THE0L06IB NATTTRBLLS. IO
ment dés Tentrée, et la décision de Leibnitz fut conforme à celle du pape.
Physicien^ il publia deux traités de physique : Theoria motus ahstracHj dédiée à TAcadémie des sciences, et Theoria motus concretiy dédiée à la Société royale de Londres. Le premier de ces traités est une théorie très-subtile et presque toute neuve du mou^ vement en général; le second est une application du premier à tous les phénomènes : c*est là qu il établit sa fameuse dynamique^ Il dit lui-même qu'il « croit que son système réunit et concilie tous les autres, supplée à leurs imperfections, étend leurs bornes, éclaircit leurs obscurités, et que les philosophes n'ont plus qu'à travailler de concert sur ces principes et à descendre dans des explications plus particulières qu'ils porteront dans le trésor d'une solide philosophie. » Il est vrai que ses idées sont simples, étendues et vastes. Elles partent d'abord d'une grande universalité qui en est le tronc, et ensuite se divisent, se subdivisent, et pour ainsi dire se ramifient presqu'à l'infini avec un agrément inexprimable pour l'esprit et qui aide à la persuasion. C'est ainsi que la nature poiurrait avoir pensé.
Mathématicien y et ce fut un de ses plus beaux titres, il a placé son nom à la tête des plus sublimes problèmes qui ont été résolus de nos jours, et il est mêlé à tout ce que la géométrie moderne '^a fait de plus grand, de plus difficile et de plus important. Les Actes de Leipsick, les journaux des savants, nos histoires sont remplis de témoignages pour ses succès dans cette science. L'histoire du calcul différentiel, ou des infiniment petits, suffira pour'faire voir quel était son génie. On sait que cette découverte porte nos connaissances jusque dans l'infini et presque au delà des bornes prescrites à l'esprit humain.
En i684) Leibnitz donna dans les Actes de Leipsick les règles du calcul différentiel ; mais il en cacha les démonstrations. En 1687 parut l'admirable livre de Newton des Principes mathématiques de la Philosophie naturelle^ qui était presque entièrement fondé sur ce même calcul, de sorte que l'on crut communément que Leibnitz et lui l'avaient trouvé, chacun de leur côté, par la conformité de leurs grandes lumières. Nous ne parlerons pas des repi:oches de plagiat adressés de part et d*autre par les différents philosophes ou historiens, ni de la décision influencée d'un jury littéraire anglais^ Nous dirons seulement, avec Fontenelle : En général, il faut des preuves d'une extrême évidence; pour convaincre un homme tel que Leibnitz d*étre plagiaire le moins ilu monde.
n a^ak auiH «atrepria un gmad ouviagtt da /^ «S^b^Ma 4a^V^M» Cétait toute la plus haute géométrie, le calcul intégral joîuki 9m dîffmntîd. Mais il a eut pas le temps de la finir.
Mééajfàycneien, il ccmçut tm plan général de réfoma poqr la mti^ Ufkjmspie alors dégéoécée dans les acoles en vaioes siibtilitas. Sas syalàiaaa de \ Harmonie prédtaUie^t dea Maa4èdif$ cgit opéra im iapLflMase changemeBt dans cette aciance, et préparé tombes lai^ baillas découvertas dont elle s*est enrichie. Sa doctrine fiit Ti?e^ raant atta^ée par les Cartésiens : nous résumerons ces kmgues dis» eussions philosophiques en deux lignes. Descartes avait dit : Toute substance est complétenient et essentiellement passive; nulle ao tioa n'appartient aux créatures. Leibnitz dit au contraire : Toute subakance est complètement et essentiellement actwe^ tout êX3» sim^^e a en lui-même le principe de ses changements. Le principe de Descartes, poussé dans ses conséquences, conduit au spi^* sisBie. Le système de Leibnitz, au contraire, conduisi^tà une mer- ▼eiileuse idée de l'intelligence infinie du Créateur.
Leibnitz était aussi théologien, non. pas seulement en tant que philosophe ou métaphysicien, mais théologien dans le sens étroit du mot. Il entendait les différentes parties de la théologie chrétienne que les simples philosophes ignorent communément à fond. Il avait beaucoup lu et les Pères et les scolastiques. En 1672, il fit pacaître un traité intitulé : Sacrosancta Trinitas per nova argn^ menta logica defensa. Cet ouvrage est destiné à réfuter les atta^es du Polonais Wissowatius, savant Socinien,qui avait employé contre: la Trinité la dialectique subtile dont cette secte se pique^ Leihnit% établit que la saine logique est favorable à rortbx>doxia. Sa ThéùéUcée est aussi une savante réfutation des erreurs d^ Bayla, Pea de philosophes avaient comme lui étudié le christianisme et com* pris sa céleste origine. Tout le monde connaît sa correspondance av«o Bossuet pour travailler à la réunion des protestants et des C9f tiboliques, projet immense sur le point de s'accomplir et qui né' choua que par des circonstances indépendantes du fond mênie dei disoftssions, et parmi lesquelles il faut compter la nouvelle sHuation politique ou se trouva placé en 1701 l'électeur de HanovrOi auquel Leibnitz était tout dévoué. Mais on voit dans son Systmne thsologicum que ce philosophe avait persaonelleineut peu d'éloi* gnement pour les doctrines de l'Eglise catholique. Les eoBsér quences que dans son ouvrage intitulé : Ces4grini Fustenerii d$ jursy etc., il tire en faveur du pape qu'il nomme le chef de la réfUr blique chrétienne^ font regretter cette fiitalité des cirepoi^aoeaqNi
TBXtTLOGIX VATinCECCX. III
ue lui permît pas de professer une doctrine à TaqaeDe il se sentait appdcparla perspicacité de son génie.
Da reste, rien ne manqae à la gloire de Leibnitz : plusieurs* princes le comblèrent de faveurs, et le nommèrent aux dignités les plus honorifrques. Il fut Tarai de deux rois, et le czar Pierre vint le consulter pour la réforme de ses Etats. La simplicité, com* pagne assidue du vrai mérite, ne le quitta cependant jamais. Il monrut le x4 novembre 1719 : il était âgé de soixantè-néuf ans. Dans les derniers moments qu'il put parler, il raisonnait sur la. manière dont le fameux Farlemback avait changé la moitié d'un clou de fer en or '.
PENSEES DE LEIBNITZ SUR L A.Tfl£ISME ET LE MATERIALISME.
Il serait à souhaiter que les savants réunissent toutes leur^ foiy ces pour teri'asser le monstre de Tathéisme, et ne souffrissent pas. qu un mal qui ne tend à rien moins qu'à F anarchie universelle et. au reaversenaent de la société, fit parmi eux de plus grands pro* grès... Il vient de paraître en Angleterre une apologie du genre humain contre l'accusation d'athéisme. Son auteur, M. FabriciuS|, y soutient qu'il n'a jamais existé de nation vraiment athée. Je suia. très-persuadé qu'il a raison \
Milord Shaftsbury a raison de dire que Tenthousiasme va plus loin qu'on ne pense, et qu'il y a jusqu'à des athées fanatiques; car ils peuvent avoir des imaginations ou visions creuses aussi bien que les autres. On peut être incrédule d'un côté et crédule de Tautre; comme un M. du Son, habile machiniste de l'électeur palatin Charles -Louis, qui croyait les prophéties de NostradamuS| et ne croyait pas celles de la Bible ; et comme un Juif des Pays- Bas, qui de tout le Nouveau Testament ne recevait que TApocalypse, parce qu'il y croyait trouver la pierre philosophale '.
Le divin Bacon a très-bien dit que la philosophie superficiellement étudiée nous éloignait de Dieu ; mais qu'elle nous y ramenait quand elle était approfondie. Nous l'éprouvons dans ce siècle
* Kaison du christianisme, t. 1, p. 412. Ceux qui voudront plus de détails «nr ce grand philosophe, peuvent consulter l'histoire de sa vre et de ses ouvrages, par le chev. de Jaoeourt, insérée en tête des Essais de Théodicée^ imprimés Hauaanneen 1760. On peut voir aussi V Eloge de Leibnitz, composé par Fon^ tenelle, et qu'on a mis en tête du recueil intitulé : Pensées de Leibnitz ; Paris,
* Oper. Leibnitz, t. 6, p. 344. Epist, ad Spizelium, ' /W., t. 5, p. 55.
lia THEOLOGIE RA^IITABLLB.
