‹ Cours de philosophie chrétienneChapitre 5 sur 67 · X. La plupart des impies sont très-ignorants · texte numérisé non relu

X. La plupart des impies sont très-ignorants

« Ce sont des gens qui n'ont ni principes ni système, qui n'ont point examiné la question, et qui ne savent qu'imparfaitement les difficultés qulls débitent. Un Diagoras, un Théodore, un Spinosa, et tels autres phQosophiquement athées ne reconnaîtraient point pour leurs frères cette sorte de gens que la vanité ou la débauche font parler méprisanuxiem de la religion, et quelquefois sans que leur langue soit d'accord avec leur pensée. Quelques-uns d*eux se font une sotte gloire de passer pour esprits forts ; ifs en af&ctent

* DIctfoim., arr. Dts Barreaux'^

THBOI^OGIB NATITRSLLB. 4^

k sfyie pdur se distingtier de la foule... Plusieurs, ne cherchant ftt'à se distinguer par les excès de leurs débauches, y mettent le eomUe en se moquant de ki religion... Soyez certain, monsieur, (pe les raiHeries, les profanations et les blasphèmes de cette sorte d'impies ne sont point une marque qu'en effet ils croient qu'il n'y a fùim ÔB Dhrmkè. 11 peut fort bien être qu'ils ne parlent de la Mtt ifae fomr faire dire qu'ils enchérissent sur les débauchés Mliani^s^ et qu'its se portent jusqu'à l'extrémité de Taudace ^ »

I. Bayle réfute ici avec vivacité un auteur anglais (David Dérofcfi), k^el, à son avis, muhipliait trop les athées. Quoi qu'il en Mit de l'assertion de Dérodon, Bayle dans toute sa réponse paraît atsissi persuadé que nous, que dans les discours libertins que tient rkDpîété il y a beaucoup plus de forfanterie que de savoir et de persuasion f qu'il y a très-peu d'impies, qui blasphèment avec conoaisBaiice àe cause, et qui aient rendu au tribunal de leur raison «D arrêt contradictoire contre la religion, et il appelle un arrêt OMitradîetoire un jugement prononcé, toutes les raisons de part et à*wM» eitaetement et mûrement considérées \

» Ils ne sont guère persuadés de ce qu'ils disent, ils n'ont guère examiné; ils ont appris quelques objections, ils en étourdissent le inonde; ils parlent par un principe de fanfaronnerie, et ils se démentent dans le péril ^. » Voilà l'estime que faisait Bayle des partisans de l'impiété ; voilà ce qu'il pensait ie leur caractère, de leur savoir et de leur bonne foi. Nous-mêmes, que Ton trouve si sévères, nous n'en parlons pas avec plus de mépris.

a. Il est une sorte d'impies plus ignorante encore (on ne saurait le iner, puisqu eUe^méme fieiit professiom publique d'ignorance), ce sont le» Pyvrhmiieiis^ Tout ridicnies qu'ils sont, ils ne laissent pas daimr des porlisuis^ et eux-méknes ils le sont beaucoup de la éoC" iniie Jk Bvjh «l de aa maaàère èe philœopher, ils se persuadent mime qu'il n'a écrit que pour eux. Quoi qu'il en soit, je ne yois nra dans toute la sature àt phis biaarre que cette espèce d'anî* mal, rien de plut emrvragsm que sa manie à décrier la raison et à lui wwiiicster la œrtîtifde de ses eonnaisaances : en quelle qu»> lîté pvdteAd-il doac se firâe écouter^ km qui débute par touwmair fa'îi m'apeale aeu hvhihiuhi? et per qui *feut-il étrecni, s'il ne m croit pas lui-même ? la raison est folle ; qui te l'a dit, si ce n'esft pas la raison P quel juge d'elle-même peut-elle avoir qu'elle-même ?

* Coni, des Pensées div.^ t. 3.

* Dict.y art. Des Barreaux,

44 THÉOLOGIB H^TUaBLLB,

« tu Tas consultée, malgré la persuasion où tu es qu*oa ne peut pas la croire? et tu la crois seulement lorsqu'elle dit quelle n'est pas croyable ! » tout cela est si fou, si inintelligible et si nul, que je m*étonne qu'on n'ait pas lié et logé aux Petites Maisons le premier qui eut l'assurance de prononcer de pareilles inepties.

La raison est le premier des dons que l'homm^e a reçus du Ciel : c'est elle qui le rend semblable à l'auteur même de son être. La raison est la lumière de l'âme, reçois-la dans un œil pur que rien ne souille, elle t'éclairera.

La raison est une arme sAre et une défense certain.e, mais tu la rends gauche par des subtilités sophistiques où tu la forces de s'engager, et tu te plains ensuite quelle gauchit; elle était naturellement droite : que ne lui conservais-tu sa rectitude P II est un art pour la lui faire perdre, je l'ai déjà dit; on pourrait l'appeler Yart de dei^enir jou^ et c'est celui qu'enseignent nos sophistes modernes. De leur aveu, ce qu'ils enseignent n'est rieu, et ils veulent qu'on le retienne. C'est dans la bouche de ces hommes futiles et inconséquents que les Grecs mettaient ce proverbe fameux : Cape jpMl^ et serina bene :

XI. Quand il n*y aurait pas de religion instituée et positivement comaiandée, ou ne serait pas pour cela dispensé d'être religieux.

« Nous lisons ^ qu'Épicure, qui niait la providence et l'immortalité de l'âme, ne laissait pas d'honorer les dieux. Il fit des livres de dévotion où il parla avec tant de force de la sainteté et de la piété, qu'on eût dit que c'était l'ouvrage de quelque ^ouver^in pontife. Quand on lui objectait qu'il n'avait que faire du culte des dieux, lui qui croyait qu'ils ne nous faisaient ni bien ni mal, il répondait que l'excellence de leur nature était une assez grande raison de les vénérer. Habet "venerationem justam quidquid excellit\ et qu'on se trompait fort de croire, qu'à moins de redouter les ressentiments des dieux, on ne pouvait pas leur rendre ses adorations, et piOy sanctoque colimus naturam excellent^m atque prcBstantem *. »

' Gaï., de Plat, et Hipp. P/ac.y 1. 3,

* Pensées rf/V.,t. 4.

* Cic, de Nat, Deor., 1. 1.

THÉOLOGIE NÀTVEBLLB. 45

1. Supposez donc tant qu'il tous plaira que Dieu n'exige de vous aucune adoration ni aucun hommage, la raison ne vous en impose pas moins l'obligation de lui rendre ces devoirs. La supériorité de son être, l'excellence de ses perfections infinies, sa beauté et sa grandeur suprêmes, commandent à l'âme raisonnable l'admiration et l'amour. S'affranchir de ce commandement, c'est renverser toutes les idées de l'ordre et de la justice : et comme, selon les principes de Bayle, dans l'hypothèse où il n'y aurait point i de Dieu, on n'en serait pas moins obligé d'être vertueux : ainsi; dans l'hypothèse où il n'y aurait point de religion instituée, op ne serait pas moins dans l'obligation d*être religieux.

Un être souverainement grand et souverainement aimable na pas besoin de commander l'amour et l'adoration, pour qu'on soit obligé de l'adorer et de l'aimer. Il y a plus, c'est que s'il ne le commande pas, je n'en suis que plus obligé de lui rendre ce culte. Moins mon maître exige de moi, plus je lui dois. Nemo plus îm* petrat a liberoy quant qui servire non cogit ^

2. Ajoutons que dans le système qui domine aujourd'hui parnn les impies, où ils infèrent de la grandeur et de la bonté infinie de Dieu la dispense de l'adorer et de l'aimer, on peut rendre cet argument encore plus pressant; car voici ce qu'on pourrait leur dire :

i^ Je reconnais^ que j'ai un maître dans le ciel; un maître d'une grandeur et d'une puissance qui est au-dessus de toutes nos expressions et de toutes nos idées. Lorsque je me représente sa haute dignité, son excellence et ses droits, je me trouble malgré moi, je m'effraie et je sens que je ne puis me tranquilliser sur cet objet, à moins qu'on ne m'apprenne enfin la manière dont ce grand Dieu veut qu'on le serve et qu'on l'adore. Jusque-là je craindrai toujours de n'en poinj faire assez pour un maître si auguste et si puissant. Si donc Ton parvient à m'instruire sur un point si intéressant aux yeux de ma raison, et à me faire connaître que nion Dieu a parlé et qu'il a enseigné à Thomme les hommages et le service qu'il exige de lui : je ne me croirai point surchargé par l'obligation qu'on m'aura fait connaître. On m'aura soulagé au contraire d'un très- grand fardeau que m'imposait la haute idée çie j'ai conçue de la grandeur de Dieu et de ma dépendance, aucune religion n'exigeant de moi tout ce que je me sens forcé d'en exiger moi-même. Il est vrai que la religion dont on m'im-

* Hieron., Ep, 27 ad £ust*

46 THB0L06IS NATURSIXB.

p<2tôe la loi me subjugue et m'assujettit : mais en me Auli^uguant, elle me décharge d'un autre joug beaucoup plus pesani| celui ^pie m'imposerait ma propre conscience. Ce que la religion me laisse de liberté, me dédommage bien de celle qu'elle m'ôte, et ce que je pevds n'est rien en comparaison de ce que je gagne.

2? Je confesse que Dieu est mon bienfaiteur suprême.; 4fiû est l'auteur et le conservateur de mon être, et que tous les m.oments de mon existence sont marqués suceessiviement par de nouveaux bienfaits que répand sur moi sa libéralité : si j'en suis parfaitement convaincu, cette vérité touchante doit intérefser Ot remuer vivement mon cœur; et ce doit être pour lui un tourment d'ignorer comment il pourra reconnaître tant de bienfaits, et si précieux, et si multipliés. Mais si dans cette perplexité on vient à me marquer à quoi doit se borner la reconnaissance qu'attend de moi mon bienfaiteur, recevrai- je avec chagrin cette instruction.? Non, sans doute, à moins que je n'aie le malheur d'être né avec un cœur mauvais. Etonné au contraire que mon bienfaiteur adorable se contente d'aussi peu, et qu'il daigne ainsi m'épargner les frais d'une reconnaissance plus étendue, je recevrai avec transport cette instruction consolante, et je regarderai comme le jour de ma délivrance celui où l'on m'aura instruit de cette vérité salutaire. « Jamais, dirai-je, ma reconnaissance n'aurait osé se renfermer dans des bornes aussi étroites que celles qu'on me prescrit. Mon cœur, livré à lui-même, aurait été beaucoup plus loin. En sacrifiant tout son être, il n'aurait pas encore été satisfait. »

Ce raisonnement, tout simple qu'il est, démontre que les parti* sans de la religion naturelle n'avanceront pas leurs affaires, autant qu'ils le pensent, et que la religion révélée leur serait d'un tout autre secours que la leur. La religion naturelle livre l'homme à lui-même, et ne donne aucune règle. La religion révélée prévient tous les inconvénients et tous les excès, tant ceux de l'indolence que ceux de l'indiscrétion. C'est l'oubli de la religion révélée qui a ouvert la porte à la superstition et au fanatisme. Ceux donc qui ne croient pas, et qui ne veulent pas que l'on croie, bien loin de bannir les excès, font tout ce qu'il faut pour les faire renaître, puisqu'il est constant que toutes les religions qui ont eu des hommes pour auteurs, sont des religions infâmes et abominables; et que du mépris de la religion véritable au fanatisme, il n'y a pour les peuples qu'un pas à faire ^

« Voyez Bannier et Le Mascrier, Hist» genér. des cérém. relig.

Qui de nous peut lire sans hoireur et sans effroi ce que Platon, Plutarque, Denjs d'Halicarnasse, Pbili^ni «Diodore de Sicile (je ne «parle pas des Pères de TEglise) <Ait décrit du fEuiatisme des tfnciétis peuples, et ce que nos voyageurs «tious âf^enneut des aboramatioDs qu'ils ont vues dans le Nouveau -iMonde? lies Phé« moienS) les Carlhaginois, Icfs dites de Rhodes ^ de Crète, quel Ctdte, quelles cérémonies, qtrels e»cri£oes <ils «avaient substitués à, Ja yme religion!. À ^{uels monstrueux excès ils se portèrent, faute de savoir à quoi s'en tenir sur ce qu ils devaient à la lUyinité ! Sftoiifier sa femme, ses amis, ses enlants, les enfants même des héros et des rois, ne leur paitii<ïbait point an excès. Eotend-ou sa&s frémir l'épouse d'Ânnibal redemander son fils aux barbares qui le traînent à Tautel, et vouloir périr à sa place ?

Ne me, qiMB genui, vestris absuoiite Totis ^

Voit-on sans pitié couler sur le même autel le sang de deux cents victimes aussi chères et aussi illustres que le fils infortuné d'Imilce ?

Qu'on ne dise pas que. la religion a enfanté ces désordres, puisqu'il est évident que si les peuples n'eussent pas oublié la religion qui défendait toutes ces horreurs, la terre ^ne les aurait jamais connues. Quand les Juifs, à l'exemple des Phéniciens leurs voisins, offrirent à Molock de pareils sacrifices, n'est-il pas manifeste que c'est l'oubli de la religion qui les conduisit à cette superstition détestable? Craignons donc d'oublier la nôtre ou de la mépriser*.

EXTRAIT DE FBLLER.

Dans son Catéchisme philosophiqucy le savant abbé de Feller a très-bien fait ressortir la fohe, le malheur et le crime de l'athée, idées fécondes qui ont fourni de nos jours à Fabbé de Mac Carthy le sujet de ses plus éloquents sermons. Nous allons reproduire ces trois chapitres du Catéchisme philosophique.

Folie de l'athée.

I. D. Quelle est la première de toutes les connaissances, et la plus importante à Thomme ?

* Sil. ital., 1. 4.

' Nouvelle analyse de Bayle^ par Tôbbé Dubois de Laonay, ch. 4.

48 VHiOLOGIB VÀJVMMUM.

R. La connaissance du souverain maître du monde, du principe et de la fin de toute chose.

D. Sur quoi une idée si vaste et si magnifique est-elle fondée ?

R. Sur toutes les lumières de la raison, sur les sentiments les plus naturels du cœur humain, sur le témoignage même des sens qui nous instruisent de la beauté, de Tordre et des merveilles sans nombre que présente cet univers. « Vouloir démontrer l'existence de Dieu, dit un philosophe moderne, c*est comme si on s'occupait à prouver sa propre existence ; comment démontrer la première et la plus simple de toutes les vérités? l'existence de Dieu est une vérité de la haute physique et de la haute morale, c*est le plus général de tous les axiomes, et toutes les sciences y tendent, comme par autant de rayons ; c'est cette unité immense, à laquelle nous tendons tous par nos simplifications; mais par cette route on la saisit moins bien que par le sentiment; parce que l'entendement humain, tout tapissé de mots d'origine matérielle et analogues à la faiblesse humaine, manque d'instruments pour transmettre cette vérité intime ^ »

D. Est-il vrai qu'il y a des honunes éclairés qui refusent de connaître un Dieu, et opposent à cette croyance des raisons qui leur paraissent convaincantes?

R. L'on ne peut douter qu'il n'y ait des athées, c'est-à-dire des hommes qui nient l'existence de Dieu ; mais il n'est guère possible qu'ils le fassent sincèrement, et que leurs paroles expriment leurs vrais sentiments. L'homme qui prêche aux autres cette monstrueuse opinion, dit en lui-même : Il y a un Dieu \

D. Puisque l'esprit humain est capable de toutes sortes d'égarements, et qu'il n'y a point d'extravagance imaginable qui n'ait été adoptée par quelque philosophe, pourquoi l'opinion de l'athée ne trouverait-elle pas aussi quelques partisans ? D'ailleurs, les ténèbres que Dieu répand sur les esprits téméraires, et l'aveuglement dont il frappe une raison orgueilleuse, ont-ils une mesure déterminée qu'une justice toute-puissante ne puisse étendre?

R. Ces considérations peuvent faire croire que dans certains moments l'athée étourdit sa raison au point d'acquiescer au résultat de ses sophismes, et de se donner avec une sorte de vérité

• Balancé nafurefh, par M. de La Salle.

* Un ancien philosophe n'a pas hésité d'accuser de mensonge ceux qui disaient qa'ils sentaient qu'il n'y avait point de Dieu. Mentiuntur qui dicunt se non sentire esse Deum : nam etsi tibi affirment interdiu, noctu tamen et sibi dubi' tant. (Seneca.)

pour aiMstiknmfi^mm^Mtàs^e^^ èe la r&ison im p«ut

aubaisisr; k Imnière Eona^ndgré lie» i^oris qu'on feit pour Téteiadw MttftHttSMir» -le p«»»j«il pm, il «tt vmi; Ton ne cessera- dft papier et d'mcm «seèni ]ie^â>^èitte une fon adopte; mais la tiie nt sera pas moins pactagée «ntne de gvands doutes tt quelques nio> ments d uii« espèce de pifrsvMhm^ «mls^ la désolante pei^pective du néant et la erainle iiiYinoibfe des jiigeaitfnta de Bieu« Soui^«nt la vérité prend absolument le dessus^ et se produisant avec tout son éclat et toute son éi^idenca, pf»ne;re£Froi dane une âme dont elle était destinée à fiût«.la plus douée consolation ; c'est ainsi qu'il faut concilier les deu&seatinEieBMs.touclBBnt l'existence des athées, et ne pas eoiidatnner btusquement des hommes respectables qui nontpeis re&sé de la OFoins^, nidmlMs, en plus grand nombre qui l'ont jugée .impomble.

D.lï y a-t-il pae«qu6lqaeaui*e:réfleaion>qui rende raison de cette différence de senlùnents <fHi parbi]^ les sagesau sujet des athées ?

H^Qette di£Séreiice peut encore venir de ce qu'on n'a point envisagé la raison sous taue/se»rappos]ls,.ni la philosophie selon taus les degrés où eUe se troavte dans les hemmies. Le chancelier Baoon disait ^ que beaucoup de ptaîl^sopliie conduisait nécessairemem à Dieu; mais qu'il, n'était peub-à^e pas impossible qu'.une philofl^phie superficielle engsfindrâi^taitbéiisfiiôy paroe que ceUe^ci^ au lieu de prendre Tessor, au lieu de s'élever^ de iFotr en grand, d«cm-

* Le P.IkMirdéloiM» .aprls awir dlMtugaé li« «tbéi!6<die TOloaté et les «fUées

de croyance, les athées qui voudraient qu'il n*y eût point de Dieu, et les atb4es qui croient qu'effectivement qu'il n'y a point dé Dieu, admet Texistence des uns et des atttvos {Sermon pour la féie de sùint Xavier, fin du premier point). Le P. Touroemine doute seulement qu'il y ait bemieoup d'athées purs et absoias. {Mém, de.Trevoux, mai 1735.) M. Bergier est du même sentiment. (Examen du Mm., t. 2, ch. 11, § 3. ) M. de Pbmpignan, évéque du Puy, dit des yéritabks iacvMiiles en général, «diées etauices iJt ne ihv pas qu'il n'y en ait de ce genre, mais je soutiens que leur nombre oit infiniment moindre qu'il ne parètt Ntre. {Quest, î sur Vincréd., p. 8.) M. Nicole semble en reconnaître un grand nombre. « Il ftiut que tt>tt8 sachiez, dit-il, que la grande hérésie du monde n'est» plas le luthéranisme ou le calvinisiac, que c'est l'athéisme, et qu'il y a toutes sortes d'athées, de bonne foi, de mauvaise foi, de déterminés, de vacifllants, détentes. » {Lettres à une Dame, lettré 25.) On ne conçoit pas trop en quel sens M. Nicole suppose des athées de bonne foi, tandis que l'Apôtre assure que la lumière de Dieu les frappe d'une manière à rendre leur aveuglement parfaitement inexcwsabie. In¥isibilia enim Dêi acrentura mundd, per eetquéfacta suntt intellecta conspiciuntur, Sempiterna quoque ejus virtus et dininitas ita uiêi4Uineseoi4^aèil€8r(^wn,,i») Mais il p^^att que, par athées de botmefoi, Ki«ole> catand \è»>m$h^ de eroyttnoe <1ob(4ious «vons parlé.

* Levés pbilosophia movere fortasse posse ad attaeismu», aed pIvaiMcs baustus ad religionem TeducGro.^{%I>€40gm,^^tsiem^^h'i.')

5o THBOLOGIS NATURELLE.

brasser renchaînement des parties et leur dépendance d*un souverain moteur^ se précipite, au contraire, isole et rétrécit ses réflexions, s'attache au désordre apparent des causes secondes, et perd de vue la totalité des choses avec le principe qui les produit. L'on peut ne pas observer quelques traces de la Divinité, comme dit l'excellent réfutateur de Lucrèce; mais il nest pas possible de les effacer toutes, et de se cacher toute la marche de ses merveilleuses opérations '. Si la considération de quelques parties de la nature ne tient pas toujours évidemment, et dans tous les, esprits, à la cause première, luniversalité des êtres, leur ensemble, leur rapport, leur destination y attache nécessairement le philosophe attentif et appliqué \ L*hoiTeur et le silence de la nature dans l'opinion de Tathée, achèvent la démonstration la plus invincible pour quiconque peut goûter la philosophie du cœur.

^D. Un auteur célèbre n a-t-il pas paru contredire ce sentiment de Bacon, et regarder l'athéisme comme le fruit d'une philosophie profonde ? « La philosophie, dit«il \ réfîite d'abord les erreurs ; mais si on ne l'arrête pas là, elle attaque la vérité; et quand on la lai&se faire à sa fantaisie, elle va si loin, qu'elle ne sait plus où elle est, ni ne trouve plus où s'asseoir. On peut la comparer à des poudres corrosives, qui, après avoir consumé les chairs baveuses d'une plaie, rongeraient la chair vive, carieraient les os, et perceraient jusqu'aux moelles. >»

R. Ce que dit cet auteur n'est point du tout opposé au sentiment du savant Anglais. Ce n'est point avoir beaucoup de philosophie que d'être téméraire, inquiet, curieux à l'excès, de juger légèrement, de décider de tout, dç méconnaître les bornes de la raison et de l'intelligence humaine. Un peu plus de réflexion et d'expérience corrigerait ces défauts. Ce qu'une demi-philosophie nous avait fait rejeter, une philosophie plus formée, plus éclairée, nous le fait recevoir. Au reste, ce passage de fiayle représente excellemment sa propre philosophie.

IL D. Que doit^on conclure de celte controverse qui partage les savants sur l'existence des athées?

R. Cette controverse est un préjugé des plus sérieux contre

« Deî vcstigîa passim cffugis, ac deître ncquis ; te te il la seqtiuntur. (^fliii., 1. 9.)

* Ita ordinantur omnia offlciis et finîbus suis in pulcliritudinem oniTersitatii:, ut quo 1 horrcmuâ in parte, si in toto consideremus, pîiirimum placeat. (Aug , de Fera relig.^ c 40, n* 76.)

* Bayle, Diction, histor, ei crii,^ art. Acosta,

THBOL06IB 9ATUABLUS. Si

Fathéisme, et démontre combien ce système blesse la raison humaine, puisqu*on n'a pu encore convenir de la possibilité de son existence. Jamais les athées n'ont douté qu'on pût croire un Dieu ; et il n*est pas encore décidé si l'on peut croire qu'il n'y en a point.

D. Les rédacteurs d'un grand dictionnaire ' n'ontols pas assuré que l'athée adhérait « aussi fermement à son opinion, en vertu de ses sophismes, que le théiste croit Texistence de Dieu en vertu des démonstrations qu'il en a ? »

R. Reste à ces messieurs à nous expliquer, i^ à quoi sert la raison humaine, et en quoi la vérité et Tévidence l'emportent sur des sophismes; 2^ d'où viennent les doutes qui fourmillent dans les ouvrages des athées et des incrédules en général ; 3^ pourquoi la vue de la mort et souvent une incommodité assez légère ramènent la plupart de ces messieurs à la créance d'un Dieu, et même à la profession entière de tous les dogmes de la foi.

D. Ces doutes dont vous parlez, sont-ils bien avérés ?

R. Il n'est pas possible de lire les ouvrages des incrédules, ni d'observer leur conduite, sans les découvrir partout. Lucrèce, le héros et le chantre de répicuri,sme, après toutes sortes d'attaques livrées au dogme de l'immortalité de l'âme, avoue qu'il ignore parfaitement de quelle nature elle est.

Ignorantur caim quae ait natura animai.

Et ailleurs il renvoie loin de la terre cette partie de rLomme qui tire son origine du ciel :

Gedit eoioi rétro, de (erra quod fuit anfe.

In terrain ; scd quod mis^um est ex. aetlu-rig oris, '

Hoc rarsum cœri fulgentia tcnipla tcceptant.

