MASSIAS
Moupement^^Vn corps, changeant de lieu, passant d'un poiilt de l'espace dans un autre point, nous donne le mouvement, #a^ cession de rapports de position. Ainsi, dans le mouvement, il y > temps, durée, puisqu'il y a succession.
L'égalité des moments du mourement donne aux yeux et à Tee-
* £sfuisses de philosophie morale. *
prit sa tnesare, eelle de l'espace et eelle du temps. L*aigtiille qoi là marqué une seconde a divisé et mesuré en même temps sa pn^pne pro{[ression9 la durée de cette progression et la surface du cadran.
Nous sommes ici à la racine de la métaphysique, c'est-à-dire dte la plus haute philosophie : qui meut l'aiguille ? qui détend le ressort? en vertu de queWe puissance un corps passe-t-il d'un point de l'espace dans un autre point? où est l'origine du mouvement ?
La première manière dont est posée la question nous servira peut-être à en donner la solution. Un corps se meut-il par sa propre vertu ? se meut-il par une force qui ne soit point lui, qui soit hors de lui ?
Pour répondre avec précision, songeons à ce qu'est le mouvement. Nous avons vu qu'il est déplacement. Mais déplacement est un acte; à qui est-il donné de produire des actes ?
Nous en produisons ; qui les produit en nous ? notre volonté. Elle dit aux yeux : Ouvrez-vous, et ils s'ouvrent ; aux pieds : Marchez, et ils marchent; aux mains : Saisissez le corps, et elles le saisissent ; Lancez-le contre un autre corps, et elles le lancent.
La volonté produit des actes; les actes sont des effets; la volonté est donc cause. Le mouvement est donc un acte^ un effet ayant sa cause dans hL^oolontéJ^oxxx mouvement est un titre de suzeraineté sur la matière.
Je ne penserai jamais que la pi^re qui tombe, que le fleuve qui coule, que la flamme qui s^élèue, que l'astre qai parcourt les cieux, aient des volontés qui produisent leur déplacement. Tout cela est mu et ne se meut pas.
U y a plus de spontanéité dans le polype que dans le soleil, pacee que, dtms le premier, il y a volonté d'être qui manque au dernier.
Mais s'il est des actes aveugles et presque automatiques, il en est aussi d'intelligents^ qui annoncent u»e sagesse, une multitude, u«e profondeur de vues et de combinaisons au-dessus de tout ce que Rous pcmvons imaginer, concevoir et calculer.
Ainsi, tout mouvement nous montre tme volonté; tout mottventesne ordonné nous montre une volonté intelligente.
Toute volonté intelligente suppose rigoureusement indiHdua» Hté; car volonté et intelligence ne sont nullement dipisibles.
Donc tout homme, à moins d*étre privé des qualités qui cofistituettt son espèce , reconnaît une volonté, une intelligence, une cause, aussi supérieures à sa volonté, à son intelligence et à son pouvoir, que les mouvensttits produits dans l'univers sont fupé-
4lO TBSOLOGIB NATURELLB.
rieurs en puissance et en savoir à ceux qu'il peut; produire lui< même* Il n*est poini d'athées.
Il peut'nëanmoins exister des hommes qui voudraient Vétre, (pii croient letre, qui disent i être, et qui, dupes d*un étrange orgueO, seraient bien aises d*étre réputés tels.
Qu on me montre un homme, fait comme le reste du genre humain, qui, en voyant marcher tout seuls les trépieds d*Homère,ne songe point à un moteur^ alors je veux bien consentir à croire qu'il y a des athées.
Quon me montre des personnes bien organisées, persuadées qu'un vaisseau de haut-bord, tout équipé, voguant à pleines voiles, la proue constamment dirigée vers sa destination, est une œuvre du hasard, conduite par le hasard ; alors je veux bien consentir à croire qu'il y a des athées.
Cause. — Le mouvement a son origine dans la volonté; la volonté a son principe d'action en elle-même; la volonté est cause. « Toute cause est force intelligente ayant en soi son prindpe d'action. »
Vouloir est agir. La volonté est cause et effet. Elle est aussi rapport, lien entre la cause et l'effet ^; car, si le lien, le rapport, appartenait à une autre qu'elle, elle n'aurait plus en soi le moyen d'agir, elle ne serait plus volonté ; son principe d'action ne serait plus en elle, le moyen n'y étant plus.
Vouloir est agir; penser est agir; les actes de la volonté et de l'intelligence n'existaient pas avant la détermination qui les a formés. Une fois formés, ces actes sont si bien existants, si bien distincts de l'être duquel ils émanent, qu'ils sont connus identiquement, et personnellement possédés par tous les individus de la race . humaine auxquels ils parviennent. Il y a création véritable. Mon moiy doué de libre arbitre, se soumet-il à ses devoirs, se sacrifie-t-il ses penchants? Mon moi, doué d'intelligence, a-t-il besoin d'arrêter par la pensée la marche du monde, pour le considérer comme stationnaire ? J'ai produit ce qui n'était pas; un acte et une pensée sont éclos de mon activité, acte et pensée qui, par la mémoire et l'intelligence, se réalisent dans autrui, sans cesser d'être la propriété du producteur. Dieu, réalité par excellence, n'aurait-il su faire éclore que des phénomènes et des fantômes ? Nous ne prétendons point pour cela expliquer la création ; nous voulons seulement faire entrevoir sa possibilité, et surtout montrer l'insuffisance de
* Voyex Théorie du Beau et du Subiime, p. 2SS.
Tapplication de Tantique axiome ex nihilo niljity rien ne se fait de rien. Ce qui provient d'une cause, d une volonté, ne peut être ôilfait de rien. Comme Terreur ne prescrit pas, nous oserons dire que nous trouvons plus exacte, plus vraie, plus fondée en raison, la proposition suivante : « Le propre de toute cause, de toute volonté, est de tirer de soi-même, sans rien perdre de son essence, ce qui auparavant n'existait pas. »
Ainsi, la notion exacte de volonté donne celle de cause; celle de cause donne effet et rapport, et Tune et l'autre renversent par leur simple présence les sophi$mes que Hume a si artificieusement et si péniblement accumulés dans le dessein de désarmer la raison, en lui ôtant le droit de conclure; nous rendant ainsi étrangers à notre pensée, nous séparant de nos œuvres, nous retranchant de la nature, anéantissant tous les rapports, rayant la loi d'analogie, ouvrant un abîme entre la cause et les effets, et montrant que, bien que les choses se suivent, elles ne s'enchaînent point pour cela.
Cause absolue, — Il y a divers principes d'action, mais il n'y a qu'un seul principe d'être.
Vous n'aurez jamais une base vraiment philosophique, tant que vous ne partirez pas de quelque chose qui ait son principe d'être en soi. Vous vous élèverez, ou vous descendrez toujours de cause en cause, d'effet en effet, sans jamais arriver. Sans cause première, point de causes subalternes, poiYit d'effets.
Ce principe de Vêtre sera l'être des êtres, la cause des causes, la cause première; Tous les effets dériveront d'elle, et son actipn sera le lien, le rapport de tous les effets, l'équation de tous les rap« ports.
Pour produire, il faut vouloir, connaître et pouvoir. « La cause PBEMiERE sera volonté suprême intelligente, ayant en soi son principe d'action et sa raison d'être. »
Le multiple ne peut vouloir. On ne peut vouloir ni par un autre, ni pour un autre. La volonté individualise essentiellement. Le Dieu-univers de Leucippe, de Zenon, de Spinosa et de Dupuis, se perd dans ses fragments, se pulvérise, s'évanouit devant le Dieupersonne, individu qui peut dire : « Je suis celui qui suis. »
Causes relatives, — Ou ne peut vouloir que librement ; tout être qui veut est libre.
L'homme est libre, et de plus, jouissant du libre arbitre, il peut se déterminer entre deux tendances opposées, faire le contraire de ce qu'il aime, et fuir ce qu'il voudrait posséder. Sa volonté fait équilibre à la nécessité de la nature.
4t2 TBiovùem HAnmaBLi^s.
MaU» pour oâla, nous n*ayons point en nous notK raison è*élrê ; noufi pouvions ne pas exister. Nous sommes dans le temps, êtres éventuels, agissant librement, causes relatives, périssables étincelles réalisées et immortalisées par la munifioencedu maître souverain.
