LXVI. De la liberté de Thomme
Je suis libre, et je n en puis douter. Pai une conviction intime et inébranlable que je puis vouloir et ne vouloir pas, qu'il y a en moi une élection, non-seulement entre le vouloir et le non vouloir, mais encore entre diverses volontés, sur la variété des objets qui se présentent. Je sens, comme dit l'Ecriture, que je suis dans lu main de mon conseil^ . En voilà déjà assez pour me montrer que mon âme n*est point corporelle. Tout ce qui est corps ou corporel ne se détermine en rien soi-même, et est au contraire déterminé en tout par des lois qu'on nomme physiques, qui sont nécessaires, invincibles, et contraires à ce que j'appelle liberté. Delà je conclus que mon âme est d'une nature entièrement difierente de celle de mon corps. Qui est-ce qui a pu unir d'une union réciproque deux natures si différentes, et les tenir dans un concert si juste pour toutes leurs opérations ? Ce lien ne peut être formé, comme nous l'avons déjà remarqué, que par un être supérieur qui réunisse ces deux genres de perfections dans sa peifectîoB infinie.
LXVII. La;Toloiité de Thomme consiste en ce que sa Tokmté, en se détenniaflit,
se modijfie cUe-méoie.
II n'en est pas de même de cette modification de mon âme qu'on jaomme vouloir, comme des modifications des corps. Un corps ne se modifie en rien lui-mi^e. Il est modifié par la seule puissance de Dieu. Il ne se meut point ; il est mu. Il n s^ en rien; il est seulement agi, s'il m'est permis de^parler de la sorte, Ainâ Dùeu est Tunique cause réelle et inranédiate de toutes les dif féren-
• Eccl., XV, 14.
THEOLOGIE NATURELLE. 3a I
tes modifications des corps. Pour les esprits, il n*en est pas de même : ma volonté se détermine elle-même. Or se déterminer à un vouloir, c'est se modifier. Ma volonté se modifie donc ellemême. Dieu peut prévenir mon âme, mais il ne lui donne point le vouloir de la même manière dont il donne le mouvement aux corps. Si c'est Dieu qui me modifie, je me modifie moi-même avec lui; je suis cause réelle avec lui de mon propre vouloir. Mon vouloir est tellement à moi, qu'on ne peut s'en prendre qu'à moi^ si je ne veux pas ce qu'il faut vouloir. Quand je veux une chose, je suis maître de ne la vouloir pas ; quand je ne la veux pas, je suis maître de la vouloir. Je ne suis pas contraint dans mon vouloir, et je ne saurais l'être; car je ne saurais vouloir malgré moi ce que je veux, puisque le vouloir que je suppose exclut évidemment toute contrainte. Outre l'exemption de toute contrainte, j'ai encore l'exemption de toute nécessité. Je sens que j'ai un vouloir, pour ainsi dire, à deux tranchants, qui peut se tourner à son choix vers le oui et vers le non, vers un objet ou vers un autre^ Je ne connais point d'autre raison de mon vouloir que mon vouloir même. Je veux une chose parce que je veux bien la vouloir, et que rien n'est tant en ma puissance que de vouloir ou de ne vouloir pas. Quand même ma volon(é ne serait pas contrainte, si elle était nécessitée, elle serait aussi invinciblement déterminée à vouloir, que les corps le sont à se mouvoir. La nécessité invincible tomberait autant sur le vouloir pour les esprits, qu elle tomberait sur le mouvement pour les corps. Alors il ne faudrait pas s'en prendre davantage aux volontés de ce qu'elles voudraient, qu'aux corps de ce qu'ils se mouvraient. Il ^t vrai que les volontés voudraient vouloir ce qu'elles voudraient; mais les corps se meuvent du mouvement dont ils se meuvent, comme les volontés veulent du vouloir dont elles veulent. Si le vouloir est nécessité comme le mouvement, il n'est ni plus digne de louange, ni plus digne de blâme. Le vouloir nécessité, pour être un vrai vouloir non contraint, n'en est pas moins un vouloir qu'on ne peut s'abstenir d'avoir, et duquel on ne peut se prendre à celui qui l'a. La connaissance précédente ne donne point de liberté véritable; car un vouloir peut être précédé de la connaissance de divers objets, et n'avoir pourtant aucune réelle élection. La délibération même n'e^ qu'un jeu ridicule, si je délibère entre deux partis, étant dans l'impuissance actuelle de prendre l'un, et dans la nécessité actuelle de prendre l'autre. Enfin il n'y a aucune élection sérieuse et véritable entre deux objets, s'ils ne sont tous deux actuellement
T. III. âi
3ss rmàfonjoenf
toQt prêts, en sorte qiie je puisse laisser ei pren<lre cekii qa il me plaira.
