‹ Cours de philosophie chrétienneChapitre 20 sur 67 · XVIII. Des astres · texte numérisé non relu

XVIII. Des astres

Mais regardons encore une fois ces voûtes immenses où brillent les astres, et qui couvrent nos têtes. Si ce sont des voûtes solides, qui en est l'architecte? Qui est-ce qui a attaché tant de grands corps lumineux à certains endroits de ces voûtes de dis-

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tance en distance? Qui est-ce qui fait tourner ces voûtes si régulièrement autour de nous? Si au contraire les cieux ne sont que des espaces immenses remplis de corps fluides, comme Tair qui nous environne, d'où vient que tant de corps solides y flottent sans s'enfoncer jamais, et sans se rapprocher jamais les uns des autres? Depuis tant de siècles que nous avons des observations astronomiques, on est encore à découvrir le moindre dérangement dans les cieux. Un corps fluide donne-t-il un dérangement si constant et si régulier aux corps qui nagent circulairement dans son enceinte? Mais que signifie cette multitude presque innombrable d'étoiles? La profusion avec laquelle la main de Dieu les a répandues sur son ouvrage fait voir qu elles ne coiitent rien à sa puissance. Il en a semé les cieux, comme un prince magnifique répand l'argent à pleines mains, ou comme il met des pierreries sur un habit. Que quelqu'un dise, tant qu'il lui plaira, que ce sont autant de mondes semblables à la terre que nous habitons : je le suppose pour un moment. Combien doit être puissant et sage celui qui fait des mondes aussi innombrables que les grains de sable qui couvrent les rivages des mers, et qui conduit sans peine, pendant tant de siècles, tous ces mondes errants, comme un berger conduit un troupeau? Si au contraire ce sont seulement des flambeaux allumés pour luire à nos yeux dans ce petit globe qu'on nomme la terre, quelle puissance que rien ne lasse et à qui rien ne coûte! quelle profusion, pour donner à l'homme, dans ce petit coin de l'univers, un spectacle si étonnant * !

Mais, parmi ces astres, j'aperçois la lune qui semble partager avec le soleil le soin de nous éclairer. Elle se montre à point nommé avec toutes les étoiles, quand le soleil est obligé d aJIer ramener le jour dans l'autre hémisphère. Ainsi, la nuit mênae, malgré les ténèbres, a une lumière, sombre à la vérité, mais douce e.t utile. Cette lumière est empruntée du soleil, quoique absent. Ainsi, tout est ménagé dans l'univers avec un si bel art, qu'un globe voisin de la terre, et aussi ténébreux qu'elle par luimême, sert néanmoins à lui renvoyer par réflexion les rayons qu'il reçoit du soleil; et que ce soleil éclaire par la lune les peuples qui ne peuvent le voir, pendant qu'il doit en éclairer d'autres.

Le mouvement des astres, dira-t-on, est réglé par des lois immuables. Je suppose le fait. Mais c'est ce fait même qui prouve ce

* Sustinendi muneris propter imbecillitatem difûcultas minime cadit in majestatem Deorum. (Cia, lib. 2, de JSat, Deor.)

que je veux établir. Qui est-ce qui a donné à toute la nature des lois tout ensemble si constantes et si salutaires; des lois si sim* pies, qu on est tenté de croire qu'elles s'établissent d'elles-mêmes; et si fécondes en effets utiles, qu'on ne peut s'empêcher d'y reconnaître un art merveilleux? D'où nous vient la conduite de cette machine universelle, qui travaille sans cesse pour nous, sans que nous y pensions? A qui attribuerons-nous l'assemblage de tant de ressorts si profonds et si bien concertés; et de tant de corps, grands et petits, visibles et invisibles, qui conspirent également pour nous servir? Le moindre atome de cette machine qui viendrait à se déranger, démonterait toute la nature. Les ressorts d'une montre ne sont point liés avec tant d'industrie et de justesse. Quel est donc ce dessein si étendu, si suivi, si beau, si bienfaisant? La nécessité de ces lois, loin de m'empêcher d'en chercher l'auteur, ne fait qu'augmenter ma curiosité et mon admiration. Il fiillait qu'une main également industrieuse et puissante mît dans son ouvrage un ordre également simple et fécond, constant et utile. Je ne crains donc pas de dire avec T Ecriture, que chaque étoile se hâte d'aller où le Seigneur l'envoie, et que, quand il parle, elles répondent avec tremblement : Nous voici : Ecce ad-

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