M. DB BONALD
L'exi&tence de rhamanité démontre celle d'un Dieu créateur.
Le matérialisme a rêvé d« deux manières principales Torigine de Tespèce humaine : tantôt il a avancé qu il nétait pas impossible que Thomme eût commencé sous la forme humaine par le mouvement spontané des molécules organiques; tantôt il a insinué que cette forme, qui distingue son espèce entre toutes les autres, n*était que la dernière des nombreuses métamorphoses qu il a subies en passant par tous les degrés de l'existence animale, depuis l'état d'animalcule microscopique jusqu'à l'état humain, qui est le complément et la perfection de l'animalité.
Je me hâte de citer, de peur que Ton ne m'accuse de forger des chimères pour les combattre, et, rassuré par bette précaution, j'entrerai avec moins de répugnance dans une discussion dont le ridicule ne peut retomber que sur ceux qui l'ont provoquée. Puisse le lecteur, pour son instriictiou, ne pas éprouver l'inexprimable dégoût qui s'empare d'un écrivain raisonnable, lorsqu'il est forcé de traîner la philosophie et le bon sens sur des idées aussi abjectes et des opinions aussi monstrueuses que celles que nous sommes forcés de lui présenter!
Diderot avait imaginé un animal prototype de tous les animaux; d'autres, du même temps, avaient avancé que Thomme était sorti d'un œuf pondu par la terre, ou était venu d'un poisson, ou même d'une plante. Nous allons retrouver, dans des écrits récents, ces mêmes systèmes habillés à la moderne, et revêtus d'un vernis scientifique, c'est à-dire qu'à des images on a substitué des abstractions que Von prend pour des idées générales, et qu'on a trouvé par là le secret de rendre ces opinions moins plaisantes, sans les rendre plus raisonnables.
« Tous les animaux, toutes les plantes, lit-on dans quelques ouvrages récents, ne sont que des modifications d'im animal, d'un végétal origiraire; le règne animal n'est, en quelque sorte^ quun
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unimal unique, mais varié et composé d une multitude d'individus tous dépendants de la même origine Les êtres les plus imparfaits aspirent à une nature plus parfaite. C'est pourquoi les espèces remontent sans cesse à la chaîne des corps organisés /?«r une sorte de gravitation vitale... Les animaux tendent tous à l'homme, les végétaux aspirent tous à ljg|imalité, les minéraux cherchent à se
rapprocher du végétal !^ l'on considère que la terre couverte
d'eau a été exposée aux rayons du soleil pendant une multitude de siècles; les substances les plus échauffées par ses rayons, et favorisées par l'humidité de la terre, se sont peu à peu figurées à 1 aide de cette vie interne de la matière, et elles ont donné naissance à une sorte d'écume ou de limon gélatineux qui a reçu graduellement une plus grande activité par la chaleur du soleil. Sans doute, on vit paraître des ébauches informes, des êtres imparfaits, que la main de la nature perfectionna lentement en les imprégnant dune plus grande quantité de vie: d'ailleurs la terre, dans sa jeunesse, devait avoir plus de force et de vigueur végétatives que dans le temps actuel, que nous la voyons épuisée de productions... Notre monde est une sorte de grand polypier dont les êtres vivants sont les animalcules. Nous sommes des espèces de parasites, de cirons ; de même que nous voyons une foule de pucerons, de lichens, de mousses et d'autres races qui vivent aux dépens des arbres, nous sommes formés de l'écume et de la crasse de la terre. » Il faut, avant d'aller plus loin, faire observer quelques contradictions entre le passage qu'on vient de lire et d'autres idées du même ouvrage ou de quelques autres, et quelques contradictions encore entre les raisonnements et les faits que nous avons sous les yeux.
Si la chaleur du soleil a développé primitivement les germes terrestres jusqu'à en faire des hommes et des animaux, cette même cause toujours subsistante, et qui agit inégalement sur les diverses parties du globe, doit y développer inégalement les êtres animés, et les imprégner d'une quantité de force vitale plus ou moins grande, selon qu'elle s'exerce avec plus ou moins d'intensité. L'ou> vrage que j'ai cité reconnaît l'existence toujours subsistante de cette influence, en plus ou en moins, puisqu'il dit que les extrêmes du froid et du chaud ne sont pas favorables à l'accroissement des êtres animés ; et toutefois il affirme que les animaux, et même les hommes, sont plus forts et plus développés là où cette influence des rayons solaires est certainement la plus faible.
Les hommes du Nord, dit-il, sont toujours plus grands et plus
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gEOS que ceux du Midi; les plus grands aniinaux marins, les oiseaux les plus forts, les baleines, les aigles, les condors, etc., se trouvent dans les mers du Groenland ou sur les sommets des mon* tagnes les plus élevées, et où l'air est le plus froid ; mais cependant il est certain qu'il se trouve un peuple de nains, les Lapons, à Vextrémité la plus septentrionale de l'Europe, et une peuplade de géants, ou du moins dhommes de tI plus haute stature et de la plus forte corpulence, les Patagons, à l'extrémité la plus méridionale de r Amérique. Ces deux extrêmes de l'ancien et du nouveau continent sont-ils également chauds ou également froids? Pourquoi les hommes s'y sont-ils développés d'une manière si inégale? Si les extrêmes du froid et du chaud sont également contraires à raccroisseinent des êtres animés, il devrait se trouver des nains sous la zone torride, comme il y en a près du pôle; ou, si les plus gros animaux se trouvent dans les climats les plus froids, on verrait des gé<ints dans la Laponie, par la même raison qu'il y a des baleines dans les mers du Groenland, et qu'il y a eu des mammouths sur les côtes inhabitées de la mer Glaciale : car, dans ce système, tous les animaux, l'homme compris, ne sont que des individus de la même espèce originaire, et des modifications du même animal primitif; et cependant les nègres africains ne diffèrent pas, pour la force et la stature, des Européens, et même en Europe, les Napolitains sont d'une plus haute stature que les Suédois ou les Russes. Mais continuons nos citations.
