XX.XIV. Des os et de leur assemblage
Voyez-vous cet arrangement et cette proportion des membres? Les jambes et les cuisses sont de grands os emboîtés les uns sur les autres, et liés par des nerfs. Ce sont des espèces de colonnes, égales et régulières, qui s'élèvent pour soutenir tout l'édifice. Mais ces colonnes se plient, et la rotule du genou est un os d*une figure à peu^près ronde, qui est mis tout exprès dans la jointure pour la remplir, et pour la défendre, quand les os se replient pour le fléchissement du genou. Chaque colonne a son piédestal, qui est composé de pièces rapportées, et si bien jointes ensemble, qu'elles peuvent se plier ou se tenir roides, selon le besoin. Le piédestal tourne quand on le veut sous la colonne. Dans ce pied on ne voit que nerfs, que tendons, que petits os étroitement liés, afin que cette parue soit tout ensemble plus souple et plus ferme, selon les divers besoins. Les doigts même des pieds, avec leurs articles' et leurs ongles, servent à tâter le terrain sur lequel on marche, à s'appuyer avec plus d'adresse et d'agilité, à garder mieux Féquilibre du corps, à se hausser ou à se'pencher. Les deux pieds s'étendent en avant, pour empêcher que le corps ne tombe de ce côté-là quand il se penche ou qu'il se plie. Les deux colonnes se réunissent par le haut pour porter le reste du corps ; et elles sont encore brisées dans cette extrémité, afin que cette jointure donne à l'homme la • commodité de se reposer, en s'asseyant sur les deux plus gros muscles de tout le corps.
Le corps de Tédifice est proportionné à la hauteur des colonnes. Il contient toutes les parties qui sont nécessaires à la vie, et qui, par conséquent, doivent être pla(tées au centre, et renfermées dans le lieu le plus sûr. C'est pourquoi deux rangs de côtes assez serrées, qui sortent de l'épine du dos, comme les branches d'un arbre naissent du tronc, forment une espèce de cercle, pour cacher et tenir à l'abri ces parties si nobles et si délicates. Mais comme les côtes ne pourraient fermer entièrement ce centre du corps humain, sans empêcher la dilatation de l'estomac et des entrailles, elles n'achèvent de former le cercle que jusqu'à un certain endroit, au-dessous duquel elles laissent un vide, afin que le dedans puisse s'élargir avec facilité pour la respiration et poiir }a nourriture.
Pour l'épine du dos, on ne voit rien dans tous les ouvrages de» hommes qui soit travaillé avec un tel art. Elle se-ait trop roid^ <t
agO THÉOLOGIE NATURBIXB.
trop fragile, si elle n'était faite que d'un seul os. En ce cas, hommes ne pourraient jamais se plier. L'auteur de cette machine a remédié à cet inconvénient, en formant des vertèbres qui, s emboîtant les unes dans les autres, font un tout de pièces rapportées, qui a pins de force qu'un tout d'une seule pièce. Ce composé est tantôt souple et tantôt roide. H se redresse et se replie en un moment, comme on le veut. Toutes ces vertèbres ont dans le milieu une ouverture qui sert pour faire passer un allongement delà substance du cerveau jusqu'aux extrémités du corps, et pour y envoyer promptement des esprits par ce canal.
Mais qui n'admirera la natin*e des os ? Us sont très-durs, et on voit que la corruption même de tout le reste du corps ne les altère en rien. Cependant ils sont pleins de trous innombrables qui les rendent plus légers; et ils sont même dans le milieu pleins de la moelle qui doit les nourrir. Ils sont percés précisément dans les endroits où doivent passer les ligaments qui les attachent les uns aux autres. De plus, leurs extrémités sont plus grosses que le milieu, et font comme deux têtes à demi rondes, pour faire tourner plus facilement un os avec un autre, afin que le tout puisse se replier sans peine.