Causes secondes.'^^Vour la production de chacune de ses eeuvres, rhomme a besoin d'un acte spécial de' volonté. Tous les êtres, tous les mouvements, tous les phénomènes qui remplissent et ani* ment la scène du monde, ne sont qu'un seul et unique effet initial et permanent d'une détermination de la volonté divine. La créatioi) , acte unique et continu, recommence à chaque instant.
Tous les effets subordonnés au premier effet sont ce que notis nommons causes secondesy d'où naissent sans cesse de nouveaux effets. Elles ne donnent pas, elles restituent l'action et la tpansmettent sans fin. Le dernier acte par lequel la lumière s'est définitivement condensée en diamant a peut-être été précédé d'actes qui égalent en nombre celui des particules de matière dorrt est composé l'univers. Mais comme aucun être n'est rigoureusement stationnaire, au mouvement de composition a succédé celui de décomposition, aussi fécond en interminables résultats. Les effets roulent dans les causes, et les causes dans les effets, comme dans
un cercle perpétuel ^
cousin.
asisonneneottlré delà CausaiHé.
Les principales preuves de Texistence de Dieu sont :
1® La création de l'univers et l'ordre qui y règne ;
Q? Le jugement de mérite et de démérite par lequel notre raison prononce que telle action mérite punition ou récompense, et qui nous foit conclure, des malheurs de l'homme de bien et des pro»> pérités du méchaim l'existence du Dieu rémunérateur et Vengeur;
^ Le consentement de tous les peuples.
Or on peut démontrer que ces trois preuves reposent sur le prin^ dpe de causalité; principe qui peut s'énoncer ainsi : « Tout effisl suppose nécessairement une cause. »
D'abord, si de la création de l'univers et de l'ordre qui y règne Ton déduit l'existence nécessaire d'un erre tom*puissant qui Tait
' Problèmes de V esprit humain , f • ' S9.
créé et le consenre, il est éyiàent que ce n est que par une scpfii* eAtion du principe de causalité. Sans ce principe, le monde n'estqu'un spectacle merreilleux et fortuit, dans lequel rien ne révèW la main qui le présente à nos regardswSans ceprindpe,il nous estpareillement impossible d*armer à la notion de lexistenoe de Dieu par le jugement du mérite et du démérite j' car il n j a que le prin*i cipe de causalité qui puisse, des peines et des récompenses de Tautre vie, nous faire remonter à FEtre suprême qui les distribue* Quant à la troisième preuve, comme le consentement unanime des hommes se compose de la certitude de chacun ; comme chacun est amené à cette certitude par une des preuves précédemment énon*» cées, et que ces preuves, ccmune je viens de le démontrer, ont pour base le principe de causalité, il est évident que c'est aussi sur ce principe que reposent^ en dernière analyse, les croyances fondées sur les preuves déduites du principe en question.
Avant de nous engager dans la recherche de lorigine du prin* cipe de causalité, exprimons-le tel qu il est dans Tintelligence dé« veloppée. Il nous est aujoi|rd*hui impossible de concevoir un mou* veinent sans concevoir une cause qui Tait produit. Ce principe est lié si étroitement à tous nos jugements par l'habitude, qu'il nous est très-difficile de concevoir qu'il n'ait pas toujours été dans notre esprit, et de déterminer l'époque où il y a été reçu. Pourtant il n'est pas un élément primitif de la raison humaine, car il porte tous les ^
caractères de la nécessité, et tout fait primitif est par cela même contingent. Ensuite, il est vrai, la raison éclairée par l'expérience met en œuvre ces faits primitifs, et leur fait rendre des vérités, s<»t nécessaires, soit contingentes, par des procédés que j'expliquerai tout à l'heure ; mais il n'en est pas moins vrai que le composé précède le simple, et que le primitif ne donne que des faits déterminés, variables, contingents, et non des principes généraux, immuables. D'autre part, l'expérience a-t*elle pu seule fournir le principe dont il s'agit? En aucune façon : l'expérience fournit des faits qui éclairent, et non des lois qui obligent ; elle nous montre des individus, et jamais des généralités. Le prinûtif et l'expérience étant aussiin* capables l'un que l'autre de donner le principe de causalité, nous avons dû écsuter ces deux origines fausses qui nous éloignaient de p
ce principe. Maintenant cherchons-en une qui puisse nous y con<* duixe.
liia première question qui ae présente dans cette recherche est celle-ci : Est-ce au monde intérieur ou au monde extérieur que ypW ^^manderona l'origine du principe de causalité? Hume a très-
4l4 TBÉOLOGIB ITATURBIXB.
bien démontré qu'il ne fallait pas chercher la nation de cause dans Texterne seulement. On n*y trouve, dit-il, que des liaisons de faits entièrement contingents, et non dès connexions nécessaires. Qa j a-t-il autre chose dans Timpulsion qu'une boule donne à une autre, que le mouvement simultané de deux corps ronds? Cependant, quand même vous n*aur}ez jamais vu une boute en pousser une autre, vous ne pourriez pas nier que, dans l'exemple précité, un des corps ronds ne soit la cause du mouvement de lautre, et que, sans rimpulsion donnée au premier, toutes choses restant égales d'ailleurs, le second ne fiit resté immobile. D'un autre côté, tous aurez beau consulter l'intérieur seul, vous n'y trouverez qu'obscurité et mystère. Il faut remonter aux premières impressions de l'extériorité sur le moi, pour y chercher quelque éclaircissement à la question. Ce n'est pas que les mêmes faits ne se renouvellent chaque fois qu'un corps extérieur est mis en contact avec nos organes ; mais rhabitude a tellement fondu ensemble ces différents faits que, pour les analyser, il faut se reporter à une époque où l'habitude n'avait pas encore acquis cet jempire. La première fois qu'un corps fut mis en contact avec nos organes, il agit sur nous en ébranlant notre système sensitif, et nous réagîmes sur lui par Fénergie musculaire qui est en nous le principe de tout mouvement; nous f&mes en même temps passifs et actifs. Dans le premier de ces états nous éprouvâmes une sensation de plaisir ou de douleur qui ne nous avertit nullement de l'existence de quelque chose hors de nous, comme cause de cette sensation ; car qu'y a-t-il de commun entre ces idées, plaisir, douleur^ et celles-ci, substance, cause, avant que l'expérience nous en ait appris la liaison ? et nous sup posons un temps où il n'y aurait pas encore d'expérience. Si la sensation passive ne nous apprit rien, il n'en fut pas de même du mouvement produit par notre activité. Ce mouvement nous donna ridée d'effort 5 dans l'idée d'effort est renfermée celle de résistance; dans celle de résistance, celle de substance et de cause ; car ce qui résiste est, et de plus est cause. L'homme perçoit donc l'idée de cause avec l'idée de substance, puisque la substance ne se manifeste à lui que comme cause de résistance à son effort, soit que cette résistance vienne d'un corps extérieur, soit qu'elle vienne de son éniergie musculaire, soit par conséquent qu'elle lui donne la perception du non-moi ou celle du moi. Nous avons doAc obtenu Vidée de cause, mais seulement pour un fait déeerminé.Par exem* pie, ma volonté est cause du mouvement de mon bras : comment élèverons-nous ce fait empirique à la hauteur du nécessaire ? Sera*
THÉOLOGIE ITATURBILB. ÂlS
ce en réunissant autour de ce premier fait des faits semblables à lui, en les comparant et les additionnant ? Non, car ce fait est éminemment contingent, et une collection de faits particuliers de nature contingente donne une vérité générale de la même nature. Ainsi, quand j'énonce ce fait : un bonime a des cheveux, et celui-ci : un autre homme a des cheveux; quand même j'indiquerais ainsi successivement • chaque individu de Féspèce humaine, je naurais dit qu'une vérité générale contingente : tous les hommes connus r jusqu'à ce jour ont des cheveux ; tandis qu'une vérité nécessaire serait celle-ci : un homme ne peut pas ne pas avoir de cheveux, t De plus, chacune de ces propositions particulières est variable ; car j si je change l'un des termes, le sujet homme, par exemple, la pro- . position est détruite. Voyons s'il en est de même de cette autre i proposition exprimant de même un fait déterminé : ma volonté est ^ la cause du mouvement de mon bras. Non, sans doute; il y a bien ^ ici une partie variable et contingente qui se compose des deux g ternies de la proposition, mon bras et ma volonté ; mais en élimij, nant cette partie, il en reste une autre indépendante de celle-ci, ^ c'est le rapport de cause à effet. Comme ce rapport est indépen- « dant des deux termes de la proposition, l'esprit est entraîné par , une impulsion irrésistible à faire abstraction de ces deux termes, ^ et à énoncer le principe dans cette forme générale : il n'y a pas d'effet qui ne suppose une cause, quels que soient la cause et l'effet, puisque la nature de la cause et de l'effet n'influe pas sur le lien de causaliié qui les unit : ce lien a force de nécessité.