L'auteur des Rapports du physique et du moral de Vhomme donne aux mêmes opinions une enluminure plus philosophique; mais le long circuit qu'il fait faire à ses lecteurs les ramène au même résultat. On voit, dans les assertions d'un Lamétrie, par exemple, l'étourderie d'un homme qui n'a rien à perdre, et qui, pour ainsi dire, jelte les extravagances à la tête de ses lecteurs, sans se mettre en peine de ce qu'ils en penseront ; mais on sent, dans les Rapports du physique j les craintes d'un homme d'esprit qui, conduit à des opinions monstrueuses de physique par un système erroné de morale, les traverse avec précaution et comme un défilé dangereux, avoue son ignorance pour faire croire à ses lumières, doute pour mieux affirmer, fait un grand étalage de science pour éblouir le lecteur et échapper à son attention, à peu près comme un habile général qui, pour tromper Fennemi^ allume des feux dans son camp et se sauve dans Tobscurité.'
Il commence par reconnaître (§11 de la f^ie animale) que « les «circonstances qui déterminent l'organisation de la matière sont
couvertes pour nous d'épaûses ténèbres que yraisemblablement il nous est ituerdit de pénétrer. » Les efforts que Ton peut faire
[)our dissiper les ténèbres qui couvrent lorganisation priniitiye de a madère, fussent-ils suivis de quelque succès, seraient même sans résultat utile et positif, puisque Fauteur avoue, comme nous le ▼errons, « que les êtres organisés ne se forment plus maintenant sous nos yeux que par dea moyens: qui n*ont aucun rapport avec cette organisation directe (c'est-à-dire spontanée) de la matière, » et jusque-là, il ne parait pas trop raisonnable de chercher ce que ^vraisemblablement on ne trouvera pas, et ce qu il serait même assez, inutile de savoir, si Ton parvenait à le découvrir. Mais, dans toute cette physique, on poursuit autre chose que des vérités physiques; c'est à Tidée morale de la cause première qu'on en veut, etles recherches prétendues savantes sur les circonstances qui (mt déterminé l'organisation delà matière^ ne sont qu'un voile qui cache l'opinion de l'éternité de la matière et de la spontanéité de ses mouvements. Aussi, malgré les épaisses ténèbres qui les cousfrenty et quoiqull nous soit vraisemblablement interdit de les pénétrer ^Y auteur avance que « nous sommes dès aujourd'hui suffisamment fondés à regarder comme chimérique cette distinction que Buffon s'est efforcé d'établir de la matière morte et de la matière vivante, ou des corpuscules inorganiques et des corpusculesorganisés... Car, dit-il plus loin, l'expérience nous apprend qu'il n'est aucune substance végétale qui, placée dans les circonstances fai^orables^ ne donne naissance à des animalcules particuliers, dans lesquels la simple humidité suffit pour la transformer, et presque «toujours à l'instant. Ici nous voyons avec évidence la nature qu'on appelle morte, liée par une ciraîne non interrompue avec la nature vivante ; nous voyons ks éléments organiques se combiner pour produire différents ccnrps ^organisés, et des produits de la végétation sortent là vie^t le sentiment avec leurs principaux attributs. Ainsi donc, à moins qu'on ne suppose que la vie est répandue partout, et seulement déguisée par les circonstances extérieures des corps ou de Leurs élànents, ce qui serait égalemexit contraire à l'hypothèse, il faut nécessairement avouer que, moyennant certaines conditions, la matière inanimée est capable de &'org^aiser, de vivre, de sentir...... ; car les
physiciens semblent. être ean ce animent à la veille de détenniner au moins une partie des el^ng^meists qu'éprouve la nature, en psusaaAt de l'état organique à celui d'organisation végétale, et de la irie incomplète d'ua arbre ou âkunè plante à celle des animaux lesplus par&îjts... rtemawlerait-on .si rhomane et lés grands animaux^ qiie
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nous ne voyons plus aujourd'hui se produire que par voie de génération, ont pu, dans Forigine, être formés de la même manière que les plantes organisées, et des ébauehes grossières d'animalcules ? Nous rignorons absolument, et nous Tignorerons toujours... Il est certain que les individus de la race humaine, et les autres animaux les plus parfaits, et même les plantes d*un ordre supérieur, ne se forment plus maintenant sous nos yeux que par des moyens qui n'ont . aucun rapport avec cette organisation directe de la matière inerte; mais il ne s'ensuit point qu'ils ne puissent en être produits par d'autres voies, et qu'ils n'aient pu l'être, originairement d'une manière analogue à celle qui maintient encore aujourd'hui toutes ces espèces d'animalcules ignorés. » Enfin, l'auteur, après avoir en quelque sorte donné à deviner sa dernière pensée, en la cachant dans plusieurs pages de conjectures scientifiques sur le c^a/i^^m^/i^ successif' des espèces primitives, sur les nombreuses modifications, /^ew^-a/re même sur les transformations importantes que Thomme a pu subir; sur les altérations essentielles survenues dans l'organisation première de l'homme, même depuis un court intervalle ; sur Y ancienneté de Yhomme et la nouveauté de la dernière grande révolution du globe ; sur les bouleversements qu'il a éprouvés, circonstances d'où sont nées, dit-il, vraisomblablement des races toutes nouvelles, mieux appropriées à l'ordre nouveau des choses... Après toutes ces conjectures, dis-je, et toutes ces "vraisemblances,^ l'auteur, qui a tenu l'esprit du lecteur assez longtemps en suspens, forcé enfin de lâcher son secret, conclut avec embarras que, « si l'on part de ces données, les unes certaines, les autres infiniment probables, // ne paraît plus si rigoureusement impossible de rapprocher la première production des grands animaux de celle des animalcules microscopiques. » Certes, l'auteur, qui parlait en l'an 4 de la république, aurait pu exprimer hautement et clairement toute sa pensée, et l'on ne peut attribuer qu'à un sentiment de pudeur et de défiance de ses propres systèmes la forme négative et timide qu'il a donnée à l'étrange assertion qui termine le long passage qu'on vient de lire.
