‹ Cours de philosophie chrétienneChapitre 52 sur 67 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

DIEU CRÉATBUB. — EXISTENCE DE LA REUGION.

Il n est personne qui, après avoir bien compris d'où lui vient l'existence, ne se sente entraîné par une force puissante vers ce principe de tout bien qui tient le monde entier sous l'empire de sa providence; la connaissance de Dieu n'est pas une spéculation froide, et stérile comme un théorème de géométrie, c'est une foivive, agissante, qui remue sans cesse le cœur, et qui excite en lui les sentiments divers dont se compose la religion. Parmi ces beaux sentiments qui font la gloire de la nature humaine, la reconnaissance paraît tenir le premier rang. Dès que l'être intelligent s'élève à la contemplation de son Dieu, il ne peut l'envisager que comme le premier et le plus grand des bienfaiteurs, celui auquel il est redevable de sa vie, de tous les biens qui l'accompagnent, et de toutes les espérances qu'il conçoit pour l'avenir. Ensuite, considérant combien grande est la puissance de celui qui l'a tiré du néant, et qui seul peut dire : Je suis celui qui suis, son plus grand bonheur consiste à lui soumettre tout son être de la manière la

plus :ahMiIiie,iât àa*eeeiiiiallre «^ufilm'eit mkmiBt queifi&aïuistiloiit* Cette ^ommmcxn est «Jautmt .msins «pénible ^ue, *ff une •port, elle est confonae à k niîê<N;^, «eç]<iue, «dîuiie tutne pavt, jette <tft accompagnée d^une (Confiance ^entoère «en \oe\m *qajï Bacoimait comme souyerainement *bon, ««et 'toiyours ^disposé .à «ombkr de bienfaits ses créatures sdan :1a inaBUve ^ .leur «capadlé. Cehii même qui s!écarle de la voie droîte,astqai ^ole les kûsidesa oonsoi^ccAfin se pcécipitant dans Je tolMorin -iLa^nâmey ntest rpasieecoreisans*e^>oir, |iarae qulil.sait qtteia(l3onté.divine devient nu- «éidcorde ennrers le . coupable «qui «se aMipeut. .Enfin, lidée, quoique bien cd)scuie et coaËasejÂ^eê fievfaotians .infimes dont .Dieu ^t la source intarissable, exalte Tàme jusqu'au plus sublimedeitous les sentiments, . rameur .divin, iipiiAroiisfonne notre faible nature, qui reniyxe deXélicité otivélève jusqu'au oieL Ouiplutôt, Uamourdi- «ix^ c'est le oiel transporté ^ans »le cœur àe Xitomne juste.

^nsiy.deia pensée de fiieu^ons vojonê découler ia ^reommaksance, qui produit \\aoUonrde:gnâces.; la «oumisMn, rqoi ipradait ïeuloration proprement dite ; la confiance, ^uiinsptnelaipiifm^le repentir, qui provoque Y expiation; l'amour divin, qui soutient la ferveur y dicte les hymnes et les cantiques, et élève l'homme à tous les genres d'héroïsme. Cette puFe ^mme du cœur, qui s'alimente par les travaux, par les sojaffrances et les sacrifices, a reçu dans le langage chrétien le nom de charité.Ces divers sentiments que nous venons denumérer forment la base de la religion; par où Ton voit que l'idée de religion est nécessairement corrélative à Vidée diun Ilîeu'Oréatenr<et«oini«miniiBailre.du4nonde.

Aussi, «de mArae que ttoindesiliabîliaiitsvdu "globe, Mnscnteioepier ies plus barbares, «ont «eevnnu dicKistenee ^eia Bîràité, à néme ren tous JieuKikii lont^iefhrtdfes temmages. harvumanenls des peuples «nueiciis «et -mcMbroBB «ont 'nnimîines sur ce point ^ Jamais on ne vit une véunmi d'ètemmes «e ioiwier, se

' « Oui,. je trcave partout des respects ananimes, Des temples, -des aattfls, des 'prêtres, 'Ses 'wi<S(ime9 : 410 Giel niçut toujours aos «œi»«t»irtae«aiontt. JKons pouvona, je l'iaToiie,- esclaves de nos aeoat ne la DWînité déflgurer Timage; A'des dieux mugissants rEg^f^tereBd rfaommage ; iMalt daoA ee «beeuf ioipnr i|tt?eUe Oaîipie iMaeveCt C'est un Dieu ce.pendant qu'elle croît adorer. L'esprit humain s'égare, et'fallement crédcfles, 'Les peufAts se«imt fait d«s>nalt»eB:riitciile8. Cea maîtres toutefois par reixear.«ifieiuéSf

XB£OLaai£ NATURELLE. 4%

maintenir, se civiliser sotis d autres ;au^cesjj}ueiceuK deJa^eligion'. C!est la un fait immense^ jreconnu,, Qf/prouvé et leooai* mandé par les sages de tous les pajrs ^..LaisAaatode cotéda44fuestiAii de savoir si ces inteliijg^encjes d élite, .et même Je .oommun ikts pettplespalens, reconnaissaient .un «eul^^rai Dieu wpérieiir ien joatuse à toutes les autres divinités, et si ladolàtrie ^vait pour principe l!ëgarement de la raison om seulement ia coixi;(ption.du(cœur ^, bor» nons-nous à constater ^existence .uni.ver&^e (de ia .xeligion, .et .à reconnaître que cette tendance des. âmes yers Dieu ^st une loi de la nature humaine, Tune des conditions de son existence. L'homme ne peut nier la religion sims nier le Créateur, et!sans.ae nier luimême,

ICnirons dans quelques détails explicatifs .du principe que nous venons de poser sommairement :

I. Par là même qu elle £xiste et .qu'elle se réfère à Dieu, la religion suppose nécessairetment une connaissance quelconque >dexet être souverain, de ses attributs, et de quelques points de créance bftsés sm*un enséîgnemeift Bivin.Le dogme fut toujours le fondement indispensable du cdhe, parce qu'il est clair que Thomme n'adore et ne peut adorer que selon qu'il croit. D'où il suit que, plus les dogmes sont par.fait&, plus hi .veUgion ^est pmre, .sainte et salutaire. Au contraire, là iouT^gne l'jgnopance ^de aDîeu„ là^où règne l'erreur sur les attuibuts de Dieu et Air .«es jrappDrts A*vec la nature humaine, là r^gae ^aussi nin ouke giieiSBier, -siiperstiti^uz,

Jamais >NB{Uittém«iil me f avant «Muses : On détesta Mézence ainsi i|ue Salmoiiée, Et l'horreur siiitencor le nom de Gapanée. âJnlftmpie'enumt^^isnps ftir^nimni^tre odieni. «

(U a^oiNKf'At Mkjfion^ poëne, ^«0t 1 .)

* «'UëtabiisaaaMiit.du :oylte>puMicJtt aéUnnèl «n 'SMs eonflveditce^i a le plas contribué à homaniaer lestpeupUa^ à-ttainteair^t'à-affeMair les sociétés. L'eiîstence d'nn Etre suprême, arbitre souverain de toutes choses, et mative âbsdlu de too» les événements, est une destpreniières vérités dont toi/te créature intelJ||ceitta,«i qw ^eut faire iMa|:evde.Mi raisoD^ seisent saialefeitaffeiocée. G^eët de ce sentiment intime qu'est venue l'idée .nalorëUe de Fectfurirsdtfns toutes les calamités à cet 'Etre tout .puissant, de l'invoquer dans les dangers pressants, et deuibenflierâ:s*attirfr'8a»bfeAvctllattce*ct^ protecfion *par desacte» extérieurs de soumission et>de«rti8pe8t.<La /religion test donc «ttténiaune é 4tétAUisHemeat des sociétés civiles, et iud^ndante de toute convention .humaine. «{Or^^ine ttes foiSt'des nfts'€i des sciences, !'• part., I. I, ch. t.)

' ^sktfffKg, ik «oeMilet ik iWnmma^ amnbn$iu par h fënMfgtiage éèes auimrs pro/iioex, t..!L CbarlevUlOy 1747-

^ On sait avec quelle chaleur ce dernier sentiment a été soutenu par M. l'abbé de La Mennais dans son 3* volume de V Essai sur V Indifférence^ où il s'efforça d'établir que jamais la raison générale n'a erré au sujet de Tiimté de Dieu.

infâme et cruel, qui influe d*une manière effrayante sur tous les détails de la yie privée et sociale. C'est en adorant des déités abominables que les païens, enbardis par les fables de leur mythologie, ont fatigué la terre de leurs dissolutions et de leurs crimes. Cest en adorant le Dieu de l'Evangile et son Verbe incarné que les chrétiens, ennoblis par les enseignements de leur foi, ont étonné la terre par leur courage et leurs vertus. On peut résumer en peu de mots la vie morale de l'humanité : les dogmes, ou croyances, sont la racine; la religion est l'arbre; les actions sont les fruits. Celui qui comprend bien cette vérité possède la clef de l'histoire, et peut résoudre l'énigme formidable des destinées humaines. Au milieu d'une nuée de sophistes pédants, qui entreprennent chaque jour de refaire le genre humain, et qui nous étourdissent par les clameurs de leur philosophie enfantine, c'est une vraie jouissance pour le sage que de pouvoir dire d'avance : Les hommes, pris en général, ne seront jamais que ce que la religion les aura faits.

Mais sans nous arrêter sur ce sujet que nous avons déjà développé ailleurs ^, continuons d'exposer ce qui constitue l'ensemble de la religion.

II. Outre les croyances dont nous venons de parler, qui sont la base, le principe excitateur et la règle du sentiment religieux, ce sentiment lui-même, l'un des plus nobles et des plus précieux don.t le cœur ^e l'homme soit doué, forme le culte intérieur, le culte en esprit et en véritéy hommage pur de la créature à son créateur, commerce ineffable entre le ciel et la terre, dialogue sublime de l'àme avec son Dieu ! Dans ce saint exercice, l'homme se sent impressionné, transporté par quelque chose de divin qui l'éclairé, le touche et le ravit. Son cœur frémit comme la lyre sous les doigts d'un archange, et rend des sons harmonieux qui retentissent dans les profondeurs de l'éternité. Heureux le mortel assez dégagé des formes sensibles pour s'élancer ainsi vers la région des esprits, pour contempler et adorer le roi immortel et invisible des siècles! Il n'échangerait pas une heure de cette vie céleste pour tous les trésors de la terre. Ses œuvres, vivifiées par l'inspiration divine, s'épurent de plus en plus et brillent d'une clarté ravissante qui est comme le reflet du soleil de justice ; en sorte que l'un des plus beaux génies qui aient honoré la nature humaine, saint Augustin, n'a pas craint d'énoncer cette maxime pleine

' Ut. 1,part. l,ch.4«

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dune hardiesse apparente : « On sait bien vivre quand on sait bien prier : Recte nont vwere, qui recte noifit orare. »

L'action de grâces, l'adoration, la prière, l'expiation, l'amour, tels sont, avons-nous dit, les actes élémentaires du culte intérieur. Tous ces actes sont assez souvent compris sous la dénominatioq de PRIÈRE, parce qu'en effet l'homme, ayant la conscience de sa faiblesse et de la bonté divine, il est rare qu'il s'entretienne avec lui sans finir par la prière. La prière et l'adoration se çon* fondent pour embellir et charmer l'existence de l'humanité, qui traverse les siècles en chantant la puissance et la gloire de celui qui soutient le monde par la force de sa parole. Rien n'est comparable au spectacle de la famille humaine prosternée devant celui qu'elle proclame l'auteur de son existence, le distributeur de ses biens, l'appui de sa faiblesse, le consolateur de ses tribulations. Les sentiments de joie, de douleur, de repentir, de reconnaissance et d'amour, exprimés tour à tour, et quelquefois tous ensemble, dans toutes les langues de l'univers, forment un concert magni* fique en l'honneur de celui qui a voulu s'environner des œuvres de la création comme d'un vêtement de gloire. Cest alors que Thomme nous apparaît comme le vassal du Très -Haut, dominant par l'excellence de sa nature tous les êtres privés d'intelligence, et cherchant par delà tous les mondes un maître auquel il puisse soumettre sans se dégrader.

