‹ Cours de philosophie chrétienneChapitre 7 sur 67 · DE LA MARNE · texte numérisé non relu

DE LA MARNE

loAifuiftance de roppo9»tkM» du philMophbnc.

En dehors de l'immense concert d'adhésions, d'hommages, d'applaudissements, dont les sciences humaines et les savants environnent la religion, une voix se fait entendre, proférant Aks hnprécations. C'est l'impiété qui maudit, qui blasphème la science sacrée à laquelle tant d'honneurs sont rendus.

Approchons, et voyons quelle est cette accusatrice isolée qui ose parler ainsi.

O ciel! quel monstre! quel horrible assemblage d'organes infcmaoes et dégoûtants! Du fatalisme, des thécvies athées, des principes sceptiques, des maxinies immondes, du jacobinisme enfin, ^roilà de quoi est faite l'impiété. Pétrie Sxrtt amsJgame d'opmions mensées, on trouve en elle le système d'Héradite, niant la pro- Tidence de Dieu et la liberté de Thomme ; celui de Spinosa, (fiaant que la divinité, se compose de pierres, d'eau, de boue, de tout ce que nous voyons; celui de Lucrèce,^ prétendant que l'univers subsiste par hasard dans l'état où nos yeux le contemplent et que tout y arrive sans aucun but ; celui de Dupuis, rejetant une multtitude de faits arérés et affirmant que Jésus-Christ c'est le soleil; €elui de Pyrrhon, soutenant qu'il n'y a rien au monde de certain; celui d'Epicure, assurant qne h sagesse consiste à s'engloutir daas la volupté; cefcri de Destutt de Tracy, invitant les hommes i saiSs&ire sans gène tous leurs désirs ; celui de Robespierre, présentant de noyer la vertu dans le sang de ses héros; et cehii de Tot taire, enseignant à rire comme les idiots de ht vérité et de renrem',

* L^s HeîvienneSf lett. xxxiv et xxxv.

dn bien et du mal, du paasé et de VaTenir. Oui, telle est la substance de Timpiété ; oui, voilà ce que couvre le manteau de pourpre dont elle se drape devant les peuples. Nous en appelons au témoignage de quiconque Fa soulevé.

Elle a des partisans néanmoins; car il est, on le sait, des âmes auxquelles rien ne répugne* Cherchons si parmi eux il se trouve ^Iquun d'une autorité imposante, quelqu'un dont le mérite soit des plus éminents et dont le caractère doive inspirer de la confiance.

Des génies du pUis haut rang qui aient été impies, nous n'en connaissons pas. Des intelligences d'une pénétration étonnante, non plus. Des esprits d'un immense savoir, pas davantage.

Ainsi d'abord nulle autorité scientifique de premier ordre dans le camp du philosophisme.

Les savants qu'on y aperçoit ça et la sont-ils du moins des autontés de second ordre en ce qui concerne la religion ?

n faut remarquer que presque tous l'ont fort mal connue. C'est, véritablen^ent, sans en avoir acquis l'intelligence qu'ils se sont permis de la juger et de la condamner. Leur ignorance à cet égard p^rce de toutes parts dai^s leurs écrits, et un théologien éclairé la surprend pour ainsi dire à chaque page. Aussi voyez les réfutations publiées par les écrivains religieux : elles consistent, en grande partie, uniquement à démentir les suppositions fausses de leurs

Adversaires, à rectifier leurs méprises, à les avertir de leurs bé- Tins.

Au siècle même de la splendeur du philosophisme, un impie Caneux, Dupuis, gémissait de voir les principaux ennemis de la nligion si peu éclairés sur ce qui la constitue. « De nos jours, dioit-il, les {diilosophes sont moins crédules que le peuple, mais il,s ne sont pas plus instruits ^ » ^

M. Benjamin Constant écrivait aussi : « Les auteurs duxviii® siècle qui ont traité les livres saints des Hébreux avec un mépris inélé de fureur jugeaient l'antiquité d'une manière misérablement nperficielle ; et les Juife sont de toutes tes nations celle dont ils ont le plus mêi connu le génie, ie caraetère et les instîti^ tionsidîi^usesw Pour s'égayer avec Voltaire aux dépens d*Ezéohf«l •u de kl Genèmf, ii fimt réunir dc«x4dMses qui reodentcette gaieir Msex triste, la plus profonde ignorance et la friv<rfité la phis éèf

' Origine de tous Im ««Mi«y, t^^dk S.