LXflIff. La Totoaté pent résister à 1» grâce; et «a liberté est. le fondement da
mérlbe «I da démente.
Ed disant que je suis libre, je dis donc qua «on Touloir est pleinement en ma puissance, et que Dieu même me le laisse pour fe tourner où je voudrai ; que je ne suis point déterminé comme les autres êtres, et que je me détermine moi-même. Je conçois que si ce premier être me prévient pour m'inspirer une bonne volonté, je demeure le maître de rejeter son actuelle inspiration, quelque forte qu'elle soit' ; de la frustrer de son effet, et de lui refuser mon consentement. Je conçois aussi que, quand je rejette son inspiration pour le bien, j'ai le vrai et actuel pouvoir de ne la rejeter pas, comme j'ai le pouvoir actuel et immédiat de me lever quand je demeure assis, et de fermer les jeux quand je les ai ouverts. Les objets peuvent me solliciter, par tout ce qu'ils ont d'agréable, à les vouloir. Les raisons de vouloir peuvent.se présenter à moi arec ce qu'elles ont de plus vif et de plus touchant. Le premier être peut aussi m'attirer par se^ plus persuasives inspirations. Mais enfin, dans cet attrait actuel des objets, des raisons, et même de l'inspiration d'un être supérieur, je demeure encore nuutrede ma volonté pour vouloir ou ne vouloir pas.
C'est cette exemption non-seulement de toute contrainte, mais encore de toute nécessité, et cet empire ^ur mes propres actes, qui fait que je suis inexcusable quand je veux mal, et que je suis louable quand je veux bien. Voilà le fonds du mérite et du démérite ; voilà ce qui rend juste ou la punition ou la récompense; voilà ce qui fait qu'on exhorte, qu'on reprend, qu'on menace, qu'on promet. C'est là le fondement de toute police, de toute instruction, et de toute règle de mœurs.
Tout se réduit dans la vie humaine à supposer, comme le fondement de tout, que rien n'est tant en la puissance de notre volonté que notre propre vouloir, et que nous avons ce libre arbitre, ce pouvoir, pour ainsi dire, à deux tranchants, cette vertu électiYe entre deux partis qui sont immédiatement comme sous notre main. C'est ce que les bergers et les laboureurs chantent sur les montagnes; ce que les marchands et les artisans supposent dans
* Gonc. Trid., sess. 6.
leur négoce; ce que les acteurs représentent dans les spectacles; ce que les magistral» croient' dans leurs conseils ; ce que les docteurs enseignent dans leurs écoles ; ce que nul homme sensé ne peiUî révoquer en doute séneusement^ Cette "vévité, imprimée au fond de nos cœars^ est supposée dans la pratique^ par les phil(H sopJbes méme^piÎTOudraient lebranler par de.creuaes^péculations. Larideniee intime de cette rémié eu cmnm^v eetle des premiersprincipes^ qui n'ont besoin d'aucunes preuves^ et qui servent eux* mêmes de preuves aux aiUves vérités moin» claires» Gomment le premier Etre peut*il avoir fait une créature qui soit ainsi l'arbitre' de ses propres actes?
LXiX. . Caractères de U ï^yioité dans la dépcadance et l'indépendance
de rhomaueu
Rassemblons maintenant ces deux vérités également certaines. Je suis dépendant d'un premier Être dans mon vouloir même, et néanmoins je suis libre. Quelle est donc cette liberté dépendante? comment peut-on comprendre un Vouloir qui est libre, et qui est donné par un premier Etre? Je suis libre dans mon vouloir comme Dieu dans le sien. C'est en cela principalement que je suis son image, et que je lui ressemble. Quelle grandeur qui tient de l'infini! Voilà le trait de la Divinité même. C'est une espèce de puissance divine que j'ai sur mon vouloir. Mais je ne suis qu'une simple image de cet Etre si libre et si puissant.