Le principe de causalité une fois trouvé, je l'applique à tous les
faits que j'observe. Les différents corps de la nature réagissant les
uns sur les autres de diverses manières, je leur assigne donc la force
[ de causalité; mais je remarque que plusieurs effets sont subordon?»
'■ xkés à la même cause, laquelle n'est elle-même qu'un des effets d'utifë
cause supérieure. Sur celle-ci, je fais la même remarque; je recule
ainsi toujours la puissance causale, jusqu'à ce que, ne trouvant plus
de cause visible, et ne pouvant concevoir d'effets sans cause, je
juge qu'il existe nécessairement une cause inconnue et souveraine,
dont les causes secondaires ne sont que des effets, et c'est cette
cause souveraine que j'appelle Dieu '.
* /fragments philosophiques, p. 406. Paris, 1826.
4ifl
Preave de TezUteiice de Diea par le c<»iueiiteiaeAI da g^ve hnoitui*
Cette preuTe consiste en deux propositions; Tune de fait, Vautre de droit, qui vont faire le sujet des deux articles suivants^ La première est que Tuniversalitë des nations a de tout temps reconnu l'existence de la Divinité. La seconde est que cette doctrine unanime de tout le genre humain est du plus grand poids pour prou- Ter Fexistence de Dieu.
h Le dogme de Fexistence de Dieu est la croyance de runiversalité du gcon
humain.
Cette question peut être considérée relativement aux nations anciennes^ et relativement aux modernes.
I. Par rapport aux peuples de l'antiquité, nous avons les témoignages de tous les écrivains des temps les plus reculés. Sans parler de Moïse, le plus ancien historien qui existe, et des autres écrivains hébreux, nous voyons Hérodote, le premier entre les historiens profanes, et tous ceux qui l'ont suivi, faire mention de la religion de tous les peuples dont ils parlent, quoiqu'ils remontent quelquefois jusqu'aux temps fabuleux. Il en est de même des poètes de la plus haute antiquité. Hésiode, Homère, tous les autres chantent la religion des peuples, et en parlent comme d'une chose existante de tout temps. Il y a quelquefois des contradictions entre ces divers auteurs sur les mœurs, les lois, le gouvernement de ces peuples : il n'y en a point sur leur théisme. Aux écrivains nous pouvons joindre les monuments qui nous restent des temps antérieurs même à Thistoire : les hiéroglyphes, les statues, les vases égyptiens, étrusques, et autres, les ruines de plusieurs temples, tous ces té* moins attestent que Thomme de tous les siècles a eu une religion, comme il a eu un corps et une raison.
Veut-on des témoignages plus positifs encore PJÎous avons rapporté un texte de Platon, qui donne pour preuve de Texistencc des dieux, d'abord, l'ordre du monde; ensuite, le consentement universel de tous les hommes, grecs et barbares K Le même philo-
* Clinias, Atque, o amlre ! facile est veritatem hanc ostendere, quod dii siot Jtheniensis, Quopacto? Clinias, Primum quidcm terra, sol, sidéra, ipsamqo* unWersum, tcmporumque omatissima varietas, annis, mcnsibusque distiacti,
sophe dit dans un auire endroit qu'il n'y a jamais eu personne qui, depuis Ja jeunesse jusqu'à Isk vieillisse, ait persévéré dans lopinion qu'il n'y a pas de Dieu \
Cicéron, dans le premier livre de son ouvrage sur la nature des dieux, présente un épicurien établissant sur ce fondement l'existence de la Divinité. Au second livre, un académicien emploie le même raisonnement 2. Parlant en son nom dans le traité^ des lois, il déclare qu'il n'y a pas de nation tellement barbare, tellement féroce, que même ignorant quel Dieu elle doit adorer, elle ne re* ^connaisse cependant qu'elle doit en adorer un \
Sénèque n'est pas moins précis. Il dit positivement que la doctrine de l'existence des dieux est celle de tous les hommes, et qu'il n'y a pas une nation tellement dépourvue de mœurs et de lois, qu'elle ne reconnaisse quelque Dieu *.
Plutarque dit que si on veut parcourir la terte, on pourra trouver des villes sans murs, sans lettres, sans lois, sans maisons, sans richesses, sans monnaies ; qui ne connaissent ni les gymnases, ni les théâtres ; mais quant à une ville n'ayant point de temples et de dieux, ne faisant point usage de prières, de serments, d'oracles, n'implorant pas le bien par des sacrifices, ne détournant pas les maux par des actes religieux, que personne n'en a jamais vu une telle*^.
A ces autorités, il serait facile d'ajouter beaucoup d'autres, tirées des seuls auteurs païens. Mais il n'y en aurait pas de plus 'graves que celles des auteurs célèbres que je viens de citer. Je crois leur témoignage plus que suffisant pour établir la vérité du fait dont il s'agit.
id ostcndunt. Grsecorum praeterea, barbarorumque con^ensus^ Deoa^esse fatentittOQ. (Plato, de Ugibus, lib. 10.)
* Prufecto BuUus eorum ab adolescentia usque ad senectam in hac opinione, quod DU non cssent, perseveravit* (Plato, de Legibus, lib. 10.)
* Vid« Cicero, de Nat. Deor., lib. 1, cap. 16 et 17, et lib. 11, cap. 2.)
' Itaque ex tôt generibus nullum est animal praeter hominem, quod babcat notitiam aliquam Dei. Ipsisque in bominibus ulla est gens tam immansueta, tamque fera, quae non,*ctîaaisi ignoret qnalem babere Deum deceat, tamen ba« bendam esse non sciât. (Cicero, de LegibuSy lib. 1, cap. 8.)
'* Multum dare solemus praesumptioni omnium bominum. Apud nos Tcritatis argumentum est aliquid omnibus TÎderi. Tanquam Deos esse sic coUigimus, quod omnibus de Diis opinio insita sit ; nec ulla gens usqnam est adeo extra leges moresque projocta, nt non aliquos Deos credat. (Seneca, Epistol.^ 117.)
* Et si terras obeas, invenire possis urbes, mûris, litteris, legibus, domibus, opibus, numismate careutcs ; gymnasiorum et theatrorum nescîas. Urbem templis Diisquc carentem, quœ precibus, jurejurando, oracule non utatur, non bonorom causa sacriflcet, non mala.sacris avertere nitatur, nemo unquam vidit. (Plutarchus, adi',Colotem.)
4 1 8 TmOI^aGIB NATUaSIXB.
Nous avons cependant quelque chose de plus démonstratif encore. Ce qui prouve le plus complètement une vérité, c'est Vaveu de ceux qui seraient intéressés à la contester. Lucrèce loue Epicure d*avoir été le premier à combattre la religion parmi les hommes '. Tous les hommes antérieurs à Epicure avaient donc une religion. Lucien, autre ennemi de toute religion, dans un de ses dialogues, introduit Timocles religieux, disant que s*il n'y a pas de dieux, tous les homimes sont trompés, et Damis incrédule, ne contestant pas le fait de cette universalité de doctrine, et niaïit seulement la conséquence qu'en tire son adversaire \ Deux écrivains aussi éclairés que Lucrèce et Lucien n'auraient pas avoué que le théisme est la doctrine de tout le genre humain, si ce n'eût pas été une vérité tellement reconnue qu'elle était incontestable. Ils n'ont pas nié le fait si contraire à leur système : ils en deviennent par là les témoins les plus irrécusables.
IL Pour combattre ces imposantes autorités, les incrédules, et spécialement, Bayle, ont été rechercher dans tous les auteurs anciens toutes les expressions qui peuvent donner Tidée de peuples ignorant l'existence de la Divinité. Il n'est pas difficile de répondre à ces allégations. Homère parle d'un peuple qui ne se soucie pas de Jupiter : en voilà assez pour conclure qu'il' ne croyait à aucun Dieu. Strabon dit des Ethiopiens et des Lusitaniens, que quelques personnes les croyaient athées : et on prétend que, d'après l'autorité de Strabon, ils étaient tels. Mêla parle de peuples de l'Ethiopie qui détestaient le soleil, comme pestilentiel pour eux et pour* leurs campagnes : on veut que Mêla ait fait d'eux des athées. Une observation générale répond à presque toutes les citations objectées. Le mot athée ne signifiait pas toujours Thomme qui nie in Divinité. On l'employait pour signifier les méchants, les impies, ceux qui méprisaient les dieux du paganisme. Ainsi Socrale fut condamné comme athée. Ainsi Pline dit que les Juifs étaient renommés par leur mépris des dieux. Ainsi les chrétiens étaient taxés d'athéisme : et nous voyons les premiers apologistes occupés à réfuter cette inculpation. Il serait donc injuste de prendre à la
* Humana ante oculos fœde cum Tîta jaccrct Id terris oppressa gra^i sub reUigionc, Qu8B caput e cœli regioxiibus ostcndebat Horribili super aspectu niortalibus instans ; Priinum graius homo mortaleis tollere contra Est oculos auaus, primasque obsiatere centra.