Epicure, son maître, n'était pas plus conséquent ; Bayle remarque qu'il était très-inquiet de ce qui se passerait après lui; ce qui, dans le système de l'anéantissement, est un soin extravagant. L'extrême crainte qu'il avait des dieux suffit pour démontrer combien peu il était persuadé de la toute-puissance de ses atomes. Je n'ai jamais vu un homme, dit Cicéron ^, avoir plus peur de deux choses

• Diction, encydop.^ art. Athée,

• L. 1, de Nat, Deor,-, n° 31.

dont il disait ^*îl ne fiiUmt pas a^oir peur, je veux dire de la mort et des dieux. -^ AL de Moo^vquieu remarque que cette crainte est commune à tout lea athées, a L'homnae pieuK et Phornme athëe parlent toujmiM- de religion* L'un parle de ee qu'il aime, Tautre de ce quil craint '.«Si ces gens sont bien persuadés, pourquoi* tant d'ardeur à rechercher, à lii«, à prôner quelques nonrelles brochures que rimpiété produit? Un homme bien persuadé se contente des preuves qu'il a en main, n'en cherche pas d'autres, et croirait perdre son temps s'il discutait davantage mie matière sur laquelle il est pleinement satisfait.

L'auteur de \ Esprit professe un doute universel, parce que, ditil, « il n'y a pas d'enseigne à l'hôtellerie de l'évidence. »

Un homme qui est cher aux partisans de l'épicurisme et àt$ systèmes qui en approchent ^, parie de la sorte dims un dialogue vraiment chinois pour le ton et pour les choses :

Kou, Qui vous a dk qu'il y a una autre vie?

Cu'Su ^. Dans le settl doute voub devez vous conduire comme s'il y en avait une.

Kou. Mais si je suis sûr quiil n'y en a point?

Cu-su, Je vous en défie.

Bukingham avoue que ses doutes ne l'ont jamais quitté, et qu'il les a portés jusqu'au tombeau :

Dubius sed non improbus Tixi, Incertus morior.

Plusieurs Spinosistes *, sentant que l'évidence leur échappe à tous moments dans leur& prétendues démonstrations, sofnt tombés dans une espèce dfe pyrrhonisme insensé, nonmié Yegoismey où chacun se croit le seul être existant. Quelques-uns vont plus loin encore et doutent de leur propre existence ^

Les autres adv«rsBÎFes de la religion, soit athées, soit déistes, se sont pas plus fermes- dans leurs assertions. Non-seulement ils w

* Esprit des lois^ l. 25, ch. 1.

■ Dict. phiU, art. Catech, chinois-

* C'est le préeepteurqtiiiiiBtnHt le Jccrae prînce.

* Voyez le discours de Ramsay sur la mythologie, V* part.

^ Nommément les sectateurs de Kant, fondateur d'une secte connue en AJltmagoe sons le nom de Kantistes. Selon lui, Vàme n'est pas un être subsistant, m une chose quelconque, mais c'est le changement et la succession dfea id^f»

ûck^ woîs Âls ilÀmtflfiBi fdvm ^m ajLinaât ar^ulib^eM .ilit dams "vu autEft. « Chaque Uauentin, mIoo «»b ^Mfôoa, w-lftit kMnriearflniMll;

asreu^la âûuk» âfis idttas, .paiMMifiaRi t«riiàt dîune âmn, ttmdR: d'une aiUcCi sdau l-luacaeiir préaeate qui fes4knni»e ;»e se ficsiit à xie», ât caatestaBt sur .«oist »

CstU téûeiùau duP. BottMUbsM^'Mt 4«Bei«îls«se«iblep9iir yiroïnye -a Ju ks ^^umayrr de-ci» «seMaanb C«« «ne chose cucien^ de inûir la miilùfciifte 4es coaAradiotaoïift i^ae preseme 1«

tpii( cda 9iTeq une /?i^it(«(mo^ a^i^^farm^ qu^ la eamk^Um qui r^ul^d^f dmwstraticms.

UL D. l»a ré^utipp ({ui se (^x QxdMWCA<|»«sii^ dfiA^ Ji$«i «»«iRé* 4uks à. la vue 4^ ia mprt, piiauv^^^ell^ <}aejl^9 cWa^ #n &m^\m de la i;6ligJlon ?

J^ £U6 piK>\iye mi moifi» ({u'ife n'âtaieoj; pa# Im» penswfi^ «C»Ki*£^ pft$ me Cpiatfiioj^ dû B^^^ ce n'«^t fiA*4y9i £eu i;«éM^ spiu^isi fi^quii:^. Xl$.en j:es^ej0i;eaa^ llaOiHrâé dès qiii*% ^^oM^liJiSMb e.t 9âiu:^>£ilwi#i>t à h vuç die ^el^ite ^éfji, Oii.Uis/sf^ alo^ pluf

Bltt>. à» fK^prk fplib JMtA â^otsûenj; f^fityijri^ âb9«^ ^«U^fc^ d^iiQÛr tÂfibé de i$ j^Ai^tjciak^ UxfiÀmtmw^ql; ^ m îmi^ xisAo^fi^ lejur imjpiiiélMid^.^ » JUL de P.cgo^ijpwx w/^ CM^ ol^^Qfw^iJiiWL dmn tout siJK* jpvr, im» Afès QmsUp9A mr Vimimi^llU (fuii^t;. i). ItfmllAD en inark dlvune tnam^r^ qui .caiprjqttpcie4;<Qui ti^j^M^^ ^ : ^Hié^ffmàe^ k.SOM^^ ]m dU&>iiJié^ d^ fuk«lquw ^i ^ a^^siMt

' l^m^égyr. 4t smn^ 'Thomas,

* Il ne rautt>ss<<k|p« aNfliir«.4fi.ae^ll^ hm9. êm*mdmiêtk^^^w PdmpÎMS <^ U9 £prJLiM«#» «I \» p^c^ aaii^Qitpa9>fto9.piûlP&oia)i^«44QAaii:ç 4'aKliv»^i-

losophes, ou bien le même philosophe pensant et -raisonnant d'ime manière opposée à celle qu'il a adoptée dans une autre occasion, et dans un autre accès 4*humeur. C'est une espèce de stratagème militaire, où l'on emploie les armjQS et le lait|pifeiieHeim<Mpi> p^ur 4^M!HHer Iss «fip»oclMS «t ^oa^ler 4a défiante.

lbiUmu9^fiiS[P.efi^ D^9.umaMfi.în^î^ia:AobijB

* Dictionn. hist. tt crit,^ art- /}i^ B^rn^aMX^

54 TH^LOGIB NATtmBLLB.

se rend pas encore; et pour cela tous ne Tavez pas encore gagné. Il se renferme en lui-même, comme s*il arait encore des raisons plus accablantes, qu'il ne daigne pas dire. II tient bon, et oppose un air mystérieux et décidé à toutes les preuves qu il ne peut renverser. Alors vous avez pitié de sa fureur et de son entêtement.Yous vous trompez. Ne soyez touché que de sa mauvaise foi. Car, qu une maladie mortelle le frappe au sortir de là, courez à son lit, vous trouverez le prétendu incrédule converti. Il n*est plus question de doutes. Les jugements de Dieu, qu'il faisait semblant de ne point croire, le pénètrent de la plus vive frayeur. Le ministre de Jésus- Christ appelé ki'a pas besoin d'entrer en contestation pour le détromper de son impiété. L'incrédule mourant prévient là-dessus son ministère ; l'incrédule mourant avoue le faux et la mauvaise foi de ses blasphèmes passés, et en fait une réparation publique. Il ne demande que des consolations. Cette crainte qui le pénètre ne vient que de la foi qu'il avait déjà. La maladie ne lui a pas donné de nouvelles lumières, maïs elle a touché son cœur. «• — D'Alembert observe que « le désir de n'avoir plus de frein dans ses passions, la vanité de ne pas penser comme la multitude, ont fait, plutôt encore que Tillusion des sophismes, un grand nombre d'incrédules : quand les passions et la vanité se taisent, la foi revient.* Toutes ces observations se trouvent renfermées dans un beau passage de Tertullien ' ; ce Père reconnaît dans l'âme de l'homme une pente naturelle et invincible vers la religion, et une espèce d'impossibilité d'en déraciner absolument le germe précieux, toujours prêt à se développer dans le cœur même de l'incrédule le plus corrompu ou le plus systématique. Il faut en effet que cette impression subsiste bien profondément dans la nature de l'homme, puisque toute la fougue des passions, tous les attraits du libertinage, toutes les illusions d'une fausse philosophie, employés dès l'âge le plus tendre, ne sauraient Teffacer entièrement^ et qu'il en resta toujours des vestiges que Timpie reconnaît malgré lui ^

D. Ne pourrait-on pas croire que c'est par l'affaiblissement d#

« Hscest 8iiniina delicli Do^entium recogDOScere quod ignorare non possunt... ▼altis ex animae ipsîus tcstimonio comprobemus ; quae licet carcere corporis pressa, licet institutionibus pravis circumscripta, licet libidinibus ac concupiscentiis evigorata, licet falsis dîis exancillata, cum tamen resipiscît ut ex crapula, ut ex somno, ut ex aliqua valetudino, et 8anitatem sttani potitur, Deum nominat, hoc s<do,quia proprie verus hic unus Deus .. O tcsliinonium aoîmaenaturaliter christianae! (Tertull., ^/>o/o^., cap. 17.)

• Sœpe expujçnaverunt me a juventate mea ; etenim non potaerunt mihi. ( Psal. cxxviii. )

THiOLOGIB HÀTUBBLLB. 55

la raison, et par un dérangement des organes, que les incrédules se convertissent à la mort ?

R.i^Si ces incrédules ont toujours été intimement persuadés des systèmes qu'ils ont adoptés, d*oà vient que cette pleine conviction finit justement lorsque les organes se ressentent de la proximité de la mort? Quelle est l'antipathie qui règne entre cet état des organes et les doctrines philosophiques ? d*où vient-surtout que les bons et simples chrétiens qui, lors même qu'ils se portent bien, ne prétendent pas à la gloire d' esprit-fort ; d'où vient, dis-je, qu'ils ne sont pas sujets à ces sortes de révolutions, et que leurs orga* nés affaiblis ne leur font rien dire de contraire à ce qu'ils ont cru et dit en état de santé ? « Je défie (dit un écrivain d'un jugement exact et solide, en parlant de la mort de Voltaire) qu'on me cite un seul exemple de pareils remords, de pareilles frayeurs, dans rhomme qui aura vécu fidèle observateur de l'Evangile. La douleur et la crainte du juste ne ressembla jamais aux terreurs et aux remords de l'impie. Il faut être imbécile, ou de la plus mauvaise foi, pour en attribuer la différence à la faiblesse de leurs organes,' puisqu'ils sont tous les deux aussi près de la mort. C'est dans leur vie passée que la cause s'en trouve tout entière ; Vun espère en ce Dieu qu'il aima et qu'il servit ; des crimes qu'il n'a point commis ne l'effraieront pas. L'autre redoute un Dieu qu'il outragea. C'est la réalité de ces crimes, et non pas de sa fièvre, qui fait son désespoir. »

2^ L'approche de la mort renforce pour l'ordinaire et brillante les facultés de lame, bien loin de les affaiblir ou obscurcir, dégage la raison des entraves de la matière, lui donne plus de liberté et de vigueur. Un ancien a dit que l'âme participait alors particulièrement à la nature du grand Etre dont elle est émanée. Appropin*^ quante morte animus multo est dwiiùor (Cic, de Dmnat.j 1. 1). Un philosophe moderne (l'auteur de la Balance naturelle) a porté des regards d'admiration sur les discours des moribonds, et en parle comme d'un mystère inexplicable. « J'ai vu des mourants, dit un autre, qui ne m'ont paru penser profondément et parler sublimement que dans cette position extrême. Pourquoi ont-ils attendu si longtemps? C'est ce que je ne tenterai point d'expUquer. Mais il faut, ou que le corps les en ait empêchés, ou que ce corps corrompu et défaillant ait été plus propre à coopérer avec l'âme, que sain et vigoureux, ce qui ne paraît pas soutenable. » Si cela n'arrive pas à tous, c'est que les organes matériels en-

3^ Si ce changement n'arrivait que duai us ji§0 ^ybv^ifti.^m sipxès de laQi^uci» xoaLi^i^ aOTwmrt; nlfottiili l{i.ii«t»iM|.qn^pQ]r- T^f^ui'êïre raitrib¥«x aiu; mgNà» S HimaoitfiJwgPMPiiiAiW>^bBf j«w:& de ces heureu&efiriyolutiQitt dM3 la flaur 40 llÂgl^ eft^^dèaiià première atteinte d'une midadia fi^m^ Ce tiV&tt dme mdkn^nft ps^ la faiblesse de Tàme quil.fant.ffl|>Rywr geyhiéiinwie:; aM^iw* traire^ jamais l'esprit des incc^dules umx plua œalMie fui^ Ion-' quliW sojit en Ixonne sant4. hfi^m»% Xovi^mim afgîti^k btte -eniei^ mentation^, Thumejar noire 4smti0 par des rèvwea otmmtif Im TQ^ttexkt pre»iue ^ors d'étm d# saMonaer ««mànwt. iioi» il «al aisé d'écrire tout ce que Ion xem^ d'aoéantir d'un eonfi de p]niii0 le ciel et la terre, de diaiiig«r U nature desâtreAi d0 fioyrnMr da9 BAandes div^rA, eta Lars(]^ oos, n^ûu^ieuMots coiu.iQakMs par h sentiment de la msaladie^laxaisûD leur ve^iéVÊh '^ wwsipgettl le» choses avec le même saug*6ceîd>.9MiJe& anteep .howwiPiA^^if» i^QÎfM la lumière dcmt les uua^. lUfi paHiPus ^\ de» iophîiON» Itfnr allaient dérobié lëclai.Jb Ja mdx&RsbéMiM pleunmt Jkaur ^vimigUi** nmnt pa«^ :

•••••• Ocuns'dTaBtfiliin'flfto

OwnWiticiafco AwmJttBawnlUiif «iWQÉa*.

Tertullien dit qu'en ces cas l'âme revient à elle-même, et recotnve le libre usage de ses* faouhnae comme si etie aortait d'un sorameili èm*banée& du vm, du deSÊre de la £è^rre. Nous arons rapporté ses puretés, nou^ ajouterons oeUes d'tm philosophe païen : Fîdentqitd mnfê marbe grain et morê^m> affHett ivsktre mûrtem-; frnnqne^^ mecxùne. lemdi studentj eo^que^m seeua quam.deemt ^rxerunt^ peC" oatoffum suarum-fum maafiinejpvBnfi0t{Cic.yl. v âe &ii^inaft:j u* 3ibu)

fV. B, Ce cbafigemeot pv^mre assez bien que ees measièurs n'ont jamais été bien eonvaimma des systèmes qu-îlsr ont entrepp^ dUe'subsûtuerà la connaîssaBoe deBteu jert à la snnteté de son cuke ; nms n'en rés«)te^t4l' pas qœtque autreT^evîait avantageuse' à la vèBgiotif'

%. lies tënratgnages -mîaamiés^ que plusieurs d^entre eux xmi roBdusi&ns ces memeiffeS'âla «alase et de sagesse à la vértlé et i

* Blieoredtns œ deralercas^tn^ceinitt'à fâltleeoittralm; car jamalB ■tot idlia »iTasani.aiiteti|u'aBites«iikdSâwa>saKM

* Mneid.^ 4.

la MÂuieu^ du. «luriiOianiMviayAûni; de» JbMim^g^ ffé^imm^ q\i hm^

H «Ne s^i:M'Qe pâJStie P^^iugé (^ «tiiièiieMÛ oeil grmd» ^pKÎttl ajjs îopireMioQ» de Teaf^soi^e ?

£. Aprè3<ai^ir lu .c^ qujA Inur a plu d'ebcwe QOAlipe la rjdigÎM^ personne ne s«£a4;eiité de ciboire qu!il leur ^t nfiUwà gpsnid pré^

jugé en sa faveur. Les impressions de Tenfance avaient fait plac^ à d£Si impresâioiK lontcs contrâicefi; mai$ quaad 1^ premières impr.easiQn3.aQut conformer à la raison, j^najoid eUe> servent de^biase à la vertu et au bonheur, il est bien difficile, et pour mieuj^ dire, io)'* possîhle de les anéantir. X'Qnjpeul; les affaiblir et les élaignitr pour quel(jpe temps; naais elles reparaiasejit;daa$Jb^.nuu]aca;\tô dun^xai* scm ssm^ ejt s/élèveot. sm les jriûne3 d^ sîy^lèm» qyi W.a^aiieQl. prpfiodtea '.

Y* D. Ces jrévolutions heureuses que ks-infortunei, J^&maUdieât Quia vue de la mort^ opèrent dan;» de& iocréduleA de inMfe j^fièofi, soDjt-^s bi«n fréquentes. ?

R. Qa n'en a vu qu'un pelit nambne aonter^iicir jusqu'à la fin

rattachement qu ils avaient Toué à des systèmes anti-chrétiens. La Mettrie, Boulainvilliers, Du Marsais, le marquis d'Argens, Boulanger, etc., sont des exemples frappants en ce jgenre de opnversign. Ce dfiroiir a déclaré « guol avait toujours reapaaté k neUgjlan dam aonaiBiir^ qu'^n écrkuMiC Gqjotve ^tUe^ il aoMiit étouffe la ik>îx de aa Cf2nscien&e; qu'il s'était laissé entrât ncr par la Ibugue de son imagwation, psur leailogea^it leswapplaudisifimepjy» -dag fiaiipmpkfe& ^ ^ H a fwid hif^fovm è oouK tpri Faryaîeni'aéAift*; il a dewftftdéet T€y le& dÉsenifiES^saçreinenjts. JWauperjiuis^ qui avait. riduit^lea pkreuy.es de llaKiiiesM «h» D«mi à ceftta ifMaiiIaAÎA» alfébniciuft iir ««l^ nRfi^ ncmnit entre tes br» de àemx Gapiictf».lll6nt9tgB€) ^pe Ton peut regancUr coouRelavajutfCaujceur de jjjacxéduUté lUAd^sn^t noLoouojt. ea ae Uw— é de san Un pour adowor Itettotnniatie. Gm ëtmt eoBsbieii de foijTahaîre, Taraçle de nqa ;pjb^3fiphe^, est revenu de sa haîne.

' Us conversiaips dçs impies à la mort, aprèf defaflpfattfs «et d'inutiles cpQibats Uxré» i la rffU^rai^) m^rappeitent ce sage «fis d'an aneteB : Ego tanti pçnni" t9n mm.fimo, \^ T<^>rets auiveftt iiattHPdlteinenC la -perte de la veltgioq, coomi^ l|.pffta.4e8'▼ertlM^ ^qvand les chefè de ta cirtri^ doniinante, opprimaate, BOAéealaote extiortevt ihm. Jeunes IHt<^r«leiir9 à «acrlller leurs talents et leurs f«iQ<y à la (([loir^du plilK^ofi^iame, ils répondraient, stis étaient prudents : M^ fanjti p^tnUere non emOj je n'achète pi^ à oe prU Ift nécessité d*un rej^ntir,

* Suite de YApoi. de ta retig,, 1. 1, p. 2^édition.de X7tl9,

58 rmiotoGtB hatheblls.

contre le christianisme, auquel il avait juré une guerre étemelle; un songe effrayant a servi plus d*une fois à lui faire confesser ses crimes aux pieds des ministres de l'Eglise ' : ce qui a fait dire que les incrédules vivaient comme s'ils ne devaient jamais mourir, et qiuls mouraient comme des hommes qui espèrent vivre toujours \ « Ils ne nous font point honneur, disait, au rapport de Bayle, M. de Saint-Ibal, fameux esprit fort, quand ils sont au lit de ta mort, ils se déshonorent, ils se démentent, ils meurent comme les autres ^, »

D. Que faut-il penser de ceux qui conservent jusqu'à une extrême vieillesse, et jusqu'à la mort, une malheureuse fermeté dans leurs égarements ?

R. On n'en peut conclure autre chose, sinon que la prévention, le respect humain, une passion invétérée, sont capables de résister à toutes les lumières et à toutes les secousses de la conscience. -^ Si dans l'alternative de doute et d'une espèce de persuasion qui partagent la vie de quelques impies, la mort survient au temps où règne l'illusion des sophismes, ils se refusent à tout retour vers Dieu. — Le P. Malebranche croît que l'entêtement et l'opiniâtreté de quelques vieillards impies vient en partie de la consistance et

• En t760, îï redevient chrétien, il entend la messe, même celle de minuit à Noël ; il convertit des GalvinisteSt etc. Voyez Lettre à M, Âlberçati. En 1766, il fait une ode païenne sur la mort du dauphin, précédée et suivie de quantité de libelles impies et lubriques. En 1768, il se convertit de nouveau, se confesse aa P. Adam, et en 1769 au P. Joseph, Capucin. La même année il fait Y Histoire de. Louis xy ; et qlielque temps après les Questions sur t Encyclopédie ; la Bible enfin expliquée^ etc., où Ton retrouTe toutes les richesses de riDcrédulité et da libertinage. En 1778, étant malade à Paris, il se confesse à Tabbé Gaalbier, et proteste qu'il veut mourir chrétien et catholique. Peu de jours après. Il redevient philosophe, se fait recevoir franc-maçon, se laisse adorer comme an Dieu, etc. Enfin, par un effet redoatable des jugements de Dieu, il meurt dans les accès de fureur et de désespoir, en criant: «Je suis rejeté de Dieu et des hommes ; » dans les convulsions de la rage, se mordant les doigts et les bras, dévorant sts propres eicréments ; dans des raffinements de blasphèmes qot % Vanini, ni Julien, n*ont imaginés au moment de leur cruel trépas. Spectacle e^ frayant, et qui, au jugement de M* Tronchin, son médecin, « aurait détrompé tous ses disciples, s'ils avaient pu être présents. » (Voyez son article dans le Dictionn, hist. Augsbourg, 1781.)

^ Virunt ut nunquam morituri, moriuntur.ut seniper victuri.

* De tout temps les incrédules ont fait grand cas de l'intrépidité ou de l'insensibiliié d'un homme au lit de la mort. Le très-ancien et très - fameux PyrrhoD, qui doutait de tout, voyant ses compagnons de voyage saisis de crainte à la \ue d'un naufrage qui semblait inévitable, les pria de regarder un pourceau qui était dans le navire et qui mangeait h son ordinaire : « Voilà, leur dit-il, quelle doit être l'insensibilité du sage. « Il faut convenir que les pbilosoplics ne sont pas diftlciles en fait de modèles.

THÉOLOGIE NATURELLE. Sp

de rinflexibîlîtë des fibres du cerveau, de laquelle résulte, selon lui,. une iudocilité presque invincible. Un historien, élégant et judicieux, pense à peu près de même '. Un célèbre orateur s'en prend à la confiance que les vieillards ont ordinairement en leurs lumières et en leur longue expérience ^ D est bien naturel d'en chercher la raison dans la justice et la sévérité des jugements de Dieu, qui aveugle ses ennemis, et leur ôte la lumière dont ils ont refusé de jouir. Ceux qui veulent toujours trouver des remords dans les incrédules et les pécheurs scandaleux, « ne connaissent pas, dit M. Bossuet, toutes les voies de Dieu®. Ils ne font pas assez de réflexion sur le mortel assoupissement et la fausse paix où il laisse quelquefois ses plus grands ennemis*. »

D. N'est-ce point uue espèce de mystère que l'attachement d'un grand génie à des hypothèses puériles, contradictoires dans toules leurs parties, et son éloignement des vérités les mieux établies et en même temps les plus consolantes ?

R. Le chrétien, instruit par les saintes Ecritures de la conduite que Dieu a promis de tenir à l'égard des hommes, ne trouve point en cela un bien grand mystère : il en trouverait au contraire un très-grand, si, malgré l'abus que plusieurs font de leur raison et de leurs facultés, ils étaient à l'abri de la séduction et de l'aveuglement. Il en serait même troublé en quelque sorte dans le fond de sa religion; parce que tout cela ne lui paraîtrait pas s'accorder

^ Inclinata aetate mores sensusque in «ua forma îndurescunt. (Sacch., H, S. J.)

* Pravi crrores conflrmata io senibus prudenti» flducia roborantur. (G* Po« réc, de Cred. in doct,)

' * Ipsi vero non cognoyerunt vias mcas quibus jurayi in ira mea : si introibunt in requiem mcam. (Ps. xciv.)

