‹ Cours de philosophie chrétienneChapitre 8 sur 67 · DEMONSTRATION · texte numérisé non relu

DEMONSTRATION

Djs l'existence et des attributs de dieu.

L'existeoce du inonde; — Le mouvcmenl qui existe dans 1« monde; ~ L'ordre qui règne dans ses différentes partie'^; — L'exbtcnce de rhunime et la ^piritaaIUéde son âme; — La rrojance générale de touâ les peuples : — Tels fient' les fondements sur lesquels la raison s.'appaie pour s'élever jusqu'à Dieii. >

Nous réunirons ici un choix des ouvrages ou extraits d ouvrages les plus estimés, qui ont été composés pour soutenir la plus fondamentale de toutes les vérités, et pour confondre Tathéisme. Commençons par les Discours de Clarke sur V existence et les attributs de Dieu,

Samuel Clarke, un des plus grands métaphysiciens de TAngleterre, naquit à Norwich le ii octobre 1675. En sortant de TUniversité de Cambridge, il s'appliqua à la philosophie. A vingt et un ans, il traduisit en latin la physique de Rohault. Il étudia les (ivre!( sacrés dans lés originaux grecs et hébreux^ et entra dans les ordres. En 1704, il fut choisi pour prononcer les discours fondés dans la paroisse de Saint- Paul par Robert Boyle. C'est alors qu'il fit paraître ses huit discours sur rexistence et les attributs de Dieuy où il a traité cette grande question avec un fonds de logique extraordinaire. Les discours de Clarke sont regardés comme la plus belle et la plus forte démonstration qui ait jamais été faite de Texistence de Dieu. Clarke acheva son ouvrage dans huit autres discours sur les preuves de la religion naturelle et de la religion révélée. Clarke était Tami intime de Newton, et c'est d'arrord avec loi qu'il publia la Doctrine de V Ecriture concernant la Trinité, On avait prétendu qu'il n'était pas parfaitement orthodoxe sur ce point fondamental du christianisme, mais Vexplication qu'il publia satisfît ses adversaires. En 1715 et lyiG;!! soutint contre Leibnitz une discussion sur la philosophie naturelle, et en particulier sur la liberté et la nécessité dans laquelle il fut appuyé par Newton. Eu

]48 xno&o«im nATvmabiA.

1^27, on lui offrit la place de directeur des monnaies vacante pai la mort de Newton. Il la refusa comme trop étrangère à ses fonctions ecclésiastiques. Il arait été nommé chapelain de la reiffe Anne en 1709. Il a traduit en latin le Traité (C optique de Newton^ et sa Lettre à Benjamin Hoadlj sur le rapport de la rapidité et de la force dans les corps en mouvement, fit beaucoup de bruit II a traduit Homère en latin \ son enthousiasme pour ce grand poète allait jusqu'à ladoration.

Clarke mourut le 17 mai 1729, âgé de cinquante-quatre ans, laissant la réputation d'un des hommes les plus savants et d'un des philosophes les plus profonds de son siècle, qui en a produit plusieurs de premier ordre.

L'ouvrage de Clarke, traduit par Ricotier, parut à Amsterdam en 1721. On lira avec intérêt quelques réflexions du traducteur, qui font connaître l'occasion et le but des discours, et paient un , juste tribut d'hommage à la mémoire du docteur Boyle qui fut en Angleterre l'un des principaux agréés de la religion à l'époque où un grand nombre de ses compatriotes s'enfonçaient dans les folies de l'incrédulité.

AVERTISSEMENT DE RICOTIER.

Si M. Clarke, dit Ricotier, avait eu à prêcher sur l'existence de Dieu devant son troupeau ordinaire, il se serait sans doute humanisé beaucoup plus qu'il n'a fait dans les huit sermons qui composent son Traité de Vexistence de Dieu. Mais ayant à remplir une lecture savante, il a fait tout le contraire. Il a mis à quartier tou» les arguments populaires dont on se sert ordinairement pour prouver cette grande vérité, et s'est (ait une loi de ne rien avancer qu'il ne prouvât démonstrativement. C'est ce qu'il a dA faire nécessairement pour répondre à l'intention de Tillustre fondateur de la lecture, qu'il prêchait. Ce fondateur est le célèbre M. Robert Boyle, gentilhomme anglais, d'une des premières familles du royaume, mais plus illustre encore par son savoir que par sa naissance. Il a fait tant de bruit pendant sa vie, et a fait tant.d'lu>D<* neur à la Société royale d'Angleterre, dont il était membre, qu'il faudrait être tout à fait étranger dans la république des lettfes pour n'avoir pas entendu parler de lui. Mais tout le monde ne sait pas peut-être que c'était un homme qui avait le cœur aussi bien fait que l'esprit, et qui n'était pas moins pieux que savant Le mauvais usage, <jue quelques esprits mal tournés ont fait de tout

THÀQl»€VGI£ NATURELLE. l40

,t$mp.s de la philosophie, Ta décriée dans Fesprit de bien des gens» Ils s'imaginent qu il est difficile d être tout ensemble bon chrétiea et bon philosophe. Mais ce sont jieux qualités qui, bien loin d*être incompatibles, s'accordent parfaitement bien ensemble. Philoso pMa viro prodest plut^imum^ si religione imbutus sit animuSj dit I^ctance, lib. 4> cap. i. C'est ce que M. Boyle avait très-bien compns. Ce n était pas un de ces philosophes qui n'étudient la nature que par un motif de vaine curiosité. Ce qui le rendait si ajcdent dans la recherche des connaissances naturelles, était la persuasion que cette étude, bien loin d'éteindre la religion, est aa oon.traire très-propre à la nourrir, et à remplir l'esprit de l homme de grands sentiments d'amour et de respect pour l'auteur et le maître de la nature. C'était l'heureux effet que cette étude avait produit visiblement en lui, comme il paraît par son excellent Traité des causes finales y et par diverses autres pièces de $a façon qui ont vu le jour^ parmi lesquelles on trouve même des ouvrages de dévotion, où régnent de grands sentiments de piété, exprimés d*uoe manière éloquente et sublime^ Le fameux docteur Burnel, évêque de Salisbury, qui a fait son oraison funèbre, suivant la coutume du pays, lui rend ce témoignage qu'il avait un si grand respect pour Dieu, qu'il ne prononçait jamais son saint nom, qu'il n'eût fait auparavant une petite pause qui interrompait visiblement son discours.

Mais il n'y arien qui prouve mieux l'heureux alliage qu'il avait su faire de la philosophie avec la religion, que la pieuse et noble fondation qui a produit ce beau livre de M. Clarke, et plusieurs autres pièces excellentes, où les vérités générales de la religion sont si solidement prouvées, et si bien défendues contre les atta* ^es des incrédules. Par un codicille, en date du 28 juillet 1691, annexé à son testament, il légua une maison considérable qu'il avait dans la ville de Londres, à condition que le revenu en serait employé à l'entretien d'une lecture annuelle ; c'est ainsi, au restÇ) qu'on appelle en Angleterre les sermons extraordinaires que l'pa prêche hors des heures accoutumées, et sans dou^e que ce nom a été donné à ces exercices, à cause de la coutume généralement établie en ce pays, où les ministres lisent leurs sermons, au lieu qu'ailleurs on les récite de mémoire. Il limita cette lecture à huit sermons par an, qui seraient prêches tous les premiers lundis des mois de janvier, de février, de mars, d'avril, de inaj,de seplei¥||>re| 4'octobre et de novembre. Il fit plus, car il prit soin de marquer en général le si^et sur lequel il entendait que cett^ kçture cohulii;. Il

l5o THÉOLOGIS NAtURSLLE.

interdit à ceux qui entreraient dans la carrière qu'il ouvrait, h controverse contre les sectes particulières qui partagent le chris* tianisme. Il y a tout lieu de croire que les sages réflexions que cet iiabile homme avait faites sur la manie des prédicateurs, qui, dans presque tous les pays, s'acharnent sur des disputes de néant, pen* Vlant quils négligent les matières les plus importantes; il y a, dis-je, tout lieu de croire que ces réflexions ont produit la cause de son x;odiciIIe qui restreint la lecture en question aux vérités générales et aux principes de la foi. En effet, dans presque tous les pays, les discours de religion roulent, non pas sur les choses qu'il importe le plus au peuple de savoir, mais sur les points qui y sont le plus vivement controversés. Eiî France, avant la démolition des temples de la religion réformée, on ne prêchait presque que sur les dogmes qui séparent les catholiques romains, de ceux qui ont embrassé la réformation. En Hollande, où Ton ne craint pas tant la religion romaine, cette controverse est négligée; mais, en récompense, on y combat plus souvent rarminianisme, et les chaires y retentissent tous les jours des minuties qui distinguent lesYoëtieds des Gocceïens. En Angleterre, on ne fait aucun cas de ces disputes, et Ton parcourrait toutes les églises d'Angleterre sans entendre 'parler des sept périodes, de la question de Tantiquité du sabbat, ni de la distinction entre xôips'jt; et ^ît^; mais on y prêche avec une animosilé surprenante sur des choses qui né sont pas au fond plus importantes, je veux dire, sur les vétille^ qui distinguent les Presbytériens des Episcopau}^. La plus grande partie d^ 'ecclésiastiques de ce pays-là, nayant Tesprit rempli que de ces disputes, ne médite et ne travaille que sur cela. Orf veut à quelque prix que ce soit en faire une affaire capitale, et les choses en sont venues si avant, qu'on a voulu faire . dépendre Timmortalitc de l'âme de l'ordination épisçopale. Il est surprenant que des gens qui ne manquent d'ailleurs ni de savoir, ni de lumières, soient capables de donner dans de tels excès, et ferment l'oreille aux e^ôrtations de tant de gens de bien dans le royaume et hors du royaume, qui leur crient t

I9e pueri, ne taota anîmis assuescite bclla, Neu patriie validas in tiscera vertitè vire».

