XXXVIII. Du cou et de la tête
Au-dessus du corps s'élève le cou, ferme ou flexible, selon qu'on le veut. Est-il question de porter un pesant fardeau sur la tête, le cou devient roide, comme s'il n'était que d'un seul os. Faut-il pencher, ou tourner la tête, le cou se plie en tous sens, comme si on en démontait tous les os. Ce cou, médiocrement élevé au-dessus des épaules, porte sans peine la tête, qui règne sur tout le corps. Si elle était moins grosse, elle n'aurait aucune proportion avec le reste de la machine. Si elle était plus grosse, outre qu'elle serait disproportionnée et difforme, sa pesanteur accablerait le cou, et elle courrait risque de faire tomber l'homme du côté où elle pencherait un peu trop. Cette tête fortifiée tle tous côtés par des os très-épais et très-durs, pour mieux conserver le précieux trésor qu elle renferme, s'emboîte dans les vertèbres du cou, et a une communication très-prompte avec toutes les autres parties du corps. Elle contient le cerveau, dont la substance humide, molle et spongieuse, est composée de fils tendres et entrelacés. C'est là le centre des merveilles dont nous parlerons dans la suite. Le crâne se trouve percé régulièrement avec une proportion et une. symc' trie exacte, pour les deux yeux, pour les deux oreilles, pour la
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bouche et pour le nez. Il y a des nerfs destinés aux sensations qui s'exercent dans la plupart de ces conduits. Le nez, qui n a point de nerfs pour sa sensation, a un os cribleux, pour faire passer les odeurs jusqu'au cerveau. Parmi les organes de ces sensations, les principaux sont doubles, pour conserver dans un côté ce qui pourrait manquer dans Tautre par quelque accident. Ces deux organes dune même sensation sont mis en symétrie, sur le devant, ou sur les cotés, afin que l'homme en puisse faire un plus facile usage, ou à droite, ou à gauche, ou vis-à-vis de lui, c est-à-dire vers Tendroit où ses jointures dirigent sa marche et toutes ses actions. D'ailleurs, la flexibilité du cou fait que tous ces organes se*tournent en un instant de quelque côté qu'il veuille. Tout le derrière de la Jtéte, qui est le moins en état de se défendre, est le plus, épais. Il est orné de cheveux, qui servent en même temps à fortifier la tête contre les injures de l'air. Mais les cheveux viennent sur le devant pour accompagner le visage et lui donner plus de grâce. Le visage est le côté de la tête qu'on nomme le devant, et où les principales sensations sont rassemblées avec un ordre et une proportion qui le rendent très-beau, à moins que quelque accident n'altère un ouvrage si régulier. Les deux yeux sont égaux, placés vers le milieu et aux deux côtés de la tête, afin qu'ils puissent découvrir sans peine de loin, à droite et à gauche, tous les objets étrangers* et qu'ils puissent veiller commodément pour la sûreté de toutes les parties du corps. L'exacte symétrie avec laquelle ils sont placés fait l'ornement du visage. Celui qui les a faits y a allumé je ne sais quelle flamme céleste^ à laquelle rien ne ressemble dans tout le reste de la nature. Ces yeux sont des espèces de miroirs, où se peignent tour à tour et sans confusion, dans le fond de la rétine, tous les objets du monde entier, afin que ce qui pense dans l'homme puisse les voir dans ces miroirs. Mais quoique nous apercevions tous les objets par un double organe, nous ne voyons pourtant jamais les objets comme doubles, parce que les deux nerfs qui ser vent à la vue dans nos yeux ne sont que deux branches qui se réunissent dans une même tige, comme les deux branches des lunettes se réunissent dans la partie supérieure qui les joint. Les deux yeux sont ornés de deux sourcils égaux; et afin qu'ils puissent s'ouvrir ^t se fermer, ils sont enveloppés de paupières bordées d'un poil qui défend une partie si délicate.