* Delà ii n*est pas difficile de conclure que les conversions dont il est parlé ici ne tarderont pas à devenir plus rares. Quand l'esprit d'irréligion est pleinement consommé et répandu dans tout le corps d'une nation, quand il s'érige 4es triomphes et devient un sujat de gloire^ il déchaîne toutes les passions^l^ engendre des vices monstrueux qui dégradent et abrutissent l'âme humatott qui affaiblissent de plus en plus toutes ses luniières, qui étouffent toutes si9 affections honnêtes et raisonnables, et ne lui laissent plus Tessor nécessaire pour s élever aux vérités éternelles. C'est cet abîme dont parle le sage, où Tiiiipiété se nourrit du mépris de tout ce qui pourrait la guérir. Impius cum in piofundum venerit coniemneL (Pf ov., ivili.) - D'un autre côté, l'esprit de dissipaiion er de frivolité, devenu dominant et général, empêche les hommes d'étudier et d'approfondir les vérités de la foi, qui, par le défaut d'institutions chrétiennes, ne sont plus ni connues ni goûtées dans l'âge le pi us propre à l'instruction. Par. U elles ne peuvent reproduire dans l'âme des lumières qui n'y ont jamais été. Mais les incrédules les plus fameux, mais les chefs et les héros du partit qui les ont une fuis bien connues, n'en ont (jamais su effacer l'impression. Les mêmes jéflexions servent à expliquer rinsensibilitéetriûsoucianccdes sauvages.

6o TOiotOfi» NÀXOlUUUiS*

aT€ip les anathènftes proDoncési, taoïôt cogoiiie dAS hoMnai» mimU par la suffisance et rorgfueil, txuuôt cojixre ceux. qui «cofnhaUeat leur créance par des œuvres oondamnées de Dieu.&t incompatibles avec la sainteté de sa loi ^

TertulUen croyait que Dieu avait laissé À db^sein ^pielque mélange de ténèbres dans les plus grandes véritast f^^^ aveugler les hommes superbes qiû résisteraient à fia ^aroljs, ou les homnies corron\pus qui déshonoreraient leur foi par les vices qu elle ré» prxîuve ; que les saintes Ecritures elles-mêues étaient de^wenufis pour lt>6 hérétiques une picarre de scandale ^ « Il j a, disait aaioft Auguslin, dans la religion assez de lumière pour éclairer Us cœuci droits, et assez de nuages ppur aveugler les ingipies* »La notion même de Dieu renferme des ténèbres suf&santes pour obscuj^çir et égarer la marche d'une raison téméraire. Autant Texistence de IlEtre souverain est démontrée, autant sa nature est^elle impanétrable. En vain a-t-elle faix Fobjet des méditations des philosophes les plus célèbres, elle s*est perpétuellement dérobée à leurs efforts impuissants : faut-il s*étonner si des hommes pleins de suffisancie et d'orgueil, humiliés de Tinutilité de leurs rechorches^ égarés par la faiblesse d'une raison qu!iU croient si forte et si dure, ejitreprennent de persuader que ce qu'ils ne peuvent pas comprendre, n'existe pas ; et que, prenant les bornes resserjées de leurs petites facultés pour les bornes mêmes de TÊtre infini, ils attribuent ridiculement l'éternité et la puissance à la matière et au mouvement? Le spectacle même de cet univers, démonstration s^njiihle ei palpable du Ckéa^ttur, ce&sfi dj^ J&ur des honunes fioupp^s d'ay#tiglewont «I <ki-«Np«isr^* On listiPiWi dwlr^» pen-

' tMj a pas dans toutes les Ecritures saintes de menace plus forte et plus multipliéeque celle-là : Per<to/it sapientiamsapietHiumetprH^ntiamprudentium, r«jlMwfc». (i Cor., t*)-^-Comprehenétvn sapientfs injasiutjia eorum. (i Cor.,iii.)-jAmomtisjti fme a sapieniihus et prudetHèifus^ et revelasti ea parvuih, (Pla-Mli.., aci.) -r-Stftttiiia enim (»t tfif^ et non poiest ifit^tfiftrey quia spirituafh *ti^ «wwwW/Mr. (i Cor., XI.)— Injudioium eg^in hune mundum vent\ ut qui mtm^Hd^nt^ -nédeant ; et quivident, cœoi fiant, (tloan., ix.)— Domine, quid/ae^ 9mm est, quia manifesifttnrus es riobis te ipsum^etnon nmndoP,.,Si quis diligft me, j^mnéftemmeum strt'aéfit, ete. {Jotm,,%fy.)— Finis autem prœcepti est chari' 1t» 4& fi^rêf pm^y M eimscitfèiiet h^na Hfide n^n fhta. 4 q^fHis quidam 0S0P' iWfefOf i>om'€f^ snnt in v«tnHoquit»m. (I Tlm. , I .) Ikthemê àotntm eenseientiam qmttm quidam n^peHenies circa fidem ruwfr'figavermnt, (Ibid., ▼, 19.) Bte. On 4t»lt donc engager l'aveuglement ées impies comme une vérification manifests iîets pai-oledeUieu : rerba propketunum 7«w P^ omnt saèêathum leguntur^ imfMm^s in^hi»erwtt. (Act», XIH«)

^'fNc periolHor dieere, ipsas quo^ue 8oripti»ra« Sic esse ex Tokmtnte Bd CAII»po8ttas, ut bsBretîcis materiam submtnistrarenl- (De Frœseript.y cap. 39.)

* tl est certain ^œ le monde pl»yai<ruQ. mitli^é ta multhnde et tcëektc <M

«es vriaim»'» <a» M^ei) (hm» «n'^xeeilimt EHsemti^s 9ur Vfnerédn- &tt/pttr 1» P. Ghofidatii^p* ^78, p96, 1S8, 191^ 200; dans «nsiermcm clu F. Bourd«ko«e) rar les OEuifres de lafoiy etc.

VI. S. Ces néflextoiiâ- eaEpt^nent Men comment la rdigton et sième de Dieu peuvent être rejetées par des hommes m» félon le Oiiinde ; mais n'y a-t-il pas un grand nombre <)e libertins qui et rangent parmi les athées et autres incrédules du système, sans appartenir néanmoins à cette classe de raisonneurs*?

R* n j en*a un nràs^rand nombre, ce qui a fait grossir à quelques auteurs le eatalogne Am Tiais incrédules. C'est ainsi que le P. Mersenne conaplaît jusqu'à cinquante^mille athées à Paris; souvent douie da«s une nMàson^ Pour réfuter ce calcul et réduire presqm à rien le ncoBibre des impi«s^téraaliques, il suffit de distingue^ les différentes classes^ qu'un déftiut d'atteniâon a confondues.

D. ComflMnt les âistiii|;uea-Toas i

R. Oft peut, «vee un cMÎque ingénieux et vrai, les réduire en cinq classes : Fxncrédule stispide, l'incrédule vicieux, l'incrédate du bel air, rkicnédule affecté, et l'incrédule par principes.

D. Qu'entendez- vous par ces difGérentes dénominations P

'Sb.l^inmmdêde stupàak est un homme qui n'a jamois élevé' son cspcit juAip'à l'aatsur et à la dfcstdnation du monde; il ne seiir y(9int-û £9Me de» ftBiguiiLeaii*c|ud démoirtreiit l'existence de Dîett, ni Ift^faiblaifif «de» «bjacMtt» des.aliiée8.f tout ce. qu'il peut ftdfe, iStatdIafiGtcier Je waaàxoimm de cw gensN^ «t d'en prendre le'tcni. Il pmaoïieir» de» MatpliiiT s, sans saimr ce qu'il dit; e'e^tinécilM> quifc|»ète des som^ÎJn tel boaune mérite' qu'on ait' pitié de kn.

llincrédule ^vicieux a peut-être des facultés qui doonermilt l'essacà son âme,, s'il ne les étouffait dans leur germe. Il n'a chantre plaisir qite -uàm de s'abrutir tous les jours davantage, en ré- ■pùttaot les maavesMHts de sa conscience et les lumières de s^n

«•k qn'H'élèfe pour aasoneer le Geëateur, a aiini AestéDèbfes tout aussi bien que la religion et les divines Ecritures, répandues à dessein par celui dantrle Juste jugement empêche a ceux qui voient, de voir, et ceux qui enteident, da oiniifveiidf«« * GTastpem* edb^qu'il 7 a dans la nature des aspects obscurs, où Tobserfatear supavâcial et préaipiié, à plus fosta raison rhorame pcfrTsrs, le philosophe orgueiUeux et suffisant, peuvent s'égarer d'une manière étasoge. TC estraffet dvs ouvragesdte Dieu. Dans les âmes droites et pures ils provo- •^uat l'adaiinrtkm at Ifaéar aiian d». 9on« éternelle' «igesse, en même temps qu'ils répandent, lai perpiexUé et le tvouble dans les «aprits «operbas et dans lescceurs corrompus. Et c'est là bien réellemant ce que signi tient ces paroles dli psaone irat r Qumn'mngnijfienta opéra tua. Domine! ni mis profundœfaatet muu c^gUtUimtu- Hut. J^ir imsipimu nom. eagtugcMty et stuitus non inuiligtt kac.

6a THB0L06IX HATUBXLLI.

entendement. Son occupation la plus sërieuse est de s'amuser : ce n est pas qu'il y trouve beaucoup d'agrément, il n'a plus de goût pour rien, mais il (Taint de trouver un moment de repos ou sa raison pourrait se réveiller ; et pour en prévenir plus sûrement les leçons, il devient athée, et s'associe à quelques blasphémateurs. Aujourd'hui il est tranquille, il triomphe; il n'y a point de Dieu, i^ n'y a point d'àme. Demain tout est changé ; il croit, il tremble, ou du moins il doute.

Ij' incrédule du bel air aspire au ton du siècle ; ce n'est pas uniquement en commettant le vice jivec effronterie qu'on y parvient, il faut être philosophe; il le devient. Un philosophe, selon loi, est un homme qui se distingue du peuple en ce qu'il ne ennt rien ; il fait du livre de V Esprit j du Dictionnaire philosophique ses lectures favorites ; il n'a jamais rien lu de si fort, rien de mieux raisonné, rien de mieux lié, rien de plus amusant; il s'essaie, il commence à tourner en ridicule la religion ; il y réussit, et il est tout surpris de trouver en lui tant de génie et d'esprit ; son incrédulité finit avec les applaudissements qu'il reçoit de ses semblables, et avec la manie d'être le singe des modes.

U incrédule affecté adopte un air grave et austère : c*est un masque qui couvre une tête vide. Son cœur a aussi peu de sentiment que son esprit a peu d'intelligence. Le ton qu'il prend est parfaitenlent assorti à sa mine. Il a cherché la vérité dans sa source; la nature lui a parlé, il a lu tous les ouvrages des hommes célèbres, partout il a vu l'athéisme. Cet homme ne mérite que du mépris; des raisons seraient inutiles, et ne feraient que flatter sa fastueuse ignorance.

U incrédule par principes est Celui dont nous avons discuté la possibilité. S'il en existe de ce genre, leur erreur peut venir de quelque funeste impression qu ils ont reçue dans leur jeunesse, d'une éducation défectueuse, de quelque principe erroné admis sans examen , du faux point de vue où ils ont envisagé la vérité, des distractions qui empêchent la raison de se faire entendre, etc. Nous ne répéterons pas ce que nous avons dit là-dessus.

D. Ne peut- on point distribuer la troupe des incrédules en des rangs différents de ceux que vous venez d'établir?

R. Un auteur moderne les partage en quatre classes, qui comprennent effectivement tous les hommes de cette espèce que nous ayons jamais connus. La première est celle des rieurs, qui ne font que rire, sourire, et ricaner suivant l'occasion, et ne disent jamais rien, de crainte de se compromettre. La seconde classe est celle

TJiBOLO«lB NATURBUiS. 63

des plaisants, qui ayant fait une -ample provision de pointes, de quolibetS|de bons mots,d'anecdotes ecclésiastiques un peu gaillardes, sont chargés de les placer à propos, d égayer la conversation, ou de la détourneri lorsque, devenant trop profonde ou trop sérieuse, elle paraît ne pas devoir se terminer en faveur des philosophes. Dans la troisième classe brillent les questionneurs, dont Voffice con^ste à dérouter les champions de l'Ëvangile, en les accablant de questions, sans leur donner le temps d y répondre. Les raisonneurs forment la quatrième classe : ce sont les disputeurs et les argumentateurs de la société : et c'est sans doute le rang le plus honorable ; mais un excès de zèle les jette dans des erreurs monstrueuses et dans des contradictions énormes ; malheur auquel les enrôlés des autres classes ne sont pas exposés ; ce qui pourrait faire conclure que la classe des rieurs est la plus en sûreté, au moins pour cette vie, comme elle est la plus nombreuse.

VII. D. Ne trouve-t-on pas à la Chine une république entière d'athées, qui est la secte des lettrés.^

R. Cette république est aussi imaginaire que celle de Platon. Le chef des incrédules modernes assure que les lettrés chinois sont déistes, « qu'ils reconnaissent les peines et' les récompenses d'une autre vie, un paradis et un enfer'. « L'auteur de l'f^nï nous apprend que les Jésuites reconnaissent Tathéisme des lettrés chinois; mais il fait tort à ces Pères qui ont constamment assuré le con^ traire. Le P. Parennin, qui connaissait beaucoup mieux les Chinois que Helvétius, réfute victorieusement cette imagination, dans une lettre à M. de Mairan. (Lett, édif.y t. xxj, p. i34 et suivantes.) Il y a à la Chine trois religions, outre la chrétienne qui y fleurit aujourd'hui plus que jamais : i^ celle du roi, des princes, des lettrés, qui offrent des sacrifices au Tien, Ciel; au Xanti, vertu du

Ciel; 2^ l'idolâtrie; 3^ la secte des sorciers Les rédacteurs du

Dictionnaire de Trévoux, article Chine, disent qu'il y a un grand nombre d'athées dans cet empire; mais dans l'article Pho, ils remarquent que cet athéisme n'est pas raisonné, que c'est une suite de Taveugle déférence pour la doctrine du prétendu Pho, qui en mourant a déclaré, à ce que disent ses sectateurs, que le néant

* Essai sur Vhist, gén.t t. 1, c. 6, p. 91. Dîner de BouL^ p. 42. U enseigne le contraire dans la Philos, de i'hist-, c. 18, p. 95. Daos le Dict. phii.^ art. Ame, il reYtent au premier sentiment, et reconnaît, dans les lettrés chinois, la croyance d'un Dieu et d'une providence. 11 ne faut pas s'attendre à quelque chose de bien conséquent de la part de ces messieurs, lis ont soumis les faits, comme les raiwnnemenis, à la loi du caprice.

ft4 'iWillIKIffill 'MVfSHttUS.

àla Qiine, «oimiiis ii<nt ftôt pttrari ks |Mffit>4m!lMS en Eurtrpe: un soffittt à h MCKfe Fa dit^ céia suffit, on fie MÎ^etine pas au delà; le tebcinimyg et <k nMf<i<nifô misoimameiita en font atissi un l^nnd BDmbw panni tes Chwiots ernimie parmi tioas : ma»' il est £mix qu'en Kéwbal ks «^aia» d<fr la Ghine soient srcbées. Nbus moBtrerojM'aîlimirs ce que c «itqu^an S0i«»vt chinois: ft farat hien ftd gardier d avoir une idée fort aiv^antsageuse de ces docteurs^ mqaeb no» philosophe» nootc renvoient avec tant èe eoiifigncv,

VIH. D. Qae ftuiftâl penser de quelques hommes célèbres que les incjrédulet » sont aesocvtt, malgré le témoignage que leur vie tô kurs ëetitsont rendo à lu religion?

R, L'impiété, dit M. Séguier, dans son élo^ent RéqnM$oire du x8 août 1770, ne craint pMst de violer la cendre des morfô, de calomnier leur eapiit, et OKoit pcue»èlie encore honorer feur mémoire : elle les ressMiake pour tirer des noms connue qu'elle usurpe l'ascendant dont elle a bissâii. On jvigera de* la vaienr de aes imputatioAspar les^dMflt pv«a^t«s<oapitales all^^ué^ par le chef de no&incrédulfls contre .M. àe Fénelmi. Lapremière est que Pé- Bfilon a paiiodié aânsi Uft aiir de Lulli^:

leune, f^tsls trop' striée.

Je ne yeux ea'.pMrtage Qae badinage,

Sans »i«A |irév^9f)k

Sur quai nous olafiiervons, r® que le fuir est eontrouvé. Toltah^ dit ^u'^ le tient du warquis de Fénelon. Il a soin de citer un mort j ttuMbft que le marqui« vimi^ Voltaire n'a eu garde de réclamer mù tésnoigwarge. Gorameift le marquie de Fének>n, qui avnit beaueoisp de rdigiofi, au jugement de Voltaire ^ luinméme, srorait-il déeôuiiFeiK une aneodofte-smnUable, surimit auchef des incrédules? C'est Ja «remarque du (ils de ce pîpeusc ;»eigneur. Ceuic qui ont lu les JUrrew^ de Foliaire, Feètatre peint par lai-même. Tableau />A*losophique de Tesprit de Foltaire,etc, y connsiissent assez sa bonne foi pour le juger capable d'appuyer un fait fabuleux d'un faux témo^nflge. ^ Les vers en question ^ont dans les poésies de madame Guyon : elle exprimait ainsi le détachement total des- créa-

« Sisloire de Louis Xf^ 1. 1, p. 2Ô9.

THB0L06IB NATURELLE. 65

tures, qui empêche rhomme de s'informer des choses de ce monde, d'ouvrir les yeux sur Tavenir, de le prévoir et de s*en inquiéter^ Supposons qu'ils soient de Fénelon, comment en peut-on conclure que, dans sa vieillesse, il ne croyait plus rien ? Fénelon, dans ce cas, voulut sans doute y attacher le même sens que leur donnait madame Guyon. Tout ce que l'illustre archevêque a écrit dans les dernières années de sa vie, tant de lettres publiées dans ses OEupres spirituellesy et celles qu'il écrivit au commencement de sa dernière maladie, et la veille de sa mort, sont empreintes du même esprit que tous ses ouvrages respirent, et que tout le monde lui avait reconnu jusqu'alors. Ce qu'il dit en divers endroits de la curiosité et de l'inquiétude des savants, exprime parfaitement le vrai sens de ces vers.

La seconde preuve de Voltaire est une lettre de Ramsay, qui écrit que si Fénelon était né en Angleterre, il aurait développé son génie, et donné l'essor sans crainte à ses principes que personne n'a connus ; mais c'est encore un mort qu'on appelle en témoignage d'une chose qu'il n'a pas dite et qu'il n'a pu dire. Ramsay, convaincu par Fénelon de la vérité de la religion catholique, a constanunent paru y être aussi attaché qu'à la mémoire de son illustre maître. Gomment aurait-il pu écrire une lettre qui, dans le sens que lui donne Voltaire, serait un outrage déshonorant pour le disciple et pour le maître : une lettre qui prouverait que tous deux étaient des hypocrites, des hommes qui sacrifiaient leur manière de penser aux temps et aux lieux ? Si Ramsay a écrit quelque chose d'approchant, il voulait sans doute parler des principes de l'auteur du Télémaque sur le gouvernement des Etats, et non d'aucun doute de la vérité de la religion. Ramsay rend le compte le plus détaillé de la doctrine de ce célèbre archevêque^ et il ne faut que lire l'extrait de sa lettre, qui se trouve dans les Grands hommes vengés (t. 2, art. Fénelon) y pour effacer entièrement les ombres dont Voltaire veut obscurcir la mémoire de ce grand homme ^ On trouve dans le même ouvrage une justification corn-

* Les mêmes considérations nous rendent extrêmement suspecte Tattribution qu'on fait à Kamsay d*un oavrage posthume intitulé : PhUosophical principes ofthe religion^ 2 vol. in-é*», dont l'auteur, prétendant ne parler qu'après Fénelon, aTaoce des paradoxes de tous les genres, tels que la métempsycose, l'animation des bétes par des démons, la fin des peines de l'enfer, etc. Si Voltaire a cni connaissance de ce livre, il aura sans doute refusé de le citrr en prenve, regardant l'auteur, quel qu'il fût, comme une tête dérangée, et convaincu que tout le monde se dirait : « Un homme qui préconise de telles extravagances est très en état d'en faire honneur à d'autres, et de les mettre souf la protection

66'. THEOX.OGJUB. JXAXMMUOL'.

plète de S'Cravesande, ^ss}iùt^ff3i/d%^,eJ^lat.imàià.:JAeè.detêeiùi du P. Hardouin, quon a toujours ireguxlé comme ua i«ciml.dé« visions, n'approche pas des découvectoi^^eYoUaûe» Quand nofriii^r crédules ont du goût pour le déisme^ ils trouvent pairtout de&déi&ftes: quand ils adoptent le pyrrhonisme ou Tathéisme, ce&.deuaL. classes acquièrent tout à coup.defl prosëlyteâ sans, norabx^.^ Oa«. dirait que Tidée d'avoir, beaucoup de collègues ap^e leur ioqui»«' tude, et justifie aux yeux de la raison TextravagiguBce de leuKss^T' tèmes; qu effrayés de voir tous les grands hommes respecter Les vérités fondamentales de la religion, ils veulent faire ua. pendant à ce tableau offensant. « Les incrédules, dit ingénieusement uil homme qu'ils avaient en vain taché d'enrôler, ressemblent aux gensi. ivres, ils veulent toujours faire boire ceux qui sont de sang-fcoid»

IX. D. Quel est le moyen le plus sûr de ne douter janaais. de l'existence de Dieu.î*

RI « Tenez votre âme en état de désirer toujours, qu'il y ait un. Dieu, et vous n'en douterez jamais '.» C'est la pensée d'unauteuL qu'où ne soupçonne pas d'avoir trop de préjugés religieux* » Ado/« rez l'éternel, dit-il ailleurs, et tous les fantômes Je l'athéisme s'éva^ nouiront^v L'homme de bien croit un Dieu. par sentimeut^ et n'a dès lors rien à redouter de l'athéisme ^. Quand ce monstre paiviesh drait à étonner la raison, le cœur réclamecait toujours^ accaby du poids de vingt sophismes^ il. dirait encore : « Je sens quIiLy a un Dieu*.»

d'un grand -nem. » Mais c*est être* maladroit que de mettre sur le compte de FéDclon des choses si manifestement contradistoires awc la trempe* dcsosi génie, et avec tout ce que nous connaissons de ce grand homme. Ce qui ôte finalenent toute confiance à l'auteur des Philosophical principes^ c'est qu'il assure que. son système est conforme à la. croyance de FéntloD comme aux^ décwkms de V Église; et c'est par la seconde de ces conformités qa!il faut jugei? de la' première.

* C'est peesque la traducisoi» de -ce passage de saint* Aagnstinc: Némo Dénm' negai,nisi cm expedit Deum non esse*

' J.-J. Rousseau.

* In sensu sit tibi cogitatus Dei. (EccH,, ix, 23;)

* c L'existence de Dieu, dit un philosophe dont la métaphysique n'est d'ailleurs pas toujours bien saine, est une vérité de sentiment. Ainsi, tout babil supprimé, la question se réduirait à faire éprouver ce sentiment, et à bien placer pour cela ceux à qui on* veut faire ce présent, le plus grand qu'on homme puisse faire à un autre; qu'on me donne un jeune homme qui ait de la bonté, et veuille bien suspendre son jugement jusqu'à ce qu'il ait senti Ia{« même, j'en réponds; que si vous me donnez un homme fait, qui soit fortement préoccupé d'autres opinions, animé par l'envie de contredire, intimidé par un paeft nombreux, prêt à le tourner en ridicule s'il ((uitte sa bannière, un hoffloe enfin, qui pense pius à lui-même qu'à la chose, j'avoue mon Impuissance. » Il

Malheur de Tath^e*

L 0«Lâd»éiflne net^féiMtétm* contre les lumières de la raison, iHais«iiB:tmMre«t41'pas«6oii<x)]!»{>te'dan9 les affectiôi^ du cœur?

ILSrrhofiime«ii« pouTâit chêrcherque Timpuiiité du crime, et j^acepi sa* béatitude danslajouTSsanee de quelques plaisirs fugitifs, se coofenuaot-de* la portion de* bonhleur dtstribuée aux animaux, f ilpanrrait envisager l'athéisme sans horreur. Mais une âme qui i sait étendre- ses- désirs, ennoblir ses prétentions, estimer une félii cité durable, prendre son* essor vers Téternité, animer la nature par sesTegards, et ^découvrir la main d uw ouvrier tout-puissant, ne^Yoiiidans «l'opinion* de Tathée que désolatton et que désespoir. Soiis.'cecoup d^œil, tout est pour elledans le désordre et dans Fattente -du néant. !Non^seulement elle se replie avee mépris et avec douleur sur elle-même, comme sur un atome^ de poussière agité par une impulsion, fortuite et aveugle : maiâ l'univers entâer n*est quW chaos hideux;, où il ny a ni lien-^ ni reasost,* ni dessein, ni in^

téfét'.