• De la religion considérée dans seêffnfmm^^$^^^i^. iL Cs Yokaise,. au-

l36 THB0L06IB HATOMILIB;

Or, tout jugement prononcé en des circonstances ou Ton nian«> que d'informations suffisantes nëtant qu'une nrople conjecture, il suit de là que ceux de la plupart des savants impies contre la religion n'ont que fort peu d'autorité.

Il y a en outre des raisons pour réduire ce peu à presqae rien.

La première, c'est qu'en général les hommes, éclairés ou ignorants, qui condamnent la religion, parlent sans conviction. Ils ne sont pas persuadés qu'elle soit d'origine céleste, ils doutent : Toili tout. En de tels cas le devoir est de se taire. Mais les sectateurs de l'impiété n'ont pas coutume de garder cette réserve que la sa* gesse commande. Sans attendre que leur incertitude se dissipe et qu'un peu de persuasion pénètre en leur intelligence, ils pro* noncent, ils maudissent, ils proscrivent.

Le philosophe Bayle, qui les connaissait bien, dit franchement: ft Presque tous ceux qui vivent dans l'irréligion ne font que douter; ils ne parviennent pas à la certitude'.

L'impie Boulanger, dont le témoignage est à cet égard d'un grand poids, écrivait : « Jamais Tincrédulité que les plus grands hommes (d'entre les impies) ont témoignée sur tout ce qui captive le reste de la terre n'a été la suite d'une conviction motivée sur des faits et sur des preuves évidentes et palpables. Ce n'a jamais été que par la seule forc%de leur génie qu'ils ont moins vu que pressenti quels étaient les égarements du monde. Ce n'est que d'après ces pressentiments^, dont les hommes de génie seuls sont capables, qu'ils ont hautement refusé à Terreur Thommage que la vérité seule peut obtenir de ces grands caractères. Aussi est-il arrivé de là que leur génie n'a servi que pour ^ux seuls. Si leurs exemples ont quelquefois ébranlé, ils n*ont pu rien détruire, parce qu'ils n'ont pu convaincre le genre humain, qui demande des

jourd'hui si méprisé des principaux savants, et si dî^ne de Tétre de tout le inonde, n'était guère plus docte en matières profanes qu'en choses sacrées. Oo a fait des volumes de ses erreurs et de ses bévues. 11 n'y a pas longtemps qu'on des plus illu&tres érudits de notre siècle remarquait encore, en traitant de l'histoire indienne, l'ignare impudence de cet homme. « Qu'on examine, disait M. Rémusat, les allégations de Voltaire relatives à l'Inde, dont il aimait à «ppuyer ses opinions systématiques : le plus souvent on les trouvera ou démenties par la chronologie ou positivement contredites par les faits. » ( Recherchts chronologiques sur l'origine de la monarchie lamaique^ insérées dan» les Mémoires de t Institut f t. 7.)

* Ditctionnaire historique et critique^ art. Bion^ note E* .

* C'est-à-dire ces conjectures hasardées.

THB0L06IB HATURSLLB. iSj

preuves et non des presseniiments ou des raisonnements métaphysiques!. »

L*auteur qui parle ainsi ne put lui-même pousser au delà du doute sa propre impiété. Et il en fit un sincère aveu. « Tombé ma* lade, il permet qu'on aille chercher le vicaire de sa paroisse ; il confère avec lui à plusieurs reprises; il s'instruit, il s'éclaire; il avoue qu*il n'a jamais eu que des doutes, des nuages, plutôt qu'une véritable incrédulité, et que les pompeux éloges donnés à ses productions manuscrites dans les sociétés philosophiques l'ont plus animé, plus séduit que tout le reste. Il se confesse avec les témoin gnages du plus vif repentir; fait, en recevant les derniers sacre* ments, une réparation authentique de son irréligion, et exprime de la manière la plus touchante et la plus persuasive ses remords ainsi que l'unique regret qu'il ressent en mourant de ne pouvoir assez réparer tout le mal qu'il a pu faire'. »

