XXII. De la structure de ranimai
Renfermons-nous dans la machine de l'animal : elle a trois choses (jui ne peuvent être trop admirées, i^ Elle a en elle-même
.' Ludens in orbe terrarum* (Prov. viu, 3t.}
278 THÉOLOGtB NATtTABLLS.
ée quoi ^e défendre contre ceux qui Tattaquent pour la détruire; a® elle a de quoi se renouveler par la nourriture; 3** elle a de quoi perpétuer son espèce par la génération. Examinons un peu ces trois choses.
XXIU. Dennstinct de ranimai.
Les animaux ont ce qu on nomme instinct, et pour s'approcher des objeta utiles, et pour fuir ceux qui peuvent leur nuire. Ne cherchons point en quoi consiste cet instinct; contentons-nous du simple fait, sans raisonner.
Le petit agneau ient de loin sa mère, et court au-devant d'elle. Le mouton est saisi d'horreur aux approches du loup, et s'enfuit avant que de l'avoir pu discerner. Le chien de chasse est presque infaillible pour découvrir, par la seule odeur, le chemin du cerf. Il y a dans chaque animal un ressort impétueux, qui rassemble tout à coup les esprits, qui tend tous les nerfs, qui rend toutes les jointures plus souples, qui augmente d'une manière incroyable, dans les périls soudains, la force, l'agilité, la vitesse et les roses pour fuir l'objet qui le menace de sa perte. Il n'est pas question ici de savoir si les bêtes ont de la connaissance. Je ne prétends entrer en aucune question de philosophie. Les mouvements dont je parle sont entièrement indélibérés, même dans la machine de l'homme. Si un homme qui danse sur la corde raisonnait sur les règles de l'équilibre, son raisonnement lui ferait perdre l'équilibre, qu'il garde merveilleusement sans raisonner; et la raison ne lui servirait qu'à tomber par terre. Il en est de même des bêtes. Dites, si vous le voulez, qu'elles raisonnent comme les hommes : eo le disant vous n'affaiblissez en rien ma preuve. Leur raisonnement ne peut jamais servir à expliquer les mouvements que nous admirons le plus en elles. Dira-t-on qu'elles savent les plus fines règles de la mécanique, qu'elles observent avec une justesse si parfaite, quand il est question de courir, de sauter, de nager, de se cacher, de se replier, de dérober leur piste aux chiens, ou de se servir de la partie de leur corps la plus forte, pour se défendre? Dira-t-on qu'elles savent naturellement les mathématiques, que les hommes ignorent ? Osera-t-on dire qu'elles font avec délibération et avec science tous les mouvements si impétueux et si justes que les hommes même font sans étude et sans y penser ? Leur donnera-t-on de la raison dans les mouvements même où il est certain que l'homme n'en a pas? C'est l'instinct, dira-t-on, qui conduit les
THEOLOGIE NATURELLE* Hyg
betes. Je le veux : c est en effet un instinct. Mais cet instinct est une sagacité et une dextérité admirable, non dans les bêtes, qui ne raisonnent, ni ne peuvent avoir alors le loisir de raisonner, mais dans la sagesse supérieure qui les conduit. Cet instinct, ou cette sagesse qui pense et qui veille pour la bête, dans les choses indélibérées, où elle ne pourrait ni veiller, ni penser, quand même elle serait aussi raisonnable que nous, ne peut être que la sagesse de l'ouvrier qui a fait cette machine. Qu on ne parle donc plus d'instinct, ni de nature. Ces noms ne sont que de beaux noms dans la bouche de ceux qui les prononcent. Il y a dans ce qu'ils appellent nature, et instinct un art et une industrie supérieure, dont l'invention humaine n'est que l'ombre. Ce qui est indubitable, c'est qu'il y a dans les bêtes un nombre prodigieux de mouvements entièrement indélibérés, qui sont exécutés selon les plus fines rè« gles de la mécanique. C'est la machine seule qui suit ces règles. Voilà le fait indépendant de toute philosophie : et le fait seul décide. Que peiiserait^on d'une montre qui fuirait à propos, qui se replierait, se défendrait, échapperait, pour se conserver, quand on voudrait la rompre.»^ N'admirerait-on pas l'art de l'ouvrier? Croirait-on que les ressorts de cette montre se seraient formés, proportionnés, arrangés et unis par un pur hasard? Croirait-on avoir expliqué nettement ces opérations si industrieuses, en parlant de l'instinct et de la nature de cette montre, qui marquerait précisément les heures à son maître, et qui échapperait à ceux qui voudraient briser ses ressorts ?