L'image de l'indépendance divine n'est pas la réalité de ce qu'elle représenté : ma liberté n'est qu'une ombre de celle de ce premier Être, par qui je suis,* et par qui j'agis. D'un côté, le pouvoir que j'ai de vouloir mal est moins un vrai pouvoir, qu'une faiblesse el une fragilité de mon vouloir. C'est un pouvoir de déchoir, de me dégrader, de diminuer mon degré de perfection et d'être. D'un autre côté, le pouvoir que j'ai de Éien vouloir n'est point un pouvoir absolu, puisque je ne l'ai point de moi-même. La liberté n'étant donc autre chose que ce pouvoir, le pouvoir emprunté ne peut faire qu'une liberté empruntée et dépendante. Un être si parfait et si emprunté ne peut donc être que dépendant. Comment est-il libre .î* Quel profond mystère! Sa liberté, dont je ne puis douter, montre sa perfection ; sa dépendance montre le néant dont il est sorti.
* A.ug.9 lib. de duabus Animtrhus.
3^4 TBBOLOGIB HATCEBLU!.
tXX. Sceau de la DWiiiitë dans aes oavra(;es.
Nous venons de voir les traces de la Divinité, ou, pour mieux dire, le sceau de Dieu même, dans tout ce qu'on appelle les ouvrages de la nature. Quand on ne yeut point subtiliser, on remarque du premier coup d œil une main qui est le premier mobile dans toutes les parties de l'univers. Les cieux, la terre, les astres, les plantes, les animaux, nos corps, nos esprits ; tout marque un ordre, une mesure précise, un art, une sagesse, un esprit supérieur à nous, qui est comme Tàme du monde entier, et qui mène tout à ses fins avec une force douce et insensible, mais toute-puissante. Nous avons vu, pour sûnsi dire, l'architecture de l'univers, la juste proportion de toutes ses parties ; et le simple coup d'œil nous a suffi partout, pour trouver dans une fourmi, encore plus que dans le soleil, une sagesse et une puissance qui se plait à éclater en façonnant les plus vils ouvrages. Voilà ce qui se présente d'abord sans discussion aux honunes les plus ignorants. Que serait-ce si nous entrions dans les secrets de la physique, et si nous faisions la dissection des parties internes des animaux, pour y trouver la plus parfaite mécanique ?
LXXI. Objections des Epicuriens qui attribuent tout au hasard.
J'entends certains philosophes qui me répondent que tout ce discours sur Tart qui éclate dans toute la nature, n'est qu'un sophisme perpétuel. Toute la nature^ diront-ils, est à l'usage de l'homme, il est vrai : mais vous en concluez mal à propos qu'elle a été faite avec art pour l'usage de l'homme. C'est être ingénieux à se tromper soi-même pour trouver ce qu'on cherche, et qui ne fut jamais. Il est vrai, continueront-ils, que l'industrie de l'homme se sert d'une infinité de choses que la nature lui fournit, et qui lui sont commodes : mais la nature n'a point fait exprès ces choses pour sa commodité. Par exemple, des villageois grimpent tous les iours, par certaine pointe de rochers^ au sommet d'une montagne; il ne s'ensuit pas néanmoins que ces pointes de rochers aient été taillées avec art comme un escalier pour la commodité des
hommes.
Tout de même, quand on est à la campagne pendant un orage, et qu'on rencontre une caverne, on s'en sert comme d'une maison, pour se mettre à couvert. Il n'est pourtant pas vrai que cette ca-
THBOLOGIIS NATURELLE. 3a&
Verne ait été faite exprès pour servir de maison aux hommes. Il en est de même du monde entier. Il a- été formé par le hasard, et «ans dessein : mais les hommes, le trouvant tel qu^il est, ont eu rinvention de le tourner à leurs usages. Ainsi Fart que vous voulez admirer dans l'ouvrage et dans son ouvrier n*est que dans les hommes, qui savent après coup se servir de tout ce qui les environne. Voilà sans doute la plus forte objection que ces philosophes puissent faire; et je crois qu'ils ne peuvent point se plaindre que je Taie affaiblie. Mais nous allons voir combien elle est faible en ellemême, quand on Texamine de près. La simple répétition de ce que j'ai déjà dit suffira pour le démontrer.