On a de ^M• Georget un semblable aveu. Ce médecin célèbre avait parlé,dans son principal ouvrage, d'une manière insultante pour la religion. Quelques années après, en 1 826, il fit sou testament où il dit: « Etais-je bien convaincu de ce que j'écrivais en 1821 ?... Je me rappelle avoir été plus d'une fois agité par une grande incertitude * >»

Voici à ce sujet quelque chose de curieux. « Un bel esprit, fameux par son zèle pour étendre l'iippiété, m'a sincèrement avoué, rapporte Tournemine, qu'il n'omettait rien pour persuader aux autres ce qu'il ne pouvait croire lui-même (contre la religion). Il se flattait du vain espoir qu'il croirait enfin ce qu'il verrait cru de plusieurs, et que le nombre de ceux qu'il aurait convaincus serait pour lui une espèce nouvelle de démonstration *. »

Une deuxième raison qui discrédite grandement les paroles des ennemis de la religion, c'est leur mauvaise foi. Ici qu'on ne nous soupçonne ni de prévention ni de partialité. Les aveux abondent. Et ils sont tels, que nous pouvons nous dispenser de joindre notre vont à celles qui s'élèvent dans les rangs mêmes du philosophisme. Qu'elles seules donc soient entendues.

Montesquieu figura, dans sa jeunesse, parmi les sectateurs des

* T>isserU sur Elle et Enoch^ avant-propos.

Gérard, le Comte de Valmont. ou les Egarements de la raison» lettre 31, note Y.

* Extrait de son testament, et publié dans Tes Archives générales de médecine^ û** de mai 1828.

Tournemine, Réflexions sur V athéisme.

loo THEOLOGIE XfATVRBLUE*

doctrines impies, qn'il abandonna ensuite. « C*est de lui-ménie qu on a su que, toujours chrétien dans le cœur, pénétré au fond de respect pour la religion, le goût du neuf et du singulier, le désir de passer pour un génie supérieur aux préjugés et aux maximes rommaDes, l'envie de plaire et de compter parmi ses admirateurs et ses partisans ces hommes qui, après avoir secoué le joug de tonte dépeadance, s'arrogent un droit suprême à l'estime publique et semblent distribuer à leur gré la gloire et Fimmortalilé, lavaient engagé à tenir le même langage queux. Langage démenti tant de fois jusque dans ses écrits par les aveux que son propre cœur lui arrachait en feveur de la religion '. »

Toussaint avait montré une semblable bassesse. Il s'en repeslit de même. « La veille de sa mort, il invita Thiébault, son colique, à passer le lendemain à dix heures du matin chez lui, pour y ètst témoin d'une cérémonie religieuse qui y aurait lieu. Avant de recevoir le viatique des mains du curé, Toussaint, en présence de ses enfants et de sa femme qui étaient à genoux, ainsi que Thiébault, demanda pardon à Dieu du scandale qu il avait pu donner par sa conduite et par ses écrits, déclarant que, si dans ses ouvrages eu dans ses discours il s'était montré peu chrétien, ce n'ayait jamais été par conviction, mais 'par vanité, ou pour plaire k quelques personnes ^ »

Rajnal « nous apprend dans ses derniers moments que l'î chez lui ne fut jamais que la mauvaise foi du cœur, et que j il ne douta dans sa conscience des vérités blasphémées dans set écrits^. »

Af . Georget, que nous citions tout à l'heure, parle ainsi dans soa testament : « N'étais-je pas dominé par l'envie de £»re du brait et de me grandir en quelque sorte, en attaquant si brutalemoit des croyances généralement reçues et d une grande importance aas yeux de presque tous les hommes ? Ne voulaisrje point dtmneriutt preuve éclatante de courage, en bravant ainsi l'opinion publique? Pour toute réponse à ces questions, je citerai le passage suivant d'un ouvrage de M. de Chateaubriand : Etait-ce bien l'opiaion intime de leurs conscienees que les Encyclopédistes publiatient? Les hommes sont si vains, si faibles, que souvent l'envie de faire

• Gérard, le Comte de Fa/moa^y lettre 31, note Y.

• Biographie universeile, art. Toussaint.