également fécond en savants et en impies. Car après que les sciences mathématiques eurent été plus cultivées que jamais, et que la chimie et Tanatomie nous eurent aidés à pénétrer jusque dans rintérieur des corps, il sembla d'abord qu on pouvait, par leur figure et leur mouvement, rendre une raison mécanique de la plupart des effets, pour Texplication desquels les anciens recouraient à Dieu seul, ou à je ne sais quelles formes incorporelles : alors quelques hommes d'esprit essayèrent s'ils ne pourraient pas, sans admettre la supposition d'un Dieu, et sans le faire intervenir dans leurs raisonnements, sauver et expliquer les phénomènes de la nature, c'est-à-dire tout ce que nous apercevons dans les corps. Cette tentative leur ayant paru réussir jusqu'à un certain point, ils avancèrent aussitôt avec autant de précipitation que de confiance (parce que sans doute ils n'étaient point remontés jusqu'aux fondements et aux principes), que la raison naturelle ne leur fournissait aucune preuve de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'àme, mais qu'il fallait croire l'une et l'autre sur la relation des historiens, ou sur les ordres des princes. Tel a été le sentiment de Hobbes, auteur très-subtil, et qui, par d'excellentes productions, mériterait qu'on passât ici son nom sous silence, s'il n'était pas nécessaire de prévenir contre l'abus qu'on pourrait faire de son autorité; et plût à Dieu que d'autres allant encore plus loin, et mettant en doute jusqu'à l'autorité des Ecritures et la foi des histoires, n'eussent pas ouvertement tenté de précipiter l'univers dans Fathéisme.
J'avoue que j'ai toujours vu avec indignation qu'on abuse des lumières de l'esprit humain pour l'aveugler lui-même; et je me suis appliqué à la recherclie des vrais principes avec d'autant plus d'ardeur que je souffrais plus impatiemment que des novateurs entreprissent par leur subtilité de me priver du plus grand bien de cette vie, c'est-à-dire de la certitude que mon âme survivra éternellement à mon corps, et de l'espérance qu'un Dieu infiniment bon couronnera enfin la vertu et l'innocence',
EXTRAIT BB MABLT.
La plupart des ouvrages deMably sont en forme d'entretiens. C'est la méthode de Socrate, suivie par Platon et par Cicéron, que l'auteur a prise pour modèle. La conversation s'est ici engagée en-
ï T. 1, r. Confessio fidfi, contra atheistas.
Aiksttjat xl»4a. rdi^on^.ikt sa* nécessité (dans le cbaipitre 3 et' son ouvraiji»), voici oowwnt il pasle pao* la boodie d» sam plûlaa&phe;:
» Cest la religion* ^evi» qui peut afippencire aœ boHiinesqii'iis' ont4 leor coté un juge- toujours présent, qui lès observe, qui lit dans leurs pensées et descend dans les abîmes de leurs oœura. Platon Ta dit : Qu'aucun dâk ne: soii sans puniiion, on vous verrez, les hommes se familiariser peu à peu avec le^ mal et violer en^ fin 'ouvertement les lois les plus saorëea et les pius importantssv Mtds .comment chaque délit sera-t-il pami? Comment les citoyens quiconnaâssent les bornes étroîtcs'de la sagessehvmaine serooit* ils persuadés que lecoupsd)le néefaappe jamais au. châtinient, s'il» ij^Fentqviils sootsotts la ntain etisott&Jes jeuxd'un Etre suprême qui gouverne le monde,.etdcmt la justice récompense* la vertu et punit le vice? Si cette* doctrine ouvre unesource>nouveUe de plaisirs rpour Thomme^de bien, si son âme, occupée délicieusement d^ ses devoirs, les remplit avec zèle et en attend une récompense encore plus délicieuse, s'il jouit en- quelque sorte, dans cette vie, du bonheur de la vie future, avouez qu'Ole inspire une* terreur salu>>* taire aux méchants^les retient, ou^ par la voix des remords, les rappelle au r^entir.
levons dirai donc avec Cioeron, dans son Traité des lois, que les hommes soient convaincus que les dieux sont les maîtres de toutes choses, que leur providence préside à tout, qu'elle est la source de tous nos biens, et qu'ils tiennent un compte exact de toutes nos aetions. Voila la première, la plus importante et la plus nécessaii» de toutes les lois; car s'il n'y a point de Dieu, il n'y a poiot de morale. Il est impossible d'offrir à l'homme des motifs suffisants pour l'engager à obéir plutôt à sa raison qu'à ses passions; et il ne sera juste qu'autant qu'il ne pourra se soustraire à la vigilance des lois et des magistrats.
On appelle ordinairement atlvées les philosophes si communs aujourd'hui, qui, niant l'existence d'un Etre suprême ou la Providence, croient que tout est matière. Ils disent qu'une certaine propriété de cette n^itière, qu'ils appellent l'âme du- monde, et qu'ils répandent Ubéralement dans toutes ses parties, fait penser l'homn^e, rouler la masse des corps^ célestes sur nos têtes, et végéter l'bft planus^eittrnoft pieds. Barrune snîte de cette admirable doctrine^ ils vousa soutiennent qu'une fatalité aveugle et irrésistible gcm«
f l4 THBOLOGIB HJLTUXBIXB.
▼eme lout Elle a lié les événements arec une chaîne que rien ne peut rompre. L'homme sans liberté n'est qu'un instrument passif; il veut ce que la nécessité lui fait vouloir; il est poussé par les objets qui le frappent, comme les nuages par le vent. Il ne délibère point quand il croit délibérer; il ne se détermine point, il estdéternûné, et il n'y a par conséquent à son égard ni bien ni mal moral, ni juste ni injuste; en un mot, tout est égal pour lui, hors la douleur et le plaisir qui déchirent ou chatouillent ses sens.
Je sais que d'autres philosophes, moins entreprenants contre Dieu, respectent son trône, mais ils ne veulent point 'qu*il s'abaisse jusqu'à laisser tomber ses regards sur la terre. Nous ne méritons pas, qtmique nous soyons son ouvrage, qu'il daigne s'occuper de nous. C'est à nous à nous arranger comme nous pourrons pour diminuer nos maux ; nous n'avons rien à attendre de Dieu, et notre âme est condamnée à la mort lorsque les organes qu'elle fait agir sont usés par le temps ou les maladies. Ces philosophes doivent être mis, par le législateur, dans la même classe que les matérialistes. L'effet de ces différentes opinions est le même pour la société, puisqu'elles rompent également toute relation entre Dieu et les hommes. Dieu est pour T homme comme n*étantpas, dès que nous ne le regardons pas comme notre juge. Qu'importe ce qu'on pense de la nature de Dieu, de notre âme, de notre liberté, de notre raison, de nos passions, de nos devoirs, de nos vertus et de nos vices, dès qu'un même sort attend les gens de bien et les méchants?
J'en demande pardon à tous ces philosophes, mais il me semble qu'ils sont nécessairement inconséquents, s'ils s opiniàtrent àavoir de la probité dans les occasions qui ne se présentent que trop souvent de faire le mal impunément et même avec avantage. Quoi ! de si grands philosophes seraient assez sots pour agir sans motifs et se sacrifier à une vertu imaginée par le vulgaire ignorant? Tranchons le mot, cette philosophie fait nécessairement des hypocrites dans le cours ordinaire de la vie, et des scélérats, s'ils peuvent espérer de l'être avec quelque succès. Tandis qu'il n'y a poiat d'homme qui n'éprouve en lui-même un combat coniinuel entre sa. raison et ses passions; tandis que des gouvernements grossiers et des lois ineptes nous invitent puissamment au mal ou le défendent faiblement; tandis que le vice élève cent mauvais sujets autour de nous, et que la vertu languit souvent méprisée; tandis que tout ce que nous éprouvons nous apprend que la pratique de nos devoirs exige de la Vigilance, du courage, de la fermeté et une
constance précautionnée pour résister aux amorees du vice, je croirais bonnement que ces philosophes prennent la pein^ de résister à leurs passions? Ils se refuseront à une p^die, a un men* songe, à une bassesse^ à une calomnie qui ferait leur fortune? Ils sacrifieront des goûts et desplaisirs qu'ilsoroient innocents et même louables, à une chimère de vertu difficile dont ils se moquent asse%> librement quand ils parlent devant dos personnes qui sont dignes d écouter leur doctrine? Malgré la crédulité que nous reprochent ces grands philosophes, je les avertis que nous ne croyons pas volontiers à leur probité. Ils ont beau parler de leur amour pour la vertu en termes magnifiques, on les voit à travers le masque dont ils tâchent de se couvrir, et on les voit tels qu'ils sont. S*ils pren* nent même le parti désespéré de faire avec éclat quelque action honnête, on aura encore la malice de penser qu ils ne cherchent qu'à jeter un voile sur cent choses, peu régulières ou honteuses,, qu'ils se permettent tous les jours.