D. Comment cette vérité^ qui est si sensible et si indépendante de tout raisonnement, art-elle pu échapper à quelques philosop);ies ? ) R. Elle ne leur a point échappé^ mais ils se sont étourdis pour* Il ne pas se rendre à son impression, qu'ils ont regardée comme une [ douce erreur, un charme illusoire, et ont cru devoir lui substituer* le triste tableau du hasard et du néant. « Le spectacle de la nature, dit J.-J. Kousseau, si vivant, si animé pour ceux qui reconnais^* seul un Dieu, est mort aux yeux de l'athée; et dans cette grande hainionie des êtres, où tout parle de Dieu d'une voix si docile, il n'aperçoit qu'un silence éternel \ » C'est le cas de dire, avec un an^ cian poète:

If on umbr»'a1tonuiiBeiiionam^.Don moUia possunt

Prata movere animum, non qui.per'saiia yolutua

Purior ele«tro campum petit^amais^ (Geor^. , 3. )

C'est .ridée* de Dieu qui embellit le monde entier, et donne de-

n'est pas .difficile d'aperceToir raccord de ce» réflexions avec ce passade de saint PanL: Qumrere Deum, si forte attrectent eum, aut ingéniant ; quamvis non longtéit ab unoquoque nostrum. In ipso enim vivimus et movemur. (Act., xvii.)

' Toutes les pensées snblimes, les girsuds sentiments naissent de l'idée d'un Dieis de la Profidence, de l'immortalité. Les livres des athées sont froids et lo^obres, quelque ton que la philosophie leur donne ; ils ne s*élëTent que lors» qa*ll9 empruntent un langage qui combat leurs erreurs. Firmamentum vir» tutés, exaiêans animam, (Eccli., xxxiv.)

* Oeleetaati me^ Domine, in factura tua : et in operibus manuuni tu.irum exultabo. Vir insipiens non cognoscet, et stultus non intelllget baec. (Ps. xct.)

68 THB0L06IB RATUIUSLLB.

rintérêt à tout ce qu'il renferme : c'est elle qui donne la parole aux êtres insensibles, qui interrompt le silence des forêts, qui donne de rhannonie au murmure des ruisseaux, qui extasie à la yue dune fleur, qui exalte aux sons de la musique, qui charme au champêtre concert des oiseaux. « Quelle réfutation (disait un voyageur traversant une contrée agréable et variée), quelle réfutation du système de Spinosa ne présente pas le cantique, Benedicitt omnia opéra Domini Domino ! réfutation de cœur et de sentiment, plus convaincante pour les âmes pures que tous les syllogismes. Comme Tun vivifie tout, la création générale et toutes ses parties en particulier, tandis que l'autre enveloppe tout de la nuit du néant ! Quel cantique de vie à côté d'une chanson de mort ! Ici Ton participe à tout; là tout est mort, et l'observateur même n'est qu'un grain de poussière de plus dans d'immenses ruines. > Un auteur moderne, judicieux et modéré, n'a pas cru exagérer, ni écrire un paradoxe, en tirant l'athée de la classe des êtres pensants et raisonnables, pour le placer parmi ceux que la nature n a doués que de la sensation ^ Les athées avouent que leur système

* «1 on a ose, dit-il, nous présenter VsXhée comme un sage dans qui la raison est devenue toute -puissante après avoir perdu la foi {Nouv. Pens. phil.) ; ne ferait-on pas mieux de le définir Thomme sur lequel la raison et la fol ont perdu tout empire ? Ne sera-ce pas même lui trop accorder, que de soufTrir qu^îl soit classé parmi les hommes ? Comme nous, sans doute, il porte ses regards éleyés vers les deux ; mais comme ranimai, dont les yeux sont courbés Ters la terre, n ne peut en saisir les rapports ayec TÊtre suprême. Le Ciel lui a donné ce ftent sublime qui annonce l'intelligence; peut-être était-il fait pour la posséder comme l'bomme, à un certain degré ; mais, comme l'animal, il ne peut en distinguer les tracés nulle part. Avec la faculté de penser, il sembla recevoir es naissant des titres supérieurs à IMnstinct ; nuiis les sens de l'animal ne sont-ils pas les seuls guides qu'il adopte? Ainsi que l'bomme, enfin, il jouit du don delà parole ; mais comme l'animal, ou jamais il n'interrogea l'univers, ou la nature est muette pour lui. v -— « Que le soleil, du couchant à l'aurore, promène em rayons resplendissants; k tout l'éclat du jour, que mille astres radieux fassent succéder la majesté des nuits, et célèbrent le Dieu qui les créa, l'athée n'entend point le cantique de louanges dont retentit leur marche triomphante* Que mille êtres vivants peuplent nos champs et nos forêts; qu'ils s'élèvent dans l'empire de l'air; qu'ils respirent dans les abîmes de l'Océan, et que leur génération sa perpétue de siècle en siècle : ils n'élèveront point son esprit k l'auteur de la vie. Que le retour constant et régulier des frimas et du printemps, de l'été et de l'automne, annonce le Dieu de la sagesse et de la providence; l'ordre ne lui dit rien de plus que la confusion et le chaos. Que la terre s'embellisse et se couvre de toutes ses richesse», il cueillera ses fruits comme ceux du hasard. Insensible au milieu du spectacle imposant de l'univers, il n'entendra jamais cette voix et distincte et puissante : Cest Dieu qui nous a faits; son cœur même ne lui dira pas. Est-ce donc là cet être destiné à la contemplation de la nature? Le cœur environné de glace et son esprit frappé de toute l'apathie delà stupidité, est il donc fait pour apprécier l'ordre, la variété, les richesses qu'elle étale à nos yeux ; pour s'élever à la puissance, à la sagesse de Tauteur, par la beauté, l'ensemble f et la magnificence de l'ouvrage ? »

est désolant, qu il ne peut plaire qu'aux hommes qui ont un grand fond de mauyaise humeur, un tempérament mélancolique, une âme aigrie par des malheurs ou des infirmités ^ On a remarqué que le hérissé Spinosa était un génie triste, noir, rêveur, misanthrope au prodige. Toutes les ténèbres du vice et les traits du désespoir étaient empreints sur le visage du fameux athée Dolet \ Yanini n'avait pas la physionomie plus heureuse. Un homme aussi ingénieux que chrétien disait que ce système ne pouvait plaire qu'aux amateurs de la mort, et appliquait aux adversaires de la Divinité ces paroles de Salomon : Omnes qui me oderunt, diligunt mortem ^ Bayle, d'Alembert, Hume, etc., observent que les athées sages (s'il peut y en avoir de cette sorte) n'ont garde de publier leurs sentiments. « Par charité et par générosité, dit fiayle^, ils fortifieront plutôt les jeunes gens dans des doctrines qui peuvent les préserver des débauches, en leur donnant des consolations dans leurs misères, par Tespérance d'une éternité bienheiireuse^» Pour bien des gens (dit le Système de la nature\\ea£ oter les idées de Dieu, ce serait leur arracher une portion d'euxmêmes, les priver d'un aliment habituel, les plonger dans le vide, et forcer leur esprit inquiet à périr faute d'exercice ^.

; » Syst. de ta nature^ t. 2, p. 213. — Shaftesbury, Lettre sur Penthous.^ scct. 3.

* a Seulement aie voir, dit un de ses cou temporal os (Jean Angeodonus), on démêlait un insensé, nn furieux, un enragé. Mi le bronze, ni la toile n'eussent jamais pu être comme son visage, l'image d'un monstre. »

* Prov., H.

. * Dict,crit,y art. Des Barreaux,

' Bayie a-t-il pratiqué lui-même cette pompeuse maxime? On serait curieux de saToir quels sont ces incrédules si charitables et si généreux. On dirait que ces mesAeurs sacriûent les réflexions les plus profondes et les plus riches découTerte?, à la simplicité des croyants. On sait à quoi s'en tenir.

* Faut-il s'étonner du Yîde et de l'ennui que Tbomme éprouve dès qu'il perd la grande et agissante idée de Dieu, de cet Être qu'il se représentait comme prése&t en tout lieu et en tout temps, comme témoin et juge de ses actions et de ses pensées les plus secrètes, comme l'ami du cœur, le seul qui reste dans le malheur et Taffliction, comme l'auteur et le garant de sa félicité présente et éternelle ! a De combien de douceurs, dit le philosophe de Genève, n'est pas privé celui à qui la religion manque.' Quel sentiment peut le consoler dans ses peines.' Quel spectateur anime les bonnes actions qu'il fait en secret? Quelle voix peut parler au fond de son âme? Quel prix peut-il attendre de la vertu? Gomment doit-il envisager la mort?.... » De là les dissipations que le dégoût invente avec une succession si rapide, et parmi lesquelles il n'en trouve aucune qui le guérisse* De là cette fureur de jeux, de courses, de danses et de spectacles, qui s*acerolt à mesure qu'elle désespère de «e satisfaire. De là encore os goftt pour la magio, ce désir de communiquer avec les esprits, si commun dam ce siècle soi-disant philosophique, et parmi les gens qui semblaient les moins disposés à y croire (ii*»* 320, 322); QueUe idée, héI^s! pourrait remplacer l'idée de Dieu ? idée déjà si vaste et si riche par elU-môme, qui en produit et en

D. Les, athées ne trouveot^ls pas «a giracd^avai^gefàrélne liyrés de la crainte de.ia. mort eldeses^suites ^ ?

R. i^ S'ils n^ont pfisJU&4gûati4Mas de iiiiOfakMle,«lft^n*«iitripw^ douceurs de respéEan6e,''<fui, ^aas rii«t»iliQ juêle^^a toNfOiir&^dc»- .SU6, et le fait anticiper- sur ^tlMMoheur avenir.

^^« La vue de. L*a«iéaMnlis6ew4wit m'^a^t-eUe tpasrde'^iM»! ies<âttie /£ris5onner tl'horreur ? «£st41 plus^doux àt^e*ûnmmlï^fÊ»^ètre jugé 4 par un Dieu êage^ juste et niiséivcoi*dieiix'?. So«utotts 4«s ph^MO- ^|>hes ^: « Lmstiuct^quifait frissonner Tb^mine »à knort^leiMierait41 tranquiUe juixt^pprookes dfe^^a dMlmcben^tofei^? Qto ^t .accoutumé a vivre, à«^[ilir,à'élre4{iielque«hose.Ge«'^«st>p»'.saiis .^eine^que Ton s'arracbeà.saiiââme^^et^tie Ton ê«4it : Tmwa^nrras tcHit entier. G6,&4]ia¥tes«oiit'Ari0M6.îIbest^'r'id>élpe-»i«anii.*fis- .{>éi*ez de viive..^. peiirffî«»v0«s rejeter wi tfe^isme si beiNi^'et si .jMBoeft6aîre«au igenre ^iitmain ^? »'(ieUii ^qui^e^oft^Mit âme kidiior- •ieUetP^i^ve^dftns'^étte persu»»on «nr^mMe^assurë cen^etous laainMtx«lela^ie^ell*iiB«aisonDetnent^de «o«s ies^ lâisirs raismma- Mm : (bousifts vagrets^ettaus^les plMstr^Véfanoimseiit "Àm» dette f^rande idae^^qui seuleTeafemie •ioiites les Iduaitges de l'EienMïl et tousiaavMlils de raimer ^ L'auieur «lu SyHÀnw ^ 4a natm^'^itom dit que c'est Tidée des enthousiastes, mais il ajoute que ces enthousiastes sont heureux.

D. lift^ffaîntetâm^Dteu «nneifii *A\\ ^time^^^ «ertible dans ses ;Te«ÇcanweB,'tte ^doh-èlle pas troubler la paix de l'homme, et le désoler par de tristes inquiétudes sur Tavenir?

R. Elle ne peut troubler que le médbâtit; ët'«c^fte-etàliAe,*déjà 4i utile à la société et à la sécurité publique) est bienproplie^à Je .oori%«r lai-méme -et ^ le -sauver. La ^«raÎAte «de Dîeali'«Bil '^lâBS lliomme ve^tuetix- qu'une eràinte paisible, placée entre Fespétance

yaftafHswii#&a^aw», TMéetéu-Me^nUrf^e 4ft*'vvrtii,'Hdelar fi«$lt(&e;'i« fïr t!ha(Hté? fÉ^apiiiwidw»ftai>tim»aiig-f«^i#ea>-fitt««l>^ «es Méesi, tfe-la irUixile'lt

j sttasDiBirocj»«tey'éHMe»ae4tt4d»de Dleii^'ée la cmyrAtssmce clétaffllée et r^SlMMtée itàetmmoÊamMÊéemeMêf^ée&'fprée^pits âe*VÈ^Mse^"âes oifH|ç»tfotis muttît^Héeft Kél^Miiiipn'UlwféttoByiéetr pif^mies pmlfqiKs, craf oeeotieat Tftim; et en fltitmcliiseBt iiaa«<ISii»»a^«>trtia«p#r>ape<m6lfon fiievnibté'?^1«1 fqtnl vldei'ïiiif s&tisacfiiMsit iia^vates «esi9liin«s>ae«ii«{«4l p99^t^êlAre dAns^fâme ettlâns la Vie'd^ liiotnme! ^i^aaawt.iUpfis^icni 4H»tarel iqite itéras d«?eïiiotts*f remîtes et Ifisensés, 'éég&tités iif^aat^rëe ooaa^mèiiir»^ à jM*ofiiiitf lini xjite iwastdeYcwoaâ îrrfflt^'êax ?

^ * Iieidngfvie «de nknawMKUtéde Flme e^t^sëj^af àMe de t»lùi^el¥»itiUanBC lieMea.

**^VnMairer^e^*ftkiLj9tt,<mïn^f'emté»ht)[^

r8.<(€>eai.^tArtex.)

^gt r«HMwir^ nneMcraFrnte *qur aHffeimii^tqur fenSfie mieux que toutes 4»S'e9pënincestle'ce'monde,'qui abolit toutes les autres craintes ', 'ipii'âèMi^faoïmiie'au^-éessirs'de tous les'dangcrs, qui le met à labri 'ée^toi]ie''«édiimio%'qiii^ te* Tend plus ^grand que tout ce que ies iMMBies «srMteirt'tstttdimrent \

II. D. Que penser «des-suicides si'iréqaents dans ce siècle ?Peut- ^mi'lcs regarder' conraie une suite de TincréduUté et de la désola* 'éûù qu'elle' envoie ttans: les âmes ?

'^R.lln'*7 a pas^'licu d'en douter. Dans le système deTathée, il nya quefîdflnoTtfqui'puisse* finir ses maux ^. Le chrétien ne manque jamais de ressources, ses malheurs même augmentent ses jcspérances, et la loi de ^on Dieu est. pour .lui un pincipe .assuré» àû consolation et de vie ^ ; mais lihnpieiBetdésespère, dès qu'il se voit immolé à la fatalité et aux caprices d'une madère aveugle. Gela seul prouve que rirréligion^.oonune.^aon effet et son fruit, le suicide, sont hors de la nature. De tous les- étre'vrvants, l'homme seul se dé- .Êdlluimôme ; il sortda Ja jutture^il est hors.desa d«a|jaéefie(<dn but de son existence.

D. Les plaisirs'de99eiTsnesi!iffisent-îh pas pour attacher l'homme à la vie, et lui ôter le .désir de sa .destcuction ^ ?

* Paîsqae Dieu est le maître et le soa?erain arbitre de tout ce que let.bamiiiet pj^uvent craindre, les autres craintes s*éTanouissent nécessairement dans la crainte de Dieu : Qui timet Dominum , nihil trepidabil, et non pavebit^ quoniam ipse est spes ejus» (Echli., iaxi\^)—Jufarendique sunt mtiiis, sed ita ut is iolus relinquatur, qui quoniam légitimas ac verus esty solus efficit ut possini eœtera omnia non timeri, (Lact., 1. 6, De vero Cuitu, n® !?•) — Un poëte moderne a bien exprimé oe plîéideux avantage. de la crainte de Dieu :

* Je crains Dieu, cher JLbner^ «tA'ai point^d'AOtct euMiile. » ^c, Jthalie.)

* Magnus, et judez, et potens est in honore: et non est major iUo qui timet Vom/fBeftH., lO.)'Vaoal«i«er«t'¥iritttes«sittntc(ir,etsn|râi^lne<r*timo^ Do- -ttfnit'^ld., 40 )

**^Sttwai '«mwiHattstllIa'miffieM operaim .'*(ti: Cor.,Tn.)

* In «ternum non oWifiscaflfMMcirtiimes'tuas/qulain ipsis^tiVfflea^f'me. (Psal. Gxvui.) Nisiquia lex. tttameditatio4ne»£st^ tanc foate4»eriiMem in humilitate mea.

' L*auteur des Saisons et des trois Poèmes. (M. de .SaintrLambert) nous dit grafement que les suicides sont plnSitnul^ipliés. au commencement de l'hiyer, parce que les plaisirs sont |xlus rases ;,qii*ilJRattt .les Jieaforoer par les danses, les spectacles, les repas, etc. On peu^JngerjUir^à. des. nobles resaources de la philosophie : elle prétend détruireJe^ pâjugés, réformer la religion, Caire la félicité des peuples, et elle .ne saur«it .tenir icaïuse l'hiTer! — £at'iL passible qu'un homme qui prétend,gttérif.k^enre.hamain ne» connaisse, luis le .peu d'impression que font sur une .Ame .troubl^y dégoàtée» désespérée, ces ' dispositions bruyantes? Croit-il que l'assaisonnement des mets les plus rares, que la plus

y^ THÂOLOGIB HATUEBLUB.

R. i^ Ces plaisirs ne sont pas assez généraux pour attacher tous les tempéraments, tous les états, toutes les conditions, tous les âges. Les hommes courbés sous le travail, Tinfortune, Tindigence, les ignorent presque absolument, et ce sont eux qui ont le plus besrâi

d*étre ramenés à Tamour de la vie Les douceurs de la religion

et des espérances chrétiennes appartiennent à tout le monde.

2^ Ce sont ces plaisirs mêmes qui, par leur continuité et leur excès, dégoûtent de la vie. A force de se divertir. Ton ne se divertit plus. Plus la jouissance est longue et pleine, plus elle est propre i convaincre du néant de toutes les satisfactions passagères '. Aussi

d:^licieuse musiqae paisse ramener la paix dans un cœur flétri par la débauche et le crime ? Un poëte païen raisonnait tout autrement :

Districtus ensis cui super impia Cervice pendet, non siculse dapes Dulcem elaborabunt saporem, Non avhim citbarseque cantus Somnum reducent. (Hor.)

Un autre païen nous apprend la même chose par une fiction qui exprime une

très-grande yérité :

Epulaeque ante ora paratse Regifico luxu. Furiarum maxima juxta Accubat, et manibus prohibct contingere men^as; Assurgitque facem attullens atque inionat ore. (y£/i., 6 )

A ces deux poètes on pourra en joindre un troisième, qui n'est pas moloiS expressif.'

Perpétua anxietas, nec mensas tempore cessât. Faucibus ut morbo siccîs intcrque morales Difflcili crescente cibo; sed ^ina misellus Exspuit, Albani vcteris pretiusa senectus Dîsplicet, ostendas meliusi dcnsissima ruga Cogitur In frontem, Tel ut acri ducta Falerno. Nam scelus intra se tacitum qui cogitât ullum. Facti crimen habet, cedo, qui conata percgit.

(Juyénal, Sat. XIII.)

* Le seul moyen de trouver toujours de nouveaux plaisirsi de les goûter, d*en faire le délassement et la réfection d'une Ame raisonnable, c'est d'en jouir selon les Tues de Dieu, selon les règles de sagesse et de modération que prescrit la loi de Dieu ; un poëte a bien rendu cette obseryation :

Les plaisirs sont les fleurs que notre divin Mattre, Dans les ronces du monde autour de nous fait naître ; Chacun a sa saison, et, par des soins prudents, On peut en conserver dans l'hiver de nos ans ; Mais s'il faut les cueillir, c'est d'une main légère ; On flétrit aisément leur beauté passagère. Le travail est souvent le père du plaisir ; Je plains Thomme accablé du poids de son loisir. Le bonheur est un bien que nous vend la naturç. Il n'est point ici-bas de moisson sans culture.

THBOIiOGIE HATURBLLE. 78

sont-ce les enfants du plaisir et de la débauche qui sont les plus sujets au dégoût de la vie; preuve certaine que la terre n'a pas de quoi satisfaire le cœur de Thomme, qu'il tend naturellement à l'imniortalité, et que c'est le rendre odieux à lui-même que de le dépouiller de cette grande prétention '. L'école d'Epicure, selon la remarque du cardinal de Polignac, forme plus de suicides que toutes les autres ^. Lucrèce se tua à quarante-deux ans ; Creech, son traducteur anglais, à quarante ; Blount, à trente-neuf; le matérialiste Âcosta se fit sauter la tête d'un coup de pistolet, etc. Montaigne et Helvétius, zélés partisans d'Epicure, sont de grands panégyristes des suicides, he Système de la nature enseigne expressément que « la honte ou l'indigence, la perfidie de ses. amis, l'infidélité de sa femme, l'ingratitude de ses enfants, une passion impossible à satisfaire, le chagrin, la mélancolie, le désespoir, tout devient un motif légitime de renoncer à la vie. Un fer est le seul ami, le seul

* « Avec le sentiment de la divinité, dit Tauteur des ^Etudes de la nature, tout est grand, noble, beau, invincible dans la vie la plus étroite ; sans lui, tout est faible, déplaisant, et amer au sein même des grandeurs. . L'homme a beau s^environner des biens de la fortune; dès que ce sentiment disparait de son cœur, l'ennui s'en empare. Si son absence se prolonge, il tombe dans la tristesse, ensuite dans une noire mélancolie, et enfin dans le désespoir. Si cet état d'anxiété est constant, il se donne la mort. L'homme est le seul être sensible qui se détruise lui-même dans un état de liberté. La vie humaine, avec ses pompes et ses délices, cesse de lui paraître une vie, quand elle cesse de Ic^i paraître immortelle et divine. »

' Pulcbra voluptatis sane solatia raptae, Praeclarum auxilium, dolor additus ipse dolentî! Sic miser Assyrium regnator Sardanapalus, Post epulas, yenerem, levium et genus omne bonorum, . Languentis vitae impatiens ac sortis iniquse, Struxit in urbe rognm, seque et sua tradidit igni : En Epicureae dignissima meta Palsestrœ. {Ant.^ lib. 1.)

II est de fait qu'aucune passion de l'homme n'est suivie d'un dégoût plus mortel que la luxure. Les païens, même les plus voluptueux, en détournaient leurs disciples et leurs lecteurs par l'impression assommante qui en reste :

Sperne voluptates, nocet empta dolore voluptas.

C'est l'avis d'Horace, qui parlait d'expérience. Le mot de Démostbène : Ego tanti pœnitere non emo, exprime énergiquemenl la même vérité. - 11 n'y a pas d'aveux plus formels, dit un moraliste, ni moins suspects,* que ceux que nous avons en cette matière; les plus lascifs Epicuriens n'ont pas hésité à les fairetoi qui n'en sentent pas la vérité au même degré n'ont sans doute jamais c« de pensées et de sentiments dignes d'un être immortel, et sentent dès lors moins leur ravalement au rang des brutes. Si l'impiété a produit tant de suicides, c'est en partie par son union constante avec la luxure. L'une est le fléau de l'esprit, l'autre celui du cœur. »

<^4 illM0l30«ffi ITÂTrUBIiLE.

««vMMtdftieur qm reste auic malheureux; lorsque rien ue soutient ^iis raffiour de son être, vivre est le plus grand des .maux, et «flrwuripicstfm'derroirponr'quiTeut s'y soustraire '. »

DjDe là ne T^nke-tÂl^as que le prëteildu courage des suicides âl'ttt MeUement qù*une faiblesse extrême, qui ne peut combattre dewefftiment du mal ou 'de lennui ?

iR< «C'dst l'aveu qu'en a fait un philosophe fort ami d'Epicure, en 1Md«i»&ftt un passage 'de Virgile irair ces héros si vantés d'une mort «^mlrnitaire ^ :

Là $0Dt4x& iasonaéa» ^lû^ ^UD ^Matléfluéraire, Ont cherché dans la .mort un secours Toiontaire; ' Qui nHttit |m «apporter, ftitbles ^t furieux, Le fardeau : de la vie . impMé par les dieux . Hélas ! ils voudraient tous se reodreà la lumière, Kecommencer cent fois leur pénible carrière. Us •regrettent la*vie ; ils pleurent, et le^sort, Le sort pour les punir, les retient dans la mort. L'abîme du Cocyte et l'Achéron terrible Met eiHre eux et la vie un obstacle Intincible.

Tous les païen& sensés ont patléocmmeiYollnre. L'heiiiiui,'dit Sénèque,ne fait point paraître la' force de son àme dans la haine île la vie, mais bien dans les conibats contre ie malheur, -et 4aMM>ltttioA.de ne céder jamais à ses efforts^'. Le'poéte'Matdld dit k ttléme chose en des termes presque semblables^; Aristote pense de même \ Et Gicéron s'exprime aussi avec la plus grande énergie,

t Chap. 19, p. 305, 306.