« Où est la beauté en matière de religion ? N*est-elle pas dans la piété angélique du petit enfieint, qui sent et adore Dieu avec la naïveté de son âge, lui sourit, le supplie, lui fait fête en son cœur, et s'élève à lui de toute la force de sa vive et tendre filialité ? N'èst-elle pas dans les hommages solennels et fervents que la foule pressée au temple, recueillie et attentive, lui adresse parmi les chants et les pompes expressives d'un culte pur et plein de foi P N'est- elle pas pareillement dans la conQ^nce infinie que met en lui le malheureux qui, toutes ses joies éteintes, toutes ses espérances brisées, tenté et battu de toute £aiçon par les misères de la vie, ne se trouble pas néanmoins de tant de désordres apparents, mais les rapportant à la Providence, en attend, humble et calme, l'explication et la réparation ? L'âme d'une assez haute énergie pour re« doubler d'adhésion et d'aspiration à l'ordre, alors même qu'il se manifeste par des rigueurs inouïes, et que dans ses arrêts mysté* rieux il pourrait ne paraître qu'une implacable fatalité; cette âme est sublime en sa dévotion, elle est sainte entre toutes les autres; de même qu'elle est gracieuse en sa douce ferveur, ceUe qui, à l'aa*

roM de lu nmteléBm h AmdhmttJ^e - son «OMM, iMèv^ ^n «mfel comme un soupir d)îiiiiBoeciii!e«t<il*Miii»ifr '..•••

JUiBiemeiâiitatir |)avleiaii tmweft^si-^iioiiiveifKUl» <^ tu ^prièie et detaon iafluence «ur «les «Mimsside èa me,(que<fe tu! ^p«Î8 «le d»^ fienser^ mBprùàaSam ee fumfàgt 4mii lœmflrqmble ^»mts 4a pltiine dUm tphiloaiq»he)ratieiniaU0l6.

« lia ipvière ! onak y ^cgofèXrsmuê^fen iuÀÊtteÊMe^^ans V^MoBiàté ? -^AmoncaeiM^ieuijSaiisiâiieanvAoate^fet j«n domne^pour première p]ieuverla«f[éiiéralké«duifiût lui-iii^iiie,qui est de^ousies lîe«K,de Wù3 kk te«ip^, et j 4ijoiiite de 4otts les Sommes, oar il «n'y mi H'pab ^rpoent BeU«â*4iiie &co»,soit de l'^iutre. Toute irhumditéipne. Dîuii houi «de lia «ervea î«aistm il s «lève incessumiiieiit un '4M^«eeit de prièves '^i s*échappent des css&urs^en iraille iiiiOimt6<di¥Érs9M sladreasent « Jdieo^^omme À»la*cause^qiueneiquteUe soit,«u ^qtieUe ^«onil'(miagiike,id'oii4»ut vient «t«emilotirit se rappoiae. La prière est dansée oionde juivèal lO^mmeila dumîèM datis ^m^miée fhyA" que; et de onâme'que «danscôhn^^a liMuiàve'mWt ^pasiporvofitm toujours légalement «vi^e, «gaiement 'cIsàK et «égalenient pnre^ ^ snéme aussi dans <Gelui4à>, la ipsUm n'est «pas «iMijowrs <ni paittoat également «raie «: ^ rest l'teffat de l'^neur.Jttab elle :n'(en«st pas moins., dans J'«rdre des «april&y un {phénomène iMimeriselfM à 49e «iftve 'elle a oiécessairement sa iraison et^son but. Elle -est destinée à vivifier et à fortifier les âmes, et elle ne fiard die «a wevtu 'ijueèunqu'elle «égare <en «ve«igles «et ooupaUes is vpeisstîtimis f tttaîs du moment'qu'on la ^Mmaidète Janssa «UigîtàiAewt ynOLiemAtmfSjiem «0mprend Jêûen «outrée qu'elle ia J^ saluuiîne «t «de Jnenfinsasit. Qu'^eaf» te est e£Set ^que bieu^er ? «e ^*^tÉi tfSLS demauder à Bieo qu'il ohasige et <se modifie au ig^é 4«un «arîn «euptiiB^^'il *déb^e œ qu'il <a fait,.qu'il iasse ee .qu'âdi'a ipas tCait, «qu'il sm^ende we&ifm «et ^forme ises conseils d'après les vmux -qu^on èm adresse : -dcHH d'<en£ant que 4outieela, «fantaisies folles tet sans «aison, sources de méoomplAS «t de idéceptmisJ £ner ainsi mkist pasaapiim'A-im «or^ die «!9ai) à H'ornke iliii-<mème, maûl à um uudve£iiiK,aii «déecwdse; c'^st i«ag»i»er des eomhinaispns'arl>itraBfes»0t:absurdes, et^demander au Tout4Wissant qu'il s'y tpréte «et les ^appuie; c'est les cberoher, les souhaiter, les réaliser |iar Ja ftéusée^^^t «i l'tœuvre suit le désir, les «réaliser par >r<aotii>a. Qr^'à «cela 'il j a «faiblesse, ov^U-da bien, fausse «eUgion,.souvent4néiito corrapiion« Mais 4a Traie prière eatliuive«choee : «iée«deABiéin«t4de tl'am0uc,teaite>à Aieu wersJe-

doue^ ^ tnate dévotiMi, espérance et'élan: d*iktie otr Bepemâr et mîgo^Uonj elle n estrjainaidysous toulieadet^axraes^ qja/tmefenrente* prQl^KKAUjQn.d'alUidiementabsoUfcà Tordre. Douloureuse et éplo«rée, elleexpriffw avee letreg^etret le Femords de la- £utley.l*^brt £ût pour s«r Q^^^er et Mveuir à, la vertu ; c e«li:u» sotipir yersi la boaue Yi#;,heucQgu^i elle^esi refiusioQ d ud oentr «pii se seot fortrde son adbéjGiiQli à la; loi auprémey et en tressaille d*aUégresset.Se« chappe^velle e9 Ivjaimes plamlives et en accents mélancoliques, elle dit lestcesibatav lesi oiidea éprewves- et les raîaèisesy quelquefim aussi left punîtâiHis que Dtèu en^ote^à Hiomoie dana sa sagesse pour I le soutenir ou le relererf rexdter ourle corriger. Mais s.*écrîe"t-eUe > avec trausporl^ et Tive« acclanaiionSy comnte' au matin d*un beau I jour, elle salue, en l'adotsant, le rogralsque soleil qui réclaii!e, Té- I cbau£fe^ l'inonde de £éli<nDé. Aîn^l toujoui^ W vraie prière se rap- I porie^et tient à Tordre^;: Toi^lfe à retrouver quand il est perdu*, à I coDs^ver quand il.^it tf^wfèy à chercher quand il manque encore, t voilà son objet; redbour ouunion, a^imlion coniMtuelle eètendànee I consjtani» à Tordre^ voilà son: mou^remenC. Bi^ prier n'est donc I autre chose que s'élever, s^'adresser à Tordre en la personne .de ; Djeij^^et se moniiiieit disposé à y con&frmer sa vte^ 1 » £ti qii'Oa im^peneosTpee- <{ue^ee^développenient; d«. Tamom e& de kfaine,prenBe>naieaftiiQ%^e'€lMa les hîrâmas dunie^ritsimpje

I et,i)ail;Xe3fSam9l>S!f0Rt comme 1er i|pioxant»; ils voientrdana lior«*

djQ^qUiiJi» compr^sm&ia la vérâé>.la b(»i&é:et^ la beauté par^eiraelleo/oe; ils. y recesnwîasanfet ce système de relationa; etr de^ loie où chaque étpe ai s^ riaison^ sa place et sa deetînée;: ils y admirent vi* >^ante,,en> action el à 1 œuflipe^ cette Providence infinie quiembrasse tout dans les plans de sa suprême sagesse. Seulement au lieu de*se txMsoftS' à deiiiis^ir^ ài enuse^i»^ à cooire» em&a* aati» aanmr^ Us ^bf^iaicnl; e^ .meiMiti en^ liunÎMe? ce* disr» fondi de» dieae»; ila^ le saisisi^jilc à sa bas^ et le swvent dans-ses contouns ;. ils le pénètrent daos^^^d^ailii Ji afl^yaMi dâuiai6«i raf^M^ de^tonie

façftn« euh ciHiffiertî^MRlid^ vMué^ eommm eit< ohaeunef em réalilé" disÙAfifia, .pxéeÎA^et éyi^Mm, CieMiiSi.abu» îi^ cioismt ;, il» cmem- Vjéfiékà*9m{ankVM^m ^ft»: im^ ftâivienli di» la: seiœeei.eicqîievk Dieu auquel ih adbéiieM mt plus intelligible à. leurs- yeiis ; ils y <^iH>ieA|.et ils^ L'aiiiMaife em rtMom de*l«ini( lomicffiesL^Leur religion* suitJeur pen^ft^. eljtemr a Ibipsdfanifaïun, laifiieQe efela puretés Le vi^ saffant^ le sa^ra- saiidé»oiî«iii(H»n«QM»»l!ignorant;; toute la^ dif-. férepfie,>cWqitlUJattii!»deila-jBéflf!ffl^^

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fois même il prend quelque chose du caractère sacerdotal, et quand il expose avec enthousiasme la vérité dont il est Torgane, il est comme le prêtre de la science, et sa philosophie est une sorte de culte qu'il propage en enseignant. Il n'y a que les faux savants qui n'aient pas cette piété, et encore ont-ils leurs vérités, vérités incomplètes, dieux faits à leur idée, qu'ils idolâtrent et adorent souvent avec fanatisme. Le sage, à la vue de l'ordre, a foi et amour comme le peuple, comme le peuple il prie, et se trouve bien de prier.

» En effet, si la prière dans la pureté de sa nature n'est qu'une aspiration religieuse et une sainte adhésion à l'ordre; si elle n'est que le mouvement d'un esprit touché de Dieu, et qui se voue à lui sans réserve ; si elle n'est qu'un élan du cœur vers le bien suprême et absolu, elle est en parfaite harmonie avec la destination générale de l'homme ; car, soit qu'elle le relève et le soutienne, soit qu'elle l'excite et l'exalte, elle ne peut manquer de le fortifier, de le rendre meilleur et plus heureux. La prière, sans être encore précisément de la vertu, est le commencement de toute vertu ; on Ta appelée quelque part la respiration de l'âme : oui, elle en est bien le souffle vital, un signe heureux de santé, un symptôme de moralité. Prier, bien prier, c'est être prêt à bien vivre.

» Cependant prier ne suffit pas, il faut joindre l'œuvre à la prière. Or, qu'est-ce que l'œuvre dans le sens sérieux et profohd de la religion P C'est toute pratique tentée ou accomplie en vue de Dieu. Les travaux d'art et d'industrie, la justice et la charité, les soins de l'âme et du corps, toutes les habitudes, en un mot, d'une légitime activité, ra{)portés à l'ordre suprême, à Dieu qui en est le principe, ont, par là même, le caractère et la qualité de l'œuvre. Tout peut se tourner en œuvre, pourvu que ce qu'on fait soit en mémoire de lui.

» Cependant il y a entre les œuvres des différences et des degrés. Toutes les âmes, dans leurs hommages, n'honorent pas Dieu également bien ; celles qui les lui adressent d'un cœur fervent font mieux et méritent plus que celles qui ne le servent qu'avec tiédeur; celles qui les lui offrent sous forme de soins donnés à l'ordre de la nature, lui sont sans doute moins agréables que celles qui les placent dans le dévouement à l'ordre moral et social, et parmi celles-ci les excellentes, les grandes âmes, dont les pensées ont pour but le bien de tout un peuple, de toute une société de peuples, de l'humanité tout entière, sont encore à ses yeux plus saintes et plus dignes. Néanmoins, quelles que soient les voies de la Providence que l'on suive de préférence, il y a toujours religion à y entrer et y mar-

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cher; ainsi, le médecin qui guérit, comme le savant qui éclaire; le laboureur qui défriche, comme le moraliste qui civilise, ministres du Très-Haut chacun à leur manière, impriment à leurs travaux un caractère sacré, du moment qu ils les rapportent au maître dont ils relèvent; tous ouvriers devant Dieu, bien quil y ait entre eux des distinctions, ils ont tous comme un culte dans Temploi reli* gieux qu'ils font de leurs facultés.

