‹ Cours de philosophie chrétienneChapitre 4 sur 67 · VI. C'est une espèce d'athéisme que de Tlfre sans religion · texte numérisé non relu

VI. C'est une espèce d'athéisme que de Tlfre sans religion

« Ceux-là sont de vrais athées, qui reconnaissant l'existence de Dieu, nient sa providence, et veulent qu'il se tienne dans un éternel repos, sans se mêler du gouvernement du monde, et laissant toutes choses à la conduite de la nature, qui les fait aller leur train, ou à l'esprit des hommes, qui disposent de leurs affaires selon leurs lumières et selon leurs soins; c'est là un véritable athéisme, car un Dieu sans providence n^ est pas un Dieu y mais une idole vaine et immobile, qui n'agit point et qui ne sert de rien... Ils ont Dieu dans la bouche, mais ils l'ont banni de leur cœur, et ils avouent de parole ce qu'ils méconnaissent en effet '•

» Ceux qui ne servent point Dieu, et qui au contraire l'outragent par une vie criminelle et vicieuse, sont une espèce d'athées, c'est là Yathéisme des garnements et des débauchés^ car effectivement ils vivent comme s'il n'y avait point de Dieu, sans crainte de sa justice, sans reconnaissance de sa bonté, sans respect pour son Bom, sans obéissance à ses lois, et quand ils auraient abattu Dieu de dessus son trône pour l'écraser sous leurs pieds et l'anéantir à jamais, ils ne se donneraient pas plus de licence et de hardiesse. Ce sont donc des athées d'œuvre et d'action, ils confessent Dieu de leur langue, mais ils le renient par leurs mœurs; ils parlent comme croyant un Dieu, mais ils vivent, ils agissent comme n'en croyant point \ »

I. Ces deux passages ne sont pas de Bayle même, mais ils sont

ârés d'un sermon composé par un ministre protestant nommé

pubosc. Bayle les adopte, et il les cite comme un argument invin-

rible qui comble, dit-il, la mesure des preuves qu'il a alléguées

< Contin. des Pens, div.f t. 4, p. 93. * ib.^ p. 94.

THEOLOGIE 9ATURBLLB. 3^

jusque-là pour soutenir son système et confirmer ses pensées sur les comètes. On doit donc les regarder Tun et l'autre comme étant reiq>ression des sentiments de Bayle; si Ton pouvait en douter, la note qui ya suivre suffirait pour lever tous les doutes à cet égard ; elle est toute entière de Bayle.

2, « Tous les inconvénients que Ton pourrait craindre de Ta* théisme, Tanéantissement de la confiance en la protection du Ciel, la destruction de l'espérance d'être heureux (en l'autre vie) en bien vivant, et de la peur d'être malheureux en vivant mal; tous ces in* coQvénienls, dis-je, sans en excepter un seul, coulaient aussi nécessairement, aussi naturellement de la doctrine d'Ëpicure que de la doctiine des athées. Les esprits les moins pénétrants compren* nent très-bien que tous les usages de la religion sont fondés, non pas sur le dogme de l'existence de Dieu , mais sur le dogme de sa providence... il est visible que la foi de l'existence, sans la foi de la Providence, ne peut pas être un motif à la vertu, ou un frein contre le vice '. »»

vu. Mourir dans l'irréligion est la résolution la plus folle et la plus brutale

dont rhomme soit capable.

« Spinosa était le plus grand athée qui ait jamais été, et qui s'était tellement infatué de certains principes de philosophie, que pour les mieux méditer il se mit comme en retraite, renonçant à tout ce qu'on appelle plaisirs et vanités du monde, et ne s'occupant que de ses abstruses méditations. Se sentant près de sa fin, il fit venir son hôtesse et la pria d'empêcher qu'aucun ministre le vînt voir dans cet état. Sa raison était, comme on l'a su de ses amis, qu'il voulait mourir sans dispute, et qu'il craignait de tomber dans quelque faiblesse de sens qui lui fit dire quelque chose dont il tirât avantage contre ses principes, c'est-à-dire qu'il craignait qu'on ne débitât dans le monde qu'à la vue de la mort sa conscience s'étant réveillée, l'avait fait démentir de sa bravoure et renoncer à ses sentiments. Peut-on voir une vanité plus ridicule et plus outrée que celle-là, et une plus folle passion pour la fausse idée qu'on s'est faite de la constance ^ ? »

i.Je n'examine point si le fait est vrai ; mais supposant ' que Bayle en était certain, et qu'il en avait été, comme il dit, instruit de bonne part, nous nous arrêtons au jugement qu'il porte de cette conduite abominable, et nous invitons les impies à y faire quelque

' Dict., art. Lucrèce.