• Proyart, Louis XFI et ses vertus aux prises avec la pen^ersilé de son

Mèclej 1. 9, note 14.

du bruit les fait avancer des choses dont ils ne possèdent pas la GOQTiction '. >»

Au témoignage de d'Alembert, « le désir de n'avoir plus.de firein dans le3 passons, la vanité de ne pas penser comme k multitude, ont bien plus fait d'incrédules que Fillusion des sophismes; ai ikéanœoins on doit appeler incrédules ee grand nombre d'impies qui ne veulent que le paraître, et qui, selon l'expression de Mon* taigne, « tâchent d'être ^ires qu'ils ne peuvent \ »

Rousseau dit des apôtres du philosophisme : « Chacun sait bien (pe son système n'est pas mieux fondé que les autres ^ mais il le soutient, parce qu'il est à lui. Il n'y en a pas un seul qui, venAnt à connaitre le vrai et le faux, ne préférât le mensonge qu'il a trouvé à la vérité découverte par un autre. Où est le philosophe qui pour sa gloire ne tromperait pas volontiers le genre humain ? Où est celui qui dans le secret de son cœur se propose un auikre objet (pie de se distinguer ? Pourvu qu'il s'élève au-dessus du vulgaire, pourvu qu'il efface l'éclat de ses concurrents, que demaiwlet-il de plus P L'essentiel est de penser autrement que les autres. Chez les croyants il est athée ; chez les athées il serait croyant \ »

Le grand maître des prosélytes de l'impiété, l'hypocrite et immonde Voltaire, ii'a-t-il point écrit ces paroles infernales : « le mensonge n'est un vice que quand il fait du mal : c'est une trèsgrande vertu quand il fait du bien *. Soyez donc plus vertueux que jamais. Il faut mentir comme un diable, non pas timidemest, non pas pour un temps, mais hardiment et toujours,*. Les gcands politiques doivent toujours tromper le public ^»

Qu'on écoute maintenant le fameux d'Holbach. « Nous conviendrons, dit-il, que souvent la corruption des moeurs, la débauche, la licence, et même la légèreté d'esprit, peuvent conduire à l'iiaeéligion ou à l'incrédulité. Bien des gens renoncent aux préjugés reçus (à la religion) par vanité et sur parole. Ces prétendus espci|;s forts n'ont rien examiné par eux-mêmes ; ils s'en rapportent à d'autres qu'ils supposent avoir pesé les choses plus mûrement. Ces sortes d'incrédules n'ont donc point d'idées certaines. Nous voyons souvent des hommes corrompus se détromper des préjugés Bdi-

' Archives générales de médecine^ n^ de mai 1828.

* D*Aleinberty de VAbus de la critique en matière de religion,

* Emile^ 1 4.

* On aait ce que Voltaire appcljiU bien, et maL

* OEuvres complètes, correspondaDce générale,, lettre 209 A M. Thieîot, en date du 21 octobre 1736 ; et lettre à M. DamilaTille, datée du 4 février 1762.

l4o ïttBOIiOGlB NATDHEIiIiB.

gieax dont leur esprit a senti la futilité, et conclure très-împrudemment que la morale n*a poiiît de fondements plus réels que la religion. Ils s'imaginent que, celle-ci une fois bannie, il nexiste plus de devoirs pour eux, et qu'ils peuvent dès lors se livrer à toutes sortes d'excès. Si nous remontons à la source de la prétendue philosophie de ces mauvais raisonneurs, nous ne les trouverons point animés d'un amour sincère pour la vérité. Ce n'est point des maux sans nombre que la superstition (la religion) a faits à l'espèce humaine dont nous les verrons touchés. Nous verrons qu'As se sont trouvés gênés des entraves importunes que la religion, quelquefois d'accord avec la raison, mettait à leurs dérèglements. Ainsi c'est leur perversité naturelle qui les rend ennemis de la religion : ils n'y renoncent que lorsqu'elle est raisonnable. C'est la vertu qu'ils haïssent, encore bien plus que l'erreur ou l'absurdité. La superstition leur déplaît non par sa fausseté, mais par ses conséquences fâcheuses, mais par les obtacles qu'elle oppose à'ieurs passions, par les menaces dont elle se sert pour les effrayer, par les fantômes qu'elle emploie pour les forcer d'être vertueux..,. Des hommes livrés au vice peuvent-ils être regardés comme des anus de la sagesse ? Des mortels emportés par le torrent de leurs passions, de leurs habitudes criminelles, de la dissipation, des plaisirs, sont-ils bien en état de chercher la vérité ' ? » .