> Telle est Tœuvre en général : qu'est-elle maintenant dans son rapport et sa liaison avec la prièi'e? Elle en est le complément et la suite légitimes. La prière est une aspiration, une élévation de l'âme à l'ordre; l'œuvre est, autant qu'il dépend de l'homme, le fait qui atteint cet ordre, l'exprime et le réalise. La prière commence, l'œuvre achève et consomme; l'une est l'inspiration, l'autre l'action. Celle-ci gît dans lexéculion, celle-là dans l'intention, dans le vœu, dans le désir. Xa prière toute seule ne serait pas la vertu, elle ne devient telle que par l'œuvre. Prier sans rien faire, prier pour prier, n'est pas chose en soi suffisante; il faut y joindre la pratique, il faut développer ce sentiment dans une suite d'actes et d'habitudes qui en attestent l'énergie, la sincérité et la constance. Qu'est-ce que prier, pour le redire .? C'est croire en Dieu et l'aimer, croire en sa loi et l'aimer; or, est-ce là le tout de la religion ? Mais se conduire selon celte loi, mais s'y conformer de toutes ses forces, mais en accomplir tous les commandements, mais en être l'homme, par le fait en même temps que par la pensée, n'est-ce pas quelque chose de plus ? Non, la prière ne peut pas être sa fin à elle-même, il faut qu'elle aille à l'œuvre, se l'adjoigne, se l'allie, et parvienne ainsi à la plénitude et à la perfection de la vertu. Cependant, d'un autre côté, que serait l'œuvre sans la prière? Un fait sans doute, mais un fait qui, tout régulier quil pourrait être, manquant de l'esprit purifiant et vivifiant de la piété, resterait sans consécration et sans caractère religieux. La prière l'eût sanctifié, l'absence dé la prière le laisse sans la grâce; venant d'une âme pleine de Dieu, tous les développements légitimes des facultés humaines, exercices de l'esprit et affections du sentiment, déterminations de la volonté et mouvements organiques, vertus de tout ordre et de toute espèce, tout se change et se transforme en hommages au Créateur. On peut en effet prier par la science et par Tart, prier par des travaux mécaniques et industriels, prier surtout par la justice et la charité envers ses seniblables; il n'y a pour cela qu'à tout rapporter aux lois de la Providence. Mais du moment qu'on n*agit pas dans cette vue et par ce motif, que ce qu'on fait on ne le fait pas par amour

/jjS^ THB0L06IS NATURBLLB.

àe Tordire' diMin, l'œuvre est humaine^ purement humaine, elle na rien de^ religieux. La science reste science ; la poésie, poésie ; llndustrie^ industrie, et ainsi de tout lie reste^ rien ne se trouve sanctifié, parce que rien n'est prié. On continue sans doute alors à marcher dans de bonnes voies, mais on y marche sans Dieu, sans ridée du vrai- but> du- vrai bien de l'humanité; on ne manque pas sa destinée, mais on ne l'accomplitr pas pleinement, on ne lui donne pas toute samoralilé. Au lieu de l'élever atLciel, on la borne à la terre; onlarappoFteà quelquechose départiel et d*incomplet,aulieudela rattacher à Tordre universel et absolu. Ainsi, les mêmes œuvres qu un dessin plus élevé, parce qu'il aurait été religieux, eût rendues plus parfaites, le sontinotns par cela même que cette intention ne s y est pas mêlée, et que l'esprit de la prière ne les a pas visitées. L'esprit de la prière ! mais il faut bien le comprendre. Je ne veux pas dire cet esprit de désirs insensés et d^aveugle ambition qui se tournerait vers Dieu comme vers un roi de ce monde, pour sollicitera la manière de l'escliave ou' du- courtisan ; je ne veux pas dire l'esprit d'erreur, de petite superstititnr, dHdolâtrie et dé fétichisme. L'esprit de la prière^ je^le répète afin qu'on ne s'y trompe pas, tout de foi et d'amour, de vérité et de lumière, ne s'adresse jamais à Dieu que comme à l'ordre lui-m^e et au souverain législateur du monde et derinniianîté. Dbnc^ prier Dieu de cette façon, s'unir à lui do' cœur et lui donner sa vie, c'est vraiment se sanctifier, sanctifier ton» ses^ actes, quand d^aillieurs en eux-mêmes ilk sont bons et légitimes; et ne pas prier, dansr le même sen^, c'est en ôter volontairement une grâce: singtitt^e, en retrancher ce qu'il y a de pltts pim dan» la vertu etlasagesse-humaines. Il estune maxime, tenu» pour vraie, et qui Test, qiiand on ne la prend pas dans une acception trep rigoureuse^, mais> qui^ jugée plus sévèrement, me sembla finnse- et inexacte^ on dit : Qui laborat, orat; Qui ttamille, prie. (^ie*veutr€m dire par ces* mots? que celui qui ne donne pas tout son- temp» à la prière j mais qui agit et se livre à l'œuvre, se conduit miens que- oeiur qui* se borne à' une oisive adoration ; rien de- plws conforme à la raison. Bfeis si l'on entend* qu'à la lettre travailler c'est prier, je voir dans cette pensée une fâcheuse confusion; On* ne distingue plus deux choses, qui cependaïUt sont trè^ distînoiési om ne tient pl\is coinpte* à la fois de la disposition à l'action e<i de raetiott> eWmêrae^ de Fihtention et db fait^ de la potère' et'de l'œuvre;* on ne tient compte que de Fbeuvre; on lui sa«ei&e' la pnHkev®^^^(^i^"^<^cr \k conséquence à laquelle on est I coaiflhôiiKi Celui qui^trairmlle^réalisi? l'ordre (il* &ut du moins le sup-

TBSOLOGIE ITATURELLE. 4^5

poser) ; mais s'il trayaille et ne prie pas, il réalise Vordre sans y penser, sans y croire et sans y aspirer; il le réalise matériellement, mais non moralement et en esprit ; il ne commence pas par le voir^ le sentir et le désirer pour ensuite le pratiquer; il se borne à le pratiquer. Il fait comme la plante, qui elle aussi travaille^ mais sans idée ni volonté. Il produit le bien, comme la plante porte son fruit. Or, cette façon d'accomplir la loi n*est pas celle qui convient à rhomme ; créé à la fois pour connaître, aimer et suivre Tordre, il doit le suivre avec foi, avec conscience et avec amour; il doit travailler et prier; prier, puis travailler, consacrer l'œuvre par la prière, et couronner la prière par l'œuvre.

» Qu'on me permette de faire encore une réflexion sur ce sujet. Dans toutes les religions, il y a des paroles pour dire que Dieu se retire de l'homme, l'abandonne et le délaisse ; qu'il faut alors le prier pour le fléchir et le ramener. Au sens vulgaire et littéral, ces expressions ne représentent bien que les relations de notre nature avec une nature céleste, qu'on lui assimile un peu trop, qu'on revêt trop d'humanité, qu'on ne fait point assez divine ; et, d'après cette interprétation, il serait difficile d'en justifier la vérité et la justesse; elles appartiennent plus à une foi mythologique el païenne qu'à une foi vraiment chrétienne. Mais prises en un sens plus profond, je ne craindrai pas de les soutenir, et je les expliquerai ainsi qu'il suit : Dieu ou l'ordre ne cesse jamais d'être présent et puissant, immuable, universel ; en aucun lieu, en aucun temps, il ne suspend ou ne limite la souveraineté de son action ; en soi, il ne défaille jamais. Mais ce qu'il est en lui-même, il ne l'est pas toujours aux yeux de l'homme. Pour l'homme, souvent il s'oh*ftcurcit, disparaît et s'éclipse ; il demeure dans les^choses, mais s'y cache sous voiles; il ne manque pas à Ja réalité, qu'il remplit tout entière, mais il manque à l'esprit, auquel il se dérobe, et alors une grande tristesse s'empare de l'âme et la consterne : on se sent faible et misérable, on se trouble de ces ténèbres, on s'effraie de ces obscurités; or si dans de telles tribulations on ne recourait pas à la prière, si on n'invoquait pas avec confiance les clartés divines, et que, soutenu par la foi, l'amour et l'espérance, on n'aspirât pas à la manifestation et au déploiement visible des lois de la Providence, ce serait, certes, une déplorable et profonde infirmité. Quoi! pas un soupir, pas un désir, pas le moindre élan du cœur vers cette vérité qu'on ne voit pas el qu'on a tant besoin de voir ! rien qui porte à la chercher, et s'il se peut à la saisir; rien qiù tourne l'intelligence vers la face de Dieu, et l'excite à l'adorer; de

l'iDdifférence^ du doiiu, de Tii^norance à tout jamais ! Oh ! qod^ ce n*eat pas là ua état naturel à Thomme. Mais prier et vivre pour l'ordre, aussi bien quaad on ne Ta pas que quand on le voit et qu!on le possède; ne jamais s'en détacher;. Le. suivre à la trace et y aspirer quand il est clair et manifeste; et quand il arrive quil est caidié, y aspirer encore et Tespérer; lui continuer ua culte pieux au milieu même de ses éclipses et de ses défaillances apparentas; là| sans nul doute, est le vrai devoir, là aussi la vraie force. Qu on entende de cette façon ces éloignements de Dieu et ces. colères celetfes dont parlent toutes les religions; ilnyaplus.superstitionyily a sagesse et raison à dire qu'il Ëmt prier pour les faire cesser et les dissiper. Prier ainsi n'est autre chose qu'invoquer l'ordre etlalumière, et iden ne convient mieux à la destination et au bien de l'âme'.» Les sophistes sensuels, qui se sont appliqués à bannir de la pensée humaine tout ce qui n'est pas maitière, n'ont pas hésité à se déclarer contre ladoration et la prière. Nous pourrions d'abord leoE répondre : ou vous croyez en Dieu, ou vous n'y croyez pas: si vous n y croyez pas, commencez d'abord par vous guérir de cette maladie d'esprit en purifiant votre cœur ; si vous y croyez, comment pouvez- vous, avec quelque apparence de raison, contester les honmiages que le genre humain offre à celui que vous regardez comme Fauteur de son existence ?— > «Dieu, dit-on, n'a pas besoin de nos hommages, de nos services.— Nous le savons; cette vérité s'ensuit de la création même ; mais il nous a formés demani^ve que nous avons besoin d'être assujettis à ce devoir. Il n'a point besoin de l'univers, cependant il l'a créé. Il faut un joug qui nous retienne, un lien qui nous unisse, une morale qui nous dirige, une religion qui nous humanise \ » En un mot. Dieu veut nécessairement ce que la raison prescrit, quoiqu'il n'en ait pour luimême aucun, besoin ; et ce que la raison prescrit ne peut être qu'infiniment salutaire à l'homme — - « Vous vous trompez, dit-on encore, la religion est inutile, et ceux qui la pratiquent n'ont pas une vie meilleure que les autres. » — J'ai suffisamment répondu à ce raisonnement de carrefour en montrant la liaison indispensable qui existe entre la religion et la conduite de toute la vie ; son influence est incontestable, soit sur l'homme isolé, soit sur la société entière. « C'est une erreur grossière des incrédules de penser que nos devoirs envers Dieu n'ont aucune relation à la société,* que rhomme solidement religieux n'en est pas mieux disposé à

* DamirOD, Cours de philosophie^ 2* part. , morale, p. 209, 222. a Bergier^TraiV^ de la vraie Religion^ t. 3, p. 563. Paris, 1787*

aiïEier et à servir sMseinbhM«s; L*n}gratitu<lle à l'égard de notre prenrier bienfaiteur, la révolte cûmtre la Providence, Famour effréné de la liberté, ToubU de la vie fature, ont-ils donc le pouvoir d*ani<^r le cœtfv de Fhomme et de le rendre plus vertueux ? une religion qui nous apprend que nous soQimes enfants d*un même père, objets des sorns d'une même Providence^ assujettis aux Biémes lois, destinés au m^e bonhetir étemel, nous donne par là même les plus touchanves leçons d'humaniré, de bienfaisance, de charité, d'indulgence envers les autres hommes^.... Si j'envisageais mes semblables comme des productions du hasard, comme des animaux parmi lesquels un destin fortuit m'a placé, en serais-je mieux encouragé à leur faire du bien, que quand je pense rpie Dieu nous a faks tous à son image, tous frères, nous a commande de nous aimer et de nous aider' ?»S'iI se trouve des bommes dont la religion est mal, entendue, et qui la renient par leurs œuvres, il ne faut s'en prendre qu'à la fragilité de notre nature, qui n'est pas toujours conséquente. Le raisonnemieni des impies contre la religion pourrait se retourner contre 1^ lois, sens acquérir plus de force. Assurément, parce qu'il y a des voleurs, nul homme sensé ne dira que le principe de propriété est inutile, et qu'il ne faut pas l'environner des prescriptions légales. Que serait-ce si nous voulions raisonner de même à l'égard de la philosophie matérialiste et athée, que le& admirateurs encroûta du xvni® siècle voudraient enicore substituer à la religion ? n'est-elle pas un vrai nez de cire que l'on tourne comme on veut, qui se prête, au besoin, à la justification de tous les crimes et au renversement de toute mo * raie? Il sied mal à ceux qui ont bouleversé le monde par leurs paradoxes flétrissants, d'accuser d'iBkpuissance la religion qui seule a. protégé la société contre les sonibres fureurs de l'athéisme '• Voulez-vous savcnr comment des écrivains célèbres, et non suspects en Eût de dévotion, ont apprécié les ennemis de la religion, écoutez Machiavel: «Hommes inlàmes et détestables, destructeurs des royaumes et des républiques, ennemis des vertus, des lettres et de tous les arts qui honorent le genre humain, et contribuent à sa prospérité^; » écoutez Voltaire : « Si le monde était gouverné par des athées, il vaudrait autant être sous l'empire immédiat de ces êtres infernaux qu'on nous peint acharnes contre

* Bergier, Traité de la vraie Jteligionf t. 3, p. 563. Paris, I7S7*

* « Il faut, dit Bossuet, cliercher le fondement solide des Etats dans.la TérJt^, qui est la mère de la paix : et la vérité ne se trouve que dans la véritable religion. {Politique, liv. 7, art. 2, 4* proposition.)

