XXIV. De la nourriture
Qu'y a-t-il de plus beau qu'une machine qui se répare et se renouvelle sans cesse elle-même ? L'animal, borné dans ses forces, s épuise bientôt par le travail; mais plus il travaille, plus il se sent pressé de se dédommager de son travail par une abondante nournture. Les aliments lui rendent chaque jour la force qu'il a perdue, n met au dedans de son corps une substance étrangère qui devient la sienne par une espèce de métamorphose. D'abord elle est broyée fit se change en une liqueur, puis elle se purifie comme si on la passait par un tamis pour en séparer tout ce qui est trop grossier; ensuite elle parvient au centre, ou foyer des esprits, où elle se subtilise et devient du sang. Enfin elle coule et s'insinue par des rameaux innombrables pour arroser tous les membres; elle se filtre dans les chairs; elle devient chair elle-même. Tant d'aliments et de li-
queurs, de couleurs si différentes, ne sont plus qu ume aiêlne'chair. L'aliment, qui était un corps inanimé, entretient la vie de raDÎmal et devient l'animal même. Les parties qui le composaient se sont eshaléespar une sensible et continuelle trampiration. Ce qui était il y a quatre ans un tel cheval, n'est plus que de Tair ou du fumier ; ce qui était alors du foin ou de Tavoine, est devenu ce même cheval, si fier et si vigoureux ; du moins il passe pour le même dieval, malgré ce changement insensible de sa substance.