THB0L06IB NATURSLLB
Du reste, dans les choses morales, le sentiment, ou impulsion de la volonté, seconde le jugement de la raison.
« Qu eprouYons-nous en nous-mêmes lorsque le bien s'offre à nos yeux dans telle ou telle action à faire ? Nous le voyons et l'affirmons, nous jugeons qu'il est là, nous le croyons réel et vrai, nous en avons une idée, mais n'en avons-nous qu'une idée ? Après avoir pensé le bien, n'avons-nous rien qui nous détermine à le vouloir et à le faire ? Observons attentivement ce qui se passe en nous dans cette circonstance.
« Il y a sans doute des situations où, soit notre faute, soit celle des choses, nous percevons le bien si vaguement, que nous ne savons trop ce qu'il est, ni même peut* être s'il est, et que la foi nous manquant, nous n'avons aucun motif de vouloir et d'agir; mais il n'y a rien là de particulier à la notion dont je m'occupe, et il n'en est pas une d'un autre genre qui, aussi obscure et aussi indéterminée, ne nous laissàtpareillement dans le doute etl'indécision. Pour prendre un parti et se mettre à l'œuvre, il faut conseil et connaissance. Tant qu'on ignore ou qu'on ne sait pas bien le but qu'on doit atteindre, il est tout simple qu'on ne trouve en soi nulle raison de le poursitivre.
» Mais il cesse d'en être ainsi aussitôt que le bien se montre à nous avec évidence et certitude. Qu'il soit juste et honnête de rendre au légitime possesseur le dépôt confié; qu'il soit charitable et humain d'aider ou de sauver son semblable, en détresse ou en péril; qu'il soit pieux 'et saint d'honorer Dieu de toute son âme, de s'élever à lui de pensée, d'affection et d'action, comme au principe même de l'ordre : voilà qui est clair et constant. Le bien est là, sans aucun doute; il y est manifeste, explicite, positif et certain. Gomment alors le regardons-nous ? Est-ce comme une de ces vérités indifférentes et inutiles qui n'importent pas et n'engagent à rien ? Nous bornons-nous à le connaître et à prononcer qu'il estj et n'ajoutons-nous pas en même temps que, puisqu'il est, il faut le faire? Ne joignons-nous pas à notre affirmation un commandement qui la consacre, ne donnons-nous pas à notre jugement un caractère impératif? Dès qu'une action nous paraît bonne, ne sentonsnous pas le besoin, ou pour mieux dire le devoir de l'accomplir librement? Et que nous l'accomplissions ou non, ne sommes-nous pas convaincus qu'il ne nous suffit pas de la concevoir, mais que
nous avons aussi à l'exécuter ? Partout où se montre le bien, il
se montre inviolable, et l'idée que nous en avons est une idée-règle, une loi qui emporte oi/r^a^oii..Qu'est-ce doncque lobligation ?
THÉOLOGIE NÂTURSLtB. 49 <
L'engagement à Faction que font inyarîablement niûtre en nous les décrets de la raison appli<]uée au bien moral ^ »
Duguald-Stewart montre que la /acuité morale est un principe primitif de notre nature, qui ne peut^e résoudre dans aucun autre, pas même dans l'amour de notre propre bonheur. Il conclut en disant : « Ces grands principes de moralité, qui se retrouvent avec la même évidence dans la conscience de tous les hommes, ne peuvent donc résulter uniquement d'un calcul d'intérêt personnel. Cette vérité est confirmée par Tépoque de la vie où nos jugements moraux font leur première apparition. Ils se manifestent dans l'enfance de la raison, et longtemps avant qu elle soit capable de former la notion générale de bonheut ^»
Le même philosophe continue en ces ternies à soutenir la réalité du sentiment moral et sa connexité avec la réalité externe :
« Pour échapper à la force de quelques-uns des arguments précédents, on a supposé que les règles morales avaient été primitivement découvertes parla sagacité des philosophes et des politiques, et que, popularisées et transmises par l'éducation, elles avaient fini par prendre l'apparence d'un élément constitutif de la nature humaine. On a regardé comme une confirmation puissante de cette doctrine la diversité des opinions des différents peuples sur la moralité de certaines actions particulières.
» Mais le pouvoir de l'éducation, quelque grand qu'il soit, a ses limites assignables. Il ne peut produire d'effet qu'en^ agissant dans le sens des principes constitutifs de notre nature. Même cette susceptibilité d'éducation, qui est le caractère universel de notre espèce, implique l'existence de certains principes naturels communs à tous les individus qui la composent.
» Le pouvoir qu'a l'éducation de diversifier pour ainsi dire la physionomie de la nature humaine, repose sur cette loi de notre constitution que nous avons appelée association clés idées. Et cette loi suppose elle-même, dans tous les cas, qu'il existe des opinions et des sentiments essentiels à l'humanité, avec lesquels les circonstances extérieures se combinent, et au moyen desquelles elles 'emparent de l'âme et l'accommodent à sa situation accidentelle.
* DamiroD, Cours de philosophie morale^ ch. 6. — La définition de Vobliga» tion^ par où se termine le morceau que je viens de citer, ne parait pas faire remonter le principe de la moralité plus haut que les décrets de la raison. Cette manière de yoir, semblable à celle des Stoïciens, est assez commune aux partisans du spiritualisme rationnel, oo éclectisme français, et à ceux de Técole écossaise.
* Esquisses de philos, m orale ^ n** 171 . 172.
» L*éducati<iii*p0«r «fam eerCaiti» eas étiibiii* de» diVenitlSr An» Topinion des individus^ sur lé beatr et l^'^uftHme^ mats Féducation ne peut cfétP no»wMim9 dte>beaiit黀{t de hiidbar, de grandeur et de bassesse^ De mèmc^ no» seiifiinenta sur nrfteeu'tette action peuTent tenir db rédiioation- <^e'noiis avon» reçue; maîs^nou» ne pouTVons lui' deTcrit Widée» mêmes de jttGPte et dinju9te, de mérite etdediHnérit»: ^
» Les fait» hiatortifiie» aUégnés' peur démontrer que no» juge«> ments moraux sonttoiMà fait factices, ne résistent pas à FexameD; TantôttloB'sens* qu'on leur prête provient des faussek ooulenrs- sens lesqndles ont les a représentés; tantèt ils. conduisent à deseonehi^ sioDS tout à fait opposées à celles qu'on en tire^ lorsque-ron a^tenn compte et des différentes circonstances' où lés* hommes se sent trouvés dans' les périodes suocessi^vesdu développement social, et de la diversité de leursi opinions» «pécuincîves, et des* dt^érenrls sens que. présente moralementla même action dans les usages* et les mœurs des dififérent» peuples^
» Toutes ces doctrines,qiielqne ernonée» qu'elles soient^ ont él^ soutenues par des>écrivains^ amis sinoères de la<morate^ Mns<pM# qaes moralistes licencieux sont allés beannouppliis* loin; et onrev^ sa^ de montrer que les- mevîfsi de tous* le^ hommes sont atr fond* les mêmes, et que la vettu n est amne chose* que rhypocrisie.*
» L'impression déiagréafcle que* laissent dan» Tàme de tels'pclrtraîts de lanature humaine les* déorédite'seffisamment. S!il n'y avait règlement aucune distinction>essentteUè^ entl^ la vertu et te vice, d'où viendrait que" nous estimons cermihes ^qnatkés meilleures et plus- méritoires- que d'autres? Pburqnoi penseritms^non» que l'orgueil, la vanité, Tégoïsme, sont dës-motifs^d^eonduttè moins respectables que le* patriotisme, Itt- philanthropie, le ferme attachement'à ce que nons eroyonstêtrele dlEnfoir^^ Pourquoi notre espèce ni0Uf'pB¥aîtrait^ellè moins' aimable dlns certiains' sjf^ràmes'de philosophie que dans d^autlres?
» Une errenri générale* parmi* Vett moralist^^s' liëenrienx a été de confondre la^queslton^de l'état actuel^dè't-èspèee humaine avec celle de la réslîté'd es distinctions moraies, et d^ substituer la satire du vice et de la folie des hommes au tableau philosophique des principes de leui^ eonstitutiom En admetmnn la» fidélièé des portraits qu'on nous a quelquefois donnés* dé la. depra^jE^tion, hiunaine, la trifitesseetle mécontentement qu'ils biasent dans l'àmp» démontrent assez que nous sommes faits pout* aimer et admirer l'excellence morale, et que c'est là une loLdefBotr,e oatiAce* L'hypocrisie elle-
méme^ comme l!a remarqué LaJBLoch^foueault, cstiinhooiiiiiag^que le vice rend à la vertu î. »
« Les émotions jde jUaisir «et de. pein^, excitées, par la çoncemplatien de la beauté et de la diffbnnité.ni0raIes,iSurpas8ânt leUement toutes celles que peuvent nous causeries formas matérieil^i^ que quelgues philospphes out prétendu que les m<afts de beau* et de sublime dans leur signification propre expidmeat des- qualités de Tâme, et que si nous sommes affectés par les objets matériels, Talffection ne provient que des< idées moxales quils suggèrent. C'était la doctrine favorite de récob^^de Socrate, qui a été défendue avec beaucoup de talent par divers. écri^tains modernes.
«Quelle que soit natre opinion sur cette question «spéculativ/e, on ne peut disconvenir d'un fait, oest-que les bonnes actions ^t les vertueux caractères offrent le plus délicieux spectacle que puisse contempler rame .humaine. Le momie externe tout entier n a point de charmes aussi puissants que ceux qui parent la beauté morale, et nous appellenttà cultiver des qualités qui £Dnt le bonheur et la perfection de notre nature ^. »
3^ Le témoignage universel du genre humain dépose d'une manière éclatante en faveur de la loi morale. Il n'est pas nécessaire, je pense, de reproduire ici les milliers de. monuments écrits qui attestent, chez les peuples anciens et cheoL les /modernes, chez les plus civilisés comme chez les plus barbares, l'empire de la loi morale. L'univers se lève comme un seul homme pour confondre les ténébreux systèmes des ennemis de la vertu ^. « Jetez les yeux, dit J.J, Rousseau, sur toutes les nations du monde^paECourez touttô les histoires : parmi tant de cultes inhunoains et bizarres, parmi cette prodigieuse diversité de mœurs et de caractères, vous trouverez partout les mêmes idées de justice et d'honnêteté, partout les mêmes notions du bien et du mal. L'ancien paganisme enfanta des dieux abominables,' qu'on eût punis ici-bas comme des scélérats, et qui n'offraient, pour tableau du bonheur suprême que des forfaits à conunettre et des passions à contenter. Mais le vice, armé d'une autorité sacrée, descendait en vain du séjour éternel: rinstinctmoraf le repoussait du coour des i humains. En célébrant
I * Esquisses de Philosophiemoraie^ n. 173, 180. ^ * /6jJ/., ii.^06;207.
' Pittùi lAStptti^es doBtie»«)OiMimciit8't9nt reMésfcn lovt<n]<en,paTti€,'On
^ peut citer le»Cbaldéen8, les égyptiens, les Juifs» les Feraes, le» Chinois» les Ia-
I dteiw, lesTattaree, îes'Grecs, les Romains, les Celtes, les Scandinaves, le3 Ara-
I bes et les Turcs, les Mexicains, les Péruviens et les Sauvages. Dans tous leurs
livres religieux on trouve la morale enseignée.
494 THÉOXiOGIB NATURELLB.
les débauches de Jupiter on admirait la continence de Xénocrate; la chaste Lucrèce adorait l'impudique Vénus ; l'intrépide romain sacrifiait à la peur ; il invoquait le dieu qui mutila son père, et mourait sans murmurer de la main du sien ; les plus méprisables divinités furent servies par les plus grands hommes : la sainte voix de la nature, plus forte que celle des dieux, se faisait respecter sur la terre, et semblait reléguer dans le ciel le crime avec les coupables *. »
Il est inutile, ce me semble, d'insister sur l'universalité du sens moral. Cette preuve, jointe à celles qui précèdent, complète notre démonstration, et fait voir sans réplique qu'il existe un ordre moral fondé sur l'essence des choses, et par conséquent obliga* toire en tout temps, en tout lieu. De cette loi primordiale proclamée par toutes les religions du monde, approuvée par tous les sages, avant qu elle f&t niée par les malfaiteurs et par les philosophes, de cette loi, disons-nous, découle tout ce qu'il y a de bien dans les institutions sociales, dans les œuvres, les législations, les coutumes de tous les peuples du monde. Au contraire, tout ce qui heurte cette législation étemelle jette plus ou moins le malaise et la perturbation dans la société, jusqu'à ce que celle-ci succombe entièrement, ou qu'elle expulse de son sein le virus pestilentiel, et se régénère selon les saintes lois de la nature.
S III. — Fondement de l'ordre moral.
Ce bel ordre moral, qui suppose d'un côté le droit et de l'autre Xohligation^ nous sommes obligés de l'accepter comme un des faits les plus irrécusables de la nature humaine; mais nous pouvons ensuite en chercher l'explication ou la raison première ; car rien n'est isolé dans le monde intellectuel et moral, pas plus que dans le monde physique : tout se tient et s'enchaîne, tout remonte, par une gradation merveilleuse, au premier principe, autour du* quel des myriades de créatures exécutent le plus harmonieux concert, en accomplissant l'ordre qu'il a établi.
D'après ce qui précède, il nous est facile de comprendre qu'on ne peut trouver la raison de la loi morale dans les conventions arbitraires des hommes, comme le prétendaient les Pyrrhoniens, ni dans le motif de l'intérêt privé, comme le veulent les matérialistes. « Ce n'est point, dit Bayle, en conséquence de nos opinions que le
* Emile, Ut. 4. Confession du Ticaire savoyard.