* Machiavel, liv. 1, de' Discorsi,

468 TBBOLOGIB H ATURSIXB.

leurs yictimes*; » écoutez Hume : « Cherchez un peuple sans religion ; si vous le trouvez, soyez sûr quil ne diffère pas beaucoup des bétes brutes^. » Peut-on croire que les adversaires dune institution inutile eussent mérité une pareille censure delà part de tels hommes?

« Par les principes, dit Rousseau, la philosophie ne peut faire aucun bien,^ que la religion ne le fasse encore mieux, et la religion en fait beaucoup que la philosophie ne saurait faire. Par la pratique c*est autre chose; mais encore faut-il examiner. Nul homme ne suit de tout point sa religion quand il en a une ; cela est vrai: la plupart n'en ont guère, et ne suivent point du tout celle qu'ils ont ; cela est encore vrai : mais enfin quelques-uns en ont une, la suivent du moins en partie, et il est indubitable que des motifs de religion les empêchent souvent de mal faire, et obtiennent d eux des vertus, des actions louables, qui n'auraient point eu lieu sans ces motifs^. »

. Que dirons-nous maintenant à ceux qui, non contents de représenter la religion comme une chose inutile, s'efforcent de la faire envisager comme une institution pernicieuse, à cause de la déviation plus ou moins fréquente du sentiment religieux, et de la malice de plusieurs qui ont fait servir ce noble élan du cœur à leurs passions coupables?

« Quoique nous parlions à des sourds, nous leur dirons, pour la dixième fois, que, depuis la création, Thomme n'a cessé d'abuser de toutes ses facultés, de tous ses penchants, de toutes les institutions. La raison, la conscience, le talent de la parole, la religion, ]amorale,les lois, le gouvernement, l'éducation, lepoint d*honneur, l'amour de la patrie, etc., lui ont été donnés pour son bonheur; souvent il les a tournés à sa perte. Par la fougue des passions, par une organisation vicieuse, toutes ces sources de bien ont été empoisonnées et ont produit du mal. Les passions elles-mêmes, dans leur racine, sont des penchants utiles et nécessaires, l'excès seul les rend pernicieuses. Pour prévenir le mal, anéantirons-nous les sources du bien ? Faut-il abrutir Thomme, de peur qu'il ne devienne insensé ? La folie ne vient point aux animaux, c'est une maladie particulière à l'homme. Les philosophes en concluent que l'animalité pure est le souverain bonheur : c'est une assez bonne preuve qu'ils sont violemment attaqués eux-mêmes du mal dont ils veulent nous guérir.

' Votta'te, Homriie sir Va héisme.

> Hume» Hist. naU de Iti R(lig*y p. 133. ' Rousseau^ £miie.

THEOLOGIE HATVABLLE. 4%

« Lorsqu'ils étaient déistes, ils ont fait Tapologie de tous les cultes, de la religion des Chinois, de eelle des Indiens, des Perses, des Grecs et des Romains; ils n'en voulaient qu'au judaïsme et au christianisme; depuis qu'ils sont devenus athées et matérialistes, ils déclament contre toute religion quelconque : serons-nous obligés d'adopter toutes leurs variations, et de clianger d'opinion aussi follement qu'eux ' ? ■

— - L'homme, disent encore les sophistes, s'avilit en se prosternant devant Dieu et en se livrant à la crainte de sa justice.

— Non, Thomme ne s'avilit pas en reconnaissant l'empire souverain de la Divinité; c'est la philosophie qui l'avilit en lui répétant sans cesse qu'il n'est qu'une masse de matière organisée par le hasard, et que sa destinée est de végéter à côté de la brute, jusqu'à ce qu'il retourne dans le sein de la terre. Chose étrange ! c'est en publiant ces abjectes doctrines et en dépouillant la nature humaine de sa véritable gloire, que la philosophie fait un appel à son orgueil ! Après lui avoir déclaré qu'il n'est qu'un ver de terre, elle lui ordonne de se redresser fièrement contre le ciel ! toujours l'impiété est prise en flagrant délit de contradiction. La religion parle autrement; elle dit à Thomme qu'il est l'image de Dieu, et que le principe qui l'anime est fait pour s'unir à lui. Voilà sa gloire. Après l'avoir élevé si haut, elle ne craint pas ensuite de lui rappeler sa dépendance et sa faiblesse vis-à-vi^^de son créateur, et de lui apprendre à élever vers le ciel des mains suppliantes pour demander ce qui lui manque à l'auteur de tout bien. C'est ainsi que la raison procède : elle nous apprend à nous estimer ce <pie nous valons, et à ne point nous prévaloir de ce que nous n'avons pas ; tandis que l'orgueil, oubliant ce qu'il y a en nous .de grandeur réelle, se gonfle et se pavane de qualités imaginaires. Aussi l'orgueil n'est-il qu'une des formes nombreuses de la sottise. Or, pour revenir au point de l'objection, je demande si l'homme qui adore Dieu ne fait pas acte de souveraineté sur tout ce qui respire P « Dans quel lieu de lunivers, dit encore Bergier, a-t-on trouvé des animaux prosternés au pied d'un autel, occupés à bénir le Créateur et à lui faire des offrandes ? En connait-on quelque espèce qui ait paru avoir l'idée de Tauteur de son être, élever ses regards vers le ciel, demander le secours de la Divinité ? La religion est donc le caractère distinctif de Thomme, un apanage de la raison jet de l'intelligence dont il est doué ^ il ne peut y renoncer sans s'abrutir. Ost une réflexion de

* Bergier, Traité de la Religion^ t. 3, p. 625.

Platon ^ » Tandis que lahrule;, courbée vers la teisre^acQompIit ses onctions animaXes saiis songer à la main invisible qui régit luBi- Ter^^rbomoie élève aa pensée iters le ciel, et aeulil est assez grand pour fléchir le genoa devant «qn cr^teur. LUmpîe qui n adore pas Dieu a cela de commun >avec Je «singe, le<Àe¥al et le mulet; il dit peut-être comme Jtt. le docteur JBrouasais, qu^afurès tout «le cer. veau d*un âne ne diffère pas du cerveau d'un philosophe. » Je ne Tois pas qu'il y ait lieu d'âtre bien fier d'i;^ne«emblable associaeîoD. En tout cas, les intelligences les plua vulgaires peu^vent comprendre et retenir que pour prier Dieu il faut de Tesprit, ou de la raison, et que pour ne pas le prier, il suffit d*ètre une bête.

Que parlez-vous encore des terreurs inspirées par la religion? jes terreurs véritables sont d'abord pour l'impie, qui ne voit dans lunivers que les jeux du hasard ou d'une fatalité désolante, et qui, malgré ses sophismes, ne peut se rassurer comfdétement contre la pensée du Dieu qu'il blasphème* Par ses damemrs continuelles contre tout ce qui ^est sacvé, il ressemble, selon la pensée de MasttUon, à celui qui chante dans Les ténèbres pour se rassurer contre la peur. Les tecreurs véritables sont encore pour le criminel que le remords vengeur poursuit en tout lieu. Quand, fatigué du poids de ses forfaits, il cherche .enfin leorepos dans le repentir et l'expia ùon, quand il fait un généreux effoit pour rentrer dans les voies de la vertu, je ne vois pas ce qy'il y a d'avilissant dans cette résolution, La crainte ff6ligieusa.qui.pn£serve du crime -et qui ramène à la wrtu>eat,td'ailleiirâ, une exoeUeAle gai?a»tie pour tout le monde. Ecoutons ce que dit Bayle à ce sujet :

« Il est vrai qu'un méohaBit honmie trouverait son compte, par

J^i^ort à sa coinscieiBce, dans une doctrine qui lui permettrait

loua les crimes >et qui lui en .assurerait Timpunité : mais par bien

d'animés endroits il ne ly trouverait point, il a mère, femme,

aceuvs et nièces qui le «chagrineraient mortellement si «lies se diffa-

inaîent par leur libertinage, il y «a plus de gens qui le peuvent em-

. poisonner, voler, tromper, etc., qu'il n'y en a contre qui il puisse

, commetti'e ces mêmes cvimes. Chacun e«t plus csqmble d-étre ef

ienaé que d'olfienaer : car ea^re vingt «peivcnrafes égales, it est ma-

mfeste que chacune a mcxîns 'de fbroe «entre dfec-net^f, que dix-

neiif contre «une. Il est donc de ImtérSt de abaque particulier,

. iqpel^foe corrompu ^'il «oit, que Ton enseigne une n^ofnde propre

•Jk întiiBider la conscience ^.» La mdigien, qui enseigne «oiHie mo-

* Bergier, Traité de la Religion^ p. 557.

* Ba>'ley Dici,, art. Fausie Socin,

raie, est donc ei^trémeinetit rassiiFMite. Pour -l*iioiinne juste, r«K-

périeiice démontre que la religion j loin de troubler ^son ftme 'par

de vaines terreurs, le rassure, «h con^aîre, le fortifie, le ccmsole,

et lui fait trouver une joie secrète jusque dans les peines et les

souffrances de la vie.G*est ce que le même philosophe remavqoe à

l'occasion de M. de Bussy^Rabutin, auquel madame de Sévigné

avait écrit : «Ne vous semble*t-ilpas,que je me fauffle anree les gens

dévots autant que je puis ? C'est en vérité que je les trouve plus heu-

r leux et à la vie et à la mort, et que je voudrais bien attraper l'état

I où je les vois; c'est un "vrai métier de malheureuse que celui de

dévote; non-seulement il console des chagrins, mais il en fait des

; plaisirs '• »

III. Jusqu'à présent j'ai parlé èa culte intérieur, et nan de ja mai^estation extérieure et publique qui peut en être faite par ^s I »;tes analogues aux sentmieiits qui l'înspirem. Mais il n'est pas I difficile de comprendre que j'un ne peut subsister sans l'autne* 1 Laissons parler ici l'auteur du Traité hutorique et dogmoMquê de la "vraie religion^ que nous avons déjà cité :

« Quelque puissant que soit l'instinct de là nature qui inspire les sentiments religieux, ceux-ci ne pourraient se cfumnuuiquer et se perpétuer, ils ne seraient plus un Ken de société, s'ils n'étaient excités et entreteims par des signes extérieurs. L'homme n'est point un esprit pur; ses pensées, ses affections, d^endent du mi- ^ nistère dos sens, il a besoin de signes palpables pour remuer son ^ âme. Une rdigion purement intérieure ne conviendrait ^qu'à un

peuple sourd et aveugle.

I > i^Les sentiments d'amour, de reconnaissance, de confiance, de

I respect envers l'Etre suprême, sont trop vifs dans un cœur religieux pour y dâneurer enfermés : il les fait éclater par les asCQ^ats I de la voix, par les mouvements du oorps^ par des cérémonies én€r- , giques. Ceux qui ont le mieux connu Tantiquité y ont remanqué I le goût décidé pour les signes ea&pressi£i, pour les images, les sjm- , boles, les allégorûss; on l'a retrouvé chez les sauvages. Un autel, un monceau de pierves, un ^ophae, ^un poteau élevé, un arbre nasqoé de :eaf aclères, «étaient au^jrcifois les seuls monuments ât l'histoire. Dans les prenuers ftges du monde, les hommes parlaient P^9 iisagpsaai^mt «beaueoup^ ils peignaient les objets dont ils youlaimt donner l'idée. Celte «dédftode était surtoid; nécessaire avant 1 invention de l'écriture; et cet art précieux, en étendant nos con-

' Bayle, Pensées diverses, t. 2, p. 90.

4y2 THBOLOGIB HATURBIXB.

naissances, n'a peut-être pas assez suppléé à Véloquence muette des anciens. Les cantiques, la danse, les offrandes, les sacrifices, les repas communs, les ablutions, les libations, les effusions d^fauiie et de parfums, sont de tous les temps et de toutes les religions. Supposer que ce sont là des signes arbitraires, sans force et sans utilité, c'est méconnaître Thomme; si vous les lui ôtez, vous le plongez dans la stupidité et dans Tinertie.