M. Boyle, qui était une de ces personnes modérée^ ne voulant pas que sa fondation servit à éterniser des querelles qu'il aurait Souhaité de tout son cœur pouvoir éteindre, déclara en termes ex-

THÉOLOiQIB îlAirtrRELLS* l5x

pr&daKis soÀ codicille^ qu'il entendait que les sermons, dont la lecture qu'il fondait devait être coi^pbsée, rouleraient uniquement

- sur lés vérités générales que tous les chrétiens Raccordent à recevoir, et qui né sont contestées que par les infidèles, et non pas sur les dogmes particuliers qui séparent une société chrétieîine d'avec uneiiutre société aussi chrétienne. Il ordonna, en un mot, que cette lecture fût toute employée ^ à mettre en évidence les preuves de

' la vérité de la reGgion chrétienne, et à les défendre contre les attaques dés infidèles, notoirement tels, comme sont les athées, les

' déistes, les païens, les Juifs et les mahométaus, sans toucher aux

' controverses que les diverses sociétés de chrétiens ont les unes .avec les autres. » Il commit le soin de Texécution de cette partie ^e sa dernière volonté, au docteur Thomas Tennisson (alors, si je ne me trompe, recteur de la paroisse de Saint^Martin-des-rCh^mps à Londres, et depuis archevêque de Cantorbéry, à la place du, fameux docteur Tillotson, le Chrysostôme de l'Angleterre), au chevalier baronnet Henri Ashurst, au chevalier Jean Rotheram,à M. Jean Evelyn. Ces messieurs se sont parfaitement bien acquittés de cette

^commission, et ils ont admirablement bien répondu à l'attente de M. Boyle, et à celle du public, par la nomination qu'ils ont pris soin

'de dire de sujets propres à remplir cette place. Le premier de tous qui entra dans cette belle carrière et qui en fit l'ouverture, c'est le savant docteur Bentley, dont rérudition est si connue, et le nom si fameux dans la république des lettres. Les plus savants théologiens d'Angleterre et les meilleurs prédicateurs d^a nation sont venus

.ensuite sur les. rangs, parmi lesquels il y en a qui. ont été élevés à répiscopat. M. Clarke ne pouvait guère manquer d'avoir son tour. Ds^ns le temps qu'il n'était encore . que chapelain de 1 evêque de Nôrwich ', il fut choisi pour remplir la chaire de M. Boyle, et il s'en acquitta si bien la première année, qu'il fut continué dans ce poste une seconde année. Les quatre éditions qu'on a faites de ces lectures en très-peu d'années, quoiqu'elles ne soient point, du tout populaires, montrent assez que le public en a porté le même jugement que lés exécuteurs du codicille de M. Boyle.

Je n'ai plus qu'une petite particularité à dire sur ces lectures; c'est que rarchevêque de Cantorbéry, qui a survécu aux trois autres

* C'était le docteur Moor, transféré depuis à Tévéché d'Ely. Il était Thomme du monde le plas curieux en livres. Aussi aTait-il amassé une des plus belles bibliothèques qu'un particulier puisse avoir. Le feu roi d'Angleterre George l*** Tarait achetée, tout entière, après la mort de ce prélat, et il en fit présent à l'académie de Cambridge.

l5a THXOLOOIS SAXUESUiB.

exécuteurs, et qui est mort lui-même^ il y a eimron un an, y piiziaît un si grand intérêt, qu'outre le soin qu'il avait qu elle fût toujours remplie par des sujets qui en fussent dignes, il a £iit aussi en sorte que le salaire qui y était attaché f&t plus fixe et plus régulièrement payé qu'il n'était auparavant. Car, comme la maison léguée par M. Boyle ne donnait point de revenu fixe, à cause qu'elle n'était pas toujours habitée, ou que les locataires faisaient banqueroute, il a remédié à cet inconvénient en assignant le paiement de cette lecture à perpétuité sur un bien de campagne dans le comté de Buckingham, jusqu'à la compétence de 5o liv. sterling, qui sont à présent payées régulièrement de trois en trois mois. J'espère que la plupart de ceux qui liront cet avertissement seront bien aises d y trouver ces particularités touchant cette noble fondation, qui jusqu'ici a été si peu connue dans les pays étrangers'.

Après ces réflexions préliminaires, nous avons à reproduire la démonstration de Clarke.

Des causes de Tathéisme*.

Tous ceux qui nient Fexistence de Dieu appartiennent à quelqu'une de ces trois classes : les uns ne croient pas que Dieu soit; les autres affectent de passer pour incrédules sur cet article, les autres enfin, peu différents des premiers, nient les principaux attributs de la nature divine, et supposent que Dieu est un Etre sans intelligence, ^ agît purement par nécessité; c'est-à-dire un Etre qui, à parler proprement, n'agit point du tout, mais qui est toujours passif. L'erreur de ces genslà vient nécessairement de quelqu'une' de ces trois sources.

Elle vient premièrement de l'ignorance et de la stupidité. Il y & des gens dans le monde qui n'ont jamais rien examiné avec attention, qui n'ont jamais fait un bon usage de leurs lumières naturelles, pas même pour acquérir la connaissance des vérités to plus claires et les plus faciles à trouver. Ils pafsentleur vie dans tme oisiveté d'esprit qui les abaisse, peu s'en faut, à la condition des bêtes.

La seconde source de l'athéisme, c'est la débauche et la corrup' tion des mœurs. On trouve des gens qui, à force de vices et de

• Avertissement du traducteur.

* Après ce que nous ayons exposé dans notre première partie^ ce chapitre peot sembler ici déplacé. Toutefois, il nous a paru mienx de ne pas séparer ce qui se trouve réuni dans Touvrage que nous reproduisons.

dérèglements, ont presque éteint leurs lumières naturelles et corrompu leur raison. Au lieu de s*appliquer à la recherche de la vérité d'une manière impartiale, et de s informer avec soin des règles et des devoirs que la natuie prescrit, ils s'accoutument à tourner la reli- |[ion en ridicule. Soumis à la puissance de leurs mauvaises habitudes, esclaves de leurs passions déréglées, auxquelles ils s'abandonnent, ils sont résolus de fermer l'oreille à toutes les raisons qui les obligeraient à renoncer à des vices qui leur sont chers.

Il y a enfin des athées de spéculation et de raisonnement, qui, se fondant sur des principes de philosophie, soutiennent que les arguments contce l'existence et les attributs de Dieu, après l'examen le plus mûr et le plus exact dont ils sont capables, leur paraissent plus forts et plus concluants que ceux qu'on emploie pour établir ces grandes vérités.

Ce sont là, je pense, les seules causes qu'on puisse imaginer de la rejection que les hommes font du dogme de l'existence de Dieu et de ses attributs; et Ton ne saurait supposer d'athée qui ne le soit pour l'une ou pour l'autre de ces trois raisons. Je n'en veux point, dans ce discours, à ceux du premier ni du second ordre, je veux dire à ceux qui le sont par ignorance et par stupidité, ni à ceux qui, par le train de débauche qu'ils ont pris, se sont fait une coutume de plaisanter sur la religion, qui en font le sujet ordinaire de leurs railleries, et qui ferment l'oreille aux raisonnements solides qu'on leur propose.

Les premiers ont besoin d'être- instruits sur les premiers principes de la raison, i^ussi bien que sur ceux de la religion ; les autres, aveuglés par un faux intérêt présent, ne veulent pas croire ce qu'on leur dit, parce qu'ils souhaitent qu'il ne soit pas véritable. Les premiers ne font point d'usage de leurs facultés naturelles; les autres y ont renoncé, et déclarent qu'on ne doit pas argunteuter avec eux comme avec des créatures raisonnables. Ce ne sont donc que les athées de la troisième espèce que j'ai en vue, c'est-à-dire ceux qui le sont par voie de raisonnement, et qui, fondés sur les principes de la philosophie, soutiennent que leurs arguments contre r«xi$tence et les attributs de Dieu leur paraissent, après l'examen le plus exact et le plus sévère, et plus forts et plus concluants que ceux par lesquels on s'efforce de prouver ces grandes vérités. Ces derniers sont les seuls athées que je puisse prendre à partie dans ce discours, puisque ce sont les seuls avec lesquels on puisse raisonner.

Mais avant de commencer à argumenter contre eux, il est bon

l54 TRÉOLOGfB HATUESLLB.

de leur mettre devant les jeux quelques concessions préliminaires quils sont indispensablement obligés de faire dans leurs propres principes.

Car. premièrement, il faut qu'ils avouent de toute nécessité que, quand bien même l-existence d*un Dieu, c'est-à'^ire d'un être sage, întelligent, juste et bon^ par qui le monde est gouverné, serait une chose impossible à prouver, il serait au moins fort à souhaiter qu'elle f(it vraie, et qu'il n'y a point d'homme sage qui n'en dût être ravi pour le bien ' et pour la Çélicité commune du genre humain. Quepour bannir dû monde Dieu et la Providence, ils se forgent tel les hypothèses qu'il leur plaira, qu'ils inventent de nouveaux arguments, ces hypothèses, ces arguments les conduiront nécessairement à faire cet aveu. Diront-ils que l'idée quç nous avons de Dieu ne nous vient ni de la raison ni de la nature; que cette idée doit son origine aux artifices el aux desseins des politiques? Mais en parlant ainsi, ne confessent-ils pas que l'intéréjdu genre h^* main demande manifestement que les hommes s'accordent à croire qu'il y a un Dieu ? Supposeront- ils que le mpnde est l'ouvrage du hasard,. et que le même hasard qui l'a fait, le peut à chaque moment détruire? Mais il n'y a point d'homme qui porte l'extravagance jusqu'à soutenir qu'il ne valût infiniment mieux, et qu'ilue ft\t par conséquent plus souhaitable de vivre sous la protection et sous la conduite d'un Dieu bon,puis8ant et sage, que d'être dans un état d'incertitude continuelle, sujet à tous moments à périr * sam espérance de retour* Opposeront-ils à l'existence de Dieu le peu d'ordre, et de sagesse qu'ils s'imaginent trouver dans la fabrique du .monde et dans rassemblage de toutes lés créatures visibles. Cette supposition les engage à reconnaître qu'il auraiè mieux valu que le monde eut été fait par un Etre intelligent et sage, capable de prévenir toutes ces imperfections et tous ces désordres. La considération des désordres et de l'inégalité qu'ils prétendent trouver datis ta conduite du monde mqral, leur fournit-elle des armes pour combattre la Providence? Par là ils confessent clairement q«» serait bien meilleur et plus souhaitable qii^ le monde fût gouverne par un Etre juste et bop, que de le voir abandonné à une nécessite

* Maria, ac ten«8.c<]dttiii(|ae....* Una (lies dabit ezitio, aiultosque per ao DOS Sustentata ruet nfiolés et machina mùndî.

Dîctis dabît ipsa fldem res

ForsitaD, et graviter terrarum mottbus orbis Oninià coaquassari in parvo tcmpor^ cernes.