LXXU. Réponse à l'objection des Epicuriens qui attribuent tout au hasard.
Que dirait-on d'un homme qui se piquerait d'une philosophie subtile, et qui, entrant dans une maison, soutiendrait qu elle a été faite par le hasard, et que l'industrie n'y a rien mis pour en rendre l'usage commode aux hommes, à cause qu'il y a des cavernes qui ressemblent en quelque chose à cette maison, et que Tart des hommes n'a jamais creusées ? On montrerait à celui qui raisonnerait de la sorte toutes les parties de cette maison. Voyez-vous, lui dirait-on, cette grande porte de la cour P elle est plus grande que toutes les auties, afin que les carrosses y puissent entrer. Cette cour est assez spacieuse pour y faire tourner les carrosses avant qu'ils sortent. Cet escalier est composé de marches basses, afin qu'on puisse monter sans effort. Il tourne suivant les.appartemet)ts et les étages pour lesquels il doit servir. Les fenêtres, ouvertes de distance en distance, éclairent tout le bâtiment. Elles sont vitrées, de peur que le vent n'entre avec la lumière. On peut les ouvrir quand on veut, pour resjKrer un air doux dans la belle saison. Le toit est fait pour défendre tout le bâtiment des injures de l'air. La charpente est en pointe, afin que la pluie et la neige s'y écoulent facilement des deux cotés. Les tuiles portent les unes sur les autres, pour mettre à couvert le bois de la charpente. Les divers planchers des étages servent à multiplier les logements dans un petit espace, en les faisant les uns au-dessus des autres. Les cheminées sont faites pour allumer du feu en hiver, sans biûler la maison, et pour faire exhaler la fumée sans la laisser sentir à ceux qui se chauffent. Les appartements sont distribués de manière qu'ils ne sont point engagés les uns dans les auties ; que toute une famiUe nombreuse y peut loger, saps que les uns aient besoin de passer
due
par les chambres des autres^ et que le Ir^nent du maître soit le priDcipal. On y TOtt des cuisines, «des- offiees, des écuries^ des re- Biises <]e carrosses. Les chtirabre&awBt garnies de:iits pour se coacher, dedMMsespour^sînsaeQÎr^.de tables pcnir écrire letpocrinaiH ger. Il faot, diraife^on à «e «philosophe, que cet ouvrage ait «té conduit par quelque habile architecte; car tout y est «gvéftbie, riant, pntiportioiinéf ooromodc il b»t ménie qu'il ait eu sons lui d'excellents ouvriers. Nullement, répondrait x:e philosophe ; vous âtes ingénieux à vous tromper vousHMiènies. Il est «vrai que cette .maison est natite, agréable, preportioMMe, commode; mais elle s'est faite d'elle-même avec tontes ses proportions. Le •hasard en a assemblé les pierres avec ce bel ordre; il a élevé les murs, assemblé et posé la ehairpeate, percé les f^^&rea, placé l'esoalier. Oardez-vous bien de croire qu'aucune main d'homme y ait eu aucune part. Les honnmes ont seulement profilé deeet OM^rage, quand ils l'ont trouvé fait. Us s'imaginent qu'il est fait pour eux, parce cpi'ils y remarquent des choses qu'ils «avent tourner à leurscomnmdités: mais tout ce quUk attribuent au dessein d'un arcbiteete^ifliagiiiaire n est que l'effet de leurs inventions après coup. Cette maison fi régulière et si bien entendue ne s'est faite que comnae une caverne, et les hommes la trouvant fféte s'en servent, conmeils^ servirent, pendant un orage, d'un antre qu'ils* trouveraient «dus un roeber, ou ^milieu d'un désert.
Que penserait*on de ce bioarre phîlosofihe, s'il .s^ohMinait à
soutenir sérieusement * que cette msûson ne montre aucun ait?