Assurément non. Et comme tel est le caractère de la plupartdes impies, leurs jugements en matière de religion sont aussi méprisables que leur conduite.

Oh ! que le sage Leibnitz a eu raison de dire: « Si la géométrie s'opposait autant à nos passions et à nos intérêts présents que la morale, nous ne la constesterions et nous ne la violerions guère moins, malgré toutes les démonstrations d'Ëuclide et d'Archimède, qu'on traiterait de rêveries et qu'on croirait pleines de paralogismes ^ .►* »

C'était aussi la pensée de Hobbes et de d'Holbach. Car celui-ci écrivait, à l'appui d'une de ses opinions : * Hobbes dit que si les hommes y trouvaient quelque intérêt, ils douteraient des éléments d'Euclide 3. »

Fondée comme elle Test sur de l'ignorance, des doutes et de la mauvaise foi, l'impiété du plus grand nombre des savants hos-

• Système de la Nature^ part. 2, ch. 13; et Essai sur les préjugés^ ch. 8. ' Leibnitz, cité par M. Eiaiery ; Exposition de la doctrine de Leibnitz.

* Système de la nature^ part. 2, cbé 2.

TBSOLOGIB HATURBLLB. l4x

tiles à la religion doit crouler aux approches de la mort. C'est en effet ce qui arrive ordinairement. Et là se trouve une troisième raison pour évaluer à fort peu de chose la légère autorité qu'iU peuvent avoir en matières religieuses.

Des exemples de conversions remarquables observées sur le$ frontières de la vie sont déjà mentionnés dans les pages qui précèdent. Nous en rapporterons quelques-uns encore.

Le physicien Bouguer, « égaré dans les sentiers d'une fausse philosophie, eut le bonheur d'en être ramené par un sarant reli* gieux et d'avoir une fin très- chré tienne ^ »

Du Marsais « retourna au christianisme dans ses derniers moments ^ •

D'Argens « mourut après avoir manifesté des sentiments et même exercé des pratiques de dévotion que sa vie et ses écrits ne faisaient point attendre de lui ^. »

Helvétius, « qui mourut la même année que d'Argens, donna aussi une rétractation de son livre de VEsprity sous les noms de dés» aveuy de détestatiou formelle et précise de toutes les erreurs dont ce livre est rempli *. »

Voltaire, « durant le séjour qu'il fit en Saxe, tomba dangereusement malade. Dès qu'il connut son état, il demanda un prêtre, lui fit sa confession, et le pressa de lui administrer le sacrement^ qu'il reçut en effet avec des actes de pénitence qui durèrent au* tant que le danger^. » A Paris, « dans la nuit du aS février 17789 un vomissement de sang qu'il venait d'éprouver ayant continué avec violence, il en fut tellement effrayé, que, dès le lendemaia matin a6, il écrivit à un ecclésiastique (M. Gaultier), qui lui avail offert le secours de son ministère, le billet suivant, qui sie trouve consigné dans tous les journaux du temps : « Vous m'aviez promis, > monsieur, de venir pour m* entendre. Je vous prie de vous don- » nerla peine de venir le plus tôt que vous pourrez. (Signé) Vol» •TAIRE. A Paris, ce 26 février 1778. » Le malade, ne voyant pas arriver Tecclésiastique, soupçonne qu'on a pu soustraire sa lettre; et n ayant pas la force d*en écrire une seconde, il charge sa nièce dy suppléer : ce qu elle fait..... L'abbé se rendit à la double invi-

* Dictionnaire historique de Feller, art. Bouguer.

* Ibidem , art. Vu MarsHis,

* Ibidem, art. D'Argens»

* Proyart, Louis TLFl et ses vertus aux prises avec la perversité de son siècle^ 1 9, note 14,

* De Luc, Lettre à Barruely imprimée dans les Mémoires pour servir à Pkis» tdre du jacobinisme^ par Barruel, t. 3.

i4f9 Tséotoen NATtmsLUi.