THiOLOGIB NÀTCRBLLB. 49^
feu et leau diffèrent d'espècei et qu'il y a une pareille différence entre 1 amour et la haine, entre Taffirmation et la négation. Cette différence est fondée sur la nature même des choses; mais corn» ment la connaissons-nous? n'est-ce pas en comparant les propriétés essentielles de Fun de ces êtres avec les propriétés essentielles dei'autre?
• Or^nous connaissonsparlaméme Toie qu'il y a une différence spécifique entre le mensonge et la vérité, entre la fidélité et la perfidie^ entre la gratitude et l'ingratitude Nous devons donc être
assurés que le vice et la vertu diffèrent spécifiquement par leur nature, et indépendamment de nos opinions.
* II y a des règles de raisonnement indépendantes de la volonté de rhomme ; ce n'est point à cause qu'il a plu aux hommes d'établir des règles de syllogisme, qu'elles sont justes et véritables : elles le sont en elles-mêmes, et toute entreprise de l'esprit humain contre leur essence et leurs attributs serait vaine et ridicule. Un sophiste a beau les brouiller et les violer, il ne saurait décliner le tribunal, et si ses preuves ne se trouvent pas conformes aux règles du syllogisme, il est condamné sans rémission, et on le couvre de honte.
» S'il y a des preuves certaines et immuables pour les opérations de l'entendement, il y en a aussi pour les actes de la volonté; les règles de ces actes ne sont pas toutes arbitraires, il y en a qui émanent de la nécessité de la nature, et qui imposent une obligation indispensable; et comme c'est un défaut que de raisonner d'une manière opposée aux règles du syllogisme, c'est aussi un défaut que de "vouloir une chose sans se conformer aux règles des actes de la volonté ; la plus générale de ces règles est qùiljaut que Vhomme "veuille ce qui est conforme à la droite raison^ et que toutes les fois qu'il veut ce qui n'y est pas conforme, il s'écarte de son devoir. Il n'y a point de vérité plus évidente que de dire quil est digne de la créature raisonnable de se conformer à la raison^ et qu'il est indigne de la créature raisonnable de ne pas se conformer à la raison.
» Ainsi, tout homme qui connaîtra qu'il est conforme à la raison d'honorer son père, d'observer les conventions d'un contrat, d'assister les pauvres, d'avoir de la gratitude, comprendra pareillement que ceux qui pratiquent ces choses sont louables, et que ceux qui ne les pratiquent point sont blâmables ; il connaîtra donc qu'il y a du dérèglement dans les actes de ceux-ci, et de Tordre dans les actes de ceux-là, et que c'est une nécessité de juger de cette
manieFe, puisque la conformité «à «la raÂsDn n est ipas .moins un deroir indispensable dans îles opénations .de .la volonté que dans celles de l'entendement. Il verra -donciqulil ^a dans la vertu une Jbonnâteté naturelle et intérieure, et dansjleivice>uiie déshonnêteté tdela même espèce, et qu ainsi la -nertuietle vice ^ont deivx espèces de qualités naturellement et moralement différentes'.»
Pour supposer que la loi morale est le résultat d oiie>ocmTentioD arbitraire entre les hommes, il faudrait «inM^îiier un état antérieur à toutes lois, à. toutes conventions,, à tout lao^|[e, à^touflesoçiété; état dans lequel Tespèce humaine. aurait véj^té au sein des forets, sans autre instinct que celui de saisir et de dévorer une proie. Or, ce prétendu état de nature est démontré impossible par les facultés et par les besoins de Thomme; il est démontré par tous les faits de rhbtoire et par toutes les traditions de Tantiquité^ et enfin, si Thumanité s'était trouvée à Tori^ne dans cet état brut, il lui eût été impossible de créer jamais tous les éléments de sociabilité indispensables pour en sortir. Si donc il est reconnu maintenant par tout honufne sensé que le chimérique éfctt de nature n'est qu'un roman infâme éclos dans quelques cervelles délirantes, il doit paraître incontestable que toujours la loi morale a dominé le geore humain, et que les mortels n'ont pas plus créé ou inventé la différence entre le bien et le mal, qu'ils n'ont inventé le langage, l'existence de Dieu, la lumière qui les éclaire, et l'air qu'ils respirent. Il faut donc chercher ailleurs le fondement on le principe du droit et de Yobligation,
Nous avons déjà fait observer que l'école stoïcienne pouvait trouver ce principe dans la droite raison, et telle est la pensée dominante du passage de Bayle que j'ai cité tout à l'heure. Mais ne peut- on pas dire que la droite raison ne fait que notifier ou promulguer la loi dans chaque individu, et qu'elle ne l'établit point, qu'elle n'en est point le principe ? Il en est de l'ordre moral comme de l'ordre métaphysique; ce que l'un et l'autre contiennent de vrai, est vrai absolument, éternellement, quand même la raison de l'homme n'eût pas existé pour le saisir. D'ailleurs, comment faut-il entendre I4 droite raison P est-ce la raison individuelle, ou la raison collective, ou une autre raison quelconque chargée de diriger celles-là.^* Souvent Thomme se trompe sur des. points d'une haute importance; on en a même vu plusieurs .rejetei;,.soit par système, soit par suite d'habitudes perverses, toute espèce dénotions
' 3^7 Ie> J>içt,^, sr t. sSiratonieitMS.
mondes. Mais si c'est la raison qui/aiY le bien et le mal, les notions morales devront dianger selon les variations de chaque individu ou de chaque peuple. Dès lors, le droit ne serait plus une chose immuable, il ne ^rait même rien qu'une fiction. — Il n'y a, dites-Tous, de bien moral, de vertu, que ce qu'approuve la drùiie raiion. — Je change les termes de la proposition, et je dis : il n'y a de droite raison que celle qui approuve le bien moral et la vertu. Donc le bien, le mal, la vertu, le vice, et par conséquent la loi qui commande et qui défend, existent avant la raison humaine ; donc elle a son principe dans une volonté plus haute à laquelle rhumanité doit obéir, et selon laquelle elle doit même se réformer. C'est là qu'il fiiut chercher le fondement de robligation.
Ce que nous venons de dire à l'égard de la raison^ nous pouvons le dire au sujet de la conscienccy car la conscience n'est autre chose que la raison appliquée aux choses morales, et accompagnée d une émotion du cœur, qui nous entraine vers une action, ou qui nous en détourne. Sans doute, la-conscience droite nous obligCy mais pourquoi? parce qu'elle est l'interprète de la loi, et non parce qa'elle l'impose par elle-même» D'ailleurs^ la principale force de la conscience se manifeste dans le remords : eh bieii ! ce remords, qui tourmente cruellement les prévaricateurs, n'est pas un simple jugement porté sur l'acte accompli; c'est l'appréhension d'un châtiment mérité. Donc l'instinct moral de la conscience reconnaît une puissance supérieure qui récompense le mérite et punit l'infraction. Ce jugement, ou plutôt cette impression de terreur qui poursuit le criminel, est spontanée, rapide comme l'éclair, et indestructible. C'est la voix de la nature qui lui fait comprendre qu'en foulant aux pieds la loi, il s'est rendu justiciable du législateur. Et ^marquez que l'âme du scélérat n'est pas seulement agitée par lappréhensipn d'un châtiment visible, infligé par d'autres hommes : il y a quelque chose de plus intime, de plus profond, de plus puissant dans le remords qull éprouve. N eût-il rien à craindre du côté de la terre, il tremblerait encore du côté du ciel. Dira-t-on que cette frayeur religieuse est un préjugé? il faudra donc alors qualifier de préjugés,et 1 instinct moral lui-même, et tous les sentiments le plus puissamment enracinés dans le cœur de lliomme.— Cependant on parvient à secouer le fardeau et à s'affranchir du remords. -^ Je le sais; mais à force de se dépraver, Thomme peut perdre aussi tout sentiment moral ; mais si le remords est annulé, la conscience n*est plus qu'une vaine spéculation, qui n'empêchera jamais un crime secret. Au lieu de chercher des arguments parmi
»^elqu6tvalmcy.il fjaJUjnaus £ÔBeiiNMO«Dak0BiifaeidBi£Bid6nwat ile.la.jao]»le estaiUeiiBs«4|u^îdki«iéiiie.9«jat i;pie,^kii' Takur, iMMnSfavttg.gi»gdtoct>de.¥aMMi.m funwiliiîr
.Npus arrivons dQnQ^àiCiiaRGlun>.cyeie-.fewBai fieiiM i« y fa ^wmwi y rcmiène ide toute moralifeé,. 4e .tQHtet obligatioAyflMrih la* mUiuâ de i>wi. Cette. priO|ioMlioa ^âuUb déjà JbJûniftamxéei pwr >1iiiin»ii 'isaaoe.dfiitDiMiisar paiiU3yat aiUaurs la^ase dB;ijftnfa»aniial. Ibnt»* fiMDfeL.estàpTQpoa.de laiOnettrètcncove dansiMnipltts giuwnl jiMir.
jy^BarqMMi» i^.que Dieu, «ysmitMéà TJiQMMaicapAte* ihi' ■wm lité, dèsîVju'il est reccmmi .qu';Mnfi fai3iBacaleieKitte,.apppopriée-à 4a:nalDi«i nous ne |XHc?oiis« douter qoele cmiH— p' woiywdMe^FaC' aNHI^îsMimeiit^ile cetDe bû. Aimi, >iMèBie en juaavt dtcmkr h daodbet robUgation d'tiae autre .SMiDee.x|ue'de\ la. ▼elenfé-dmae, OD serait, fieuocé de con^esir qae.da*jraoins«ectae?T)oilQftt€é'9*jtrppHqiie^i^t «D pnoireque VegMcwticNi csttcurreMoietttiairac les autres 0io£îfs»(«i£n un mot, dsitnoiftdnases rase; ou^xiMniiie nons^le senabaeooDS^ Dieu, a donné à llhomme la^maMi et la.lifcércë, pour hd ftawfTatiquer lerbjnn.etévkervle mal ; ou irila doué de oe^defK jhonltésfeansjobjet^ ce .quijoépugne à la^sageBoc; joa iLl^enia ijtialtfië d«is une:aiitrei/Rie< quelconque; «t. t|iieUe/amti)e ^ite peurrail»iB imaginer, qnelle autre serait.pkistcoiifbnBe à^aa^sagesse) que eeUe qui est-TelatÎTe à:!* usage de ceafieuniltés^ ? nBile8^dé(^ei»isie'i»f!cùsm lOffpiiqieés au bien^momd ^pewrent'bmàev'YoU^ation, i^s«mt absurde dexroire que la raison diiôoe exige-moins à cetégaiHl que la raison bumaii^e, et que Dieu ncJaligeaa pasTkonime^à périîser Tordre que la lumière de sa conscienoe lui découvfe. Quoi qu*en misse faire pour' rompre la connexion intime qui-exisce enlre la loi morale et ridée.de la diyinité,:eett».'ixlte revient toujours comme la garamtie la plus forte de teutibîcn.
« Indépendamment de la divinîl», dit iLeiboitx, il 7 a «n chemin degré de morale; mais il faut convenir que la considération* de la providence de Dieu et de Timmortalité de Vime porte far morale à êon comble^ et fait que chez le sage letf quidteiésiraoralesisonttout à fait réalisées ^ »«-*«Dieu, dit^l encore, ne pant*pa&ne*paa'-enfieîgner ce qui est conforme à l'ordoe, puisque cest^lui qui allume en^nous le flambeau de la raison ; et il ne peut pas-ne* pas- destiner des peines
■ La Luzerne, Dissert, sur la loi nmtur , n° 25.
* Leibniti, Jugements êur les œui'rts deShajtsbury
XwùqmJomijBmera.ù» Jia R)Qr4JM4'<^H^i^<'^l^''n»<F>i^mott9 son»»
iQes((:oaviuiusu^i9U&PUu««$u«iâoîflMm^ e^«pili«4t Fmâ, le
protecteur de.]a v.ec(tt». bous liimaiiQitfBd«n0f£«M» «rojiM^e les ^fa»
puis6aat&{eM<M»g«giwts,A.bTyariq<ift<fattaia
¥017. Ellft.Roi»s«jcoiidMkA>r^;yffd«r>lat<a^
de Dèeuy etvà.coQskUfer sa»v.sii|||ectfe0aft oannieiM.eonniianide-
meius^de cetétce.doiUrOpiAS «fOA»)imt»iy«SÎ8l«weyet^tloiK Wiprftnd
cceation à .la p^nfiM^oii^ e^ ausb^ohmir.
tioa qui «•nalHuc^'^Gtipnaifi ooiJ^Ji^^MrifiDftpbMimdf uReobtigation moi:aiei).doitiaoQCOurk'^avcK;:l«8 jaMiltfeilQiitQcnMiftTOQS>^d^à parle, à déteaniaer w naus. i«^ «v^ctueiise&xéKdttiioiis. Les pcveeptions moiKîd^rque no^.Uinov» de Dieu^iet-pins partm^èrein^it^leseiitiment^deinévilA etdetdiéméiûlWtpi^i^en^^i&km^ccfa coukim des indications claires de céoQ«ipeii6esf]et.de*puftkk>ns4utui^, tenues en réserve .paiî4aj<i|$ti6eret.qWU aftjgiawyieiw^point de départir en temps co]Xv»iMible/I^jpelîgiQns^«i»id€iiiiC(i»aer)«6pèee de Ikh somre* laine. cioiifirPiiéftppiîX»&pta»iflip<gi»nt« wmctioogy et qui^tiTeloppe dans.sa dépendanee no&penfséea-eoianetJBiœ^a^tNis; Ghes tes* hommes desr classes. mfÂmw^^* înospahleifride ^spéeutattons abstraites, et dontle&seDliiaents mocaux me pieitxrcsntiaToir weu^beaucoup de culture, il est certain ffaex^si^qiielqpie «tose .garantit de» leur part racconiplissemeftt 4qs die¥oii»^sofnaiiSC9 a*6st a-^fit tout eetfee perspectif^ ceUgkiise q«âân(éftesaeKkiirsiOrataftas«t3le9rs espérances ^» Renaasquoos y', qu'est; iieniQntanjbliisqu'à Dieu, pour treurer dans;sa <voloaté.éieraeUele.prûiGipe, la règle et la sanotion de l'or dre moval^ on xe pré^nd point anéantir : m- diminuer Titifluence salutaire de la raison, de la conscience, de Tintérét sagement compris,, de réduoation, de la sympadiiie, des liens du sang et de Tamitié.. L'homme- étant si faible et si variable dads le bien, on doit s'estimer heureux d'avoir toujouts à lui offrir des motifs nom» breux d'y.pessiater. Les philosophes incrédules voudraient supprimer la crainte de Dieu sous le prétexte de donner des bases plus solides à la morale^ les hommes religieux, au contraire, admettent volontiers ces bases et ces motifs fournis par la droite raison^
* Leibnîtz, Epist. ad Bierlingium,
* D u guald-Slewart, Esquisses de phil, morale^ n. 340, 34 1 .
