément lét qnes-» tions qu'ite se permettent d'agiter P Se sdm-ils retirés dans le si^ lenèe de la solitude, poiir les méditer loiii dés distrâiettons? Ont^ lit chereH^ A é^rer leurs césurs^ pour que les passions n'offosquas^ ient pas leur jugement P Ywi m'ttfët défâ répondn dans rotre es^ prit^ TOUS tous (|ul àte% été à portée de rencontrer et d'apprécier ee* suppôts de l'irr^gloni Leur ihcontist&nce, qui n a pu tnanquei' de tons frapper^ voué a eonviiincus qu'ils ne éo^nt détenus iffcté«< dides que par lé^r^i

Jf' ftpfiélte incrédtilèg par légèi^té tous eeoit qui sont inisttpabtei iéïétfë par fétLéniùrt^ soif qtié k nifturë lenr en «tt réAisé les itioyénSj soit qM leurs facultés naturelles ftiem été affaiblies p«r 1#

êêh^î d'uj^age, 6u àbrutiél par la débouché.

l'appelle iAcrédules par légèreté c^s esprits pârèSseut qui atinent Mfettx donner uft âssèutiiHénr que sé livrer à une discussion | ^

tmiVént coihMôdé de i¥6éf Oir d'àUtrui d«s |dpinldnS iowes foTinées, et dou^ d'adoptei* celles qui favariSënt leurs pén«Han».

rappelle incrédules par légèreté CéS ît^i dis^pées qui^ n^ayaftt d'entre élément que le plaisii'^ d'«uere bacU^tttlon que de tàHir et de fsire se suéc^ér leurs kmusementS) né trouTent paê dans WèM leur vie Un tnôfûetit pdur Fétudë et là réftexioi^.

J'fippellé incrédidès pàif légèrelë tëà enthousiastes qUe quelque sUtdHté a engouéi( quf, éti 1^ soustrayant & FEvangile^ tie fofti qué éhàngt^r d^ joug, et qui ne se révoltëht contre JéSuS-Ghrist qUé pôUï Se donner des niaîtrés Seioti leurs désirs ^

J'appelle incrédules par légèreté éës fn(3réduléS d'iniitëtiôn et de bon ton, qui ont porté là maiilë dé là mode jusque dtoS lu féli* gidn; qui aJFBdhént Fluerédulité^ pârcè qu'ils Toht trôUVéé reçue

dttns leurs sndéelft; qui, dans d'autres tefnps et d'Autres Beux, eus-

^ ïrit enim tempu^cum sauain doctriDam non sustinebunt, sed ad auadesi- 4è¥!â éoâtiet'tltt^tiat «l^i tlftatlstrM, j^tiHeAfieé âUMtills. (Il ftâl.^ if. S.)

HÉ mtLOêOMtK CAtiïIfifIfiB. 5êS

êèméti mhf^êûx^ ^1 le tedetimâf ont ttieorê, ii JAfMis il est du boA ftir d« croire.

j'ftppéllë incrédule» par légèreté c«s philodophes adôlé^céntSy ^ui, maaquant leur frivolité par leur «uffi^aûce, Vdud entretien* nent gravement de leur expérience^ Toua préientemt d'un lôfi d^ë^' melet lé réêuUat de leurs profondes réflexions, vous assommetit de teur inattense érudition puisée dans les brochures du Jotu". Ils ont t6ut vu, tout lu, tout examiné, tout considéré, tout diaôuté, tout pesé, et de leurs nombreuses asseirtidns la ëeulé véritable, ë est qu'ils ont tout décidé.

