II . Bien physique sopérieur au mal physique
M. Bayle agite cette question, s'il y a plus de mal physique que de bien physique dans ce monde ^? Pour la bien décider, il faut expliquer en quoi ces bîens et ces maux consistent. Nous convenons que le mal physique n'est autre chose que le déplaisir, et je comprends là-dessous la douleur^ le chagrin et toute autre sorte d'incommodité. Mais le bien physique consbte-t-il uniquement dans le plaisir? M. Bayle paraît être dans ce sentiment; mais je suis d'opinion qu'il consiste encore dans un état moyen, tel que celui de la santé. L'on est assez bien quand on n'a point de mal; c'est un degré de la sagesse de n'avoir rien de la folie,
Sapientia prima est, Stoltitia caruiise.
C'est comme on est fort louable quand on ne saurait être blâmé avec justice :
si non culpabor, sat mihi laudis erit.
Et^sur ce pied-là, tous les sentiments qui ne nous déplaisent pas, tous les exercices de nos forces qui ne nous ^incommodent point,
• Théodicée, t. !, p. 4S8, n" S.
• nép, aux Questions d'un prtHHRe.tCh. lxxv, t. 2.
THBOLOGIB NATTOlBLUt. 303
et dont rempêcbement nous incommoderait, sont des biens physiques, lors même quils ne nous causent aucun plaisir; car leur privation est un mal physique. Aussi ne nous apercevons-nous du bien de la santé et d'autres biens semblables que lorsque nous en sommes privés. Et sur ce piedlà, j'oserais soutenir que même en cette vie les biens surpassent les maux, que nos commodités surpassent nos incommodités, et que M. Descartes a eu raison d'écrire ' que < la raison naturelle nous apprend que nous avons plus de biens que de maux en cette vie. »
Il faut ajouter que l'usage trop fréquent et la grandeur des plaisirs seraient un très-grand mal. U y en a qu Hippocrate a comparés avec le haut-mal, et Scioppius ne fit que semblant, sans doute, de porter envie aux passereaux pour badiner agréablement dans un ouvrage savant, mais plus que badin. Les viandes de haut goût font tort à la santé, et diminuent la délicatesse d'un sentiment exquis^ et généralement les plaisirs corporels sont une espèce de dépense en esprits, quoi qu'ils soient mieux réparés dans les uns que dans les autres.
Cependant, pour prouver que le mal surpasse le bien^ on cite M. de La Mothe Le Vayer ', qui n'eût point voulu revenir au monde, s'il eût fallu qu'il jouât le même rôle que la Providence lui avait déjà imposé. Mais j'ai déjà dit que je crois qu'on accepterait la proposition de celui qui pourrait renouer le fil de la parque, si on nous promettait un nouveau rôle, quoiqu'il ne dût pas être meilleur que le premier. Ainsi, de ce que M. de La Mothe Le Vayer a dit, il ne s'ensuit point qu'il n'eût point voulu du rôle qu'il avait déjà joué, s'il eût été nouveau, comme il semble que M. Bayle le prend.
Les plaisirs de l'esprit sont les plus purs et les plus utiles pour faire durer la joie. Cardan, déjà vieillard, était si content de son état, qu'il protesta avec serment qu'il ne le changerait pas avec celui d'un jeune homme des plus riches, mais ignorant. M. de La Mothe Le Vayer le rapporte lui-même sans le critiquer. Il parait que le savoir a des charmes qui ne sauraient être conçus par ceux qui ne les ont point goûtés. Je n'entends pas un simple savoir des faits, sans celui des raisons ; mais tel que celui de Cardan, qui était effectivement un grand homme avec tous ses défauts, et aurait été incomparable sans ces défauts.
* Tome f, lettre IX.
* Lettre Gxxxiv*
3^4 «HBOIiOGiB HATO&SLLB.
Félix qui pot ait reruni oognoscere causas ! Ille metus omoes et inexorabile fatum Siibjecit pedibus.
Ce n'est pas peu de chose d*étre content de Dieu et de Tunivers, de ne point craindre ce qui nous est destiné, ni de se plaindre de ce qui nous arrive. La connaissance des vrais principes nous donne cet avantage, tout autre que celui que les Stoïciens et les Epicuriens tiraient de leur philosophie. Il y a autant de différence entre la véritable morale et la leur, qu'il y en a entre la joie et la patience : car leur tranquillité nétait fondée que sur la nécessité ; la nôtre le doit être sur la perfection et sur la beauté des choses, sur notre propre félicité.
