XXV. Da sommeil
A la nourriture se joint le sommeil. L'animal interrompt dodseulement tous les mouvements extérieurs, mais encore toutes les principales opérations du dedans, qui pourraient agiter et dissiper trop les esprits. Il ne lui reste que la respiration et la digestion^ c'est-à-dire que tout mouvement qui userait ses forces est su^endu, et que tout mouvement propre à les renouveler s'exerce seul et librement. Ce repos, qui est une espèce d'enchantement, revient toutes les nuits pendant que les ténèbres empêchent le travail Qm est-ce qui a inventé cette suspension.^ Qui est-ce qui a si bien choisi les opérations qui doivent continuer? Et qui est-ce quia exclu, avec un si juste discernement, toutes celles qui ont besoin d'être interrompues ? Le lendemain, toutes les fatigues passées sont anéanties. L'animal travaille comme s'il n'avait jamais travsDllé,et il a une vivacité qui l'invite à un travail nouveau par ce renouvel* lement. Les nerfs sont toujours pleins d'esprits, les chairs sont souples, la peau demeure entière, quoiqu'elle dût, ce semble, s'user. Le corps vivant de l'animal use bientôt les corps inanimés, même les plus solides, qui sont autour de lui, et il ne s*^use point. La peau d'un cheval use plusieiurs selles. La chair d'un enfant, quoique si tendre et si délicate, use beaucoup d'habits pendant qu elle se fop tifie tous les jours. Si ce renouvellement était parfait, ce serait fimmortalité et le don d'une jeunesse éternelle. Mais comme ce renouvellement n'est qu'imparfût, l'animal perd insensiblement ses forces et vieillit, parce que tout ce qui est créé doit porter la marque du néant d'où il est sorti, et avoir une fin.