IV. Funestes effets de rirréligion
« Si l'homme est convaincu qu'il y a une providence qui gouverne ce monde, et à qui rien ne peut échapper, qui récompense d'un bonheur infini ceux qui aiment k vertu, qui punit d'un châtiment éternel ceux qui s'adonnent au vice, il ne manquera point de se porter à la vertu et de fuir le vice, et de renoncer aux voluptés corporelles qu'il sait fort bien qui attirent des douleurs qui ne finiront jamais, pour quelques moments de plaisir qui les accompagnent ; au lieu que la privation de ces plaisirs passagers est suivie d une étemelle félicité.
» Mais s'il ignore qu'il y ait une Providence, il regardera ses désirs comme sa dernière fin et comme la règle de toutes ses ac-
* Oaadian.
84 «tûtocûtfn jmMmuûiai.
lions ; il se moquera de ce que les autres appellent trertu et honnè* teté, et il ne suivra que les môuveilietits de la cotltroltise ; il ise défera, s il peut, de tous oenx qui lui déplairotit; il fera de ftittx se^ments pour la moindre chose, et sil be voit dans un po^e qui it mette au-dessus des lois humaines, aussi bien qu'il S'est déjà vah au-dessus des remords de la conscience, il n y a point de crime qa'<^ * ne doive attendre de lui : c*est un raonstl'e infiniment plus dlmgie» reux que ces bêtes féroces, ces lions et ces taureaux enragés dont Hercule délivra la Grèce;.... si bien quêtant inaccessible à toutes ces considérations (de la religion), il doit êU'e nécessairement le plus grand et le plus incorrigible scélérat dej'dtrivers '. »
I. Il est vrai, ainsi que Bayle Ta observé dans lartlcle suivant, que l'homme ne suit pas toujours ses lumières ; qu'il ne se détermine pas toujours par les connaissances qu'il a de ce qu'il doit faire ; que, convaincu des maximes de la sagesse, il ne laisse pas de donner quelquefois dans des écarts que ces maximes condamnent, et que de même, lorsqu'il aura eu le malheur d'adopter des principes contraires, il ne se livrera pas toujours aux pernicieuses conséquences qui eu résultent ; mais il n'est pas moins certain, comme l'a dit Bayle, que l'irréligion conduit par elle-même à la corruption, et que la religion conduit par elle-même aux bonnes mœurs; que, par conséquent, il est infiniment dangereux de n'avoir pas de religion, et infiniment utile d'en avoir.
Tout inconséquents que nous sommes, il importe souverainement que nous ayons de l?ons principes, parce qu'enfin ces principes influent toujours plus ou moins sur notre conduite ; au moins est-il certain que Ton convertira plus aisément un homme qui a de bons principes que celui qui en a de mauvais : Bayle a bien su le dire quelquefois, « qu'un homme entêté de faux principes se rend avec plus de peine à la vérité, qu'un homme qui ne sait ce qu'il croit. Celui-là, dit-il, songe bien moins à pénétrer ce que vous lui dites, qu'à imaginer des raisons pour le combattre. » Plus vous faites d'efforts et vous accumulez de preuves pour le convaincre, plus il résiste ; et l'évidence des raisonnements qui persuade les autres est précisément ce qui empêche qull ne se laisse persuader : Minus placet quod suadetur; magis quod dissuadetur placet ^.
2. Tant de gens, nous dit-on, qui croient à la religion et qui n'en observent pas les devoirs ! Je réponds : Tant de gens qui croient à
» Pensées diverses^ art. 134.
* Plaut. in Trinum.
la jX)Ihesse, et qui Boikt ii»piQdtt„* à Ja i:^aiiiiai«li^B^^t et qui sant ingrats; à Famitié, et qui sont infidèles! Concluez *vous* de là cpie la politesse, la reconnaissanoe et ranûtié sont des chimères, et qu on a tort d ecprescrire les lûk? Il «n'est de jmâittede ht religion* i^iurquoi les inapies, qui ont Abjuré la religion et toutes ses lois^ ne laissent-ils pas d'observer oertains dayoirSi et y sont-ils coastamment fidèles? Je réponds : Par la laênie raison que les voleurs, qui ne connaissent point la probité, observent entre eux cei:tainej& règles dont ils ne se départent jamais. On ne peut pas renoncer à tout, pas même à tout bien.
V. Tandis qu'on est jeune, on adopte, par légèreté, des systèmes d^îrréligion ; et lorsqu'on est deyenu vieux, on y persiste par opiniâtreté et par vanité.
« n est certains docteurs opiniâtres... qui ne démordent jamais de leurs premiers sentiments : ils jettent Tancre pour leur vie partout où l'engagement de la naissance , le hasard ou Tintérêt les ont conduits ; et comme la passion est la principale source de la lumière qu'ils suivent, ils s'enfoncent et s'enracinent de plus en plus dans leurs préjugés, de sorte qu'ils y tiennent plus fortement sous leurs cheveux Lianes, qu'à la fleur de l'âge... Un faux point d'honneur est cause qu'ils ne voudraient pas renoncer, dans leur vieillesse, à des sentiments qui leur ont fait acquérir un nom et une longue réputation, ils craindraient qu'on n'attribuât leur changement à quelque faiblesse d'esprit ;... ils auraient honte de reconnaître le besoin qu'ils auraient eu de vieillir pour discerner la vérité ^ »
On n'en voit que trop de ces caractères opiniâtres, qui, par-* venus à un âge où la raison se fait mieux entendre, ne l'écoutent pas plus qu'ils n'ont fait pendant les années de leur jeunesse, et refusent obstinément de plier sous le joug de la religion, dont ce^ pendant ils ne sauraient s'empêcher d'apercevoir la vérité. C'est à ces hommes inflexibles que Dieu disait, par la bouche d'Isaïe : «Je savais que vous êtes dur, que votre cou était comme une barre de fer, et que vous aviez un front d'airain : » mais d'où leur vient cette dureté et cette espèce d'insensibilité ? Bayle ici nous Fap^ pfend : de leiu* enftêtement : on n'aime pas à se dédire et à con» venir qu'on a eu tort pendant si longtemps ; de leur vanité : on à honïe de reconnaître qu'on a eu besoin de devenir vieux pour
* Pensées diverses, t. 3.
36 THBOLOGIB HÂTDRBLU.
derenir raisonnable ; du respect humain : on ëtait un esprit fort, 4>n sera peut-être accusé cl*étre un esprit faible.
Ajoutons que la paresse et la lâcheté ont encore beaucoup de part à leur obstination. SU ne s'agissait que de revenir de ses erreurs passées, on pourrait encore s'y déterminer ; mais il s'agit de les réparer, de les confesser, d'en faire pénitence, et c'est à quoi Ton n'a pas le courage et la force de se résoudre. Combien d'impies reyiendraient à Dieu s'ils n'étaient oblige de se confesser qu'à Dieu!