(LucretiuSylib. 1^ Ters. 63 ctseq.)
* Vid. Lucianus, Jupiter^ tragœdus^ n® 42 et seq.
lettre cette expression que Ton trouve quelquefois appliquée à divers peuples. Elle ne peut certainement pas affaiblir les témoignages de si grand poids que nous venons de rapporter.
III. Venons aux nations modernes. Il ne peut pas y avoir de diiSculté, et on n'en élève point sur les nations policées de TEurope et de TAsie. Il est hors de doute qu'il n'y en a aucune qui n'ait une religion : et leurs histoires bien connues font foi qu'elles en ont toujoiu's eu. Ce n'est donc que sur les peuples nouvellement découverts qu'il peut y avoir de la contestation. Encore est-il certain et reconnu que beaucoup de ces peuples qui avaient de la civilisation, tels que les Mexicains et les Péruviens, adoraient des Divinités. Nous soutenons que tous les autres qui ont été découverts depuis trois siècles ont aussi, d'après toutes les relations les plus exactes, des notions de la Divinité.
IV. « Bayle prétend que pour que du consentement des peuples on pût tirer quelque induction, il faudrait être assuré que ce consentement fi&t absolument, et sans exception, unanime. Or, comment peut-on être assuré que les peuples qui habitent les terres australes, encore inconnues, reconnaissent un Dieu ? Il cite au contraire plusieurs relations de voyages selon lesquelles les peuples qui habitent diverses régions nouvellement découvertes n'ont aucune notion de la Divinité. Il allègue enfin le grand et (lotissant empire de la Chine, où il existe une secte, non d'ignorants, mais de lettrés, laquelle est très-étendue, et à la tête des affaires; et qui ne croit pas l'existence d'uii Dieu maître du monde; mais admet seulement une force qui existe sans raison des mouvements nécessaires. »
V. Il existe à la Chine une secte que l'on dit être d'athées. S'ensuit-il de là que la Chine soit un pays d'athées ? Il y avait à Rome des Epicuriens : les Romains ne croyaient-ils pas à la Providence ? l'Angleterre est-elle méthodiste parce que cette secte y existe? Peutêtre en examinant la chose de près, pourrait-on justifier de l'accusation d'athéisme ces lettrés chinois. Ils admettent dans la nature une force infinie, éternelle, infiniment parfaite, qu'ils nomment Taiki ou LL Ils lui attribuent la vie, la nomment l'àme ou l'esprit du ciel, et disent de si grandes choses de son intelligence et de sa puissance, qu'il y a dans le peuple des personnes qui lui offrent' des sacrifices. Au reste, cela nous intéresse assez peu. Ce qui ré- * pond pleinement à Bayle, c'est que cette secte n'est point, comme il le prétend, dominante dans l'empire. La religion qui, pendant deux mille ans, a été celle de tous les Chinois, consiste dans la
4^0 THÉOLOGIE ]<lATURBLtE«
croyance d*uti seul Dieu créateur, conservateur et régisseur du monde. G est la doctrine de Tempereur et des grands. En 1700 le prince déclara dans un édit que les Chinois adorent, non le del matériel, mais le Maître du ciel. La secte dominante des lettrés, très-attachée à cette ancienne doctrine, condamne les diverses sectes répandues parmi le peuple. Ainsi nous Tapprend le père Du Halde, l'auteur qui a le mieux connu et le plus amplement écrit l'histoire de ce pays, et qui, de plus, est d'acccMrd avec les écrivains les plus exacts.
VI. Aux relations de voyageurs qu'on allègue, quelques observations répondront suffisamment.
1^ Parmi ces auteurs, que Ton dit si décisifs, plusieurs disent simplement qu'ils n'ont aperçu chez les peuples dont ils parlent, aucun vestige de religion.
2^ Parmi ceux qui sont les plus tranchants, plusieurs ont bâti leur conjecture sur de légers fondements, n'ayant pas pu, ou n'ayant pas osé converser avec les habitants de ces pays.
3** Plusieurs fondent leur relation sur ce qu'ils n'ont vu chez certains peuples ni temples ni cérémonies. Cela ne doit pas étonner parmi des peuplades vagabondes, qui n'ont ni demeures fixes ni cités. Autre chose est, ne pas croire un Dieu ; autre chose, ne pas lui rendre un culte solennel.
4® Beaucoup de ces voyageurs qui avaient accusé certains peuples d'athéisme, ont été contredits par d'autres plus instruits, ou se sont rétractés eux-mêmes. Par exemple, les Hottentots, taxés d'athéisme dans quelques relations, ont été justifiés par Kolbe qui a vécu parmi eux. Les sauvages du Canada sont lavés du même reproche par Chamblain, lequel rapporte, qu'ayant demandé à un Canadien pourquoi il n'adressait pas de prières à Dieu, il lui fut répondu qu'il était laissé au pouvoir de chacun d'en faire intérieurement, et dans son esprit. Wihlow déclare qu'il s'était trompé sur les sauvages de la Nouvelle- Angleterre, que, sur une première apparence, il avait cru sans religion. Les savants anglais, qui dans ces derniers temps ont enrichi la géographie de tant de magnifiques découvertes, avaient annoncé que dans quelques îles de la mer du Sud ils n'avaient trouvé aucune trace de la connaissance de Dieu. Mais étant retournés dans ces mêmes îles, y faisant plus long séjour, eu connaissant mieux la langue, ik ont vu, partout où ils ont pénétré, la connaissance et le culte de la Divinité. Tous ces peuples, qui n'avaient aucune communication avec les nations que nous connaissons, avaient cependant,
TREOt^OGIE IfXnrRELI.E. 42'
êe mdfne qti*e1)es, une notion de la Divinité. Malgré les distances et les ob^tacl'ers qui, avant le perfectionnemeilt de la navigation, séparaient une partie du genre humain de l'autre, tout le genre litintarn, sans s'être concerté, était dans la même persuasion.
5** Mais supposons que de ces relations si incertaines en ellesmêmes, et combattues par de bien plus graves autorités, il y ait quelqu'ime de vraie. Comment les voyageurs nous peignent-ils les nations qu'ils disent être sans religion? Ils nous les représentent tomme rfes êtres ayant tout au plus la figure humaine; n'ayant d'ailleurs ni lois, ni mœurs, ni idée d'aucun art quelconque, et dont toutes les pensées sont concentrées dans le petit nombre de choses nécessaires pour soutenir misérablement leur existence ; et quand il serait vrai que dans quelque coin de la' terre séparé des autres nntions, il y aurait une horde d'hommes réduits à ce déplorable et honteux état, que pourrait-on en conclure contre l'universalité de toutes les autres nations? Serait-il juste de juger des qualités corporelles de l'homme par les areugles, les sourds et les muets; et de ses facultés spirituelles, par les imbéciles , les insenséS) les furieux ' ?
VII. Il est de toute ^faussefé le priîAcipe de Boylip, que le consememem: des peuplées n'est d^^ucune autorité, s'il n'est pas absolHment, et sans enc^éption, unaninte. Q^and nous parions d'una* nimité, nous entendons l'unanimité morale. Tous les hommes dett psys policés reconnaÎMent F existeftice de Dteu, quoique dans quelques T^égioils il yati des'hcmimes qui la rejettent. Mais heureuse* ment ils ont «otgours été en trop petit nombre pour empéeher lunanimité^. Deméme qtmmi il se trouT^rat, ce qui est contiie toute vraisemblânee, quelque pedte peuphide a)5Sez dépourvue die TOison pour ne pas reconnaître ce que tontes les autres nations regardent comme incontestable, F unanimité du genre humain n'en serait pas altérée,
y III. Ce qui achèire de démontrer l'absurdité de l'opinion que ftiyle a entrepris d'ëtayer de son érudition et de sa dialecdqiie, c'est la pitoyable ressource à laqudle il est réduit, qu'on ignore si les peuples hnconmis des terres australes ne sont pas athées.