« En négligeant, dit Fauteur d'Emile, la langue des signes qui parlent à Vimagination, Ton à perdu le plus énergique des langages. L'impression de la parole est toujours faible ; on parle au cœur par l^s yeux bien mieux que par les oreilles. Avant que la force fût établie, les dieux étaient les magistrats du genre humain; cest par-devant eux que les particuliers faisaient leurs traités, leurs alliances, prononçaient leurs promesses ; la face de la terre était le livre ou s'en conservaient les archives. Des rochers, des arbreS) des morceaux de pierres consacrés par ces actes et rendus respectables aux hommes barbares, étaient les feuillets de ce livre oU' vert sans cesse à tous les yeux. Le puits du serment, le puits du vivant et du voyant, le vieux chêne de Mambré, le monceau du témoin ; voilà quels étaient les monuments grossiers, mais augustes, de la sainteté des contrats. Nul n'eut osé d'une main sacrilège attenter à ces monuments, et la foi des hommes était plus assurée par la garantie de ces témoins muets, qu'elle ne l'est aujourd'hui par toute la vaine rigueur des lois. Le clergé romain a très-habiietnent conservé les signes extérieurs dans le culte'. »

» Dans tous les temps, l'homme a senti que les mêmes démonstrations extérieures qui témoignent à un autre homme le respect, la soumission, la reconnaissance, pouvaient faire éclater les mêmes sentiments envers la Divinité. Il n'a point fallu des réflexions profondes pour comprendre que fléchir les genoux ou se prosterner est une marque de soumission; que par les offrandes et les sacrifices, on reconnaît avoir tout reçu de Dieu ; que par la prière on rend hommage à sa puissance ; que se laver dans Teau est un symbole de purification ; qu'une onction d*huile ou de parfum est uu signe de guérison ou de consécration; que les repas communs sont une preuve de fraternité, et ainsi du reste ^.

» Lorsque la religion fut altérée, ces mêmes cérémonies employées au culte des fausses divinités devinrent autant de pratiqués super-

* £mf7«,t. 3, p. 214,215.

* Morgan^ t. 1, p. 237.

THBOLOGIB NATURBLLB» 47^

stitieuses, furent accompagnées de crimes et de désc^dres; consa* crées à llionneur du vrai Dieu, cVst ce quil y a de plus respectable au monde. Les tourner en ridiculei parce que la superstition les a souvent profanées et rendues dangereuses, c*est accuser la na« ture de ce qu elle s'exprime partout d'une manière uniforme; c'est comme si l'on voulait supprimer le langage humain, parce que les fourbes s'en servent pour mentir et pour tromper.

» a^ Nous prouverons ci -après que la religion doit être une des premières leçons de l'éducation ; que l'homme doit l'apprendre par imitation, comme les devoirs de la société civile ; il faut donc des signes sensibles, pour en donner à la jeunesse les notions et Us sentiments. L'homme, né imitateur,'prend insensiblement les idées, les inclinations, les habitudes, la tournure d'esprit de ceux avec lesquels il vit, tout comme il contracte les accents de leur langage: par l'exemple, il devient vertueux ou .vicieux, impie ou religieux: ce caractère seul démontre assez sa destination. Les instructions de vive voix sont utiles et nécessaires ; mais les esprits grossiers ont peine à les comprendre; les esprits légers les oublient aisément, si elles ne sont soutenues par des actions qui parlent aux jeux. Il est bon de répéter à un enfant et à un esprit borné, qu'il fkut respecter la Divinité; ils n'en feront rien, si vous ne les accoutumez à se prosterner devant elle. On a senti le besoin des cérémonies dans la vie civile, et la nécessité de frapper les yeux de la multitude par un appareil pompeux; Veffet en est sensible chez les Chinois ; le cérémonial y supplée, en quelque manière, à un code de loix fixes qu'ils n'ont point, et à la morale très-imparfaite de leurs philosophes. L'usage en est encore plus nécessaire dans la religion. La Divinité, inaccessible à nos sens, doit être rendue présente par des symboles; il faut des temples, des autels, des ministres, des rites constants, pour rendre les esprits attentifs, pour toucher et pour instruire ^ « Toutes ces choses qui seraient inutiles, et même fort impertinentes dans 1 état de pure nature, sont fort utiles dans l'état de notre nature corrompue et ridicule : » c'est la réflexion d'un philosophe \ Toute nation privée de ce puissant secours, est sauvage, stupide, peu différente des animaux^.

» Ce n'est ni par hasard ni sans dessein que Dieu a rendu l'homme sensible à toute pompe extérieure, surtout à celle dont la Divinité est l'objet. Ce sentiment éclate déjà dans les enfants ; il se montre

* Hume, 5* Essai sur l'entend, hum.f p. 115. Fable des Abeilles, t. 4, p. ISO.

* Quest. sur TEncyclop., Cérémonies.

* Esprit des Lois^ I. 35, c. 3.

474 inéoiiOOiB iiiànMa.LB.

chez tes sairrages, cenmie ^cin» ^es peuples civilms; les pfaUeffophes inéEma, matgré^lteurs dédains spéculatifs, en sont quelques touchés. Ces hammes qui- se vanteiA'd étudier la batoFe, et ico survre les mouvements, se bouchent ici les oreilles pour ne pis entendre sa Toix. ils approuvent la magntfieenoe et les décoratioDs dans les spectacles destûsés à corrompre les mœurs ; ils ToudrÛBSt retrancher le cuhe extérieur, étaUi pMir poster rhoimneà h verto.

» Aucun des anciens philosophes n'a conclu à supprimer le culte religieux, quoique plusieurs en sentissent les abus. Les Epicuriens même n'osèrent s'élever contré un usage qui tenait de si près à Tordre de la société ; ils s'acquittaient comme les autres hommes du culte public ; plusieurs en firent les fonctions, quoiqu'elles s'accordassent très-mal avec leurs principes; c'est sur quoi ils ont été rigoureusement censurés par les autres philosophes ^

^ Cependant un déiste anglais soutient que l'usage des symboles sensibles est pernicieux: i^Cela est inutile, dît-il, puisque ces signes extérieurs né signifient rien si on ne les explique, il est plus simple de s'en tenir aux paroles; a® comme ces signes font une impression profonde sur le peuple, il y attache bientôt plus d'importance qu'il ne faut, et une espèce de sainteté extérieure qui n'est quune vaine imagination ; il prend ces signes pour l'essentiel même de la religion; 3^ il oublie aisément le vrai sens de ces symboles, et il en résulte infailliblement des erreurs. C'est ainsi que les Juifs rendirent un culte au serpent d'airain, et que les catholiques romains adorent les images \

» Réponse. Il n'est pas aisé de t;nmpveadpe comment le» symboles, ^i sont utiles etnécessaices dans la vie civile, peuvent èitre inutiles et pernicieux dans la rehgion ; les raisons alléguées le prouvent très- mal. i^ Il est &ux 4{ue les signes exliérieurs ne signifient rien par eux-mêmes, autrement im nmetiM pourrait s'exprimer par des gestes. Dans tous les pap du monde, se prosieiMier est un signe de respect et de soumisâon; une ablution dNssigne une expiation; une offirande témoigne de la recoomaissance, etc. Le peuple ne peut avoir continuellement à aes^oâtaés un catéchiste pour faii rappeler ^sa oroyanoe; sans «ueun di8Qonia,jla simple vue d une eroix lui donne l'idée du mf^Hère de la J^édemplton. 2^ Pubque les signes lexâmeuirs font une in^ntadon profomde svtr k peuple, il est doac

' Voir Plutarque contie les Epicurien^»

* Tindal, Christiaa. aussi ancieB que le mond^ ^ U»:p* i^K i&ft«

hux qu'ils ne seryent à riefi par eux-mêmes ; Tun de c^s reproches détruit Tautre ; le peuple ne peut y attacher d*importance qu'à prcv portion de celle qu'il attache à la chose signifiée : preuve que ces signes contribuent à raffectionner à la religion, 3^ Le danger des «bus prouve la nécessité d'apprendre soigneusement au peuple le vrai sens et la valeur des signes : de même que les leçons seraient peu efficaces sans les signes, ceux-ci deviendraient muets sans les paroles. Il ne s'ensuit pas qu'ils soient dangereux par eux-mênies. La grossièreté du peuple démontre la nécessité de réunir pour kii touteis les vpies d'instruction. Il peut prendre de travea*s les paroles aussi bien que les signes; s'ensuit-il qu'il ne faut pas lui parler? Quant au reproche d'idolâtrie fait aux Xuifs et aux chrétiens, c'est une vieille calomnie que nous réfuterons ailleurs.

» 3^ Puisque tous les dogmes de la religion primitive ont une connexion essentielle avec la pureté des mœurs, le culte extérieur, toujours relatif au dogme et qui n'en est que l'expression, doit influer à son tour sur l'ordre public et sur le repos de la société.

» Selon la remarque d'un auteur, qui a suivi de près la marche des institutions civiles, la religion est antérieure à l'établissement des sociétés et indépendante de toute convention humaine '. Que l'on remonte à l'origine des nations, l'on verra les premières sociétés se former par les pratiques de religion, par les assemblées et par les fêtes, par des sacrifices et des repas communs, par des alliances auxquelles on supposait toujours la Divinité présente. La supputation des temps et l'ordre civil qui en dépend ont commencé par la consécration de certains jours au culte de Dieu, L'écrivain sacré, parlant de la création des astres, dit que Dieu a destiné leur cours à indiquer les temps >ou les assemblées ^; dans le^ anciennes langues, le même terme Q"*") AD exprime les temps, les assemblées, les fêtes : preuve irrécusable des anciennes mœurs.

» Les plus anciens législateurs, tels qu'Osiris chéries Egyptiens, Zoroastre chez les Perses, Orphée, Minos, Cécrops chi-z les Grecs, Numa chez les Bx>mains, Manco-Capac chez les Péruviem*, se sont servis de la religion pour rasâembler, pour fixer, pour civiliser des honunes encore errants et sauvages; tous ont été guidés par le même instinct, qui est celui de la nature et du bon sens. Sur ces nœuds si anciens, si universels^ si sacrés, est fondé Tordre public chez toutes les nations ; quiconque neut les rompre, s'expose à sa*

^ Origine desLois^ de$ Jrts et des Sciences , part. 1, c. 1, art.1. *GeA.»i, 14'

/Ij6 TRiOLOGIB KATVRBLLE.

per la société par le fondement, à ramener la barbarie parmi les bommes.

» Nous n'en avons plus affaire, s'écrient les philosophes modernes; ce sont là, si l'on veut, les lisières par lesquelles les hommesenfants se sont laissé conduire; mais nous sommes assez vieux pour nous en passer. Si, en devenant vieux, les hommes changent de nature, la morale, les lois, la religion, peuvent devenir super* flues ; s'ils sont toujours hommes, les mêmes lisières seront nécessaires jusqu'à la fin des siècles.

» Il est prouvé, par une expérience générale, que toute peupladi isolée est insociable par sa timidité même ; un sauvage craint naturellement un étranger, il le regarde comme un ennemi. L*état de guerre a donc précédé la civilisation ; c'est pour le faite cesser que la religion était donnée à l'homme, et les philosophes, toujours aveugles, viennent nous dire que c'est elle qui a divisé les hommes. Ils étaient divisés par la stupidité et par la peur avant de se diviser par la religion *.

» Selon Gicéron et d'autres auteurs anciens et modernes, les mystères ont tiré les hommes de la vie errante et sauvage, leur ont enseigné la morale et la vertu, les ont accoutumés à une vie régulière et différente de celle des animaux*. C'est, disent-ils,cequi rendit les mystères si respectables chez toutes les nations. Or, le principal objet des mystères, dans leur origine, était, selon ces mêmes auteurs, d'apprendre aux initiés l'unité de Dieu, l'immortalité de l'àme, les peines et les récompenses de la vie future. L'appareil extérieur dont ils étaient revêtus , les préparations et les épreuves dont ils étaient précédés, servaient à en rendre les leçons plus frappantes et à les graver plus profondément dans la mémoire. Si dans la suite des siècles ils furent altérés et corrompus, leur institution primitive n'était ni moins utile, ni moins louable.

» Que le fait soit vrai ou faux, il n'en résulte pas moins que le culte extérieur a paru nécessaire aux sages de tous les temps.

» La religion domestique des patriarches n* avait pas besoin de mystères; ses leçons dictées par la Divinité même, rendues sensibles par les pratiques d'un culte simple et pur, étaient faîtes pour tous les hommes ; il n'en est aucune qui ne dût contribuer à les rendre meilleurs. Nous allons le montrer en détail.