Lucret., lib. 5,t. 93, 96, 97, 105.

sans intelligence et aux caprices d'un pur hasard. S*i1s supposent enfin que l'uniyers existe par lui-même éternellement et nécessairement, et par conséquent que toutes les choses qui y sont s*y maintiennent par une aveugle et éternelle fatalité, il n'y a point d'homme raisonnable qui ne doive convenir c[ue le pouvoir' d'agir librement et avec choix ne soit préférable à la contrainte d'un destin absolu et inévitable, qui détermine nos actions de la même manière qu'une pierre e^t déterminée à se mouvoir vers le bas plutôt que vers le haut. En un mot, de quelque côté qu ils sîe tournent, et quelque cl^oix qu'ils fassent d'une hypothèse sur l'origine et sur t*arrangement de l'univers, rien n'est plus clair et plus incontestable que ceci : c'est que Thonime abandonné à lui-même, qui n'est ni protégé, ni conduit par un Etre suprême, est dans un e'tat plus malheureux et plus triste qu'il ne serait dans la supposition Je l'existence d'un Dieu qui le gouverne et qui l'honore partîcu- Gèrement de sa protection et de sa faveur. De lui-même, l'homme est entièrement incapable de faire sa propre félicité*. « Il est en butte à plusieurs maux qu'il ne saurait prévenir ni corriger; il est plein de besoins auxquels il ne trouve pas moyen de satisfaire; il est environné d'infirmités qu'il ne lui est pas possible d'éloigner, et exposé à des périls contre lesquels il ne peut jamais se précauiionner suffisamment. Sans la protection et la conduite invisible d'un Etre supérieur, l'homme n'a pas lieu de compter le moins du monde sur aucune des choses dont il jouit actuellement, ni de se promettre la jouissance de quoi que ce soit qu'il espère. Il est sujet à se chagriner de ce à quoi il ne saurait remédier en aucune manière, et k former dés désirs ardents qui, selon toutes les ai)parences,ne seront 'jamais remplis. » Il est évident que Vùnique consolation qui nous reste au milieu de tant de calamités si réelles, c'est la persuasion de fexistence d'un Dieu bon et sage, et les glorieuses espérances (jue la véritable religion nous donne. Que l'existence de Dieu donc, que ses attributs soient ou ne soient pas du nombre des choses. démontrables, il est certain au moins qu'il n'y a point d'homme sage et raisonnable qui ne doive confesser que de toutes les vérités, il n'y en a point qui ^intéresse davantage, ni qu'il doive plus ardemment souhaiter dé voir démontrée, que celle de l'existence d'un Etre intelligent, sage, juste et bon, qui préside sur l'univers et qui le gouverne. ^

' VoycE TiUutsoo, sermon 1, sur Jub. xxviii, 28, p. 85, 86, de la traduction de M. baibeyracy imprimée eo 1713.

l56 THÉOLOGIE NATURELLE.

De tout ce que je viens de dire je conclus que puisque ceux contre qui je dispute sont contraints d'avouer que l'existence de Dieu est au moins une chose très-désirable, leurs propres principes les portent à souhaiter par-dessus toutes choses que quelqu'un les convainque de la fausseté de l'opinion qu'ils ont embrassée, et leur donne une bonne démonstration qui les persuade de la vérité du sentiment contraire. Ils sont obligés par conséquent d'examiner avec toute l'attention, l'exactitude et l'impartialité dont ils sont capables, le poids des arguments qu'on leur propose pour prouver Texistence et les attributs de Dieu.

Je dis en second lieu que les personnes dont je parle, qui fondent lein* athéisme sur le raisonnement et sur la philosophie, que l'intérêt ou la passion n'a pas rendues incrédules, sont obligés par leurs principes de reconnaître que tous ceux qui affectent de se moquer de la religion et de tourner en ridicule les arguments pris de la raison, sont les gens du monde les plus malhonnêtes et les plus déraisonnables. Il est de leur intérêt de déclarer qu'ils ne veulent avoir rien de commun avec ces mauvais plaisants qui se moquent de tout, qui ne veulent entendre raison sur rien, et qui refusent les moyens de s'instruire et de se défaire de leurs erreurs. Ils doivent les regOF der comme des gens qui, n'ayant point de principes et refusant d'écouter la raison, ne méritent pas qu'on perde le temps à raison- . ner avec eux. Ecouter patiemment et sans préjugé les raisons qu'on peut alléguer sur un cas proposé, est ce à quoi nous sommes obUges en équité à l'égard de toutes les vérités qui nous intéressent, de quelque nature qu'elles soient; c'est par là qu'on découvre les erreurs de toutes les espèces. Or, si telle doit être notre disposition à l'égard des moindres vérités, combien plus la devons-nous avoir dans les choses de la dernière importance!

En troisième lieu, puisque les personnes à qui ce discottrssadresse sont obligées d'avouer que la supposition de l'existence de Dieu est la chose du monde la plus désirable, et que (quand bien même elle ne serait point vraie) l'intérêt du genre humain demanderait pourtant qu'elle le fut, il faut nécessairement qu'elles en viennent à un troisième aveu; car il faut qu'elles avouent que quand même on mettrait l'existence et les attributs de Dieu au nombre de ces choses dont il n'est pas possible de donner de démonstration, pourvu seulement qu'on les suppose possibles et telltf qu'il n'y ait point de démonstration du contraire (comme certainement il ne saurait y en avoir), il s'ensuivra évidemment de cette wrpposition que toutes sortes déraisons doivent porteries hommes

TItéOLOGIK NATURELLE. iSy

à TÎTTe suivant les règles de la piéie'et de la vertu, et que la dépravation des mœurs, de quelque côté qu'on l'envisage et quelque hypothèse qu on suive, est la chose du monde la plus absurde et la plus inexcusable. La conséquence sera plus évidente et plus' farte, si à la possibilité on ajoute la probabilité, et si on suppose ces doctrines plus approchantes de la vérité que de la fausseté.

Après ces réflexions préliminaires auxquelles tout athée, j'en* tends celui qui fiait profession d'examiner les choses et de les peser à la balance de la raison, doit nécessairement souscrire (car pour ce qui regarde les autres, ce sont des gens, comme on l'a déjà dît, qui ne méritent pas qu'on leur fasse l'honneur de disputer avec eux, puisqu'ils ne sont pas moins ennemis de la raison que de la religion); après ces réflexions préliminaires, dis-je, je viens au point principal que je me suis proposé, et j'entreprends de prouver à cet ordre d'incrédules qui se piquent de raisonner, que l'existence et les attributs de Dieu sont des choses non-seulement possibles ou simplement probables, mais des vérités qui peuvent étr& démontrées par les principes les plus incontestables de la droite raison, d'une manière à convaincre tout esprit libre de préjugés^ Or, puisque les personnes à qui j'ai affaire rejettent la révélation et ne veulent reoonnaitre d'autre tribunal que celui de la raison, je serai obligé de mettre à quartier tous les témoignages de l'Ecriture, toutes les autorités et tous les arguments populaires dont on' se sert ordinairement, pour me renfermer dans les bornes étroite» et sévères de l'argumentation par les seuls principes de la raison.

On a entrepris de prouver l'existence de Dieu et ses attributs . par plusieurs arguments différents, et peut-être que la plupart de ces arguments, s'ils étaient mis dans tout leur jour et dégagés des raisonnements faux et incertains dont on les a quelquefois embarrassés, paraîtraient concluants et solides. Mais comme j'ai dessein d eriter, autant qu'il me sera possible, toute sorte d'embarras et* de confusion, je renonce dès à présent à cette diversité d'arguments, et je ne ferai usage que d'une chaîne suivie de propositions liées étroitement et nécessairement dépendantes les unes des autres, par lesquelles je démontrerai la certitude de l'existence de Dieu, et dont je déduirai ensuite l'un après l'autre les attributs essentiels de sa nature, que notre raison bornée est capable de découvrir. Ilest^ussi bon d'avertir que je ne me propose pas de donnera cette matière un tour plus intelligible en faveur de ceux qui croient déjà qu'il y a un Dieuj je ne travaille ici qu'à convaincre

x58. THBOLOGXB HJLTURSLI.B.

les incrédules et à leur faire voir, par des raisons fortes et iocon* testables, qu'il n'est rien de plus mal fondé que leurs doutes. le ne mettrai donc rien en avant dont tout le monde ne convienne, et je ne supposerai rien qui soit en dispute. Je ne veux m'appuyer que sur des principes clairs et que sur des propositions qui ne peuvent être niées sans renoncer à la raison sur laquelle les athées dont je parle fondent leur incrédulité. De leur coté, il faut nécessairement qu'avant toutes choses ils consentent' à mettre à quartier toutes sortes de préjugés^ et principalement ceux qui vîenneitt de Fusage trop fréquent de certains termes d art, qui au fond ne signifient rien, et qu'ils renoncept à recevoir pour véritables certaines maximes de philosoplâe qui n*ont absolument aucun sens*

Que quelque chose a existé de toute éteroitë.

Ma première proposition^ qui ne peut être révoquée en doute,' c^est qu'il est absolument nécessaire que quelque chose ait existé de toute éternité. Cette proposition est si évideiite et si incontestable, qu'aucun athée n'a jamais eu le front de soutenir le contraire, de sorte qu'il est peu nécessaire que je m'arrêée longtemps à la prouver. En effet, puisque quelque chose existe aujourd'hui, il est clair que quelque chose a toujours exi^é; aûirenientil faudrait dire que les choses qui sont maintenant sotit soities du néant et n'ont absolument point de cause de leur existence; ce qui est une pure contradiction dans les termes. Car si Ton dit qu'une chose est produite, et que cependant on ne veuille reconnaître .aucune cause de sa productions c'est comme si Ton disait qu'une chose est produite et n'est pas produite. Tout cequi existe doit avoir une cause de son existence, une raison ou un fondement sur lequel son existence est appuyée, un fondement, une raison pourquoi il existe plutôt qu'il n'existe pas. Car il existe ou en vertu d'une nécessité qu'il trouve dans sa nature même, auquel cas il est éternel par soi-mêmt, ou en conséquence de la volonté de quelque autre être; et alors il faut que cet autre être ait existé avant lui, au moins d une priorité de nature, et comme la cause est conçue être avant l'effet.

