‹ Cours de philosophie chrétienneChapitre 35 sur 67 · XLI. De l'odorat, da goût et de Touîe · texte numérisé non relu

XLI. De l'odorat, da goût et de Touîe

Qui pourrait expliquer la délicatesse des organes par lesquels rhomme discerne les saveurs et les odeurs innombrables des corps P Mais comment se peut-il faire que tant de voix frappent ensemble mon oreille sans se confondre, et que ces sons me laissent, après ^'ils ne sont plus, des ressemblances si vives et si distinctes de ce qu'ils ont ^té? Avec quel soin l'ouvrier qui a fait nos corps a-t-il éonné à "tkos yeux une enveloppe humide et coulante pour les ferma'; et pourquoi a-%*il laisse nos oreilles ouvertes? «Cest, dit Ci- , cmm', que les yeux ont besoin de se fermer à la lumière pour le sommeil, et que les omlles doivent demeurer ouvertes pendant que les yeux se ferment pour noTrs nveilir et pour nous éveiller par le brait, quand noms courons risque Jêtre surpris. » Qui est-ce qui gFâVQ dafts mon œil, eu un instant,le dd, la mer, la terre, situés dans une distance pi^esque infinie? Gomment peuvent se ranger, et Be déméifer dans nn si petit organe, les images fidèles de tous les objets de Tunivers, depuis le soleil jusqu à des atomes P La substafnce du eerveoiu, qui conserve avec ordre des représentations si naïves detant d'objets dont nous avons été frappés depuis que nous sommes m monde, n'est-^lie pas le prodige le plus étonnant? On admire avec raison rinventîon des Kvres, oii Ton conserve l'histoire de tant défaits, et le recueil de tant de pensées. Mais quelle comparaison peut-^n firire entre le pkrs beau livre et le cerveau d'un homme savant? Sans doute ce cenretru est un recueil infiniment plus préeienx, et d'une pins belle kirention que ce livre. CTest dans ce petit

• Lib. 2, de ^at, Deor,

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réservoir qu'on trouve à point nommé toutes les images dont on a besoin. On les appelle, elles viennent j on les renvoie, elles se reafoncent je ne sais où, et disparaissent pour laisser la place à d'autres. On ferme et on ouvre son imagination comme un livre; on en tourne, pour ainsi dire, les feuillets ; on passe soudainement dun bout à Fautre. On a même des espèces de tables dans la mémoire pour indiquer les lieux où se trouvent certaines images reculées. Ces caractères innombrables, que Tesprit de l'homme lit intérieurement avec tant de rapidité, ne laissent aucune trace distinct*^ dans un cerveau qu'on ouvre. Cet admirable livre n'est qu'une substance molle ou une espèce de peloton composé de fils tendres et entrelacés. Quelle main a su cacher dans cette espèce de boue, qui parait si informe, des images si précieuses, et rangées avec un ^i bel art?

XLH. De la proportion eu corps humain.

Tel est le corps de Thomme en gros. Je n'entre point dans le détail de Tanatomie ; car mon dessein n'est que de découvrir l'art qui est dans la nature, parle simple coup d'œil, sans aucune science. Le corps de l'homme pourrait sans doute être beaucoup plus grand et beaucoup plus petit. S'il n'avait, par exemple, qu'un pied de hauteur, il serait insulté par la plupart des animaux, qui l'écraseraient sous leurs pieds. S'il était haut comme les plus grands clochers, un petit nombre d'hommes consumerait en peu de jours tous les aliments d'un pays. Us ne pourraient trouver ni chevaux, ni autres bêtes de charge qui pussent les porter, ni les traîner dans aucune machine roulante : ils ne pourraient trouver assez de matériaux pour bâtir des maisons proportionnées à leur grandeur : il ne pourrait y avoir qu'un petit nombre d'hommes sur la terre^ et ils manqueraient de la plupart des conunodités. Qui est>-ce (|ui a réglé la taille de l'homme à une mesure précise ? Qui est-ce qui a réglé celle de tous les autres animaux avec proportion à celle de l'homme.»^ L'homme est le seul de tous les animaux qui est droit sur ses pieds. Par là il a une noblesse et une majesté qui le distinguent, même au dehors, de tout ce qui vit &ur la terre. Non^seulement sa figure est la plus noble, mais encore il est le plus fort et le plus adroit de tous les animaux, à proportion de sa grandeur. Qu'on examine de près la pesanteur et la masse de la plupart des bétes Jes plus terribles, on trouvera qu'elles ont plus de matière que le corps d'un homme : et cependant un homme vigoureux a plus de ^force de corps que la plupart des bétes farouches. Elles ne sont

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redoutables pour lui que par leurs dents et par leurs grifFes. Mais rhomme, qui n'a point dans ses membres de si fortes armes naturelles, a des mains, dont la dextérité surpasse, pour se faire des armes, tout ce que la nature a donné aux bêtes. Ainsi Thonmie perce de ses traits, ou fait tomber dans ses pièges, et enchaîne les animaux les plus forts et les plus furieux. Il sait même les apprivoiser dans leur captivité, et s'en jouer comme il lui plaît. Il se fait flatter par les lions et par les tigres. Il monte sur les éléphants.

XUII. De rame. Elle seule, entre les créatures, pense et connaît.

Mais le corps de l'homme, qui paraît le chef-d'œuvre de la nature, n est point comparable à sa pensée. Il est certain qu'il y a des corps qui ne pensent pas. On n'attribue aucune connaissance à la pierre, aux bois, aux métaux, qui sont néanmoins certainement des corps. Il est même si naturel de croire que la matière ne peut penser, que tous les hommes sans prévention ne peuvent s'empêcher de rire, quand on leur soutient que les bêtes ne sont que de pures machines, parce qu'ils ne sauraient concevoir que de pures machines puissent avoir les connaissances qu'ils prétendent apercevoir dans les bêtes. Ils trouvent que c'est faire des jeux d'enfants qui parlent avec leurs poupées, que de vouloir donner quelque connaissance à de pures machines. De là vient que les anciens même qui ne connaissaient rien de réel qui ne fût un corps, voulaient néanmoins que l'âme de Thonmie fût d'un cinquième élément, ou d'ufie espèce de quintessence sans nom, inconnue ici-bas, indivisible et immuable, toute céleste et toute divine ; parce qu'ils ne pouvaient concevoir que la matière terrestre des quatre éléments pût penser etse connaître eWe'nième'.jéristoteles quintam quamdam naturam censet esscy e qua fit mens^ Cogitare enim, et prouidere^

et (Uscerey et docere in horum quatuor genermn^ nullo inesse

putat; qaintum genus adhibet vacans nomine ^

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