Avant d'entrer dans une discussion plus approfondie, qu'il nous soit permis de rapprocher de ces tristes systèmes sur l'origine de l'homme les croyances immémoriales des peuples les plus voisins des événements et les plus éclairés en philosophie morale qui fu' rent jamais, les Juifs et les chrétiens; ces croyances, appuyées sur les monuments écrits les plus respectables, et dont on retrouve i chaque pas les traces dans les traditions les plus anciennes, xatm^
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des nations idolâtres. Ces croyances nous apprennent que Finteliigenre suprême a voulu que l'homme fût, et l'homme a été, et a été formé à l'image et à la ressemblance de son Créateur, et capa* ble de le connaître et de l'aimer. Au commencement, nous disentelles, Dieu créa l'iiomnle; il le créa mâle et femelle; il le bénit, et lui ordonna de croître et de se multiplier. "Et effectivement nous "V^oyons l'homme aussi ancien que la terre qu'il cultive; nous le voyons constamment reproduit par l'union des sexes; nous voyons les effets de cette grande bénédiction donnée à la race humaine dans la croissance de chaque individu qui passe de Fétat d'enfant à Tâge d*homme, et dans la multiplication de l'espèce qui passe de la société domestique à la société publique^ sans que jamais aucun fait, venu à la connaissance des hommes, ait laissé soupçonner même la possibilité d'un mode différent 4'existence et de repro* duction. Aucune autre opération de la nature ne nous montre même avec plus d'évidence le rapport des moyens aux fins et l'in* tention bienfaisante dune cause conservatrice. L'organisation physique de l'homme nous éclaire sur sa destination sociale, et dans le berceau de Tenfant qui vient de naître nous voyons le berceau de la société
Tous les faits relatifs à la reproduction de l'homme sont si constants, si universels, si inaltérables, que, même dès la plus haute antiquité, et aux époques de l'histoire qui se rapprochent le plus de Torigine de l'espèce humaine, la nature n'a pu déroger aux lois ordinaires de la génération des hommes sans produire une épou* vante générale, et qu'un enfantement monstrueux, ou seulement déréglé, même dans les animaux, a été regardé comme un signe assuré de la colère céleste : preuve plus philosophique qu'on ne pense d'une opinion immémoriale, qui a sa raison dans un ordre de choses subsistant sans altération depuis l'origine des êtres.Tous les faits de la production physique de THomme et de sa destination sociale se lient au fait primitif de la création de l'homme par une cause intelligente, à laquelle seule il appartenait de coordonner, dans un si vaste ensemble et dans un ordre si parfait, la nature et la société, le physique et le moral, de prendre de si haut des choses elles-mêmes si hautes, et de commencer les devoirs les plus généraux par les affections les plus intimes.
Mais quand nos livres sacrés nous disent que « Dieu créa l'homme à son image et à sa ressemblance, ils renferment, sous la simplicité de celte expression, tout ce qu'il nous est permis de savoir du grand acte de la création. Là sont les bornes de notre
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oomMissance^ et lorsque la raison est assez forte pour ne pas le$ dépasAer, elle se dit à elle-même que Tespèce humaine ne peut pas fkus avoir d*idées de son origine, que Thomme ne peut en avoir de sa cooeepiiou dans le sein de sa mère. Mais Timaginadon, pour qui l'idée intellectuelle de ccuise est insaisissable, ou qui ne la saisit que par les moyens et les effeUy demande comment et par quels moyens Dieu a créé Thomme, et, ne trouvant' pas où se prendre dans les paroles des livres saints, elle croit ne pas les concevoir, et elle nie 1 ouvrier, parce qu'elle ne voit que l'ouvrage, et qu elle na pas vu les instruments dont il s'est servi et le mode de son opération.
Au contraire, dans la naissance spontanée de l'homme par l'énergie de la matière, soit sous sa forme propre, soit sous celle de lottt autre animal (car dans les passages que j'ai cités, on ne voit pas clairement quelle est sur ce point l'opinion des auteurs, ni même s'ils ont une opinion), l'imagination trouve la pâture qu elle demande. Elle se figure un limon qui bouillonne aux rayons d'un soleil ardent, des corpuscules qui s'agitent, se rapprochent, s'agglomèrent, se développent, prennent la forme d'un embryon qui commence à poindre sur cette vase échauffée comme des vers sur des macères corrompues. Ceux qui pensent que Thomme a été primitivement un animal d'une autre espèce, ^Jigurent sans doute un têtard qui croît, qui s'étend, qui devient insecte ou reptile. Ils voient des anneaux qui se déroulent, des antennes qui s'allongent, se transforment peu à peu en bras et en jambes. L'imagination se figure aisément tout cela, et Ton peut assurer que nos adversaires n'y voient pas autre chose, et qu'ils ne font que revêtir de grands mots de fort petites images. Mais la raison sévère vient à son tpuT} et lorsqu'elle veut appliquer des notions distinctes à ces représentations fantastiques, elle n'y trouve plus que les rêves incohérents d'un cerveau malade. L'éoume de la terre, échauffée aux rayons du soleil, a produit rhonmie,je le veux; mais ce chef-d'œuvre delà matière est-il sorti du premier jet de ses fourneaux? Non, nous dit le nouveau Oiciionnaire d'histoire naturelle, n Sans doute on vit paraître des ébauches informe^, des êtres imparfaits, que la main de la nature perfectionna lentement en les imprégnant d'une pla& grande quantité de vie. » «Ici, ditJLa MeUrie, l'oBsophage manquait; là, l'estomac,. le ventre cm les iutestins : car qu'on ne croie pas que les premiers hommesi soient) venus, au mondie grands comme père etmère, et fort en état .de procréer leurs, semblables ! ». La nature ou la matière a dooe longtemps essayé, tâtonné^ ébauchéfavaDt de
produire rhomme. Mais la raison ne peut s'aceommoder de cette supposition^ à laquelle Timagipation se prête avec tant de complaisance. La nature a pu ébaucher les Alpes, et elle ne peut commeneer un corps organise sans le finir, parce que les Alpes, comme tout corps inorganique, ne se sont accrues que par juxtaposition de nouvelles parties ajoutées aux premières par l'efFet d une cause externe, comme seraient les courants de la mer ou les atterrisse-^ ments d'un fleuve, et que toutes ces parties, rapprochées et non réunies^ n'ont entre elles aucun rapport nécessaire, puisque le& Âlpe.i ne seraient pas moins les Alpes, quand elles auraient quelques mille toises de moins en hauteur ou en circuit. IVIais un corps organisé et animé, dans lequel la vie résulta du jeu simultané et du rapport mutuel des organes, qui, une fois formés, s'accroissent par intussusceptioriy c est-à-dire par une action intérieure qui développe les organes et en étend le volume sans en augmenter le nombre, un tel être périt tout entier ou plutôt ne saurait vivre, s'il n'est qu ébauché. L'ébauche née aujourd'hui ne pourrait vivre jusqu'à demain pour attendre le complément nécessaire de ses organeSy et l'ouvrage serait toujours à recommencer.