C'est donc une des vérités les plus certaines et les plus évidentes qu'il y ait au monde, qu'il faut que quelque chose ait existé réellement de toute éternité. Tous les hommes aussi s'accordent à la recevoir. Mais celte vérité, si claire et si évidente par ellemême, est pourtant la chose du monde la plus difficile à cooce-

TBSOL06IB NATUaBLLB. iSp

Toir, lorsqu'on sV^îse d*en vouloir approfondir la manière. Ces questions : Gomment une chose peut-elle avoir existé éternelle* ment? Comment une durée peut-elle être actuellement écoulée? ces questions, dis-je, sont de toutes les choses qui ne sont pas'des contradictions manifestes celles qui surpassent le plus la portée de notre esprit fini et borné. Cependant on ne saurait nier la vérité de cette proposition : Une durée éternelle est actuellement écoulée, sans mettre en avant des choses mille fois plus inihtelligtbles que celles que Fou nie, et sans tomber dans une contradiction sensible et réelle. Or, voici Tusage que je prétends faire de cette observation. Tinfère de là. que, puisque dans toutes les questions qui regardent la nature de Dieu et ses perfections, et auxquelles les idées d éternité ou d-infinité se trouvent jointes, il y a des pcoposidons dont oo peut démontrer la vérité sans qu'il soit possible de s en faire une idée juste, ni de concevoir comment elles peuvent être : il doit nous suffire de savoir que la chose est, sans nous embarrasser de la manière. Pourvu qu'on nous donne une démonstration claire de la vérité d une proposition^ nous ne devons pas nous mettre beaucoup en peine des objections embarrassantes qu'on y oppose, et qui ne sont difficiles à résoudre qu'à cause que nous n'avons pas d'idée complète de la chose démontrée. J'avoue que s il était possible de démontrer également le oui et le non. d une proposition, ou si Ton pouvait prouver que l'un et l'autre implique contradiction, comme quelques-uns Tout dit fort incor.isidérément; j'avoue, dis je, qu'alors ce serait tout autre chose. Dans cette absurde supposition, les bornes qui séparent le vrai d'avec le faux seraient renversées, et la pensée, le raisonnement l'usage en un mot de toulis nos facultés, seraient des pièces entièrement hors d'oeuvre. Mais lorsqu'on n'oppose à une bonne démonstration que des objections qui naissent du manque d'idée parfaite de la chose dont il s'agit, ces objections ne doivent pas élre prises pour des difficultés réelles.

On démontre d'une manière claire et directe que quelque chose a existé étemelleitoent ; par conséquent toutes les objections qu'on fait en général contre l'éternité, de quelque chose que ce soit, sont vaines, et n'ont aucune réelle solidité. Il en va de même dans les autres cas semblables. Par exemple, on prouve démonstrativement que quelque chose doit être actuellement infini. On oppose d'un autre côté à cette vérité plusieurs difficultés métaphysiques qui ne viennent que de ce qu'on applique à l'infini les mesures et les relations des choses finies, ce qui est absurde. On suppose

l6o THSOLOGIB HAT1THBt.im.

que le fini est partie aliquote de Tinfini, ce qui n*est pas, puisqu il n*est à l'infini que comme le point mathématique est à la quantité avec laquelle il n'a point de proportion. On s'imagine encore q«e ' tous les infinis sont égaux, ce qui est manifestement faux dans les disparates, puisqu'une ligne infinie est infiniment moindre qu'une surface infinie, et qu'une surface infinie est infiniment moindre qu ^n espace infini^ suivant toutes ses dimensions. Il est donc clair que toutes les difficultés métaphysiques, fondées sur de fausses suppositions de la nature de celles que je viens de rapporter, n'ont aucune force et ne méritent pas qu'on s'y arrête. De plus, on démontre mathématiquement que la quantité est divisible à l'infini. Il faut donc rejeter comme entièrement faibles et vaines toutes les objections qu'on fait sur cette vérité démontrée, tant celles qui supposent que les sommes totales de tous les infinis sont égales, ce qui est manifestement faux à l'égard des parties disparates, que celles que Ton tire de la prétendue égalité ou inégalité numérique des parties des quantités inégales, puisque ces parties n'ont, à proprement parler, point de nombre déterminé, qu'au contraire, elles ont toutes des parties sans nombre. Demander si les parties des quantités inégales, qui n'ont absolument point de nombre, sont égales en nombre, ou si elles ne le sont pas, c'est à peu près comme si l'on demandait si deux lignes infinies sont également longues ou si elles ne le sont pas; c'est-à-dire si deux lignes qu'on suppose n'être point terminées se terminent au même point, ce qui est une question ridicule.

Qu*un être indépendant et immuable a existé de toute éternité.

La seconde proposition que je mets en avant, c'est qu'wn être indépendant et immuable doit ai^oir existé de toute éternité *. En effet, si quelque être a nécessairement existé de toute éternité, comme je viens de le prouver et comme tout le monde en convient, il faut que cet être qui a toujours existé soit un être immuable et indépendant, duquel tous les autres êtres qui sont ou qui ont été dans l'univers tirent leur origine, ou qu'il y ait eu une succession infinie d'êtres dépendants et sujets au changement, qui se soient produits les uns les autres dans un progrès à lin-

' Le sens de cette proposition csr, qu'il faut nécessairement qu'il y ait ei toujours quelque être indépendant, à tout le moins un. L'ar^uu)ent présent ne Ta pas plus loin. On prouvera daos la 7* proposition qu'il doit nécessairement être unique.

THEOLOGIE NATURELLE. iQj

fini sans avoir eu aucune cause originale de leur existence. Mais cette dernière supposition est si absurde, qu'encore que les athée» soient obligés d y avoir recours en Lien des occasions (comme je le ferai voir dans la suite), il y en a pourtant très-peu, comme je crois, qui osent la soutenir ouvertement; car cette gradation à l'infini est impossible et visiblement contradictoire. Je ne me servirai pas maintenant, pour la détruire, de la raison prise de Timpossibilité d une succession infinie, considérée en elle même simplement et absolument, et cela pour des raisons que je dirai dans la suite. Mais je dis que silon envisage ce progrès à l'infini comme une chaîne infinie d êtres ^dépendants qui tiennent les uns aux autres, il est évident que tout cet assemblage d êtres ne saurait avoir aucune cause externe, puisqu'on suppose que tous les êtres qui sont et qui ont été dans l'univers y entrent. Il est évident d'un autre côté qu'il ne peut avoir aucune cause interne Je son existence, parce que dans celte chaîne infinie d'êtres il n'y en a aucun qui ne dépende de celui qui le précède, et qu'aucun n'est supposé exister par lui-même et nécessairement, ce qui pourtant est la seule cause intérieure d'existence qu'il soit possible d'imaginer, comme je le ferai voir amplement tout à l'heure. Or, si aucune des parties n'existe nécessairement, il est clair que le tout ne peut exister nécessairement, la nécessité absolue d'exister n'étant pas une chose extérieure relative et accidentelle, mais une propriété essentielle de l'Etre qui existe nécessairement. Une succession infinie d'êtres dépendants, sans cause originale et indépendante, est donc la chose du monde la plus impossible. C'est supposer un assemblage d'êtres qui n'ont ni cause intérieure ni cause extérieure de leur existence, c'est-à-dire des êtres qui, considérés séparément, auront été produits par une cause (car on avoue qu'aucun d'eux n'existe nécessairement et par lui-même), et qui, considérés conjointement, n'auront pourtant été produits par rien ; ce qui implique contradiction. Or, s'il y a de la contradiction à s'imaginer qu'il en est ainsi maintenant, il n'y en a pas moins à supposer que les choses ont été ainsi de toute éternité, puisque le temps ne fait rien à l'affaire. Il s'ensuit donc qu'il faut de toute nécessité qu'un être immuable et indépendant ait existé de toute éternité

Supposer une succession infinie d'êtres dépendants et sujets au changement, dont l'un a été produit par l'autre dans une progression à l'infini, sans aucune cause originale, n'est autre chose que reculer l'objection pas après pas', et faire «perdre de vue la ques-

' C'est ce qu'un habile bonime a mis depuis dans un beau jour. Supposez,

162 THBOIiOGIS VAaOJBfÊLLE.

tion touchant le fondement et la raison de l'exist^nca des choses. C'est réellement et en fait d'argumentation, la même supposition que si on supposait un Etre continu, d'une durée sans conuneBcement et sans (in, qui ne serait ni nécessaire ni existant par luimême, et dont l'existence ne serait fondée sur aucune cause existante par elle-même ; ce qui est directement absurde et contradiclok'ei J'argumente d'une autre manière, et je dis qu'il faut ou recoanaltre qu'il y a toujours eu un Etre indépendant et immuable, de qui tous les autres êtres tirent leur origii^e, ou admettre une saccession infinie d'êtres dépendants et sujets au changement, qui se sont produits les uns les autres dans un progrès à l'infini, sans aucune cause première et originale. Suivant cette dernière supposition, il n'y a rien dans l'univers qui existe pai* lui-même et néceisairement. Or si rien n'existe nécessairement, il est évident qu'il est tout aussi possible que rien n'ait existé de toute éternité, qu'il est possible que cette succession d'êtres changeants et muables aient eu l'existence. Mais cela supposé, je voudrais bien qu'on me dît par qui et comment cette succession d'êtres a été de toute étefnité plutôt déterminée à être qu'à n'être pas. Ce n'a pas été une affaire de nécessité, puisque, par la supposition même, ces êtres ont aussi bien pu n'exister pas qu'exister. Ce n'a pas été un coup du hasard, car le hasard est un nom vide de sens, un grand mot qui

dit-il, une chaîne pendante du ciel en bas, d'une bauteur inconnue. Supposa ensuite que cette chaîne, au lieu de deicendre, se tienne dans une sitoatton ftie> bien que chacun de ses chaînons pèse vers la terre, et que ce à quoi elle est suspendue ne soit pas visible. Là-dessus on demande: Qui est-ce qui soutient cette chaîne ; à quoi est-elle ainsi suspendue ? Croit-on qu'il suffise de répondre que le premier chaînon d'en bas tient au second, ou à celui qui est imtàédiatement au-dessus, le second, ou plutôt le premier et le second pris ensemble, au troisième, et ainsi de suite à l'infini ? Car, qui est-ce qui soutient le tout ? Une C! atne de dix chaînons tombera, à moins qu'une puissance capabfe de la soutenir ne Tempéche. Une de vingt tombera aussi, à moins qu'elle se soit arrêtée par une force encore plus grande, et cela à proportion deraccroissement de la pesanteur. Donc celle qui est composée d'une infinité de cbalnoos tombera certainement, à moins qu'elle ne soit soutenue par une force infloiCi capable de porter un poids infini. 11 en est de même dans une chaîne de camef et d'effets qui tendent vers quelqne fin, ou qui gravitent, pour parler ainsi, vers elle. Le dernier de ces effets, ou le plus bas, dépend de la cau«e la plus prochaine, il y est en quelque manière suspendu. Cette cause à son tour, si oea^0t pas la première, est suspendue de même k quelque chose au dessus d'elle, etc. Et si cette chaîne de causes et d'effets est infinie, il y aura un effet infini sans cause efficiente, à moins qu'il n'y aitune cause, de laquelle tout dépend. Or a^ jQrmer une chose de cette nature , est une absurdité aussi grande que si TeD disait qu'un poids fini, ou un petit poids a besoin d'une force qui le soutieoDe, et qu'un poids infini, ou le plus grand, n'en a pas besoin. {Religion of Nature deiineated, pag. 67.)

