‹ Cours de philosophie chrétienneChapitre 50 sur 67 · T. HT · texte numérisé non relu

T. HT

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encore égarer le genre humain. Elles auraient, comme les autres, quelque cause générale difficile à apercevoir; elles ne seraient pas, comme le dogme de Texistence de Dieu, des vérités simples, claires, à la portée de tous les esprits savants et ignorants.

XXYL « On nous parle (c'est ici la dernière difficulté des incrédules) d*un concert entre les hommes, tandis que tous ont pensé diversement ; on nous vante une persuasion unanime qui partout a été différente; nulle part les divers peuples n*ont attaché au mot Dieu la même idée. Qu'importe le mot s'ils n'ont pas été d'accord sur la chose? Il n'y a qu'un point sur lequel ils se soient accordés pendant longtemps : c'est sur la pluralité des divinités. Le polythéisme a été l'erreur universelle de tous les siècles; et voilà tout au plus ce que pourrait prouver le consentement général sur Dieu.*

XXVII. Cette objection est étrangère à la question ; c'est uniquement l'existence de Dieu, c'est-à-dire, comme nous l'avons expliqué, d'un Etre souverainement parfait, et auteur du monde, que nous prouvons par le consentement des nations; c'est l'existence de Dieu, et non l'existence de tel Dieu; c'est l'existence de la Divinité en général, sans examiner, comme nous l'avons déclaré, s'il y en a une ou plusieurs. Lors donc qu'on oppose à notre preuve les variations des peuples sur leurs diverses divinités et leur polythéisme, on combat ce que nous ne disons pas; on ne détruit pas ce que nous disons.

Tous les peuples n'ont pas attaché la même idée au mot Dieu^ c'est-à-dire n'ont pas appliqué ce nom au même être : cela est vrai, mais indifférent à notre question. Tous les peuples n'ont pas attaché au mot Dieu une idée commune à tous : cela est absolument faux. Que l'on nous accorde, et il est impossible de le contester, que toutes les nations ont unanimement regardé ce qu'elles appelaient Dieu comme l'être d'un ordre supérieur, doué de très^andes perfections, revêtu d'une suprême puissance, fabricateur du monde tel qu'il est : nous ne demandons pas davantage.

Un principe ne cesse pas d'être universellement reconnu parce qu'on en a fait de fausses applications, qu'on en a tiré de fausses conséquences : c'est ce qui est arrivé à la doctrine de l'existence de Dieu. C'est du fond même de ce dogme adopté par tous qu'ils sont partis pour diverger dans des sens différents sur les applications, sur les conséquences Tous ont adoré un Auteur suprême; tous n'ont pas adoré le même. Il résulte de là seulement que nous ne pouvons pas alléguer le témoignage universel en faveur d'une religion plutôt que d'une autre.

Non pas, objeetent les athées^ car l'erreifr <ki polythéisme était uoiTerseUement répandue. Pour que cette difficulté eAt quelque poids, il faudrait da moins ^*il y e<\t eu un polythéisme universel; que tous les hommes eussent rétéré les mêmes divinités, et en même nombre; mais tous, reconnaissant la divinité, se sont divisés en une multitude de sectes sur tes divinités à reconnaître. Je crois leur témoignage dans ce qu'ils disent en commun ; quand ils cessent de s accorder, je ne les crois plus. Je reconnais Tautorité suprême du genre humain ; je ne peux pas me soumettre à des autorités sans nombre qui se détruisent réciproquement.

Mais le fait même de l'universalité absolue du polythéisme est-il Trai?

i^ Les Juifs, et pendant vingt siècles les Chinois, n'ont reconnu qu'un seul Dieu. Il y avait des peuples qui n'adoraient que le soleil. Dans plusieurs îles de la mer du Sud, on a vu plusieurs nations n'adorer qu'une seule divinité, à laquelle elles donnaient différents noms. Il serait facile d'en citer encore d'autres.

2^ Il est certain que le dogme de Tutrité de Dieu a précédé fopinionde sa pluralité. A ne regarder Moïse que comme un écrivain plus ancien que tous les autres auteurs connus, il résulte de sa narration que la croyance d'un seul Dieu a été la doctrine primitive. On connaît l'origine du polythéisme : le théisme précède tous les temps connus.

S"" Parmi les peuples même livrés au polythéisme, les hommes éclairés reconnaissent un Dieu supérieur, maître des autres dieux, lesquels n'étaient en quelque sorte que ses ministres. J'aurai occasion de revenir sur cette vérité. Cet Etre suprême était dans le fait, quoiqu'il ne le fi\t pas de nom, leur seul Dieu.

XXVIII. Rejn'enant ce que je viens d'établir dans ce chapitre, je demande : qu'est-ce donc que les ennemis de Dieu peuvent con* tester sur le consentement donné au dogme de son existence? Estce son universalité? Mais ils ont eu beau rechercher de tous côtés, fouiller dans les histoires les moins crues, dans les relations de voyages les plus décriées, ils n'ont pu alléguer que quelques malheureuses peuplades, en si petit nombre, et tellement dépourvues de toutes lumières, que leur contradiction n'altérerait point l'unanimité du genre humain; et encore, c'est contre la vérité qu'ils ont prétendu en fortifier leur système. Est-ce l'autorité du consente* ment universel qu'ils nieraient? Mais tous les efforts qu'ils font depuis tant de siècles pour l'altérer ont été impuissants. En vain ont-ils imaginé des causes de pi^jugé qui eussent pu produire cette persuasion unanime; en vain ont-ils tenté de l'assimiler à d'autres

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persuasions populaires^ ou même générales; en vain ont-ils essayé de la combattre par la diversité des religions. La même futilité de leur raisonnement est une preuve certaine de la solidité de la force de celui qu ils attaquent. Et notre démonstration, qui de tous temps a eu tant de poids sur les esprits sages, en acquiert de plus en plus, à mesure que les esprits corrompus la coml)attent

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