Mais que dirons-nous des douleurs corporelles? Ne peuventelles pas être assez aigres pour interrompre cette tranquillité du sage P Aristote en demeure d'accord ; les Stoïciens étaient d'un autre sentiment, et même les Epicuriens. M. Descartes a renouvelé celui de ces philosophes ; il dit, dans la lettre qu'on vient de citer, « que même parmi les plus tristes accidents et les plus pressantes douleurs on peut toujours être content, pourvu qu'on sache user de la raison. « M. Bayle dit là -dessus ' « que c'est ne rien dire, que c'est nous marquer un remède dont presque personne ne sait la préparation. » Je tiens que la chose n'est pas impossible^ et que les hommes y pourraient parvenir à force de méditation et d'exercice. Car, sans parler des vrais martyrs et de ceux qui ont été assistés extraordinairement d'en haut, il y en a eu de faux qui les ont imités ; et cet esclave espagnol qui tua le gouverneur carthaginois pour venger son maître, et qui en témoigna beaucoup de joie dans les plus grands tourments, peut faire honte aux philosophes. Pourquoi n'irait-on pas aussi loin que lui.*^ On peut dire d'un avantage comme d'un désavantage :
Cnivis potest accidere, quod caicqaam potest.
Mais encore aujourd'hui des nations entières, comme les Hurons, les Iroquois,les Galibis et autres peuples de l'Amérique, nous font une grande leçon là -dessus; Ton ne saurait lire sans étonnement avec quelle intrépidité et presque insensibilité ils bravent leurs ennemis, qui les rôtissent à petit feu et les mangent par tran-
/ • Réponse au Provincial, t. 3, ch. 167, p. 991.
ches. Si de telles gens pouvaient garder les avantages du corps et du cœur, et les joindre à nos connaissances, ils nous passeraient de toutes les manières.
ExUt ut in mediîs tarris aprica casis.
Us seraient par rapport à nous, ce qu'un géant est à un nain, une montagne à une colline :
Quantus Erjx, et quantos Atbos, gaudetqne dI? ali Verticc se attoJlens pater Apenninus ad auras.
Tout ce qu'une merveilleuse vigueur de corps et d'esprit fait dans ces sauvages entêtés d'un point d'honneur des plus singuliers, pourrait être acquis parmi nous par l'éducation, par des mortifications bien assaisonnées, par une joie dominante fondée en raison, par un grand exercice à conserver une certaine présence d'esprit au milieu des distractions et des impressions les plus capables de le troubler. Ou raconte quelque chose d'approchant des anciens Assassins, sujets et élèves du vieux ou plutôt seigneur (senior) de la Montagne. Une telle école, mais pour un meilleur but, serait bonne pour les missionnaires qui voudraient rentrer dans le Japon. Les gjmnosophistes des anciens Indiens avaient peut-être quelque chose d'approchant, et ce Calanus, qui donna au grand Alexandre le spectacle de se faire brûler tout vif, avait sans doute été encouragé par de grands exemples de ses maîtres, et exercé par de grandes souffrances à ne point redouter la douleur. Les femmes de ces mêmes Indiens, qui demandent encore aujourd'hui d'être brûlées avec les corps de leurs maris, semblent tenir encore quelque chose du courage de ces anciens philosophes de leur pays. Je ae m'attends pas qu'on fonde sitôt un ordre religieux, dont le but soit d'élever l'homme à ce haut point de perfection : de telles gens seraient trop au-dessus des autres et trop formidables ajox puissances. Comme il est rare qu'on soit exposé aux extrémités où Ton aurait besoin d'une si grande force d'esprit, on ne s'avisera guère d'en faire provision aux dépens de nos commodités ordinaires, quoiqu'on y gagnerait incomparablement plus qu'on n'y perdrait. . .
Cependant cela même est une preuve que le bien surpasse déjà le mal, puisqu'on n'a pas besoin de ce grand remède. Euripide l'a dit aussi :
Sp6 TBÉOLOQIB NATIIBBIiLS.
Mala nostra longe jndjco vinci a bonis.
Homère et plusieurs autres poètes étaient d'un autre sentiment, et le vulgaire es% du leur. Cela vient de ce que le mal excite plutôt notre attention que le bien ; mais cette même raison confirme que le mal est plus rare. Il ne faut donc pas ajouter foi aux expressiou; chagrines de Pline, qui fait passer la nature pour une marâtre, et qui prétend que Thomme est la plus misérable et la plus vaine de Il toutes les créatures. Ces deux épithètes ne s accordent point : on
n'est pas assez misérable quand on est plein de soi-même. Il est vrai que les hommes ne méprisent que trop la nature humaine, apparemment parce qu'ils ne voient point d'autres créatures capables d'exciter leur émulation f mais ils ne s'estiment que trop, et ne se contentent que trop facilement en particulier...
Dans la comparaison des prospérités et des adversités de celte vie, M. Bayle voudrait presque écarter la considération de la santé; il la compare aux corps raréfiés qui ne se font guère sentir, comme l'air, par exemple ; mais il compare la douleur aux corps qui ont beaucoup de densité, et qui pèsent beaucoup en peu de volume. Mais la douleur même fait connaître l'importance de la santé lorsque nous en sommes privés. J'ai déjà remarqué que trop de plaisirs corporels seraient un vrai mal, et la chose ne doit pas être autrement; il importe trop que l'esprit soit libre. Lactance ' avait dit que les hommes sont si délicats, qu'ils se plaignent du moindre mal, comme s'il absorbait tous les biens dont ils ont joui. M. Bayle dit là- dessus qu'il suffit que les hommes soient de ce sentiment pour juger qu'ils sont mal, puisque c'est le sentiment qui fait la mesure du bien et dû mal. Mais je réponds que le présent sentment n'est rien moins que la véritable mesure du bien et du mal passé et futur. Je lui accorde qu'on est mal pendant qu'on fait ces réflexions chagrines; mais cela n'empêche point qu'on n'ait été bien auparavant, et que tout compté et tout rabattu le bien ne surpasse le mal.