» 4^ Les assemblées et les fêtes n'étaient pas seulement destinées

' Voyei V Esprit des Usages et des Coutumes des différents peuples, 1. 7,c7, t. 2, p. 107.

* Cic, de Legib., 1. 1; VAntiq. dévoilée par ses usages^ X* 2, 1. 3, c. 1.

à rendre publics et solennels les hommages rendus à la Divinité^ mais à réunir les hommes, à les accoutumer à vivre en commuDy à établir entre eux la fraternité à laquelle une vie errante et isolée, la distinction des possessions, la distance des habitations mettaient obstacle. Dieu, seul roi, seul magistrat, était censé présider à rassemblée ; les assistants apprenaient à se regarder comme membres d'une même famille. Ceux qui avaient appris à observer la mar* che des astres, surtout le cours de^ lune, instruisaient Les autres de Tordre qu'il fallait mettre dans les travaux de Tagriculture. Le peuple des campagnes conserve encore un reste de cet ancien esprit; c'est par les fêtes qu'il distingue les mois, les saisons, les époques relatives à ses occupations et à ses affaires. Un auteur très-instruit observe fort, bien que Içs fêtes liées à l'agriculture, transportées dans les villes, perdirent leur signification, et devin* rent en quelque manière absurdes ; mab elles n'en étaient pas moins sages dans leur origine ^

•Par les dons et les sacrifices offerts en commun, toujours suivis d'un repas auquel tout le monde était admis, l'homme était averti de regarder les biens de ce monde comme des présents et d^s grâces du Créateur, et leur possession comme un dépôt qu'il de* Tait partager avec les indigents. Les prières et les cantiques répé* taien t la même leçon ; ils tendaient k inspirer aux riches la libéralité et la commisération, aux pauvres la soumission et la confiance, à tous la modération et l'usage fiiigal des dons de la nature. Le maître et l'esclave, le père et les enfants, le jeune homme et le vieillard, les voisins et les étrangers participaient à la même victime. C'est là que l'on oubliait les maux de la vie, que la joie naissait dans les cœurs ; l'humanité se développait, les passions consentaient à demeurer captives sous le joug de la religion. La prière, dit un déiste célèbre, en nous rappelant la souveraine bonté de Dieu, nous excite à l'imiter en faisant du bien à nos sem« blables^

» Le jour de repos consacré chaque semaine à ces pratiques salutaires n'était pas seulement institué pour conserver la mémoire de la création, pour louer et bénir l'auteur de toutes choses, mais pour procurer un délassement nécessaire à l'homme affaissé sous le poids du travail, aux domestiques, aux esclaves, même aux animaux. C'était une leçon d'humanité et de douceur. Dieu s'en expli-

* Hist, du Calendrier^ p. 81.

* Tinda), Christian» aussi ancien que le monde, c 5t p» 38«

que dsireiiMiDi âans la loi tfatH doona a« Kébreirc <• Nous ter^ rQns aâUears. que le grané nombre dcsi fdi»8 chpItteniiM est venu eo' partie du néne molîC

•Les purîficalioae el: les. expHtioiis, ea faisani; acnfrenir l^omne qu'il est pétheoxj |et^ comme pariàst les li^ces sainCSi ^nttainé m mal dès sa noàssancsy lui appronient àisep cl^iiicliiigeneâ enre» ses semblables, à remettre a» Seigneur b soia de la veng^mee, à pardcmner ks Cautes de ses fr «s, à eompacir à Isurs^ feiblesses. Mais, ce que Ton aura peine* à cnMre, pendant que cettains phi* losophes disent que les mysfiàoes et les expiations Aet les païens étaient ce^qu'il y a déplus respectable et de plttssalutair^ au monde, d'antres soutiennent que la péniteoee et Ui réconcitiation du pécheur sont une pratique ftinçste dans la religion reTelée.

»S*il y a dans la vie sociale un engagement de la dernière eonsé^ quence^ c est le mariagef la religion y a présidé dès les premiers temps : en formant ce nœud indissoluble â la face des autels, les hommes ont appris à le re^ecler, à regarder leurs serments comme sacrés et irrévocables^ à nnenx remplir leurs obligations mutuelles et leurs dévoies, enjirers les enfants qui naissent de cette union. Les. patriarches et leurs épouses regardaient la fécondité comme un don de Dieu^ eonnne un effet de la bénédiction primitive que Dieu avait donnée à nos premiers parents \ Des pères et mères, persuadés que leurs enfants sont un bienfait de la Providence^ seront41s tentas de les étouffer, de les exposer, de les vendre, d'en négliger l'éducation comme font tant de nations barbares et d'autres qui passent pour civilisées? Les philosophes qui veulent chsûiger ces idées ont-ib prévu les suites delà licence qu'ils voa* draient établir? Il ne tient pas à eux que le mariage ne soit proscrit comme un joug insupportable ; ils souhaiteraient que, sembhble aux brutes, rhomme pût assouvir en liberté une passion qui ne respecte rien; qu'il pût méconnaître impunément les liens du sang et les devoirs de la paternité ; qu'il n'y eût entre les deux sexes d'autres liaisons que celle du goût où du hasard. Cette morale, digne des étables d'^icure, ne tend pas à moins qu'à dépeupler l'univers.

«Des serments, des promesses, des alliances auxquelles on faisait intervenir la Divinité, devaient paraître plus augustes et plus inviolables : si la crainte d un Dieu vengeur n'a pas emq^êché tous

* Deut., V, 14, 15.

* Gen.,i, 28;xxx,«2.

les parjuras, elk en a du aooins diiainuë le nombre^etçV été aulanC

de gBgné au profit de la société*. L'hospitalité oontractée par la

partici^tion au; même sacrifice, de:veaait un: droitsacré; cet usage

I était trèfr-néoessalEe dans les siècles, où rbumanité seule pouvait

! ofirir un asile aux voyageurs.

I »0o se tromperait grossièrement^ si oa pensait ({ue les honneurs I fuaèbres rendus aux morts Tenaient uniquement de la tendresse I que chaque, particulier conservait pour, ses proclies ; ils avaient un I objet plus intéressant.. C'était un témoignage authenticjiie de la I croyaiice de l'immortalité de l'âme, et une précaution contre Tbo- I micide. Un homme accoutumé à respecter les cendres des morts^ [ à n'envisager un cadavre qu'avec une espèce de &ayeur religieuse, n'ira pas de sang-froid plonger le poignard dans le sein de son 1 frère. On était persuadé que la terre, abreuvée dasang de l'homme, ) criait vengeance contre celui qui Tavaitr répandu '. Il est essentiel au repos de la société que la mort d'ua homme,.aussi bien que la naissance^ aoil un. événement. public; Vautenc du^Dictionnaire philosophique, qui se plaint de ce que l'on respecte plusles moct&que les vivants % n'a pas senti les conséquences de ce respect Quand on réfléchit sur les terribles effets de la i^ngeance, sur la multitude des meurtres commis chez les nations barbares,, sur l'inbumanité avec laquelle on se jouait autrefois de la vie des. esclaves, on comprend que la sagesse a présidé à institution des pompes funèbres et à Tusage de regarder les tombeaux comme un asile sacré.

«Nous verrons dans la suite quei ces. pratiques salutaires furent soigneusement conservées smis la loi mosaïque ; que la religion chréiienne les a sagement retenues dans son. culte; qa'elle en a écarté tout ce qui peut les faire dégénérer en abus; mais elle y a donné la forme convenable au degré plus parfait de civilisation aiiquel les peuples étaient parvenus, lorsque Jésus-Christ parut sur Ia.teiTe. La différence, qu'il y a entre les nations chrétiennes et les peuples infidèles vient autant de la sagesse du culte extérieur que de la sainteté de la morale et de la pureté des dogmes.

«L'auteur anglais, qui a cru que le culte extérieur, n'a pas existé avant la naissance du polythéisme et de l'idolâtrie, s'est grossièrement trompé \

» On doit donc envisager le culte extérieur sous trois faces différentes : I® c'est une profession de foi visible et palpable, toujours

' Gen.,iv, 10.

* Art. jénttopophages. ' '

» Mo rgan , Mural philos- , 1. 1 , p. 230 et soir.

48o THÉOLOGIE NATVRELLS.

relatiTe au dogme qui sert à en perpétuer la croyancei à en prévenir Taltération ; 2^ c est une leçon de morale qui rappelle continuellement à rhomme le souvenir de ses devdiir$^ 3^ cest un lien de société qui établit une connexion intime entre la religion et la tranquillité publique. Ainsi Font considéré tous les sages : sous aucun de ces trois aspects il ne peut paraître indifférent. Si les censeurs de la religion étaient mieux instruits, ils seraient plus réservés dans leur critique, ils s'épargneraient le ridicule de blâmer des usages dont ils ne voient ni le sens ni les effets.

» L'influence de la religion sur l'état des sociétés est sans doute moins sensible aujourd'hui que dans les temps anciens, mais elle n'est pas moins réelle. Si on veut jeter les yeux sur les peuplades isolées qui sont disperisées aux extrémités de grands royaumes, dans des pays de montagnes et de forêts, dans des campagnes an* des et stériles, on verra qu'une portion très-nombreuse de notre espèce ne peut avoir d'autre lien de société qu'une religion commune, et des pratiques qui obligent les différentes familles à se rassembler de temps en temps. Les affranchir de ces devoirs, ce serait les réduire bientôt au même état que les bêtes fauves qui vivent par troupes dans les forêts.

«Dans les climats rigoureux du nord, dans les pays de montagnes où la terre est couverte de neige pendant six mois de l'année, les peuples ne sortent de chez eux que les jours de fête ou lorsqu'ils y sont obligés par des devoirs de religion. C'est la nécessité d'y satisfaire et le désir de s'en acquitter plus commodément qui, de plusieurs hameaux dispersés, forment enfin un village. Sans ce motif, point de communication au dehors, si ce n'est une ou deux fois l'année pour se procurer la nécessité de la vie. Chaque famille, loin de chercher le voisinage des autres, s'en éloigne au contraire pour être moins gênée dans ses possessions et plus indépendante. Ceux qui ont été ainsi élevés et accoutumés à vivre presque seuls, redoutent la société; ils ne peuvent se souffrir pendant vingt-quatre heures dans un village. Si la religion ne les force à sortir souvent de leur demeure, plus d'instruction, plus de connaissance de ce qui se fait ailleurs, plus de décence publique à observer. Dans chacune de ces chaumières isolées, on peut naître, vivre, mourir sans être connu, sans que le véritable état d'aucun individu soit constaté.

«Que l'on compare la rusticité, l'ignorance, la stupidité de ceux qui mènent cette sorte de vie avec les mœurs de ceux qui vivent en société, à qui la religion sert de sauvegarde et de règle, on verra

si les prati^utiiS'i^u cile ordmiiie'p^am8itt.écre snppriiifiées flans que l'ordre public :eBâouff0e.ToulBaJes]iatàQiiS9 si lon^eacApte Je&peu- :ples vagabooidstotjaauvaf^'Qiit yecansu la jiacassùié* des temples et des assembleeside .religion ^

>»£n géa«i}al,(pdTiniles hahitants-cle Iftoampagney dans la plupart des vili£^ga3,.loin des ^tribunaux, ëes sorveiUaflfits, des officiers du prince,' que* deviendront lefr moBiics^les'priQoipes de société et d'humanité, s'il ne ^s'.yitrouve au. moinsun. ministre de la ^religion)) plus instruit qile ceu&iqu' il doit GQnâuire,(oMiigé par état d'en feiredes hommes en les faiaant'ebKétiens^qtii exerce ^parEuieuaC' une espèce de m«igistraUir^>piBleraelle«t c^hanlableyjqui se. consacre par vertu au s6Evice.de ces^peuples abandonnés? !Mais' tel est le zèle des incrédules ^pour le bien de Xbuoiafiîté ; pourvu qu ils vivent dans le sein des villes, au nodliéu des plaisirs, de la liberté, de l'indépeudance, est-ce à eux de Vinforinerisioux extrémités du royaume il j a des brutes et t des automates ? «Devenus de pures intelligences depuis qu'ils sont déistestou dih^s, ils n'ont plus 'besoin de rites extérieurs pour être héraïquein^t vertueux : les grands, par mollesse et pour se distinguer,. kûssent au, peuple lerfardeau de la religion publique à porter. Des hommes rassemblés par la fureur du plaisir, par Tintérêt, par Vambiûon,.par un luxe fiastueux, peuvent se passer d'assemblées religieuses. On «sût .combien les mœurs y gagnent, combien de prodiges de vertu ston voit éclore dans des sociétés si parfaites.

