XIV. De Vair
Après avoir considéré les eaux, appliquons-nous à examiner d'autres masses encore plus étendues. Voyez vous ce qu'on nomme l'air? c'est un corps si pur, si subtil, et si transparent, que les rayons des astres, situés dans une distance presque infinie de nous, le percent tout entier sans peine, et en un seul instant, pour venir éclairer nos yeux. Un peu moins de subtilité dans ce corps fluide nous aurait dérobé le jour, ou ne nous aurait laissé tout au plus qu'une lumière sombre et confuse, comme quand l'air est plein de brouillards épais. Nous vivons plongés dans des abîmes d'air, comme les poissons dans des abîmes d'eau. De même que l'eau, si elle se subtilisait, deviendrait une espèce d'air qui ferait mourir les poissons, l'air, de son côté, nous ôtqf ait la respiration, s'il devenait plu5 épais et plus humide. Alors nous nous noierions dans les flots de cet air épaissi, comme un aYiimal tenestre se Jioie dans la mer. Qui est-ce qui a purifié avec tant de justesse cet air que nous respirons. S'il était plus épais il nous suffoquerait; comme, s'il était plus subtil, il n'aurait pas cette douceur qui fait une nourriture conti* nuelle du dedans de l'homme. Nous éprouverions partout ce qu'on éprouve sur le sommet des montagnes les plus hautes, où la subtibte de l'air ne fournit rien d'assez humide et d'assez nourrissant pour les poumons. Mais quelle puissance invisible excite et apaise si soudainement les tempêtes de ce grand corps fluide? Celles delà
mer n en sont que les suites. De quel trésor sont tirés le^ vents qui purifient l'air, qui attiédissent les saisons brûlantes, qui tempèrent la rigueur des hivers, et qui changent en un instant la face du ciel? Sur les ailes de ces vents volent les nuées d'un bout de Thorizon à Tautre. On sait que certains vents régnent en certaines mers, dans des saisons précises. Ils durent un temps réglé, et il leur en succède d'autres, comme tout exprès, pour rendre les navigations commodes et régulières. Pourvu que les hommes soient patients et aussi ponctuels que les vents, ils feront sans peine les plus longues navigations.