Ainsi, à moins de supposer que l'homme, soit sous sa forme propre, soit sous la forme d'un animal, ait cru en une seule miit, * comme un champignon^ la raison ne peut admettre qu'une ébauche d'homme ou d'animal, un estonoac sans œsophage, des poumons sans intestins, des nerfs sans muscles, un cerveau sans ventre ou san& veines, aient pu, en attendant leur complément nécessaire, résister au double principe de décomposition qui résultait de Thumidité d'une terre abreuvée d'eau, ou de la chftleur d'un soleil brûlant : car il faut remarquer que, même dans les exemples que la nature nous fournit de cette incubation solaire pour des poissons ou des reptiles, rembryon^renferiaésous une enveloppe solide ou gélatineuse, qui fait l'offîoe de $ein materndl^ nage comme le fœtus humain dans un fluide qui intercepte rhuiuidiié de la terre, ou amortit les feux du soleil.
£n vain les partisans de ces étranges systèmes ont recxHirs à l'hjpothèse iJtmieplusgvandeqiumUtéde vie^ni l'énergie delà matière imprègne successivement les ébauches, pour les amener t(MAles à l'état parfait de vitalité; la raison n'admet pas }a vie comme quelque chose de distinct de l'être qui vit, et l'imagination eUe-méma ne saurait se la représenter conuoe une liqueur que la nature tient en réserve, et qu'elle verse à dose plus forte ou pWa faible^ selon les.h€S4Qsni et la capacité de IjmUoal.qui l^ce^oit.
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La TÎe, je le répète, n*est point séparée de l'être qui vit, puisque la vie n*est que la durée de l'être par le jeu de ses organes : la yie est le temps de Tétre animé, et le temps n'est que la succession des êtres, et il ne serait plus, si les êtres cessaient d'exister. L'animal n'a pas des organes mieux formés, parce qu'il a reçu de la nature une plus grande quantité de vie; mais sa vie a plus de durée, et il Texerce avec plus de facilité à mesure qu'il est mieux organisé. La vie est absolue ; sa force et sa durée sont relatives. Un être ne vit pas plus qu'un autre; mais il vit mieux et plus longtemps, s'il est plus fortement organisé, parce que la force est l'exercice de la vie, comme la durée en est la mesure. Un être vit ou ne vit pas, il n'y à pas de milieu : la vie ne se pèse pas comme un solide, elle ne se numère pas comme une quantité; elle se prolonge comme un espace : le cheu que je coupe d'un coup de serpe n'a pas plus de vie qu'un chêne que je n'abats qu'à coups répétés de hache; c'est moi qui ai moins de force, puisqu'un agent qui aurait relativement au chêne la force que j'ai relativement au chou, tel, par exemple» qu'un ouragan ou la foudre, déracinerait l'arbre en aussi peu de temps que j'en mets à arracher la plante. Un coup de gaule qui tue un serpent ne saurait tuer un bœuf; mais le bœuf ne vivrait pas avec la petite quantité d'air qui suffit à un reptile.
Mais enfin cet homme ébauché que la nature n'achèvera peutêtre qu'après des siècles, il est né, il faut qu'il vive, et qu'il reçoive de dehors une nourriture qu'il ne peut pas lui-même se procurer: « car, dit très-bien La Mettrie, ne croyez pas que les premiers
hommes soient venus au monde grands comme père et mère
Ne croyez pas surtout que le premier né ait trouvé un ruisseau de lait tout prêt pour sa subsistance. Les autres animaux, émus de compassion à l'espèce -de Y embarras où il se trouvait, ont bien voulu prendre soin de l'allaiter : il faut cependant que la terre ait seni Ôl utérus à l'homme, qu'elle ait ouvert son sein aux germes humains, déjà préparés, pour que ce superbe animal ait pu éclore. > Eh bien ! tout cela est évident pour une imagination vive : elle se figure sans peine, que dis-je.»* elle voit un crocodile, ému de compassion, qui sort du fleuve pour réchauffer ce nouveau -né, et le défendre de la dent des autres animaux; elle voit une tigresse sensible qui accourt à ses gémissements pour lui offrir sa mamelle. L'imagination se rappelle au besoin la louve de Rémus et de Romulus, et elle pourrait faire, sur ce sujet touchant, un tableau ou une romance; mais la raison, pour qui l'histoire, même l'histoire romaine, n'est pas toujours une autorité, regarde le sort de l'espèce
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humaine comme bien hasardé, si le soin d'élever Fenfance da l'homme est confié à la tendre sollicitude des animaux ; et puis comment y avait-il de grands animaux, lorsqu'il n'y avait pas en* core d'hommes ? Pourquoi la nature, cette ouvrière si sage, a-t-elle commencé par les êtres les moins parfaits ? Vous voulez qull n'y eut pas encore d'hommes : je nie qu'il y eût des animaux; et quei moyen aurez-vous de combattre mon opinion ou d'établir la vôtre ? Mais enfin, depuis qu'il existe des hommes sur la terre, ne peut-on alléguer un fait, un seul fait d'où l'on puisse inférer cette naissance spontanée de Thomme, ou quelque tradition qui en atteste le souvenir P N'y a-t-il plus d'humidité dans la* terre ? Le soleil a-t-il perdu toute sa chaleur ? et cette chaleur, assez forte dans quelques climats pour changer la couleur de Tespèce hu» maine, oe l'est-ttlle plus assez pour le faire éclore ? Ces germes hu«> mains, dont la terre était originairement Vutérus, se sont-ils entièrement dissipés, tandis que les germes de toutes les plantes qui servent à la subsistance de l'homme s'y sont conservés? ou enfin, si la terre n'a plus assez d'humidité, ni le soleil assez de chaleur pour achever l'homme, n'en ont-ils plus assez pour l'ébaucher? et lorsque la chaleur du soleil fait éclore des œufs d'autruche et de crocodile, ne peut-elle produire sur les bprds du Nil et sous la zone torride quelque embryon, et comme une ébauche informe de l'homme ? A cela les auteurs du nouveau Dictionnaire répondent que ft la terre, dans sa jeunesse, devait avoir plus de force et de vigueur végétatives qu'aujourd'hui, que nous la voyons épuisée de productions. » Vous vous trompez, leur dit l'auteur des Rapports, <i la jeunesse de la terre est éternelle et sa fécondité inépuisable. » La Mettrie prononcera entre eux : « La terre, dit-il gravement, ne pond plus d'hommes, parce qu'une vieille poule ne pond plus d*œufs, et qu'une vieille femme ne fait plus d'enfants. » L'observation est péremptoire; il est seulement fâcheux, pour la solidité de ce raisonnement, que La Mettrie n'ait pas remarqué que si les vieilles poules ne pondent plus d'œufs, et les vieilles femmes ne font plus d'enfants, la nature, aujourd'hui comme autrefois, fait naître de jeunes femmes et de jeunes poules. En vérité, ces systèmes, à force d'être philosophiques, ne seraient que bouffons, si le sujet était moins sérieux et les résultats moins déplorables.