Enfin, j'appelle inct^dules par légèreté toute cette tourbe d'étrea superficiels, qui ne s'attachent ^ aucun système particulier, et dont rinci^dutité consiste à rejeter la loi 4]ui les condamne; qui, in« (capables d'adopter une opinion, ne savent que suivre tin parti \ dont les Idéèii flottantes, et emportées çà et là par tout vent dé dodtiilé. Varient selon les impressions qu'ils ont reçues du dernier homme méchant ou astucieux qu'ils ont entendu '^ avançant sani ceinte les maximes les plua hardieè, fécullrtlt aànà difficulté, quand on léuï* en fait envisager les conséquèfntfeâ; "tous ceux, en un mot, donc rincrédidité ne repose eut* àiiCtftt priHdpë i qui tie pouitaient pas rendre compte du motif qui le» y ft débidés ; qui Se sôiit Pàiti incrédules ou par le plaisir de 1 être, dli pat là Vanité de lé pai^àttré, ou par la cf ainte d'être obligés de pratiquer ce qu ili croif aieiit. Ils blasphèment ce qu'ils ignorent ^ Toute leur àciencè st i'éduit à un jargon emprunté de leurs oracles, â^éc lequel ils s'érigent en docteur, sans comprendre ni les matière» dont ils parient, ni i^étût Souvent les choses qu'ils afflrnîèïft ^

Et mol, j'ode contester à touè ces hommes leur prétention d^in^ cfédiiMté« Ils ne sont pas véritablement incrédules, Ils ¥éulent t'entre; il» ne croient pas réellement qii6 la religion soit fkus^é, ils te sotihaitent; ils ne nient pàs dans le fbnd de leur cittur l'é^l^tenee d'un IK«u vengeur du crime, ils la éraignMt^ et lëur esprit irréfléchi, qui n'a jamais su se rendre compte d'un sentiment, prend aveuglément ses désirs pour des opiniofas. Que Y&k retranche de la elasse des incrédules tous oettx qui le éont devenus de quelqu'une de œs manières, à quoi se rédmra ce parti qui effraie par soà grand nombre

' Jaiit non shnUs parvUli fluctuantes, et cîrcumfersmur omni véntô doctrine ia neqaitia hominuni, in astutia ad circuniventionem erroris. (Ephes., iv, 14.)

* Ùi Àutent qUâSéUmque ignorant, blasphémant, (iud., 10.)

* Côûversf subt la vâniloquîuni, volentés essé legis doctores, non iatelligenteè oeque quse loqiiuntur, neque de quibus affiroiant. (I Tina., I, 6, 7.)

^84 PmncaFM WOmDAMMMTAVX

Pour connaître sArement rinflnèncequ a eue la légèreté dfcfprit sur riocréduUté moderne, il suflSrait de son propre témoignage. Cette cause de son origine se manifeste, de même que les autres, dans ses écrits. On j voit continudlement la raillerie substituée au raisonnement, et le ridicule mis à la place de la discussion.

Il n'est pas difficile de sentir combien est déplacé, combien est indécent, dans une matière aussi gnrve, le ton de la |daisanterie\ Certes, si jamais la raison humaine fut appelée à traiter des objets qui exigeassent toute la force de Tesprit, toute retendue des connaissances, toute la profondeur des réflexions, c'est lorsqu'elle s'est élevée à ces grandes méditations qui lui découvrent son origine et sa fin, les moyens de répondre à l'une et d'atteindre l'autre; qui lui développent ses relations avec son auteur, ses rapports avec ses semblables; qui l'instruisent de Funiversalité de ses devoirs; qui posent le fondement de ses espérance^; qui ouvrent les sources de son bonheur; enfin, dont dépend, et pour le temps et pour l'éternité, toute la suite de ses destinées. Et les incrédules imaginent de discuter ces grands objets avec des plaisanteries; et ils prétendent décider- ces vastes questions avec des bons mots! Quelle idée ont donc eux-mêmes de leur cause ceux qui, pour la soutenir, ont recours à d'aussi méprisables moyens ? S'ils ont des raisons solides à produire, croient-ils leur donner du poids par ces saillies légères? S'ils n'en ont point, pensent-ils que des railleries pourront en tenir lieu ?