Lorsque Ginéas, expliquant à Fabricius le système d'Epîcure, hii dit que cette philosophie était la dootrine la plus accréditée chez les Grecs, le Romain pria les dieux que les ennemis de sa patrie pensassent' toujoiu*s ainsi pour n'êtrejpas redoutables. Fabri- • cius avait raison de croire que les philosophes qui anéantissent le législateur et le magistrat suprême de l'univers anéantissent en même temps tous les droits de notre raison, et laissent une libre carrière à nos passions. Dès que l'homme est aveuglé au point de ne pas distinguer le bien et le mal moral; dès qu'il est privé du sen* timent intérieur de sa conscience, où trouvera-t-^il un guide? Quel législateur, quelles lois, quels gouvernements fourniront à l'homme des motifs pour lui faire aimer constamment ses devoirs? Puisqu'on peut tromper les lois et les magistrats, quel sera le garant de la probité publique? Au lieu d'être unis par les liens de la confiance, les hommes doivent tous s^ défier les uns des autres; et la société, en quelque sorte dissoute, n'est plus qu'un assemblage de brigands.
Je pense presque comme vous, dit milord en interrompant notifie philosophe, et je serais assez disposé à croire qu'uu athée conséquent n'est pas en effet un fort honnête homme. Cependant, permettez-moi de vous demander pourquoi l'athéisme serait plus funeste pour la société que ces religions ridicules, qui, en nous faisant adopter des dieux fourbes, injustes, cruels, capricieux, etc., nous invitent en quelque sorte au vice ? J'ajoute que si l'ido» latrie est un plus grand mal aux yeux de Dieu que l'athéisme, elle
dfû aussi ppocioiM^ddipbis grands maux parmi les hommes ; et it nevsemble qu ibealassesinatiirel que-Bieu penaecommePhitarqae, ^i a die qu*il laiiiNrait'mî^iix ija'on assurât* €pt*i\ rty a jaimis eu dePIutarque,.<{iie<isi>oii€lîsaît.qu'il aécéiHi malfaomi^ homsie. 0r^ on ne p«iitHiiier (pi6<jBalgpé la reltgkHilap)ttsabs«rde*et laph» scandaleuse, la Grèce et Rome naient produit les hommes* de ht terre les plus vertueux ; pourquoi donc l'athéisme ne pourrsât-il lasser subsister la tcpIu dans un pajs où il serait établi avec de «ertaines' précautions? Pourquoi un Etat ne pourrait-il subsister sans TelîgiouP Des voyageiurs assurent qu'ils ont trouvé des peuples qui n'avaient aucune idée de la Divinité. On prétend qu'avec des lois plus sévères, plus exactes et plus vigilantes que les nôtres, on^ptMirrait contraiiidse les athées à se* conduire aussi régulièreaient;que s'ils &vatsnt:ui»e morale. Vous savez qu'un phifosophe moderne a faillies raisonnemeiHis assez forts pour prouver que leur société pourrait être heureuse et florissatile.
Milord, dit notre philosophe^ il faudrait une journée «BFbère pour sépondreà vos^questions; mais sauseetr^MTeadre d'expliquer r^pèce de mystère qui enveloppe le paganisme et ses dieux, ce qui nous écarterait trop de nos lois, perm^ies^moi de vous faire sunplemen>t remarqua que si les Romains n'avaientretiré aucus avantage du culte religieux qu'ils rendaient à Jupiter^ Vénus, Skr* cure, et autres malhoanéles divinilés, jamais Fabridus, dont je viens de vous parler, et qfji^ entre nous, ajraille sens couhdud, n'aurait été assez insensé pour le préfiéser. à l'athéisme de Cinéas. Quelque contraire aux hhsuvs que f&t la reUgîon des anciens, ce vice était sans doute corrigée par une doctrine particulière qui leur apprenait que Jupiter punissdiU sévèrement dans les hommes les libertés que prenaient les die^x ; peut-être croyaitton que ce qiû était mal dans les hommes était bien dans, les dieux, dont l'état est si fliCférent du notive. C'est ai^si cpe les ^tits^ parmi noius, app/tmt* y^i^t dans les gi-ands ce qu'ils blâment dtms leum paveils. Quoi qu'il en soit, cette religion, malgré ses folies, était sans doute utils à. la ^pciété, puisque le^ politiques les phis éclairé&s'senrs^Fiâeiit asec avantage pour aôermir la probité defl.^itoyens, et qu'ils ont QQMasuuoment regardé sa décadence comme* Wsigoe des. malfaeiffs Upblics. A ces dieux, méprisables qu'on adocait, et qu'où n'auntit oséiraitier, était jpi^Mt^ l'idée d'un Tartare et des-iChai^s^Bl^vées,' 4^ps ru0, on piuiissiûUess hommes .^i^umient voiihLpMndfeJM ^mes licences que les dieux.^ et dans ka autres,} ou réeompe»' j^lkit les vertus qui honorent le plus l'iiumfitiité^ D^^ueil«ft»v0fft«i
et les yicesatleaciaMa»t4ui«SDPt diffécem dniw une seconde vk^^^bt religion aeuitr^iJefpas iu)f^U6*6ikrgiiFMfit 4U Ja^proUte qifta^Wh théisme? Qu^Upie iascnseequ'^lle^seil;^ >un.fiage'lé^ii»kt<;4ir'en»6aH* rait tirer parti fmaisil ne.peutFi«n espérer de Katbaîêiiie. Oa.|fti^ afvoir de faus«es. rf^le5de>la jiMtrce et ^ «esdevmV) et o'e^t un mal^ mais ce mal n'estai pas i^oîiidre que* celui de^n*en avoir .cm* Ciûie notion, ou de croire qu^ tout cequi nous £aâtplaisir est bien? Laissez à la raison leitemps de s éclairer et de se perlectionner, ^ la théologie la plus absurde peut devenir peu à peu la religion d'Aristide, de Socrate et de Platon.
La pensée de Plutarque est très-raisonnable, et cependant il pourrait se faire que ^athéisme fût un plus grand mal aux yeux de Dieu que Tidolàtrie la plus monstrueuse.. Je ne suis point assez téméraire pour vouloir pénétrer les jugements de la sagesse divine^ mais ne pourrait-on pas dire qu'elle voit avec indulgence le culte le plus insensé, quand Fintention de ceux qui l'ont établi et qui le pratiquent est sage? certainement, s'ils avaient pu mieux faire, ils l'auraient fait. Sa bonté lui représente sans cesse qu'il nous a donné une raison sujette à l'erreur et lente à se former. Dieu n'exige pas des temples^ des autels, un cqlte pour lui, mais pour nous; il n'a pas. besoin de nos sacri&ces, il se suffit à lui même; mais il nous importe, mais nous avons besoin de lui rendre^nds hommages. C'est parce qu'il tious ainîe, c'est parce qu'il nous à faits pour vivre en société, "c'est parce qu'il veut être le lien qiû nous unit et se rendre le garant de la foi que nous nous promettofi$, que sa censure nous est nécessaire et qu'il l'exerce sur nous Cest parce que l'athéisme perd la société en détruisant toute confiance et toute sûreté entre les hommes, que Dieu le punira. Il doit être plus indulgent pour la doctrine d'un muphti ou d'un bràchmaûe que pour celle d'Epicure et de Spinosa.
Je crois, si Ton veut, que les voyageurs ont trouvé des peuplés qui n'avaient aucune idée de Dieu, de la spiritualité de notre âme, ni des récompenses et des châtiments qui nous attendent dans une autre vie; mais si cet athéisme peut subsister parmi les sauvages qui vivent encore à la manière des brlites, et que la faitti, la fliî- «ère et la nudité poursuivent dans leUrs reirai ttes, qu'en peut-tfn conclure pour des socîétés'régulières ? A-t-on jamais vu deisf hohïfnA avoir des lois et des magistrats, et* lïe point avoir de fêteisTelîgieases ? Si • le^ voyagetits avaient abusé Ûù pYiVÎIégè de mentir jusqu'au point de publier de pateilleSTelatrons, la philosophie n'aurait pas dû les croire. Remarquez d'ailleurs que les sauvages peu*
Il 8 nutoLoen nArtmxuM.