* Proxima.dtiiMlft4fliuMit^manti*kMta/fqn»<lbiJBItam Insontes pepeBttre>iBaBO,ilac«nii|a«i|Mrosi Proj ecere «animas ; tqu am ?bI lent-eethere en nito Nunc et^paup^èmf e^dtirot pmttsate laiates ! Fata obstant ; trlstique palus inamabills nnda Alligat, et .noTies Sty x Jntetf nsa aoeroet •. (iS^.* A^)

* Nvn^eftt vltitttff tiUKare vltani ; «ed'mfiVë iBg«mibtt8 OhMire,' «ec* te vcrtere, ap* r^tro 'dare. (/» ' Thtbàhié*)

* Reb«»(in>«i9mliafifaaileîest>'oa«te»Mrei«ltam Fortius ille facit qui miser esse potest.

Dans un antre endroit, Jl.bUma un 4sactain Faonîus .qui r pour. ne>pa».nuiacir des mains de l'ennemi 4|ui.le.pouKSuiYait,.s'éuitdonBé lai-mdmaia mort.

Hostem cnm fol^er^t, se'Fantkius ipse peremit; Hic, rogo, noirfurot est, ne moriare, mori ?

*'»'M«H db inopram, ant amorem, aut aliud moiestum, non csffonîs tliri,*»* Hmtdi. MôlUlîes enim est, fugcre dTTfldlia et aspera : nequc mortem Ht honom sustinet, sed malum fugiens. (Lib. Sj'f'M., cap.*7.)

--^ri

mÉÛLOGIE NATURELLE. ^

et avec tïti respect extrême pour l'auteur de la vie '. Enfin les coinéâîens même ont répandu le ridicule sur ce prétendu courage 'tfesetlttlrire :

t Aller en rautre^mcHide est très^grande sottise^ Tandis qu'en celui-ci Ton peut être de mise*.

I^le^lteslois civiles de l'Europe, depuis qu'eUe-est ^devenue la 'pttiie'ia'^^his «dairée ^e Innivers, réprouvent et flétrissent le sui- "^Me^eowimeie'ittrît'd'un lâeke désespoir; et jusqu'à répoqoe *de •n^tîPè^fcwm ^iède philosophique, il ne s'était trouvé qu un petit liett)bre*^'ei<thoti8iastes furieux qui en eussent entrepris l'apèlogîe. "hi$ lois â^A.thènes punissaient le destructeur de soi-même, en or* doDntnt que la mai-n du cadavre fût brûlée séparément duTeste. 'ATTièbes, le corps d'un suicide était brûlé avec infamie.'Montesquieu^^'est trompé en disant que les lois romaines ne condamnaient -^s'iies «uicides; elles décernent que les suicides seront privés de la sépulture sacrée et religieuse. Chez quel peuple eût-on pu coniWérêi' le suicide avec indifférence et le laisser impuni.»^ 'N'eSt-il ^stfc toute évidence que les malheureux épris de cette manie lont les plus redoutables des hommes? De quoi n'est pas capable 'téài tjùi a résolu Sa propre destruction ? Quel crime peut lui don- 1»r dé la-crkhite ou de l'horreur, s'il a quelque intérêt ou quelque f làisirà le consommer avant de se dérober absolument et irrévo- -tlèleiiieiit aux regains et au pouvoir de ses semblables ?

îD.*P»ttir se justifier, ces messieurs disent que la vie est un mal, qttéïexisiettce e«t un triste présent de Dieu : que faut-il penser 'de e«ie»âpèlogie?

^. Ï^La'tîe1ïlt4(Sleuhttiàl,ui>peu plusd(?forcc nousapprentîràît à lasuppotter funpeu flus-de religion* en adoucirait le poids ; un peu 'j^vs'decràime d é Bfcu nous y tiendrait attaichéâ jusqu'à ce qii^l nous "Âtpemtts dé la^quttftieT. Ah ! si leasêle desnfiiuistres de PEvîmgîleif or-

*'lXhi i)eas is, ettjus^ templam- est 1d<oiiine qutfd conspitis, i2rti< te eof p<frls «HsMlii^ llli9Mvefit,lMm «ibi*p«lere«dttit» noii<pitert... <Pil8^«mtiibu»<»lsttiMi* 4uft estanimus in custodia eorporis, Jiec. iojvssa ejus a quo ille datus^.ci^ ahomiBum vita migrandum est. {Somn, Sçip., cap. 3.) Entre les ^Stoïciens tliéme, cjnî, 'de tons les plAlostiphes, t>nt été les phis farorable au sttf cMe, les fl«8SeiMé8'«e^«imt'HWQiafé»>««iilre>ce prétemiu'oewfttge. éTomc ittff «• smmimtiiûf DEUM expectate, donec ille signum dederity et^oheriekoe ves mitiistemq; tune ad eum redite. Non autem in pressenti^ œquo tolerate animo, et inwolite regionem istam in qua vos collocavit, (Epictet ) —Il y a quelque chose de bien tMlMOphique tet'^vi'Irica'-'tHilHhinsréloReifiie rÉfrlisefiltHle «aiat'ffat^te ! O virum ineffabiUm^ qni-KeeimH HmM,-nrûti^reTffev»m'it!

* Molière.

7^ THBOLOGIB NATURBIXB*

tement et efficacement secondé par la puissance du gouvernement, pouvait rétablir les mœurs, abolir les sensations brutales qui avilissent les âmes, les dégradent et les détachent d'elles-mêmesi rendre à la religion son lustre et ses droits ; si la ferme espérance d^une brillante immortalité remplaçait le sombre et désolant aspect du néant, les hommes ne songeraient plus à entreprendre sur leurs jours. Un courage animé et soutenu par toutes les ressources d*uDe foi divine les élèverait des ravages de Tadversité, sur les douleurs des infirmités humaines; ils n'auraient garde d'envoyer dans un prétendu néant une âme qu'ils sauraient réservée au ressentiment redoutable de l'auteur de la vie, outragé dans sai bienfaisance et dans son souverain domaine; ils sauraient, d après la doctrine de l'Apfttre, qu'ils appartiennent dans la vie et dans la mort au grand roi de tous les êtres, et que ces deux époques de notre existence doivent être enregistrées dans le grand livre du maître des temps'.

ti^ Pourquoi la vie serait-elle un mal ? Il n'y a que l'ingratitude et la révolte contre Dieu qui puissent engendrer une idée réfutée par l'attachement que tous les hommes ont à la vie, et par la crainte qu'ils ont de la mort. Dans le système de l'athée, où Thomme estsans ressource, sans espérance, sans destinée, je puis croire que ce serait un mal d'exister; mais hors le cas de cette monstrueuse supposition, la création est sans doute le premier des bienfaits de Dieu et le fondement de tous les autres. La satisfaction seule d'exister et de penser est un bienfait; la joie pure que nous inspire uœ bonne action ou un sentiment vertueux; l'attendrissement que nous cause un trait d'humanité, dont nous sommes les auteurs ou les témoins ; les douceurs de Tamitié, le lien des affections sociales, le pouvoir de contribuer quelquefois au bonheur de nos semblables, font chérir la vie à un cœur bien fait : il se sent sous la main d'une Providence attentive et prodigue de ses dons : un moment de retour vers l'Etre suprême répand en lui une douce émotion, lui fait oublier les maux inséparables de s£^ nature. « Puis-je me voir ainsi distingué, conclut le philosophe de Genève^ sans, me féliciter de remplir ce poste honorable, et sans bénir la main qui m'y a placé ? de mon premier retour sur moi, naît dans mon cœur un sentiment de reconnaissance, de bénédiction pour l'auteur de mon espèce ; et de ce sentiment mon premier hommage à la Divinité bienfaisante. »

*■ Sive eaiiii Tivimus, Doiniao TÎvimus : sivi morimur, Domino morimur.SiTe wgo vivimas, sive morimur, Dumiai sumus* (Rom., xiv.} * Emiie, t. 3, p. 63.

THEOLOGIE NATURELLE. fjfj

3® Tandis que quelques philosophes regardent la création comme on mal| et la vie comme un fardeau, d'autres prétendent que Taveugle nature est sans reproche, qu'il n'y a aucun lieu de s'enplain* dre, et qu'on trouve plus de consolation dans la fatalité de ses lois nécessaires que dans la providence d'un Dieu libéral et bienfaisant.

D. Cet absurde parallèle, suivi d'une préférence insensée, a-t-il pu naître dans l'esprit dun homme?

R. C'est la doctrine de ceux qui se contentent de ce que Platon appelle le « souverain bonheur des chevaux et des taureaux. » L'auteur du Système de la nature* l'établit dans une harangue emphatique, que la nature en personne déclame à la fin de ce rare ouvrage, et qui met le comble aux extravagances qu'il renferme*. Voici les réflexions qu'un auteur connu a faites sur cette déclaration insensée : il y a tant de vérité et de sentiment dans ce passage^ ça'on nous permettra de le réciter ici.

« 0 vous, qui d'après l'impulsion que je vous dojme, tendez vers le bonheur dans chaque instant de votre durée, ne résistez point à ma loi souveraine ® ! » Et comment y résisterions - nous, puisque nous ne sommes pas libres, et que tout est nécessaire? un pareil début ne nous promet point une harangue raisonnable.

* G'eist dans mon empire que règne la liberté. » La liberté avec h nécessité, voilà un mystère qui passe noire intelligence.

« La vérité éclaire mes sujets, » Cela est heureux. Ils en ont trèsgrand besoin pour comprendre les absurdités que vous leur annoncez.

« Cessez de contempler l'avenir. » Et si vous me forcez de le contempler par la manière dont vous m'avez formé, est-ce à moi que vous devez vous en prendre ? Je suis votre ouvrage, c'était à vous de me former autrement.

«Sois heureux. » Très-volontiers; mais puis-je l'être avec la goutte ou la gravelle, quand il vous plaira de me les envoyer? Puis-je l'être, si vous m*avez donné un caractère chagrin, bizarre,.

* Iprès rexcellente réfutation qu'en a faite M. Bergier, il en a paru plusieurs antres, entre lesqucUes on distingue les Observations de M- de Castilb<lBy de la Société royale de Londres ; les Réflexions philosophiques de M. Holland ; un traité intitulé :. De la Religion^ par un homme du monde (2 vol., à Paris, chex loatard, 1778). Voici comme Vuitaira parle de ce chef-d'œuvre du matérialisme: ail est déclamateur, il se contredit, il affirme ce qui est en question, et lurtout il s'est fondé sur de prétendues expériences, dont la fausseté et le ridi- Qile sont aujourd'hui reconnus et siffles de tout le monde.» {Nouv* lUe'L philos.^ kist. criLj 12* part., p. 312, édit. de 1772.)

* Examen du Mai., t. 2, p. 472.

7? THEOLOfilB. NAXmUULUK*.

mécontent des autres et de moi-même? RrndmTmni hjwiitrt^^ ,ii vous voulez que je le sois.

«Vis pour tes semblables. » Mais il serait beattooupr«pluA airanr tageur à mon bonheur qu'ils vécussent pour.moi^ .piûs^j^ être heureux en. leur sacrifiimt sans cesae mon bi«a - être . et 10» intérêts?

« Sois juste et bon. » J'y consens^ pourruque les-aulres^ soient tels à mon égard ; mais s'ils sont injustes et méchanUi pou? «jaoi ne me serait-il pas permis de m*en venger et d*user derepf^saiUes? Accordez vos préceptes avec mon bonheur, ou ne m'en parlez pas.

« Sois fidèle à la tendresse de ton épouse, et qu'elle soit fidèle à la tienne. » L avis est excellent, mais si elle manquait de fidélité en succombant à un penchant nécessaire^ si je venais à y succomber moi-même, aurions-nous droit de nous accuser?

* Elève tes enfants. » Je pourrai m'y résoudre, si je puis espérer de^s voir heureux; mais si je n'ai d'autre héritage à leur laisser que des maux et des larmes, le plus grand service que je puisse leur rendre, c'est de les étouffer à leur naissance.

« Si mon injuste patrie me refuse le bonheur, je dois m'en éloigner en silence. « Et si je ne puis la quitter sans me rendre plus malheureux encore, par quelle loi m'est-il défendu de me venger de ses injustices? Le bonheur est la loi suprême : j'ai droit de me le procurer à tout prix.

« Malgré l'injustice des hommes, je jouirai du contentement in. térieur. » Belle ressource contre les traits de la fortune! Au contraire, j'aurai à me reprocher d'avoir renoncé à mon bonheur pour des êtres qui ne méritent que ma haine.

« Je vivrai toujours dans l'esprit de mes ami|. « Cela n:est pas sûr ; un malheureux n'a plus d'amis; les morts sont bientôt oubliés • et de quoi me servira le souvenir des hommes quand je ne serai plus? "^

« Garde-toi de te plaindre de ton sort, « Quoi ! en me fendant malheureux, vous me refuserez encore la triste consolation de me plamdre? C'est tout ce que pourrait faire le plus miel des tyrans.

« Je. punis, dites-vous, plus sûrement que les dieux, tous les crimes de la terre. « !<> Cela est faux : dès qu'un scélérat peut braver la honte et les remords, vous ne pouvez rien contre lui; a® vous pumssez donc vos propres crimes sur les malheureux que vous entramez au mal par un penchant invincible.

Ne me parlez ni de remords, ni de la honte, ni de la crainte qui

T9ÉQ tQOIS . W AJTIWABm . 7f^*

tourmentent Tàme de$ niéobanu.: c est quil&na. savent p^stwaMM»»* ner : doit-on avoir d^s remords oa de la hoate.d6««4UicicMMl<qt|t% nous n'avons pu éviter? C'est à vous^ nature. iiia]:s^ti«,4e^<VMigîir) des vices que vous nous avez donnés; oui plutôt,, ca. qui vient; d«t nécessité, peut-il étr« un vice ou un crime ? Pouv^^os^noua oublÂetfi qu'il. n'y a dans la nature ni ordre^ ni désordi^, vuhUu^ ni m«d),mi Tice,.ni vertu?

« Les motifs de la morale de la nature âontrintérét évident id^« chaque homme et celui de chaque société» » Gela< serait ibEtbie%, si rîhtérêt de chaque homme, de chaque-; société étaient. toUf*jours d'accord; mais quand ils sont opposés, lequel doit avoùn la préférence PYoilà sur quoi nous ne sommes pas encore .instruits,^. Serons-nous assez insensés pour demander aune natuxiëiSOUBdet' d'é<|arter Timposture qu'elle-même a fait naître; de dissiper des erreurs où elle nous a fait tomber,, et qui sont un effet de l'orga* nisation ; de soumettre nos cœurs, si elle les a rendus incapables . de soumission? Gonclufons-nous avec les matérialisteS)..qii'il*faut nous soumettre à la nécessité d'être méchants, s'il plaît aim àflOi; nature ' ?

Disciples prétendus de la nature! c'est déraisonner tropikmfr temps, puisque la religion nous adresse un< langage p)us..saiis^i » nous ne pouvons plus refuser de l'entendre,^

«O homme! être pensant et libre, qu'une philosophie. ioAuln tante et chagrine ose traiter d'insecte éphémère,, tu es indigpédei^ cet outrage. Ce front majestueux que tu partes vers les, ^tf¥y.la*^ variété de tes pensées, la rapidité de tes désirs, l'étendue de teCr< projets, l'immensité de tes espérances attestent la dignité de ton être, la noblesse de ton origine, la grandeur de ta.destinée. TJj&iUr pire que tu exerces sur la matière^ le mouvement que tu luiimprir mes, les formes que tu lui donnes, les qualités que tu y décQUvreS|„ et dont tu sais faire usage, la docilité avec laquelle elleae prête à^

I Je me permettrai de transcrire sur ceHe pJbilo&opbique doctrine qivite'e^Wiii allemands, du comte F: L. de Stolberg, insérés dans le Musen Almanach de

Fort y fort mit eurer weisheit! lasst mir lieber

Dos was ihr thorheit nennt^ in eitlen sfoltz

Lichtlos ist eure gluty ein heisses fieber^

Giutios ist euer licht^ ein fautes hoUz.,

Loin de moi votre sagesse; laissez-moi plutôt €e que dans un vain orgueil vous appelez folie. Votre fen est sans lumière comme celui de la fièvre, Votre lumière sans feu confme celle du bois pourri.

8o THliOLOGIB NATITRSLLB.

tes Tolontés, te font assez sentir que tu lui es supérieur, et qu elle est faite pour t'obéir. Dans la vaste étendue des cieux où elle semble hors de ta portée, tu suis encore la marche que lui à prescrite le Créateur, tu en calcules les instants, tu en prévois les révolutions, tu en combines les lois : sous les yeux du maître qui en est Fauteur et l'arbitre, tu en es le témoin et l'admirateur. Vois dans quelles archives tu dois chercher tes titres, ou dans celles de la philosophie ou dans celles de la religion : lune te déclare que tu es l'avorton de la nature, destiné à être étouffé presque au moment de ta naissance ; l'autre t'apprend que tu es l'enfant du Créateur, l'héritier du ciel, le citoyen de l'éternité. A ces deux langages, reconnais ta véritable mère : sois homme, crois un Dieu, et tu auras un père. »

Crime de Tathée»

I. D. Une société d'hommes peut-elle subsister sans la croyance d'un Dieu ?

R. Un ancien philosophe assure qu'il serait plus aisé de bâtir une maison en l'air, que de fonder une république sans religion ^ Un autre disait que l'ignorance de Dieu était pour tous les Etats un mal plus redoutable que la peste ^ ; qu'attaquer la religion, c'était attaquer les fondements de la société humaine '. Ils étaient d'accord en ce point avec tous les sages de l'antiquité. Mais peutêtre l'autorité du plus fameux de nos incrédules est-elle plus propre aujourd'hui à prouver cette thèse.

« Telle est, dit-il^, la faiblesse du genre humain, et telle est sa perversité, qu'il vaut mieux sans doute pour lui d'être subjugué par toutes les superstitions possibles, pouvu qu'elles ne soient point meurtrières, que de vivre sans religion. L'homme a toujours eu besoin d'tm frein ; et quoiqu'il fût ridicule de sacrifier aux faunes, aux sylvains, aux naïades, il était bien plus utile d'adorer ces images fantastiques de la Divinité, que de se livrer à l'athéisme.

* Plutarehus. adT. Colot.

* Dei ignoratio est summa omniam reram publicaram pestis. (Plato., lib. 10, de Leg.)

* Omnis humanaesocietatis fundamentnmconTelIit, qui religionem conTellit* |Plato., /6/<^.)~0d ferait un toI urne des témoignages que Tantiquité païenne a rendus i cette importante yérité. Cicéron,dans son traité deNatura Deorum^ la regarde comme la base de toutes les autres Térités, comme la maxime constitutive des mœurs, de la probité, et de toute Justice.

* Volt., Traité de la Tolérance, ch. 30.

THEOLOGIE NATUftELUI. 8l

Uh athée qui serait raisonneur, violent et puissant, serait un fléau

aussi funeste qu'un superstitieux sanguinaire Partout où il y a

une société établie, une religion est nécessaire. Les lois veillent sur les crimes publics, et la religion sur les crimes secrets. » Supposez dans une société d'athées des prétentions exclusives, comme il ne manquera pas d'y en avoir, et qu'il soit de leur intérêt de sentr'égorger, il n'en restera qu'un seul, savoir le plus fort, et ce sera le dernier.

D. Ces autorités ne sont-elles pas contredites par celle d*un célèbre critique, qui, par des raisonnements à perte de vue, a prétenda trouver des vertus réelles chez les athées ?

R. Cet auteur s'est réfuté lui-même dans plus d'un endroit, et a reconnu l'illusion de ses sophismes, pour se ranger au sentiment général. « Eloignez, dit-il ', l'idée de Dieu et de sa providence, et après cela pressez un peu celle de la vertu, vous ne savez plus ce

que c'est, elle s'évanouit Si l'on ne joignait pas à l'exercice des

vertus ces biens à venir, que l'Ecriture promet aux fidèles, on pourrait mettre la vertu et l'innocence au nombre des choses sur lesquelles Salomon a prononcé son arrêt définitif : Fanité des va-- Jùtésy et tout est vanité..,,» Généralement parlant, dit -il encore ^, la vérité et la principale force de la religion par rapport à la vertu, consiste à être persuadé de l'éternité des peines et des récompenses ; et ainsi, en ruinant le dogme de l'immortalité de l'àme, on casse les meilleurs ressorts de la religion..... Si l'on regarde les athées dans la disposition de leur cœur ^, on trouve que n'étant retenus par la crainte d'aucun châtiment divin, ni animés par l'es* pérance d'aucune bénédiction céleste, ils doivent nécessairement s'abandonner à toutes les passions. » Du reste, Bayle ne se fût-il pas réfuté lui-même, il l'a été victorieusement par l'auteur de VEmilcy par celui de ï Esprit des LoiSy par \Ami des hommes j par Bolingbroke, par Hume, etc., et, comme nous venons de le voir, par Voltaire, son admirateur et son. copiste *.

* Dict. cri t. y art. S rut us,

* Ibid., divi. Sadducéens.

' Pensées sur la Comète.

^ Voyez toutes ces auturités rassemblées dans V Apologie de la religion^ par M. Bergier, t. 1 ; Réflexions sur la préf.^t, 2 , ch. 16, etc. M. de Pompi^aao, daas les 2'', 4*" et S*' questions sur l'incrédulité, démontre cette vérité par les raisonnements les plus inyinciblcs, qui résultent de la nature même de rhomnwB et de toutes les connaissanees que nous en avons. Le P. Bourdaloue a traité la iBème chose dans son excellent sermon pour le jeudi de la troisième semaine de carême: « Point de probité sans religion : point de religion sans probité.»-* «Je n'entends pas, dit J.-l. Rausseau, qu'on puisse^treTertuetixsaiis veligion.:

8% TBS0L06IB NATUBBLLS.

D. Pourquoi jugez-vous quun athée oe puisse être vertueux?

R. Parce que, dans le système de Fathée, la vertu n*a plus de motifs : elle éloigne l'homme de sa félicité, en lui interdisant la jouissance des seuls plaisirs auxquels il peut aspirer, et blesse la raison, principe essentiel de toutes les vertus.

D. Par là même, les vertus des athées ne sont-elles pas plus précieuses et plus estimables, étant pratiquées sans intérêt, et en vue d'elles-mêmes?

R. Ce raisonnement de Cardan, de Bayle, de La Mettrîe, etc., renferme contradiction dans les termes; c'est établir une chimère et prétendre qu'elle est préférable à un bien réel. Il n'y a plus de vertu, dès que vous ôtez la différence essentielle entre ce qui est juste et injuste, différence qui tient à la notion d'un législateur souverain, dès lors la pente invincible de l'homme vers le bonheur ne s'arrête que dans la satisfaction de ses désirs actuels. Ce n est pas que l'espoir de la récompense entre essentiellement dans la nature de la vertu; on peut la pratiquer sans doute par d'autres motifs plus ou moins sublimes; mais s'il n'existait aucun châtiment du crime, aucun prix de la vertu, aucun garant des lois naturelles, divines ethumaines, aucune providence, aucun but ni cause finale des êtres doués de l'intelligence, aucune distinction de Thomnie et de la brute; dès lors toutes les notions seraient confondues, et les idées, dont résultent l'honneur de la vertu et l'opprobre du vice, seraient anéanties. Il n'y aurait plus d'amour de l'ordre, parce qu'il n'y aurait plus d'ordre; tout serait hasard, fatalité, nécessite'. — L'on ne sert point un bon prince par intérêt, mais l'attachement à sa personne, à ses lois, à la gloire de son règne, est une suite de la sagesse, de la justice, de la bienfaisance qui préside à son gouvernement. L'idée générale de la vertu résulte de l'idée

j'eus longtemps cette opinion trompeuse, dont je suis très-diîsaiiusé. » {Lftlrt sur les spect.) Un écrivain, déclaré contre toute mot aie reli<>ieuse, convient que celle des philosophes est absolument value, a Quelques philosophes ont cru nous donner des principes plus sûrs et plus propics à flier nos idées sur la morale. Ils donnent pour base à la science des mœurs un ^véxeuàvL sens moralt un instinct inexplicable, une bienveillance innée, un amour parfaitement disintéressé à^ la vertu. Si nous examinons ces idées, rous les trouverons absolnment chimériques* » {Système soc,,, t. 1, ch. 5.) A tous ces témoignagcsi ajoutons celui de V Encyclopédie. « C'est un principe certain que ce n'est que dans la religion qu'on peut trouver une justice exacte, une probité coni^tantef une sincérité parfaite, une application utile, un désintéressement généreuxt une amitié Adèle, une inclination bienfaisante, un commerce agréable, en un mot tous les. charmes et les agréments de la société. » {Dict, enc.^ art. ProbHé,)'-Qn peut voir encore une excellente dissertation de Georges Priti : Ik atheismoy et in sefctàoi^ et bumano generi noxio . Vol. in-4®.