r. C'est là précisément leur espoir. Ib se flattent de suppléer par le sel de leurs bons mots à ce qui manque de force à leurs raisonnements; et, sentant qu'ils ne peuvent éclairer, ils cherchent à éblouir. L'exemple de leurs devanciers, des Hobbes, des Yamni, des Spinosa, doiitles écrits, inconnus du vulgaire, languissent dans la poussière des bibliothèques, leur avait appris l'impuissance du raisonnement contre la religion. Mais le ridicule est aussi propre à attaquer la vérité qu'à combattre l'erreur; on le vit aussi souvent flétrir la vertu que démasquer le vice. Une raillerie est, sur le commun des hommes, plus puissante qu'une raison : peu sont en état de suivre la marche du raisonnement; mais un bon mot est à la portée de tous : et même parmi ceux qu'une éducation plus cultivée place au-dessus du vulgaire, combien n'y en a-t-il pas qui se piquent de plus d'esprit que de jugement, qui ont plus de prétention à la rivacité qu'à la justesse, qui sont ainsi plus disposés à être

* Qiiocirca velut ex loco excelso clamantem me : Grseci, audite, nec cachin* nando dementiam Teatram in pneconem yeritatis transferte. [Tatiani eontru Grœcos Orai.^ n' (7.) .

D£ tBlhOêOlfUlM ÇBUTIENNB. 585

séduits qu à ôtre persuades, et plus entraînés par une raUlefie que eonvaincus par une raison! •

Les incrédules ont senti l'avantage que pouvait leur donner ce genre d'attaques légères, et ils les ont*prodigieusenient multipliées. On a vu les matières les plus graves agitées dans des brochures superficielles, les principes les plus sérieux combattus dans des contes, les raisonnements les plus abstraits discutés dans des vers. On a vu les histoires saintes parodiées, les maximes religieuses travesties. Les faits, les mystères, les sacrements, les vertus chrétiennes, les ministres, tout ce que la religion consacre, tout ce qui a été Fobjet des respects de dix- huit siècles, est devenu, dans celuici, le sujet des chansons, des épigrammes, de tous les genres de raillerie.

' Ainsi, semblable au serpent qui se rajeunit en changeant de peau, rincrédulité, en changeant de ton, s*est renouvelée. Ses objections surannées, reproduites sous une autre forme, ont paru nouvelles. La curiosité a recherché ses plaisanteries, Toisiveté a recueilli ses bons mots, la légèreté s*est réjouie de ses saillies, la malignité a applaudi à ses épigrammes. Des écrits, ce ton léger a passé rapidement dans les sociétés. Il a mis les matières lés plus abstraites à la portée des conversations les plus frivoles; il a rabaissé les sujets les plus élevés au niveau des esprits les plus communs; il a procuré les moyens de briller à ceux que la nature en avait dépourvus; il a même quelquefois donné Tair de la profondeur aux têtes les plus superficielles. S'il u*a pas eu toujours le don de persuader, il a eu le mérite plus recherché de séduire, et même, dans bien des occasions, l'avantage d'en imposer. Combien de fois rhpmine rai* sonnable et honnête a-t-il contenu l'indignation qu'excitait en lui le jargon de l'incrédulité, par la crainte de devenir le but d un sarcasme ou la victime d'un ridicule !

Un autre grand succès que l'incrédulité avait espéré, et qu elle a obtenu de son ton badin et railleur, a été d'affaiblir par degrés le respect pour la religion. Malheureuse légèreté de l'esprit humain! Ce mélange de la fade plaisanterie avec ce qu'il y a de plus sacré, ne devrait inspirer que du dégoût, et cependant il amollit qdelquefois même les âmes sensées et vertueuses. La répétition fréquente des sarcasmes de l'impiété, au lieu d'augmenter l'indignation qu'ils inspiraient d'abord, la diminue : on s y habitue sans s'en apercevoir, on s'y familiarise sans penser à s'en défendre, on finit par s'en trouver, moins révolté, sans en connaître la cause. Et c'est ainsi qu'insensiblement et graduellement s'est altérée cette antique et pieuse vénératiou des objets sacvés^ qui avait été Itagtmps panm

5itf miiroifii wfmnàmwMtkt%

nous le premier fundeiiiciit de rtutoritë, le premier souûeh ite mœurs, le premier mobile de la vertu, lé premier firein du rioe.