'YMit ignorer qull y a un Dieu, mai$ ib ne nieront point son exis* fenœ; ils ne prétendront point qu'il n'y a ni bien ni mal moral, él quelque grossier que soit leur instinct, ils mettront une grande 'différence entre tromper et dire la yérité, entre secourir son Toisin prêt à périr et Tassassiner. D y a un athéisme qui ignore qu'il y a un Dieu et des règles de morale, et un athéisme qui enseigne qu'il n*y en a point. L'un suppose une extrême ignorancei mais l'autre ne peut s*associer qu'à une extrême dépravation'.
BARRUEL.
Contradictions et absnrditës des philosophes do xviii* siècle '
ao aajet de la Dlrinité.
Philosophes contre Dieu.
La cause universelle, ce Pieu des philosophes, des Juifs et des Qirétiens, n'est qu'une chimère et un fantôme... L'ima|pnation enfante tous les jours de nouvelles chimères qui excitent dans eux les mouvements de la terreur, et tel est le fantôme de la Divinité. (Fréret, Lettres de Trasibule à Leucippej pag. 164 et a 54.)
L'existence de Dieu est le plus grand et le plus enraciné de tous nos préjugés. {Liberté de penser^ pag. i65.)
Le mot Dieu^ sous lequel les théologiens s'efforcent de faire concevoir un être parfait en tous sens, immuable en tous sens, est un mot vide de sens, un zéro dans les calculs de la morale et des mathématiques. [Syst. de ta Raison^ pag. a6, note i.)
Le mot Dieu devrait être banni de la langue de ceux qui parlent pour se faire entendre; c'est un mot abstrait inventé par l'ignorance. {Sjrst, nat., U q, c. 6 elpassim,)
Les phénomènes de la nature ne prouvent l'existence d'un Dieu qu'à quelques hommes prévenus, à qui l'on a montré d'avance le doigt de Dieu dans toutes les choses dont le mécanisme pouvait les embarrasser. Dans les merveilles de la nature, le physicien ne voit rien que le pouvoir de la nature, que les effets nécessaires des combinaisons différentes d'une matière prodigieusement diversifiée. {Le Bon Sens, n. 36 elpassim,)
Au lieu de chercher sur la terre les principes d'après lesquels les honunes doivent régler leurs actions, des théologiens, des lUu-
I Raison du Christianisme^ t. 8, p. 966.
mina fondent la morale sur la conformité de nos actions avec les volontés de Dieu. Mais, qu'est-ce que ce Dieu, ^ont vous annoncez les volontés à la terre? Dans toutes les religions du monde, la Di* vinité n'est qu'un être invisible dont il est impossible de se former aucune idée, une puissance inconnue, un tyran invisible, un fan^ tome placé dans des régions inaccessibles. \Extr. du SysL Social^ yoj.pré/l et chap. 3, 1. 1«)
Philosophes pour Dieu.
On ne me persuadera jamais qu'il y ait un être jouissant de ses sens qui puisse croire sérieusement que toutes les merveilles de oe monde ont toujours existé, sans avoir été arrangées par un être d une puissance incompréhensible... « L'existence de Dieu est une idée innée;* donc l'athéisme est une chimère. » {ji lambic moral, pag. 66y etc, )
Qu'il existe un Dieu, c'est, je crois, une vérité que de longs raûsonnements ne sauraient qu'obscurcir. (Toussaint, les Moeurs^ Impartie.)
Il faut s'aveugler pour ne pas voir évidemment l'absolue nécessité d'un être infiniment bon, puissant, intelligent, spirituel, éternel, créateur de tous les êtres ; je suis aussi sûr qu'il existe un Dieu que je suis sûr de ma propre existence. (Marquis d'Argens, PAU. du Bon Sens, t. a, ré/l. 4.)
Ceux qui nient l'existence de Dieu ne doivent pas être tolérés... Si l'on bannit du monde la Divinité, on ne peut qu'introduire le désordre et la confusion, (uésiat. tolér.y pag. 7.)
Il n'est pas possible de se former l'idée de la matière sans avoir à la fois celle de sa cause, qui seule l'a faite ce qu'elle est; d'une cause immatérielle, active, intelligente, supérieure aux principes corporels..* En un mot, nous devons nous attendre à trouver partout dans l'univers les caractères et les témoignages de la sagesse qui l'a construit et qui le soutient. {Des Erreurs et de la Vérisé, pag. 127 et ia8.)
Les hommes sont les créatures de Dieu; ils sont l'ouvrage de ses mains; ils sont soumis à ses volontés suprêmes; ils ont reçu la raison de lui pour les découvrir : c'est là-dessus que sont fondés leurs devoirs envers Dieu... Les devoirs de l'homme envers les êtres qui vivent en société avec lui ont également pour fondement et pour base la volonté de Dieu même, qui a fait l'honiroe sociable, ou voulu qu'il vécût en société. (Ze Militaire philosophe, chap. 20.)
Les adorateurs de la Divinité sont des enfants peureux^ Ses ignorants, des superstitieux, des charlatans, des enthousiastes, de granik créateurs de chimères, des extravagants, des sauvages, desLiStiipides; et si parmi eux il se trouve quelques grands hommes, cela prouve seulement qu'un homme de génie peut avoir un grain de folie... Exaltons dans nos ouvrages ce famenxpihilosophe qui voulait faire pendre le premier qui s'aviserait de prononcer le nom de Dieu dans sa république. (Voy.Vô Bon SenSy n. 176 etpassim; \e S/st, Tfat.j t. 2, c/4 et passim; item, le S/st. Soc, Lettres de^Trasiiule, etc., etc.
N. B. Que ces petites honnêtetés dont^nos athées et.nos Sdeistes ou théistes se gratifient mutuellement; que ces arrêts de. mort par lesquels ils se condamnent les uns les autres à âtrepenidusjtie scandalisent pas nos proryhrciatix. Toute mon intentiDn, eirvous }és rappelant, est de vous faire voir- à quel point on esr Sbre diez nous, et combien peu nos sages se laissent captiver par 'les opinions de leurs propres confrères. Afais ce n'est encore îà que le premier prodige det;ette liberté. SENI.'Robinet, La Mcttrie, Ragnal «k. Bidérot, vous apprendront à la* porter un -peu plus loin.
Gimussgk», >philas0fAét psar.
Quand Tathéisrae n annoRQe.pMWB camr'eov0oinpa,tiliju||fiosc •ba moins une âme txiste'et gkii^*.. D WdÎBam, n&^aifaée est un luGonme blasé, ^ans t8»péra«MBiit, .aisfs çénisy sflns>â»ei; cfetftim ftéftu pour les tnatBons'; cesstxmitMamsitre Jtaès^y emiÉîwni:, icpàmma fiàetB. dans un. mortier, silj'trmgfef^m iiitérél.*»Jl.£9MJit4ètrci£DU pour pieiMer ocnnwe radwée, ji>Bi«g|lii Met 'ûifmmmu'àe*lbtÊiB2Bg»dê aes^sens. AppremonB à eestfous iUiigwewxnpie4e<iiwgiihrat a imit de faire périr ceux qui nient Texistence de Dieu, (^oijr* i^âLsàidii MûfL^ JUtij p. 4)1 ; Yx)it. ,^^ UidikiU:;JNnLdaJimtSmBfXair^. 4; Biba. et «AL Enwjptebapr)
H *y a ^n Dieu, o^6Sl4à'^lm*«iB»e 'trame^ekEis "pbJflnwèMByiihmt ï^eiiiêiafale»ttiK TiiiithpeiB^.^wrfle »]Ùett*nM» est
(le cause.» L'effet est contingent, la cause est nécessaire; l'un est fini, Fautre infini... Dieu .4i4i«t pak»t Tarchétype du monde; ses perfections ne peuvent éire renfermées dans la même catégorie ^eJcdkfdQ*}^màa%.,(.D&Jà.ûiai,^ .t. ly c» 3^ t. S,.pfnrt..5.) »
On prétmd^*élev.er de Veffet.à lacause. de l'ordre quonadmioe ?ans 1 univers.; c est uae témérité, une niépris^ un argument pleûi d'iUu&ioQ, .d'erreurs et d'imp^slure*.^!! n'y^ jamtes^u ^uluo.scml prototype de tous les êtres, dont ceux-ci jne sMt que des vfliiations prodigieusement multipliées. Cette grande et importante vérité est la base de toute vraie philosophie. ( Voy. de ta Nature^ t. 2, pag. 12; 1. 1, c. 3; t. 4 pag. 182, etc.) Voyez sur cet auteur^ la Nature en contraste at/ec elle-même^ par le père Richard • .