THiOLOGIB NATffRBl.tE. ifi)

ne signifie rien ; ce n'a pas été enfin l'ouvrage de quelque autre être, puisqu'on suppose qu'il n'y en avait auparavant aucun. Puis donc qu'ils n'existent point par aucune nécessité de nature et d'essence (car aucun d'eux n'est supposé exister par lui-même ) , et puisqu aucun tm^eélre n'a pu les déterminer à exister, comme je viens de le dir«,ë s'ensuit que rien ne les a déterminés à exister, c'est-à-dire que de deux choses également possibles (savoir, l'existence ou la Bon-existence étemelle de quelque chose) , l'une est arrivée plutôt que l'autre par la détermination du pur néant, ce qui est absurde et contradictoire. D'où je conclus, comme ci-dessus, qu'il faut nécessairement qu'un Etre immuable et indépendant ait existé de toute éternité. Je vais, dans le chapitre suivant, commencer à rechercher ce qu'il est.

Memarques de F Editeur^ de 17564

Il me semble que M. Glarke prouve bien dans ce chapitre qu'il faut qu'il j ait quelque Etre indépendant, puisqu'il existe quelque chose de toute éternité; mais je ne vois pas d'où il peut conclure que ce même Etre doit être immuable ; l'immuabilité ne paraît pas suivre immédiatement de l'idée d'éternité. S'il prétend que l'immua-^ bilité est une suite de l'indépendance, il devait donc commencer par prouver celle-ci, et faire voir après la liaison de l'une avee l'autre. D'ailleurs l'idée d'indépendance ne saurait donner que Vidée d'une immuabilité extérieure; c'est-à-dire qu'un Etre indépendant est tel qu'il ne peut être soumis à l'action d'un autre.

Mais pour prouver que- cet Etre indépendant est immuable d'une immuabilité intérieure ou que sa nature n'est par elle-même sujette à aucun changement, il faut, si je ne me trompe, raisonner ainsi. Il existe quelque Etre éternel et indépendant; cet Etre, quel qu'il soit, existe en vertu çl'uue nécessité absolue inhérente à sa nature; or, cette nécessité absolue étant une cause uniforme, elle doit tou^ jours produire le même effet, et par conséquent on ne peut reconpaître dans cet Etre aucune variation ou mutabilité.. De plus, cet Etre doit posséder nécessairement toutes les perfections, il ne peut donc rien perdre, ni rien acquérir, il est donc immuable. Au reste^ je ne fais ici qu'indiquer la suite des propositions, on en trouvçrft la preuve dans l'ouvrage à mesure que l'on avancera.

l64 THBOLOGIB IVATUaBLLB.

Qae cet Etre immuable et indépendant, qui a cilsté de toute éternité,

eiiste auasi par lui-même.

J ai démontré dans le chapitre précédent Texistence éternelle d'un Etre indépendant ; maintenant il faut que je prouve que « cet Etre indépendant et immuable, qui a existé de toute éternité sans avoir eu de cause externe de son existence; que cet Etre, dis-je, existe nécessairement et par lui-même. » Car tout ce qui existe est ou sorti du néant sans avoir été produit par aucune cause que ce soit, ou il a été produit par quelque cause extérieure, ou il existe par lui-même. Or nous avons déjà montré qu'il y a une contradiction formelle à dire qu'une chose est sortie du néant sans avoir été produite par aucune cause. D'ailleurs il n'est pas possible que tout ce qui existe ait été produit par des causes externes, puisque nous avons aussi prouvé dans la proposition précédente qu'il faut que quelque Etre indépendant ait existé éternellement. Que reste-t-il donc, sinon que cet Etre éternel et indépendant existe nécessairement par lui-même ? Or exister par soi-même ne signifie pas s'être produit soi-même : ce serait une contradiction manifeste. Ce terme signifie exister en vertu d'une nécessité absolue, originairement antécédente dans la nature même de la chose qui existe. Cette nécessité, au reste, doit être inhérente à l'existence de l'Etre luimême, non pas à la vérité d'une antériorité de temps, puisqu'il est éternel ; mais seulement dans l'ordre naturel de nos idées et suivant notre manière de concevoir. Je m'explique et je dis que cette nécessité ne doit pas être regardée comme une simple conséquence de la supposition de l'existence d'un tel Etre (car alors la nécessité ne serait pas absolue et ne pourrait pas être le fondement de l'existence d'aucune chose que ce soit) ; il faut la concevoir au contraire ahtécédemment à cette supposition. En effet, l'idée d'un Etre qui existe nécessairement s'empare de notre esprit malgré que nous en ayons, et lôrs même que nous nous efforçons de supposée qu'il n'y a point d'Etre qui existe de celte manière. Par exempt^', j'aibeau lâcher de me persuader qu'il n'y a point d'être dans l'univers qui existe nécessairement, je trouve toujours (outre qu'il a ete démontré ci-dessus qu'il doit y avoir un Etre existant par lui-même, J)uisqu'il est impossible que tous les êtres qui existent soient des êtres dépendants) ; je trouve, dis-je, toujours, quoi que je fasse, les idées de l'infinité et de l'éternité si bien imprimées dans mon âme, que je ne puis m'en défaire; c'est-à-dire que je ne puis pas sup-

THÉOLOGIE NATURBLLE. l65

poser, sans tomber dans une contradiction dans les termes même5| quil n*j a point d*êtres dans Tunivers en qui ces attributs soient nécessairement inhérents; car les attributs ou les modes n'existent que par Fexistence de la substance dont ils sont les attributs et les modes. Or, tout homme qui est capable de supposer qu'il n'y a dansTunivers ni éternité ni immensité, et par conséquent qu'il n'y a point de substance par l'existence de laquelle ces attributs ou ces modes existent, pourra, s'il lui plait, anéantir avec la même facilité la relation d'égalité entre deux fois deux et quatre.

Supposer l'immensité bannie de l'univers, ou qu elle n'est pas étemelle, est une supposition contradictoire. C'est ce que tout homme qui fait attention à ses propres idées et à la nature essentielle des choses, aperçoit évidemment. Supposer une partie de l-espace ôtée hors de sa place, c'est supposer cette partie * ôtée hors d'elle-même, c'est-à-dire ôtée et ne pas ôtée, ce qui est une contradiction dans les termes. Cet argument ne peut être obscur qu*à ceux qui traitent l'espace immense de pur néant, ce qui est aussi une notion formellement contradictoire ; car le néant est ce qui n'a ni modes ni propriétés, c'est-à-dire ce dont on ne peut rien

! affirmer avec vérité, et dont on peut tout nier véritablement. Or

I ce n'est pas là le cas de l'immensité ou de l'espace.

De cette troisième proposition, je conclus premièrement que la seule idée juste d'un Etre qui existe nécessairement et par lui-* même, est précisément l'idée d'un Etre dont on ne peut nier l'existence sans une expresse contradiction ; car puisqu'il est absolument nécessaire que quelque chose existe par soi-même, c'est-à-dire

I en vertu d'une nécessité essentielle et naturelle, il est clair que cette nécessité doit être absolue à tous égards, et non pas une nécessité dépendante de quelque supposition; car que peut-on imaginer d'antérieur à l'Etre existant par lui-même ? Rien au monde ne peut être conçu avant lui, non pas même sa propre volonté. Or une nécessité qui n'est ni relative ni conséquente, mais qui est absolument essentielle et naturelle, est une chose dont la négative implique contradiction, et renferme une impossibilité manifeste. Par exemple, la relation d'égalité entre ces deux nombres deux fois deux et quatre, est d'une nécessité absolue, parce qu'on ne saurait supposer ces nombres inégaux sans une contradiction formelle dans les ter-

' . mes. C'est la seule idée que nous ayons d'une nécessité absolue.

^ ' MoTeantnr partes spatii de locis suis, et movehantur (ut ita dicam) de seîpsis. (Newton., Princip., Itb. 1, schol. ad définit. 8}

l£6 TBSaLOeiE NATHaVULB.

Employer ce t^rme dans un autre sens, c est parler sans savoir ce que Ton dit.

Si on demande maintenant quelle espèoe d'idée c est que Fidée d*un être dont on ne saurait nier Texistencie sans tomber dans une manifeste contradiction, je réponds que c'est la première et la plus simple de toutes nos idées; une idée qull ne nous est pas possible d'arracher de notre àme, et à laquelle nous ne saurions itenoncer sans renoncer tout à fait à la faculté de penser; en un mot, c*est ridée d'un £lre très-simple, éternel, infini, original et indépendant ; car nous avons fait voir ci-dessus que supposer^u'il n y a point dans Tunivers d'Etre original indépendant, est supposer une contradiction. D'ailleurs, il est évident qu'il y a pareillement de la contradiction à nier l'existence d'un Etre éternel et infini ; car (outre que ces deux attributs découlent nécessairement de son indépendance, comme on le fera voir ci-dessous), outre cela, dis-je, il est clair qu'après avoir fait tous nos efforts pour nous persuader que rien d'éternel et d'infini n'existe, nous ne pouvons nous empêcher d'imaginer je ne sais quel néant éternel et infini. Ainsi nous sommes réduits à dire le oui et le non, à affirmer qu'il y a quelque chose de réel dans les idées de Féternité et de Fimmensité, et à nier en même temps qu'il y ait de la réalité dans ces idées.