Q jottih de rioft père§| jours hetireux, qu étes^Tous devenus? Nos Mnles Vérités imprimaient à tous lès esprits une respectueuse ter* reur ; la conscience repoussait avec une religieuse indignation jus* ijpl a la pensée d*un doute; Tinorédule, si par hasard il s*en renoon* trait qfielquun^ était regardé arec étonnement et reçu avec répugnance;. la foi était Tarche mystérieuse que l'on ne pouyait toucher sans crime, sur laquelle on osait à peine lever les yeux. Cette Coi pure et simple de nos ancêtres daigQera*t*ellè encore j^etenir parmi leurs descendants? Accoutumés au langage des împiesy familiarisés avec leurs blasphèmes, peut être liiéme amusés de leurs railleries, ont-ils conservé des cœurs assez purs pour la recevoir? Aurait-elle condamné la génération qui la dédaigna, et toutes celles qui doivent suivre, à Taffireux malheur de ïavôtr perdue pour toujours? Ah! si Dieu a résolu 'dans ses décrets de punir notre irréligion et les causes qui Vont engendrée, nos désordres, notre orgueil, notre coupable légèreté, qu'il daigne nous choisir un châtiment moins rigoureux!

C'est à noui à les rappeler dans notte patrie^ cette droiture de cœur, cette pureté d'intention, cette simplicité de foi dofit elle se glorifiait autrefois. Cest la perte de ces précieuses vertus qui a entratué tous les maux dont elle vient d'être accablée. En cessàftt d*étrë rèligieuse^dle a cessé d'être heureuse; en secouant lé JoUg de la foi, elle a rejeté celui des lois, qui assurait sa tranquillité; et )A liberté d'opinion dont elle é'eât laissé flatter, a été le degrîé par lequi^n Ta élevée à la liberté de tous les crimes.

O voal donc, chers et fidêléi; compatriotes, que les séductiôtos «hrinci^dulité n'ont pas attdnts^ ou qui ave^eu là togésse dé touft en garantir! attachez-vous de plus en plus à cette fêligièâ bleilfiii'* sànfa»! qui vous promet le bôtiheut* dé Téteruité, et qui, en l'Attendant^ vous procure celui du tempi. GoUftldérek combien de tnaut cherehe à attirer sur chacutl de vous cette incrédulité ^i s'ëfTofce dé tous prendre Aum sûé ptégeâ. Enfents, elle vous enlève à celui ^i Vdus rassemblait si affectueusement autour de sa personne; flêfllàrds, à l'attente précieuse qui toutenait Votre caducité^ elle dub^titue l'expectative prochaine de l'anéantissement de tout Voire ê!fé; riches charitables, elle vous dispute le prix de vos bonnes èëuvres ; vos aumônes ne monteront point àux pieds du juge qui û6h les récompenser; pauvres, elle vmis conteste le dédômmagèmeht de vos privations, elle vdus d^ôuilte de f héritage qui vous m prôiMs; imrfhettrettt dé iJôKt ^ëtfré, éfflé four «râéh* t^os eôti-

•élfitlomf kèmméa de tout état^ «Ue iitiéaàtît tos mpéràitél^s. fit Tout) objets de bos Tires douleUrjf^ qui lisi^ttes, qtii fàleé éleré» dans le sein du christianisme^ qui lui apparteties encore par vètte baptême, qui en goûtâtes autrefois les makirties^ qui depuîg lea aVea abandonnées^ e*est à tous spéoinlelnetit que ùoiis adres<« ^onê ôe!9 dissertations sur la Tente de la religidn. Nous ne rm» éé^ mandons pas encore de la croire^ nous tous cdtijuréns de re:iaml«> ne^. S'il reste encore au fond dé Tds cœurs le plus léger ddiitô (et penfr-il 11*7 en pas rester P), considéreK combien est absurde et dân^ g«reàse l'indifférence dans laquelle Tous Vous enfoncer Tôloiitai^

