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III. La démoiistratioii cartésienne complétée

J'ai déjà dit ailleurs mon sentiment sur la démonstration de l'existence de Dieu de saint Anselme, renouvelée par Descartes, dont la substance est que ce qui renferme dans son idée toutes les perfections ou le plus grand de tous les êtres possibles, comprend aussi l'existence dans son essence, puisque l'existence est du nombre des perfections, et qu'autrement quelque chose pourrait être ajoutée à ce qui est parfait. Je tiens le milieu entre ceux qui prennent ce raisonnement pour un sophisme, et entre l'opinion du révérend Père Lami, expliquée ici, qui le prend pour une démonstration achevée. J*accorde donc que c est itne démonstration, mais imparfaite, qui demande ou suppose une vérité qui mérite d'être encore démontrée; car on suppose tacitement que Dieu, ou bien l'être parfait,, est possible. Si ce point était encore démontré comme il faut, on pourrait dire que Texistence de Dieu serait démontrée géométriquement à priori. Et cela montre ce que j'ai déjà dit, qu'on ne peut raisonner parfaitement sur des idées qu'en connaissant leur possibilité ; à quoi les géomètres ont pris garde, mais pas assez les cartésiens. Cependant on peut dire que cette démonstration ne laisse pas d^étre considérable, et pour ainsi présomptive ; car tout être doit être tenu possible jusqu'à ce qu'on prouve son impossibilité. Je doute cependant que le Père J^ami ait eu sujet de dire qu'elle a été adoptée par Técole ; car Tauteur de la note marginale remarque fort bien ici que saint Thomas Tavait rejetée.

Quoi qu'il en soit, on pourrait former une démonstration encore plus simple, en ne parlant point des perfections, pour n'être point arrêté par ceux qui s'aviseraient de nier que toutes les perfections soient compatibles^ et par conséquent que Tidée en question soit possible. Car en disant seulement que Dieu est un être de éoi ou primitif, ^/zj a se, c'est-à-dire qui existe de son essence; il est aisé de conclure, par cette définition, qu'un tel être, s'il est posftible, existe, ou plutôt cette conclusion est un corollaire qui se cire immédiatement de la définition, et n'en diffère presque point. Car l'essence de la chose n'étant que ce qui fait sa possibilité en particulier, il est bien manifeste qu*exister par son essence , est exister par sa possibilité. Et si Yétre de soi était défini en termes encore plus approchants, en disant que c'est Xêtre qui doit exister par^e qu'il est possible, il est manifeste que tout ce que l'on pourrait dire d# Tezisteiice d'un tel être serait de nier sa possibilité.

THS0L06IB KÂTUaBLLE. 383

On pourrait encore faire à ce sujet une proposition modalci qui serait un des meilleurs fruits de toute la logique. Savoir que si Vétre nécessaire est possible, il existe^ car Y être nécessaire et Y être par son essence ne sont qu une même chose. Ainsi le raisonnement pris de ce biais paraît avoir de la solidité, et ceux qui veulent que des seules notions, idées, définitions ou essences possibles, on ne puisse jamais inférer l'existence actuelle, retombent en effet dans ce que je viens de dire, c'est-à-dire qu'ils nient la possibilité de Yêtre de soi. Mais ce qui est bien à remarquer, ce biais même sert à faire connaître qu'ils ont tort, et remplit enfin le vide de la démonstration. Car si Vêtre de soi est impossible, tous les êtres par autrui le sont aussi, puisqu'ils ne sont enfin que par Vêtre de soi: ainsi rien ne saurait exister.

Ce raisonnement nous conduit à une autre importante proposition modale, égale à la précédente, et qui, jointe avec elle, achève la démonstration. On la pourrait énoncer ainsi : « Si l'être nécessaire n'est point, il n'y a point d'être possible. » Il semble que cette démonstration n'avait pas été portée si loin jusqu'ici ; cependant j'ai travaillé aussi ailleurs à prouver que Têtre parfait est possible ^

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