* At ex grntibus iltis lam efferatiset itiliumanis, non oporict al» sequis jadidlms conviddtn fieri naturae HilimiiWB. (Pon^Iiyrius, Hbro de ]4ôstinentia )
' Quant um Tiil«Mr «ecunreve c»f|t(»tffiNMlMis nmiri», p«rp«Mri <>uiit ; et ditt^ die est oocurrere in hominem qui dicat in corde suo : Non est Deits. Tamen sic paud sunt, ut înter multos timendo hocdicere, in corde suo dicunt^quia ore ^icereaoïi iu^iit» (8« iltigast., AuM»^. Iibpsaltoi. ui, u^ 2.)
4^^ THEOLOGIB NATURELUS,
D'abord, lorsque cet auteur écrivait, Fexistence des terres australes était un problème. Aujourd'hui elle paraît n'en plus être un. Les tentatives de Vinunortel Cook semblent avoir prouvé quil nea existe pas; ou que s'il y en a, elles sont dans une température tellement glaciale, que des créatures humaines ne pourraient y subsister. Mais enfin, depuis Bayle, dautres terres ont été découvertes : et partout où on a trouvé des habitants, on a trouvé la connaissance de la Divinité établie. Il reste encore probablement d'autres régions à découvrir ; mais nous pouvons raisonnablement juger que les hommes de ces pays sont comme tous les autres, et qu'ils ne sont pas privés d'une notion qui est universellement et sans exception partout ailleurs. De même que nous sommes fondés à penser qu'ils ont les mêmes facultés que le reste du genre humain, nous pouvons, à aussi juste titre, croire qu'ils en font le même usage.
•• II. La croyance universelle prouve l'existence de Dieu.
Pour prouver cette proposition j*en établis deux : i^ l'accord unanime de tous les hommes a, en soi-même, une très-grande force pour opérer la persuasion ; 2^ spécialement sur la question de l'existence^ de Dieu, ce consentement universel a une autorité absolument décisive.
IX. D'abord je dis qu'il n'y a pas d'homme qui par ses seules lumières puisse contre-balancer l'autorité universelle et perpétuelle de tout le genre humain. Ce serait un privilège personnel, qui supposerait une force d esprit supérieure à celle de tous les hommes réunis. Celui qui se vanterait de la posséder devrait démontrer métaphysiquement la vérité de son opinion opposée à celle des hommes de tout temps et de tout pays.
Il est reconnu de tout le monde qu'une opinion adoptée par un certain nombre de sages acquiert, par là même, un degré de pro* habilité. Si la majeure partie des sages y acquiescent, la probabi* lité devient plus grande. Elle le sera encore plus quand elle réunira le suffrage de tous. Enfin, elle s*élève au plus haut degré, si elle est adoptée par tous les hommes savants et ignorants. En effet, jsil n'y avait que les ignorants qui adhérassent à cette opinion, on poiurait dire que le suffrage des savants est supérieur à celui-là, et la ranger parmi les erreurs populaires. Si au contraire il n'y avait dans ce sentiment que des savants, on pourrait prétendre quHs s'égarent dans de vaines spéculations, et que le peuple, qui suit
THÉOLOGIE NÂTUKELLE. 4^3
simplement la nature, est moins sujet à se tromper que les philosophes. Mais qu'objecter à la réunion des uns et des autres; à cette unanimité de tous les hommes qui ont des préjugés, des affections, des intérêts, non- seulement divers, mais opposés ? auss la doctrine générale et constante de tous les hommes a-t-eUe été regardée, par les plus beaux génies, comme une marque certaine <le la vérité *.
X. Je viens de considérer le témoignage du genre humain en général, et indépendamment des objets sur lesquels il porte. En conséquence, je ne l'ai présenté que comme présentant la plus forte probabilité. Il est en effet absolument possible que, sur cer* tains objets, tous les hommes soient entraînés dans une erreur gé-
' nérale. La raison en est que, sur quelques objets, il peut y avoir des causes générales d'erreur que les hommes, pendant des siècles, ne soient point à portée de reconnaître. Mais sur les points sur lesquels il ne peut pas y avoir de cause générale d'erreur, le consentement unanime de tous les temps et de tous les pays donne non seulement une souveraine probabilité, mais une véritable c^t titude. Il n'y a point d'effet sans cause; point d'effet absolument f et sans exception, en tout temps, en tout lieu, universel, sans une i cause commune. Il n'y a donc point d'erreur unanime dans tout le t genre humain qui n^ait une cause commune à tout le genre humain. Or, je dis, et ceci va former la preuve de ma seconde proi position, que la doctrine unanime de toutes les nations sur Vexis- { tence de Dieu n'a ni ne peut avoir pour origineune cause d'erreur; i et je prouve cette vérité de deux manières : d'abord en montrant I les causes réelles dont a pu procéder cette universalité ; les* ) quelles n'ont pu établir que la vérité; ensuite en reprenant les di* I verses causes de préjugés auxquelles les incrédules ont imaginé d attribuer cette unanimité de persuasion, et en faisant voir qu'ih î est absurde de l'en faire découler.
XI. On ne peut assigner de vraie cause de la doctrine générale i de Texistence de Dieu, que l'une des trois suivantes : ou une idée
innée, infuse par notre nature, par Dieu lui-même, ou le raisonnement naturel que le monde n'a pu exister, et être arrangé aussi admirablemefnt qu'il l'est, que par un Créateur et un ordonnateur, ou enfin, une tradition originaire.
' OpîDionimi commenta delet Diis ; naturae jadicia*confirmat. (Gicero, de Nat, t>€or.^ lib. 2, cap. 2.)
Omni in re consensio omnium gentium lex naturse putanda est. (Idem, Tu^^ CM/.,Hb. I, cap. 13.)
4^4 TBÂOhOQMM JfATUBEIXB.
XILQoand je parle d*idéès ABees^mon intealîoii n'est pa» d'assurer qu il en existe, ou ({ue Tidée de la Divinité soit telle. Je ne prononce point entre Descartes et Locke. Je laisse à la inéuiphysique ses disputes. Ce n est point sur des opinionâ d*école que nous fondons la certitude de l'existence de Dieu. Je dis seulement que si on veut admettre le système de De&cartes, et regarder Vidée de Dieu comme innée, infuse par lui, et faisant partie de notre nature, on aura une cause très*sîmple de runiverselie dif&ision du théisme, une cause commune à tous les hommes, une cause qui suppose la vérité de ce dogme. Cela est tsellement évident que les incrédules nous imputent de voidoir &ire de la notion de la Divinité une idée innée; ce qu'ils rejettent, comme on le sent facilement, avec un souverain mépris.
XIU. Mais nous sommes bien éloignés de raisonner ainsi Nous n'avons pas besoin de recourir au syàifeème des idées : innées pour donner à Tuniversalité du théisme une cause qui en établisse la vérité. Locke lui-même, le grand enaeini des idées innées, laj^ sente, et c'est la seconde que nous ^l'vons indiquée: «Telle est, dit41, l'idée de Dieu. Car les marques éclatantes d'une sagesse et d'une puissance extraordinaire paisaissent si visiblement dans tous les ouvrages de la création, que toute créature raisonnable qui voudra y faite une sérieuse réflexion ne saurait mancpicr de découvrir l'auteur de toutes -ces mervdUes , et l'impression que la découverte d'un tel Etre doit faire nécessairement sur l'âme de tous ceux qui en ont entendu parler une seule fois, est si grande, et entraîne avec elle une suite de pensées d'un si grand poids, et est si propre à se répandre daoâ le neMmde, qu'il me paraît tout à fait étrange qu'il puisse se trouver sur la terre une nanton entière d'hommes assez stupides pour n'avoir aucune idée de Dieu. Gda, dis-je, me semble s^ussi surprenant que d'imaginer des hommes qui n'auraient aucune idée des nombres et du feu'. » Nous le dirons donc avec ce philosophe : s'il n'y a pas d'idées innées, il y en a de tellement naturelles qu'elles se présentent d'eUes*mâmes à l'esprit, et qu'aussitôt qu'elles lui sont ofiertes, il ne peut pas ne pas les saisir. Ainsi la vue d'une machine arlîstement travttUée inspire tout de snite l'idée d'uQ ouvrier. Ce même jugement,- à l'inspeetion de l'admirable machine du monde, a d& nécessairement produire la persuasion générale de la Divinité. Il y a une connexion si intime, si immédiate, si évidente entre, l'ordre du mondeetson
* Essai philos* concernant l'eniendemeni humain^ Ht. l,cb»3x^aritf.a»
Ordonnatear, que, d'elle -ttiémf^, elle frappe subilenïent, îtifailliblement, ft>rtement tous les e»*pries. Comme partout le spectacle du monde est le même, partout le même jirgementu dû se i-épéte^^ Ainsi se soutiennent et se eonfitment mutuellement les preuves des grandes vérités. Cette démonstration si simple de Tcxislence de Dieu a produit Tuniversalîté de la croyance d^ce dogme: et réciproquement ruïiiversafité de cette croyance ajouifc un nouveau poids à la démonstration, en faisant voir qu elle a persuadé, non pas quelques personnes, mais la totalité absolue du genre humain.