LA METTRIB^ pour.
« fe me Tévwpîeyaks en émue TeftisteBce d'un Etm enfréiiie. » {UHwmme maeà., pag. fe.)
hAjmsiMm^omtrB.
Je commence par dire que « Dieu n'est pas même un être de rai^ son. » (Ibid.f pag. 22.)
LA MmrKtEyni pour, ni contre.
• Aeganiar ia nmme^mmme la cmné- fl>fmgte<de«tQtis les pUnsiaièaes^(0aTeroaBii(iti« «ne ittteiltgeiioei^^ le dump
où lestphîimopiies'Oiit fftit la ^g«ierre tmr9ei6aXé«,**^])aii8 le fovid, qo'ilywrôn Di€tt'0tt^'il*ir'y«ii<airp(MM,i^ np«B.'QweMe fcrfiede tant- setfwnwrtmter |Iihii «m Mko9t fft^ûwBt WM)w»ji»Mc de>o«iÉmi}«re!'Le fMir ^'^M/^ss^pItiB 4édHBlififé «pre le oiinfr.^ {jéMgi*iksisyÊiimê^ pif|L â5.<?oy. 4e6 Auâ&ffme9uiê^fài- /ofcjjDfar, panr<r«bÉiéXigfr.)
* Si tous nos lecteurs ne sentent pas en quoi ce texte annonce l'athéismt, Tio«ie8*yrmw-'ée*^i<awéhlr iprtHe prorre 41*f«itera <^ lar WtMié <fHMid>%ii
r^fifet^erproufeJa cause que j>ar.un hijgwm^ïkt^\evadUUusiQn et d'impostumt; 2® que tous les êtres ne sont que des yariations da même étte, f^ns^ri^ûs H.IMliiet iwtMM^fc irtwii<tH»i>8iicg«falHffwrià 4«i4^a pii»iap»nrtaii.( tme€
133 nmou>€iB
• Dieu de la moire, loi qui as tiré Fétre àa Béant, ii*es-ta pas itiellement productif ?.^. Unité de Dieo ! Sublime et puissant! idées que tontes les religions doivent a la philosophie L— Oui, c'est dans 1a méditations des sages, dans Tétude de la nature, que j*ai trouvé • la source du thâsme (ou du culte d'un seul Dieu). » (Bût pdii. et phiL bi-4*^, t. 4» p^- S9 ; t. i, pag. 3o4; t. a, pag. 33.) Donc la connaissance, le culte d on seul Dieu est le fruit de la philosophie et de Fétnde de la nature: •
aATHAi^ contre,
« Cest la douleur et le plaisir qui sont la source de tous les cultes (et par conséquent le théisme lui-même), ou plutôt la religion n a été partout qu'une invention d^honmies adroits et potitîqnes, qui, ne trouvant pas en eux-mêmes les moyens de gooveni^ leurs semblables, cherchèrent dans le ciel la force qui leur manquait, et en firent descendre la terreur. {Idem^ 1. 1, pag. 62 ; t. a, pag. 334.) Donc le culte de Dieu n'est que le fruit de la politique et de la terreur. »
R ATP AI., ni pour^ ni contre.
Pour apprendre aux mortels qu'ils ne pourront jamads être assa-
- lés s'il y a un Dieu ou s'il n'y en a point, voici ce que je leur déclare : « Par une impulsion fondée sur la nature même des idi-
, gions, le catholicisme tend sans cesse au protestantisme, le protestantisme au socinianisme, le socinianisme au déisme, et le
' déisme au scepticisme » (c'est-à-dire au doute et à l'incertitude).
' {Tom. 4, pag. 438.) De plus, on saura que la « philosophie, ballmtient le nom de IMeu dans une enfance oontinudle, s'occupait d'une chose qu elle devait toujours ignorer. {Idem^ pag. 680.)
N. B. Vous remarquerez sans doute avec quelle adresse Raynal nous représente la philosopliie, tantôt donnant aux hommes « des leçons sublimes sur la Divinité, et tantôt balbutiant, dans une en- Êmce continuelle, le nom de cet Etre suprême, qu'elle devait toujours ignorer. » Je ne m'arrête point à vous développer les motifs de ces variations ; j*ai à vous parler d'un autre sage plus étonnant encore; mais pour rendre ici le prodige plus sensible, permettes-
fnoi de joiadre à ses leçons le récit des circonstances qui les ont aoconipagnéeS| et la manière dont je les ai reçues.
DIDBROTy/?OI/r,
J'ai eu trois jours de suite Thonneur de voir cet homme, « dont kl stature ne sera point brisée, parce que ses pieds ne sont pas d*argile. » La première visite eut pour moi quelque chose de trbte et d'alarmant. Je trouve notre sage, la douleur peinte sur le visage, les yeux baignés de larmes : j'ose lui demander la cause de tes pleurs : « Técris de Dieu, me répond-il en poussant un profond soupir; je pleure sur le sort de rathée,et je prie Dieu pour lès sceptiques; ils manquent de lumières. » Pensées pkilosop. Préf, et xâ aa.)
Vous le voyez, Madame, il y avait ce jour*là un Dieu chez M. Diderot On n'insistait pas même assez sur la présence de la Divinité; on ne la faisait pas surtout assez large, comme vous pourrez en juger par ces paroles de notre philosophe : « Les hommes ont banni la Divinité d'entre eux : insensés que vous êtes! détruisez ces enceintes qui rétrécissent vos idées : élargissez dieu. Si j'avais un enfant à élever, je multiplierais autour de lui les signes indicatifs de la Divinité présente. S'il se faisait cercle chez moi, je l'accoutumerais à dire : a Nous étions quatre. Dieu, mon ami, mon gou* verneur et moi. » {IbuLy n® 26.)
En cet instant, qui ne l'aurait pas dit ? nous sommes trois id, Dieu, Diderot et moi, tout en ce moment, tout, jusqu'à l'œil du ciron,raile du papillon, vous aurait offert « les traces les plus distinctes d'une intelligence suprême ; vous auriez écrasé les athées du poids de l'univers. » (/iiW., vP ao.)
Vous auriez dit alors avec notre sage : « Je ne puis croire qu'il y ait des matérialistes (ou des athées) de bonne foi, parce qu'il est plus facile de concevoir la création opérée par la toute-puistence d'un Etre suprême, que sa formation par le hasard. » {Nouvelles penséesy pog. 16.) Vous auriez soutenu « que nos athées ne le sont devenus que parce qu'ils repoussent la foi loin d'eux, en se livrant i leurs passions, parce qu'ils sont troublés par le tableau de l'aveiûr que la religion leur présente, et gênés par l'existence d'un Dieu; que s'ils paraissent quelquefois plus hardis, c'est que leurs passions, devenues plus fortes, ajoutent à leur intrépidité. » (Pag. ay.)
Enfin il y avait un Dieu ce jour-là ; il fallait être « fou, absurde et dominé par ses passions, » pour douter de l'existence de cet
Dieu pour les sçapMfues. (Aletn^ifMg. 4â -et-Ao»)
NBAROV, eoHtPe,
XjeJeiKlefBtt%la;s6«iie éuit4ui.p€u cbaiifë6.'Ie &i&-à aum^sage cerlaines quaitioBS-sur cepreiaier étre«{tt'il~kiT04{iiakla y«iUe.Jl Ji*y «a^âit »phis de. Dieu «e jour-là. Apprcads^'Hie* répondit M. Sideroty • >^ii n'y à aucun élre dan6 la nature (ju'onMpuÎMe nfi- ^W premier ou dernier. Une machine ânfijiie en tout sMfi ëuit venue {Mr^dre la «place de la Divinité (^DicL 'et art Bu- 4yFcL, 4irt. de AL Diderot), et le monde en ce jour {)ouvait fort bien «être le « résultat fortuit du mouvement et de la nu^tière : »la création de l'univers, loin de se trouver, comme la veille, plus kctte à erove ^e sa formation par le hasard, était bien plus étonnante. (P^/t^. y^Ai^., n^ ai.) Loin d'écraser Tatbée du. froids 4e l'univers, la plupart de^ philosophes avaient tort de prétendre ^ 4e spectacle de l'univers nous mène à Vidée de quelque chose de divin. {Code de la nat., pag. i5o») L'œil du ciron, au lieu d'offrir les tiraoe^ les ,pUis distinctes dune intelligence suprême, n était pas ménse £siit pour voir, l'aile du papillon et celle de l'aigte n'étaient .pas faites pour voler, comme « le lait qui coule du .sein d'une noar* Ace n^est point fait pour iioumr son enfant. » {Interp. nat^,^9^y]fi et 171.) Aussi le grand argument des causes finales,, la preuve b plussensible deiaDivinitén'était plus tolérable, même en théologie.