Je ne m'étonne pas que les païens, peu contents de leurs dieux, se soient plaints de Prométhée et d'Epiméthée de ce qu'ils avaient forgé un aussi faible animal que l'homme, et qu'ils aient applaudi à la fable du vieux Silène, nourricier de Bacchus, qui fut pris par le roi Midas, et pour prix de sa délivrance lui enseigna cette pré-
* Divin. Instit., lil)* 3, c. 18.
THÉOLOGIE NATUBBLLB. ^ 3gy
tendue belle sentence : Que le premier et le plus grand des biens était de ne point naître; et le second, de sortir promptement de cette Tie^ Platon a cru (jue les âmes avaient été dans un état plus heureux; et plusieurs des anciens, et Cicéron entre autres dans sa Consolation (au rapport de Lactance), ont cru que pour leurs péchés elles ont été confinées dans les corps comme dans une prison. Ils rendaient par là une raison de nos maux, et confirmaient leurs préjugés contre la vie humaine : il n*y a point de belle pri* son. Mais outre que même, selon ces mêmes païens, les maux de cette vie seraient contre-balancés et surpassés par les biens des vies passées et futures, j*ose dire qu'en examinant les choses sans prévention, nous trouverons que Tun portant l'autre la vie humaine est passable ordinairement;, et y joignant les motifs de la religion, nous serons contents de Tordre que Dieu y a mis... Mais quand même il serait échu plus de mal que de bien au genre humain, il . suffît, par rapport à Dieu, qu'il y ait incomparablement|plus de bien que de mal dans l'univers \
DUGUALD-STBVART. >
De Texistenee de Dieu.
On s'y est pris de deux manières pour démontrer l'existence de Dieu, et Ton distingue ordinairement ces deux méthodes par les dénominations d'arguments à priori et à posteriori : la première partant de certaines propositions métaphysiques prises comme axiomes, et la seconde s'appuyant sur cet ordre systématique et ces rapports de^ moyens à la fin, qui éclatent dans la nature avec une évidence si complète.
Le docteur Clarke a développé avec beaucoup de force et de talent l'argument à priori : la manière dont il le construit semble lui avoir été suggérée par ce passage des Principes de Newton : Eternus est et injînitusy omnipotens et omnisciens^ id est durât ab œterno in œternum et adest ab infinito in infinitum. Non est ceter^ ni tas et injinitas^ sed œternus et injinitus : non est duratio et spa- . tiuniy sed durât et adest. Durât semper, et adest ubique; et existendo semper et ubique, durationem et spatium constituit. Partant des mêmes principes, Clarke soutient « que l'espace et le temps fie sont que des conceptions abstraites d'une immensité et d'une éternité
* Clc, Tuscul., lib. I.
s Theodicée^ X, 2, p. 21 6, ii« 25fl .
qui entrent de force dans notre crcjBxtoe : et oomme I etemiié et' rimmeosité ne sont point des substances, elles doivent être les aittribnts d'un être qui est nécessairement immense et étemel » «<3e sont là, dît le docteur Reid, des spéculations d'hommes supé* lîeurs ; mais de savoir si elles sont ausn solides que sublimes, ou si l'on ne doit les prendre que pour des écarts de l'imagination humaine dans une région qui dépasse notre portée, c'est une question que je ne saurais décider. »
Sans mettre en doute la solidité de la démonstration de Clarke, on nous permettra de dire que la preuve à posteriori est plus à la portée du commun des hommes et plus satisfaisante même pour le philosophe. A coup sur, dans des recherches pareilles, la présomption est grandement en faveur du mode de raisonnement le plus simple et le plus naturel : Quidquid nos "vel meliores ^el beatior^ facturum est, aut in aperto^ aut in proximOy posait natura. . Cependant l'existence d un Dieu ne paraît pas être une vérité intuitive. Pour être offerte à l'esprit dans toute sa force, Tintervention du raisonnement est nécessaire. Mais un pas le mène au but, et les prémisses d'où il part appartiennent à cette classe de principes primitifs qui forment une partie essentielle de la constitution humaine. Ces prémisses sont au nombre de deux : i^ que toute chose qui commence d'exister a une cause ; a® qu'un ensemble de moyens, combinés pour une fin particulière, implique intelligence.
I. De l'autorité de nos conclusions de l'effet à la cause, et de l'évidence d'an
pouvoir actif dans l'unîTers.
Nous avons observé (Introd. 3) que notre connaissance du cours de la nature est tout entière le résultat de l'observation et de l'expérience ; et que, dans aucun cas, nous ne percevons entre deux événements successifs une connexion qui nous autorise à inférer nécessairement lune de l'autre.