Mlien de loncle et de la nièce. Mats le malade se trouTa teflemeiit apcatM^ quand il arriya, qn il ne put le Yoir, et ce ne fiit que le 2 4e iqars qu'il parvint à lui parler des affaires de sa conscience, et à lui demander une rétractation en forme des scandales de sa vie fitlérave. Voltaire la donna. Voici cette pièce, rendue publique dans letemps^ déposée même chez un notaire de Paris, M. Momet : « le » déclare qu étant attaqué, depuis quatre jours, d'un vomissement *dc sang, à l'âge de 84 ans, et n'ayant pu me traîner à l'église, M. le « enré de Saint-Sulpice ayant bien voulu ajouter à ses bonnes œa- » vres celle de m'envoyer M. l'abbé Gaultier, prêtre, je me suis con- Ti fessé à lui, et que, si Dieti dispose de moi, je meurs dans la reli- » gion catholique où je suis né, espérant de la miséricorde divine » qu'elle daignera pardonner toutes mes fautes, et que, si j'avais » jamais scandalisé l'Eglise, j'en demande pardon à Dieu et à elle. » (Signé) Voltaire. Le 2 mars 1778. Dans la maison de M. le mar- » quis de Villette, en présence de M. l'abbé Mignot, mon neveu, » et de M. le marquis de Villevieille, mon ami. (Signé) Mignot, Vii- » LEViBiLLE. — p. s, M. l'abbé Gaultier m'ayant averti qu'on disait » dans un certain monde que je protesterais contre tout ce que je » ferais à la mort, je déclare que je n'ai jamais tenu ce propos, ? et que c'est une ancienne plaisanterie^ attribuée dès longtemps 9 à plusieurs savants plus éclairés que Voltaire. » (Il mourut le 3o

D'Alembert étant « à ses derniers instants, on dit que ses amis relevaient pour le garder et l'empêcher de démentir les principes ^'il avait professés. Ils se vantèrent après sa mort d'avoir mis obstacle à ce qu'il fit le plongeon (mot par lequel ils désignaient la rétractation) ; et La Harpe écrivait qu'un d'eux lui avait dit que d'Alembert faisait Le couarde »

- Diderot, en danger de mort, «vit plusieurs fois M. de Tersac, enré de Saint-Sulpice. Il se préparait à rédiger une rétractation publique de ses erreurs. Malheureusement, les adeptes de Timpiéte' surveillaient leur ancien coryphée Ils le conduisirent très-secrètement à la campagne, l'y gardèrent étroitement, et ne le quittèrent pas qu'ils ne l'eussent vu mourir^, v

Nous ignorons si Volney mourut avec repentir. Mais on rapporte de lui que, « se trouvant à Baltimore, il était allé avec plusieurs personnes faire une promenade sur 'mer, lorsqu'un si vio-

* Proyart , Louis XVI et ses vertus, 1. 9 et note 15.

* Die t. hist. de Feller, art. D^Membert.

* Barruel, Mém, pour servir à V hist. duj'acob., t. 1, ch. 18.

lent coup de Tent s elè^e, que k barque éuîc à chaque instaat sur le point d être engloutie dans les flots, et que tous les voya* geuTS, s'attendantàune mort qui leur semUait inévitable, s'étaient déjà mis en prières. Cependant, contre toute espérance, 1% calme reDait. Alors un des voyageurs, qui connaissait particudièrement Yohiey, et qui pendant le danger l'avait va saisir un chapelet et prier avec la plus grande ferveur, s'approche aussitôt de lui et lui demande ; « A qui donc vous adfes«ez-vo\;is toutji l'heure? — On est philosophe dans son cabinet, répond avec confusion Volney^ mais on ne l'est plus dans une tempête \ »

Enfin si, considérant en g^éral les derniers jours des savants que l'impiété compte au nombre de ses sectateurs, nous ajoutons aux conversions publiques celles qui âirent tenues secrètes par les familles et les amis, puis celles que les mourants eux-mêmes cachèrent dans l'intimité de leur conscience, celles encore qui s'a* pérèrent en eux lorsqu'ils ne pouvaient plus les exprimer même par signes, combien restera-til de savants dévoués au philosophisme jusqu'à la fin de leur vie? quelques-uns à peine.