Peu de jours avant oet entretien,, fa vais lu quelque ehosede .biftn 4Kfférent dans M. de Voltaire. « Il paraît, m'avait dit oe sage .de Femey, qu'il faut être voAfiSNB pour nier que les estomacs soat faits pour digérer, les yeux pour voir, les oreilles pour entencke,-* Voilà des. «auses finales clairement établies; et c'est pervertir notre ^Êiculté de .penser* que nier tine vérité si universellement reconnue. (Val|;aire, CausesJinaL Voyez DicL, philos, et Quest, encycL)
Pénétré de ce texte, tout autre se serait imaginé que mon nouveau maître n'était qixun/orcené qui cherchait à pervertir ma faculté da [penser. Me. ppéserve le Ciel d'avoir de nos grands liommd •une.fiareille idée-! Non, M. Diderot n'est point un Jeràené; il oe cheirbait point -à pervertir son disciple, et très-sérieusement il pensaît^ik la meilkuse foi du monde qfJne le lait de la mère n'est point >Ssttt ,pcMir oourvîr les enfatits.
Je^iisbienquela /vietUe il m'eût dit le contraire; mais toutous- ^qu'à i'athéa, tout en œ^^^ur était chez lui de bonne foi; lespa^*
TlfBOt;OOMr NATtJftEtitE. 125
iions de celui-ci nVtaîeiît plus la vraie cause de son incrédulité. Il pouvait être sage, bon patriote, sujet fidèle, père teridre, fits res- |)eotuenx, mari constant, maître humain, enfin irès-honnête homme» (Nouu, Pens.y pag. 3ô.)*De plus, pour être athée, il fallait un caractère ferme et décidé j il fallait être éclairé, avoir profondément réfléchi, (/rf., pag. 28 et 36.) Les raisonnements des grands ennemis ie la divinité n'étaient plus ceux d'un fou et de vraies absurdités; c'e'taient les raisonnements d'un homme qui naîtrait avec toute la force de sa raison, ou dans qui cette raison deviendrait toute-puisteirfe, après avoir perdu lafoi. (/rf., pag. 24 et 27.)
Enfin, nous n'étions plus que deux ce jour- là, M. Diderot et noi; Dieu avait disparu; la toute-puissante raison de mon sage Favait anéanti.
DIDEROT, ni pour, ni contre.
Voulez- vous me suivre une troisième fois chez notre philosophe ? II m'apprenait encore avant-hier à prier Dieu pour les sceptiques, pour ces hommes flottants et indécis, qui ne savent rien croire. Tout l'art de cette espèce de sages n'était alors que le fruit des vaines subtilités de l'ontologie : le déiste seul pouvait faire tête à Tathée. [Pens, philos,^ ifi 19.)
Ecoutez aujourd'hui les leçons du grand homme : « On risque autant à croire trop qu'à croire trop peu. Il n'y a ni plus ni moins de danger à être polythéiste qu'athée. Le scepticisme seul, en tout temps, en tous lieux, peut nous garantir des deux excès opposés. » (/rf.,n^ 33.) C'est- à-dirô^ en bon français, qu'il n'y a pas de milieu entre les idolâtres, qui reconnaissent plusieurs dieux, et l'athée, qui n'en veut point du tout ; et que, pour éviter ces excès opposes, il faut absolument, en touttemps^en tous ft^w^, prendre le parti de ne rien affirmer.
Que ces nouveaux principes ne fassent pas sur vous l'impressie» qu^ j'éprouvai en les entendant pour la première fois.
Me souvenant eneoredes leçons que j'avais reçues deux jours auparavant, je fléchis le genou ; je lève- fort dévotement les yeux et les mains vers le ciel. « Que faites-vous? s'écrie notre sage étoïtné. •^ Pardonnes^ grand homme, pardonnez au plus zélé de vos disoipleftlefiowreiiivtrop vif de vos premières leçons : « Je prie Dieu pouo le§^8oeptH|ue&^' ilsmaiiqueiMide lumières. » [Pens.phiL^ ifi 22*) Je prie Di«ii^po«i7 le grand Diderot de^i^enu sceptique^ Je crains qitelaiviMmna l'ail^aiirasdoBné. — H est temps, jeune homme.
ia6 niou^^iB vajvmmxim.
de te désabuser : mon bonheur est extrême quand je ne suis ni pour ni contre Dieu, quand je doute de tout. « Je le sais, les esprits bouillants, les imaginations ardentes ne s*accommodeDt pas de l'indolence du sceptique; ils aiment mieux hasarder un chois que de n*en faire aucun, se tromper que de vivre incertains. Ce* pendant Vignorance et Tincuriosité sont deux oreillers bien doux^ mais, pour les trouver tels, il faut avoir la tête aussi bien faite que Montaigne. » ( Pens, phiLy n®* aj et 28.)
Mais en quel jour, grand homme, aviez^-vous donc latétesibieh faite? Etait-ce avant-hier, et lorsque vous croyiez si fermement à Texistence d*un premier être? Etait-ce hier, quand ce premier être eut disparu? Est-ce dans cet instant, où tout votre bonheur est de ne savoir plus qu'en penser? Telle fut la question qui £edllit à m'échapper. Fort heureusement je sentis le respect, les égards dus à un si grand maître, et je me retirai en disant : peut-être y a-t-il aujourd'hui un Dieu chez M. Diderot ; peut-être n'y ep a-t-il point.
En trois jours de temps, trois leçons si différentes sur un article aussi essentiel que celui de Texistence d'un Dieu? Vous croyet, madame, que c'est là le chef-d'œuvre de la liberté philosophique? Trois hommes dans un sage ! vous vous ima^nez que c'en est le prodige? J'ai cependant, avant de terminer ma lettre, toute longue qu'elle est déjà, j'ai quelque chose de plus étonnant à vous montrer. Au lieu de ces trois hommes dans un seul philosophe, voulez-vous en trouver une demi-douzaine? Je ne vous demanderai qu'un seul jour à passer auprès du grand Voltaire. Supposons que nous avons le bonheur d'être transportés au séjour délicieux de Ferney, et ne perdons pas une seule partie d'un jour si précieux.
Voltaire à son ré^feiL
Le soleil à son lever a reçu l'hommage de la nature entière; Voltaire est prêt à recevoir celui d'une foule de barons allemands, de comtes polonais, de lords anglais, de chevaliers français. Le réveil du philosophe est annoncé; on entre, recueillons st& premiers oracles.
O Dieu qu'on méconnaît! ô Dieu que tout annonce! Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer. En faut-il davantage pour voir qu'il y a un Dieu au lever du grand homme ! Ce Dieu dont il publie les louanges est même assez semblable à celui des croyaots. C'est un esprit, un être intelligent tout-puissant, 'auteur de l'uni-
TBBOliOeiB MATUBBIXB. l^y
Ters, rémunérateur de la Tenu, vengeur du crime. Nier son existence, c'est vouloir peupler la terre de brigands, de scélérats, de moDStres; c'est faire de.ce monde un séjour de confusion et d'hor^ reur. L'athéisine est dangereux dans le philosophe, homme de cabinet; il ejt à craindre dans le ministre, homme d'état; affireux chez le bas peuple, redoutable et terrible dans les' rois. Voltaire le combat à son réveil en prose et en vers. Toujours il soutiendra qu'une horloge prouve un horloger, et que l'univers prouve on Dieu; s'il y a quelque difiSculté dans le système qui admet un Dieu, on trouve des absurdités à dévorer dans tous les autres. Le grand homme est enfin, à son lever, l'adorateur zélé, le défenseur ardent de la Divinité. ( OEut^res de Koltairey passim, entre autres de Tathéisme.) - *
Voltaire a déjeuner.