Et que les physiciens, dont je veux parler, ne s'offensent pas que je rapproche leurs opinions de celles d'un écrivain universellement décrié : elles sont les mêmes au fond, et tout ce qui les distingue est que La Mettrie, en voulant particulariser son système ou le leur, je veux dire en faire une application réelle et positive
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à des êtres existants, et aHéguer des exemples pour le faire mieux oomprendre, ià*a pa dire 4{ue des choses ridicules, au lieu que nos savants, mieux avisés, n'ont garde de qtntter les généralités 'où ils se renferment comme dans un image, et qu'ils se tiennent toujours isms le Tague de la théorie, et au plus loin des applications; moyen infaillible d'imposer aux simples, ef de donner une apparence de profondeur à ce qui n'est pas même superficiel. Ainsi, que La Met- ^e dise crûment que la terre ne pond plus JPceufiy ou que des auteurs plus récents disent que la vigueur végétative de la terre et sa force d'animalité sont épuisées ; que La Mettrie nous avertisse de ne pas croire que les hommes soient venus d*abord grands comme père et mère^ ou'que lauteur des Rapports^ usant de longues drconlo cutions, insinue « qu'il ne parait plus si rigoureusement impossible de rapprocher la première production des grands ahimaux de celle des animalcules microscopiques ; « que La Mettrie nous dise « qu'il £aut que la terre ait servi d'utérus à l'homme, » ou que l'auteur des Rapports^ dans un langage plus scientifique et plus poli, avance que, <i moyennant certaines conditions ^ la matière inanimée est capable de s'organiser, de vivre et de sentir, et qu'il n'est aucune substance végétale qui, placée dems des circonstances faiforables^ ne donne naissance à des animalcules dans lesquels la simple humidité suffit pour les transformer à l'instant; » ou enfin, que l'ouvrage plus récent de la Philosophie zoologique pose en principe que « tous les corps organisés de notre globe sont de véritables productions de la nature qu'elle a successivement exécutées à la suite de beaucoup de temps, » ce sont absolument, de paît et d'autre, les mêmes pensas sous une expression différente, particularisée chez La Mettrie, généralisée chez les autres; c'est dire, dans la langue de l'arithmétique, 6 et 4 font lo, ou le traduire en expressions algébriques, et substituant des valeurs générales à des signes particuliers, dire, dans la langue de l'analyse, a -|- £ = :r...
La question entre les matérialistes et leurs adversaires sur l'origine des êtres animés, réduite donc aux termes les plus simples, consiste à savoir si l'on peut admettre dans la matière des mouvements spontanés^ ou si l'on ne doit y reconnaître que des mouvements communiqués.
Cette question de physique est tout à fait semblable à la question morale du langage inventé par Thomme, et par cpnséquent spontané dans l'espèce humaine ou communiqué par un être supérieur à l'homme : Tune et l'autre question partagent la philosophie en deux systèmes, l'un de ceux qui disent que tout, au physique comme
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an moral, s'est fait soi-même par sa propre énei^ie, sam. raison et sans cause; l'autre de ceux qui eroient que tout a etë fait, et que la cause des êtres en est en même temps la raison.
La question du mouvement spontané, ou du mouvemieut com* muniqué, appartient à la fois à la physique et a la philosophie, et elle peut être traitée à la fois par l'observatioti des faits et par le raisonnement. Je ne parle pas d*autorités, pour ne pas exposer les noms de Bacon, de Descartes, deLeibnitz, de Newton, d'Éuler, de Pascal, de Malebranche, d'Arnaud, de Nicole, à être mis en parallèle avec ceux d'Epicure et de Lucrèce.
Or, avons-nous aucune expérience d*un mouvement spontané? La nature entière nous fournit-elle quelques <Ji>servatioi}s d6m noua puissions conclure la spontanéité du mouvement, et sans cause assignable ? Si même nous voyons dans les corps quelques mouvements dont la cause ne soit pas connue, ne recourons^neus pas, pour l'expliquer, à des causes hypothétiques, comme pour les tremblements de terre et l'éruption des volcans, les effets de l'électricité ou du magnétisme, que nous attribuons à la raréfaction des vapeurs, à la combinaison des gaz, à l'inflammation des pyrites, à la présence d'un fluide? Dira-t-on que le mouvement n'est spontané que dans les molécules de la matière, et non dans les corps? Mais^ une molécule de matière est une portion de matière comme tout autre corps ; elle est moins qu'un autre corps, piais elle n'est pas un néant de corps, et en sa qualité de corps, elle reçoit le mouvement, et le transmet en raison de sa vitesse et de sa densité.
Une pierre de plusieurs quintaux^ que lance un volcan, est un infiniment petit, relativement à la masse entière du volcan, quoiqu'elle soit un corps relativement à nous; et cependant, si nous voyions cette pierre se mouvoir d'elle-même, et sans que nous puissions assigner un mSteur à son mouvement, nous le regarderions comme un prodige et une dérogation aux lois constantes de la nature. Le plus graud corps n'est, après tout, comme le plus petit, qu'un composé de molécules; et comment peut-on supposa le corps entier en repos, lorsque toutes ses parties intégrantes sont en mouvement? Et quand on supposerait que les molécules qui sont au centre du corps ont perdu leur mouvement par la pression qu'elles souffrent, à quelle cause attribuer le repos des molécules qui sont à la surface, et comment ont-elles changé leur mouvement propre et spontané pour la force d'adhérence qui les retient à la superficie du corps ? Si le mouvement des molécules qui composent les corps est spontané^ il n'y a aucune raison à l'état de repos