Hume a tiré de ce principe, généralement admis par les philosophes, une objection contre la preuve à posteriori de l'existence de Dieu. Après avoir prouvé que l'observation de deux événements qui se succèdent ne peut nous donner l'idée de connexion nécessairey il prend pour principe reconnu que nous n'avons d'autre idée de cause et ^ effet que celle de deux événements invariablement unis dans leur succession ; et il en conclut que nous n'avons aucune raison de penser qu'un événement soit en réali^
nécessairement dépeadam-d'un autre, ni que les changements que nous observons dans Vunivers impliquent laction d'un pouvoir» h Pour saisir la liaison qui existe entre les prémisses de Hume et sa*conclusion, il faut rappeler loi que, d'après son système, « nos idées ne sont que des copies de nos impressions^ ou, en d'autres termes, qu'il nous est impossible de penser une chose que nous n'ayons pas auparavant sentie par nos sens externes ou notre conscience. » Ayant donc prouvé que les objets externes en apparais* sant à nos sens ne nous donnent point l'idée de pouuoir ou de connexion nécessaire, et que cette idée ne peut non plus provenir d'aucune impression interne (ou, ce qui revient au même, de la conscience des opérations de notre âme), il se croit autorisé à conclure que cette idée n'est point en nous. « Un événement, dit-il, se produit à la suite d'un autre; mais entre eux, nous n'observons jamais aucune dépendance ; ils semblent juxtaposés, mais jamais unis. Et comme l'idée d'une chose qui n'apparaît jamais à nos sens citernes ni à notre conscience est impossible, on peut, ce nous semble, en conclure rigoureusement que nous n'avons point ridée de connexion ou de pouuoir; et que ces mots sont absolument vides de sens toutes les fois qu'on les emploie ou dans les raisonnements philosophiques, ou dans le commerce ordinaire de la vie. »)
Devons-nous rejeter ainsi, comme parfaitement inintelligible, un mot qu'on retrouve dans toutes les langues, uniquement parce qu'il exprime une idée, dont l'origine n'a point d'explication dans un certain système philosophique P Ne serait-il pas bien plus raisonnable de soupçonner^ que le système n'est point assez complet, que d'admettre l'adoption par le genre humain tout entier d'un mot qui n'a point de sens ?
Quant à la théorie de Hume sur l'origine des idées, il est d'au* tant moins nécessaire d'en faire l'objet d'une discussion spéciale, qu'elle coïncide dans les points principaux avec celle de Locke, contre laquelle nous avons présenté quelques objections qui paraissent sans réplique. Ni l'une ni l'autre ne peuvent expliquer l'origine de ces notions simples qu'aucun sens ne reçoit immédiatement, que notre conscience ne trouve point en nous, mais que notre esprit forme nécessairement à mesure que nos facultés intellectuelles s'appliquent à leurs objets respectifs.
Ces observations très-claires suffisent pour montrer qu'on n'a point le droit de révoquer en doute la réalité de notre idée de pouvoir, parce qu'on ne peut en rapporter l'origine à aucun de nos
400 TBBOIiOGIB N ATVBXLUU
sens. La seule question est de saToir si nous attachons au mot de pouvoir une autre |idée que celle de pure succession ? Or, les considérations suivantes, entre beaucoup d*autres, prouvent que la /signification de ces deux expressions est entièrement différente.
i^ Si l'idée de cause et àl effet ne différait point à nos yeux de celle de pure succession^ il nous semblerait aussi absurde de se* parer deux événements que nous avons toujours vus réunis, que de supposer qu'un changement arrive sans cause. Cependant la première supposition se conçoit dans tous les cas; et nous pouvons prononcer avec certitude que la seconde est impossible.
7,^ L'expérience des rapports établis entre les événements physiques, est une base trop étroite pour la croyance que tout changement doit avoir une cause. Hume a lui-même observe que le vulgaire enferme toujours Vidée de contiguïté de lieu dans celle de causation ; c'est-à-dire qu'il ne conçoit pas que la matière produise d'effet autrement que par impubion. Si donc tous les changements que nous avons perçus avaient été précédés par une impulsion visible, l'expériencie aurait pu nous apprendre à conclure d'un changement observé à une impulsion préalable, ou, selon la notion de cause de Hume, d'un effet produit à une cause qui Ta produit. Mais, parmi les changements que nous voyons, combien peu sont produits par une impulsion apparente? Et cependant^ dans tous les cas de changement, sans exception, nous sommes irrésistiblement convaincus de l'action d'une cause. Comment, dans les principes de Hume, expliquerons-nous cette conviction pour les cas où rien n'annonce qu'une impulsion intervienne?
La question cependant recule encore, et Ton se demande comment nous acquérons l'idée de causalité, de pouifoir, ou dUefficor cité productive? Mais si l'on admet les observations précédentes, ce problème est comparativement de peu d'importance; car les doutes qui peuvent s'élever sur ce point laissent intacte la réalité de l'idée ou de la notion, et ne sauraient aboutir qu'à montrer l'imperfection de quelques systèmes philosophiques.