THEOLOGIE NATURELIiB. 83

d'un Dieu sage et juste, aimant le bien et haïssant le mal, récom* pensant les bons et punissant les méchants, sans que la considération de rintérét y concoure ^-^ Les sentiments généreux qui produisent les vertus s'évanouisssent dans le système du néant. L'âme se précipite, s'avilit, se concentre dans la recherche des plaisirs fugitifs qui constituent son bonheur. Découvrant en elle la même origine et la même destinée que dans les brutes, elle propose à ses désirs les mêmes objets, et les renferme dans le même espace ^

II. D. D'où vient qu'Epicure, ce grand adversaire de Dieu, prêcha si constamment la vertu?

R. 1*^ Quand il serait vrai qu'Epicure eût prêché la vertu, il s'ensuivrait précisément qu'il n'a pas été ferme dans ses principes, qu*il variait, qu'il se contredisait, qu'il se réfutait lui-même, comme les philosophes d'aujourd'hui.

a® Dans le langage d'Epicure, il y a une équivoque qui a dé^ routé plusieurs lecteurs superficiels, et accoutumés à s'en tenir à l'écorce des choses. La vertu, selon Epicure, c'est la volupté ; et en cela il est très-raisonnable et 'très-conséquent dans ses principes. Tout ce qui fait la matière d'une jouissance agréable est matière de i^ertu dans le système de l'athée y la raison en persuade et en autorise l'acquisition; ce serait folie, indifférence stupide, haine ins^sée de soi-même, de s'y refuser. Le cardinal de Polignac a mis au graud jour la nature de la vertu épicurienne ^; il est sur* prenant qu'on y revienne encore sans répondre à ses raisons. Citera-t-on toujours ce passage de Gicéron : Negat Epîcurus ju-

' Rienn^existe que par celui qui est. C'est lui qui doone un but à la justice, une base à la vertu, un prix à cette courte yie employée à lui plaire. C'est lui qui ne cesse de crier aux coupables que leurs crimes secrets ont été vus, et qui fait dire au juste oublié : « Tes vertus ont un témoio. » ( Esprit^ ma^, et prinç, de J.-J. Rousseau^ ch. l. — « Je ne crois pas à Tempirc des bonnes mœurs, dit Tabhé Mabfy, là où l'on n'aura que des honimcs pour magistrats, là où les magistrats et les citoyens ne sont pas persuadés de cette vérité importante, d*une Providence qui gouverne le monde, qui voit les mouvements ItA plas secrets de notre âme, qui punira le vice et récompensera Ja vertu dans un autre monde. » (3« Entret. tU Phocion.)

. * On trouvera cette matière traitée avec plus d'étendue, liv. 2, ch. 2, n° 18a et suiv.

^ Incipe nunc tandem, mendax Epicure, viderî Qualis es, et tandem mentitos exue vultus.... Ecquid enim petulantem avidumquemorabitur ultra, Si modo conspectus hominum fugisse licebit, Quin stupret, rapiat, jogulet, perimat^ue veneno, Dum jubet Ingcnitus furor et regina v'oluptas .'

84 THBOI.CM3IE NATTTRB1.I.B.

cundeposse 'vwiy nisi cum virtute "vivatur; et n'ajoulera-t-oii ja» mais le reste : Nec cum virtutenisijucunde ? Gicéron donne à tcnitîe la terre le défi de pouvoir ne pas entendre par la volupté épicurienne, la volupté des sens [de Finib,^ 1. 3, n. 46). Ceux qui «»tendent les plaisirs de Tâme n ont pas lu les premiers vers de I^i^ crèce, disciple et interprète d'Epicure :

iEaeardum genitrii, diTumque hommumqae roluptai.

Est-ce que Vénus présidait aux plaisirs de Tesprit ? « Quoi, disait Cicéron *, je ne sais point ce que c'est qu èdonè en grec, et ^voluptas en latin ? Quiconque veut être Epicurien, Test en deux jours; et je serais le seul qui ne pourrai y rien comprendre ? Vous dites vous-même qu'il ne faut point de lettres pour devenir philosophe (il parle à un Epicurien) ; en vérité, quoique je sois naturellement assez modéré dans la dispute, je l'avoue, j'ai peine à me contenir.» En effet, pourquoi Cicéron n'aurait-il pas compris ce que les Epicuriens, la plupart fort bornés et incapables d'entrer dans des discussions fines ^, comprenaient dès le premier mot? Epicure parle d'une volupté dont tout animal en naissant a la connaissance par

le sentiment seul Epicure avait une excellente maxime : c'était

de ne point employer un mot qui eût besoin d'être expliqué par un autre. La seule qualité qu'il demandait dans l'orateur, et à plus forte raison dans le philosophe, c'est la clarté; il la pratiquait luimême : Complectitur "verbis quod^vultj et dicit plane quod intelli' gam ^. Ses disciples la pratiquaient comme lui, si bien que Cicé-

' Hoc fréquenter dicî solet a vobis, non intelligere nos, quam dicat Epîcurui voluptatem* Quod quidem mihi siquando dictum est, est autem dictum noB param ssepe; et si satis clcmens sum in disputaodo, tamen interdum soleo sabirasci. Ego non iotelligo quid si ëdonè grsece, laline voluptas? etc. {Vt Finit. ^ 2, 4.)

. * Festri optime disputant nihil opus esse, eum qui philosophus futurus sitf scire litteras,.., de plagis omnibus coUigitis bonos quidem viros, sed certeptr» eruditos. (De Finib., 2, 4.) — Gomment les Epicuriens pourraient-ils, sans in* conséquence, devenir sa?ants, babiles, industrieux, courageux, puisque tottt cela ne s'acqqiert pas sans peine, et que leur dogme fondamental est, comme remarque Lactance> de ne se gêner en rien ; qu'il relâche tous les ressorts des talents et de la ?ertu, ne favorisant que |le ?icc et donnant à chacun, selon ses dispositions, des leçonâ propres à s'y fortifier. Desidiosum vetat litteras discert, avarum populnri largitione libérât, ignavum prohibet accedere ad rempubli' cam, pigrum exercere^ timidum militare. Irreligiosus audit , Deos nikil curare. Inhumanus et suis commodis serviens jubeturnihilcuiquam tribuere. {Laciànt.f Div, instit., lib. 3.) * De Fiftib., t. 5.

ion, qui arait suivi avec Atticus les leçons de Phèdre et deZénou, flUQcesseurs d'Bpioure, dédare qu'ayant eu souvent des discussioiu sur ces matières avec son ami, jamais il ne s'ëtaîi agi dii sens des termes, mais toujours du fond même de la doctrine : Nequa trat unquam contropersia quid intelligeremy sed qtiid probarem ^^ «Pourquoi tergiverser, dit encore Cicéron, en s'ad ressaut àEpîcure; sont-ce vos paroles ou non? Voici ce que vous dites dans le livre qui contient votre doctrine sur cette matière : « Je déclare que je ne reconnais aucun autre bien que celui que Ton goûte par les saveurs, et par les sons agréables, par la beauté des objets sur lesifueis tombent nos regards, et par les autres impressions sensibles que Thomme reçoit dans toute sa personne ; et afin qu on ne dise pas que c«st la joie de Tâme qui constitue ce bonheur, je dé-^ clare que je ne conçois de joie dans Tâme, qiie quand elle voit arriver ces biens dont je viens de parler, etc. » Est-ce que je mens ? Estrce que j'invente? Qu'on me réfute; je ne demande, je ne cherche en tout que la vérité. » Et après tout, si les Epicuriens entendaient par le mot de volupté autre chose que ce qu'on entend ordinairement, ils n'étaient guère habiles, d'aller employer, dans un ipays où ils avaient tant de rivaux et d'ennemis, une expression» dont le sens, au moins équivoque, pouvait donner prise à la calomnie, a Qui les obligeait, s'ils avaient dés idées pures et exemptes de tout reproche, de présenter la vertu sous l'habit d'une courtisMie décriée ? Quid enïm necesse tanquam meretricem in ma'- , tronarum ccetum, sic 'voluptatem in uirtutum concilium abducere? IrwèdioÂum nomen est et injamiœ subjectum ^. »

D. Les raisonnements peuvent-ils conclure contre des faits ? S'il est certain qu'Epicure fut un modèle de vertu comme nos philosophes rassurent, ne doit-on pas inférer que sa doctrine sur cet article fut same?

R. I® En accordant qu'Epicure a été vertueux, on n'accorderait rien dont les athées pussent se prévaloir : i^ parce qu'un homme vertueux^ sans religion, au milieu de ceux qui ont une religion, ne prouve rien en faveur de la possibihté d'une république d'athées r la crainte, l'honneur, l'amitié, le respect humain, etc., sont des chaînes qui ne subsisteraient plus si son système devenait général; a° parce qu'Epicure avait été élevé dans la crainte des dieux, et

' Tusc,^ m, 18.

* Ole, ibid,

* Cette vertu ménie ne serait qu'apparente, et se bornerait à la eoadaite

extérieure.

S6 THBOLOGIB HATUEBILB*

parmi des leçons de sagesse; or, il est difficile que les premières impressions ninfluent sur la conduite, lors même ^u on a secoué le joug. Cest ainsi que nos incrédules modernes attribuent à la philosophie les restes de probité qu'ils ont conservés ', et qui ne sont réellement que les débris de leur foi et d'une institution chrétienne \ 3^ De ce qu'un athée, occupé de ses plaisirs ou de sa philosophie, est un homme paisible et un citoyen utile à certains égards, doit-on conclure qu'il sera le même lorsque de grandes passions s'allumeront dans son âme, et que l'attrait du vice se fortifiera par de grands intérêts ^? « Je ne voudrais pas, dit prudemment Voltaire^ avoir affaire à un prince athée, qui trouverait son intérêt à me faire piler dans un mortier; je suis bien sûr que je serais pilé. Je ne voudrais pas, si j'étais souverain, avoir affaire à des courtisans athées, dont Tintérét serait de m'empoisonner; il me faudrait prendre au hasard du contre-poison tous les jours. Il est donc absolument nécessaire pour les principes, et pour les peuples, que ridée d'un Etre suprême, créateur, gouverneur, rémunérateur et vengeur, soit profondément gravée dans les esprits. L'athée (dit ailleurs le même philosophe^) fourbe, ingrat, calomniateur, brigand, sanguinaire, raisonne et agit conséquemment, s'il est sûr de

* VeoeruDt mihi omnîa bona irriter cum illa... et ignorabam qnoDiamhomm omnium mater es! (Sap. vu.)

* Dans ua ouvrage récent, dont l*aatear ne donne pas pins à la religion <|ii'H ne faut, on lit le passage suivant : « Le président a Tonlu raisonner ; il dit comme tant d*autres, que, sans la religion, nous n*aorions pas moins de morale, et cite quelques athées honnêtes gens. Répondez-lot que, pour en juger, il faudrait trois ou quatre générations et un peuple entier d'athées; cir si j'ai eu un père, une mère, des maîtres chrétiens ou déistes, j'aurai contracté des habitudes de penser qui ne se perdront pas le reste de ma vie» quelque système que j'adopte, et qui influeront sur mes enfants sans que je le veuille ou que je le sache, de sorte que Diderot, s'il était honnête homme, le devait à ooe religion que, par ingratitude, il soutenait être fausse. » {Lettres écrites de Lau» sannepar une protestante. Genève, 1787 ; lettre 13.)

> La seule ambition, que n'a-t-elle pas fait faire à des gens dont régaremcst n'allait peut-érre pas jusqu'à l'athéisime, qui n'avaient que la manie de dogmatiser en philosophes, de fronder les maximes reçues, d'établir une religion et une morale à leur mode? Quels troubles n'ont-ils pas excités dans les Etats* quelles atteintes n'ont-ils pas données à la sécurité publique? Pythagore et Zenon tentèrent d'usurper la souveraine puissance. Périandre fut le tyran de ses concitoyens, sous le règne de Vespasien ; Démétrius, Hostilius, Helvfdios, portèrent Taudace jusqu'à morguer le trône, et obligèrent le bon prince à chasser toute la secte. Palias conspira contre la vie de Valens. Locke trama une conjuration contre Jacques II. Raynal souflla le feu de la révolte avec les transports d'un forcené, etc. L'histoire de tous les siècles, les annales de toutes les nations sont rempliet des excès de ces égobtes.

* Dict. pkii'y art. jéthéisme,

* Homélie sur Vatkéisme.

MSOLOGIB NATUBBLLB. 87

rimpunité de la part des hommes. Car s il n y a point de Dieu, ce monstre est son Dieu à lui-même, il s*immole à tout ce qu'il désire, ou tout ce qui lui fait obstacle; les prières les plus tendres, les meilleurs raisonnements ne peuvent pas plus sur lui que sur un loup affamé de carnage... Il est démontré que Tathéisme peut, tout au plus, laisser subsister les vertus sociales dans la tranquille apathie oe la m privée ; mais qu^il dpit porter à tous les crimes dans les orages de la vie publique. Une société particulière d'athées, qui ne se disputent rien, et qui perdent follement leurs jours dans les amuse^ ments de la volupté, peut durer quelque temps sans trouble; mais si le monde était gouverné par des athées, il vaudrait autant être sous l'empire immédiat de .ces êtres infernaux qu'on nous peint acharnés contre leurs victimes.» Rousseau, Hume, d'Alembert, Montesquieu, etc., ont parlé comme Voltaire... « Je crains Dieu, disait quelqu'un de bien sensé, et après lui je ne crains que celui qui ne le craint pas ^.. » Ceux qui donnent plus d*étendue à la tolérance, en exceptent les athées, et les jugent dig^nes de mort. Décision fondée sur l'alternative inévitable, ou de laisser périr la république, ou de la délivrer de ses plus mortels ennemis. (Voyez d'ailleurs le Dictionnaire encyclopédique^ article Athéisme.)

2^ Quoiqu'a ne soit pas fort important d'être instruit de la vie d'Epicure, l'entêtement avec lequel on continue de faire l'éloge de ce philosophe nous oblige à prouver que ses mœurs étaient parfaitement conformes à sa doctrine, et qu'il a vécu en digne chef de cette classe d'hommes qu Horace appelle Epicuri degregepor- COS. Voltaire et les encyclopédistes veulent absolument qu'Epicure ait été un homme de bien. Ceux-ci disent « qu'il reçut dans ses jardins plusieurs femmes célèbres : Léontium, maîtresse de Métrodore ; Philénide, une des plus honnêtes femmes d'Athènes ; Nécidie, Hérotie, Hédie, Marmarie, Boidie, Phédrie.v Or, toutes ces femmes célèbres et honnêtes étaient des femmes perdues de répu- Ution, suivant Diogène Laërce et les anciens écrivains. Il faut compter extrêmement sur l'ignorance de ses lecteurs, pour leur présenter Philénide, ou Philénis, pour une des plus honnêtes frinmes d'Athènes. Il ne ireste plus qu'à leur faire croire que Messàline était une des plus honnêtes femmes de Rome. Philénis était plus coupable que Messàline : non contente d'avoir corrompu la jeunesse de son temps, elle voulut encore corrompre la jeunesse des

' La même pensée «e trou ve/ortement exprimée dans un passage du p9anme XTI : A rtsistentibus dexterœ tuas cusiodi me, ut pupiHam oculi.

S8 VHBOLOGU NATUBBLljft.

siècles futurs, par un livre aboaûnaUe qu'elle com^ofia. {f^oj^zies Adages de Junius sur ces mots, Philainidis commeniarii^ et la remarque/? de Tarticle Hélène dans le Dictionnaire de Bajle.) On ne peut lire saint Clément d'Alexandrie, Lucien, Mailial, Alfaé&ée, Suidas, Giraldi, etc., sans avoir le nom de Philénifi en exécasâicm. Si messieurs les encyclopédistes avaient seulement ouvert les dictionnaires de Goulcîman, d'Etienne, d'Hoffinan, etc., ils auraient trouvé le nom de Philénis suivi d'une épithète infâme 9 Diog^e J^aérce donne la même épithète à Nécidie, à Hérotie, et aux autres compagnes de Philénis. Epicure était aussi débauché que les femmes qu'il fréquentait. « Quand je le voudrais, dit Plutarque, il me serait impossible de passer par- dessus l'in^udence.et l'impertinence de cet homme... dont les appédis voluptueux requéraient des viandes exquises, des vins délicieux, des senteurs délicates, et par-dessus tout cela encore, des jeunes femmes, cçmme une Leontium, une Boidion, une Hédia, une Nicédion, qu'il entretenait et nourrissait. » Je n'ose rapporter ce qu'ajoute ensuite Plutttrque des affreux débordements d'Epicure avec son familier Poljenus et une courtisane native de la ville de Cycique. ( Voyez Plutarque <]ans le traité qu^on ne peut vwre joyeusement selon Epîcure, traduit par Amjot, et l'article Léontium du Dictionnaire de Bayle.)

D. En convenant que la volupté d'ï^îcure était la volupté des sens, n'est-on pas en doute de croire qu'il a eu d'autres vertus qui en ont fait un philosophe estimable ?

R. i^ Si, comme nous l'avons démontré, le système d'Epicure détruit le fondement et le motif seul raisonnable de vertu, avec quel droit supposerait- on que, par une inconséquence ridicule, Epicure a été vertueux ?

2^ Rien n est plus propre à énerver toutes les vertus que la volupté; toute la vigueur de l'âme s'anéantit dans la jouissance des plaisirs sensuels. La force, la fermeté, le courage, le zèle, l'activité, l'amour du travail, le goût des choses grande et sublimes, tout s*abime dans le gouffre profond de la mollesse et de la débauche. I Mais ce qui est remarquable, ce sont les effets terribles de ce vice

I relativement à la société. Rien de plus voisin de la cruauté cpie la

volupté, dit un des plus judicieux écrivains de ce siècle ; riuïnmie I dégradé par ces sensations grossières, tombe dans l'égoïsme le

f plus brutal, ne regarde ses semblables que comme les instruments

de son plaisir, le jouet de ses passions, les victimes de sa haine, de son humeur et de ses caprices...». Observation confirmée par

Thistoire de Néron, d'Attila, de Mahomet II, de tous les tyrans qui ont désolé la race humaine. <

D. N^y a-t-il pas eu des savants qui ont fait Tapologie d'Epicure?

B. Il y en a eu, comme je viens de lobserver, mais Epicure n en vaut pas mieux pour cela, et ces savants ont bien mal employé leur temps. J'en croirai les saints Pères et Gicéron, Plutarque, Cumberland, Fabrieius, le cardinal de Polignac, etc., avant les apologistes d*Epicure. Un ancien poète a fait Tapologie de Philénis, un ancien orateur celle de Busiris ; Cardan a composé Téloge de Néron, etc. Mais ce qui n'était qu'un jeu d'esprit de la part de ces écrivains, est devenu Tétiquette de la nouvelle philosophie, une entreprise sérieuse de la part des nouveaux philosophes \ Ils prodiguent leur encens à Julien l'Apostat; ils prétendent justifier les persécutions de Néron, de Domitien, de Dèce, de Dioclétien, de Maxence, etc.; mais ils déchirent Samuel, David, Constantin, Charlemagne, saint Louis, etc. Pour donner le ton et la loi au jugement du peuple lecteur, ces messieurs méprisent tout ce qui est en possession d'être estimé, et estiment ce que le bon sens a toujours méprisé. C'est là, disait saint Jérôme, travailler à faire rentrer les hommes en enfance, en effaçant toutes les idées reçues, toutes les connaissances acquises ^. Ne pourrait-on pas juger de la vie d'Epicure par celle des philosophes modernes ? Ceux dont la réputation était le mieux établie, et qu'on regardait comme des modèles achevés de toutes les vertus, ont bien étonné ceux qui les ont examinés de près*. « Je regardais, dit Rousseau*, tous ces graves écrivains comme des hommes modestes, sages, vertueux, irréprochables. Je me formais de leur commerce des idées angéliques, et je n'aurais approché de la maison de l'un d'eux que comme d'un sanctuaire. Enfin, je les ai vus; ce préjugé puéril s'est dissipé, et c'est la seule erreur dont ils m'aient guéri '^.» Pensent-ils qu'on

* Quoniam laudatur peccator in desideriis animae suae, et iniqaus benedicitor. (Ps. X.)

* Senis linguam mutare : et can^scentem jatn muDdum ad infantiam re- Irahere parvolorum.

* Voyez Tarticle Cacouacs, dans le Dict. anti-phU, : c'est un tableau allégo- Hqne du caractère et des mœurs de nos philosophes; Mémoires nouveaux pour servir à t histoire des Cacouacs, par M. Moreau, 1757; Catéchisme Ou décisions de cas de conscience^ par Tabbé de Saint-Cyr, 1758; Mémoires philosophiques du baron de ***, par Tabbé de Grillon, 1777; Confidence philosophique, par un ministre de Genète, 1777; Fanatisme des philosophes, par Linguet.

* OEnvres diverses, t. I, p. 152.

' Hume n'est pas plus content de Rousseau, que Rousseau ne Test des Autres philosophes ; il l'appelle un serpent réchauffé dans le sein de l*amitié. 11 est im«

go THBOLOGIB HATVRBLLB.

ignore les anecdotes de leur vie, et qu on se laisse généralement éblouir par le pompeut éloge qu'ils font de la vertu ' P

D. D'où vient donc cette multitude d'éloges pompeux dont les cheh du parti philosophique sont décorés dans presque tous les ouvrages modernes ?

R. Les louanges qu'ils se donnent mutuellement, et qu'ils reçoivent de ce peuple d'incrédules à ressorts, que le mécanisme d'une imitation stupide a rendus les échos des chefs de l'irréligion, ne surprennent pas les personnes instruites. Les ennemis de la foi se sont servis en tout temps de ce moyen pour propager leurs erreurs. « Être leur adhérent ', c'est le souverahi mérite ; n'en être pas, c'est le souverain décri. Si vous êtes dévoué à leur parti, ne vous embarrassez pas d'acquérir delà capacité, de la probité. Votre dévouement vous tiendra lieu de tout le reste : caractère pardculier de l'hérésie, dont le propre a toujours été d'élever jusqu'au ciel ses fauteurs et ses sectaires, et d'abaisser jusqu'au néant ceux qui osaient l'attaquer et la combattre. La manière des hérétiques était de s'ériger eux-mêmes premièrement, et puis leurs partisans et leurs associés, en hommes rares et extraordinaires. Tout ce qui s'attachait à eux devenait grand, et le seul titre d'être dans leurs intérêts était un éloge achevé. Il n'y avait parmi eux, à les entendre, que des génies sublimes, que des prodiges de science et de vertu, etc. N'oubliez pas (dit M. L.) que tous les gens de parti se canonisent tour à tour; c'est le cas de dire avec Isaïe : Beatificant et heatijicantur ^ » Un célèbre orateur latin s'est exprimé sur ce sujet avec autant d'élégance que d'énergie : Exercent quasi quœdam monopolia Jamœ et societates laudum. Laudant mutuo ut laudentur. Fœnore gloriam dant et accipiunt; cœteris omnibus obtrec-

portant de bien étudier les adversaires de la religion. La connaissance de lenr caractère, de leurs mœurs, de leur conduite, de la trempe de leur esprit et de leur cœur, est peut-être le moyen le plus simple et le plus sûr de se garantir de la séduction de leurs écrits. On se dira à soi-même : sont-ce là les gttide>« qu'il faut suivre, les modèles qu'il faut imiter, les idoles qu'il faut encenser? ^ * On n'a peut-être jamais tant parlé de vertu, tant admiré, tant exalté cette aimable modification de Tâme intelligente, que dans ce siècle. 11 semble que, par le fréquent usage de ce nom respectable, on veuille se consoler en quelque sorte de la perte de la chose, ou bien témoigner ses regrets à des charmes fogitifsque l'irréligion a bannis de la terre, et poursuivre d'un dernier regard le dépérissement d'un bien dont la privation fait sentir le vrai prix.

Virtutem videant, contabescantque relicta. (Pers.)

• Bonrdal., Sermon sur Vaveugfement,

* Isale, IX.

THÉOLOGIE KATURSLLB. 01

tant\ Un poète ingénieux a donné à un prince qui paraissait n*aimer pas les philosophes, Tairis suivant ^ :

[ CoBunent ne craignez-Toos pas

Que de la nouvelle i^lllce»

Généraux, officiers, soldats, i Et Jusqu'au bras le plus novice *

I Qu'on Toit s'escrimer sur leurs pas,

Du mérite et de l'héroïsme ^ Juges, arbitres souTcrains,

Ne Tendre le pbilosophisme

De la fierté de yos dédains ?

Seuls dispensateurs de la gloire, \ Gardiens jdu temple de mémoire

Qui s'ouvre et se ferme à leur gré,

Leur Yoix de ce séjour sacré

Eloigne le monarque même.

Dont les vertus au diadème

Prêtent une auguste splendear.

S'il ne joint pas à ce mérite

Celui d'être leur prosélyte,

Ou du moins leur admirateur*

Oui, pour atteindre à leur estime,

Fût*on le plus grand des héros,

Le prince te plus magnanime.