448 TBBOLOGIB NATUaBIiLE.
OÙ nous voyons les corps eux-mêmes, aucune raison à leur consistance, car la fof ce d adhésion est incoiùpatible avec le mouvement spontané en tous sens; aucune raison au plus ou au moins de mouvement, aucune raison à la cessation du mouvement. Le mouvement né spontanément finirait, s*il pouvait finir, spontanément aussi ; mais le mouvement, une foi} donné, ne finit que par la résistance qu'il éprouve, preuve qu'il n a pu naître que par une impulsion. Aussi la raison ne conçoit pas plus la possibilité du mouvement spontané d^ns quelque partie que ce soit de la matière, que les sens n'en perçoivent l'existence; elle voit le mouvement comme une quantité, constante ou non, dans la nature, mais qui se partage entre tous les corps, qui le reçoivent en proportion de leur masse et de leur densité, qui le transmettent en raison de leur vitesse, qui le communiquent ou le reçoivent dans la direction qui leur a été donnée, et forcés d'obéir à deux directions, en prennent une moyenne composée des deux autres, et enfin perdent leur mouvement en le communiquant à d'autres corps qu'ils rencontrent; en sorte qu'aucun autre effet dans la nature ne montre avec plus d'évidence l'état de passivité ou d'inertie dans les corps, et leur indifférence au mouvement ou au repos, et à la quantité du mouvement comme à sa direction.
La raison, forte de ces données constantes, sensibles, évidentes, s'élevant à des considérations plus générales, et au-dessus de la physique même, à ce point où se rencontrent et se confondent les vérités premières du monde physique et du monde rationnel, fondement de toute perception distincte, et même de toute observation raisonnable ; la raison ne voit dans un mouvement spontané qu'un effet sans cause, c'est-à-dire une idée contradictoire dans son expression, et par conséquent une idée impossible.
Ainsi, toutes nos idées dans l'ordre rationnel, toutes nos sensations dans l'ordre matériel, même toutes nos opérations dans l'ordre industriel, nous offrent des notions claires et distinctes de mouvements communiqués, et aucune de mouvements spontanés; et la théorie et la pratique entière de la mécanique ne sont autre chose que la théorie et la pratique de la communication des mouvements.
Si quelque chose pouvait nous donner une idée de mouvemeni spontané, ce serait peut-être notre pensée qui semble naître dans notre esprit d'elle-même, et indépendamment de notre volonté; et cependant notre pensée elle-même n'est pas plus spontanée que nos sctions^ et comme nos mouvements, même les moins dé-
libénéa» ont toujoum ydepue^caMwatit» nqwft on-hôrs de no»», qui donAfi rimpulttûii àino^imiscleS) notre pensée aum^ même la plus iniM>lootaii»^eâft;l»i^otii»i déterminée pair quelque expression entendue ou lappelée^ . pay qattriquose— ateen aetoelle»Qti'pvéeédente. Il a y a lien» d'aliBohnoent sponldfié', pas» plUs^ au physique qu'au moral^. elrtoui,. à bos* yeuii eomme' pour neti% raison, dnns le mende.des:inou«einenl» comme dans le^ monde des actions^ et des rapports, tout. iffit: succession quia- une^-oiigiae, progression qni a unpreiniev'tennevgméeatâon>*qiii a umamseur*
En un motyre34iérienoraia«lnwt;p»»deinauvenient particulier et loealsanStmoljeHE p&»tîeulifi£^^tïla raisiRry qui^sl^expérience et analogie^ neeaiuiaili adiui^ttre de.mouvitmeM:généBal sane moteur géné^ rai ; et la physiqu«^ ne doit paa.plufeet faire des' hypothèses contre la raison,, que la raison ne dokfaii»*des>FEÛsottDemQn€s contre Fexpérience. L'énergiede lanratière, que Ton- veut nous donner comme la cause premiènerdu miikuYement, est un mot vide de* sens, si on Fentend autrement que dune plus grande ûitenrité de force et de mouvement reçus. Entendue dansvle sens^d'un« force propre, innée, spontanée, 6;{6r^£e ^^^ une. qualité oQcxMe que* la raison ne saurait comprendre,. que Tobs^iTalian^ne saurait constater: disons mieux, une absurdité, puisque donner Ténesgie'de la matièrepour cause au mouvement de la matière, c*est di?e que la mati^e est le moteur de la matière; c'est» donner à Te^ei» Teffist lui-m^ne pour cause, er aller à la foisicontre Tobservatiom de tous les jours, et contre la raison de tous.lesr siècles. Si les^ moléeules sont des corps^ elles ont tou];es les pvopsiétés des^oorps; eliee^sont TitoA^^, puisqu'elles sont étendues, et ne sont pas par elleS'>«iéRies moteurs; et si elles ne sont pas des corps, que sonl>-elles donc, et à quel tîtire peuventelles, trouver place dan», la matière*?' S'il étaib peranis de* raisosner à la fois contre l'observation et contre la raison, de ne tenir aUcum compte des fait» les plus* constats et deS'doetrinee les' plus ac* créditées, il faudrait fermier les« livres^ et laisser rhomme à son igrQoranee native, qui, pour le oonduÊPe^ est préfi?rable à une rai* son corrompue.
Il est digne de remarque que, dans^ le^ temps où Ton déclame ^vec le plus, d'amertum» contre jla mélaphwque', ({jdi- apour ob^ \e& choses qui ne tombent: pamsoifiilesF sess, on^ veuille à toute force l'appliquer à la physique, ehercher des- principes là où il n'y a (pie des fie^its^et des<géfiéraHtés.d]aiis une chose toute de détails» »^ je nommo'roflidvi^ M' raison^ la jusface, la venté, le pou* voir^ les devteirs,. je trouve tous les esprits prévenus^ d<e ces' idàBB»
T. III. tp
45o THBOLOGIB HATURBIiLE.
générales; je m'entends moi-même, et je suis entendu des autres. Tous les hommes s'entendent entre eux sur les principes, même lorsqu'ils différeraient les uns des autres sur quelques applications; et la société tout entière n'est pas autre chose que le consentement universel à ces idées générales : voilà la métaphysique. Les hommes ont observé la terre, le ciel, les minéraux, les végétaux, les animaux, etc. ; ils ont connu les lois du mouvement, les propriétés des diverses substances, l'usage auquel ik pouvaient les employer, etc. : voilà la physique et ses différentes branches. Mais quand je parle de la force d'animalisationy de la tendance à l'animalité j de \sL gravitation vitale^ d'animal prototype et wgétal originaire^ et autres hypothèses du même genre, je ne pose pas des faits que l'on puisse observer, je n'énonce pas des idées générales sur lesquelles on puisse s'accorder, mais des abstractions sur lesquelles on peut disputer sans fin : je ne présente rien de palpable à l'expérience, rien de vrai- à la raison; je ne fais ni physique ni métaphysique; je ne dis que des mots, mais des mots dangereux, parce qu'ils n'expriment aucune idée; des mots qui décréditent la science qui les emploie, et qui faussent l'esprit qui les reçoit: je ne fais, en un mot, que détourner la physique de son véritable objet, et jeter des doutes sur la morale.