La solution la plus probable de la question paraît être que l'idée de causalité ou de pouvoir accompagne nécessairement l'idée de changement, comme la sensation implique un être sentant, et la pensée un être qui pense. Le pouvoir de commencer le mouvement n'est pas moins un attribut de l'esprit que la sensibilité ou l'intelligence, et partout où commence un mouvement, l'action de l'esprit est pour nous une chose indubitable.
Avons-nous le droit d'en conclure que le pouvoir divin est con-
THBiMaooigr: manaamu 4or
stamment occupé à produire les phénomènes du monde matériel, et pouTOiiMious supposer qu'une seule et même causeaccomplisse cette multitude infinie d'effets qui se manifestent à chaque moment dans ruoivers?
Plusieurs philosophes ont regardé cette conclusion comme trop absurde pour mériter un examen sérieux, et l'on a proposé pour réyiter (hfférentes hypothèses. Voici les plus importantes :
i^ Les phénomènes de la nature sont le résultat de certains pou* Toirs actifs inhérents à la matière et qui font partie de son essence. Cette doctrine a reçu le nom de matérialisme.
2® Ces phénomènes résultent de certains pouvoirs actifs com» muniqués à la matière au moment de la création.
3^ Ils se produisent en vertu de lois générales étahUes par Dieu.
4^ Ils sont l'œuvre d'un agent vivant et spirituel, mais inintelligent, créé par Dieu pour l'exécution de ses desseins, {Cudworth^
5^ Ils sont produits par des âmes, unies aux particules matérielles.
6^ L'univers est une machine construite et mise en mouvement par Dieu. Les effets sans nombre qui en émanent sont peut-être le résultat d'un seul acte de sa puissance.
Ces différentes hypothèses, qui prêtent toutes à des objections insurmontables, et qu'un examen sévère ramènerait pour la plupart à des propositions inintelligibles et dénuées de sens, ont^été adoptées par des esprits ingénieux, et préférées à la sublime et simple doctrine, qui rapporte à l'action perpétuelle d'un être suprême la conservation et le mouvement de l'univers créé par sa puissance ; doctrine à laquelle on ne peut opposer que des préjugés, résultant de notre imperfection, et qui n'exclut point les intermédiaires dont l'action divine peut accidentellement se servir pour exécuter ses desseins.
Assurément l'unité de Dieu ne résulte point des observations que nous avons faites jusqu'ici ; mais, en leur donnant les développements qu'elles méritent, elles paraîtront garantir suffisanunent l'induction suivante : que les phénomènes de l'univers démontrent l'action constante d'un pouvoir qui ne saurait appartenir à la matière, ou, ce qui revient au même, l'action constante d'un être spi* rituel. Quant à savoir si' ces phénomènes, comparés ensemble, portent les ms^rques d'une diversité ou d'une unité de dessein, et annoncent le gouvernement d'un seul régulateur tout-puissant, ou de plusieurs divinités indépendantes, ce sont des recherches qui appartiennent à l'article suivant.
T. III. ao
4oa THEOLOGIE NATUBSLLB»
,11. De réridence d'an dessein manifesté dans Tordre de l'anlTers.
La preuve de l'existence de Dieu, tirée de Tordre de Tunivers, porte ordinairement le nom i^ argument des causes finales. Nous n'admettons pas la propriété de cette expression, d'origine aristotélicienne ; mais nous la conservons ici par respect pour l'usage.
Reid a judicieusement remarqué que l'argument des causes finales, réduit en syllogisme, contient deux propositions distinctes : « On peut légitimement remonter des effets au dessein dans lequel ils ont été produits : » c'est la majeure. « Il y a des apparences de dessein dans l'univers : » c'est la mineure. Les anciens sceptiques, ajoute-t-il, accordaient la majeure, mais niaient la mineure; les modernes, par suite des découvertes faites dans les sciences naturelles, ont été forcés d'abandonner le terrain que leurs prédécesseurs avaient défendu, et ont disputé la vérité de la majeure.
Parmi ceux qui ont nié la possibilité de remonter au dessein par les effets. Hume est le plus éminent. Selon lui, toutes les inductions de cette espèce sont illégitimes, n'étant jamais ni démontrables par le raisonnement, ni susceptibles d'être déduites de l'expérience.
En examinant l'argument de Hume sur ce sujet, Reid admet que les inductions des ejfets au dessein ne dérivent ni du raisonnement ni de lexpérience; ef cependant il ne laisse pas de soutenir qu'on petit tirer ces sortes d'inductions avec une certitude qu'aucune autre certitude humaine ne surpasse. L'opinion que nous nous formons des talents de nos seniblables, notre croyance qu'ils sont comme nous des êtres intelligents, reposent sur cette induction des ejfets au dessein : ni \ intelligence ni le dessein ne sont perçus par nos sens; et cependant nous^en jugeons sans cesse d après la con- ' duite et les actions; et notre confiance, en portant ces jugements, est tout aussi complète qu'en affirmant l'existence des choses que .nous percevons immédiatement.