.5qo ruàahOQiB nàxmaBLtM»
et ils y ajoutent h plus forte de toutes les garanties, la crainte de Dieu. Il est facilede voir de quel côté se trouvent la raison, k bonne foi et laTantage de la morale. « Quand j'entends les incrédules faire ces objections, dit le cardinal de La Luzerne, je me figure un homme qui, ayant beaucoup de peine à gouverner son chenal avec un double firein, eti conclut qu'il faut supprimer le plus puissant des deux\ » Séculariser la morale privée et publique, en faire une institution tout humaine, une création purement rationnelle ou légale, tel est le bût auquel tendent les sectes philosophiques qui se meuvent en dehors de la révélation, et qui ne veulent pas permettre à Dieu de parler aux hommes pour les rendre meilleurs. La philosophie chnétienne, au contraire, la seule raisonnable, a hérité de toutes les idées grandes et nobles qui se trouvaient disséminées dans les écoles de l'antiquité. Selon ceue philosophie, la morale se rattache à Dieu qui en est le principe, et fait partie du code religieux : vouloir constituer la morale en d^ ' hors de toute idée relî^euse, et la réduire à n^étre que le code de la nature^ c'est travailler à Tanéantir, comme l'ont fait les écrivains impies et libertins du dernier siècle.
Remarquons 3^ que chez tous les peuples la loi morale a été regardée comme une chose divine, enseignée, expliquée, sanctionnée par la religion. Les fondateurs des sociétés et des différents cultes, les bistoriens,les poètes, les philosophes les plus distinguéf^ n'ont qu'une voix à cet égard. C'est donc parce que le bon sens, la droite raison^ leur fit voir à tous cette vérité, ou parce quelle leur fut transmise par l'antique tradition du genre humain, qu'ils la proclamèrent et la consacrèrent avec tant d unanimité.
Aussi, la prospérité ou la décadence des mœurs privées et publiques, le règne du vice ou celui de la vertu, ont-ils toujours été en raison directe avec la perfection ou l'imperfection de l'enseignement religieux, et avec le degré de foi' ou d'impiété qui caractéri- «ait les peuples.
Duguald-Stewart, que j'ai cité plusieurs fois, est tombé à cet égard dans l'erreur que nous combattons. « Selon quelques systèmes, dit ce philosophe, l'obligation morale est entièrement fondée sur nou*e -croyance que la vertu est un commandement de .Dieu \ »
«—Non; ee n'est pas, selon quelques systèmes^ que nous adnoet-
' Dissert, sur la loi net , o ■ 3S.
* Msqttisses, n" 214.
THiOUIGU HATUBBLLB. SoX
tons ce priDcipei mais c'est bien selon la croyance universelle des peuples, et la voix unanime de toutes les religions, comme nous l'ayons observé. « Mais comment, peut - on demander, cette croyance impose-t-elle une obligation ' ? »
— La réponse est facile : pour tout homme qui reconnaît un Dieu créateur, il est indubitable que sa volonté est la règle su« préme des volontés créées. Celui qui a établi Tordre a le droit d'en prescrire l'observation, et nul autre que lui ne peut le rendre obligatoire. Selon nous, le sentiment religieux est le fondement et la seule garantie suffisante de Vobligation morale. Si vous mettez de côté la pensée de Dieu, nous pouvons bien demander, à notre tour : Comment cette conscience impose-t-elle une obligation? La conscience ne nous, parait avoir de force, qu'autant qu'elle est rinterprète d'une volonté supérieure à laquelle nul n'a droit de se soustraire; qu'autant qu'elle est le wcaire de DieUy comme s'ex* prime Duguald-Stewart lui-même. Dans l'hypothèse contraire, on est réduit à dire que la loi morale oblige parce qu'elle oblige.
« Au fait, il est absurde de demander pourquoi nous sommes obligés à la pratique de la vertu \*
-^ Il nous semble, à nous, que la chose en vaut bien la peine « croyez-vous que la plupart des hommes pratiqueront mieux la vertu quand ils ignoreront pourquoi il faut la pratiquer?
« "La vraie notion de vertu implique la notion de lobligation \ »
— Assurément, cela est ainsi ; mais la notion d'obligation, sur quoi la fondez-vous?
. « Tout être qui a conscience de la distinction du juste et de l'injuste, a conscience en même temps d'une loi qu'il est tenu d'observer, ignorât^il complètement l'existence d'un état futur \ ■
— On ne saurait mieux dire : la distinction du juste et de lin»» juste suppose une loi; mais l'existence d'une loi suppose celle d'un législateur dont la volonté oblige ses sujets. Quel est donc ce législateur? Ce n'est pas la conscience^ puisqu'elle ne £ût que manifester la loi gui HobUge. Ce n'est pas ce qu'on appelle corn» munément la nature^ puisque si cette locution a un sens précis, elle ne signifie que la collection des lois qui gouvernent le monde au physique et au moral : ce serait donc dire que ces lois se sont laites elles-mêmes. U fieiut bien conclure avec nous que ce législai»
* Esquiss€S^ n° 214.
• Id:^ ibid.^ n"" 218.
s /«f., ibid.
« /«f ., ibid.
l!observalion des i«f{por4«<qiMl.a«ini*v6iiirë}lM«éinMrloirsq^
Ainsi, elle reyient de ton» eogt%^rtrtte.ym»fe nnnMhinir otmhi taire de la DivinitéiTMBfti laquelle oorné- pttutrpaft*|riti»-e]i{ili^er Tordre moral ^uerordre phjWMfiie^'AHlii^.lfi^ ÎKÛea noM^sm»tionnées par la iie]î|g^oa, velpeutwlit leur feroii; pntakifv; tn£» que, séparées >de la Telig}0%eUesfae sont^4MM;«péeuldHan>'fiKiUe et stérile, incapable dIejt^w^MwaiMikk^iaaiftefd*ijyngeAiiiiiMM^^^ empire efficace et durable.
Je termine cet arùde par.ua.paMegf eiedPàii-de Ben^er, et dam lequel oe docte écrivain établit que la.moffohy^ ou la*ioi*natiuvUêj estjomièe sur la volonU^le DieuyUgiêl0êeÊ»r4u^enre^
Il nestiq^elvûip eefiakiipai^ V^mt^inttuiey isxMy que IQlomme est.libiïe de jrésisler^àila vaiMn«c à'«h voioD^de sft cdtiseîetiee'; que souYentil néglige le bien qu il«a|)pnMiT0, e^ fiitiloinial ense'con* daottMHfit'lui^^mènM; (i>cie«ppei»Mffn.''e«iistaiiie entre la loi qui oemmaiule'eti ks » pawioaa«qwcga «Molamt, est la otfuree'ée tous ]es crimes ett^lev» les^Aésoidiniiiii|wi tranUefft^Ia'soetéiéj fist^il prohsble-qton . Dieuy 4yut <net:»iii Jotmo. KmtîfieP niMal ' ponf nous ooiid«ife> imiairaitiifaHinaïaHMii apyuit ewntgelaairywwHrig As pssions, n'hait ajouté aucune sanction à la loi que jyiacmt.îi'ttte' lums i^tiMe? Im ptésemptioB, foindKe 8«r'kii5«getse*4Kimir, est déjà fmÊ le3seiltiMe»t»eoBtaatre{;cmMÎs acMCTvwisfit'fliUtniw^des preuves poskiiiaA
1? Lat réwlatio^ pûnéÉnu. neus'-.aypwnd' qtte'^dAs hi eréatioD BSeu seati fait oonnaStt» aoa hommieaieamiM Kgislommv eotwae neggeor ducffme et réiaaiiéwttfctir ifa^k ^iitttii* liO^^MiMiffWss^ Atflam^ ekJa ptini«ieii*det«mitflaefaéi«&«ee^ «Ma mimirailt'tapr^ Biiar taetb> fiw Woii a faît^ de^oet«e^ anneri>ii mnfmfmMi iMSf» Qnai'ïae.fat. wwfiéufioMfidikJtèu mewmpiBnle mt/Jh twi ,♦ Blm M aJlinsM de»^ paawi*agi tewibièai; M>jbrf<ifc<dkgjsaug' ifc mm iiiw # lèM jiMi^A moi diir6<in»dettottHHi^^olixiitoi<a«|Mi<yt nwiiimi^»; a•^ seaMs^^niaadil^. 'eauaatt et:. TtwyhoiBd» sur dettes MMist^^^a^i' «r « souillée par le sang '. » Mais cette vengeance ne s*exerce pas toujours ici-bas; souvent le crime y demeure impuiri^^ékiilMllPiqpe la
* Gea., IV, 10
Sbdt
vortaiy — fcanéoonpiie-i et«.afflig»#! pidrrlts tméehantf^^telhrfiilcariie d*Abel mis à mort injustement. Il;y«auEk»Hrvii]ia aMttR iâe,.daasda^ ^pllaJ)iett«aiynnifiit ttP»inMpniwifli«efcatt»^pi>M^ liig9,.Dieu ûitima«cie nftuvemUesjppîU^piBux praceptsacÛacnDKaki . à:J!Ioé.el^MB{caif«ittS K
On.iie. trouverait fMiVié^&pAft siu&^lftiterre. une'9e«kettlttftionr<|»i^ ait adoré un Dieu .saM Inialicibiier k pMyvîJeiit:&«ti'insp«at£on sur lesraotionft.des.ho9imeai»l49uSilestp0Hfle8 ont oru^pei'laiDi'rif* nîté imposait de&i loi% nécodadpeiisaît.lefl: bons,. punissBit WiinéH chantsf touSf lopsiii^iJsAe sefttawitrtfoupabks, 4aBit iBspéné ckiflédttr sa justice ^ar desiexpiatLons^.par dis&of&andeft^.par daat inarqwiBH^ dajiepeiitir. Que.cettep4icsuasîoa.soît; sentie dlmi inatinct maefaif> oal, ou.d*Jun raisomiemeot.simple, ou d'une tsadîtioiiipriniîttm^cela.eBt>'égaL; aucune de^cea trois. . oawaigiiia;! n» »pu ,pireduire; uanft ^eg^ reur générale et^imiCoiaMLJSi jamataJa/uature eotiereiaifmrléy^xs'eBr sur.'OBtteimpartaotA :véméw .
2^ Ler^anoiens.pbilosophestaxFaient^aaserYë un somremrfcdnfiii! d'une législation primitive et divine; ils étaient persuadésf-qnef.la» fosee.iiks.Joia.ne pouvait/.yaniri.^e;de Bîatié
« Touaies^a^es ont.penséi, dit.GLeévo%.<pie la loi Besft.poÎBK une invention xles Juimaàea, . ni . une ^ oonveotion dea peuipleay maisf la raison étemelle ou.la^sagesae siipi:emeuqiârégit«ruwrvera;. qud: cette loi primitive, .à JaqueUa toutes Je&4Uiftras^deâventi\eBionttff^. estrinteUi^jic0*c&rine,;q|ii{connnande le biea etidé£Mid:]eiBdi.: de là.sopt énanéea.le&}lois'qfiie Dieua donnfées aux hcnnmea.».^. Le&lois«huniaines:ne.peiHientav(Mr^potir' elles- mêmes la Cnoroe da noua poster à>lave]:tu.)etde..uou& détourner du vice; oejpouvaîri est plus .aneien 411e sleS'iiaiioas et leaien^rea^ iL est ooéfeenwLaa? maître aouverain^ l^iinmaae leii3id?etJa;terra £1» effets Dâeu^cst essentiellement ioteUigent «It sa(g^.;.il«»appartientqià'à. oetêe.patv^ fflrrian infintr Ht dntinpMrrr q|ii«60£bie|i'OttiiialM.>t^ioi^iieTS0iis: le £%9ie ide Tari^n ïLjdjj^eùà^ epcorecàuBianeiaufiiiiieitloi qfoi Aà^ fanditle..via),».3<»iss fiUi^nSiimpécihft pia&fBMinatcioiaveJ& liai éaeâmeUe^ eaiiaisaut nioko^ àd Lmy^n II SvAt vahtkh' k la.dfcdte. raôsonier . à,kuvflijfcrietlft,jaatuiw^t q|Hr im^nshliboiniejuri^ttv^e&^tlllamoup dat la vertu ; loi qui n'a point commencé lorsqu'paTi» écorite, iBftiaKfHTi est aussi ancienne que l'intelligence divine. La vraie loi, la loi primitive, source de toutes les autres, est donc là-raison .ménm dtt Dieu souverain ^. »
' Gen., IX.