On apporte le thé, le grand homme déjeune, et déjà il n'est plus ee partisan si ferme, si intrépide d'un premier être. Les absurdités de l'athéisme ont disparu. Le système qui admet un Dieu pourrait bien n être plus que plausible. Oui, ce n'est déjà plus qu'une probabilité fort ressemblante à une certitude, il est vrai; mais toute science n'est autre chose que la science des probabilités. (OEut^r. de roltaire, de YAmCj par Soranus.) Et le grand homme au moins a déjà quelques doutes. Il est demi*sceplique, et nous le quittons sanà pouvoir dire absolument i^'il y a un Dieu chez lui, ou s'il n'y en a point.
Voltaire à dîner.
L'heure du dîner rassemble de nouveau nos comtes, nos barons, nos chevaliers ; et voyez, madame, les progrès que nous allons faire. L'athéisme n'a plus rien d'effrayant pour le sage. Spinosa, nous dit le grand homme, « était non-seulement un athée, mais il enseigna l'athéisme {idem^ article Athéis.) ; qu'un philoso-» phe soit spinosiste s'il le veut. » Le grand homme a fait un axiome pour nous le permettre. (Axiome 3.) Vous pouvez désormais profiter de la permission, sans craindre d être un monstre, sans cesser même d'être philosophe ; vous pouvez dire avec Spinosa: * 11 n'y a point de Dieu. »
Voltaire après diner.
Mais Voltaire osera-t-il dire lui même : Il n'y a point de Dieu?
Si noMv le'ikfttaMhK'jen fcanfrâ). la -TvpoMe^^v^gTvnd' hmmnmf^ne sfva pftft^bfeWidaîfs* Il m oontcntera de dornieràiJa'imtîève'lM atti6Îbut»ider<0ifltt, et à Dîeu les cpialilés de la matière/ Il jffwiiceH» cr « éiMBDcile, adive, . aubMstante par dle*fn4ine ; il inssa* caftera de'pmitTeciju/eUeneflt pas intnliîg^nltt. i {Pragm.^ an: MAin»».) D'Mii:aiitr& ootëy il mous apprendra que^Dien est étendu ooiSRie'la raMÎcre, infini coaime: la matière ; * qu'il ne peut exister qa«' partout où il existe de la* matière, > qu'il est libre à peu près comme la matière (Voy. Frincipe tfiaciion}^ et vous pourrez sans poine mettre Tun à la place de lautre.
Youlez-Yous savoir exactement^à quoi nous en tenir? In tefrogez Je grand homaie en latin, il youv apprendra ; « Jupiter est quod» cumque vides quodcumque moveris; et vous saurez que' celte matière qui frappe vos sens partout où vous êtes est le vrai Jupiter. Il le répétera si souvent, le placera si bien, qu'il faudrait s'aveugler pour ne pas reconnaître que le Dieu,, pur eaprit, seul éternel, seul être subsistant par lui-même, seul crea^r desétces*, a.di^iarur. tout comme le café que vient de prendre le grand honuiie.
Voltaire à souper.
Jusqu'ici nous avons conservé le nom de Dieu suprême, verrons* noufi au moins à sotiper Vokaire déeidé à proscrire ce nom si redoutable ? NiND^ madame. £n revanche, nous aurons un prodige bien plus siu-prenant : le Dieu dq matin n'existe plus; le Dieu du soir viendra prendre sa place ; et celui-ci, créé de fraîche date^ ne tiendra pas plus du premier que la nuit ne tient du jour.
Volonté, puissance, création, étaient les attributs de notre Dieu diA matin. (Princ. d^act.) Le Dieu du soir ne pourra rien créer ni rien anéantir. (Voy, OEup. de Folt,, t. 8, pag, 262; Quest encyd. et pusMmé) Le Dieu du matin était libre, et par la liberté nova* étions son image. {Discours sur la liberté,) Le Dieu du soir ne peut agir que néce^airemeni, et par une suite de lois immuables* {ÀH, Uiew et princ» d-act.) Attribuer au* Dieu du. matin 'nos> actions^ et surtout noft^ forfaits, c'était enseigner le dogme le plus effiro^fahle, et faire un démon même de la Divinité. (Discours sur la^ liberté,) Pour soutenir l'honneur du Dieu du soir, il faut absolument croire qu'il fait tout à lui seul, qu'il produit le bien et le mal, nos vertus et nos péchés; que nous ne sommes rien : il faudrait soutenir que nous ne faisons rien et qu'il fait tout, ou èîre du sentiment des athées, en niant qu'il existe. Dire du Dieu du soir qu'il concourt simplement à nos actions, qu'il nous aide^ nous^dona^ le pouvoir
THBQL061S NATUfiELLE. lap
d*agir, de penser, de vouloir^ comme on disait du Dieu du matin, c'est le dégi'ader, c'est le faire marcher à notre suite, c'est ne lui réserver que le dernier rôle, c'est en faire le valet de l'espèce humaine. {Act. de Dieu surVhpmme^)
Enfin les dogmes effroyables sur le Dieu du matin sont devenus les dogmes les plus religieux sur le Dieu du soir. Tant il y a loin du lever de Voltaire à son souper !
Voltaire à son coucher.
Mais ce Dieu du soir est encore unique ; il ne peut encore exister qu'un seul principe, un seul moteur (Princ. d'act.). Ne pourrions-nous pas en avoir deux avant que le sommeil ait fermé la paupière du grand homme ? Oui, madame, oui, par une combinaison nouvelle, Voltaire nous apprend, avant de s'endormir, que deux principes ou deux divinités pourraient bien subsister ensemble :ilnest pas démontré qu'il ne puisse y en avoir plus d'un. {Quest encjrcl.y t. g, p. 3340 Voyez Traité de la 'vraie Religion^ Bergier, t. 2, p. 449- Par malheur, minuit vient de sonner, et Voltaire s'endort avant d'avoir pu démontrer qu'il en existe quatre.
Je conviens avec vous que c*est grand dommage; ; mais si vous réfléchissez sur les leçons que nous avons reçues à Ferney, vous ne pourrez guère vous empêcher d'admirer avec quel art Voltaire {ait passer nos adeptes par tous les grades de la philosophie.
Théiste à son réveil, sceptique à déjeuner, athée ou spinosîste à dîner, substituant à souper le Dieu du soir au Dieu du matin, à minuit vous montrant plusieurs dieux à la fois; n'est- il pas à lui seul plus fécond, plus varié que tous les philosophes pour, le& philosophes contre, et les philosophes tantôt pour, tantôt contre, et tantôt entre deux?
Si nous avons trouvé trois hommes dans Bl. Diderot, cinq ou six dans Voltaire, ne pourrions-nous pas en trouver au moins deux dans Jean- Jacques Rousseau ? Je ne décide point, je me contente d'exposer le contraste, en vous laissant le droit de prononcer^
Dieu visible de 1bxs-1jlcqjj:es.
« 11 est un livre ouvert à tous les yeux, c'est celui de la nature ;c'est dans ce grand et sublime livre ^ue j'apprends à servir son auteur. Nul n'est excusable de ne pas y lire, parce qu'il parle un langage
l3o THEOLOGIE KlTVTfiSLLB.
mlellîgîble à tous les esprits Taperçois Dieu en moi, je le sens
en moi, je le vois autour de moi. Quand je serais né dans une Ile d^rte, quand je n'aurais vu d'autre homme que moi, la raison suffira pour m'apprendre à remplir tous mes devoirs envers lui. • (T, 3, p. i63 et 45, édit. in-i2.)
Dieu invisible de IbauJacques.
« L'être incompréhensible qui embrasse tout, qui donne le mouvement à tout, échappe à tous mes sens, et ce n'est pas une petite affaire de savoir enfin qu'il existe (à le bien prendre même, le monde n'en sut rien pendant six à sept mille ans) ; car il a fallu essuyer tous les bizarres systèmes de la fatalité, de nécessité, d'atomes, de monde animé, jusqu'à ce qu'enfin le docteur Clarke annonçât ce Dieu, Vêtre des êtres, le dispensateur des choses II
est d'une impossibilité démontrée qu'un sauvage, privé des lumières qu'on n'acquiert que dans le commerce des hommes, pût jamais élever ses réflexions jusqu'à la connaissance du vrai Dieu...^ Pouvez-vous croire que, dans un million, il y en eût un seul qui vînt à penser à Dieu ? » {Emile^ t. 3, p. 58 ; t. 2, p. 352, et Lettre a V Archevêque de Paris,)
N. B, J'espère, madame, que vous réfléchirez vous-même sur Jean- Jacques, habitant d*une ile déserte, n'ayant jamais vu d^autre homme que lui, par la raison seule découvrant Têtre suprême, remplissant tous ses devoirs envers Dieu, et sur l'impossibiÛlé démontrée qu'un, être privé des lumières qu'on n*acquiert que dans le commerce des hommes, put jamais s*élever à la connaissance du vrai Dieu.