D'autres philosophes ont attaqué la majeure de ce syllogisme par un argument un peu différent. Pour juger de la sagesse d'un ^ssein, il est nécessaire, observent-ils, de connaître d'abord quelle lin l'auteur se propose, et d'examiner ensuite les moyens qu'il emploie pour l'atteindre. Or, que savons-nous de l'univers, sinon que certaines choses sont accomplies? Pouvons-nous jamais leS comparer avec un plan préalablement conçu? Une pierre lancée ail hasard doit nécessairement frapper quelque part : lorsque nouS
■«iïB^-.X-
THSOLOGIE NATURELLE. 4^3
voyons \ effet et que nous ignorons le dessein^ avons- nous le droit de louer Thabileté du tireur?
Parmi beaucoup de considérations qui répondent à cette objection, les suivantes nous paraissent mériter une attention particulière.
i^ Bien que d'un simple effet nous ne puissions conclure Tin* telligence de la cause, cependant le cas est différent lorsque nous voyons plusieurs causes conspirer à une même fin. Non-seulement alors nous percevons un effet produit, mais nous avons la conviction intime qu'il était l'effet voulu. Qu'une seule pierre frappe un objet, rien ne nous autorise à conclure que l'objet touché soit l'objet visé; mais que penserions-nous si nous voyions le même objet invariablement atteint par un grand nombre de pierres lancées successivement ?
2^ On peut citer beaucoup de cas où nous pouvons comparer la sagesse de la nature avec la fin qu'elle se propose. L'économie du corps humain nous en offre surtout plusieurs exemples remarquables. Lorsqu'un accident ou quelque indisposition porte atteinte à notre constitution, il est bien reconnu que le corps possède en lui-même la faculté d'alléger le mal ou d'y remédier. Dans des cas pareils, nous ne voyons pas seulement un effet produit; nous voyons de plus l'action des causes naturelles dirigée vers une fin particulière, le rétablissement du système animal.
3^ Il y a des cas, particulièrement dans l'économie animale^ où l'accomplissement du même effet s'opère, selon les circonstances, par des moyens très-différents; en sorte que nous pouvons facilement comparer la sagesse de la nature avec la fin qu'elle se propose. « Li*art et les moyens, dit Baxter, semblent multipliés à dessein, afin que nous ne puissions prendre ce qui arrive pour l'effet du hasard; et dans quelques cas, la méthode elle-même varie, afin que nous ne puissions lattribuer à une aveugle nécessité. » L'anatomie comparée présente nombre de faits à l'appui de cette doctrine. En observant l'effet produit par tel organe dans un animal, peut-être ne serions-nous pas autorisés à conclure que l'organe a été fait pour l'accomplir; mais lorsque, dans différentes espèces d'aniniaux, nous voyons le même effet produit par des moyens tout autres, nous ne pouvons douter que tel a été, dans tous les cas, l'effet voulu par la nature. Ce n'est pas tout : en comparant l'anatomie des différentes espèces d'animaux, nous trouvons que les diversités qu'offre leur conformation se rapportent à la manière de vivre à laquelle ils sont destinés, au point que si Ton connaît leurs habitudes, on peut à priori en induire la structure de leur corps.
4d4 TVéOLOGIS KATCmBUS.
n suit des remarques précédentes que 1 on peul remonter lé^* mement des eJJeU au dessein; et, de plus^ qu'en examinant dans les différentes parties de runiyers les moyens employés pour ^a^ oomplissement des phénomènes qu il manifeste, partout on peut trouver, et Ton trouve en effet, des traces de dessein. Reste à présent une autre recherche encore plus importante, qui consiste à étudier les caractères de ce dessein déployé dans l'univers, afin de découvrir quel degré de sagesse il annonce, et s*il porte ou ne porte pas les marques de l'unité. Ia première partie de cette recherche tend à nous donner une plus haute idée de l'Etre suprême; k seconde est nécessaire à la démonstration de son unité.
L'étude de la philosophie, soit qu'elle prenne pour objet la nature ou l'homme, jette à chaque pas de nouvelles lumiàres sur les recherches dont il s'agit Chaque découverte qui ajoute à la somme des connaissances humaines répand une nouvelle évidence sur les vérités de la religion naturelle* Aussi, chez les hommes qui se dévouent avec candeur et sincérité à l'avancement de la science, la conviction marche de front avec la lumière et grandit avec les vues. Et de là s'élève une présomption consolante : c'est que Tinfluence que ces vérités exercent déjà sur la multitude, dans l'état actuel de la société, croîtra continuellement à mesure que la philosophie mettra dans un plus grand jour l'ordre de l'univers matériel, et que le développement des destinées de notre espèce fera mieux connaître le plan de la Providence, dans l'administratioii des affsdres humaines.