* DeUgib., I. Il, n.:i4 et soif. JtMtyjteftagîliJ, U Pt^k4MûtkJt%f9éÊm .
5o4 nSOLOMB HATOiatliUk
Sophocle, dans Œdipe, s'exprime à pea près de même. Notre loi est Dieu, disait Thëophraste ^
« La vraie loi, dit encore Giceron, est la droite raison et la Toix de la nature commune à tous les hommes ; loi immuable et éter« nelle, qui nous prescrit nos devoirs et nous défend Tinjustice, qui a peu d'empire sur les méchants, mais qui subjugue et gouverne les gens de bien. On ne peut y déroger, ni Tabroger, ni lui opposer une loi contraire; le peuple ni les magistrats ne peuvent nous y soustraire. Elle n'a pas besoin d'autre organe ni d'autre interprète que de nous-mêmes. Elle n'est point telle à Rome, autre dans Athènes^ telle aujourd'hui, différente dans un autre temps ; chez tous les peuples, dans tous les siècles, elle est une, éternelle, unmuable : par elle Dieu enseigne et gouverne souverainement tous les hommes; lui seul en est l'auteur, l'arbitre, le vengeur. Quicon* que ne la suit point, est contraire à soi-même et rebelle à la na* ture; il trouve dans son propre cœur le châtiment de son crime, quand il échapperait à toutes les peines que peuvent infliger les hommes '. .
Aussi les anciens législateurs, pour rendre leurs lois respectables, publièrent qu'ils les avaient reçues par révélation. Gonfucius même déclarait qu'il ne tenait point la morale de son propre fonds, mais des anciens sages de sa nation ^; c'en était assez pour imprimer à la morale un caractère sacré chez un peuple respectueux jusqu'à l'idolâtrie envers les ancêtres. Les disdples de Pylhagore, dont plusieurs furent législateurs, fondaient les devoirs de l'homme sur la volonté de Dieu^ Gette théorie trop simple déplut à leurs successeurs, ils voulurent subtiliser sur les fondements de la morale ; en la séparant de la religion, ils les détruisirent l'une et Vautre.
3^ Après cette révolution même, plusieurs sentirent encore la faiblesse d'une morale indépendante de la croyance d'un Dieu* Ghrysippe, entraîné par la force de l'évidence, fut réduit, contre tous les principes du Portique, à reconnaître que le seul et vrai fondement de la morale était la volonté divine \ Œcéron , après avoir essayé d'abord d'établir la morale selon la méthode des Stoïciens, est obligé d'avouer qu'elle ne peut pas tenir contre le^ argil« ments des sceptiques ^«
^ t. de Mundo, c. 6, inter op. Aristot.
* Dans Lactance, 1. vt, 8.
' Histoire de la Chine, par Navarrette.
* Ocellus Locanas, iv.
* Pltttarq., Conttad, des StoSciens^ n. 7 et 8.
* De MEm IH , Bailt» JHfil. cHté, a»«lS«fo« H.
THÉ0L06IB NATirilBliLE. 565'
En effet, si Dîea n'est pas notre législateur, s'il ne nous commande rien, aucun homme n* a droit de nous imposer des lois ; il ' nj a plus de loi dans lunivers que cdie du plus fort ; Vobligation • morale n'est que Timpuissance de résister à celui qui veut gêner notre liberté.
4 En traitant de la Providence divine, nous avons fait voir quelle n'est pas moins nécessaire pour maintenir l'ordre moral entre les créatures intelligentes, que pour conserver l'ordre physi- • que de Tunivers. De même que celui-ci est fondé sur des lois proportionnées à la nature des êtres inanimés, ainsi l'ordre moral doit porter sur des lois conformes à la nature des êtres intelligents et libres. Or, il est de leur nature d'agir, non machinalement, mais ' par des motifs; ces motife ne peuvent être autre chose que des désirs et des craintes, des récompenses et des peines : donc Dieu, qui . agit conséquemment et avec sagesse, leur en a proposé, et puis-qu elles n'ont pas toujours lieu en ce monde, il les réserve pour une autre vie.
Malgré la croyance de cette vérité, les passions l'emportent en- core souvent sur l'amour de l'ordre et sur la voix de la conscience ; que serait-ce si l'on était persuadé que cette vie est la fin de toutes choses? Les remords ne seraient qu'un préjugé d'enfant, comme ' quelques matérialistes l'ont avoué *.
Si Dieu se bornait à montrer aux hommes ce qu'il est bon et louable de faire, il donnerait des leçons, mais il n'imposerait pas des lois; il instruirait l'homme, mais il ne le gouvernerait pas : convient-il à la justice et à la sainteté divine de rendre semblable la destinée des bons et des méchants ? Les incrédules ont si bien senti 1 absurdité de cette hypothèse, qu'ils ont commencé par nier la Divinité et sa providence avant de construire une morale dans laquelle elle n'entre pour rien.
5^ Quoique tous les hommes aient une conscience qui distingue le vice de la vertu, un amour-propre qui leur fait rechercheri'estime et l'amitié de leurs semblables, les fondateurs des sociétés ont compris qu'il fallait encore des^eines et des récompenses, des honneurs et des supplices, des roues, des gibets, pour réprimer les passions; tous en ont établi. Croirons-nous que Dieu a donné moins de force à ses lois qu'ils n'en ont donné aux leurs ?
Selon l'aveu des incrédules, le commun des hommes est tropcorrompu et trop insensé pour n'avoir pas besoin d'être conduit par de puissants motifs de crainte et d'espérance; c*est ce qui a
* Discours sur le Bonheur.
cLmm paiifcaBce a(yx.l^fioattwk8'e>A4eMff;6ai>€lM)»é3iais^j^iei<Rfls,
r»daiitabte^Fèsîlai«iiiorfe^ Coiil.:segafjiig(éT^piim. cm-rëBoraplMé : cette opinion est le plus ferme fondement des sociétés ^
S'il>r<â faUiiy«lonc4Diefti«râ.fait4.<M*^kB (p|â<a tfaféilespfaai :ies siii^-n'oift-fant ^ueleisittvseautaM i|iiAlcur»fittblett6 a pu Jep»r-
6^ liavréfiilatiett «U&<diTeis ^«tèm«8 Je mBmA/t\ ianginési'pffir i«8 ia^dules^niMifrfinnïnira ufie^ixiètiieporeiHie dela<soU<fité dônètie. Selon. HOU», c'est Difeu q^ui^en créant TlèoimBe, l'aidflstiné'à Xii^mh ctété^ illeluî a fait sentir par les.besaiHft qu'il ImÎ- ikét épmsircr*et par le sentîment moFJil. £n cottsuUaBt son {»Qpire.codniEyldiiMttiBB pMt cosBMtre ses^ devoira'eHrYegs>Dî«^eiwreBS>sea Tiwhlablegy eo* yeiS:soî-méiiie..Pour préi7«ûrtfes:ierœai^^I]âeu<lwarAJMii«i&Jinrviili SM^oUi|[»tiMis <lès»k eoinBiei>yeip>Bl.d<iq>Oi»deé Aj9«e vmfmotèÊseih flexion, Thomme doit comprendre que son bonheur, pour eBttenér etipour laMtra,' déptfftd.>de soft obéisiMiGe .à la loi. de Bien* Jl (est doBo dégagé àia^^eittUHpar. les «ifttifc^hi.bieR^étre^pgcseaty dniff pw de sa eoAsciesea,. Jes^vr^ckOHipenses «t d^^ipeines ét^nMilkfikf un«<ie cesr^motifs ne délBoge.poînt à Itautre^^Nos advcA»a»res; soitf iejMiiiiit que, dans ce système, nous oubUons^es îiitérêtoid& caiii^edafpcnir ne^nous ofiCifpMTvque «deoeus deTautiei^e; cëla«estiéndMtticfit faux : ;iBais il^fisiut rqwMidre .à4eursr.objiiûeBiS4
Breraiir^^^bjfgeiioju. La. morale «doit étse fondéeiSiirilamatiMse de rbcMftiM^^Mir. leiM^af^Mirts. iié8eiaak«& qiiiU a>as9«eoisea;se«iblaàilnp: telle est Jarse«leslMM^ttk&oit.s(ta*eiet«ioABueJEn raf»^^ ▼dkinié.di».Dteay^0Ar.]ie.lttL doitne.^iMiHia. haie îdéalet: omiiiiiiiiin coilnaitiie les '«^okMfetea^iii^4a:ein0Oiiipvéh«ii«îblè? La oiciBabiieligieuse contredit la nature; elle nous prescrit. d'cloMffec iiM|ic»^ chants^etde raiM;^Bi}ei?«au .désir, da la.CéLicitéfieUe.veiit^^pe «ms soyons JBsePsibles^ enneniia^e nottS:>méi»es> et 4ie<«Baaystnblahkis ; 91e nouft refusions, tottl.plaisîir et tftut*cequi« peutifafcffrMtfreA—theur ^Xa.pseinîe9e.igéfôrj;ne »i£aîre^oAirrOi;éér«iuife*liét)Mi McoMle est de GMiuiiea€er.{)aialétniîre pres^tia;towta&les^eIî(peiia A
J^9i9/i#^..Sinagg[)i»y^t 4a*iM9n^ dé Dkt4«%«iieJa
fondons<4i04i&qpas».s«u:Ja>]ialiu!e4»âin(rtylab^>^^^ G^asUDleiiif^
a^ciiéé l^miiiexeli c|u.*il esijr^«a^Qiic»déelana<sa Vj^lcMatépai^toca-
'Voy. ci-dessiM, t. I , c 1, dtt.Xî^l efS." * De t Homme ^ t. I , p. 95.
iWÊt ittéme qa*il »-diNiiifo à(.l^mme.Iieâd«MoiR^<}»iKkntiaiq9i*8e sam-de» ocMMëquancesHTiviureHieset nea— saiges dcfrfacaoiwB^ JU»fa*> outcés$*d88ip0nckanta^i|ui'Oon«ûtiicM'l»iumMai dclthamma-; illiiîr , iaûme oea d«¥oii« »pw Ja vaben, par leiawïtiMwiit'iMaiai^ parthioaia*' seianaa, par kravabitiatt^ eea drraîrs 8ixiit"dowe}atiasbini]itfud^aa qiieila4iatuiade Diachat.la'naCurarde Kboamiie* IlseraitabsMrd&qna Dicd/aAfc caéé rhonntiassMiahle, aaas lui smpoaer' dm d&voira de s0CMla.;qaiîl lui isAiaooordé desbieafitftasaans Joi pfaaotife la re*oanaaîasainoa;. qu'iHttifii anmar.sa vie Mna^lui erdamiar de la^oamsetvaiwâid^liotnine était par haaatdrtieLqail asli, que s^éusiûimât^ de sa nature? Bieiii
Gn maCariaUsii^fBime a. dit : « Qud^qae^aoil Vatg^t de-qui^Fon fait d^)eiidre la nature, dès qnil tanraifaii lihdiiraae'H}erqu<il eelv dèf iqujl llauvatneMlu aeilaâbley aincmMvwick-safwéim^/vitanMn^aociélë, il kii. faut une morale '. » Nou» en Gmf»na»Br<atiuiMis»eoiH> ckions.qiie Dieu la luâipvasorit en^effe^
Il n'est donc pas nécessaire de comprendre la nature de Oictt ^pour^aAwir qu<f lies ^son t. ses volontés > à» Tegayd de rhaonne ;. il suffit, deooncevoir queSdeo esl in(tapablë«d-ai|pr authaêatdnek'^èrsa* contredire. Gonmie ohez tous las.paiiples TiioHine' s««**niéeoimu: lui-même en oubliant son créateur, il n^eâtpas étonnamtvqBÏliaitî tvésHnal lu le6:oara»l»iie».grarré8daDs«sotreœuv<;.il a.éèétm saireque Dieu lea^lui fît im-miHambea» de lairévélatioiik
Lar«KH«ler^giMi§e, laM de nous fiaire nsncmcer à la faU«nté, DOusordomie de laîeliw'ftber daM la veito^. elle! rm nousf'oom* mande point de résiseen à nos pi^ohonts iiëcessitirea,«»aas'hataâii» indîspensaUes, maïs de réprâncr nos'pePcSianlS'eQBoeaNfs oSâlwdjiflatf parce qu'ils tendent à notre malheur, à notre destrucliiMBi^.amdé*triment de noasgw>Mttblcs>. .Srioii' les -matésittligles^nitmss^ ; «* tJn atbée sent: qu!il doi^^véMler à yioafnilsion^ souvwai; ^WBm^4idBises^ propres dé«î8^ paurîse-qpTfeiftier la bieiWNiwIhiuee deeh«m»6^eft?se proeuier un faiiw i^t ànm Wo^. » Si» un Kliife le-santy urt hoiattir qaî eimt en Dicn mv^e^seirttfpaninoHis;; ea ilIkitivncove^qM^BDse conciliant la bienveillance dfttatullies^iliobnk^àtBîetttet tsiasMro' tmeiraMHBpesMi.
