XXXI. De la structure du corps de rhomine
Le corps est pétri de boue; mais admirons la main qui Ta façonné. Le sceau de l'ouvrier est empreint sur son ouvrage. Il semble avoir pris plaisir à faire un chef«d'œuvre avec une matière vile. Jetons les yeux sur ce corps, où les os soutiennent les chairs qui les enveloppent. Les nerfs, qni y sont tendus, en font toute la force ; et les muscles où les nerfs s'entrelacent, en s^enflant ou en s'allongeant, font les mouvements les plus justes et les plus réguliers. Les os sont brisés de distance en distance; ils ont des jointures où ils s'emboîtent les uns dans les autres, et ils sont liés par des nerfs et par des tendons. Cicéron admire avec raison lé bel artifice qui lie ces os. Qu'y a-t-il de plus souple pour tous les divers mouvements ? Mais qu'y a-t-il de plus ferme et de plus durable? Après même qu'un corps est mort, et que ses parties sont séparées par la corruption, on voit encore ces jointures et ces liaisons, qui ne peuvent qu'à peine se détruire. Ainsi cette machine est droite ou repliée, roide ou souple, comme l'on veut. Du cer-
yeau, qui est la source de tous les nerfs, partent les esprits ; ils sont si subtils^ qu'on ne peut les voir ^ et néanmoins si réels et dune action si forte, qu'ils font tous les mouvements de la machine et toute sa force. Ces esprits sont en un instant envoyés jusqu'aux extrémités des membres. Tan toi ils coulent doucement et avec uniformité; tantôt ils ont, selon les besoins, une impétuosité Irrégulière, et ils varient à l'infini les postures, les gestes, et les autres actions du corps.