En étudiant l'univers dans le but d'y trouver des preuves de la sagesse et de l'unité de Dieu, on éprouve une satisfaction particulière à suivre les rapports qu'ont entre elles ses différentes parties, et à remarquer comment des choses en apparence désunies et même éloignées, concourent à l'accomplissement d'un même dessein bienveillant. Les points suivants pourront fournir sur ce suj^t matière à la réflexion :
i^ L'appropriatiou delà conformation organique et des instincts des animaux aux lois du monde matériel; des organes de la resfiration^ par exemple, et de l'instinct de succion^ aux propriétés de l'atmosphère ,* du momentum de lumière à la sensibilité de la ré' tine ; de la construction de l'œil aux lois de la réfraction; du volume et de la force des animaux et des végétaux aux lois de la gravitation et de la cohésion;
^ L'appropriation de la conformation et des instincts des anir
maux auï climats et aux zones de température sous lesquels ils doivent vivre ; '
3® Les rapports entre certains animaux et certains végétaux, ceux-ci fournissent aux premiers une nourriture salutaire dans leui* état de santé, et des remèdes utiles lorsqu'ils sont malades :
4** Le rapport, découvert par la chimie moderne, entre les procédés de la nature dans les règnes animal et végétal ;
6® Les rapports qu'ont entre elles les différentes espèces d'animaux, Tune étant la proie naturelle de Tautre, et chacune ayant ses armes offensives et défensives;
6^ Les rapports qui se manifestent entre l'instinct périodique de migration des espèces voyageuses, et la marche des saisons ainsi que les productions de différentes parties du globe très -éloignées.
Mais rien n'est plus frappant, sous ce point de vue, que les rapports qui existent entre la nature de l'homme et les circonstances extérieures au sein desquelles il est placé. L'examen de ses facultés perceptives et de ses pouvoirs intellectuels, dans leur concordance avec la structure et les lois du monde matériel, offre, par exemple, le sujet le plus curieux et le plus étendu aux spéculations philosophiques.
Ce qui n'est pas moins digne d*admiration, c'est de voir comment les objets qui l'environnent sont appropriés à ses appétits, i ses besoins physiques, à ses tnanières de jouir. Sur ce point, lés précautions prises à notre égard surpassent infiniment tout ce qiie &0US observons d'analogue à l'égard des animaux, et la différenée est assez frappante pour nous autoriser à conclure que notre botiheur et notre perfectionnement ont été l'objet principal de Faiv rangement de ce monde.
Une autre vue de la nature qui ne contribue pas moins à fair« ressortir cette unité de dessein qui est la base de notre croyance à l'unité de Dieu, ce sont les analogies que nous pouvohs remarquer entre les parties de l'univers qui tombettt sous notre observation. On en découvrira de bien frappantes si l'on soumet à ua examen comparatif, i» les conformations organiques de diverses espèces d'animaux; a® les règnes animal et végétal; et 3® les difle^ rentes lois qui règlent les phénomèttes du monde matériel.
Il est agréable de penser que les recherches philosophiques^ partout où elles ont pénétré, owt irélrouvé le monde soumis à Tu* niformité régulière du^^éme plïin. En général les anôens supposaiem qu'il tt'y a rien de comMUit entre? les lois qui gouvernent
4o6 THÉOLOGIS NATURELLE.
les phénomènes célestes et celles que nous observons dans le cercle de notre expérience. Les découvertes modernes ont montré combien ils s'étaient mépris, et ce fut sans doute la présomption que leurs idées sur ce point pouvaient n'être pas justes, qui conduisit à la théorie de la gravitation. Toutes les découvertes subséquentes ont confirmé cette conjecture.
Ce ne sont pas seulement les lois les plus générales des corps terrestres qui étendent leur empire jusqu'aux parties les plus éloignées de l'univers. Il y a lieu de soupçonner que l'arrangement des détails à la surface des planètes est à peu près le même qu'icibas.
Malgré l'intérêt qui s'attache aux spéculations physiques, on trouve plus de plaisir encore à démêler l'uniformité de dessein déployé dans le monde moral; soit que rapprochant les instincts des hommes de ceux des bêtes, et les intincts des diverses espèces d'animaux les uns des autres, on s'attache à saisir parmi cette étonnante variété de moyens employés à l'accomplissement d'un même but, l'analogie qui leur imprime un caractère commun; soit que, retrouvant dans Tàme des différents individus de notre espèce l'influence des mêmes affections et des mêmes passions, on suive l'uniformité de leurs effets chez les hommes de tous les rangs et de tous les pays. Et de là le charme singulier qui s'attache à ce ^u'on appelle la nature dans les compositions épiques et dramatiques, alors que le poëte parle un langage qui trouve un écho dans tous les cœurs, et fait entendre des accents qui percent à travers les préjugés de l'éducation et de la mode, et rappellent aux lecteurs ou aux spectateurs de toutes les classes, l'existence de ces liens mo- . Taux qui unissent chaque honune à son semblable, et tous ensemble à leur commun créateur».