» 5^ Nous convenons que les .passions humaines, quiabusent de tout, ont souvent dénaturé le culte religieux ^ qu'au litu des pi^tiques simples, instructives, aâllutaires de la reUgion primitive, Ijes peuples tombés dans Tidolâtrie ont établi des rites absurdes, honteux, cruels et barbares.. Mais Tabuis de la religion ne vient point d'elle^ pour quelle fût incorruptible, il Êtudrait que Thomme fût impeccable. Les nations,abrutiesont,abusé de. même de la législation en établissant des lois; pernicieuses^ ^ Ja morale naturelle en autorisant des crimes, du gouvernement en laissant éciore le despotisme, de la raison enadoptant des ^reurs. Ce ne sont ni les lois, ni la raison^ ni la religion > qui ont péché; c'est l'homme qui, révolté contre elles, a tounné.à sa perte ce qui devait faire «on bonheur.

» De cet .abusimeme il i résulte que :Dieu, par sage^e et par bopté, a dû enseigner lui-jpnéme desla création les dogmes nqces-

* £sprii des LoiSf 1. 25, c. 3.

48a TBBOLOGIB KATUEBLLB.

«aires et le culte qu'il daignait accepter. Il etit été trop dangereux délivrer au caprice, et à l'imagination des particuliers une institution si importante. Aussi Dieu a instruit nos premiers pères; il leur a révélé la vraie religion naturelle/il a ordonné les assemblées, les offrandes, les sacrifices, les prières, les cérémonies propres à perpétuer le souvenir de la création, la foi à la Providence, Vidée de la vie future, les devoirs essentiels de la morale. Aucun de ces titres primitifs n a été arbitraire ni superflu, encore moins superstitieux; tout était sage, raisonnable, digne de Dieu et de rhomme. C'était un dépôt sacré qui devait se transmettre des pères aux enfants par une tradition constante : ainsi Font envisagé les patriarches. Ces vieillards vénérables, qui comptaient plusieurs siècles de vie, qui touchaient de près à l'origine des choses, étaient les docteurs et les prêtres-nés de leur famille. Dès que l'on s'est écarté de leurs leçons, dès que l'homme a voulu être l'artisan de sa religion , il s'est égaré-, il n'a transmis à ses descendants que des erreurs et des .fables. De là la distinction remarquable entre les enfants de Dieu et les enfants des hommes ', entre les fidèles sectateurs de la religion révélée et les aveugles partisans des superstitions humaines.

«Plus l'on remonte dans les fastes de l'histoire, plus Ton approche de l'origine des nations, plus leur religion paraît pure et j'aisonnable ; c'était l'héritage de Noé et de ses enfonts avant la dispersion. Si c'eût été l'ouvrage du raisonnement humain, le (Contraire aurait dû arriver ; il est impossible que l'homme au berceau raisonne plus sensément que dans l'âge viril. Les nations civilisées auraient donc établi un culte plus sage que les peuples encore grossiers : dans les climats éclairés par la philosophie on ^e trouverait pas les mêmes abus que dans les lieux couverts des .ténèbres de l'ignorance; la religion aurait naturellement suivi le progrès des connaissances humaines. Point du tout. Les peuples Jes plus intelligents, lorsqu'il s'agissait d'arts, de littérature, de législation, de politique, semblent stupides en fait de ^^royance et de culte. La philosophie, loin de remédier aux abus, les approuva, conseilla aux peuples de conserver le culte suivi par leurs pères, regarda comme une folie toute réforme en ce genre. Enfin, par ses disputes, elle anéantit toute religion.

«I^^ous avons observé ailleurs que les religions humaines portent Tempreinte du caractère et des passions nationales, et sont toufee^

i Gen-, c. 6, Y. 2.

THBOLOGIB KATURBUJI. 483-

infectées d'un vice de terroir. Celle des Chinois montre un peuple enfant, conduit à la lisière, qui craint de s'écarter des traces de ses pères. Celle des Indiens est louvrage de philosophes imposteurs qui méprisaient leurs élèves et dédaignaient la dernière classe des hommes. Les opinions et les rites des Egyptiens furent asservis au climat; ,les Grecs, fourbes, inconstants, voluptueux, sepeigni* rent dans leurs propres dieux : les Romains, servilement imitateurs, copièrent les fables des Grecs aussi bien que leurs arts et leurs lois. Zoroastre a parlé en rêveur ambitieux de dominer sur des esclaves; Mahomet en ignorant voluptueux, dévastateur; orgueilleux et cruel.

» La religion des patriarches est exempte de ces défauts: donc elle ne vient point des hommes. Sa conservation dans une suite de familles, au milieu de la corruption générale, est un prodige de la Providence; les deux révélations suivantes par lesquelles elle a été confirmée et perpétuée, y ajoutent un nouveau caractère de divinité '. »

Je ne puis mieux terminer ce chapitre important que par un passage de Fénelon sur le culte de Dieu.

« Il n*y a point d'autre culte que l'amour, dit saint Augustin^, nec colitur nisi amando. C'est le règne de Dieu au dedans de nous, c'est l'adoration en esprit et en vérité, c'est l'unique fin pour laquelle Dieu nous a faits. Il ne nous a donné l'amour qu'afin que nous Taimions. Il faut rétablir l'ordre, en renversant le désordre qui a prévalu...

» Cet amour, dira-t-on, est un culte intérieur; mais le culte ex<férieur où letrouvera-t-on? Pourquoi supposer que Dieu le demande? Mais ne voit-on pas que le culte extérieur suit nécessairement le culte intérieur de Tamour? Donnez-moi une société d*hommes qui se regardent comme n'étant tous ensemble sur la terre qu'une seule famille dont le Père est au ciel ; donnez-moi des hommes qui ne vivent que du seul amour de ce Père céleste, qui n'aiment ni le prochain ni eux-mêmes que pour l'amour de lui, et qui ne soient qu'un cœur et qu'une âme : dans cette divine société n*est-il pas vrai que la bouche parlera sans cesse de l'abondance du cœur? Us admireront le Très-Haut, ils aimeront le Très- Bon ; ils chanteront ses louanges, ils le béniront pour tous ses bienfaits. Ils ne se borneront pas à l'aimer^ ils l'annonceront à tous les peuples de l'univers ; ils voudront redresser leurs frères

• Bergier, Traité de la Religion^ t. 3.

* Ep. CXL> ad Honorai.^ c. 18, n" 4à«

dès qails les verront tenlés^par l'orgueil ou |>ariles ]Kisskins gros- 3ière$| d'abandonner le BiewAimé, lïs gémiront de voir le^moindre refroidissement de lamour. Jis passerorit au-delà desmers^ jusqu'au bout de la t^rre, poUt faire connaître ebainrertle Pàreeommun aux peuples égarés qui ont oublié so grandeur. Qu'appelezvous un culte extérieur, si celui-là nen est 'pas «un? Dieii'semit alors toutes choses en tous^ : lisserait le père, le>Toiy Kanii«iroiversel; il serait la loi vivante des cœurs. On ne parlerait que 'de lui et pour lui ; il serait comsulté, cru, obéi. Héks! si un ^roi mortel ou un vil père de fatnille s'attire par sa sagesse restime et ta eonfiance de tous ses enfants, on ne voit à toute beore que kss honneurs qui lui sont rendus; il.ne.faut point demander où est son culte, ou si on lui en doit un. Tout ce qu*on fait pour Thonorer, pour lui obéir et pour reconnaître ses grâces, est un ciil te continuel qui saute aux yeux. Que serait-ce donc si les hommes étaient possédés de Tamour de Dieu? leur société serait un culte -continuel, comme celui qu'on nous dépeint des bienheureux dans le ciel.

» Il faudrait, dira-t-on, prouver qu'outre lamour et les vertus qui en sont inséparables, Thomme doit à Dieu des cérémonies réglées et publiques ; mais ces cérémonies ne sont point l'esseutiel de la religion, qui consiste . dans l'jamour et dans les vertus. Ces cérémonies sont instituées, non comme étant l'effet essentiel delà religion, mais seulement, pour être les signes qui servent à la montrer, à la nourrir en soi-même, et à. la communiquer aux autres. Ces cérémonies sont à l'égard de Dieu ce que les marques de respect sont pour un père, que ses enfants saluent, .embrassent et servent avec empressement; ou pourxun roi qu'on'harangue,' qu'on met sur un trône, qu'on environne d'une certaine pompe pour frapper l'imagination des peuples, et «levant qui on se prosterne, N'est-il pas évident que les hommes attachés aux sens, et dont la raison est faible, ont encore plus besoin d'un «spectacle pour imprimer en eux le respect tl'une majesté invisible et conirait*e àtoutes leurs passions, que pour leur faire respecter une majesté visible qui éblouit leurs faibles yeux, et qui flatte leurs passions. grossières? On <sent la nécessité du spectacle d'une cour pour un roi, et on ne veut pas reconnaître la nécessité infiniment plus grande duae pompe pour le culte divin. C'est ne connaître pas Je besoin des honimes, et s'arrêter à l'accessoire ^près avoir admis le prineipal*

}> Aussi v^oyonsRous que tous les peuples qui ont adoré quelque

* I Cor., XV, 2a*

divinitûf ont fix8^ leur cuUé>à quelque* d^ntenfitfadon'extérieure) qu't«m iMMRm^ otes^oépéfiiome». Dès^ue IHotéri^or y est, il* (tiut qae rexténeur'reiBpriinii'et'le communique dfrns toute la soctëté. Le g0iim<lluiiiain jusqu à Mobe faisait* de» offrandes et des sacrifices. Uaîse «m a institué idanarEglise judaïque. La chrétienne en a reçu dis Jésus-Christ Qu'on tue des^animaux, qu'on hrftiede l'encens, ou quon office les fruita de- la terre^ qu'in^porte^ pourvu que les hommjes ai^ot^des signes pas lesqu^ls iU niai*quent leur amour pour Di«uP ïou» las biaiMi de là nature sontt se» dons. On lui rend ce qu'on a reçu, pour confesser qu on le tient de lui. Pat ces signes on. si^ 'Carpelle la majesté de Dieuetsesbienfait»; on » excite mutueUemeatà le prier, à le louer, à espérer en lui; on cherche une certaioe^umformité de st^pes^.qui représente lu ni on des cœurs, ot qui<empéchd)le'd8sonlredaffis:le culte <sommun. Quand Dieuna point réglé ces Gécémdtiie» par des» lois écrites, les hommes ont suivi Ift tradition dès l'originedu genre* humain. Quand Dieu a i^lé oes'v cérémonies par de» lois écnrîtes^ lés homme;)' ont dû les obseipver inviolaUement. Les protestants* même, qui ont tant cri« tiqué nos cérémont^ n'on^pu sempéoUer d*en retenir beaucoup : tant ileai; vrai quelles homme» en ont besoin! Il faut des cérémoaieS)^on>quLamufieiit, et où Foii prenne le change, maisquiaident à noua reeutf»illin e^^à^nipp^er le souvenir des grâces d^ IXeu; voilà le vrai: culte de Diau; Quiconque le concevrait autrement, le con. naîtrait 1 fort; mal ^»

GHPABITRE IL

DtSU LÉGISE/kTBUa. — OBDa« MOftAL.

II est peu de mots dont on ait. tant abusé que des mots naturCi et naturely pour embrouiller les questions les plus simples qui onti rapport à la société, à la religion et à la morale. Ainsi, on a parlé de y état de nature^ par opposition à l'état social, comme s'il n'était pas souverainement natunel à l'homme de vivre en société, au lieu

• ¥éVitihxsL„L€ttre T sur In^H^UffM^ Ah. .U.— On pejat-^oir encore sur ce sujet le Dict. de Théol,, par Ber^i^ier, art. Cérémonies, Lois cérèmoniales, Culte^ Liturgie^ Superstition^ Théurgie-; VOtiginr^ des Lois, des Arts 1 1 des Sciences^ pift. l; le '/dberti nage combnfttUifMfrlé/étmoignagt des ^nitmirs profanes^ U 2^

Hédemption du. genre humain,. pskv H.-J, ScUmitb,. tr^dait en fraoçais pAT- M. Uenrion; Soirées de Saint^Pétersbourgy par le comte de MTiistrc.

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de végéter au milieu des forêts dans Fétat brut arec les loups, les ours et les panthères. On a parlé de religion naturelle, par opposition à tout culte extérieur et public, et à toute forme d'adoration fondée sur une révélation divine, comme s*il n était pas dans la nature et dans les habitudes universelles du genre humain de manifester extérieurement et publiquement son respect pour la Divinité; comme si Dieu ne pouvait, sans violer la nature de Thomme, satisfaire au besoin que celui-ci éprouve d*étre éclairé et dirigé par la sagesse d*en haut. On a parlé de loi naturelle, par opposition à toute règle positive, comme si Thumanité, considérée dans toutes ses conditions d'existence, pouvait se passer de ces règles qui interprètent le droit éternel, qui l'appliquent aux différentes phases de la vie sociale, et qui suppléent quelquefois à son silence. On a parlé di éducation naturelle, par opposition à tous les moyens que lexpérience des siècles a consacrés pour 'former Vhomme et le rendre capable d'accomplir sa destinée intellectuelle, religieuse et morale, comme si le plus grand perfectionnement de notre espèce consistait à être élevée, à vivre et à mourir comme les singes.