XIV. Enfin, une troisième cause naturelle de la diffusion du théisme sur toute la terre, est une tradition qui remonte aux premiers temps. Ce dogme na pas pu passer d'une nation à l'autre, puisqu'on le retrouve chez les peuples qui n'avaient, avec les autres, atreune relation. Cette profession générate d'une mente croyance doit donc être antérieure à leur dispersion. Elle doit remonter à un temps où, réunis dans un même pays, les pères de ceux qui existent aujourd'hui ne faisaient qu'une seule nation. Aussi n'y a-t-il aucun temps antérieur à cette doctrine. On connaît les chefs des sectes, Forigir^ de beaucoup de sciences et d'arts. La notion de la Divinité précètli? tout cela. Daps quelque temps qu'on voie des honnnes, on les toit homorantDiett. Le plus ancien des historiens nous explique cette antiquité, cette uni-
* flotlonfm D€i ftiiirff«8sit primuiii <}dnspecta onotam q«ie'1n anuido «unt piilcliritudo. NIhil enim pMichri temere et fortuito nascitar, sedab atie allqua nascitur. (PlutArchns^ de p/acUis phiios.j \ib. l,cap. 5.)
Nam de inascibUi Deo, nemo tara ainens est qui, coeltim contuéos, Deum esse non aejiLrat. (S* Bitariiitt, Tract, in^stnlm, cxxil, n** 2.)
Et undenotuin est^o Paule! qaod Deua ipsis cognitionem indidertt? Quia, imiuït, quod notum est ejus manifestum est in illis, At hoc sentent ia est, non demonstratfo. Ta Tevo mihi proba, et ostcndc eognitionem Dci maaifestam fttiate illis, sed sposte Uloa pvsBterinU&spa. Uiide er^o niMilfesta erat ? Voeemne illis emisit? Minime. Verum id effecit quod magis illos quam ¥0X quaelibet attrahere poterat. Creattim orbem in medio posuit; ita ut sapiens, idiota, scytha, barbaru9, ex solo visu Tisiliilium edoctus, ad Deum eûnscendere poaaet. (S. ioanoe» Cbr^^ost., in Epist. ad Rum.^ homil. 3, n^ 2.)
Hesterno die Tobis insinuayinius sapfentes gentiuoi, quos philosophos dicunt, ipsos qui in eis excetlentfssimi fuerunt, scrutatos fuisse naturam, et de ope* fUmis arttfl«cin eafpioTifise. Praphctss BonaiMiBrant: lastm Bèiinoa aoiieperunt; sed eis Deu", quodam modo silcn», ipsius mundi operibu» loquebatur ; eteos ad quaerendum artificem rerum mundi species invitabat- Necpotuerunt in a ni mu m rndacere ccèlam et terram aine auiore etm:«tjffe. (S. Attg'U^tiiittSt ScniH»« 9é^ , in ^iehtis p«mh, t% oap. U n*> 1 .)
Cujus notitiara homines primum adepti sunt ab eoruiu quae nobis apparent pulchritudinc ; conjecturam capientes nihil pulchrrtemere «t fortuito fleri,sed ab allqua opiflcis arte. (S. CjriUus Alex, contra Jul.^Vth. 2«)
4*^6 THÉOLOGIB NÀTURELLB.
versalité, en remontant à uo premier homme, de qui sont descendus tous ceux qui ont peuplé la terre. Si, comme Moïse le rapporte, un seul homme créé de Dieu a été le père de tout le genre humain, il a dû laisser à sa postérité la connaissance de son Créateur ; et réciproquement si toute sa postérité a eu cette connaissance, il est tout simple qu elle lui soit Tenue de cette source. L'antiquité du théisme, qui se perd dans la nuit des siècles, et son universalité, qui se répand partout où il y a des hommes, sont rendus faciles à comprendre par la narration de Moïse, et respectivement confirment sa narration.
Ainsi, sans nous arrêter aux idées innées, nous pouvons assigner pour cause générale primitive et pour principe de l'antiquité de ce dogme, la tradition venant du premier homme; et pour cause générale plus immédiate, et pour principe de la constante perpe'tuité de cette persuasion universelle, révidence résultant de Tordre du monde.
XV. Sur ces causes du consentement général, nous disons deux choses : la première est d*une telle évidence que je ne m'attacherai pas même à la prouver : c'est que ce ne sont pas là des causes d'erreur; et que si c'est à elles qu'est due là diffusion universelle du théisme, cette universalité absolue n'est pas Teffet d'un faux préjugé. La seconde qui nous reste à prouver, c'est que ce sont là les seules causes auxquelles on puisse raisonnablement attribuer la croyance générale d*un Dieu. Tous les athées anciens et modernes ont épuisé leur imagination à rechercher d'autres causes de cette universalité, et des causes propres à introduire des préjugés. Ils n'ont jamais pu, avec tous leurs efforts, en inventer que quatre : l'éducation, l'ignorance, la crainte et la politique. Ainsi quand j'aurai montré qu'il est absurde d'attribuer le consentement général des peuples sur l'existence de Dieu à quelqu'une de ces causes, j'aurai achevé de démontrer que ce consentement ne tire son origine d'aucun principe d'erreur, et c'est la seconde preuve que j'ai annoncée.
XVI. « On sait (nous dit-on en premier lieu) quelle est la force des premières impressions reçues dans l'enfance. On frappe dès les plus tendres années notre imagination de l'idée d'un Être su* prême. Il n'est pas étonnant qu'elle se grave bien avant dans nos esprits, et qu elle y laisse des traces tellement profondes, qu'elles ne s'effacent jamais. Il ne faut pas d'autre cause dé cette opinion généralement répandue. Elle n'est, ainsi que bien d'autres, qu'un préjugé d'éducation. «
THBOLOGIB NATUBBLLB. 4^7
, XVIL La première notion que chacun de nous acquiert de la Divinité lui est donnée dans l'éducation : donc la notion qu en a universellement le genre humain vient de leducation. Je crois difficile de produire un raisonnement plus faible et moins concluant. Dira-t-on aussi que les premiers principes de la morale ne sont que des préjugés d*éducation^ parce que c'est dans Téduca* lion que nous en recevons les premières idées. Je ne crois pas qu'il y ait un athée assez impudent pour le soutenir. On confond ici manifestement la cause avec son effet* Ce n est pas parce que la connaissance de Dieu est inculquée dans Tenfance, qu'elle est universellement répandue : c'est, au contraire, parce quelle est universellement répandue, qu'en tout temps on Ta inculquée, et qu'en tout pays on l'inculque à l'enfance. Aux grandes vérités dont on nous instruit dans l'enfance, on joint trop souvent, il est vrai, des préjugés et des contes. Mais que de différence entre les unes et les autres ! Contentons-nous d'en remarquer deux principales: i^ Les préjugés d'éducation varient dans les différents pays; ceux d'une nation ne sont pas ceux de l'autre : souvent même ils sont différents de famille à famille. Mais l'existence de Dieu est partout apprise aux enfants, de même que l'obligation d'être juste. L'universalité du théisme a, dit-on, pour cause l'éducation : et l'universalité de cette éducation, quelle en est la cause? a^ Les préjugés qu'on a puisés dans l'éducation se dissipent quand on en est sorti; l'âge, le raisonnement, le commerce des hommes sensés en font sentir la frivolité. Au contraire, la maturité, la réflexion, l'exemple fortifient la persuasion de l'existence de Dieu, ainsi que des principes fondamentaux de la morale. Ce dogme survit dans l'esprit avec les autres vérités apprises dans l'enfance, aux fables qu'on y a entendues. Il est donc de la classe des vérités, et non de celle des fables.
