‹ Cours de philosophie chrétienneChapitre 44 sur 67 · EXTRAITS DE LEIBNITZ · texte numérisé non relu

EXTRAITS DE LEIBNITZ

^^ I. Existeoce d'une première cause immatérielle.

Mettant à part tout préjugé, et sans me prévaloir de TautorUd de TEcriture et de rbistoîre^ je vais pénétrer en et>p]il ^an. V^ corps, et tenter si on ne peut pas rendre raison des phénomèujs quils offrent à nos sens, sans avoir recours^à la supposition d'une cause immatérielle.

Je commence par convenir avec les philosophes modernes, qui ont renouvelé la philosophie de Démocrite et d'Epicure, et que Bayle appelle assez bien les philosophes corpusculaires, tels que sont Galilée, Bacon, Gassendi, Descartes, Hobbes, Digbi; je convienSy dis-je, avec eux, que quand il s agit de rendre raison des phénomènes des corps, on ne doit pas recourir à Dieu, à une qualité ou forme incorporelle, ou à une autre chose [quelconque, sans une véritable nécessité :

Nec Deu^ intersit, uisi dignus irindice nodus Inciderit;

mais quon doit, autant qu'on le peut, les déduire tous de la nature du corps et de ses premières quaUtés, la grandeur, la figure et le mouvement.

Mais quoi ! si je démontre qu'on ne peut trouver dans la nature du corps l'origine de ces premières qualités eUes-mémes, alors nos naturalistes seront forcés d'avouer, à ce que j'espère, que les corps ne se suffisent pointa eux-mêmes, et qu'ils ne peuvent exister, à moins qu'un principe immatériel ne détermine leur existence. Or c'est ce que je vais démontrer clairement et directement.

N'est-il pas évident que si ces qualités ne peuvent être déduites de la nature du corps, elles ne peuvent exister dans les corps abandonnés à eux-mêmes, puisque la raison de toute modification et de toute manière d'être dans une chose doit être déduite, ou de cette chose elle-même, ou d'un principe qui lui soit extrinsèque. Or on définit le corps, ce qui existe dans l'espace : tous les hommes effectivement appellent ce qui est renfermé dans un certain espace, un corps ; et il n'y a point de corps, qui ne soit contenu dans un certain espace. Cette définition est composée de deux termes, l'espace et rexistence.

Du terme à' espace résidte dans le corps la grandeur et la fi-

3Bo TanteFLOéi» vhruvLfXJx.

gure : car un corps a précisément la même grandeur et la même figure que Tespace qu'il remplit; Je 'demande^main tenant pourquoi le corps occupe un tel espace et d'une dimension plutôt que d'une autre P Pourquoi, par exemple, il a trois pieds au lieu de deux, pourquoi il est carré au lieu d*être rond? On ne peut en rendre aucune raison tirée de la nature du corps; car la même matière est d'elle-même indifférente à toutes sortes de figures, et n'est pas plus déterminée à la figure carrée qu'à la figure ronde. On ne peut donc répondre que de Tune de ces deux manières, si l'on ne veut pas recourir à un principe incorporel, ou que le corps en qtiestion a été carré de toute éternité, ou qu'il est devenu carré par le choc d*un autre corps. Si tous dites qu'il est carré de toute éternité, par là même vous ne donnez point la raison qu'on demande : car pourquoi n'aurait-il pas pu être rond de toute éter* nité? L'éternité ne peut être en effet conçue comme principe d'auctme chose. Si "^ous dites qu'il est devenu carré par la rencontre d^un autre corps, je demande pourquoi avant cette rencontre il avait une telle ou telle figure ; et si pour m'en rendre raison, vous supposez encore la rencontre d'un autre corps, et ainsi -de suite à l'infini, chacune de vos réponses amènera une question nouvelle, et il y aura toujours lieu de demander la raison de la raison, et aioû vous n'aurez jamais- donné de raison sirffisante. Il sera donc démontré que si on ne consulte que la maitière des corps, oti ne rendra jamais raison pourquoi ils ont telle grandettr et tdle figure.

Nous a^voBS dit que la définition du oorps aimt deux parties, l'espace et l'exi&tenee dans l'espace : que die la première il résah tait qoe le corps avait nécessûraaEieBt utie eerlaîiie grandeur et une figure, quoique encMire indétermiiiée; mais c'est à l'existenee dans cet espace que se rwjppestte le mouvement, puisque dès que le corpis cooMUMàoe à exister dan» un espace diff<à%«it de celui qu'il occupait auparavant, il esl censé en nteuveinent. Cependant si l'on considère la chose pki&attentivenent, on verra que la mobilité, suit bion de latiatuve du^corpa^ mais non.pas le œouveflieDt niÂne* Car par.cel* seul qo'un>oorps est dans un tel espace, il peut êeroausû dans unautre espace égal etsendDlablé au premier, c'est^diveqii'il(>eulottemu; puisque pousrw être dans un autre espace^ c'icsi pouvoir changer d'espaee; et pouvoir cdianger d'es* pace, o'eât pouvoir être niu,.puîs^pie le mouvement n'est qu'un changement d'espace.

Mats«le HMMvomeilt aotuel ne résulte point de l'existence du

THfiaXtOilUB NATUIiBIXB. 98 1

corps dans l'espace : au contraire, il en résulte le repos ou la persévérance dans le même espace,. si Ton conçoit le corps abandonné à lui seuly... Il est donc bien démontré qu'aucun mouvementy aucune figure et aucune grandeur déterminées ne peuxrent exister dans les corps abandonnés.à leux^mèmes ^

U. Existence de FÊtce souTerainemeat parfiitl.

Dieu ejst la première raison des choses; car celles qm sont bornées, comme. celles que nous voyons et expérimentons, sont contingentes, et n'ont rien entre elles qui rende leur existence nécessaire; étant manifeste que le temps, l'espace et la matière, unis et uniformes en eux-mêmes, et indifférents à tout, pouvaient recevoir de tout autres mouvements et figures, et dans un autre ordre. Il faut donc chercher la raison de Inexistence du monde, ({Ui est l'assemblage entier des choses contingentes : et il faut la chercher dans la substance qui porte la raison de son existence ctuec elle, et laquelle par conséquent est nécessaire et étemelle. Il faut aussi que cette cause soit in^lligente ; car ce monde qui existe étant contingent, et une infinité d'autresmondes étant également possibles et également prétendants à l'existence, pour ainsi dire, aussi bien que lui, il faut que la cause du monde ait eu égard ou rektioB à tous ces mondes possibles, pour en déterminer un. Et cet égard ou rapport d'une substance existante à de simples possibilités, ne peut être autre chose que ïentendement qui en a les idées; et en déterminer une, ne peut être autre chose que l'acte de la volonté qui choisit : et c'est la puissance de cette sub* stance qui en rend la volonté efficace. La puissance va à Xelre, la sagesse ou l'entendement au t^rai, et la volonté au bien. Et cette cause intelligence doit être infinie de toutes les manières, etabsolumem{>ar£aîte exx puissance, en sagesse et en bonté, puisqn'elle va à tout ce qui est possible ; et comme tout est lié, il n'y^ pas lîeli d'en admettre plus d'im^s.Son entendement est la source des es^ Marnes, et sa volonté est l'origine des existences. Voilà en peu de mots la preuve d'un Dieu unique avec w^ perfections, et par loi l'ongine des dstoaes ^.

* lene 1, pftgeS, Cowftssw fiéei eontra nthehtas,

* IkéodLcée, 1. 1 , p. 486 ; LsJàZMUne, 1 7A0.

38a THBOLOGIB NÀTURSLLS.

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