Or, on le sait, jamais l'homme n'est plus sincère ni plus équitable ipi en présence de la fnort. Car alors le long orage des passions a cessé, le tumulte des intérêts est apaisé, le prestige des sc^es de ta vie sociale s'est évanoui, et Tentraînement de l'orgueil ne se fait presque plus sentir. Un grand calme survient, dans lequel les voix de k' raison et de la conscience retentissent formidablement.

Si donc rimpie avait réellement la persuasion qu'il affecte, s'il était de bonne foi, s'il parlait comme parlent au dedans de lui son esprit et son cœur, s'il jugeait avec conviction et droiture la science sacrée, nous le verrions mourir tel qu'il a vécu; nous l'entendrions exhaler avec sécurité ses derniers soupirs dans If sein du philosophisme, ainsi que l'on voit l'homme religieux répandre avec confiance devant les symboles de sa foi les dernières gouttes du calice de la vie.

Qu'humiliée de la défection de ses partisans en des circonstances si décisives, l'impiété allègue pour son honneur le trouble qui les a aiisis : on ne peut guère imaginer de plus sotte excuse* Car œ trouble qu'elle avoue, qu'elle ne peut nier, c'est justement ce qui la confond, c'est précisément ce qui révèle le défaut de convie* tion et de bonne foi. Là où se trouvent ces deux qualités, il y a confiance, il y a paix. Regardez mourir les honmies profondé*

* Le Mémorial catholique, n^ d'oct. 1824.

l44 THBOIiOGlB HATURBIXB,

ment religieux, contemplez ce calme céleste, réfléchissez, et dites ce que signifie la terreur de l'impie mourant.* Dites pourquoi tant d'assurance d'un côté et tant d'inquiétude de Tautre. Dites comment il arrive que là on persiste toujours, et ici presque jamais. Dites d'où vient cette énorme différence.

Arrêtons. Il est assez manifeste qu'en matière de religion l'auto» lité des savants attachés au parti de l'impiété se trouve, par leur ignorance, leurs iloutes, leur mauvaise foi et leurs désaveux, réduite i presque rien.

Que dire donc du reste des impies! Que dire de cette multitude ignare qui blasphème ce quelle ne connaît point! Passons: il serait superflu de descendre si bas. Il n'y a là d'ailleurs aucune autorité scientifique, la seule chose dont nous traitions actuellement

Rappelons seulement ces paroles de Bayle : « Il est assez apparent que ceux qui affectent dans les compagnies de combattre les vérités les plus communes de la religion en disent plus qu'ils n'en pensent. La vanité a plus de part à leurs disputes que la conscience. Ils s'imaginent que la hardiesse et la singularité des sentiments qu'ils soutiendront leur procurera la réputation de grands esprits... Ils se font peu à peu une habitude de tenir des discours impies; et si la vie voluptueuse se joint à leur vanité, ils marchent encore plus vite dans ce chemin Les libertins semblables à Desbarreaux n'ont guère examiné. Ils ont appris quelques objections, ils en étourdissent le monde, ils parlent par un principe de fanfaronnerie, et ils se démentent dans le péril '. »

Nous citerons encore d'Holbach, cet oracle de l'impiété : «Bien des incrédules, peu capables de raisonner par eux-mêmes, sont à peine en état de suivre les raisonnements de» autres. J\s sont irréligieux par crédulité et par intérêt. Un voluptueux, un débauche, un intrigant, un homme frivole et dissipé, une femme déréglée, un bel esprit à la mode, sont-ils donc des personnages bien capables de juger une religion qu'ils n'ont point approfondie, de sentir la force d'un argument, d'embrasser l'ensemble d'un système.*^ S'ils entrevoient quelquefois de faibles lueurs de vérité au milieu du nuage des passions qui les aveuglent, elles n'en laissent en eux que des traces passagères, aussitôt effacées que reçues. Les hommes corrompus n'attaquent les dieux que lorsqu'ils les croient ennejaÔB de leurs passions... La philosophie pourrait-elle se glorifier d'avoir pour adhérents, dans une nation dissolue, une foule de libertins

* Via, hist, €t erit.^ art. Desbarreaux, note F.