J espère aussi que, dans le second texte, comme dans le premier, vous verrez très-bien qu'il ne s'agit pas seulement des attributs de Dieu et de sa nature, mais de son existence ; qu'ainsi l'affirmation et la négation tombent précisément sur le même objet. En voulez-vous une nouvelle preuve?
La raison fie Jean- Jacques très'Certaine quHl existe unDieu^ et le
démontrant.
« Les premières causes du mouvement ne sont point dans \^ matière ; elle reçoit le mouvement et le communique, mais ne le produit pas. Plus j'observe l'action et la réaction des forces delà nature, plus je trouve que d'effets en effets il faut toujours remon-
TBSCUUMUB VÀXDJUBJiUL. i3k
ter à quelque Yolonté pour première cause; car supposer im pro* grès de causes à Tiafini, c'est ne rien supposer.*— Il n y a point de yéntable action sans volonté, voilà mon premier principe. Je crois ^DC qu une volonté meut l'univers;.*,, je conçois cette volonté conuBe cause motrice : mais concevoir la matière comme cau»e productrice du mouvement, c'est clairement concevoir un effist sans cause^ c'est ne concevoir absolument rien^ii** Toujours est41 certain que le tout est un, et annonce une intelligence unique. Cet être qui meut l'univers, je l'appelle Dieu ; je joins^ à ce nom les idées d'intelligence, de puissance, de volonté, et celle de bonté, qui en est une suite nécessaire. Je sais très-certainement qu'il existe par lui-même, et que mon existence lui est subordonnée. » {Emile, t. 2, p. 45.)
La raison de Jean-Jacques incertaine et insuffisante pour
démontrer Vexistence de Dieu.
« J'avouerai naïvement que ni le pour ni le contre ne me paraissent démontrés sur ce point (l'existence de Dieu) par les seules lumières de la raison, et que si le théiste ne fonde son sentiment que sur des probabilités, l'athée, moins précis encore, ne me paraît fonder le sien que sur des probabilités contraires.» {Lett. à f^olté^
t. 2, édit. in-4^ de Genève. )
N. B. Vous avez vu plus haut le Dieu certain, voyez-vous ici quelque chose de plus que le Dieu probable et incertain P
Jean- Jacques plein cPidées de la Diçfinité,
t Dieu est bon, rien n*est plus manife^e, et sa bonté est Tamou^ de l'ordre... Dieu est juste, et sa justice est de demander à chacun compte de ce qu'il lui a donné; il est intelligent, il est un, et le tout annonce son unique intelligence;... il est puissant, et sa puissance agit par elle-même;... il est l'être existant par lui-même et indépendant, à qui toute existence est subordonnée.» [Emilcy passim. Voyez surtout t. a, pag. 94.)
Jean- Jacques sans idées de la Diçfinité.
«Si je viens à découvrir les attributs de Dieu, dont jô n'ai nulle idée absolue, c'est par des conséquences forcées, c'est par le boh
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usage de ma raison; mais je les affirme sans les concevoir, et dans le fond, c*est n'affirmer rien. » {Emile, t. â, pag. pS.)
N. B. Observez, je vous prie, que le grand argument de Tathée est précisément tout entier dans ses paroles : vous n'avez nulle idée de la Divinité; elle n est qu'un être négatif dont on n'affirme rien : mais gardez-vous bien de vous en teirir là-dessus aux observations de vos provinciaux. Remarquez encore qu'il n'est rien de plus manifeste que la bonté de Dieu, et que cependant les attributs de Dieu ne sont connus que par des conséquences forcées.
Jéan-Jacques très'Certain que son Dieu est unique principe.
« Il faut toujours remonter à quelque volonté pour première cause ( et cette cause ne peut être matière ) ; car concevoir la matière comme productrice du mouvement, c'est clairement concevoir un effet sans cause, c'est ne rien concevoir.... Toujours est-il certain que le tout est un, et annonce une intelligence unique; je reconnais donc une volonté unique et suprême, qui dirige tout, qui exécute tout.
«J'attribue cette puissance et cette volonté au même être, à cause de leur parfait accord, qui se connaît mieux dans un que dans deux, et parce qu'il ne faut pas multiplier les êtres sans liécessité. » ( Emile, t. 3, p. 1 1 5, et LetL à Vjirch)
Jeah-Jagques très-incertain s^il ri y a pas au moins deux
principes.
«Ya-t-il un principe unique des choses? Y en a-t-il deux ou plusieurs? je n'en sais rien. Il y a deux manières de concevoir Voxigine des choses, savoir : dans deux causes (qui sont ici Dieu et
la matière), ou dans une cause unique Chacun de ces deuxsen*
timents, débattu par les métaphysiciens de tous les siècles, n'est pas devenu plus croyable il sera toujours impossible de s'assurer, tant qu'on risquera quelque chose à parler vrai. » {EmUe, t. 3, p« 6 1 , et Lett, à VArch^
iV. B. N'allez point vous imaginer qu'en admettant ces deux causes premières ou ces deux principes, notre philosophe ait pensé qif il pouvait y avoir un double Dieu. C'était là le reproche que faisait à Jean-Jacques le célèbre archevêque Christophe de Seaumont. Avec quelle vigueur, ou plutôt avec quel tour d'adresse Jean-Jacques démontra qu'il pouvait y avoir un double
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principe, et non un double Dieu, quoique, selon lui-même, et selon toute Tancienne métaphysique, il ne fallût recourir à un Dieu que parce qu^il fallait recourir à un principe, à une première cause! Il démontra bien encore alors que TarcheTéque de Paris avait tort de lui attribuer les sentiments du vicaire savoyard; mais il a démontré depuis que j*ai raison de les lui attribuer ; car il a déclaré s'être peint lui-même dans les leçons de ce vicaire. {Confessions de Rousseau.)
Jean-Jacques proscrwant les athées.
« Tout philosophe athée est un raisonneur de mauvaise foi, ou que son orgueil aveugle. Chacim doit savoir qu'il existe un arbitre suprême du sort des humains, duquel nous sommes tous les enfants. Ces dogmes sont ceux qu'il importe d'enseigner à la jeunesse, et de persuader à tous les citoyens. Quiconque les combat mérite châtiment sans doute; il est le perturbateur de Tordre et l'ennemi de la société.»
Le magistrat peut bannir de l'Etat quiconque ne croit pas (les dogmes de la religion civile, à la tête desquels je mets l'existence de Dieu). « Il peut le bannir, non comme impie, mais comme insociable, comme incapable d'aimer sincèrement les lois, la justice, et d'immoler au besoin sa vie à son devoir. Si quelqu'un, après avoir reconnu publiquement ces mêmes dogmes, se conduit comme ne les croyant pas, qu'il soit puni de mort; il a commis le plus grand des crimes, il a menti devant les lois. » (^Lettre à V archevêque; Enùley t. 4> pag* 68 ; Contrat social^ c. 8. )
Jean- Jacques absohant les athées,
« Je suis indigné que la foi de chacun ne soit pas dans la plus grande liberté, comme s'il dépendait de nous de croire ou de ne pas croire dans des matières (telles que j'annonce positivement l'existence de Dieu), où la démonstration n'a point lieu, et qu'on put asservir la raison à l'autorité... Un athée peut-il être coupable devant Dieu.^ détoume-t-il les yeux de lui, ou Dieu lui-même lui a-t-il voilé sa face? Si j'étais magistrat, et que la loi portât peine de mort contre les athées, je commencerais par faire brûler comme tel quiconque en viendrait dénoncer un autre. » ( Lett. à P^olt.,
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t. i2,éeKt. de Genève, in-if*; iVbttf'. HéldUey t. 6, m-ia, p. 171, et
t, 5, pag. 2î)4.)
« Je déclare donc qne mon objet était, dans la Nemvelle Hétôîsey de rapprocher les deux partis opposés par une estime récîproqne, et d'apprendre atix philosophes qu'on peut croire un Keu sans être hypocrite; et aux croyants, qu'on peut être incrédule sans être un coquin, par conséquent sans être de mauvaise foi, ou perturbateur du repos public, sans mériter châtiment ni batmissement, etc. » [Lettre à M. VerneSy t. 12, in-4*^, p. aSp.)...*