• Pensées rf/V., t. 2, p. 86. . ,

3te tnàxytacŒ TfxrcrcextT^.

Httention ; s ît« n'oiït pas la sagesse âe retlTer pendant letrr vie dans les voies âe la msuyti et dfe Fa vërit^, ncras les cxjitjnroTns àest tappelier, an rtrotM k k niôîfi, eefte pensée de leur maître; et die sé aoïiveniT atefs que lé dotffeuf (jtri les a égares les exhorte lui-même à revenir dans ces derniers instants de \etrt égarement et de leurs érretws.

2. tJn autre exempte d*endurdssement que Bayle cite ^bns te fiiéme ouvrage, lui donne occasion d'exprimer encore plus ftrr fetemetft son mépris ci son indignation contre les impies qui renoncent absolument, et pour Ta vie et pour la mort, au s^lut éternet de leur ftme. « Y a-t-H rien de plus grossier et de plus brutal, dSt-îl \ ^e la conduite de Rabdod, ror des Frisons, qui, sur le point de Et faire baptiser, éstmmda où étaient ses aucêtres ? Dans \es enfers, loi répondit-on, car il n'y a point de salut hors du christianisme. J'aime donc mieux, répliqua -t il, me trouver dans les Mfers avec le grand nombre, qu'en paradis avec la petite troupe des chrétiens. »

VIII. Le nombre des iiKSrëdaleê n'e«t pasausif grand qu'il le paraît.

« Ceux qui doutent de la vérité de la religion chrétienne, et qui tralt4sn< es fable e» que Yott eKt de fautre vre, sont en très-petit nombre..... n est difficile d« trouver un homme qui dise, âkm le âécret de son coèuf : Il n'y a point de Dieu *. »

I. Un habile pfâat du xviii* siècfc ', dîmtf stBs Questions sarrinérédultiéy ouvrage frès-soMe et très-propre à persuader, prourc «daireffient la rarreté de^ htcrétfeles, et qu'rî y a très-peu de' gem qui lé ioi«fit âmi le secret de leur cœur, quoiqu'il y en ait beafu* oo«ip qui le sont dans le propos. On peut voir dans Touvrage même t&à tê/^s&ùn swr feaqwîws Fautêtff se fotid'e.

Il est fifai que dans ce siècle malheureux, des personnes dWtoul IÇf» et d^ Vbrn état (bitt tine prorfessiwn as^e* ouverte dlncretfuîit^ €t!Si m^tne attjôcpfd'htii fe mod^, on n'est pas philosophe sai» ceht;

* Çont. des Pensées div.y t. 3.

« PéHSêtPi 1^ , t 2.

* Le trâtfe éfe RMUfit^eAdH, né à Monttfiiilairle tt féfvifr I7f 5^ éféqm M Hi| en Velay en 1743^ archevêque de Vienne en 1774, mort à Paris le 30 déceaibue tTW. tfk îtoi âM pfifsfeTfrâ o>ïf t*geî : f* Questions diverses sur ^incrédulité; WH^Jfifgr^iMi^t 9oSmmtâ9pftt tmi pf&phêtlië ; t'^ §a ftefigi^^ PHigêtéê ?f#» creautite par VincréduUté elle-même; 4° la Dévotion réconciliée avec C esprit; h^ le Véritable usage de l'autorité séculière dans les matières qui tànctmtnt 41 religion.

ec» tant de. nu)julfi préteud à rêure» ç^ue ç» serait. iQCjca^iiQm cl^ xéféwi U hosk xxKA de PliUac()tte» sux b même mwh. qui régu^l; de soatfiiopft àEaou?) cojnoi^ elk règufi acLtuelkment çbe^î npi^.: <^P«{MiJj| (jjua leil. es&jxUet bsi laquais se mêlent d être philosophes, le uQwbx.e d«s sages ix*est pliis réduit, à sept, cQnun/e il retrait 9Uîrefiûs; c'est iBainl^naRt celui des foias qui est ainsi réduit '. »