niement taiit de siècles, comme Vont proféSâé et sdutéhû taiit dé piiissants génies^ la religion est Tt^ie, toyez, érf la t^jetant, de qu*!* Uém immenses tou# tom prire^i^ à quèlà matii kîfreiix tous Tdu* détoner. 8eà promesses et ses menacés sont si expresse^l, que leui* effet est la conséquètice inétitable de ëa térifé. Ybùti Tdus pîqué» dé sagës^ et dé prudence dafid toutes Vdâ àuf reâ aflyi^eé ; est-ce M le lien d'en manquer ? Quand une Affaire majeure et d'une haute impoHânoe tous éunrient, tous tté iiégtige^ ptti de l'étudîèi*} f ôtiS employées tout ce que tous aTe* d'eèrprit, de sagàcîtéj d*eipérién(;e, de côtinâiésancès, à la bien cotiinattrê. En est-il une dotit TitUpôt* Éttftce àpproéhe de celle-ci ? Que pehsé2É-tous dé l'hottimé qûî, îifi» ^Ôticianl sur l'àfFàire dont dépend lé êbrt dé ssi tie, a'oëéiipé, pêt^ dÉM (pi'éllè éê décidé, de fHTolités et dé ba^àteHéil ? RètbùrhéaS ÉÙf fcitii-mêmes lé jugement que tous lui portez. Vous êtfes fUCompâ* f^blèmétlt plu» déraisonnables, puisque entré Totre etti^aTagâncè éi lâ tiéiitle il y a toute la distance qui est eUttè rétetnité et lé temps. Cest donc pour TOtre propre întéi^, pouf TOtre plus gi^fidf iùiétëty et, hous lé disons d'après nôtfë dit in Màitfé^ pdUf Vôtre seul iûtêtêt essentiel \ que notts vous éofajurôtf $ âk tôUs èéeupët^ dé Cet examen. C'est Votre cause que fiôus ptàidôuâ atïpi^èii de Vôiiâ '• Ayez pitié de Tous-mémés, de la plus prédéûse pôf tlon dé t^ôuS4némes, de votre àme ^ que vous éxpoâe^ au plus immiueut et au plus épouVaUtable des dangers.

* ^orro ûnuln èât iiécessarluin. (Luc, jt, 42.)

* Jam yero ïis quae in nobit sita erant absolutis, desirtimus, iltiid ètlàîû ^fé-^^ éafltés, tit omnes ilbique holnitiëS Ve^tattë dOghtHotie dignetitur* Ûtidamet vos. ut biëfatenl et philos6t>hiani deeet, séqauin testrâ fpsôrum causa iiidiciùm te»

nm \ (S. Justin., JpôL , il, é. xv.)

^ ttiSéitre àûitnm tttiê, pUcetïs Dec. (Ëôeli., xxx, U.)

588 rEiNGiras wonDAMseiTAvx

. RedouteriezoYOus la difficulté, rembarraii, là &dgue de cette étude de la religion? Ah! quand il s'agit pour vous d'intérêts temporels, ayec quelle ardeur tous tous livrez à des discussions bien autrement épineuses I Vous ne calculez pas alors les peines, les difficultés du travail. Par quelle déplorable inconséquence jie vous arrêtentelles que quand il est question du plus grand de tous vos intérêts? Et quelles sont-elles donc, ces difficultés si effrayantes que vous présente Texamen de la religion ? S*agit-il de sonder des idées abstraites, de vous élever à des raisonnements qui surpassent votre intelligence ? Vous demande-t-on de faire des recherches lointaines, de parcourir dans votre esprit tous les temps et toutes lés régions? Non; elle est entièrement à votre portée, vous la trouvez sous votre main en quelque sorte toute faite; elle est la plus facile comme la plus importante de toutes, cette étude de la loi divine K Dieu a voulu que sa révélation vous ftit rendue certaine par les mêmes moyens que toutes les autres vérités; que la même faculté intellectuelle jugeât les objets religieux et les profanes ; quelle observât les mêmes règles dans la recherche des uns et des autres» Il a attaché la conviction de sa religion au genre de preuves le plus simple, le plus propre à être senti par tous les esprits, le plus usité parmi les hommes; à des preuves de fiiit, sur lesquelles reposent tous nos autres intérêts, qui fixent toutes nos autres croyances, qui nous dirigent dans toutes nos autres actions, qui nous règlent pour tous nos autres devoirs, qui nous déterminent sur toutes nos autres affaires. Non, nous osons vous le dire, ce n'est pas votre esprit qui se rebute des difficultés qu'il envisage, c'est votre cœur qui s'effraie des sacrifices qu'il n'ose même contempler; ce ne peut pas être votre raison, ce sont évidemment vos passions qui vous arrêtent dès l'entrée de l'examen, et qui ne permettent pas à votre raison même de le commencer.