Quand on lit la &ble d' Amphion, qui par un mimclede Thaimûnie
iaisaît élever avec oïdi^ et symétrie les pierres les unes ter les
-Autres pour former les munaiUesde Thèbes, onse jroiie^ideâMtte
fietion poétique; mais-eette fiction n^t pas -si incni^aUefic
oelleque r>hettiBaciapse nous supposons éeeinitdéfeMhre.tdkuaaDios
pomwait^oiitVsMn gimn ye l'iÂrmome, qmn[QiHisi«te»daias.^ttttnoa'
iPiawiint k>eal iletvertinnBeorpi,^ enimit,.fBivqaelqins*-iflaea'ahB^s
-taenias -^aeorètesiquiim admire dans la nature sans deaienMriK,
-tafaraifleries piérras avec iM certain ^rdreet «ne «eapàee 'da«a-
' adiice,qigif ferait» qwUi|uc mgulaivfeédans liédifiee.GetteecplicalBio
«dioqueinéonineitts, letTévoiie hiraisenr; nia»«ai&l,^e^estmMMM
«isaMfs ««Rtyâiragattte que celle que- je vtens^imeuvedansJaJbott-
'Che^'uu'pliMeMplie. i^j a^t-ihatepios.'Dbguide'ifBedeeeiii^
>«eBter deispiMfrea'jqaiJse <»tfleiiit^>q«i.«9«aant iàé iaucsmiaB, fû
iiwiMlLne4es iwes «sar imsimmÊÊm ieiistiaisiar afa' ffjiAs^ qatyoSialt
tfibuer Les afipaiïteine&u,..^re9oÎ¥etit.ou-deiau8' d'elles le bois d'une charpente avec les tuiles pour mettre Fouvrage à couvert? Les enfants mêmes qui bégaient encore riraient si on leur proposait séiâeusement cette £Éd)le.
LXXin. ComparaitoB do monde aTecnne maison régulière. -* Suite de la
récuse à robjrctlon des Epioarieni?.
Jtlais pourquoi rira-t^on moins d'entendre dire que le monde s*est fait lui-même, comme cette maison fabuleuse? II ne s'agit pas de comparer le nkmde à une caverne informe qu'on suppose faite par le hasard : il s'agit de le comparer à une maison où éclaterait la plus parfaite architecture. Le moindre animal est d'iueie structure et d'un art infiniment plus admirables que la plus belle de toutes les maisons.
Un yoyageiu* entrant xlans le Saïd, qui est le pays de l'ancienne Thèbesà cent portes, et qui est maintenant désert, y trouverait des colonnes, despyranûdes, des obélisques, des inscriptions en cairactères inconnus. Dirait41 aussitôt : Les honunes n'ont jamais habité ces lieux; aucune main d'homme n'a travaillé ici.; c'est le hiasaid qui a £ormé ces colonnes, qui les apposées sur lemrs piédestaux, et qui les a couronnées 'de 4eurs cbs^teaux avec des proportions si ju&tes; c'est le hasard qui a lié si soUdementcles morceaux dont joespyramides sont composées ; c'est le basard qui a taillé ces obélisques d'une seule pierre, et qui a. gravé- tous ces caraotèt«8? Nb dixsit-il pas.au contraire, avec toute ia certitude dont l'esprit Jiês liommes est capable : Ces.magnifiques dâuis sont les rentes d'une ms^stueuse architecture, qui Crissait, dims Kancienne lEgypie? lîcîlà'^e qoe la. .ample o'aisoniait^ire .au premier -coi^id'MÛ^^t «saasiav^irJietoin de raisonner» Il^Ui^tttde même du premier lOOMp «d!œil.jeté4iu:r4iBivers.0n|»ent s'-embrouiUer^-^nâme a^èMtyitp, pair de «(MoSvsaisûBnementSy pow obseurdr Miqu'âl y a* «de ftes .«dair; Bsais lasimple coup d'^sil ost^déoiÀf.iUii oa^nrage. tel quête .mionde ne se fait jamais de lui'«iême...Les.os,»les tend0nsy..its Teines, les artères, les nerfs, les muscles qui composent le cofpl^ie Jlbonune,4>nt.plus d'art et de firop^otion que toute Tavchiteclure éUs^aïKiens .Gceos et Ëgjytiens. Llfieildu^^moiodre ammal^tpIMe Jajnécaniqne 4e tous les artisans '■ ensemble. Si on trouvait «œ 'montre diâs les saUes d'Afrique, on n'oserait dite sé»ie«s«nelit ^piiT le hasard l'aurait formée dans ces lieux désens : et oïl a a .pointée honte^bdire^que les.coyps> de» animaux, à l'-art dess^éls
mdle moatre ne peut jauuds être oomparée, sont des caprices du hasard.