Viti$tfnr^Ï9 biMMmtanUe éamtiiém>né pout^AfcrttééaUîeupMrw latuineldotoMiest les iiBlî|[fiotts,'yoe >ptiéiio«aeiie<fi'aaiiiWMiipas^sitâ»ç ils sont forcés^do'^tnFtNrâr qiier'ktnriijjpen)^esi(îi^ avons vu ailleurs les prodiges de leur bonne morale.
' Syst, de la Nat,^ t. 3, c. 9.
• IbU., t. 2, c. 9, 27 J.
5o8 ndoLociB HATumsua.
Deuxième objection. Il est impossible de fonder la morale sor de prétendus rapports moraux entre Dieu et nous ; il n y a aucun rapport, aucune proportion entre un être infini et Thomme. Ces rapports supposent en Dieu des qualités morales, la bonté, la sa* gesse, la justice; un pur esprit nen est point susceptible. L'on suppose que Dieu peut démentir toutes ces qualités par sa conduite; qu'il peut déroger à sa sagesse, en violant les lois de la nature qu'il a établies; à sa bonté, en rendant malheureux une infinité d'êtres sensibles; à sa justice, en laissant souffrir des créatures in* nocentes. Platon n'a donc avancé qu'une absurdité, lorsqu'il a dît que la perfection de la vertu consiste à ressemblera Dieu '»
Réponse, Tout cela est faux, x^ Si, ^wr proportion^ l'on entend égalité ou ressemblance de nature, en quoi peut- elle être néces« sairepour fonder des rapports moraux? Dieu, quoique infini, n'en est pas moins notre créateur, notre bienfaiteur, notre maître : done il peut être aussi notre législateur, notre juge, notre rémunéra* teur.
2^ Si un pur esprit est incapable des qualités morales, est-ce la matière qui en est susceptible? On devrait rougir d'attribuer des qualités morales à un être purement passif et de regarder un au« tomate comme un agent moral,
3^ Nous ferons voir que Dieu ne déroge point à sa sagesse, mais qu'il la démontre en arrêtant, par miracle, le cours d'une loi de la nature. Par là il fait sentir aux hommes qu'il est le maître des lois physiques de l'univers, qu'il les a librement éublies, et que le matérialisme est absurde. li réveille l'attention des hommes,' peu touchés de l'ordre journalier de sa providence, et leur intime ainsi ses volontés.
En assujettissant à la douleur les êtres sensibles, il ne contredit point sa bonté : nous l'avons prouvé en traitant la question de l'o* rigine du mal. Les athées conviennent que si l'homme n'est pas heureux en masse, il l'est en détail ; que nous sommes injustes dans le calcul que nous faisons de nos biens et de nos maux* : donc ils justifient eux-mêmesia bonté de Dieu.
Il n'est point contraire à la justice que des créatures innocentes souffrent ici-bas, dès que Dieu promet un bonheur étemel pour prix des souffrances. A*t-on prouvé d*aI>ord qu'il est ici -bas des ftmes absolument innocentes^ exemptes de tout pédié ?
• Syst» de la Nat,^ t. 2, c. S, 8, 9 ; le Bon Sens, $ 5, 7, SO» etc.; Sjrst, social^ part. 1, c. 3.
• Ibid.^ 1. 1 , c. IS, p. 349, etc.
IBBOIiOGIB NA.TimSUC8« Sog
La maxime de Platonne signifie point que nous pouvons ressembler parfaitement à DieU| mais que nous devons imiter ses per* fections autant que des êtres bornés en sont capables. Un roi juste, bon et sage, peut être proposé pour modèle à ses sujets, quoique ses devoirs et les leurs soient fort différents.
Troisième objection. La morale doit être fondée sur des notions constantes et invariables ; on nie peut donc l'appuyer sur l'idée de la divinité ; cette idée varie selon les divers tempéraments des hommes : l'un se figure un Dieu terrible et méchant, l'autre im Dieu bon et porté à la clémence; tous deux abusent de ces notions : le premier pour se tourmenter lui-même et faire du mal aux autres, le second pour se permettre tout ce que ses passions lui suggèrent. Une morale religieuse doit donc varier selon les climats, selon les mœurs des nations, selon le caractère de chaque parti culier.L'idéede Dieu, livrée aux prêtres, devient, entre leurs mains, une arme -redoutable, dont ils se servent au gré de leur intérêt*. Nous abrégeons une invective sur laquelle les incrédules s'étendent avec complaisance.
Réponse. Les philosophes n'ont jamais été d'accord sur la nature de Thomme, sur le vrai bonheur, sur les devoirs les plus palpables de la morale; et ils viennent nous parler des notions constantes et invariables !
De leur propre aveu, Tintérêt et les idées du bonheur varient selon le tempérament, les passions, la tournure d'esprit de chaque |>articulier; les biens et les maux de ce monde ne sont que dans l'opinion; il y a des hommes si mal constitués, qu'ils ne peuvent être heureux que par le crime, etc.^. Ouest donc, dans leur système, la base inébranlable de la morale ? Si les passions altèrent l'idée de l'intérêt et du bonheur, est-il étonnant qu'elles pervertissent aussi ridée de la Divinité, et qu'elles en abusent?
De là même il s'ensuit que la religion et la morale n'ont point du être livrées aux caprices et aux spéculations d'un être aussi variable, aussi faible, aussi insensé que l'homme. Dieu, qui connaissait le limon dont il Ta formé, a sagement révélé à nos premiers pères la religion et la morale; il a voulu en perpétuer d'abord la tradition par les leçons domestiques, et par les pratiques journalières du culte divin. Si les hommes, toujours indociles et méchants, se sont
* Sxst,deiaNat.y t,t,c, 9; i. 2, c. 7 et 9s Le Bon ^e/iJ, S 159. 185, etc. HLt: des Etablisê, des Murop,, t. 7, c. 14, p. 230, etc.
• Jbid., 1. 1, 0. 9 et U ; ife t Esprit, dise. 4, c. 1 1 .
fo nmnwD) la^pttipo»'!» la<iiiiiinde'»e*56iirtpmit'è%*fn«*ei' dos prêtres; ils amnîMhUgés rie ÊkmiUÊm-à l»CFidil»9ii,*erdelifc£CnnsmftttsoiUUe qik'ûxKQUt xeqa%».ÇIba^le»Ai£téTeaà^^gm^kmf^^ |ioml«éié,aké]mi^tpa7 lixAdé^ d«8|préti2a9,^«4Îfr,pair CiiMfaMwlitc, kft qq^ke^Ja stupidité, lfi3 pa8iiOus^di»..pwtJgiilif lyitt tptr ks 8piéciiiatii)ii6,d9s.pbibspphiaa4 ]AS(prâlfeM)^tJûf4^e «iwittrife tocrent des erreiu*^ éUkbik» : .jums .Lavttiis <wu ffWimwynÎMnt toi
Quatrième jobf^tion. Laimoyak T»ti(gi>u<e/«t îii|{iiiissMte,,piibf]|L*il y a jugi^caad. aainbce. de .malfaiuaHrs parmLses.panÎMiis; on ne récouteq4ie.quAiideUe.fa\o]dse.les.pasuoi)s; €«iul^^ oe.eMtgiient.qu6 Dieuune tsoiu^anvkë^.sur. rien. £Ue. est pei3)ioMUBe:en.(Qe qu!elle office aux iiMlfaûeiissde&expiatioDâfacileii;.qiiaBdrh«miiie a £mi du naid à laefi semMablafl,.il «n est quitte {mmit &hiisMJfier devant Dieu. Elle est meurtrière, puisqu elle i^ad l^gilimes et louables toutes les passions dont la religion recueille les fruits. C'est donc en vain que celle-ci se couvre du manteau de l'utilité publique et de Falliance indissoluble qu'elle met entre elle et la morale, à laquelle elle ne cesse de faire la guerre la plus cruelle ^
Réponse. Voyons si la morale des atbées est pkis puissante que la morale religieuse. Ils disent que si un atbée, entraîné par ses passions, paraît oublier ses principes, il tie s'ensuit pas qu'il n'en a point ou qu'ils sont faux; que rien dans ce monde ni dans l'autre ne peut contenir celui qu'une organisation malheureuse et de mauvais exemples invitent au crime, etc.*. Voilà donc, par le fait, la morale de l'athéisme aussi impuissante que la morale religieuse.
Par le principe, tout Tavantage est du côté de celle-ci. Elle porte l'homme à la vertu, et le détourne du vice par trois motifs : par le désir du bien-être, par le repos de la conscience, par la foi des peines et des récompenses futures. Les athées sapent les deux derniers, qui sont les plus forts et les plus solides; ils ne retiennent que le premier, qui, de leur aveu, est très-sujet à manquer.
Celui qui craint Dieu est-il dispensé de craindre les lois, les supplices, la honte ^et l'infamie ? Il ne doit cesser de les redouter que quand ils lui prescrivent ce que Dieu défend. Entendre autre-
* Syst, de la Nat., t. 1, c. 16 ; t. 2, c. 8, 9, 12, 14. U Von Sens, § 165. EncycL, art. Vingtième ajouté.
• /^irf., 1. 1, c. 13; t. 2, c. 12.
souvent un homme yertueiix est forcé de renoncer aux avaiii^s que<iiaf.jW0ÎÀéSiinjuflkrs«MQiQ«ieitt ^WK-CRme K
iLcikii0tl quitte) |O«nftli0MDiltfrdleiianLBiau.Il(i^^ ét^vmA Siemi àiwiîaS'quîil Jie!xépmejksmal fHilia.&it^sî^cela «st |UlssîMe;iiLiifeftU{ioint quitte emâftJefthonmtB d4i«Cril>aii9Beeiiru laiittUK^et Is-dnépris; il:iie;l!flatipoiiit{»DiEeBS)Sa:CinMcieBoey<p^ iui.sepro6henb sofr^comeS) ]»itq[tt:iknelmiauia.pfeB.T»pBPés. Telks sout Jfts.kk^BS' de.ik latérale !reli|^eusey9et::le8(«apîatioiis qé'edle fi»unit...Mais .aaiisosopplîossjnos .adY«ra»nu;dfejdireqarile néssource reste à un malfaiteur dans leur systèBM,.wron.unia«ei;^)e
Il est faux que'la reljgîonijuAtifie ouiappiouvelfisipaMieBS dont ette.ceoueiU&kgftuit; eltetoond«nfie';t€mtes:lesfasaiaBS,*«rfine le fin]ai.2à)«;^eUe prosGrit.toas.ks.Gnttuea^niAraB'jCobiM du^vétexOe de tfdm le bîoL I«mai«rielfe.n'a irciieiUi ie^lhiitidkuiuui'mflie; oelte floanière de ,latservic;ne. Jai a. jamais 'ftiit^'CpB du^mal. JEa ifi- QMPpeaseyJa jnaomfoteles lalhées loaiirwwae towsi les vergues^ dèsqu'ils «sfireB t Jcui^lume contre la . vtUfjimt ; kts edomnîe^eaiiwMtîires, fe mensonge, la malignité, la jalousie^ ia iwogflanceL^^liettBS '«mtikuvs
(^'ii^«èii»:«>^câfof9.>L'h<MxuMe>«si:fliaâhefiHniiz efeméefaaat^: or, iLn^est-pniiir'tel.paEr<sa jiaiuxe^ daoD.ctmt la reUgûmœtAts «nttDBS iostilxttionsaqin ïont l^rvati \
i^of>A».iQlli7aocQrdera.noâ adrexsairea^? «kll'inw^ Tun dk«aii?e eux^ guetteras ks hommes.soientrHBs lnias.*4.. o'«st qtiel«|iMfi»is. feâbàfteaburist» leploa fîî|Km quiiaoutiantle^plus vî/v«me«t ja.JkoBlé oôgineUe des homatts K » Hadit^aittiurB que Ihomne R-est m ]MQn]|[iii méeliant parrintuBe,.nnftisoiniii6 à son intoMt ^^Ilixaonnrâtnt.cepandattt cptil y ;a des.faonnMaais6«B;malheureusementpéspciicpepouvaigiétreh«in?fa?xqMepgrdegaietioiis (pLiiAes,mèBtnft:à.la.GrèTe ^. Ges^docftciirsusuUnBi^vsùlisiit^ fonder .la .-moade' sur la nature de.lluNiiine^est.ilSjne sarwrt pM^atteore-si ostte iiature^at bonae ou manvaise : les ullS.sanlti€Illlen^que>G'«st uned)irute;.lesafutces^jqu*ilaune Ame raiaannaUe. Un; système est
• Sxsf. de la Nat,^ 1. 1, c. 15, p. 318, 324. « Jbid,t. !, C.9, p. 149.
» De VHommey U 2, p. 14 et 15.
* De V Esprit^ 2* dise, c 5et 23.
« Ibid., dise. 4, c. \\\Sxst, delà Nat.,t, l,c.9,p. 133.
Si a TuoiiOGiB hatukbllb.
fort ayaacé lorsque la première pierre die Tédifice n'est pas encore posée. i*^^y
L'homme a été malheureux et méchant plus ou moins, selon les circonstances. Il Fa été moins lorsqu'il a eu une religion yraie, une morale pure, des lois sages, des usages raisonnables; donc ce n'est : ni la religion, ni les institutions qui le pervertissent. Il l'a été da* vantage lorsqu'il a eu une religion et une morale fausse, des-lois absurdes, des usages insensés ; mais qui les lui a donnés ? Lui-même en est l'auteur, et les institutions pernicieuses ont été l'ouvrage de sa perversité même; donc, s'il est juste de blâmer les mauvaises institutions, il est absurde de réprouver en général les liens qui enchaînent les passions.
Selon un matérialiste, les passions ne sont dangereuses que parce que nos institutions les tournent air mal '.