Cet argument a terriblement embarrassé les Cartésiens, qui établissent que Fidée de Fimmensité est l'idée de la matière ; car (ou* tre les contradictions dans lesquelles ils sont tombés) ne pouTiot se défaire de Fidée de l'immensité, et forcés de l'envisager coame une chose nécessairement existante et inséparable nie l'éternité, ils ont été réduits à cette absurdité insupportable que d'avouer l'existence nécessaire de la matière '. dette étrange absurdité et les

> « Maïs peut-être que je raisonne atal, qoaad |« amcHis qa« la^propriété que mon idée a de représenter l'étendue, vient de l'étendue même, comme de.M eanse, car qui esi-ce qui m'empêche de croire que si cette proptit'té ne ¥ient pis de moi, elle ne vienne au moins d'un esprit supérieur au mirn, qui produit en moi l'idée de rétendue, bien que retendue ne foU pas aetu«Uement cxistMite? Toutefois quand J'y fais réflexion, je vois bien que ma conséquence est bonne, et qu'on e.<prit, quelque excellent qu'il soit, ne peut ffclre que ridée que j'ai de l'teadaie me présente Féteadoe pkitdt qu'une «utre^bose, si l'étendue n'existe pas : parce que s'il le faisait, J'idée que j'aurai» de l'étendue ne aeiait pa» «hm représentation de l'étendue, mais une représentation du Néant ; ce qui est im-

possIbYe. « «•

Et plus bas : « Mais.pout-étre que je me trompe encore, qvand je dHque'TH dée que j'ai de l'étendue suppose un objet actuellement existant; car il semble que j'ai des idées, qui n'en supposent aucun. J'ai, par exemple, l'idée d'un palais encbanié, et il n'y a point de palais cncliaaLé. qui existe. Xou^oii ^nand je considère la difficulté avec plus d'attention,, je vois i»ien4,ii*iif P

THSOLOGIS NATVUELLE. iGj

end)a]Ta9 inextricables où les a jetés Tidée de Timmensité, nous' montrent que c'est une idée nécessaire qu'il n'est pas possible de bannir de notre esprit. Mais les Cartésiens ont eu tort d'appliquer à la matière l'idée de l'immensité, puisqu'elle ne lui convient absolament point. En effet, je vais démontrer tout à l'heure qu'il est absolument impossible et contradictoire de supposer que la matière existe nécessairement.

Il s'ensuit en second lieu de ce principe qu'il n'y a point d'homme qui, faisant usage de sa raison, ne puisse s'assurer plus facilement de l'existence d'une cause suprême et indépendante, que de l'existence d'aucune autre chose que ce soit, excepté la sienne propre. J'avoue que comme les vérités les plus certaines des mathématiques sont quelquefois difficiles à démontrer, il'se peut faire aussi qu'il y ait de la difficulté à démontrer les autres attributs de l'Être suprême; mais il n'en est pas ainsi de son existence; car une des premières et des plus naturelles conclusions qu'un homme qui pense puisse tirer, est celle-ci : qu'il y a un Etre étemel, infini, existant par lui-même, qui est la cause et l'original de tous les autres êtres. Il n'y a point d'homme qui puisse révoquer en doute cette vérité, à moins qu'il ne renonce à toute certitude et qu'il ne veuille révoquer aussi en doute l'égalité entre deux fois deux et quatre. Il est vrai qu'un homme entièrement stupide et qui ne pense point du tout, pourra peut-être ignorer cette dernière vérité si claire et si sensible. Peut-être n'y aura-t-il jamais fait attention ; peut-être naura-t-il jamais laissé rouler ses pensées là-dessus. Mais qu'il s'îniagine le contraire, qu'il décide positivement que deux et deux ne font pas quatre, c'est ce que je crois absolument impossible. Quoi qu'il en soit, je pose en fait qu'un homme qui pense et qui raisonne peut avoir une plus grande certitude de l'existence d'un Etre éternel, infini et existant par lui^inême, que de l'existence d'aucune autre chose que ce soit.

le remarque en troisième Heu que la première certitude que nous ayons de l'existence de Dieu, ne vient pas de ce que nous fai-*

cette différence, entre l'idée de l'étendue et celle d'an palais enchanté, que la piemière étant naturelle, o^eat-à-dire indépendante de ma volonté, elfe suppose na objet qui est nécesaaiffement tel qu'elle l'exprime. Âu lieu que l!autre étant astiflcielle, elle suppose aussi un objet ; mais il n'est pas uécessaire que cet objet Boit absolument tel qu'elle le représente, parce que la volonté peut ajouter à tet ob}et, oa en diminuer ce qi^^lle veut, conune on l'a dit, etc. » {Begis Aft- '^A^9 Ut. 1 y part. 1, cb. 3.)

f oto Implicare contradictionem» ut* muadus ait finitvs. (Cartes. Episi. 69» part. 1.)

l68 THÂOLOGIB NATURELLE.

sons entrer Texistencç par soi - même, dans Tidée que nous en avons, ou plutôt dans la définition que nous donnons de ce mot Dieu, en tant qu'il signifie un être qui possède toutes les perfections possibles. Cette certitude nous vient de ce que nous démontrons d'un côté négativement que tout ce qui existe ne peut pas être sorti du néant, ni s'être produit l'un l'autre dans un progrès à l'infini, et de l'autre positivement qu'il doit y avoir dans l'univers un être qui existe actuellement hors de nous, et dont on ne saurait nier l'existence sans tomber dans une contradiction manifeste. Je ne veux pas prononcer positivement contre l'argument pris de ce que l'existence par soi-même entre dans l'idée de Dieu, ou de ce que cette existence est renfermée dans la définition de l'Etre qui a toutes les perfections. Je ne déciderai pas si c'est à juste titre qu'on infère delà son existence actuelle, ou si cet argument est un sophisme; mais je dis qu'il paraît par les disputes éternelles des savants qui n'ont pu encore ni s'entendre ni s'accorder là-dessus, que ce n'est pas un argument clair et démonstratif, propre à convaincre un athée et à le réduire au silence^ U me semble que l'obscurité et le défaut de cet argument consiste en ceci, c'est qu'il ne porte que sur l'idée nominale ou sur la définition de l'Etre qui existe par lui-même, et que la liaison entre cette idée nominale et l'idée réelle d'un être actuellement existant hors de nous, n'y est pas assez clairement dévelof^ée pour qu'on puisse conclure de l'un à l'autre ; car il ne suffit pas que j'aie dans mon esprit l'idée de cette proposition : Il y a un Etre en qui toutes les perfections se tr||uvent, ou il y a un Etre qui existe par Itâ-même. Mais il faut aussi que j'aie quelque idée de la chose. Il &ul que j'aie l'idée de quelque chose existante actuellement hors de moi; il faut que j'aie raisonné sur l'impossibilité absolue d'anéantir cette idée, et que je me sois convaincu de l'absurdité qu'il y aurait k supposer que celte chose n'existe pas; il faut, dis-je, que toutes ces opérations soient faites avant que je puisse raisonner de cette manière : J'ai l'idée d'une telle chose, donc cette chose existe actuellement. L'idée simple et nue de cette proposition : Il y a un Etre existant par lui-même, prouve à la vérité que la chose n'est pas impossible (car, à parler proprement, on n'a pas d'idée des propositions impossibles); mais je n'en puis pas conclure son existence actuelle, à moins que je ne puisse faire voir qu'en ce point il y a une liaison si intime entre la possibilité et la certitude que Tune suit nécessairement de l'autre. C'est ce que plusieurs savants hommes ont cru, et peut-être que les arguments subtils qu'ils ont

THiOLOGIE NATUaBLLS, 169

employés pour prouver leur assertion, ne sont pas si faufiles à réfuter que Ton pense. Quoi qu'il en soit, ma manière d'argumenter est beaucoup plus claire et plus convaincante. Je prouve Texistence actuelle d'un Etre existant nécessairement et par lui-même en deux manières. Premièrement, je démontre que la supposition du contraire renferme une contradiction manifeste, et c'est ce que j'ai fait voir ci-dessus. Ensuite je fais voir que nous avons des idées, comme celles de l'éternité et de l'immensité, au'il nous est absolument impossible d'anéantir ou de bannir de notre esprit; idées qui doivent être par conséquent les attributs d'un être né» cessaire actuellement existant ; car si je trouve dans mon esprit l'idée d'une chose, et qu'il me soit aussi impossible de me défaire de cette idée qu'il m'est impossible de me défaire de l'idée d'égalité entre deux fois deux et quatre, il est clair que la certitude de l'existence de cette chose est la même, et s'appuie sur le même fondement que la certitude de la relation entre deux fois deux et quatre. Car la relation d'égalité entre deux fois deux et quatre n'a d'autre certitude que ceci : qu'il est impossible de changer ou d labour l'idée de cette relation sans tomber dans une contradiction réelle. L'existence d'un Etre suprême et indépendant est donc une vérité certaine, puisqu'on peut démontrer qu'il y a quelque chose dans l'univers actuellement existante hors de nous, dont la nonexistence est une supposition qui implique contradiction.

Quelques auteurs ont prétendu que la cause première n'ayant et ne pouvant avoir rien avant elle, elle doit de toute nécessité exister absolument sans causie, et qu'ainsi c'est perdre son temps que de s'amuser à chercher les fondements ou les raisons de son existence. J'avoue qu il ne peut y avoir d'être existant avant la cause première, de qui la cause première ait reçu l'existence. Gela est évident. Mais dire qu'originairement, absolument et antécédemment à toute supposition d'existence, il n'y a ni fondement ni raison nécessaire de l'existence de la cause première plutôt que de sa non-existence ; dire qu'on peut affirmer véritablement de la cause première qu'elle existe sans fondement ni raison quelconque de son existence, c'est ce qui est absurde ' ; car il suivrait inévitablement de là qu'il est impossible que la cause première cesse aussi d'exister sans fondement ni raison de cette cessation. Il est donc évident que la raison, quelle qu elle soit, qui fait que la cause première ne peut jamais cesser d'exister, est aussi et a toujours été

^Voy. à la fin de ce Tolume, la lettre sur Targament qui prouve Texistence de Dî«u a priori.

1*70 TnêOUOOIS NATURELLE.

la raison véritable pourquoi elle a toujours existé et ne peut qu'exister, c'est-à-dire que celte raison est précisément le fondement et la raison Téritable de son existence.

La quatrième conséquence que je tire de ce principe, c'est que le monde matériel ne peut pas être cet Etre premier, original, incréé, indépendant et éternel par lui-même; car il a été déjà démontré que tout être qui a existé de toute éternité, qui est indépendant et qui n'a point de cause externe de son existence, doit avoir existé par lui-même. On a démontré ensuite que tout ce qui existe par soi-même doit nécessairement exister en vertu d'une nécessité naturelle et essentielle. Or de tout cela il suit évidemment que le monde matériel ne peut être indépendant et éternel par luimême, à moins qu'il n'existe nécessairement et d'une nécessité si absolue et si naturelle, que la supposition même qu'il n'existe pas soit une contradiction formelle et manifeste. Mais il est de la dernière évidence que le monde matériel n'existe pas de la sorte; car la nécessité absolue d'exister et la possibilité de n'exister pas étant des idées contradictoires, il est évident que le monde matériel ne peut pas exister nécessairement, si je puis sans contradiction concevoir ou qu iï pourrait ne pas être, ou qu'il pourrait être tout autre qu'il n'est aujourd'hui. Or, qu'y a-t-il de plus facile à concevoir que cela ? Soit que je considère la forme de l'univers avec la disposition et le mouvement de ses parties, soit que je fasse attention à la matière dont il est composé, sans aucun égard à la forme qu*il a maintenant, je n'y vois rien que d'arbitraire. L'entier composé et chacune de ses parties, leur situation, leur mouvement, leur matière et leur forme, tout en un mot m'y paraît très- dépendant et aussi éloigné de l'existence nécessaire qu'aucune chose puisse être. J'y trouve à la vérité une nécessité de convenance, c'est-àdire que je reconnais qu'afin que l'univers fût bien, il fallait que ses parties fussent dans Tordre où nous les voyons aujourd'hui. Mais je ne vois pas la moindre apparence à cette nécessité de nature et d'essence pour laquelle les athées combattent. On ne saurait imaginer rien de plus absurde que de dire dans ce dernier sens (comme tous les athées sont obligés de faire) que la forme de l'univers, ou tout au moins sa matière et son mouvement, sont des choses nécessaires.