LUU?. Antre obfectioa des Epicaricns, tiréeda BMNiTCBifiit éterael des atomes
Je n*igDore pas un raisonnement que les Epicuriens peuvent fiûre. Les atomes^ diront-ib, ont un mouyement étemel; leur concours .fortuit doit ayoir déjà épuisé, dans cette éternité, des combinaisons infinies. Qui dit Tinfini, dit quelque chose qui comprend tout sans exception. Parmi ces combinaisons infinies des atomes qui sont déjà arrivées successivement^ il faut nécessairement quon y trouve toutes celles qui sont possibles. S*il y en avait une seule de possible au delà de celles qui sont contenues dans cet infini, il ne serait plus un infini véritable, parce qu'on pourrait y ajouter quelque chose, et que ce qui peut être augmenté, ayant une borne par le côté susceptible d'accroissement, n'est point véritablement infini. D faut donc que la combinaison des atomes, qui fait le système présent du monde, soit une des combinaisons que les atomes ont eues successivement. Ce principe étant posé, faut-il s'étonner que le monde soit tel qu'il est? Il a dû prendre cette forme précise un peu plus 'tôt ou un peu plus tard. Il fallait bien qu'il parvint, dans quelques-uns de ces changements infinis, à cette cornbinaison qui le rend aujourd'hui si régulier, pubqu'ft doit avoir déjà eu tour à tour toutes les combinaisons concevables. Dans le total de l'éternité sont renfermés tous les systèmes. Il n'y en a aucun que le concours des atomes ne forme et n'embrasse tôt ou tard. Dans cette variété infinie de nouveaux spectacles de la nature, celui-ci a été formé en son rang. 11 a trouvé place à son tour. Nous nous trouvons actuellement dans ce système. Le concours des atomes qui l'a &it le défera ensuite, pour en faire d'autres à l'infini, de toutes les espèces possibles. Ce système ne pouvait manquer de trouver sa place, puisque tous, sans exception, doi* vent recouvrer la leur chacun à son tour. C'est en vain qu'on cherche un art chimérique dans un ouvrage que le hasard a dû faire tel qu'il est.
Un exemple achèvera d'éclaircir ceci. Je suppose un nombre infini de combinaisons de lettres de l'alphabet, formées successivement par le hasard. Toutes les combinaisons possibles sont ssas doute renfermées dans ce total, qui est véritablement infini. Or est-il qaeï Iliade d'Homère n'est qu'une combinaison de lettres. VlUaJe d*Homère est donc renfermée dans ce recueil infini de combinai-
THBOIiOGlB KATIfRBLIiS. 3^9
sons des caractères de Falphabet. Ce fait étant supposé, un homme qui voudra trouver de Fart dans X Iliade raisonnera très-mal. Il aura beau admirer Tharmonie des vers, la justesse et la magnifi* ceuce des e^^pressionS) la naïveté des peintures, la proportion des parties du poème, son unité parfaite, et sa conduite inimitable; en vain il se récriera que le hasard ne peut jamais faire rien de si parfait, et que le dernier effort de Tart humain peut à*^ peine achever un si bel ouvrage : tout ce raisonnement si spécieux portera visi« blement à faux. Il sera certain que le hasard, ou le concours fortuit des caractères, les assemblant tour à tour avec une variété infinie, il a fallu que la combinaison précise qui fait Y Iliade vînt à son tour un peu plus tôt ou un peu plus tard. Elle est enfin venue, et X Iliade entière se trouve parfaite, sans que Tart d'un homme s'en soit mêlé. Voilà lobjection rapportée de bonne foi, sans l'affaiblir en rien. Je demande au lecteur une attention suivie pour les réponses que j'y vais faire.
LXXV. Réponses à robjectîon des Epicuriens, tirée du mouvement éternel
des atomes.