Fausse maxime ; elle est réfutée par l'auteur même. « L'imagination, dit-il, quaild elle s'égarfe, produit le fanatisme, les terreurs religieuses, le zèle inconsidéré, les frénésies, les grands crimes ^. L'imagination n'est réglée que lorsque l'organisation est heureuse \.. Il 7 a peu d'hommes qui jouissent réellement de la raison ; la plupart, soit par le vice de l'organisation, soit par d'autres causes, n'ont que des idées fausses, etc.^
C'est avouer clairement, i^ que la source première des erreurs humaines, des fausses institutions, etc., est le défaut naturel du tempérament et de l'organisation ; !k^ qu'il est peu d'hommes qui ne soient nés malheureux et méchant^ puisqu'il y en a peu qui jouissent naturellement de la raison; 3^ que les passions nées de cette organisation vicieuse sont dangereuses par elles-mêmes, et . indépendamment de toute institution ; 4^ que fonder la morale sur la nature^ sur l'intérêt, sur le sentiment, c'est lui donner pour base, dans la plupart des hommes, une organisation défectueuse, un tempérament vicié, une imagination déréglée, une raison aveugle, un cœur pervers : excellent appui pour la morale !
Sixième 'objection. Dans le système d'une morale religieuse, les théologiens jusqu'ici n'ont su donner une définition vraie de la vertu. On dit sans cesse aux hommes de faire le bien, parce que Dieu le veut; jamais on ne leur a dit ce que c'est que bien faire;
* Syst, de la Nat.^ t. 1, p. 149, 155.
* Jbid.^ p. 129.
» Ibid., p. 130.
</6/</.yt.l,p. 13!L C
ÏHEOLOGIS NÀtVAËLLE. 5l^
jamais on n'a pu leur apprendre ce que c'était que Dieu, ni ce qu'il voulait que Ton fit '.
Réponse, Dieu lùiménie, dès la création, a dit aux hommes ce qu'il est, et ce qu il veut qu'ils fassent; il leur a enseigné qu'il est leur créateur, leur maître, leur père et leur bienfaiteur, leur juge et leur rémunérateur. Il leur a fait connaître' qu'ils lui doivent la reconnaissance et l'amour, la foi à sa parole, Vobéisisance à ses lois, la confiance à ses promesses, la soumission à sa providence ; que ihomme doit à soi-même de conserver sa vie, d'user avec modération des biens de ce monde, de réprimer les passions qui troublent sa raison et son bonheur; quil doit à ses semblables l'amour, les services, les bienfaits, la reconnaissance, la subordination, la sincérité, la fidélité, la justice. La vertu est l'accomplissement de ces devoirs différents : telle a été la croyance et la morale de nos premiers pères.
Les philosophes ont-ils mieux défini la vertu que les théologiens? C'est, disent-ils, ce qui est vraiment et constamment utile à l'homme vivant en société, i** Ils supposent que l'homme ne doit rien à Dieu ni à soi-même; que toute vertu regarde directemert le prochain. C'est une erreur. 7? Mourir pour sa patrie est sans doute un acte de vertu très-utile à la société; mais la question est de savoir en quel sens il est utile à celui qui fait ce sacrifice. 3^ Ils ne jugent d'une action que par ses effets, sans avoir égard à l'intention, à la volonté, à la liberté de celui qui Ta faite : autre erreur dont nous avons démontré l'absurdité. 4^ Us n'ont pas seulement coniprislesensdumot'V^r^w, quisignifie laybrce de l'âme : de quelle force avons-nous besoin pour céder, à notre intérêt, au désir du bonheur, à la sensibilité physique ? Ce n'est pas le cas de nous vanter leur merveilleuse définition.
Septième objection. L'obligation de pratiquer la vertu ne peut être fondée sur l'espérance des récompenses, ni sur la crainte des châtiments de l'autre vie : on pose pour principe que Dieu ne nous doit rien. S'il est juste, il ne peut nous punir de nos faiblesses^; elles sont un apanage nécessaire de la nature qu'il nous a donnée ^.
Réponse, Nous avons déjà remarqué ailleurs la contradiction de nos adversaires; ils soutiennent que Dieu ne peut pas punir, sans injustice, des actions nécessaires, et ils prétendent que la société peut les punir avec justice.
• Syst. de la Nat.^ t. 2, c. 9, Dote, p. 274.
• Jbid., X, 2, c. 3, 7, 10. Le Bon Sens, S 30, «0, etc.
iT, III. • 33
5l4 TBB0LO6IB NATUESI^U.
Dieu ne nous doit rien en rigueur, pas même rexistence, mais dès qu'il nous Ta donnée, il nous doit, en vertu de sa bonté et de sa vérité suprême, tout ce qu'il nous a promis. Or, il nous a promis les attentions de sa providence, la récompense des vertus, la punition des crimes ou en ce monde ou en Tautre; il est incapable de manquer à sa parole.
Un Dieu juste ne peut pas punir des faiblesses involontaires ; mais il punira tous les crimes libres et volontaires, auxquels les incrédules donnent faussement le nom de faiblesses, parce qu ils ne veulent faire aucun effort pour se vaincre et pour résister à leurs mauvaises inclinations.
Des raisonnements aussi frivoles que ceux qu'ils nous opposent, n étoufferont jamais la voix de la nature, ni la persuasion générale dans laquelle le genre humain a été depuis le commencement du monde, que Dieu est le dispensateur des biens et des maux ; que sa justice met une différence entre le sort des bons et celui des méchants. Les anciens législateurs regardaient ce dogme commf le fondement de toute société ' ; ils auraient proscrit tout citoyen qui aurait fait profession de Tattaquer. Lorsque les philosophes modernes auront formé des sociétés sans religion^ et que leur morale y aura fait régner la paix et le bonheur, nous pourrons croire qu'ils sont plus habiles que les anciens, et que leur doctrine mérite plus de confiance.
Huitième objection. Selon Hobbes, si Ton admet une loi natur^elle et divine, on ôte toute la force aux lois civiles, on donne aux membres de la société une occasion de les enfreindre, sous prétexte qu elles sont contraires à la loi de Dieu : c^est donc une source continuelle de révoltes, de séditions, d'anarchie, dans l'état civil.
Réponse. La philosophie offre plus de prétextes que la religion de mépriser et d'enfreindre les lois. Selon nos politiques incrédules, la plupart de nos lois sont absurdes et contraires au droit de la nature ; elles sont Touvrage de l'ignorance, de la superstition, de l'esprit oppresseur, etc. Un peuple imbu de ces maximes serait certainement plus tenté de se révolter et de désobéir, qu'un peuple solidement et sincèrement religieux.
S'il n'y avait point de loi naturelle et divine, les chefs de sociétés, qui ne peuvent être liés par leurs propres lois, ne seraient retenus que par la crainte des révoltes. Une multitude, convaincue
* Voir le Prologue des lois de Zaleucus, dans Stobée et dans Gicéron, de Legibus, l. 1.
que «es c^efs fv*ônt point d'autre ^ern, se Fera un point de pôtîâque de les intimider, se montrera toujours prête à secouer le ^àug de t'autorité; c*est'le conseil que lui donnent hôs sages philosophes^. De son côté, le gouvernement, rebuté par ce caractère Hidoeile, bandera tous s^s ressorts pour dompter la multitude par la force^ La s^été et ses -chefs seront donc toujours dand une défiance motuèlle, toujours laiix prises, sans affection réciproque . ce combat ne pourra finir que par la serrhiide, ou par f anarchie
De la croyance d*un Dieu et d'uite loiTiaturëlle, qui défend également la révolte et l'oppression, résultdtit le repos, la sécurité, la confiance mtttaeHe de la société et dé ises chefs, la force et la majesté des lois. «Les chefs n'abuseront point de f autorité, tant qu'ils se sottviendpo^nt qu4l y a un Diett vengeur des droits du peuple ; et le peuple respectera Tautorrté, tant qu'il sera persuadé qu'elle vient de Dieu, que c'est lui qtti commande Tobéissance pour le plus grand bien de tous.
Dans le système de Hobbes, la force des lois civiles ne porte que sur une convention; mais s'il n'y a point de loi naturelle qui ordonne d'exécuter les conventions que Ton a faites, de quoi serventelles? Les promesses, les engagements, les serments ne sont que des paroles : il est aussi aisé -de l'ompre ce lien fHvole que de le' former : sans le dogme d'un Dieu législateur, toute obligation morale est chimérique; terot d'un côté, impuissance de l'autre, voilà tout le lien des sûeiétés humaines ^
Tantôt les pUlosopfaes olgectent que l'hypotbèse d'une loi naturelle divine, qm coamwàde l'obéissance an peuple, n'aboutit qua le resdre esclave (tantôt que c'est pont lui un prétexte de se révolter : c'est au contraire k morale de l'athéisme qui doit nécessairem^t ppodwe l'tm ou r^iicre ide ces deux effets. Les* mêmes objections reviendront contre la inégale du dhristianisme ; c'est à elle principaleiiient que les incrédules ont déclaré la guerre.
Il est fléfà: démontré que leurs principes sont faux, leurs conséquences absurdes, leurs reproches Inal fondés, qu'ils n'entendent pas plus le sens du terme loi que celui du mot vertu ^.
§ IV. Promulgation de la loi morale.
La loi morale existé, et elle est connue de l'humanité; cela est incontestable. Cette connaissance est fournie immédiatement à
* Syst, de la JW«^., 1. 1, c,9, p« 145. Hist, des Etabliss, des Europ.j t. 1, p,,42*
* TertulK, ^pol,^ c. 46. . .
* Bergier, Traité de la vraie Helighon^ t. 3. *
5l6 THBOLOGIS IVATURELLB.
chaque indÎTidu par le dictamen de sa conscience; c'est encore une vérité certaine, car nul n est obligé à une loi qu'il ne peut connaître, et nul ne peut connaître ni juger avec la raison et la conscience d'autrui. Le témoignage de la conscience est donc, relativement à chacun de nous, Tinterprète de la loi, le ficaire de Dieuy chargé de promulguer sa volonté au fond du cœur.
Bienn estplusconforme àlanature que cet instinct moraly quand il se révèle, quand il grandit et fonctionne dans tous les détails de la vie. Mais pour qu'il naisse, se développe et persévère, certaines conditions lui sont indi^ensables. Il a cela de commun arec toutes nos autres facultés psychologiques, et particulièrement avec celle de la parole. La première de ces conditions, c'est l'éducation sociale. Tout le monde convient .que Tisolement absolu étouffe Fintelligence, ou, pour mieux dire, l'eropéche d^édore; il en est de même du sens moral'. C'est ce qui montre que le seul vrai état de nature est l'état social. Sans doute, Téducation ne crée ni lintelligence, ni la vérité ; mais elle transmet la vérité à rintelligen«?e naissante qui a besoih de cette manifestation, comme l'œil le mieux organisé a besoin de lumière pour discerner les objets. L'éducation ne crée pas non plus cette faculté morale, que nous avons reconnue, avec Duguald-Stevrart, pour un prif^ipeprimitif At notre nature, ni les vérités ou les règles obligatoires de la loi éternelle ; mais la manifestation de ces règles est le moyen excitateur de la faculté morale, et ce moyen est absolument indispensable. Ceux donc qui ont dit que chaque individu peut par lui-même s'élever à la connaissance de la loi, et devenir un être moral, ont dit une grande absurdité^ L'homme ne possède rien en ce genre, sans en avoir reçu au moins les élépents, à l'aide desquels il peut s'élever plus haut, et surpasser même ceux qui lurent ses premiers maîtres. Des philosophes qui n'éiSiient rien moins que des prodiges de vertu, et qui joignaient le langage de Zenon aux mœurs d'Epicure, ont déclamé pompeusement contre les vices sociaux que l'éducation transmet, et contre les crimes que la société enfante. De tout quoi ils ont conclu queT homme nait bon, et que la société le déprave; et que l'homme qui pense est un animal dépravé. C'était reconnaître
* Cette Tërité est démontrée sans réplique par l'exemple des sourds- muets de nftiSianoCt qui ne se doutent pas de la différence morale du bien et du mal^ et qui sont en quelque sorte réduits à la condition des bétes% comme Tatlesteot tous ceux qui s'en sont occupés. Ces témoignages ont été recueillis par M. Montagne, dans ses Recherches sur les connaissances des sourds^ntueis,
* Si c'est dans ce sens qu'on entend les expressions de loi naturelle^ nous disons hardiment qu'il n'y a pas de loi naturelle*
niotooiB NATtmuLit. Si7
que, sans l*éducatioii sociftle, rhomme ne peut avoir ni pensées, ni sentiments moraux, et que toute son existence se concentre dans la sensation et Tappétit brutal. Or, je le demande à quiconque n a pas abjuré le sens commun, quel genre de bonté possède-t-U dans un tel état, sinon la bonté des loups et des dromadaires? En rappelant ces honteuses lubies, on en rougit moins pour le misan» thrope qui les publia, que pour la foule des niais qui les adoptèrent comme base d'une vaste régénération morale, sociale et politique..! Il est du moins reconnu, même par les ennemis de la vie sociale^ que cette vie est la condition essentielle de tout ce qu'il y a de noble et de bon dans l'hoitime, et que sans elle nul individu ne parviendrait au développement de sa faculté morale.
Une conséquence à tirer de là, c est que jamais la société humaine n*a existé sans posséder avec plus ou moins de développe* ment les principes qui constituent Tordre moral. A quelque époque que Ton veuille remonter, on trouvera toujours ces principes in« stalles dans les intelligences, poiur présider à toutes les phases, de la vie sociale. Autrement, il fondrait supposer que quelqu'un a in<» ▼enté la morale et créé la conscience, ce qui est absolument impôs** sible.