L'athée dira-t-il que la forme particulière de chaque être est nécessaire, c'est-à-dire que le monde et toutes les choses qui y sont existent par une nécessité de nature P il faudra donc qu'il soutienne qu'il y a de la contradiction à supposer que la moindre

xaBOLOOIB NATURELLE. 1*^1

partie du monde puisse être autrement faite quelle n*est aujourd'hui. Ce sera une eontradiction que de supposer quil eût pu y ayoir plus ou moins d'étoiles, plus ou moins de planètes, ou que Ittur grandeur, leur figure, leur mourement eussent pu être autres .(^'ils ne sont maintenant. Ce sera encore une contradiction que de supposer sur la terre plus ou moins de plantes et d animaux qu'il n'y en a, ou de s'imaginer, ce qui est différent de ce qu'il est en £giu>e jet en grandeur. Il est vrai pourtant que tout cela est fort arbitraire, eu égard au pouvoir et à la possibilité, quelque nécessaire qu'il puisse être d'ailleurs, eu égard à la sagesse, et pour entretenir la beauté et l'harmonie de tout le composé.

Dira-t-il que le mouvement général de la matière est nécessaire ? U faudra donc qu il avoue que c'est une contradiction dans les termes, que d^e supposer aucune partie de la matière en repos, ce ^i est si ridicule et si absurde, que j'ai de la peine à croire qu'aucun athée,, soit ancien, soit moderne, ait eu le front de le soutenir directement. Il est vrai qu'un auteur moderne ' s'est hasardé de dire, et a prétendu prouver que le mouvement, c'est-à-dire le conaiusj la ten.dance au mouvement était nécessaire à la matière; il me suffit de cette seule considération pour faire voir combien sa philosophie est pitoyable. Dans le plein infini que cet auteur imagine, il faut que ce conatusy cet effort vers le mouvement qu'il prétend être essentiel à la matière, soit un effort par lequel, ou chaque partie de la matière, ou toutes ensemble, soient déterminées à se mouvoir ou d'un certain côté ou de tous les côtés à la fois. Le conatus au mouvement d'un côté déterminé ne peut être essentiel à aucune partie de la matière, il faut qu'il vienne du dehors, puisqu'il n'y a rien dans la nature d'aucune des parties de la loatière, qui puisse la déterminer à se mouvoir d'un côté plutôt ^e d'un autre nécessairement et essentiellement. Si Ion dit que ce ofttafttf est un effort vers le mouvfmient qui se fait également de tous côtés et dans tous les sens, on dit une chose qui implique contradiction, ou qui est pour le moins direjctement contraire à la supposition, puisqu'un tel conatasrïe serait propre à produire dans la matière qu'un repos éternel de toutes ses parties.

Je poursuis, et je dis que si l'athée suppose le mouvement eswntiel et nécessaire à quelque partie de la matière seulement, et non pas à toute la matière, la même difficulté totucliant la détermîi^on du mouvement revient^U retombe dans la même absurdité.

•Toland., lelt. 3.

I^a THÉ0L06IB NATURBIiLB.

Il se charge même d'une absurdité de plus, puisqull suppose une nécessité absolue qui n'est pas universelle, c est-à-dire que, selon lui, le mouvement sera si essentiel à certaine partie de la matière, que la supposer en repos, ce sera tomber en contradiction, peut dant qu'il est ol>ligé de reconnaître que l'autre partie de la matière est actuellement en repos.

Se contentera-t-il de dire que la simple matière existe nécessairement ? Mais outre que dans cette supposition, il faudra qu'il attribue le mouvement et la forme de T univers au pur hasard (opinion si absurde et si extravagante, que tous les athées modernes Font, je pense, abandonnée; c'est pourquoi je n'en parlerai point dans la suite de ce discours) ; outre cela, dis -je, nous avons plusieurs arguments pris de la nature même et des propriétés de la matière, qui prouvent qu'elle n'est pas un être nécessaire. Par exemple, j'argumente ainsi : Si la matière existe nécessairement, il faut que dans son existence nécessaire elle renferme le pouvoir de gravitation ', ou qu'elle ne le renferme pas. Si elle ne l'a pas, il s'ensuivra que le mouvement n'aura pu entrer dans un monde purement matériel, à la formation duquel aucun être intelligent n'a présidé, puisque le mouvement n'est pas nécessaire par lui-même, comme il a été prouvé, et comme ceux contre qui je dispute maintenant le supposent. S'ils disent que le pouvoir de gravitation est compris dans la prétendue existence de la matière, il faudra nécessairement qu'ils admettent le vide comme Tincomparable Isaac Newton la prouvé démonstrativement. Or, s'ils admettent le vide, il faut qu'ils avouent que la matière n'existe pas nécessairement ; car si le vide existe actuellement, il est plus que possible que la matière n'existe pas. Si les athées prétendent que la matière peut être nécessairement , encore qu'elle ne soit pas partout nécessairement, je réponds qu'ils se. contredisent formel* lement-; car une nécessité absolue est absolue nécessité également

• M- le che?elier Newton a prouTé dans ses Principes de philosophie que les corps célestes agissent à cercaines distances les uns sur les autres par Toie d'attraction, ou de pesanteur. C'est ce que M. Glarke appeUe \e pouvoir de gravita' tion. Le chevalier Newton ne détermine pas quelle en est la cause, et cela faute de phénomènes sur lesquels uniquement il fonde sa philosophie, et non pas sur des conjectures en l'air et sur des hypothèses chimériques. « Mais quelle qu*en soit la cause, cette cause pénètre, dit -il, jusqu'au centre du soleil et des planètes sans perdre rien de sa force. Elle agit non pas à proportion des superficies des corps, comme sont les causes mécaniques, mais à proportion de la quantité de leur matière solide. Elle agit tout alentour de soi jusqu'à des distances immenses, diminuant en raison doublée de ces distances. » (Newton, Principe, p. ni.) {Rem, du trad.)

THÉOLOGIB NÂTURBLLS. 1^3

partoat, et s'il est possible cjue la matière soit absente d'un lieu, il n y a point d'impossibilité qu'elle se trouve absente de tout lieu t j'entends une impossibilité absolue et naturelle; car c'est de cellelà seule dont il s'agit ici, et non pas d'une nécessité de relation ou de conséquence dont il n'est pas question dans cet argument.

Spinoza, le plus célèbre défenseur de l'athéisme de notre temps (qui enseigne qu'il n'y a point de différence de substances, mais que le monde matériel dans son tout et dans chacune de ses parties est un être qui existe par lui-même, et qu'il n'y a point d'autre Dieu que Tunivers) ', Spinoza, dis-je, pour donner le change sur ?es nombreuses absurdités que son opinion entraîne après elle, s'enveloppe dans la suite de son discours dans l'obscurité de ses expressions ambiguës à dessein d'éluder les arguments, par lesquels il a prévu que son système serait attaqué. Car après avoir avancé sans détour, que toute ^ substance existe nécessairement, on dirait qu'il a eu peur d'en avoir trop dit, et que, sous prétexte de s'expliquer, il se rétracte; car il ajoute, que la raison pour laquelle chaque chose ^ existe nécessairement, et n'a pu être^ à aucun égard, autre qu'elle est maintenant, c'est parce que chaque chose découle nécessairement de la nature divine. Le lecteur qui n'est pas sur ses gardes, pourrait peut-être s'imaginer, qu'il entend par là; que si les choses sont nécessairement ce que nous les voyons aujourd'hui, c'est parce qu'une sagesse et une bonté infinie n'a pu les faire, q|ie dans Tordre le plus convenable et le plus sage. Mais ce n'est là nullement la pensée de Spinoza. Car une nécessité semblable n'estpas une nécessite naturelle, ce n est qu'une nécessité morale, une nécessité de conséquence, directement contraire aux vues et aux véritables intentions de cet auteur. Mais peut-être a-t-il voulu dire, que Dieu a été déterminé à faire l'univers tel qu'il est aujourd'hui, non pas par une nécessité de bonté et de sagesse, mais par une nécessité purement naturelle, sans liberté et sans choix .»^ C'est bien une partie de sa pensée, mais ce n'est pas encore tout ce qu'il a voulu dire. Car dans ce sentiment, tout absurde qu'il est. Dieu est au

* Una substantia non potcst produci ab alla substantia. (Spin. Eth. part. 5, prop. 6.)

Omnis substantia est neeessario iDOnîta. {Id, Ihid.^ prop. 8.)

Ad naturam substantiae pertinet exislere. {Ibid,^ ?«•<»?•)

Prseicr Deum nuUa dari neque concipi potcst substantia. (/iirf., prop. 4, p. 7.)

* Ad naturam substantiae pertinet existere. (Ubisup.)

* ^ea nulle alio ordioc ncque alio modo a Deo produci potuerunt, quam pro-

ductas snnt. (Prop. 33.)