De cette confusion de langage, de cet antagonisme établi par les sophistes entre la nature et toutes les institutions religieuses, morales et sociales, ij est résulté que les niais, habilement exploités par les fourbes, se sont épris d'un amour passionné pour tout ce qui peut ramener le genre humain à son état primitif, et d'une haine aveugle contre tout ce qui contient la liberté dans de justes limites. Qui le croirait? des sociétés se sont organisées, dont le but, d'abord secret, mais bientôt ensuite dévoilé, était de réaliser les superbes théories de Hobbes et de Jean-Jacques, et de faire rentrer rhumanité dans les forêts, pour la plus grande gloire de la raison! Enrégimentés dans les loges maçonniques, où on les initiait par des pratiques ténébreuses, des milliers d'hommes marchaient, souvent sans le savoir, au nivellement de toutes les conditions, à l'anéantissement du pouvoir, des lois, de la propriété et de la religion. Bientôt l'illuminisme, fondé par Veisthaupt, s'installa comme un chancre dévorant au milieu de l'Europe, et poussa partout des racines formidables. Cette nouvelle société, plus radicale encore, et plus logique que les premières, absorba une grande partie des MAÇONS, et mina, de concert avec eux, Tordre social. Sous le nom de niveleurs, de terroristes, de théophilanthropes, de carbonari, de Saint-Simoniens, etc.^ ses adeptes travaillèrent au grand œuvre de la destruction universelle, et ils y travailleront probablement encore longtemps, jusqu'à ce que le monde, fiitigué des systèmes

THiOLOGIS 1IÀTURBL|:.B. éfij

et des conspirations, refoule dans les antres du crime les artisans

de ses désastres, et rectifie son langage en rectifiant ses idées.

C'est pour éviter toute équivoque et toute discussion subtile,

quau lieu d employer les mots loi naturelle^ nous adoptons de

préférence ceux X ordre moral. Ce n*est pas que nous rejetions la

première dénomination comme mauvaise en elle-même; mais nous

la rejetons à cause de l'abus quon en a fait, soit en opposant

cette loi à toute législation positive, soit en soutenant qu'elle n'a

d'autre fondement ni d'autre moyen de manifestation que la raison

naturelle de chaque individu, à l'exclusion de toute révélation

divine.

§ I. — - Notion de l'ordre moral.

En recevant la vie, l'homme a reçu l'intelligence, l'activité et la volonté libre; c'est par là qu'il domine tout ce qui l'environne, la matière brute ou organisée ne nous offrant qu'une série de moyens et àleJfetSj tandis que l'homme^ avec son principe d'action, sa personnalité, son libre choix, est véritablement la cause seconde^ comme Dieu est la cause première. De là naît la notion de moralité ou Sordre moraly la notion de droit, de loi obligatoire, de Juste et d'injuste. Cette notion suppose dans un agent la conscience, le choix libre, et par conséquent la responsabilité de son action. Elle suppose aussi que cet agent, maître de ses déterminations, doit se conformer, obéir à un ordre supérieur, à une législation spéciale ^ qui régit les êtres de son espèce, tandis que le reste du monde ' subit l'action irrésistible d'une volonté nécessitante. Cette législa- I tion spéciale, quelle qu'elle soit, devra être, avant tout, enharmonie i avec les facultés, les besoins et la destinée de Thomme; c'est là le ! vrai sens dans lequel on pourra l'appeler loi naturelle. Il y aura donc, eu égard aux facultés, aux besoins et à la destinée de l'homme^ certaines choses commandées et certaines choses défendues, c'està-dire qu'il y aura bien et mal moral, comme dans le monde ma- tériel il y a bien et mal physique.

Ainsi nous pouvons définir l'ordre moral : la volonté suprême de Dieu, qui établit et sanctionne le droit, l obligation, la loi, pour conduire à leur fin les êtres capables d^agir librement, et, comme tels, responsables de leurs actes '.

' « Lex, quatenns ad homîois vitam pertinet, definitar primo généralissime régula agendorum etfugiendorum, quo sensu rerum relationes a mente perceptae dîci possunt leges, et saplentia divina lex est respectu Dei. Secundo definitur magis proprie a S. Thoma : Régula et mensura secundum quant inducitur aliquis ad agendum, vei ab agendo retrahi tur^ id est, obligatur ad agendum Yel non agendam. Sic etiam Grotlus : Lex est régula aciionum moralium

4B8j Tuàbumor'^ irifft»BDiÂ'

S II. — Existence de-l'ordrc moral.

L'existence d^tiii telordi^c^tdëinioiitrée*'!^ partie' senthnent ou l'instinct moral qui ncnis-fiât saisir intërietinement la^difFérence en*-

ohUgans ad id quod rectum est. In hit éeiaiii nmbiM^ehidHnr. BPti»ioliMn«> tionis- Tertio denique lez strictias sampta deflaitar ab eodem sancto Tboma : Ràtionis ordinatio ad bonum commune ab eo qui curam communitatts habet promuigata. Cal accedlt Paffend»rfli iiaeo : Lêo^esi éêemum\ qnvsmpcfiorsibi suàjecium obUgaty ut adistius prasscripium 4ictionêêt4uaixomf»nai» V«l taBdem deflniri potcst : Foluntas jure imperantis^ subdUis declarata, actiones alias jubiBTtSf aiias vetans; pramiis propositis etpœnis.:.

» Juxta maxime propriam 8i^ificationem,lex nataralisest lex rationis^qax defloitur a Cicérone : Divina ratietn-kominis mente canfirmata et confecta,,.

Per jus ijfitur naturale, intelligimus certa ylvendi prsecepta, quae sin^^ulis hominîlma.datijiBa natura boaini» rationalia;jqu«, ut ait orator, nendidlcimus, accepimns aut legimaa; sed ex nature ipaa airipaimns, expres8imBa,baaaimus; ad quae non docti, sed facti, non institut!, sed imbuti sumus* Quae praecepta, com sint ràtionis diciata, rectesobolâstlà lëgism: natUrœiif ratiûme posueruntj Giceronem sccoti, qui legeniiaturaiam.fi€ définit^ Sst^enim ratiormeasque sapientîs^ ad jubendum et deterrendum idonea. Quib«s consonat Grotlas, jnxta quem jus naturale est dlctatum rectœ ratidnis, indicans aetui alicui, ex ejus convenientia cum ipsa natura ratiùmtii^Jnêue moml&m iurpHuâinwm vei necessitatem maralem^ ac consequetUer ab auciore noÊurm Dca talemaetum aut vetari aut prœdpi. » ( Hoocke, Religionis naturaiis et revelatœ principia^ Ethices elementa, s. 2 <>.)

« L'on entend par loi naturelle une loiiqaeiOkstt imposa à touB> les' hommes, et qu'ils peuvent découvrir et connaître, par les. seules lumières de leur raison, en considérant avec attention leur nature et leur état. Le droit naturel est le système, l'assemblage» ou Un cof ps de oea mêmes lois. » (fiurUmwfuî, Principes du droit de la nature et des gens, part. 1, oh» 2.)

« Dieu étant Hauteur de la nature des choses et.de notre constitution, si, par une suite de cette nature et de cette constitution, nous sommes raisonnablement déterminés i Juger d*ana certaine* maniève-eC» à agir es conformité, l'intention du Créateur est assez mSnifastée, et noua» ne pauvmu ^us ignorât quelle est sa volonté. » (Jbid., cb. 2.)

«Il y a une raison primitive, ttUs loîir sent- les^ rajipmrts qui* se trouvent entre rtle et les différents élres^^ett lesivaf porta daoMi divenB» êtres entre eox. Dieu a du rapport avec. Tunivers,, comme créateur et comme conservateun.Lei lois selon lesquelles il a créé, sont celles selon lesquelles il conserve. Il agit selon ces règles^ puisqu'il' les- oonnatt ;* il' les eimnatl, parce qu'il lé» a- fWtes ; il les a faites, parce qu'elles ont du rapport atieesa sag^eiet sa^puissance. Montesquieu, Esprit des loi A^ 1. 1, ch. 1.)

« La loi naturelle s'appelle ainsi par deux raisons : d'abord, parce qu'eUe est une émanation, une conséquence, on pounurit quêttie'dlrej «ne partie de l»Ba»' turade l'être raisoBuable et libre ^ensuite parc&4|i'rell&est, notifiée et promulguée à l'homme par les seules lumières natîirellés, et qu'une publication extérieure ne lui est pas absolument nécessaire. .»( De La Luzerne, Dissert, sur la

loi naturelleyU'* 11.)

Par ces diverses définitions, auxquelles \p pourrais en ajouter beaucoup d'autres, j'ai seulement voulu montrer, que les auteurs s'accordent k faire dériver l'obligation, ou la loi morale, de la volonté da Dieu. 11 n'y a que les anciens sceptiques et les Stoïciens, les athées et les matérialisica m0dernes,qui lui assignent mne origine différente.

tpe» Je bî«n' e» l^e^ratili le vice et \k' vertti^ ewiinne la* s^nsfrtion nous fait discerner les propriétés'mfltémH^s'clês corps: Ce sentinient est^ tellement constant* dims* sa gwératîté; telltmenf înriiiribW et> universel j qu'on a raison» de le reg«i(dep comme k vmx de la natXire. C'est ce témoignage ddflar C0nstoienc»'c[ai^ Ibrsqtrtl est'xJeYribppépwr lai.aiseignementioonventible^éGkîre Vhomme intériènirement, le dirige, lui:fait apprëbier^irt mordiié dè'sesracii«>ns ef de ceHîes^: d autrui, dont il est le témoin. Dt0uiiDii9a'dbniié'cet instinct phis vif, plus rapide, plus énergique que tous les raisonncmtentS', afin que par lui nous'puissionsnous soutenir contre rimpul^ion^soudaine des passions, et remplir avec Fattrait puissant du cœur des devoirs contre lesquels luttent souvent le» subtilités de Fesprit. Sentiment moral, instinct moral, ccmscience, attrait- ou dégoût t intérieur pour ce qu'on juge bon ou mauvais, vertueux ou criminel, t honnête ou hontenx,etG^ toutes, ces expressions représentent la ' même chose ; savoir : 1er témoignage de là' loi étevnttllej gravée dansh K le cœur de rbomise.

^ 2^ Laraison se réunie ausentinwnt pour établir la; réalité de Yàrdre moraL La'rai8oninic»u& fait: voie dans ce génie' de* oonceptiona des propositions aussi évidentes que les axiomes de mathématique?^ en sorte quon ne peuU nùkisrproiiverr nrlescontesiep. Ëa raison nou& fait comprendne: quB< desaotes dimnétralMient^ opposés^ ne peuvent lui être- également^ conformes. Il est. impomÛe que la bonne foi> et lar fourberie^.Féifiiité et rinjustir^, la^bienftitsanGe etla cruauté,. soient des ohosea égalemenr faisonnables^et louables; La f raison nou& rappelle qulàmaxs le^doni d'une JioteUigienoe nous-avons I aussi reçu celui d*ttnevQlonté,etquecomme rime:s'égaireiet»se perd en. courant ai lîerareuiv Tauti» aibesoin aussb d^étre oontemie, d^ètredirigée par une loi pouv ne pas s^écanten de. sa fim La^ raison nous fait connaître le» rieJationfr qu^sMins avons av»o Diauj »rec les autre» hommes^. prts: séparément ou réunis en sociétés Ettffv^it^ découler^ de ces j^appoits. indispensables^, des obligations d'agicoui de ne paff agir de. telle ou telle manière: Enfin^ pour peir qa^on< néfléchisse sur le& ocoaséquenees des actions; humaines^ on voit à l'instant combien senûtdéaoAtneuxle système' qui mer au. même niveau le juste^ et rkija9te,,et revendique - pour Thomme \e d^Ude fëire tout ce-

que sesr focces lui nendent possible Il esf otàirque ce serait le-

triomptiB'derilluminismeet le tKunbeau de la société humaine. II-. y a donc une diUEérence^ non pas seulement matérielle et palpable entre lesaetes que nous appelons bons et mauvais^ mab rationnelle^^ et morale entre les piineipeaqçM. inspirent et. dominaiit ees- actes-

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