Donc, la loi morale a dA être, dans l'origine, manifestée, réifélée aux hommes par lauteur de la nature. Indépendamment de toute donnée positive fournie par l'histoire, cette assertion ne nous paraît pas susceptible d'être contestée. Si Dieu n'avait pas lui-même confié le dépôt de sa loi à la conscience du genre humain, jamais cette conscience ne l'eût devinée. L'homme la tient de la société^ la société la tient de Dieu. C'est une chaîne qui rattache la terre au ciel. Nous pourrions encore sur ce point invoquer l'appui des traditions religieuses de tous les peuples, comme nous Tavons fait pour constater l'existence même de Tordre moral. L'histoire a conservé le nom des grands législateurs dont le génie puissant consiU tua de grandes nations, ou les rendit florissantes en j introduisant de sages réformes basées sur les idées morales; mais nous i^ lisons nulle part que ces idées aient été découvertes par ces célèbres personnages. D'ailleurs, comme nous Tavons déjà dit, Tarchéologie, en remuant les débris de Tantiquité et en remontant au berceau des peuples, a pu se convaincre que les enseignements de la morale se trouvent toujours consignés avec ceux de la religion dans les livres sacrés qui ont survécu aux révolutions des empires. '
5i8 T94<M>0<&U N4TW»bl«ii
Ainsi| la promulgation, de la lui- indrale. esl originairemeat di- TÎne comme cette loi même.
Voulez-vous savoir maintenant comment cet ëlémeiit céleste s*est conservé parmi les hommes,. et quelle influwce il y a exercée ? lisez Thistoire, examinez et comparez les diyeraes législations, étudiez les mœurs des peuples connus. Après ces recherches exécutées consciencieusement,, il me semble que vous arsfiverez aux conclusions suivantes :
i^ Uhomme^ sous le rapport moral,, a été généralement ce que rédueation privée ou publique Ta fait;
a^ L'éducation a toujours été ea rapport avec le degré de moralité qui régnait dans la société;
3^ La moralité sociale, soit dans les temps anciens, soit dans les temps modernes^ a presque toujours plus perdu qu elle n*a gagné aux raisonnements de la phik>Bophie;
4" Les meilleures lois ont toujours échoué contre les mauvaises mœurs, au lieu de les réformer;
5^ C'est renseignement reiigieiï'x (fui a toujours eu le plus d'influence sur la morale privée et publique, soit pour la dépraver, soit pour Taméliorer. Ainsi, comme les destinées des peuples sont liées à celles de la morale, les destinées de la morale sont indissolublement liées à celles de la religion. Là où règpe Timpiété, là doit régner, dans la même progression, Tabàtardissement des consciences et rinimoralité la plus monstrueuse, traînant à sa suite les calamités de tout genre. Là où règne une religion imparfaite, corrompue dans ses enseignements et dans les pratiques de son culte, comme était le polythéisme', là doit^e produire aussi Tim-
^ Cette ÎDflupnce du culte reHgieux sar les mœurs semble contredite par les paroles de Rousseau que nuus a?oiis citées : la chaste Lucrèce adoraU t impudique Vénus^ ctc Mais il est rare que Rousseau u*ex tgère pas, alors même qu'il est dans le vrai Ses paroles éluquente.H prouvent sans doute la force de l'iustUiet moral; cep<»odant elles ne p* uvent pas détruire la certitude que nous avons des désordres abominables auxquels le paganÀsine entraînait les peuples, et de la réaction salutaire qui s'opéra subitement parmi ceu;i^ qui reçurent la loi érangélique
« Je pourrais, dit à ee sujet Bavrnel, vous nier, atec rhi«fofte, ce contraste appirent d'une chaste Lucrèce aux pieds de cea autfla Uibffiqiaes^ parce qu'à cette époque les mœurs ne souffraient pas encore dans Rome de pareils sacriices; parce f|ue. dMns les temps où Rome les admit, celles qui pénétraient dans les: tcmp&es de Fh>Fe, de Vénu?ty de C^bèle^ae s^en jwtonvnatent pas aaos doute ea pi us «chastes vestale9;mai$ accordons au moivs- ài^boiuievr le puibfo«r de rétetllef la honte; cet Honneur lui-méme, dernière ressource de i'jnstinct pu- Mfe^c€MMîlii0*U«4kfiH)ii^ene6re éèMBfA«v#-t-4t son tdfl6enfe dans Pém pire Atx mœurs, quand le culte, leçon toujours active et touiours imposantet^
peffeetkm et la corniptioii des mœurs privées' et publiques, jus- <{u'à ce que Tëtat social, miné dans ses fondements, s*écronle et épouvante les générations futures par la grandeur de ses désastres. Là où règne une religion vraie, parfaite dans ses enseignements, pure et sainte dans son culte, là on pourra observer une amélioration constante dans les mœurs, dans les coutumes, dans les lois, jusqu'à ce que renseignement divin ayant vaincu la grossièreté primitive des hommes, ceux-ci étonnetit l'univers par Téclat de leurs vertus, et par les prodiges de leur civilisation.
Ces pro|^ositions sont à nos yeux autant d'axiomes basés sur l'expérience universelle. Depuis bientôt cent années de déclama^tions, de subtilités, de dévergondage, de fureurs philosophiques, loin d'avoir été démenties, elles n'ont fait que recevoir une nou* velle et solennelle sanction par la contre-épreute des événements qui ont bouleversé le monde.
préconise ces mêmes passions qui l'ayaient dénaturé pour s*en faire un appui? Les peuples pouvaient-ils se reprocher des crimes qui n^étaient que l^bistoire de leurs dieux ? Pouvaient-ils redouter leurs vengeances, ou écouter la honte, la crainte, les remords, quand le ciel ne leur offrait que des exemples?....
» Vou.« me montrez untchasie Lucrèce sacrifiant à Vénus; mais l'histoire vous montre, avec Platoa« des nations entières entraînées dans les amours lesplus infâmes par ce vil Ganimède, et ce dieu qui venait jusque sur les théâtres enhardir la jeunesse à la séduction. (Plat.,<2e L^.^ 1. — Ptaut., Amph, —Ter.» Eunuch,) Mais l'antiquité même, déplorant riofluenoe désastreuse d'un culte créé par les passions, et qui vient ensuite à l'appui des passions, ne voit d^ntces prières insensées des peuples que le vœu du brigandage, dans l'affectation d#v publier les infamies des dieux, d'étaler leurs images obscènes, que l'aliment du crime et le désir d'autoriser leurs propres désordres. (V. Lucian. /)/«/. Amor, — Juv., Sot, — HoF., Epist, — Senec., de Vita àeata.)
» Coavenons*eny lea peuples^ d»DS ces temps antérieurs à l*Bvangile, étalent précisément oe qu'étaient leurs dieux, enchataiés par les sens, dégradés pàf la volupté, flétris par tous les vices. Sous le toit paternel comme dans les temples, tout annonce le silenceterribledes'rertas, rinstinet moral sans force et sansactl* vite- (Barruel, les Provinciales pkitosoph,^ observât, sur la lettre LXiv, art. 2.) »
Il faut lire dans les Pères de l'Eglise, surtout dans la Cité de Dieu par saint Augustin, la peinture du débordement effroyable que provoquait le culte des faux dieux. Témoins irrécusables de tant d'infamies, ces saints docteurs en concluaient qu'on devait abhorrer une religion capable de les inspirer. Ce qu'il y a d*étoDnaDt, c'est que, sons l'empire du cbristianii»me, on se soit mis à enseigner gratementâ la jeunesse les fables dégoûtantes du polythéisme. On devrait du ttiohis faire entendre aux élèves de nos écoles qu'on n'exige ce genre d^études qtiepour l'Intelligence des auteurs classiques de ta Grèce et de Rome; et ensuite, On ne devrait' pas traiter avec tant d'arroga ice les pieuses exagérations de la piélédtins' les siècles du moyen âge. ApT& tdut, la Légende dorée n'est pas dtfttgereose pouf ies mœtnucomme Ift'Blytholdgte.
Dans ses Etudes historiques, M. de Chateaubriand présente aussi admirabl«iiieot le contraste entre les mœurs du vieux monde païen qui finit, et celta» dû monde chrétien qui commence:
5aO THBOLOGIB HA^TVlUKIiLE.
Nous pouvons donc dire en toute assurance que la loi morale est promulguée par Torgane de la religion '. Hors de là, malgré les efforts louables de quelques estimables raisonneurs \ il n y a chez les uns que scepticisme, et chez les autres qu'abrutissement et barbarie.
* L'iiDpiiisMDce de la philosophie à fonder la morale est maintenant dëmon* trée plus que jamais. I^a foule des écrivains qui ont inondé le x\iir siècle n'a fait que renverser, Tun après Tautre, tous les principes de la loi naturelle, et noyer le bon sens dans nn déloge d'obscénités. On peut voir le tableau de leurs Gontradicllonset de leurs infamies dans les Uehiennes^ par Barruel ;daB9 V Examen du àtatérialisme^ par Bergicr \ dans le Philosophe catéchiste^ |*ar Fabbé Pey ; dans le Catéchisme des CaeouacSy^^r Tabbé de Saint-Cyr. Ce dernier ternUne son ouvrage par ces paroles :
Gur baec portenta refellam ?
Exposuisse sat est.
On trouve, il est vrai, quelques belles maximes disséminées dans ces auteurs: mais, 1** quelle force peut avoir la vérité lorsqu'elle est sans cesse contredite par Terreur? 2^ Dans ces ouvrages, aucun principe n'est posé avec fermeté, parce que la faible Raison s'embarrasse dans mille subtilités, et que le ^ceptici8me coule à pleins bords. 3** A quoi sert d'énoncer gravement un principe de morale, si on le fait précéder ou suivre des peintures lascives du vice? Alors la philosophie tombe dans le même inconvénient que le théâtre: elle démoralise en moralisant ; elle infecte Jusqu'au remède qui devrait guérir; elle se sert de l'imagination comme d'un piège pour piper l'esprit et le cœur. 4° Enftsv on peut dire en toute assurance que, quand nos philosophes ont produit quelque chose de bon, ils l'ont puisé dans les principes évangéliques, dans la raison chré» tienne f contre laquelle ils se déchaînaient pourtant avec fureur. Ils n'ont rien inventé, pas même le mal, puisqu'ils l'ont pris dans les écrivains orduriers de tous les siècles.
* J'entends par là les hommes consciencieux qui se rattachent à l'éclectisme du SIX* siècle, parce que cette philosophie leur parattf un sage milieu entre le matérialisme dont ils ont horreur et la religion chrétienne dont ils craignent l'inflexible enseignement. Koua sommes loin de les confondre avec la lie philosophique du club d'Holbach ; nous apprécions même les services qu'ils ont rendus à la vérité, et nous sommes heureux de les citer à Tappui de nos principes. Mais nous regrettons de les Toir s'arrêter dans un milieu vague, et creuser un terrain sans consistance pour y bStir une religion naiure/te et une morale naturelle qu'il faudra sans cesse défaire et refaire au gré de ce qu'on nomme le progrès indéfini de l'humanité. Leur morale, toute de glace, ne parle pas au cœur, et leurs raisonnements subtils ne disent rien à l'esprit de la multitude. Je n'en donnerai qu'un exemple tiré des Fragments de philosophie^ par H. Victor Cousin, p. 422.
a La sensation comme le sentiment, le sentiment comme la sensation, tont ce qu'on nomme plaisir et peine, soit des sens» soit de l'esprit, soit de l'Ame, a des nuances et des degrés. Tout plaisir, toute peine est variable : conçus dans l'avenir, le plaisir et la peine ne changent point de nature, ils sont toujours eux-mêmes, ih sont toujours sensibles, ils sont toujours variables : ila ne peu* Tcnt donc, ni dans l'avenir, ni dans le présent, fournir un élément scientUkpie capable de fonder la loi morale.
9 Où donc est cette loi, et d'où peut-on la tirer? Le système de la sensibilité est convaincu de ne pouvoir la donner, puisque le variable ne saurait donner
Ces Téritës ont tellement frappé les esprits droits, qu'ils ont toujours regardé comme déraisonnables et désastreux les efforts faits pour séparer la morale de la religion qui en est la racine.
« On se tromperait étrangement, disait Barthélémy de Félicei si Ton s'imaginait que les premiers hommes, ceux mêmes qui se sont rendus illustres par la perfection de leurs vertus, fussent des philosophes proprement ainsi nommés, je veux dire des savants qui, ayant fait des cours réglés d'études, proposaient avec méthode leurs connaissances. Cette science des mœurs, cet art de bien vivre qu'ils enseignaient, ne ressemblaient point pour la forme à ce que nous nommons aujourd'hui une science, un système raisonné, un cours de philosophie morale, un corps de droit naturel. Ces systèmes complets et scientifiques n'ont été connus que fort tard.