Rien n'est plus absurde que de parler de combinaisons successives des atomes, qui seraient infinies en nombre. L'infini ne peut jamais être successif, ni di>4sible. Donnez-moi un nombre que vous prétendrez être infini : je pourrai toujours faire deux choses, qui démontreront que ce n'est pas un infini véritable. i° J en puis retrancher une unité. Alors il deviendra moindre qu'il n'était, et ce sera certainement fini : car tout ce qui est moindre que l'infini a une borne par l'endroit où l'on s'arrête, où l'on pourrait aller au delà. Or le nombre qui est fini dès qu'on en retranche une seule unité, ne pouvait pas être infini avant ce retranchement. Une seule unité est certainement finie. Or un fini joint à un autre fini ne saurait faire l'infini. Si une seule unité ajoutée à un nombre fini faisait Imfini, il faudrait dire que le fini égalerait presque l'infini; ce qui est le comble de l'absurdité. 2** Je puis ajouter une unité à ce nombre, et par conséquent l'augmenter. Or ce qui peut être augmenté n'est point infini ; car l'infini ne peut avoir aucune borne ; et ce qui peut recevoir de l'augmentation esr borné par l'endroit où Ton s'arrête, pouvant aller plus loin, et y ajouter quelque unité. Il est donc évident que nul composé divisible ne peut être l'infini véritable. «
Ce fondement étant posé, tout le roman de la philosophie épicu-
rienne dispaucaît en un moment. Il ne peut jamais y avw aaeon corps divisible qui soit Teriuiblement infini en étendue, ni aucin nombre, ni aucune succession qui soit un infini yéritablcOeiàil a'iensuit qu'il ne peut jamais y avoir un nombre aucoessif de oonbinaisons d*atomes qui soit infinL Si cet infini chimécique était vé* sitable, toutes les condi>inaisons possiiJ»les et concevables d'atoMs s'y rencontreraient, j'en conviens; par conséquent il serait vni jqu on y trouverait toutes les combinaisons qui semblent demaDdcr ia plus grande industrie : ainsi on pourrait attribuer au pur hasard tout ce que Tart fiiit de plus merveilleuz : si on voyait des palais d'une parfaite architecture, Aes jneuUes, des montres, des horloges, et toutes sortes de machines les plus composées, dansuoe île déserte, il ne serait plus permis de conclure qu'il y a eu des hommes dans cette île, et qu'ils ont fait tous ces beaux ouvrages: il faudrait dire peut-être qu'une des combinaisons infimes des atomes, que le hasarda faites successivement, a formé tous ces composés dans cette île déserte, sans que l'industrie d'aucun homme s'en soit mêlée : ce discours ne serait qu'une conséquence très-bien tirée du principe des Epicuriens; mais l'absurdité de la conséquence sert à faire sentir celle du principe qu'ils veulent poser. Quand les hommes, par la droiture naturelle de leur sens cominuii, concluent que ces sortes d'ouvrages ne peuvent venir du hasard, ils supposent visiblement, quoique d'une manière confuse, que les atomes ne sont point étemels, et qu'ils n'ont point eu dams leur concours fortuit une succession de combinaisons infinie. Car, il on supposait ce principe, on ne pourrait plus distinguer jamais les ouvrages de l'art d'avec ceux de ces combinaisons qui seraieat fortuites comme des coups de dés»
JJtXVL.Les Epicttrèiii»> cftaftiadeB^ les*au<ragat 4a Ifait^Tce «aurait
Tous les. hommes jpii «supposeat «auraUemient .une .difGArtnie sensible entre lesauvrages de I^art«et ceux du hasard, supposât dcmcisansTftvoipapprofattdi^^queli^cMnhkiaisons d'aiomesJi'aBt point été infinies; et «leur duppoaitiAn.est juste. Cette sucoessico infinie de eombanaiscMis d»'atomes«»efct, oomnae je l'^ii dëjà^noane, ■une dbîroène plus ^absude^que^touiee les^absiarditéfrqu^nfveudiiit expliquer p«r ee fiaax |Mri««îpe«tAài4)un natebve, AirSiiceea6i£*tH«0B' timi, ne peut-être infini ;.dtt>ùi)rs'«Muil4pie les atomes>4iie.p4Miiiat être infinis en nombre ; que la succession de leurs divevtf JMlrire' «enlS'et deiem» gombÎMasons. n»'a pu Are infinie ;*qiiaiiriaOP<^^
nia pu âtrerélenM»I,'«l;/qu il faut trouver un commencemeot préois £t fixe cle<o«s<e«unbi«»fron8 successives. Il faut trouver un premier individu dans )e&,g0Bérations de chaque espèce; il faut de même trcmiirer>ki«pr^nière forme qu'a eue chaque por^icm dematièce qui >&it partie de lunivers. Et comme les changements successifs de cette matière n oniî pu avoir qu'uo nombre borné, il ne faut admiettre danatces^différcaites eombinaisons que celles que le-basacd produit dWdÎBanre, à moifis qu'on ne connaisse une sagesse supérieure qui ait fait, avec un art parfeit, les arrangements que le hasard xuoiniitauifaîre.