Avant d'abandonner ce sujet il est bon de faire une remarque:
c'est qu'on ne doit pas considérer les raisonnements métaphysiques
. que nous avons employés pour l'éclaircir, comme faisant partie de
.l'argument qui prouve l'existence de Dieu. Cet argument, comme
. nous l'avons d'abord annoncé, est la conséquence immédiate des
deux principes que nous avons posés en débutant. Les explications
qui ont suivi n'avaient point pour objet de confirmer la vérité de
la proposition, mais de combattre les arguties que le scepticisme a
dirigées contre elle.
Mais le raisonnement et la réflexion sont nécessaires pour éle- Ter notre esprit à la notion sublime des al^ributs divins et les guérir des préjugés qu'élèvent en lui des vues limitées et fausses de la
nature. Tant que Tattention humaine s'attache à des apparences isolées et partielles, le polythéisme s'ofFre à elle comme lacroyance la plus vraisemblable : ce n'est que lentement et par degrés que la philosophie entr* ouvre ces magnifiques pel*spectives de Tunivers, au sein desquelles les événements physiques et moraux enchaîna se manifestent à nous comme les éléments d'un seul système et les moyens d'un même plan.
• Les objections sceptiques dont nous avons parlé ne sont pas le* seules qu'on ait proposées contre la spéculation des causes finales : d'autres ont été faites dans des vues très-différentes. Descartes, en particulier, regardant l'existence de Dieu comme suffisamment établie par d'autres preuves, la considérait comme une tentative non moins absurde qu'impie, de pénétrer dans les desseins de la Providence, et la bannissait entièrementdes recherches philosophiques. On trouve dans les ouvrages de Maupertuis et de Buffon quelques observations à peu près dans le même sens. Boyle, dans un essai spécial sur ce sujet, a répondu d'une manière satisfaisante à cette classe d objections.
A l'appui de cette opinion des philosophes français, on a frequenHnent cité l'autorité de Bacon; mais un examen attentif de ses écrits montrerait que les critiques dirigées par lui contre Aristote et ses sectateurs, relativement à leurs conjectures sur les fins et les intentions de la natiu'e, n'attaquent pas la doctrine ellemême, mais simplement l'abus qu'on en faisait dans Técole péripatétique. Selon lui, c'est une question qui n'appartient pas à la philosophie naturelle, mais à la métaphysique ou à la théologie, et qui ne contribua pas peu à égarer les péripatéticiens dans leurs recherches physiques. Dans un ouvrage qui avait pour but d'expliquer la vraie méthode d'investigation philosophique, il était nécessaire de faire ressortir l'absurdité de la confusion des causes physiques et des causes finales, et l'erreur que l'on commettait en substituant des conjectures sur les desseins de la nature à une exposition de ses opéra tion*5. Peut-être même était- il sage d'appuyer sur la nécessité de bannir entièrement du domaine de la physique de pareilles spéculations, dans un temps où les véritables règles de la méthode étaient si imparfaitement comprises. Mab que Bacon ait voulu condamner la spéculation des causes finales, renfermée dans ses véritables limites et appliquée à son objet propre, c'est une erreur non moins victorieusement démentie par une foule de passages particuliers de ses écrits, que par leur caractère et leur tendance générale.
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A présent que la vraie méthode de philosbpher en pfajn<|ii6 «ftt assez généraleineat comprise, il nous semble moins nëcessain de bannir les causes finales de cette branche de la science, pourm toujours qu'on les distingue des causes physiques avec lesquelles il n'y a plus guère de danger qu'on les confonde imprudemmefit. Moyennant cette précautioUi la considération des causes finales, loin d'égarer, peut fréquemment servir à diriger nos recherches. C'est, au fait, une manière de raisonner familière à tout philo aophe, quelle que soit son opinion spéculative sur la religion naturelle. Ainsi, dans l'étude de l'anatomie, on procède toujoun d'après cette maxime, que rien dans le corps d'un animal n'a été &it en vain ; et lorsqu'cHi trouve une partie dont l'usage a'est point érident, on n'est point satisfait qu'on n'ait découvert, au moins en partie, le but auquel elle est destinée. « Je me rappelle, dit Boyle, que lorsque je demandai à notre fameux Harwey coinment il avait été conduit à l'idée de la circulation du sang, il itte répondit que, quand il s'aperçut que les valvules de tant de veines étaient placées de manière à laisser un libre passage au sang vers le cœur, tandis qu'elles lui fermaient tout accès dans la directioD contraire, il ne put croire que la nature, si pleine de providence, eût placé tant de valvules sans dessein; or, puisque le sang ne pouvait, à cause de l'interposition des valvules, être envoyé aux aoembres par les vdnes, rien ne paraissait plus^raîsonatable qw de supposer qu'il était envoyé aux membres par les artères, et re* Tenait par les veines, dont les valvules ne mettaient plus alofs d'empédiement à son cours. »
Une exposition des avantages et des abus possibles, attadiés aux spéculations concernant les canses finales, est encore un deri^ deratum dans la science, et formerait une importante addition i cette branche de la logique qui a pour but d'établir les règles de l'investigation philosophique ^