» Dans les premiers âges, un guide plus sûr que tous nos traUés dirigeait les hommes. Certains faits bien avérés, certaines véritéa regardées comme indubitables, et continuées fréquemment par des faits nouveaux, étaient pour eux des principes évidents, des axiomes sur lesquels le sophisme ne s'était pas encore exercé, et qu'une fausse philosophie n'avait pas encore rendus douteux. De ce principe, comme d'une source féconde^ san^ beaucoup de raisonnements, mais comme par un seul coup d'œil, chacun tirait par des conséquences certaines, dont l'âme sentait la justesse, des règles sûres de conduite, des directions pour les démarches que loccasion requérait. Un père,. sans philosopher, donnait ces pré* ceptes à ces enfants, un chef de peuple à ceux qu'il gouvernait. Toute la morale consistait dans ces préceptes que Ton expliquait simplement, avec vérité, avec clarté, en forme d'axiomes incontestables, dont personne ne s'avisait de penser qu'il fût permis de
s'écarter sans agiter aucune question sur la distinction du juste
et de l'injuste, on ne les confondait point : on estimait et Ton re-,
le fixe. Le mo/, autre sphère d*obserTatioD, ne peat la (ènder pareillement, pufs-^ que le moi» arbitraire et individuel^ ne saurait fonder une loi immuable et universelle. Où donc chercher le caractère de la loi? N'y a-t-il point d*autrc sphère observa ble d*où puisse sortir l'absolu? car tel est le problème scientiflS|ne : trouver par Cobstrvation un principe absolu : un principe absolu^ pour que la loi soit elle*m6me, et ne puisse être antre qu'elle-même ; et le trouver par l'observation, pour que la loi soit réelle et légitimement applicable à l*homme.
» La solution de ce problème le trouve dans la sphère de la raison : c*est là qu'en éliminant tous les caractères deréflexivité qui sabjecti?ent les conceptions rationnelles, on trouye dans l'aperception pure, dans l'éf idence intuifÎTe, les principes absolus dont la science a besoin pour se fonder, et l'homme pbor se conduire. »
commandait l'un comme la volonté de Dieu, on blâmait et Ton défendait rautfe comme une désobéissance à l'Être suprêine...»
» Telle fut en général la méthode des premiers écrivains, inspirés ou non inspirés. Telle est l'idée qu'ils nous donnent de la morale de leur temps et des temps qui les ont précédés. Il suffit de lire les livres sacrés du P'ieux Testament pour s'assurer de la vérité de ce que nous venons de dire Les auteurs non inspirés ne
portent pas à cet égard un autre caractère. Historiens^ poètes, moralistes, jusqu'à la fondation des éctAes philosophiques chez les Grecs, aucun ne donne de traité raisonné de morale. Cependant on ne laisse pas de trouver chez eux tous les fondements de Vart de bien vivre, tous les principes de la morale, tous les motifs réels de la vertu, et la plupart des préceptes essentiels d'une vie réglée et estimable
» La morale perdit cette utile simplicité, lorsque les philosophes se mirent à la tratrer..... Le système de lun fut c<»mfoattu par les partisatfS' d'un nouveau système. Les uns pour attaquer, les autres pour se défendre, tous pour l'honneur de la victoire, affirmèrent et nièrent les propositions, suivant qu'elles leur étaient favorables ou contraires. Oti rendit douteux les principes, on en vint même à
les nier absolument Il fallut de nouvelles recherches, des
études plus approfondies; et, après bien du travail et de Tapplication^ on se trouvait encore incertain à bien des égards. Heureusement pour le genre humain que le gros du peuple, trop ignorant pour prendre part' à ces disputes, les laissa aux philosophes, et continua à re^ecter les antiques maximes, quand nulle passion forte ne s'y opposait '. »
M. de Bonald, dans sa Législation prinUtiçe (t. 3^, eh. 3), rapporte que le docteur Pringlé, président de la Société royale de Londres, mort en 1782, disait tm jour au célèbre De Luc qm lui montrait U 1 livre intitulé : Devoirs de t homme fondés sur la nature : « Tai iÀ pendant plusieurs années professeur de cette prétendue science ; j'avais épuisé les bibliothèques et mon cerveau pour en trouver les fondements. Mais plus je cherchais à persuader mes disciples, moins j'av«i»mo»^ntéine de oonfiance en ce que je leur disais : tellement qu'enfin je repris la médecine qui avait été l'objet de mes premières études Depuis ce temps-là je ne lis aucun ouvrage de morale que la BéMcy et je le* far» toujours a<««c un nouveau plaisir. »
* Principes de droit de là nature et dei gens, diaprés Burljmaqtui' lotrodaction-
Un de nos plu« habiks jurisconsultes, )e eélèbre Domat, s*exprime lânsi ; « Il semble que rien ne deTrait étre^ plus connu des bommes que les premiers principes des lois qui règlent et la conduite de chacun en particulier, et l'ordre de k société qu ils /brament ensemble, et que ceux même qui n'ont pas les lumières de la religion, où nous apprenons quels sont ces principes, devraient au moins les reconnaître en eux-mêmes, puisqu'ils sont gravés dans le fond de notre nature. Cependant on voit que les plus habiles de ceux qui ont ignoré ce que nous enseigne la religion les ont si peu connus, qu'ils ont établi des règles qui les violent et qui les détruisent '. »
Rousseau, le champion déclaré de la loi naturelle, s'exprime ainsi : « Ce n'est point sans surprise et sans scandale qu'on remarque le peu d'accord qui règne sur cette importante maùère entre les divers auteurs qui en ont traité. Parmi les plus grands écrivains^ à peine en trouve-t-on deux qui soient» du même avis sur ce point^ sans parler des anciens philosophes, qui semblent avoir pris à tâche de se contredire entre eux sur les principes les plùsi fondamen* taux... Les modernes définissent k loi naturelle chacun à sa mode.»» et toutes les définitions de ces savants hommes sont en.perpéiuella contradiction... Par la raison seule,, indépendamment de la con"science, on ne peut établir aucune, loi naturelle^
C'est donc à la consiencce, et non à la raison, qu'il appartient de promulguer la loi naturelle. £h bien! voulez-vous connaître quelle est l'autorité de cet organe de la loi ? écoutez le même philosophe : «Je suis convaincu qu'il n'est point d'hoQmie,si honnête qull soit| s'il suivait toujours ce que son cœur lui dicte, qui ne devînt en peu de temps le dernier des scélérats ^ »
Au milieu de ces fluctuations de la philosophie, lorsqu'elle veut établir le fondement et tracer la règle du droit naturel, indépendamment de la religion, la force de la logique a conduit plusieurs écrivains à la négation complète de ce droit, et à l'apothéose des plus ignominieux désirs de l'homme. « Il n'y a pas proprement, disent- ils, de juste ni d'injuste... Tout être animé a le droit de satisfaire tous ses désirs, et le droit général d'employer ses moyens le mieux possible pour atteindre ce but... L'être voulant a tous les
■ Traité des Lois, «It. 1.
* Disetmrsmai i'ofigi/te ée Vkiégmllié, préface. EmUe, 1. 4.
* Fra|c«iCDt f l'une lettre de' Rousseau, éfté dans, les Mémoires et Cnrreipon^ dtmce de' madante' cl*BpiBayv %- 3, p. 192.— Ce philosophe (Snliie, I. 4) ra Jusq&k^k ergoter contre ee preiHt«¥ pHlicipe du droit imturel: Fais' à autrui ce" que tu veux qu'on te fasse»
5^4 TIISOLOGiB NATCaUAE.
droits imaginables... et les droits des autres êtres sensibles, soit d'une autre espèce, soit de la sienne, ne font rien aux siens... Il a le droit de captiyer ou de subjuguer leurs volontés pour les amener à la satisfaction de ses désirs '. »
Quand les systèmes de morale rationnelle mènent à de telles conséquences, il ne reste plus aux âmes honnêtes qu'à se jeter dans les bras de la religion.
$ V. Sanction de la loi morale.
Quoique Yobligation ne soit pas fondée sur la sanction, il est indubitable que toute loi, pour être efficace, a besoin d'être sanctionnée par le législateur; autrement, celui-ci pourrait être accusé d'impuissance ou de folie. La nature de l'homme est telle, qu'il a besoin d*être poussé par des promesses et des menaces à l'accomplissement de ses devoirs les plus sacrés. Il n'y a nulle vertu qui n'exige le sacrifice d'une passion : or, les passions sont des mouvements impétueux du cœur, qui ne peuvent être contrebalancés par la beauté intrinsèque de la morale. Il faut, pour maintenir l'équilibre, qu'un mobile puissant s'oppose à un autre mobile; que la crainte ou l'espérance vienne au secours d'une âme agitée par le tourbillon des passions, et trace autour d'elle un cercle de fer.
Dieu, qui est la sagesse même, et qui connaît les instincts de notre nature, n'a pas dû laisser sa loi sans garanties. Et puisque l'être capable d'agir dans le sens moral est en même temps capable de jouir et de souffrir, et par conséquent d'espérer et de craindre, lemaitre souverain, tout en respectant son libre arbitre, a dû impressionner et stimuler sa volonté par des promesses et des menaces. Si les conséquences de nos actions étaient toujours les mêmes, qui serait assez courageux, ou plutôt assez insensé pour immoler ses plaisirs et ses intérêts au devoir abstrait que la conscience lui manifesterait .^^ Les plus sages seraient alors ceux qui réaliseraient les maximes proclamées à l'école des Helvélius, des La Mettrie, des Volney et des Tracy. Igt
« Destutt de Tracy, Traiié de la volonté^ introduction, n*"' 6 et 7. — t'aoteor de la Religion constatée universellement, qui rapporte ces paroles, ê'ccrie ensuite : « Mais que disons-nous P O ciel ! ceci est justement la morale des tigres et des pourceaux !» — La philosophie da xviii' siècle avaifedéjà dit : « Une Ame mortelle n'a point de devoirs. On lui fUt beaucoup d'bo&ncur de Tooloir la décorer d'une prétendue loi née a?eG elle. Gonmie elle a d'autres idées acquises, elle n*est point la dupe de est lionneiir*]à. » ( Diseiwrs suria viekeit' reuse, p. 33.) .
THKOIiOGIB NATURELLS* 5^5
Quel est rhomme qiûi en portant une loi, n*y joigne une sanction plus ou moins forte, selon fimportance de la chose Commandée, ou la difficulté de la faire? S*îl en est ainsi d'un être imparfait et borné, a plus forte raison ne peut^il pas en être autrement de celui qui est infiniment sage et qui ne peut cesser de youloir le maintien de Tordre qu*il a établi.
'D'ailleurs, cet ordre existant, tout se trouve arrangé par la pensée divine, de telle sorte qu'il ne peut être troublé sans qu'il n'y ait soufiGranoe* Si les créatures inanimées étaient libres de se-soustraire à la volonté qui les enchaîne, et qu elles fussent en même temps capables de souffnr, le trouble qui résulterait de leur rébellion deviendrait la cause de leurs douleurs. Ce qui n'est pas possible pour les êtres matériels est possible pour l'homme, et par conséquent le désordre moral produit par la volonté doit produire tôt ou tard la peine et la souffrance. Le mal physique est la réaction de Tordre moral contre se^infiracteurs. Ainsi, ce n*est pas par une volonté arbitraire, et s'il est permis de le dire, par un caprice de Dieu, que le crime doit être puni ; c'est par une'disposi* tion éternelle de sa providence qui, en établissant cet ordre admirable, a établi les conditions de son existence. Il ne peut pas luimême déroger à cette disposition*
Ce que le raisonnement démontre, les faits le confirment. Si nous pouvions ici nous étendre sur le gouvernement temporel de la Providence, et considérer la justice divine s'exerçant à travers le cours des siècles, tantôt sur les individus, tantôt sur les nations entières, nous arriverions à cette conclusion finale : le bien produit le bien, et le mal produit le mal.
Ainsi, déjà dans cette vie, la vertu n'est pas sans récompense, ni le crime sans châtiment. Les institutions sociales elles-mêmes, le3 lois, les pénalités humaines, indispensables pour le bon ordre des nations et le repos du monde, le sentiment de Thonneur et du déshonneur, la santé et la maladie, la richesse et la pauvreté, tout cela entre dans le plan du Créateur, et concourt à Texéoution de son
infatigable volonté'.
Toutefois, nous avonà dit que Dieu respectait le libre arbitre de Thorame^ c'est ce qui empêche que Tordre troublé ne soit ordinairemeiit réparé sans délai ; c'est ce qui fait que la vertu n est pas
* Let^es naturales prœmiorum et poenarum sanctione ita sant a Deo leflidlatorc confirmatse, ut etiam in liac vita salutaris YÎrtutis efflcicntia valde evideas sit, et homtnuoi intersit UU 8e3caddioere.(Hoock, Religionis naturalis et rêve, latœ principia^ 1. 1, p. 471 ; Paris, 177é.j
toujours suivie de -récompeafte, nileinceduchÉfinienL De là yient qpie les aveugles mortels ae ppéciptoent dans le» voies du crime, espérant toujours quele châtiment neleaaiteinâra'pas. De là vient aussi que les hcmimes justes ae découragent souvent lorsqu'ik ne reçoivent point la récenpeBse de leurs vertas.'Gependant, comme les désordres apparents que nous^v^eyons dans le monde physique ne nousempéohent pas dyreoennattrrmi ordre véritable et toujours persévérant, de mâme les désordnes du monde moral ne doi- Tent pas nous empêcher dy recuennakre une Providence toujours sage, qui mène le monde à ses fins par des voies que nous -ne comprenons pas. La religion chrétienne nous donne surtout ceci des enseignements admirables dont la raison a bien besoin pour ne pas défaillir. La question du bien et du mal est un écueil formidable, où Ton risque de se briser si Ton n'est conduit par la bous* sole de la foi.
Il est vrai de dire néanmoins que la raison trouve un prindpe de solution à toutes les difficultés sérieuses dans la pensée que la vie présente n'est pastoute la durée de l'àme humaine, et que par conséquent l'ordre doit complètement se rétablir dans une vie future. Pensée admirable, où le juste puise la force de persévérer dans la justice, et où le criminel 'trouve une terreur salutaire qui peut le ramener à Fexpiation^