Il faut marcher sous leurs drapeaux :

Du jour plus pur qui les éclaire

11 faut, empruntant le flambeau

De l'illusion populaire,

Fouler à ses pieds le bandeau :

C'est sur cette règle infaiUible

Que leur suffrage incorruptible

Fixe les honneurs et les rangs;

D'un Julien fait l'apothéose,

Et met au nombre des tyrans

Un Constantin, un Théodose.

De vos vertus, de vos bienfaits.

Ah ! qu'ils n'entreprennent Jamais

D'écrire la brillante histoire !

Prince, fussiez-vous au-dessus

De Charlemagne, de Titus,

Je craindrais pour votre mémoire.

III. D. N'y a-t-il pas des hommes pour lesquels la religion est inutile, et qu elle ne corrige pas plus que Tathéisme ? Bayle croit cette observatioti très-favorable à l'incréduUté.

R. I® Pour savoir si la foi d'un Dieu n'a point rendu ces hommes meilleurs, il faudrait savoir ce que ces hommes eussent été,

' Gommir.i Crat. de arte parawlas famœ,

• Ipîire au C d« F., par Papillon Du Rivet. Tourflaî, 1778.

9^ THBOLOGIB HATCRBLLS.

s'ils avaient professé Tathmsine. Tel, que la pelidfkm na pas empêché de voler, aurait incendié, ravagé, massacré, s'il n £W«st eu aucune reli^âon. Il y a toujours une très-grande différence entre le plus mauvais chrétien et un incrédule. Quelque inexcusable que soit le vice dans un homme qui a conservé la foi, on doit moins se défier de sa probité que de celle d'un incrédule sujet aux mêmes passions. Dans le premier, le vice est une faiblesse contre laquelle sa foi réclame. La persuasion où il est que sa conduite est criminelle et dangereuse pour lui, est un motif d'espérer, ou qu'il la réformera quelque jour, ou du moins qu'il évitera d'autres crimes que sa religion condamne avec plus de sévérité : il a toujours une règle sûre qui le guide dans les jugements qu'il porte sur ce qui est bon et sur ce qui est mauvais ; et si la force des passions Tempéche de suivre cette règle en certains points, on ne doit pas présumer qu'il s'en éloignera de même dans tous les autres. L'incrédule, au contraire, n'aperçoit dans le vice qu'il aime, qu'une suite de sa doctrine. Les passions ont donné naissance à l'incrédulité, et l'incrédulité, à son tour, autorise et enflamme les passions. Libres dans leur cours, on ne peut prévoir jusqu'où elles iront, et tout ce qu'on sait avec certitude, c'est qu'il n'est point d'excès où elles ne doivent entraîner un incrédule, si toutes ses démarches sont exactement mesurées sur ses principes. Sa droiture et sa bonté naturelle sont l'unique appui de sa probité ; mais ces sentiments, on ne peut trop le répéter, ont eux-mêmes besoin d'être appuyés sur les maximes de la religion. Sans ce fondement, l'édifice n'a aucune solidité, et le moindre souffle des passions est capable de le renverser. Tel est le précieux avantage de la foi. Elle élève ceux qui lui obéissent à une haute sainteté. Elle peut au moins sauver la probité du naufrage des mœurs. Il est réservé à l'incrédulité de ne laisser aucune ressource aux vertus morales après la perte des vertus chrétiennes.

2^ Si la religion ne corrige pas tous les hommes, elle en corrige un très-grand nombre. Un remède est-il inutile parce qu'il ne guérit pas tous les malades?

« 3^ Il se commet des crimes malgré la religion, il s'en commet malgré les lois civiles, malgré la voix de la raison, malgré la philosophie ; donc la religion, les lois, la raison, la philosophie sont des sources de maux pour la société, aussi bien que l'athéisme. 'Sophisme ridicule, on devrait avoir honte de le proposer. «C'est la réponse de l'auteur de l'Esprit des lois.

D. Les lois civiles, l'honneur, l'éducaUon, etc., rie sont-îls pas

TH^OLOC^US NAT17RBIXB. g3

uo freio'plus puissant pour arrêter les passions des hommes, un fondement plus solide de la vertu que les sentiments de reli* gioD ?

R. i^Les lois civiles ne veillent que sur les intérêts de la société, et n arrêtent que le dehors du vice. La religion forme Tesprit et le cœur de Thomme, proscrit les crimes secrets comme les crimes publics, condamne la volonté comme le fait; l'impunité, si ordi* naire au tribunal des lois, est bannie du tribunal de la religion K Les lois civiles peuvent être injustes, imprudentes, déraisonnables, elles sont souvent contradictoires, elles varient selon les climats^ les gouvernements, le génie des législateurs, etc. Yoilà un fonder ment bien ferme et bien uniforme de la vertu! Les incrédules, toujours en contradiction avec eux*mémes, toujours inconséquents dans toutes les parties de leurs systèmes, assurent que la religion est une invention des législateurs, nécessaire au maintien de leur autorité, à la rigueur des lois; comment prétendent*ils donc que ces lois sont suffisantes par elles-mêmes et indépendantes de toul appui!

2^ L'honneur de Tathée, de concert sans doute avec sa raison, exige qu'il jouisse tant qu'il peut jouir, et que rien ne s oppose impunément à ses intérêts. Le véritable honneur est une chimère dans ce système, de même que la vertu.

3^ L'éducation n est autre chose que renseignement des principes qui doivent former la conduite des enfants. Un athée dira à son fils : «Tu n as rien à craindre ni à espérer de Dieu, tu peux te cacher aux yeux des hommes; tu n auras de bonheur qu'autant que tu sauras t'en procurer, les passions te serviront de guides poury arriver. » Ce fils, sans doute, deviendra un modèle de vertu* • Sortez^de là (de l'idée d'un Dieu juste qui punit et quirécom-

' Lucrèce appelle au secours des lois le sommeil et la fièvre* Il est possible, dit'il, que, durant le délire ou le rêve, un scélérat découvre ses forfaits* et qa« &a mécbanceté cesse d'être inconnue. Un philosophe qui substitue de pareiUes ressources à la foi d'un Dieu est lai-mémc en rêve ou en délire. 11 faut entendre Lucrèce établir cette sublime doctrine, qui peut donner une idée de l'embarras des athées.

Nec facile est placîdam ac pacatam degere vitam, Qui violât factis communia fœdera pacis, Etsi fallit enim Divum'genus humanumque, Perpétue tamen id fore clam diffidere débet : Quippe ubi se multi per somnia saepe luquentes Aut morbo délirantes protraze fcruntur, £t ceiata diu in médium peccata dcdisse.

(L. 6, de Nat, rerum. )

^ THBOLOGIB HATUBXLLB.

pense), je ne vois plus, dit Rousseau, qu'injustice, hypocrisie et mensonge parmi les hommes ; l'intérêt particulier qui , dans la concurrence, l'emporte nécessairement sur toutes choses, apprend à chacun d eux à parer le vice du masque de la vertu. « Que tous les hommes fassent mon bonheur aux dépens du leur, que tout se rapporte à moi seul, que le genre humain meure, s'il le faut, dans la peine et dans la misère, pour m'épargner un moment de douleur ou de faim. » Tel est le langage intérieur de tout incrédule qui raisonne. Oui, je le soutiendrai toute ma vie : quiconque a dit dans son cœur : Il n'y a point de Dieu, et parle autrement, n'est qu'un menteur ou un insensé ^»

D. Le superstitieux qui se fait de fausses idées de Dieu, n'est-il pas plus coupable que l'athée qui nie simplement son exbtenoe? C'est au moins le sentiment de Plutarque et de Bayle.

R. L'athée, i^ est plus coupable à 1 égard de Dieu, dont* il nie l'attribut le plus essentiel, qui est l'existence, et attaque par là de la manière la plus directe la nature de l'Etre nécessaire.

2^ Il est plus coupable à l'égard de la société dont il renverse ie

fondement, et dissout tous les liens Plutarque «aime mieux

qu'on dise qu'il n'y a pas de Plutarque que de dire que Plutarque est malhonnête homme : « mais, i^ il n'est pas essentiel que Plutarque existe, au lieu que l'existence est le premier et le plus essentiel attribut de Dieu, comme il le dit lui-même \ %^ L'existence de Plutarque ne fait rien à la société des hommes. 3^ Le superstitieux, en se faisant de fausses idées de la Divinité, ne prétend pas injurier l'Etre suprême, mais lui attribuer des qualités qu'il croit compatibles avec ses perfections infinies. Nous pouvons ici réfuter Bayle par les paroles de son copiste ^. « Quand les hommes, dit-il, n'ont pas de notions saines de la Divinité, des idées fausses y suppléent; comme dans les temps malheureux on trafique avec de la mauvaise monnaie, quand on n'en a pas de-bonne. le païen craignait de commettre un crime, de peur d'être puni par ses faux dieux. Le Malabare craint d*être puni par sa pagode. «

* On a ri de voir la CooTentioD nationale, sous la dictature de Robespierre, ordonner la croyance de Dieu et de Timmortalité de Tâme. Un tel décret, sorti de la plus sanguinaire tyrannie, a dû surprendre sans doute ; et la sanction qae prétendaient lui donner de tels hommes, de?ait paraître plaisante : mais ce n^est pas moins un;aTeu formel deTimpuissance de fonder un Etat quelconque, même par tous les moyens de force et de terreur, dès qu'une fois ces grandes ▼érités sont effacées des esprits.

* EGO SUM QUI SUM. Sic dices filiis Israël : QUI EST, misit me ad yos. (Exod., III.) Ex ipso, et per ipsum et in ipso aunt omnia. (Rom^ xi.) *

TRB0L06IB NÀTURBLIS. 9$

IV. D. Les dégâts que causerait l'athéisme dans I4 société peuyent-ils contre-balancer ceux que le fanatisme y a faits ?

R. Le fanatisme, qui est un zèle aveugle et outré pour des objets religieux ou considérés comme tels, est un mal sans doute ; mais ce mal, qui est toujours fortement combattu par la religion même', est incomparablement moindre que Tathéisme. «Le fanatisme, quoique sanguinaire et cruel, dit Jean-Jacques Rousseau ^, est pourtant une passion grande et forte, qui élève le cœur de Tkomme; au lieu que rirréligion, et en général l'esprit raisonneur et philosophique, attache à la vie, efféminé, avilit les âmes, concentre toutes les passions dans la bassesse de l'intérêt » « Si l'athéisme ne fait pas

irerser le sang humain, c'est moins par amour pour la paix, que par indifférence pour le bien. Comme que tout aille, peu importe au prétendu sage, pourvu qu'il reste en repos dans son cabinet. Ses principes ne font pas tuer les hommes, mais ils les empêchent de naître, en détruisant les mœurs. » Il dit à peu près comme ce berger désespéré dont parle un ancien poëte : Omnia "vel médium fiant mare '^. Que m'importe le bien de l'Etat, la gloire et le bonheur de mes semblables ? Mon âme, dépouillée de ses espérances, détrompée de son immortalité, détachée du culte qui établissait sa communication avec le ciel, avec les hommes, avec toutes les parties de Ja création, s'isole et se rétrécit ; réduite à la nature et au sort de la brute, elle donne à ses prétentions et à ses vues les mêmes bornes et le même intérêt. — Le fanatisme déchaîné contre Tobjet qu'il poursuit, est arrêté dans tout le reste par la voix de la religion : l'athéisme permet tout, et ne met point de bornes à ses dégâts. — Parce qu'un prisonnier furieux se sert de ses chaînes

• Dans les principes des chrétiens, des catlioliques surtout, l'enthousiasme et le fanatisme ne peuvent guère trouver accès dc>ns des têtes sensées ; parce que ch« le catholique la règle de la croyance et de la conduite est tracée et flx<*c par un dépôt public et commun de doctrine, émané de la ration et de la révéialion. Tout ce qui est contraiic à cette règle est reconnu pour une Illusion et pour une imagination condamnable. — Le P. de La Rue, dans un excellent scrœoQ jiir le Fanatisme^ montre combien il est opposé à la vraie religion, combien il l'a toujours combattue, et combien ses efforts ont toujours été inutiles. C'est une des grandes armes du démon contre!' Eglise. Ce discours est plein d'uce philosophie profonde, revêtue de toutes les lumières de Thistrflre. Dans un second discours, le P. de La Rue prouve que îe fanatisme naît nécessairement des sectes modernes, et ne peut exister chez les bons calholi(iues. Ces deux sermons, prêches en Languedoc après les troubles excités on 1703 par les fanatiques des Cévcnnes, n'ont été imprimés qu'en 1 766, à la suite des Sermons du P. Griffet, i liège, chez Bassompierre» t. 4, p. 363.

' Emile, t. 3, p 19a.

*Virg., Eccl.,viii.

g6 TRÉ0L06IB NATURELLE.

pour assommer son camarade, dira-t-on qu*il eût été moins redoutable s'il n eût point été enchaîné? — Le fanatisme n'est qu'un mal passager, une fièvre qui quitte le malade avec la fermentation du sang. L'athéisme est un mal habituel, qui ronge et qui désole sans relâche. S'il n'est pas toujours furieux, son silence même, dit un philosophe, fait des ravages horribles ; c'est le silence de la mort On a fait des histoires ridiculemient exagérées des malheurs produits par le fanatisme : si l'athéisme avait jamais dominé sur la terre, il n'y aurait point d'historien pour écrire ses dégât^; le genre humain s'anéantirait, comme il eût été anéanti sous Galigula, s'il n'avait eu qu'une tête ^ — L'athéisme a aussi ses fanatiques, témoin un Vanini, témoin les jeunes athées d'Abbeville, condamnés par arrêt du parlement de Paris \ Lucrèce nous apprend que le mépris des dieux agitait fortement tous les ressorts de l'âme. d'Epicure^. Le Système de la nature décide qu'il est impossible de ne point s'échauffer en faveur d'une chose qu'on croit fort importante : or, fut-il jamais auteur qui crut son système plus important ? les éditeurs ne cessent de l'appeler important et très^important. Qu'est-ce que cette fureur inquiète de faire des prosélytes, que Jean-Jacques Rousseau reproche si justement aux athées, sinon un vrai fanatisme ^ Les menées et les intrigues du parti philosophique qui domine dans ce siècle, les excès ridicules où il s'est porté en '1778 à la mort de son vieux chef; ses fureurs atroces contre quiconque combat ses progrès; cette suffisance, cette morgue de l'ignorance unie à l'impiété, qu'est-ce autre chose que du fanatisme très-pur*? Mais qu'étaitrce encore ce fanatisme, en comparaison de celui de 1792 et années suivantes, où la cruauté des Néron et des Dioclétien disparut vis-à-vis de celle des athées français; où les prê-

* Ce tyran souhaitait que Tespèce bumaine n'eût qu'une tétc, pour pouvoir la détruire ti'uo seul coup.

* Ils insultaient publiquement à la pompe la plus solennelle de la religion; ils brisaient lecrucifix et les imafires, imitaient les saints mystères par dérision, adoraient des livres obscènes et impies en se mettant à genoux, etc. FoyezVs^' rét du parlement de Paris, donné le 4 juin 1766. La même scène s'est renouvelée à Liège en 1779.

'Qoemneccura Deum,nec fulmina, necminitanti Murmure compressit tœlum, scd eo niagis acrem Virtutem irritant animi. (L. 1., de A'at. rerum.)

* « L'orgueil, la présomption, une imagination é- liauffée, ripnorance, Teaprit d'indépendance; voilà, dit un philosophe*, les vraies sources du fanatisme. » J* laisse à juger si ces qualités se trouvent du côté d«'s adorateurs d'un Dieu, p)n' tôt que du côté des ennemis de sou existence et de son culte. Voyc» le Fanatisme des philosophes^ par Liuguct, qui parfois a le sien.'

THEOLOGIE IfATURSLLB. gj

très du Seigneur furent entassés dans les églises et les bateaux pour être massacrés ou noyés; où avoir conservé un livre de prières, une image de saint, ou un chapelet, était une cause suffisante pour mériter la mort ? Or, si tout fanatisme est exécrable, quel nom donner i celui-ci? Et si le fanatisme seul peut disputer à lathéisme la première place dans la classe des fléaux, que sera-ce de ces deux monstres réunis ? Concluons cette matière, en disant, avec le philosophe que nous avons déjà plus d*une fois opposé aux athées ', que lexistence de Dieu :

Est le sacré lien de la société.

Le premier fondement de la sainte ^qulK^,

Le frein du scélérat, l'espéi'ance du juste.

Si les cieux, dépouillés de leur empreinte auguste,

Poufaîent cesser jamais de le manifester,

Si Dieu n'existait pas, il faudrait Tinventer*

Que le sage l'annoncé, et que les rois le craignent.

Rois, si TOUS m^opprimez, si tos grandeurs dédaignent

Les pleurs de Tinnocent que tous faites couler.

Mon vengeur est au ciel, apprenez à trembler *.

François Bacon naquit à Londres le 12 janvier i56o : il fut le cinquième et le dernier des fils de Nicolas Bacon, garde du grand sceau d'Angleterre sous la reine Elisabeth, et d'Anne Cook, fille du chevalier Antoine Cook, précepteur d'Edouard VI.

Les premières années de Bacon sont assez ignorées. On sait seulement qu'ayant été présenté encore enfant à la reine Elisabeth, qui lui demanda quel était son âge; il répondit : «Juste deux ans de moins que le règne heureux de Votre Majesté.» Cette réponse fi^ppa la reine, qui depuis l'appelait son petit garde des sceaux.

A treize ans, il fut envoyé à l'Université de Cambridge, où il fit

* Voltaire, Epîtrc à l'auteur du livre des Trois Imposteurs.

* L'impossibilité de conserver la société humaine, de procurer la sûreté et le bonheur dc'ses individus, sans l'idée d'un Dieu, doit être regardée comme une démonstration de son existence. Son nom, sans doute, est écrit sur toutes les parties de l'univers ; la grandeur et la beauté de l'ouvrage publient, d'une manière bien éloquente, la puissance et la sagesse de l'ouvrier : mais nous ayant faits de façon que nous ne pouvons nous passer de lui, ne se montre-t-il pas par là plus clairement à nos yeux? Ce témoin, ce juge de nos actions et de toutes nos pensées, qui r st îndispensablement nécessaire à notre félicité, c'est là une des preuves les plus convaincantes qu'il y a un Dieu, Elle est k la fois écrite et dans notre esprit cl dans notre cœur.

dans tomes les sciences de rapide» progrès. Avant seîaevBS, frappé de la futilité de la phHosof^iw d' Aristote, il fie bit écrit ponr ia combattre; Il vit dès lors qu elle «fait phis prtjpreà perpétner « i prodtrirc des disputes* tju*à éclairer te» esprits, et cette otwervutiufi semble avoir dirigé la plupart de ses travans. Alors il viiyt à rUniversité de Paris, remlez-voits de tontes les illustratimis de FEarope. L'ambassadeur d'Angleterre, sir Amrens Poêler, l'employa dans une mission diplomatique. A la nfort de son père, il revînt en Angleterre, où il se livra à la jurisprudence avec tant de zète et de succès, qu'à vingt-huit ans il fut nommé conseiller extraordinaire du roi. Bacon, sous Jacques I^, fort élevé graduellement à toutes les dignités de TEtat, et il avait été nonuné chevalier, «onseiller du roi, solliciteur général, juge du banc du roi, proc«reiir général, membre du conseil privé, lorsqu'il fut appelé aux fonctions de garde des sceaux, et enfin de graud-chaBcelier.

On sent bien que les différents offices dont Ba«on fot revêtu, et le rang qu'il occupait dans l*Etat, l'impliquèrent quelquefois dans des intrigues de cour, et lui firent surtout jouer un rôle dans les affaires d'Etat qui furent alors portées devant les tribunaux, ainsi que dans les événements qui eurent lieu sous le règne du roi Jacques; mais ces affaires, ces événements, ces intrigues appartiennent à l'histoire d'Angleterre. Du reste, la plupart des écrivains sont en contradiction sur le compte de Bacon; et en supposant même qu'il y eût quelques pages à déchirer de la vie de ce grand homme, s'il avait pu oublier le comte d'Essex son bienfaiteur, sH avait pu s'oublier lui-même dans l'intégrité de ses fonctions, nous répondrons toujours avec Bolingbrocke : « Cest un si grand talent, qu'on oublie ses vices. » Et, d'ailleurs, la fia de sa vie aurait réparé le commencement.

Au milieu des intrigues de la cour et des occupations de sa charge, qui (demandaient un homme tout entier. Bacon trouva cependant le temps d'être grand philosophe, bon historien, écrivain élégant, et, ce qui. est encore plus étonnant, c'est qu'il vivait dans un siècle où l'on ne connaissait guère l'art de bie& écrire, encore moins la bonne philosophie.

Bacon, ué au milieu de la nuit la plus profonde, sentit que la philosophie n'existait pas encore, quoique bien des gens sans doute se flattassent d'y exceller ; car plus un siècle est grossier, plus il se croit instruit de tout ce qu'il peut savoir.*. La scolastique dominait, et la raison humaine était gâtée par l'art même qui a été créé pour sa perfection : l'on ne savait s'occuper dans les écoles que des

non iftitUmon^ riguoranoa mndak vespcctablea, main qu'un mé^

fia^0B, ièê flfis prenièim «tiMtes, co^oot fe profet hwdâ d'«ui«. refiMtte 4an& le s jsième drs scienoes. Il emi^i<aM^ cîUbs se8 leues kl cercle de toutes les connaîasanees ^umaiiMs; il observa las rafsiT porif «1^ les unis^^oit istn^e ekl/^j «jt ecrpun^nça par ej» fenwaF la claaiificatîoii sui^anA fes divaraea faoukés ck Ttapriji l^uiiiaiii ami<cpifiiUea ch^ouae de ^es «cie^cea ap^rû^i»^ De là oelt$ diviaioa «n trois claaaesi de la mémoire» de la raiaoa et de llidaaaginaûoAy dÎT^sÎQu développée pa« d'Alembert et Dici^ot dan» le diseour» yc^r vûiame da ÏÈncyolcf^die. Le premier il a. aenti ei. montM cpie dans touilla ka branehes de scienoe poasiUkti il nj a <qu im moyieii de pairweHâf à la vérité et de s'assurer <f«'aQ y est patvteiiu : e est d'ofes^rref la natufe» nontaeitleaieiit dans lea pbéapmènes qu'elle pi?ésente à n^s regiurdâ, mais encore dans ceux qu<i9 peut découvrû^ par la Toie de lexpérieuce. 11 ne auffit paa d'ayerâ des yeux pour obf#ri?er la nalture^ il faut un art pouff diriger ^es obserratîeni, et il eq ùfiut mi, un peu pluâ diffîcile enoon^ pour ii^tevrof er la u^ure^ G'e$]t pour parvenir à ce double but qu'il a créé 4^ mé^des do9t il a fait d^s appUcations aana na^r^e h toutes lea brafic<h«3 de \9k science, plan qu'il n'a jampia exécuté ?n enlier, mf^is donc on peu^ prendra une idée dan^ les deux ouvrages qu4 en faiaaienit 1^^ 1^^: De digjùtate etaugmenfis scientiarum, et surtout dans le Nomm org(mi/^m, Ca dernier livre est l'expositioQ de la logique qM'il voulais substituer à 1^ vieille mé^bode d'Aristatt* L'objet de cette Pmir velle logique est de trauve^iuon de^raiisQU^ qnii<^ force de di^put^s, deviennent probables, mai^ des indi^tjpns fournies par la najtqi^ qui poxteiit la i?oi?viç^iQu à^^ les esj^il«M, Plie n'en^ploie i^a^ 1^ syllogisme, dont la logique vulgaire a fait ui) si grand us^ et tant abusés elle le regarde comme n'aiditnl^ point à fai^e pénétre^ dans le fond des choses et à réformer les notion^ C[ui ne seraiepi; p9« confonne^à leur véritable nature. A# syllogisme) elle suj;)stitu^ Vindue];ipn, n^is une îi^fluctiou exacte et sévère, qui ne se fonde que sur d^ ^p^sri^nçes, et des expérience^ répétées. Aussi ]^ço3 a-t-i^ éta «ippel4 ie pèr^de la pbjlo^^liie expérimentale.

Bacon avait étudié toutes les sci^snces, et il les a toutes em.* bras^^, comme si elle^ étaient toutes égalenipnt de spn dopi^i^e. Il lai^r f^it: subir de nouvelles divisions qui les éclairent et \p^x indiqf^e de nouvelles cultures qui les enrichiront. Sa mél,](]^qdç f changé la face du monde savant.

lOO TniOLOGIB KATUmXLLS.

Métaphysicien^ il juge Topération de Tesprit et Tassociatioii des idées, principe fécond de nos sentiments et de nos opinions; il montre du doigt ces préjugés auxquds nous nous laissons aller dès notre enfance, et il expose très-clairement ce principe aperçu par Aristote et développé par Locke : qu'il n* y a rien dans l'entendement qui n*ait les sensations pour bases.