LXXVIl. Les Efiooriens avfypo^nt tout cequHl leur plaît MDSfKUTts.
Les philosophes épicuriens Aont si faibles dans. leurssystèmes, qu'ils ne peuv^at venir à bout de le Ibrmer, qu'autant qu'on leur donne, sans preuves, tout ce qu'ils demandent de plus fabuleux. ' Us supposent d'abord des atomes éternels : c'e^t supposer ce qui est en question, ûù prennent*-ils que les atomes ont toujours été et sont par eux-mêmes P Être par soi-même, c'est la suprême perfection. De quel dvoit suppoaesilHils.sans preuves que les otemes -oiit un être par&it, éternel, knmuaUe dans leur propare fonds ? TrouvenC^ls cétiie perfection dans l'idée «qu'ils ont ée ebaqtse atonie en particulier? Un atome n'étant pas l^autse^ et étant, a]»- M>lumeBl» distingué de lui, il faudrait que chacun dieux poriâtem Milléfiernité eti'indépendaiiee 4 l'égard- de tout^ttutre^êtffe.Ëneore une fois, est-ce dans l'idée qu'ils ont de chaque atome, que -•ats pUlose{dies tMUT)fnt<»tte^rfectittn?'Mai8'doniion»'«leur là^^s- ^lis tout ce qu^ilsileorandevont, et^ce -qu'^e neidevratcnt pas inéme oser demander.iSuppMons donc 'cpxe les atomes sont étem-eb, leiûstttls par euKHm4nes, indépendaïUB de Mus aulies étréps, etpar oon8éq«ent\eiilièMBaei^ parCMks.
LXXVIII. u» «li^tititfiioast dts Bf4oariiBsetntita8M9im^itté«kfinB.
Rnidra-t-îl jupp«NMpr«»eavea}u'&' ont par eux-mêmes le maaveroeat? LesuyposMa-^Kon'à^^dÉiâr, pourTealiserun t3r!stèmeplMts ^ohknéri^pie qiie hs eojites^kas fées? «Gcnsditans Vidée tfjiie noms •VOUS' d'unooipa* iNaus ]e ceptfw^nsyirfiMiir awnt -tans • supporter qtiihieinieinfe^ nous TmasiUmefÊémMons en it«pi»s,r6t Uidée ii%n ^99tifm$iimins^ékàtetmÈ^WBVém,iiirimmM, pas^aoÎM «e8^parcîi»,«a ^m m^màkmmMmmMaÊMamàu ^)eai<mutaippM«ri(ae;tMis
33 a TBÉOLOGIB KAYUBBXiLB.
les corps sont sans cesse en quelque mouvement sensible ou insensible, et que, si quelques portions de la matière sont dans un moindre mouvement que les autres, du moins la masse universelle de la matière a toujours dans sa totalité le même mouvement. Parler ainsi, c'est parler en Tair, et vouloir être cru sur tout ce qu on s'imagine. Où prend-on que la masse de la matière'a toujours dans sa totalité le même mouvement ? Qui est-ce qui en a fai t rexpérience ? Ose-t>on appeler philosophie cette fiction téméraire qui suppose ce qu'on ne peut jamais vérifier? N'y a-t-il qu'à supposer tout ce qu'on veut pour éluder les vérités les plus simples et les plus constantes? De quel droit suppose-t-on que tous les corps se meuvent sans cesse sensiblement ou insensiblement? Quand je vois une pierre qui paraît immobile, comment me prouvera- t-on qu'il n'y a aucun atome dans cette pierre qui ne se meuve actuellement? Ne me donnera-t-on jamais pour preuves décisives que des suppositions sans vraisemblance?