XYIIL « Les hommes (dit>on en second lieu) naturellement portés à la recherche des causes, ne connaissant pas celle de beaucoup de phénomènes naturels, ont imaginé d'en faire honneur à une cause surnaturelle, à un Etre supérieur, qui a produit tout ce
dont on ne peut pas expliquer la formation ^ »
* Praeterea cœU rationes ordine certo Et varia annorum cernebant tempora verti : Née poterant quibus id fleret cognoscere causis. Ergo perfagiam sibi babebant omnia Divîs Tradere, et illorum natu facere omnia verti.
(Lucretlus, lib. 5, vers 1182 et seq.)
Ignorantia causarum oonferre Deoram
4^ TwéaiioaM i»AVOMi&tâB.
XIX. Lei'cootradictimis ne coâtem rien aux incrcchiles: s'agiit il de contester rtsnsinimitié du théisme? ils cirent des peoplades grossières et sans lumières^ i|iii, diseiit^ls, n*eii ont point connaissance. Veuleat-iis combattre la conséquence de cette unanimité? ils l'attribuent à Tigiioraiice. Qu ils s'accordent donc -avec euxmêmes. Si c'est l'ignorahce qui a en&nté le dogme de Vexistence de Dieu, comment^aont-celes penses iastniits qui l'adoptent, et les peij^les ignoianla qui le rejettent?
Cesl 4me sii^gulière présomption de taxer d'ignorance le genre buoKiin entier et tous les hommes de génie qui, de l'étude profonde des phénomènes de la nature, ont rapporté cette conséquence, que toutes les causes secondes démontrent l'existence de ht cause {Nsemière. Il est assez extraordinaire d'entendre les athées avancer sérieusement que c'est l'ignorance des causes naturelles qui a firit reconnaître à Newton l'existence de Dieu.
Et quelles sont ce^caiises nainirdies, qui, stfns l'inHuence d'une oavse surnaturelle, ont pu produire tous ces phénomènes? A cette demande, l'athée n'a rien à répondre. Dans l'impuissance de les nonsmer, comment ose>t-il les alléguer ? Il accuse d'ignorance tous les hommes sm* le fondement de la sienne propre. CSetteimputation dignorance, qu'il ne peut pas pnouver, est évidemment une pétition de principe.
Il est tellement contraire à la vérité que ce suit Tignoranee des causesnaturellesqui feâ«entrecoufffr<àlftoau!iestR*naMpelle,qiteplttS la physique se perffectionoe, plus la eonvi<^on de la 'Divinité se fortifie, et cela doit être ^. Je contemple a<veic étiMinement le fliHeur de Vaocanson. Qu'il -me swnt penhis de pénétrer dans l'intérieuT de la machine^ et de considéiper le mécanisme qfoi est tom à la fois CàUBe par rapport au son de la flûte, et eftet relativement à l'inventeur, j'acquiers de nouvelles raisons d'admirer le génie qui â ton^u ce bel ouvrage.
XX. « Les hommes (ajoute-t-on en troisième lieu) frappés de la vue d^« divers phénomènes, tels que le tonnent, tes trembleinenfs
Cogit ad imperiam res, et coneedere regiHim Quorum operum causas nulla ratlone videre PossuQt ; et Heri dithiK» aomJnerenter.
[Mèm, Itb, e, ^crs 53 et seq)
I Tanto major unicu«|4ie apparet D«aa,!quanlo siibliiiMoreBi liomo crearurarum coQtemptationem fuevit aaaecutus. Cumiiue aniiMiai maiori contempi*tione 8ubv«xarit, majorem qttoquede Deo notiliam ac spcciem inforuiat. (S. Cy« rillus Hieros., Catech,, g^ n» X^
de tenv^ atx^ ^ €21 voyant peâuker de graiMls nMtiheiiffs ; €iifele& d ail* leurs «t tauEmoDtéa d& la orainlie de FaTeinr, ont knagîaé une puissance formidable, quils s'efforcent d* apaiser «t.de se rendre &Toralde.' »
XXI. Quand on adnieittrait que ces craintes ont contribué à ré^ pandre et à p:erpétuer la persuasion de lexisteiice de Dieu, cvb ne pourrait pas -en conclure quelle n est qu'un préjugé. Le raîsonnement que les phénomènes effrayants n'ont pas pu se former tout seuls est si naturel, qu'il a du néoessairement entrer dans l'esprit et inspirer aux hommes, que faisaient trembler ces év^ements, la crainte de leur auteur. Il en est de même des frayeurs de l'avenir. Ce raisonnement qui vient si naturellement à l'esprit, tous les crimes ne sont pas punis par les hommes dans cette vie : il y a donc une autre vie et; un vengeur sjuprême ; ce raisonnement, dis-je, a pu fixer beaucoup de persoAsies dans la croyanoe d'un Dieu. S'en* suit-il de là qu elle soit une erreur? Cette terreur si généralement répandue de l'Être qui commande impérieusement à toute la nature est si raisonnable, si naturelle, que, loin d'être une objection contre son existence, elle en serait plutôt un;e preuve»
Examinons ensuite le principe de l'objection en lui-même.
En assurant que c'est la terreur qui a produit et répainlu le théisme, il faudrait appuyer cette assertion par quelques raisons^ Sans cela, on met en principe ce qui est en question. Nous pouvons nier ausfii gratuitement qu'on affirme. Nous sommes, même fondé à avancer deux propositions contraires à celle-là : i^ 11 est plus probable que c'est la persuasion de la Divinité qui en a imprimé la crainte, que la crainte qui en a inspiré la persuasion; ^^ c'est bien plutôt l'athéisme, que le théisme, qui est l'effet de la crainte. On ne nierait pas Dieu, si on ne le redoutait. C'est; la terreur de sa justice, c'est le besoin de se sou«iriâre aux remords, pour persévérer dans ses vices, qui fait rejeté» le. vengeur du vice.
Selon les athées, le genre humain n'est donc composé que de lâches : et il n'y a que cette poignée d'hommes qui ont secoué le joug de la Divinité, qui ait du courage. D'où proviennent doncj d'une part dans les hommes religieux, tant d actions héroïques, spéciale-
■ Câoteraquc Ûeri in terris, cœloqiie tnsntitc Mortales, pavidis quam pendent memibus saepe Effieiunt animos humileis formidine Divum, Depressosque premunt ad l«rram.
(UiGf«aus, Itf). Oi vcr«« 49 let seq.)
43o THBOIiOGIB HATUKBLUU
ment au sujet de la religion : et de rautre, dans les incrédules, tant de variations et d'inquiétudes pendant la vie, tant de frayeurs et d'abjurations à la mort?
Si la crainte de la Divinité n'était qu'un préjugé, serait-elle aussi générale, aussi constante? Nous voyons toutes les vaines frayeurs dissipées par l'observation, au moins dans l'esprit des sages. L'observation des sages confirme au contraire dans leur esprit la crainte salutaire de Dieu.
Enfin, si la persuasion de l'existence de Dieu était l'efFet de la crainte qu'inspire son idée, l'idée de Dieu ne présenterait quuD être cruel et impitoyable. Mais au contraire dans l'idée de Dieu que se forment toutes les nations, il entre celle d'un père bienfaisant. S'il punit le crime par justice, il récompense la vertu par bonté; il pardonne au repentir par miséricorde.- Tous les biens dont nous jouissons dans cette vie, nous les tenons de sa main libérale, en attendant les biens incomparablement supérieurs qu'il nous prépare dans la vie friture, et qu'il nous rend maître de mériter. Il serait moins déraisonnable d'attribuer le théisme à l'espérance, puisque la Divinité du théiste est un être bienfaisant.
XXII. « Les législateurs (c'est ici. la quatrième et dernière ressource des athées) ont senti que les peuples seraient contenus dans le devoir envers leurs chefs bien plus facilement, si on pouvait faire découler ce devoir d'une cause surnaturelle, d'un être qui connaît, juge, et punit jusqu'aux pensées. Aussi voit-on presque tous les législateurs faire de la religion la base de leurs institutions. C'est de là que vient cette variété de divinités chez les différents peuples. Chacun d'eux a reçu ses dieux avec ses lois. »
XXIII. Sur ce raisonnement, Bayle observe assez judicieusement que si le dogme de l'existence de Dieu est une invention des souverains, ils se sont pris eux-mêmes dans leur filet ; et qu'ils se sont astreints non-seulement à se soumettre à une religion, mais à obéir à celle de leurs peuples ^
Ce qu'il y a de vrai dans ce raisonnement des athées, c'est que la doctrine de l'existence de Dieu, et les conséquences morales qui en résultent, sont très-efficaces pour contenir les souverains dans la modération; les sujets dans la soumission; tous les ordres de l'Etat dans cette obsiervation des devoirs civils dont dépend la prospérité, et même la conservation des empires. En s'appuyant sur ce principe, les athées démontrent eux-mêmes combien leur système est funeste à l'ordre social.