Meaiunoifts» malgré cette 6>ule innombrable de prétendants à riAcréduUtét je persiste avec Bayle à croire le nombre des vrai^ incrédules fort petit. « Il s'en est vu assez, disait Montaigne, par vanité et par fierté, concevoir des opinions non vulgaires et réformatrices du monde, eu affecter la profession par cojstenance, qui, s'ils sont assez fous, ne sont pas assez forts pour l'avoir plantée en leur conscLeoice ^^.«« Autr^ chose est un dogme sérieusement digéré; autre chose ces impressions superficielles, lesquelles, nées de la débaucha d'un esprit démaxuihé,, vont nageant témérairement et incertainement en la fantaisie.*.., Hommes bien miséra^ bles, continue le même philosophe, et bien écervelés, qui tâchent d'être pires qu'ils ue peuxeui! « fiayle dit à peu près dans ks mêmes tenues que ces messieurs en dbent beaucoup plus qu'ils n'en pensent, et que la vanité a beaucoup plus de part à leurs dûi>cours que la conscience ^ Dans le vrai^ la plupart des libertins sont impies, comme les hypocrites sont religieux. Ils honorent l'irréligion du bout des lèvres, et non du fond du cœur ; très-peu sont irréli^eux en espiit et. en vérité.

Bayle, à l'article Biûn \ fait des remarques qui confirment les nôtres,et qui achèvent de nous eonvaincre qu'il n'avait pas plus de foi que nous aux esprits forts. C'est à l'occasion de ce fameux sophiste, qui, dit-il, « étant tombé malade» fit comme presque tous les impies ; il passa dans une autxe e;&tréniité, il devint superstitieugt» Il eut recours aux. ligatures et à cent autres choses, qui,^ au jugement du vulgaire, étaient des préservatifs et des charmes^» Yoiei donc ce que Bayle tyonte sur ce sujet dans ske$ notes : « J'ai ouï dire à un gentilhomme qui avait été à M. le comte de SoissQns, que Saint-Ibal, fameux esprit fort, se plaignait de ce qu'aucun homme de leur secte n'avait le don de persévérance. Ils ne nous font point d'honneuTi disait-il,, ^pinad ils se voient au lit de la mortM». ils meurent comme tous les autres, bien confessés et bien

• Plot., de la Piété filiale.

* Montaigne, Essais de morale.

' Dict., art. Des Barreaux,

^ Dict., dn^Bion.

43 TRÉOi:;OGTB NATVRBLLE.

rcra la réputation de grands esprits. Les voilà tentes d*étaler contre leur propre persuasion les diflfieultés à- quoi sont sujettes les doctrines de la Proridence et celles Ae FBvangîfe : ik se font éanc i peu près une habitude de tenir Aes drscoiirs impies, et si la vie w>^ luptueuse se joint à leur vanité, ils marchent encore plus vil9ddaiu ce chemin. Cette mauvaise habitude, emitraetée d*un câl»soiiftles auspices de Forgueil, et de Tautresous les auspices de la sensualité^ émousse la pointe des impressions de Téducation, je veux dire qu'elle assoupit le sentiment des vérités qu'ils ont apprises dans leur enfance touchant la Diuinîtéy le paradis et Y enfer ^ mais ce n'est pas une foi éteinte, ce n'est qu'un feu caché sous le» cendres*. •

1 . Lors donc que nous reprochons aux impies de ne penser pas ce qu'ils disent, et de déclamer contre la foi par air et non par persuasion, qu'on ne nous accuse plus dlnjustice, et de parler nous-méme sans savoir; peut-être pourrait-on nous soupçonner de ne pas les connaître assez ; mais quand on entend le coryphée de l'incrédulité tenir sur ses confrères le même langage que n&m, qu'a-t-on à répondre? dira-t-em encore qu'il ne* les ecMHMÎsaaîfr pus assez à fond pour en juger?

2. Bajle nous apprend «ncore dans ee dîscovvs beaucoup de maximes contraires à celles de Timpiété : i^ que quand même la religion serait fausse, il ne serait pas sage de cherchet à la dsiruîre; 3^ que la religion est une consolation pour les malheureux, dont il est inhumain de vouloir 1^^ priver; 3^ qu'elle est un (rein cpi préserve les jeunes gens de la débauche; 4^ m^^ ^*^^ un malheur de tomber dans firréiâgiaB; 5^ qu'en m y tdnibe que par une suite de raisonnements fnai eam(mit9; é^ qu'on peut en sortir avec le secours de la grâce ée Dieu.

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