Il faut le dire, ces prétendus amis de la nature jouissent moins de ses bienfaits qu'ils n'étudient ses faiblesses, et ils Tespionnent plutôt qu'ils ne l'observent : ils ne cherchent à prendre la nature sur le faity comme ils le disent souvent, que pour la trouTer ea flagrant délits et la surprendre, s'il était possible, dans quelque écart bien monstrueux, dans quelque grand scandale, d'où ils puissent conclure le hasard de ses opérations et le désordre de ses plans. Gom\ne les enfants du patriarche, loin de couvrir avec respect 4a nudité de leiu: père, s'ils le surprenaient livré au sommeil, ils dévoileraient sa honte à tous les yeux, et triompheraient de l'avoir déshonoré : triste disposition qui ôte toute utilité au talent et toute dignité à la science, et qui flétrit l'étude la plus agréable et les jouissances les plus pures !
Heureusement c'est dans un autre esprit, et avec d'autres connaissances, que les vrais amants de la nature et les maîtres de la science, les Newton, les Leibnitz, les Haller, les Stahl, les Ch. Bonnet, ont étudié ses lois et observé les faits qu'elle nous présente. Parvenus aux bornes qui séparent le monde physique du monde rationnel, ils portaient un regard également assuré sur l'un et sur l'autre. Si, par la force de leur intelligence, ils découvraient les lois
générales de la naturey ils croyaient, par les lumières de leur raison, au législateur suprême, auteur et conservateur de la nature, comme à une loi plus générale encore de Tordre universel : ces axiomes d'éternelle vérité^ « il n'y a pas d'effet sans cause, ni de cause sans intelligence, nul corps ne se peut mouvoir lui-même ', étaient à leurs yeux plus certains que les lois même du mouvement, les calculs de la géométrie, ou les faits de la physiologie; et jamais ils ne pensèrent que, pour établir un système de physique, il fût nécessaire de saper les fondements de la morale, et que, pour expliquer Thomme, il fallût renverser la société.
Voilà donc les systèmes abjects que Ton essaie depuis longtemps de mettre à la place de ces croyances généreuses qui ont subjugué les meilleurs esprits, et formé la raison des peuples les plus éclairés. Fille unique sur la terre de Tintelligence suprême, l'espèce humaine voyait avec orgueil cette aïeule auguste à la tête de sa noble généalogie ; l'homme en retraçait, quoiqu'à une distance infinie, Tin telligence dans sa raison, la puissance dans ses œuvres, la bonté dans ses affections, l'immensité même dans ses désirs, et jusque dans ses yeux et sur son front on retrouvait quelque empreinte de sa céleste origine. Soumis à de grands devoirs, parce qu'il était appelé à de hautes destinées, il avait reçu et les lois qui lui enseignent ses devoirs, et ce sentiment infini de bonheur et de perfection qui l'avertit de ses destinées ; et des écrits divins. Testament du Père commun, contenaient à la fois les preuves de sa descendance, les titres de sa dignité et les règles de sa conduite. Usufruitier de l'univers, héritier subslitué de génération en génération à ce noble patrimoine, il y régnait comme, le premier-né de la création, et rendait hommage à la supériorité de son esprit. Qu'y avait-il dans ces croyances dlndigne de la raison humaine, ou de funeste à la société? Quels motifs plus puissants l'homme pouvait-il désirer à ses vertus? quel frein plus efficace pour ses passions? quel fondement plus stable à ses lois ? quelle règle plus sûre et plus droite pour ses mœurs ? Qui jamais eût pu croire que l'homme aspirerait à descendre de ce haut rang, qu'il emploierait ses lumières à nier sa propre grandeur, et que, las d'être appelé le fils du Très-Haut, il dirait réellement,*et sans figure, à la pourriture : « Vous m'avez engendré, et aux vers : Vous êtes mes frères ^? » Un vil limon s'est échauffé, un animalcule s'en est dégagé par la fermentation ; il est devenu
* Voyez dans la Logique de PorhJtoxaf, ch. 6.
* Job| XVII.
453 rmohOQUR' thaxu^bluu
plante, pQi3soo9,Qi^e4U>.qita4rup6d^ homme enfin : voitèi Vhomme, insecte parvenu à. fo€ce.4ft ramper,, qui loQgljeRipa a méi^onBii sob origine et vouliib £|ire oiablieic sa bassesse. Si ^oiis me deuMiiidez comment, rinteUîgeitce a pu. animer ses, ocganes...... ses pattes sent
dey^M.es.des. majjciâ,.sanj fronts'e^^ elev.é, 8Qtt.ne%sestKiistùigiié*de sa bouche,. Tangl^faiâlilie^t cleveniiipliiA obtti^ei^il a- pensé, il ain« venté Dieu, le^ U^is^ le& ajrt^l^^^sopiéti ; il a étuçUé la-naiïH^e, il s'est étudii^ lui-roên^.et à force do^s^'éludîiep^il s'est îgnocë» Egaré daos de vaines hypQtbè^â^^ il n'a poA, compris s« pix^pse g^andw^ et en s'assimilant aux bêt#ft,l6S pUi33l|)pîde.s, ilest deveoit faOttCsefliWable à e.UeA: HomOydik le Vsalmi^t^cumrdn'himûn^a^set^ nondnteUexit; comparatus estjume^nUs insipierUibmyet simUis fmUas^est ilUs.