* Dlctionnairei art. Abdas^ rem. B.
ji
Mais laissant à Técart cette première considération^ cependant assez importante, je demande depuis quand l'utilité reconnue d'une doctrine est devenue la preuve de sa fausseté. La politique fait servir au bieii de l'Etat Tamour de la gloire, celui de la patrie, les tendresses du sang, celles des époux, des pères, des enfants. En conclura-t-on que ce sont-là des inventions de la politique ?
L'assertion que le théisme doit son origine à la législation pèche, de même que les précédentes, en ce qu'elle est gratuite. Nous pourrions la nier sans motifs, comme on l'avance sans preuve.
Mais nous ne sommes pas réduits là. Non seulement l'incrédulité ne peut pas citer un seul législateur qui ait introduit la notion de la divinité, mais nous lui montrons partout la notion de la divinité antérieure aux législateurs. Quand Minos, quand Numa, quand les autres souverains fondaient la stabilité de leurs lois civiles sur des institutions religieuses, ils ne parlaient pas à des peuples athées. Ces profonds politiques bâtissaient sur le principe établi de l'existence de Dieu : ils ne le fondaient pas. Les Cretois, les Romains croyaient aux divinités dont leurs législateurs ordon naient et réglaient le culte. Il est donc encore de toute fausseté que ce soit la diversité des législations qui ait causé la variété des religions.
Si c'est à la législation que le théisme doit son origine, comment s'est-il établi parmi les peuples qui n'ont pas de législation P
Comment un législateur inventant ce dogme, et l'annonçant pour , la première fois à des peuples qui n'en auraient jamais entendu parler, aurait-il pu le faire adopter sans résistance, et soutenir opiniâtrement, par les grands et par les petits, par les savants et par la multitude, contre les lumières de leur raison , contre le cri de leur conscience^ en abolissant la tradition ancienne , malgré les conséquences austères et contraires aux penchants de la nature qui en résultent ? Il aurait fallu que la fraude fut inventée avec tant d'habileté, concertée avec tant de secret, conduite avec tant de dextérité, effectuée avec tant de bonheur, que de tous les hommes, si intéressés à la chose, aucun ne la découvrît et ne la révélât.
Serait-ce un seul législateur qui aurait établi cette doctrine dans ■ tous les pays? D'où lui serait venue cette autorité sur des peuples qui ne lui étaient pas soumis? seraient-ce tous les législateurs qui se seraient accordés pour cette institution ? Elle saute aux yeux l'absurdité d'un concert entre tant d'Etats séparés les uns des autres par des distances énormes, par des vastes mers; ne pouvant avoir entre
433 TaéOUMlB RAT
tmx, aucune «aoammiiiîcatioii, ne se connaissant pas raénic^ el fk>Dt ceux qui étaient voisins étaient, comme la nature de la chose et Texpérienfie le montrent^ ocmstamnent divisés de vues, de principes et dlntérêts.
Une cause particulière aurait dû abolir le théisme, s'il n ayait été que TefTet de la législation. Souvem les l^slations ont été detruites. Il n'y a presque point d'Etat dont tout Tordre p<Jitique n'ait été plusieurs fois renversé. Le théisose aurait dû périr avec sa cause : n'ayant plus l'appui qui le soutenait, il serait inévitablement tombé. Mais au milieu des débris des empires, de la ruine des législations, il est toujours resté debout : et les coups qui ODt frappé et écrasé si souvent tout l'ordre civil, ne l!ont jamais atteint Ce n'est donc pas à cet ordre qu'il doit son existence.
Après avoir tenté d'assigner à l'unanimité du dogme de la dirinité diverses causes d'erreur, les incrédules proposent encore, contre la conséquence qui en résulte, deux objections qu'il ne faut pas laisser sans r^>onse.
XXIY. « L'universaUté d'une opinion ne prouve nullement sa vérité. Ne voyons-nous pas un grand nombre de préjugés, d'erreurs grossières, jouir, même aujourd'hui, de la sanction uni?erselle du genre humain, et tous les peuples de la terre imbus des idées de magie, de divination, d'enchantements, de présages, de sortilèges, de revenants? Avant Copernic, il n'y avait personne qui ne crût la terre immobile, et le soleil tournant autour d'elle. Il a été un temps où personne ne croyait aux antipodes. La croyance de tous les hommes ne change pas une erreur en vérité : et qui nous dit que sur les opinions généralement adoptées il n'y en a pas dont l'erreur sera quelque jour découverte? »
XXy. J'ai donné ci- dessus le {principe de solution de cette mince difficulté; j'ai distingué les opinions qui peuvent avoir une cause générale d'erreur, de celles qui n'ont pas pu découler de semblables causes. J'ai fondé la preuve de l'existence de Dieu, tirée du consentement général, non-seulement sur l'universalité de ce consentement, mais sur ce que les causes ne sont pas des causes d'erreur. Pour combattre cette preuve par des exemples, il faudrait montrer des opinions d'abord généralement reçues parmi les hommes, et ensuite qui n'aient pas pu avoii* pour origine un principe de préjugé. Sans cela il n'y a pas de parité, il n'y a pas d'objection. Or, les diverses opinions dont on nous fait rénmnératioo, ou ne sont pas universelles, ou peuvent avoir des causes d'erreur. 1^ De ces erreurs, la plus grande partie n'est pas aussi unirer-
selle qu'on le prétend. Distinguons les opinions populaires des opinions générales; celles qui se trouvent seulement dans la classe ignorante et grossière, de celles qui, comme le théisme, sont adoptées par tous les hommes savants et ignorants. Rejetons donc par ce principe les idées sur la magie, la divination, les enchantements, les sortilèges, les présages, les revenants, et plusieurs autres choses encore que Ton pourrait ajouter à cette liste, et qui sont rejetées par la totalité des hommes instruits. J'ajoute que toutes ces diverses superstitions varient de pays à pays, de siècle à siècle; qu'ainsi il ny en a pas une universellement adoptée; que par conséquent il est déraisonnable de les assimiler au dogme de l'existence de Dieu.
2^ Il est vrai cependant qu'outre ces erreurs, qui n'ont pas été véritablement générales, il y en a quelques-unes qui ont été universellement répandues, et même pendant beaucoup de siècles. Elles sont en très- petit nombre, et je ne sais si, outre les deux qu'on cite sur la rotation du soleil autour de la terre, et sur les antipodes, on pourrait en produire d'autres. Mais entre ces opinions et le théisme, il y a, entre autres, une différence essentielle : c'est que l'erreur où elles induisaient avait une cause commune à tout le genre humain; c'étaient les sens qui faisaient une illusion qu'on n'était pas à portée de rectifier, faute de connaissances suffisantes. Avant que l'astronomie se fût perfectionnée par Tinvention des instruments, Vhomme même le plus éclairé, qui voyait la révolution du soleil, et qui ne sentait pas le mouvement de la terre, était dans l'impuissance de deviner que c'était le soleil qui était fixe, et la terre qui tournait. Avant que la géographie, agrandie par de nouvelles découvertes, eût fait connaître la forme de la terre, et que le principe de la gravitation eût été trouvé, il était difficile d'ima- <nner que des hommes placés au côté diamétralement opposé au nôtre ne marchassent pas la tête en bas et les pieds en haut; ce qui semblait impossible; Il en est tout autrement de Topinion de l'existence de Dieu. Il n'y a pas, et les athées eux-mêmes ne prétendent pas qu'il y ait de Tillusioh dans les phénomènes par lesquels nous la démontrons. Le raisonnement que nous tirons de ces faits ne passe pas Tintelligence du plus simple vulgaire. Il n'y a pas cVailleuTS, comme nous venons de le voir, d'autre cause générale d'erreur qui ait pu la produire, la propager et la perpétuer. Il n'y a donc aucune comparaison à faire entre le théisme et ces deux anciennes opinions erronées. Ce que je dis dp ces deux errreurs anciennes et générales s'applique également à celles qui pourraient