THÉOIiOtSnS NATITRELLE. l4S

dissipes et sans mœurs, qui méprisent sur parole une religion lugubre et fausse, sans connaître les devoirs qu*on doit lui substituer? Sera*t-eUe donô bien flattée des hommages intéressés ou des applaudissements stupides d'une troupe de débauchés, de Toleurs publics, d'intempérants, de voluptueux, qui, de l'oubli de leur Dieu et du mépris qu'ils ont pour son culte, concluent qu'ils ne se doivent rien à eux-mêmes ni à ta société, et se croient des sages, parce que souvent, en tremblant et avec remords, ils foulent aux pieds des chimères qui les forçaient à respecter la décence et les mœurs ^ »

Telle est pourtant, en grande partie, l'inamovible escorte de l'impiété. Quelque honte qu'il y ait à se voir ainsi entouré, il faut qu'elle s'y résigne ; car il en a été et il en sera toujours ainsi.

A la religion «les plus pures et les plus grandes âmes*. « A l'impiété, les plus basses et les plus immondes.

L'autorité dont le philosophisme peut entreprendre de parer sa hideuse cause étant ainsi appréciée telle qu'elle est, il reste à examiner la valeur logique des accusations qu'il avance.

Nous l'avons déjà fait en grande partie, lorsque nous discutâmes les principaux sujets des objections alléguées contre la foi religieuse*. On doit se rappeler combien elles étaient en général débiles, perfides, méprisables. Celles dont nous n'avons pas encore parlé, et qui valent tant soit peu la peine qu'on y réponde, sont réfutées dans la suite de notre ouvrage, à mesure que l'occasion s'en présente. On verra qu'aucun des arguments de l'impiété n'ébranle ni ne mine le trône de la religion.

Et qu'on ne s'étonne pas qu'ils soient en si grand nombre. Une multitude d'objections ont été faites aussi contre la métaphysique, la géologie, la médecine, la jurisprudence. On a même, comme l'observe Euler, allégué contre « la géométrie des difficultés si captieuses, qu'il ne faut pas peu de peine et de pénétration pour les réfuter exactement*.» L'ignorance et la mauvaise foi des impies, ces deux inépuisables mines de méprises, de sophismes, d'arguties, d'impostures, suffisent d'ailleurs pour expliquer l'opiniâtre multiplicité de leurs' disputes contre la religion. Les aveux que

* Syst.de la nature^ part. 2, ch. 13 ; et Essais sur les préjuges^ rh. 8.

* « Aa temps de Fenipereur Adrieoy dit Voltaire, les plus violents CDDcmis du christianisme étaient forces d'avouer qu'on trouvait dans son sein les âmes les plus pures et les plus grandes. Il en est de même encore aujourd'hui dans des villes plus effrénées et plus folles qu'Alexandrie. » (DicL phiL^ art. AlexandrU.)

* Chap. 6, tous les paragraphes.

* Eulcr, cité par M. Frayssinous ; Défense du christianisme^ discours sur Ja Provideacc.

noos avons produits à ce sujets soot firqipsiits et peremptoires.

Ainsi, bien considérée, l'opposition du philosophisme à l'assentiment des seieoces et des savants est au fond à pen près insignifiantes

Au spetUuàe de tant dliommages d'une part, et de si impuissantes hostilités d'une antre, nul mortel ne pourrait sans déraison rester impassible. Qndque chose de trop expressif et de trop grave se passe icL Une grande et mémorable leçon y est donnée à la terre. Il s'agit des plus hauts intérêts de Thumanité; il s*agit de son avenir, de ses destinées, de son sort suprême.

Qu'on le remarque bien, la religion n*est plus maintenant au rang des simples possibilités, où nous l'avions mise après un examen critique des doctrines qiu la constituent Les sciences sont venues, avec un innombrable cortège de gavants, se prosterner devant elle, admirer ses enseignements, bénir ses mystérieuses paroles, proclamer qu'elle a des droits aux hommages des peuples, et relever avec vénération sur le pavois des hautes probabilités'.

* La ReUgion tonsttUé't univeneHemeni à taide des scitmces ei dr rérudilion modernes^ t. 1, p. 402,414.

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