£n effet, si l'oni dépomUnit ces tris^s systèmes, de toui ce que l'art emploie pour les embellii; ou le^ déguisa, de. rélégaoee du style, du^méritefaisile de qiudque érudition,, de cesigtands^mots^que les uns prennent. pou^ de graadespensées, ejt de ce^naîwnnements que les autres prenn^l pquçde^raistons^ si ce^étraj^es opbiQos, réduites à leur;S. tenues le^, plM§^ sinifkli^s, éiaient. ppé9eiil;ées sans cette vaine parure, et forcé^ii» de: se, mon^ner daxie toute leur nudité, « on serait toqjpuçs étpxiné, dk lé savsoit P. Berjdlîer, de la con^nce hautaine ai^eft lai^piudleon les avance^ et de- la basse faci* lité avec laquelle onlejs.net^oij; ^ »
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TRÛl^l'ÉrM'E 'PA'RTl'E.
BIBC ^QKSJUMBRB OilNS 4B6 -iUUWCMMaS ^VÊC «Zi'nOttAimnS.
Tout ce qui compose l'univers n'ayant aucun des attributs essentiels àl^tre nécessaire, à l'Etre infini, souverainement puissant et intelligent, la raison nous oblige à reconnaître le dogme fondamental àd la création, .que la religion a proclamé dans tous les temps et chez tous les peuples. Quand même, .par impossible, on admettrait l'éternité de la substance tnatérielle, il faudrait toujours bien reconnaître sa dépendance absolue d*uiie volonté supérieure dans les formes diverses qu'elle peut revêtir. Or., la volonté est un attribut de \ esprit^ et pUr conséquent la cause première de toutes \t& forces naturelles existe en dehors du^raondephénoménal qu'elle tient sous sa domination. lËn outre, un seul fait, Teftistence de Thumanitë, serah à janmis inexplicable, si l'on ne remontait jusqu'à Dieu. TEn effet, Tïrtne de lliomme est immatérielle; c'est Jà une vérité inébranlable^ sorde victorieuse du choc des systèmes materialistes',; or cette âme que jK>8sè*de chaque individu de l'espèce n'est pas éternéne; elle a donc reçu l'existence, -car elle ne pouvait se la donner, mais il serait absurde de dire qu'elle a reçu cette existence delà matière, puisqu'il est de toute impossibilité que la matière produise Y esprit; donc cette existence ne peut être que l'effet de la volonté 4'un esprit étemel. Dieu a créé fhomme.Tous les sophismes du monde viendront se briser contre cette proposition dont l'évidentîe accable la raison la plus récalcitrante. Tel est le premier rapport sous lequel nous pouvons considérer le Maître f otiverain deTunivôrs.
Xi*intelïigènce infinie ayant voulu se manifester au dehors par ses œuvres, elle Ta Fait avec une sagesse que rien n'égale. Dans toutes les parties du monde -on 'voit reluire un ordre admirable. Les plus petites ôauses «e combinant avec 9es phis grandes par une succession non interrontpue d'effets intermédiaires, la nature
* Voyei lif . 7, part. 2.
454^ THEOLOGIB NATUHBLLB.
entière, expression de la volonté divine, transporte nos intelligen* ces, et les enivre de ses beautés innombrables. Plus on pénètre dans ses profondeurs, plus on y découvre les trésors cachés qae la sagesse éternelle a épanchés sur toutes ses œuvres, et plus on s*écrie avec enthousiasme : ODieu^ que vos œuçres sont pleines de magnificence^ et que vos pensées sont profondes^ ! Mais ce qui étonne et ravit le plus, c'est la permanence des mêmes phéno» mènes au sein du mouvement prodigieux qui agite toutes les parties du monde; c'est la jeunesse étemelle, la fraîcheur et la vigueur dont il est doué, en sorte que chaque jour de nouvelles formes renaissent de celles qui tombent en ruine, selon des lois tellement puissantes que rien ne peut les enchaîner, tellement précises qu'on les soumet au calcul mathématique, et tellement bien coordonnées, que \es unes concourent incessamment avec les autres pour produire les effets particuliers et généraux. Ces lois ne sont autre chose que la volonté divine qui pèse sur la nature, et qui conduit tous les êtres à la fin que sa sagesse leur a assignée. Chercher ailleurs que dans cette volonté la raison première des faits sensibles dont l'immense tableau se déroule à nos regards, c'est tomber dans un fatahsme absurde, ou bien c'est vouloir donner à chaque portion de la matière une intelligence et une volonté dont elle est incapable, ou enfin c'est renoncer à la vraie philosophie pour se payer de mots inintelligibles. Oui, le grand législateur du monde, c'est Dieu qui l'a formé et qui veut sa conservation.
Mais de même qu'il pourvoit par une volonté absolue'et irrésistible au maintien de l'ordre parmi les êtres matériels, de même aussi il ne pouvait, sans manquer à sa sagesse, laisser sans une direction spéciale l'être intelligent et libre qui est comme l'usufruitier de l'univers. Non, l'homme ne devait pas être abandonné à luimême, parce qu'il n'a pas été créé sans dessein, et parce qu'un dessein quelconque ne peut se réaliser que «par l'observation des règles convenables. Mais, comme nous l'avons dit, l'homme est intelligent et libre : cette double perfection fait de lui un être moral, un être à part, auquel on ne peut comparer rien de ce qui l'environne. Sous ce rapport, il doit donc être régi par des lois morales, tandis que son corps subit la condition des êtres matériels. Ces lois morales dont nous parlons diffèrent de celles qui régissent l'ordre physique, en ce quelles ne sont pas nécessitantes; elles sont seulement directives et obligatoires; mais les unes et les
* Ps. XGI, 6.
THBOLOGIB NATURELLE. 4^5
autres, ont cela de commun, qu'elles émanent de la volonté suprême de Dieu. Ainsi la qualité de législateur constitue le second rapport sous lequel on peut envisager cet Etre infini.
£n outre, celui qui par sa volonté puissante a fait sortir le monde du néant, et qui a couronné ses œuvres par la création de rhomroe, s'est proposé une fin dernière digne de lui. Or, quelle fin
' plus digne de lui pouvait-il se proposer que lui-même, ou la glorification de ses attributs? Donc, comme il est le premier principe, il est aussi la fin dernière de toutes choses, et particulièrement de rhomme fait à son image, afin qu'il puisse lui rapporter
- la gloire de toutes choses, et chercher son bonheur dans l'union avec son Dieu.
< Ainsi l'Etre souverain dont nous avons reconnu et démontré
I lexistence, celui que toutes les langues proclament comme le père et le maître de l'humanité, est tout à la fois créateur, législateur
! et fin dernière de l'homme. C'est sous ce triple rapport que nous allons le considérer, pour tirer de là les conséquences qui en dé-
» coulent nécessairement.