Tout ce. que nous vous demandons avec instance, est donc de raisonner sur l'affaire Ja plus importante pour vous, comme vous raisonnez habituellement, comme vous auriez honte de ne pas raisonner sur le plus léger intérêt. Nous vous demandons uniquement d'être raisonnables sur ce point, comme vous Têtes sur tous les autres ^ Ce que nous vous demandons, votre raison elle-même vous le

' Mandatum hoc qaod ego priecipio tibi oon supra te est, neque procol poftitam... sed juxta te est sermo valde ia ore tuo, et ia corde tuo, ut fadas illnm. (Deuter., XXX, 11, 14.)

* NIhil est eoim quo magis homo csetcris aoimantibus prsestet, quam quod rationis est pârticeps : causas rerum requirit, generis suî auctorem ioTeatigandum putat, in cujus potestate fitae necisque potestassit, qui mundum anonuta regat, cui sciamus rationem esse reddendam nostroriim actuuml.. Omniboa igitnr bolniiiibiis ineet seeundum natnram huinanam>ertiiii inteatigire, qii«

DE MltOâOPtflB GHABTIBiyiyfi. S89

demande avec nous. Elle vous supplie, elle vous conseille, elle vou^ requiert, elle vous somme par notre voix, et par la voix intérieure de votre conscience, de la laisser s'exercer librement sur la matière qui est le plus évidemment de son ressort, et qu il lui importe lé plus essentiellement de connaître. Si vous ne daignez pas nous écouter, écoutez-la du moins; écoutez ce qu'elle vous crie, et sut la nécessité dont il est pour vous de vous livrer à l'examen de la religion, et sur la manière dont vous devez y procéder. * ' Elle vous présente deux règles, dont vous ne pouvez vous dissimuler la justice : la droiture d*intention, la pureté ducœur.

Si votre intention n*est pas droite ; si, au lieu de chercher là véritéj vous la fuyez, pouvez-vous croire que vous la rencontrerez ? Si votre volonté dit à votre intelligence ce que disaient les Juifs à leurs prophètes: «Ne nous montrez pas ce qui est véritable; né » nous faites voir que ce qui. nous plaît, présentez-nous des er- » reurs ' ; » docile à vos ordres, pour votre malheur, votre intelligence ne vous offrira que les illusions qui vous flattent. Si, comme tant d'autres Font pratiqué, comme peut-être vous-mêmes vous en avez agi jusqu'ici, vous ne consultez, sur la vérité de la religion^ que les écrits qui la combattent, ou si vous ne lisez les livres qui la défendent qu'avec un esprit de critique, et dans l'intention d'y aper** cevoir des difficultés, vous n'y trouverez que ce que vous y aurex cherché. Et n'est-il pas dans l'ordre ordinaire que ce que l'on désire vivement soit ce que l'on voit clairement? Combien de fois n'avez-vous pas vu, et peut-être vous-mêmes l'avez-vous souvent éprouvé, que les désirs forment les opinions, donnent du poids aux plus minces raisons, atténuent les plus puissants motifs.»^ Commencez donc par souhaiter sincèrement, franchement, unique^» ment, de découvrir la vérité, et méprisant les fades railleries, laissant de côté les déclamations vagues et incertaines, n'ayant plus aucun égard aux frivoles autorités auxquelles vous avez jusqu'ici trop déféré \ pesez dans la balance de votre propre raison les preuves

nos ad studium cognitionis et scientiae trahit, et inquirendi infundi cupidita* tcm. (S. Ambr.» de Offic. Min. y îib. I, c xxii, n»" !24, 125.)

* Qui dicunt videntibus : Noiitc videre; et aspicientibus : NoUte aspicere nobis ea quse recta stint ; loquiinini nobis ptacentia, videte nobîs errores. (Isa.,

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