Physicien^ il a eu des aperçus très-ingénieux, et il a indiqué la plupart des grandes découvertes qui se sont faites après lui. Il imagina des espèces de machines pneumatiques par lesquelles il devina l'élasticité de l'air. Il a tourné tout autour de la découverte de la pesanteur de Tair que Toricelli et Galilée ont proclamée. Mais on voit dans son livre, en termes exprès, cette attraction dont Newton fiit l'inventeur; car il considéra toutes les parties de la matière comme mues d'une force cachée qui les fait graviter l'une vers Tautre. « Il faut, dit-il, <ri\ que les corps graves soient poussés vers le centre de la terre, ou qu'ils en soient mutuellement attirés. Et dans ce dernier cas, il est évident que plus les corps s'approcheront de la terre, plus fortement ils en seront attirés. Il faudrait, ajoutet*il, expérimenter si la même horloge à poids ira plus vite sur le haut d'une montagne ou au fond d'une mine : si la force des poids diminue sur la montagne et augmente dans la mine, il y a apparence que la terre a une véritable attraction. > Il serait difficile de a'exprimer plus nettement sur ce grand phénomène de la gravitation des corps, que Newton a établi sur l'observation et démontré par le calcul. Aussi Horace Walpole a-t-il appelé Bacon le prophète des vérités que Newton est venu ensuite révéler aux hommes.

Dans Vhistoire naturelle, il y a plusieurs traités de Bacon, tous très-dignes de la haute réputation de leur auteur. L'un est V Histoire des "vents. Bacon est le premier qui ait appelé fortement l'attention des philosophes sur ces agents si importants dans la nature. L'autre, et le principal, est le Sylva Syharum, collection d'expériences {eûtes ou à faire, divisées en dix centuries.

Dans la médeciney il a composé plusieurs ouvrages, entre autres le Traité de la vie et de la mort, où l'on distingue des vues asseï curieuses; mais la physiologie et la chimie, qui font la base de cette science, étaient trop peu avancées à cette époque pour ne pas le laisser aller dans d'assez graves erreurs.

Dans l'histoire, l'histoire de Henri VII est un des ouvrages de pacon les plus connus, quoiqu'il soit un des moins importants. Quelques auteurs en ont critiqué les uns le style, les autres le fond; niais le succès de cet ouvrage est sa meilleure défense.

«BlioiiOGIB HATURXLLB. ICI

Dan» Pastronomie, il combattit, il est Trai, le système de Go« pernic. C'est le seul point où il n*ait pas devancé les esprits édairés de son siècle. Mais il avait étudié toutes les sciences, excepté lés mathématiques, et il ne pouvait appliquer à l'astronomie ni Tobservation, ni le calcul, procédé nécessaire alors pour vérifier soimême la nouvelle théorie du système du monde.

Bacon, comme les trois plus grands génies des derniers siècles, Descartes, Leibnitz, Newton, était instruit dans les sciences des saintes Ecritures; il avait examiné la religion, il l'avait jugée comme eux, et il en avait reconnu les vérités. Les éloges donnés à ce philosophe par les ennemis du christianisme sont une tactil que pour rendre sa foi suspecte : mais les sentiments de religion, de piété même, éclatent dans la plupart de ses ouvrages. Il a écrit à l'Université de Cambridge, où il avait fait ses études, trois lettrés assurément pleines de son attachement et de son amour pour la religion. Dans la première, il exhorte les membres de l'Univerûté à écarter de leurs disputes tout esprit de contradiction, et leur déclare que « s'ils soumettent humblement à la religion leur philo* Sophie, la grâce d'une divine lumière les guidera et les éclairera dans la recherche de la vérité. » Dans la seconde, il les invite à s 'occuper sans cesse de l'accroissement des sciences, et dans cette vue il désire qu'ils ne lisent rien plus assidûment que le gros volume des œuvres de Dieu et des créatures. Enfin dans la troisième lettre il les engage à céder aux anciens la palme du génie, mais à ne pas croire sur leur simple autorité, parce que, dit-il, la foi n'est due qu'à la parole de Dieu et à l'expérience. Namfides verbo Dei et experientiœ solum debetur. Mais l'amour et le respect de Bacon se font particulièrement sentir pour les saintes Ecritures. On peut dire de lui, comme de Newton, que de tous les livres, celui qu'il lisait le plus assidûment, était la Bible. Non-seulement il se plaît à appuyer tout ce qu'il avance sur son autorité, mais il y fait des allusions continuelles ; il fond ses expressions dans son style. Gassendi, Addisson, les journalistes de Trévoux, tous écrivains si religieux, ont rendu hommage à la foi de Bacon. Parmi les principaux écrits dans ce genre de philosophie, on distingue sa Confession de foi. Elle met dans la plus parfaite évidence la croyance de Ba» con ; elle donne encore la mesure de l'élévation de son génie ; elle abonde en idées véritablement sublimes. Et ce qui est encore singulier dans cette pièce, c'est que quoique l'auteur vécût dans la communion de l'Eglise protestante, il serait difficile d'y trouver quelque article qui ne pût être avoué par la théologie de l'Eglise

•vdtainne. Il j a tmasi un éeHt «k kit intitulée /m âi>Vi«â0f^ </ii tkrétieM qui u lafoi^ pmt rmpporî àuM panmJome^ ei cmsc ôomHmdiC'' Uons 'apfmremie$. GomÉMOl mi |*é«« o^minè fiftéon^ À \m ««gaetié 4ii4uel neo ii'ëeha|>paî^ ^A avait «técouvert toutes les parëfls ^- Uesde }a phîkMophie ttgnaate^ ooimBeiit» tilisJA, Bacon tt^Nnmk^il pas aperçu dans le corps du christiénisne qu M ébiMe 4mm cet ouvrage, <9es ihionltruôsîiés) ces défauts de liai&M ^aiis les parties

. €t de soKdité dans les hmeé qui frappent, là ee ^'ils pMiendcfkIt, les knoins clairvoyants de nés incrédules ? Au contoaire^ Bncdn

. rend un continuel hoAiniage à cette religien. Les connaissances de Bacon en matières ecelésiàstiques se font aussi remarquer dans un Mémoire adressé au roi lacques, sur la pacification el la réforme de TEglise d* Angleterre. Il y a aussi de lui des pnères, paitîenlière-

. ment celle qinl a composée au moment de sa disgrâce, et <ceHe qu'il récitait tous lès jours^ où régnaient une piété et iriie onction véritablement touchantes, et qui ne dépareraient pas tm ou- Trage purement ascétique. La théologie est Ttinique objet du der-

. nier livre du Traité de la dignité et deracccoissement des sciê9%ees. Partout le christianisme de Bacon est évident. Assurément, ai Bacon avait reçu dans les mêmes circonstances que Leibnkit, ii aurait travaillé avec autant dardelir et peut-être plus de scienee fue ce l^nd hemmis à la réunion des pt^testants et des cfflholiqiies. Bacon avait toujours élé moins prévenu Mntre kis caibcdiquos et leur dôd^ine q^e 4es prolestants n*ont coutume de T'êlre» On Voit qu'il s'en ^p^r^chait à mesure qu'il avançait ^n -ège et ^en €$on- ^tiKéiBwsice>f<et'É9L'prefefssi0n de foi est en quelque sorte «que; Mais ce qui est vraiment dig^é de««fMrque^ c'est ^que^ee kisopile parafit àânMttire le grand principe des datholiques, qui, àeuliiien enteiidtt *et biensinvi, sufiKrato p6ur terminer tontes les cédtrore^ses'; i'^MgUse eài sente j'ufe dès ébfférgndssuria ^iigién. {Voir sa Conf^esién th foiy n^ 19.) Du re^a> la piété de Baeen ^lAatah mi deîiorapar des a«tes fréqueiits ; et «snn clu^pe4«n JU^ 'tialHs a 4at#9é de kîngs déiaifc sér 4es •eseroioes #eligîoill%nx^f|iels il Hseiftrait.

fiÉeeh monnit d'ime flufkinn dfe ^irinele § avrtldel'nli «606, ^fsl ëtwt 4e jom* de PA^^ÉiBB, Ag^'desoitenlfe-ak a»s^

* Mmson da Chuéstitmisme^ t. t^ p. U

:ÇH£OI.OGIB NATURBIiU. . Io3

Il est plus faoite de crorire à FAlcorinî,auTali!mid et aux histoires des saints les plus fabuleuses, que de croire qu'aucune intelligence ne préside à TuniveTS. Aussi Dieu n'a jamais fait de miracles pour conTaincre un athée.Xes*tBuvres ordinaires de la Providence suffisent pour la cmmction. Il esterai étendant qu'un peu de philosophie fait incliner les hommes vers l'aithéisme-; mais une connaissance plus approfondie de la nat«re l«s ramène à la religion. En Toici la raison : Fhonnne qui considère les causes secondes, séparées et désunies, peut bien quelquefois s'y borner, et ne pas aller phis avant; mais quand il vient enfin à considérer comment ces causes sont liées et enchaînées les imcs aux autres, il est forcé de recmirir à une Providence et à une cause première, pour rendre raison de tette dépendance mutuelle et de cet admirable enchaînement.

Il y a plus, l'école la plus fortement inculpée d'athéisme est celle qui sert le plus à démontrer l'existence d'un Dieu ; je parle de l'école de Lucrèce, de T)émocrite, éTEpicure; car il est beatxcoup moins incroyable que quatre éléments sujets au changement, et une cinquième essence qui n'y est pas sujette, placés convenablement ie toute éternité, aient pu, sous la direction d'un Dieu, produire cet univers, qu'il n'est incroyable qu'une multitude infinie d'atomes et de semences, dispersés sans ordre dans l'espace, ait pu, sans l'interventîoTi d'un divin ordonnateur, produire un même univers, et donner naissance à cet ordre admirable et à cette beauté dont nous sommes spectateurs.

L'Ecriture 3ît(Ps.xin, i) : «Xlnsensé a dît dans son cœur : Il n'y a point de Dieu» » Elle ne dit pas : L'insensé a pensé dans son cœ«r. Cet insensé se dit cela an dedans de lui-même, plutôt comme une tixose iqu il sem qu'il ne la croit véritablement.

« "Personne ne nie qu^ya^an Keu, sinoneelui à qui il impoite qu'il n'y ait point de Dieu : » Nemo Deos non esse crédit^ nisi oui t^eos non 9xe expedft; et rien assurément ne prouve mieux que Tathëismeréside sur les lèvres seulement et non pas dans le ccenr, queia manie xpi'onttoixs' ces prétendus athées de parler toujours de leur opinion. Cette manie indiqnesassez qu'ils tremblent au dedans d'eax'iaèmes, et qitilscdaei'chefll à se rassurer un peu parTap- 'prébaiioii des autres; on Toit même de» athées qui, seimblables aiix xSiëfc des autres sectes^, travaillent à réunnr autour d'eux des disin|ieft; enfi^j^ ce qui est plus, étomant encore, on en a vu tjfn ost

I04 THBOLOGIB HÂTU&BLUI.

mieux aimé souffrir la mort que de rétracler leur opinion. Mais si ces derniers étaient réellement persuadés qu*il n'existe point de Dieu, quel intérêt auraient-ib de le soutenir au péril de leur vie ?

On prétend qu'Epiciu'e n* a enseigné quil existait quelques natures heureuses, qui se suffisaient à elles*mémes et ne se mêlaient point du gouvernement de Tunivers, que pour ne point se perdre dans Topinion publique ; qu'en tenant ce langage il ne faisait que céder à la nécessité des temps; mais qu'au fond, il ne croyait pas qu'il existât de Dieu. Cette imputation ne me paraît pas assez bien fondée , car voici une 3entence d*£picure qui est vraiment admirable et divine : « Ce n'est point une profanation de méconnaître les dieux du vulgaire, mais c'en est véritablement une d'attribuer aux dieux les opinions du vulgaire. » Platon lui-même n'aurait pas mieux parlé.

Il paraît de là que, quoique Epicure ait porté l'audace jusqu'à refuser aux dieux l'administration de l'univers, il n*a pas pu la pousser jusqu'à contester leur nature.

Les Indiens occidentaux ont des noms pour leurs dieux particuliers ; mais ils n'en ont point pour signifier Dieu, en général. Us sont dans le cas où auraient été les païens, si, ayant dans leur langue les noms de Jupiter, Apollon, Mars, etc...., ils eussent manqué d'un terme pour exprimer Dieu. Ce qui montre aussi que les peuples, même les plus barbares, ont la notion de la Divinité, quoique cette notion soit très- imparfaite. Ainsi, les sauvages même se réunissent avec les philosophes pour combattre les athées.

Les athées spéculatifs sont bien rares. Un Diagoras, un Bion, peut-être un Lucien et un petit nombre d'autres, voilà ce qui compose cette classe, bien moins nombreuse encore qu'on ne le pense, parce que les défenseurs d'une religion ou d'une superstition qu'on attaque, s'attachent souvent et réussissent quelquefois à faire passer pour des athées leurs adversaires, qui ne sont pourtant pas sur ce point moins orthodoxes qu'eux.

Mais les plus grands athées, en effet, sont les hypocrites qui traitent continuellement les choses sainte3,etcela sans aucun sentiment de religion, en sorte qu'à la fin, il est impossible que leur conscience ne se cautérise pas.

L'athéisme a différentes causes. La première, ce sont les divisions dans l'ordre de la religion, si elles sont en grand nombre. Une seule division n'aboutirait qu'à enflammer le zèle de l'un et de l'autre parti ; mais des divisions multipliées, en dégoûtant de la religion, conduiraient à l'athéisme. Une autre cause de l'athéisme, c'est la

THÉ0L06IB NATUaSLLB. Io5

vie scandaleuse des prêtres, quand elle en vient au point que saint Bernard avait en vue, lorsqu il s'écrie : Non estjam dicere utpopu* lus sicsacerdosy quia nec sicpopulus utsacerdos (Isaïe, xxiv, 2). « On ne peut pas dire, comme on a dit autrefois : le prêtre sera comme le peuple, parce qu'il ne sera pas même comme le peuple. »

Une troisième cause, c'est Thabitude de badiner et de plaisanter des choses saintes. Rien ne détruit plus sensiblement que cette ha* bitude tout le respect pour la religion.

Enfin, on a remarqué que l'athéisme avait été plus commun dans les siècles où on avait le plus cultivé les lettres, surtout lorsque l'abondance et la paix régnaient en même temps. Car les adversités et les calamités ont l'avantage de tourner, avec plus de force que toute autre chose, Tesprit de l'homme vers la religion.

Ceux qui nient la Divinité détruisent tout ce qu'il y a de noble dans le genre humain. N'est-il pas effectivement certain que Thomme par le corps est semblable aux bêtes? Mais si, par rame, il ne ressennble point à Dieu, il n'est plus alors qu'une vile et ignoble créature.

Les athées détruisent encore toute magnanimité et toute élévation dans la nature humaine. Jetez les yeux sur un chien, combien ne montre-t-il pas de générosité, de courage lorsqu'il se voit soutenu par son maître, qui lui tient lieu de Dieu ou d'une nature supérieure ? ce courage est manifestement tel qu'il ne pourrait jamais l'avoir à ce haut point sans la confiance dans une autre nature meilleure que la sienne. Il en est ainsi de l'homme, lorsqull fonde son espérance et son appui sur la Providence et sur la grâce de Dieu ; il lire de là une confiance, une force à laquelle la nature humaine, livrée à elle seule, ne pourrait jamais parvenir.

Ainsi, l'athéisme, si digne de haine sous tous les rapports, l'est encore particulièrement en ce point, qu'il prive l'homme de la faculté qu'il a de s'élever au-dessus de la faiblesse humaine.

Ce que nous avons dit des individus se vérifie aussi dans les nations entières.' Quelle nation égala jamais les Romains en magnanimité ^ Or, écoutez ce que dit Cicéron : « Quelque prévenus que nous puissions être en notre faveur, pères conscrits, nous sommes forcés de convenir que nous ne l'avons point emporté sur les Espagnols par le nombre, sur les Gaulois par là force du corps, sUr les Carthaginois par la ruse, sur les Grecs par l'habileté dans les arts, sur les Italiens eux-mêmes et les Latins par le sens exquis qui est dômme propre et naturel à ce sol Qt à cette nation : mais nous lavons emporté sur tous les peuples et toutes les nations du monde

io6 xaioLOGiB «iuliiiexlle.

par la piété et la relIgioDi et par cette sagesse supérieure qui nous a fait secoiMiaître que cet univers était conduit et gouverné par la Providence des dieux immortels. »

L'insensé a dit dans son cœur : Il n j a point de Dieu; i^ Ti/isensé a dit dans son cœur : le prophète ne dit pas qu*il a pensé dans son oœur, c'est-à-dire qu'au fond il ne sent pas ce qu'il dit, il veut seulement le croire; il voit qu'il serait très-intéressant pour lui qu'il n'existât point de Dieu; en conséqueace, il s'efforce en toute manière de £âre entrer cette idée de la non existence de I)ieu dans son esprit, et de se la persuader à lui-même. U s'étudie à la publier, à l'établir, à la soutenir, conune un point de fait, un article accordé, un dogme véritable. Cependant cette étincelle de la lumière primitive qui nous découvre la divinité subsiste encore; c'est en vain qu'il s'efforce de l'éteindre liotalement et d'étouffer dans son cœur le trouble qu'elle j fait naître. Quand il avance jdonc qu'il n'y a point de Dieii, ce n'est pas le sens et la lumière naturelle qui dictent en lui ce jugement, c'est la corruption, c'est la perversité de sa volonté ; et il peut dire avec le poète comique : Mon esprit s^est rendu à mon sentiment^ comme si son esprit et lui iomuaient d^ax différents peirsonnages. Ainsi, je le répète, l'athée ^t bien dans son cœur, .mais ne sent point dans son cœur qu'il n'y a point de Dieu.

sk^ Il a dit dans son cœur^ il n'a pas exprimé par sa bouche; mais pourquoi craint-il d'éxkoncer son sentiment.^* Cest perla crainte de Kinfamie et l'animadversion des lois ; car si on peut sans inconvénient, dit un ancien, s'élever .contre l'existence de Dieu dans une société particulière, il est toujours très-dangereux de le faire dans une assemblée du peuple. Hais que cette crainte cesse, TOUS verrez qu'il n'y a point d'hérésie qui sdt plus d'empressement et d'ardeur pour se produira, pour s'étendre et se multiplier, que l'athéisme.

L'épicurien Lunrice enioucDit un ex^emple Jfrappant; il traite «dans un poème uae multitude de sujeis div«r&; il n'en est prèsii|pie.auciin 4Dii.il n'intercale ^deski^iectiTes contre laTeUgîon.Toici nielle est a^paceaunent la caisân 4iU cette étrange manie : on jrifcée n'étant jia^ji malgré tons^lee mouvements ^'iLscdonni^jasses y\i^^^iy^ j^ luir9iiènie,.JBe s/tJU^sAiBOûii pas assezAlui^nuBm%.4prûtt' Tant audodimade hri imfiir 4}tte son ^opinion ^st^sujettei de fré- «fafoites idipses. Jit ick Aéquênts, ^anouisseaients,il»eat,nBtiixel ^'il :cheF<^ à se TastBnMftr' impeu no j« jiBoruraat,! sIîLfiQiivait,

Ifn mtàiE^ «wk ééjk mxm^é ftWec beioeoup ife'Mgttse • que teltii'(}tii ^rtt si »émpteifêé 4e f^ire- adopter son o|»mon pm* les antres, tÀiM>t^ti« «pur 4à même qu*il s'en défie. «

3^ €Vst 41fii»eT»së qui a dit dans son cœur : Il n y ft point de Oieu; et S ttéè^n^M que celui -qui parle ainsi est un insensé, non fm seulement parce qu*il n'a point d'idée ni de goût des choses diMtH», Ittm lencc^f e parée ffaH ti'« aucune des qualités qui oeMliCuent fh<9mtti« ^ge.

i^Si Y<MrsextHMiiefci{iiels«o«t les esprits qui «ont lephisdepencfiâttt^iHift^t'^tfvéKme, vousTiMrret que ce sont presque iK>ujoHrs les ie$pi4ls Mpèi^i^s, ^ihdVideiiMPs, présomptueux, bxftcirres, ées hôtumes, en uft mot, très-éloignés d'être reooniniandables par hgrayhë <ies nncitiirs «t par la i^agesse de leur conduite.

i^ Les pMiiiq«pes qui «M tm le pkss d'étévation dans te géfm et de gfjUyifem' dans 'les setycimenis, n'ont point eviTisagé lu t^gion et ne l'ont point employée ci^finme une espèce d'art in>renté peur eent^irte *peuple; ils otlt été èntériewreineat pénétrés de «a i^ité, tt ont ^<ipposé cotistàmment «que la Pro^idenee divine pr^dait à tt)^ les éténemems de ee monde. Au contraire, ceux qui «omi tout dcm^ 'k lent art et à leur industrie, aux causes prtychaiwes et apparentes, n'ont ^té que de «nintses et petits politiques, «deslvoiiitties tfès-yulgait<es, inc^ipakleft d'émprimcr aucune ^amdewr à Itfors actions. ■

S^Qitfant à ce qui f«^rde la physique, je «eerakis pctttic de soutenir iqtt'iim peu de philosophie nsitua^tikt 4* de«Mdi«eM« propi^ diAis 'e«tte sdence qui n'auraistit conduit quç JQ^^-à lafMMle, faiA pmeh^t ies ^«toas ve#s l^asbétsme; nais qu'une comMssemée ptiis étenâne lAeecfVte inèiiie pMlosophîe, ^e «des ^rtigrès dans cecve plûlosophie qui noiis ««raient petfmts 4Ïle ipénéoter jusque daiM ^cm feiné^ «tnitènent les teaprks^à k TeligiMft^ Jktnsi l'athéisme, sous quelque p6iM et *v«e qtl'Mi l'Mmvsife, fuvait oonvAineti d'êlare l^^em^Mit et l'igtiovaaiee ^ Ae 4ii tMîe; et c'est wse taison qu'mi a dhtquie'M Imgage^tf n'y^ifëiHteàFDiBm^'émt jt lââSÉiifie '^o^m^iMftttse •

aSjiSii 1649.

* Raison du Christianisme, t. I, p. 8*

io8 nmaLOGiB xAimunuk

Dm les jeunes années, il laissa deviner cette paision pour fétade qai devait le consumer. Bientôt une lecture assidue et universette jointe à un grand génie naturel le fit deTenir tout ce qu'il avait lu. Pareil en quelque sorte aux anciens qui avaient l'adresse de mener jusqu'à huit chevaux attelés de finont, il mena de front toutes les

A peine igé de quinze ans, il fut conduit par ses méditations jusqu'à la sublime idée d'un alphabet des pensées humaines qui devait comprendre les éléments ou les caractères les plus simples de toutes nos idées, et servir à en exprimer les diverses combinaisons : de manière qu'en allant du simple au composé, en revenant du composé au simple, il fût facile et possible de trouver comme de démontrer toute sorte de vérités. Le temps manqua à sa vie pour créer cette langue universelle. Ce premier pas dans la carrière in« tellectuelle décida ou plutôt déclara la vocation du métaphysicien; mais il parcourut à la fois toutes les voies de la science*

Historien, il écrivit, en faveur du comte Palatin, prétendant à la couronne élective de Pologne, un plaidoyer basé sur l'histoire, sorte de logique de faits qui eut un grand succès dans l'Allemagne. Son principal titre dans ce genre (ut Thistoire de la maison de Brunswick, si estimée et remplie des plus savantes recherches. Ce qui semble le plus l'intéresser dans toutes les annsdes qu'il compulse, ce sont les origines des nations, de leurs langues, de leurs mœurs et de leurs opinions, surtout l'histoire de l'esprit humain, et une succession de pensées qui naissent dans les peuples les unes après les autres ou plutôt les unes des autres, et dont l'enchaînement bien observé pourrait donner lieu à des espèces de prophéties • c'est la philosophie de l'histoire. Dans le coursée ses recherches, il prétendit avoir trouvé la véritable origine des Français, et publia une dissertation sur ce sujet en 1716. Nous l'admettons, elle fait de Leibnitz presqu un de nos compatriotes.

Jurisconsulte, il était né dans le sein de la jurisprudence, et cette science est plus cultivée en Allemagne qu'en tout autre pays* A vingt-deux ans il dédia à l'électeur de Mayence une nouvelle méthode d'apprendre et d'enseigner la jurisprudence. Il y ajoutait une liste de ce qui manque encpre au droit et promettait d'y suppléer dans l'ouvrage ^qu'il publia sous le nom de Codex diplomaticus ; i remonte aux premiers principes du droit naturel et du droit des gens. Cette théorie de jurisprudence était si étendue, que la question du quiétbme, alors agitée en Frailce, s'y trouvait naturells-

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