Ex nécessite divin» naturap, inOnita infinitis modis (hoc est omnia quae sub intcllectum infinitum cadere possunt) sequi debent. (Prop. 16 )

iy4 jnéoLOGur iiavdabuii.

naoina supposé distiiMtcla inonde iDttëiâel, ce qtn SjpiiiosanîeeiL termes exprès ^ Je poursids, et je dis que Ton se- trcmiperak ewcorei, si Ton croyait que sa pensée ait été d'enseigner que toutes>le)s subslânces qui sont danale mcmde ne sont que defrmodificatîonfi de lesdenoe diyiiie : ce s'est pas encore tout. Car dans cette sup^ position, Dieu semit un agent, qui agirait au moins sur lui-même, et qui se manifesteraîtefli.difllérentes'inatiières, cofiforméRieni à «t TOlonté propre, ce que Spinosa ne i veut} pas \ On aperçoit au tr^ ▼ers de ses expressions obscures et ambiguës, que s'il a voulu dire quelque chose, et s'il a eu quelque choëe de suivi dans son seoti^ ment, ce doit être ceci : * Qu'une substance ne pouvant- être pro^ duite par une substance, et Dieu n'ayant pu produire les choses autrement, ni dans un autre ordre, qu'elles sont maintenant ^ : » il faut que chaque chose qui existe soit nécessairement une partie de la substance divine, et cela en vertu d'une nécessité absolue à tous égards, et non pas simplement en tant qu'elle est une modifi** cation, produite par une cause douée de volonté, de bon plaisir ou de sagesse. Ainsi Topinion de Spinosa, exprimée en termes clairs et suivis, revient évidemment à ceci : c'est que tout le monde ma* tériel et chacune de ses parties, aussi bien que leur ordre et leur manière d'exister, que tout cela, dis-je,est l'unique Etre, qui existe nécessairement et par lui-même. Il faut donc qu'il se chaîne de toutes les absurdités dont je viens de parler, et que j'ai prouvé dé* monstrativement être des suites de l'opinion de l'existence nécessaire du monde. Il faut qu'il avoue que les choses de ce monde ont dû nécessairement être, ce qu'elles sont, et qu'il y a de la conM* diction à dire, ou à s'imaginer le contraire, j'entends une contradiction réelle^ une contradiction dans les termes mêmes^ et non pas « eu égard aux perfections de Dieu, v comme Spinoza le dit Car cette expression venant d'un homme, comme lui, qui soutient que l'univers n'est qu'un seul et même être, ne signifie rien etn^ mise là que pour donner le change. Il faut qu il dise que c'est une contradiction de supposer que les principales parties de l'univers aient pu être autres, que nous les voyons aujourd'hui, soit en nombre, soit en figure, soit en arrangement. Il faut qu'il soutienne que le mouvement est nécessaire par lui-même, et par conséquent, qu'il y a une contradiction formelle à supposer qu'aucune partie delà

* Vid loc. sup. citât.

* Deum non operari ex Hbertate Yoluntatis. (Spin., prop. 32» corol. 1 et mM' ad prop. 17.)

' Spin., locis supra oitatis*

matière est en repos. Il ne saurait éviter cette absurdité, qu'il ne se précipite dans une autre, qui est encore pirei, comme je lai fait voir dans la démonstration de ma seconde proposition générale : car il faut qu'il soutienne que le mouvement (considéré comme un étiïe dépendant) a été communiqué de toute éternité d*une partie de la matière à Tautre^ sans avoir eu aucune cause originale de son existence, ni interne, ni externe. Ce parti cependant, tout absurde qu'il est, est celui que ' Spinosa a cru devoir prendre. Ce sont là les conséquences absurdes que lopinion de Spinosa entraine nécessairement après elle. Oï* c'est, à mon avis, avoir réfuté suffisamment une opinion, que d'avoir démontré que de pareilles abstffdités en découlent inévitablement. De sorte qu'il n'est pas besoin d'autres preuves pour faire voir la fausseté de cette proposition, que le monde entier est Tétre qui existe nécessairement et par soiméfne.

On a pu s'apercevoir, qu'en prouvant qu'il n'est pas possible, que le monde matériel soit Tétre incrée, indépendant, existant pas* lui-même, etc., j'ai laissé à quartier l'argumoit ordinaire, pris de l'impossibilité naturelle et absolue, que le monde ait été de toute éternité, c'est à-dire qu'il ait existé successivement depuis un temps infini, je ne lai pas fait sans dessein. Je n'ai pas voulu me servir de cet argument pour les deux raisons que voici. Premièrement^ parce qu'il ne s'agit pas entre nous et les athées de savoir s'il est possible que le monde soit éternel : mais s'il est possible qu'il soit l'être original, indépendant existant ^ar lui-même. Ce sont deux questions très-différentes. Plusieurs de ceux qui ont embrassé la première se sont déclarés sans détour contre la seconde. La plupart des anciens philosophes, dont nos athées modernes vantent si fort l'autorité, et dont ils étalent les raisons d'une manière si triomphante, croyaient bien l'éternité du monde, msôs les arguments dont ils se servaient raiontrent qu'encore qu'ils aient cru le monde éternel, ils n'ont pas cru pourtant qu'il fut l'être original, indépendant et existant par lui-même. Ils n'ont pas nié pcmr cela l'existence d'une intelligence suprême, qui préside sur l'université et qui le gouverne, qui est précisânent ce que nous appelons Die«. De sorte que quand bien même il nous serait impossible de répondre aux. arguments qu'on allègue pour établir l'opinion de l'étei*nité du monde, les athées n'y gagneraient rien, et leur cause n'en

I Gorpas ipotnm, vel «faiesoens, ad motunr debutt determinafri, tel qniefcin, ab alio corpore, quod etiam ad motum vel quietem determinatum fuit ab alio» et iUud iterum ab alio, et aie in iottaitum. (Spin. Pafi, prop« tôf leiBé.a*)

iy6 THÉOLOGIE IfATVRELLE.

deviendrait pas pour cela meilleure. En effet, presque tous les anciens philosophes, qui ont cru le monde éternel, ne l'ont pas cru pour cela indépendant et existant par lui-même. Il n'y a, comme je viens de le dire, qu'à considérer leurs arguments, pour voir que ce n'a pas été leur pensée. Les uns se contentent de prouver, que quelque chose doit avoir été de toute éternité, et que l'univers n'a pu sortir du néant : c'est à quoi aboutissent tous les arguments d'Ocellus Lucanus. Les autres se sont représenté le monde comme une production éternelle et nécessaire, qui est sortie de la toutepuissance essentielle et immuable de la nature divine ; celte seconde opinion paraît avoir été celle d'Âristote. Les autres enfin ont dit que le monde était une émanation éternelle et volontaire de la cause suprême et infiniment sage; c'est le sentiment dun grand nombre de Platoniciens. Il est clair qu'aucune de ces opinions n'accommode nos athées modernes, qui nient sans détour l'existence d'un esprit, d'une intelligence suprême. Je conviens que l'opinion de Téternité du monde est incompatible avec le sentiment commun : cependant puisque les défenseurs de cette opinion ne l'ont pas crue incompatible avec la croyance d'un être éternel, tout puissant et tout sage, auteur et créateur de l'univers : et puisque les arguments dont ils se sont servis, pour défendre leur sentiment, sont beaucoup plus propres à renverser lexisteuce nécessaire et l'indépendance du monde matériel, qu'à l'établir : qu'y atil de plus injuste et de plus déraisonnable que la prétention de nos athées modernes qui se parent de l'autorité de ces anciens auteurs, et qui les allèguent, comme ayant été de leur parti? Qui ne voit, en effet, que c'est en vain qu'ils allégueront ce que ces anciens ont dit de l'éternité du monde, tandis qu'ils ne pourront pas faire voir qu'ils ont aussi nié l'existence et le pouvoir suprême d'une intelligence éternelle.

Ocellus Lucanus, un des plus anciens défenseurs de l'éternité du monde, que M. Blount * fait aller de pair avec Moïse pour son antiquité et pour son autorité, Ocellus Lucanus, dis-je, s'exprime, il est vrai, en certains endroits, comme aurait pu faire un homme qui aurait cru que le monde matériel existe par lui-même. Car il dit « qu'il ne peut ni être engendré, ni se corrompre; ^; qu'il n'a ni commencement, ni fin ^5 qu'il est éternel par lui-même, parfait et

* Blount. Oracles of Reason, Lctl. to M. Gildon, p. 216. Voy. touchant ce M. Blount le Dictionnaire de Ba^Ie à l'article à'Jpoiionius de Thyane. Rem*

' Âvapxov xal «TeXevTYiTov ,

permanent à jamais * » : iî ajwn^enfin que « la forme et les parties de r*miwrs doivent néce«mr6medt être éternelles, aussi bien que sa substance et sa raalâère 3. » Mais qusnd il vient à produire les iakoas q«i il a eues d'embraesep^^tte-opimon, elles sont si pitoyables et si rîdiciJes qu'il ïi'y a peint d'athée dans ce siècle, qui n'eût honte de les proipeser sérieuseraent. Qui ne rirait, par exemple, de lui entendre prowwr « que le monde doit être éternel, sans commencement ni fin, par cette raison qu'il est d'une figure sphérîfie, et que son mouvement est circulaire, et que le cercle n'a ni commencement m fin *. » Il s attache aussi à proirver des choses ({«e personne n'a j«mats contestées. Il prouve, par exemple, que qoekpie chose a dû être de toute éternité, parce qu'il est hnpossibleque twit ce qui existe 6<9h'softi du néant, ou tombe dans le néant. Il ajofliAie qae « le montle est éternel, parce qu'il y a de ht GMrtradictioiD à dire que l'univera a eu un commencement, puisque s'il avait eu un comipencement , quelque autre chose le hri aurait donné; ce (spA est impossib^k, puisque qui dit l'univers, dit tiMtt,n'y ayant rien au-delà. >» Towt^œ q%i'il dit dans son livre se léduit à ce seul argument. De sot^e que tout ce qu'il prouve réellement n'est autre chose que ceci : c'est qu'il doit nécessairement 7 aroir dans l'univers un Etre é^semel : mais il ne proir^e pas que la matière soit existante pax* elle^mâme^ par opposition à l'esprit et à rintellige»ce. Il est vrai qu'il avawse que « l'ordre et les par- ^s de l'Hmv^jrs sont néoessainss d'une nécessité absolue; » nnris ce qu'il dit là>^essus est toutàifiait ridicule, et ne prouve absolument rien. Outre cela, on trouve, dans ce même livre, où il débite oes pauvretiés, aussi bien que dans quelques autres fragments que n«us avons de lui, on y trouve, (iUs^je, des endroits où il est obligé de reconnaître que toutes les choses de ce monde, quelque éterndfcset nécessaires qu'on les imagine, sont pourtant la production d'un esprit éierael et intelligent*: «que c'est aux perfections decette intelligence que le monde doit sa beauté et son harmonie'^: » et que c'est de là en paorticutier que viennent « les organts

àif av»v, '^f.v, etc. (OccL Luc.) EUpt tîç tqu ^avxo; /(^wt/tùç.

* Ht6 "Yaç T&O (r/r,[f.'XTOç î^éa, xuxXcç outo; 3'g iroévrcÔev Taoç xai 5(aoioç, ^ion^*^af^ XOÇ xai ^téXeu-hito;. (Id. Ibid.)

* To «euctvKyrcv 8eîcv («4v xai Xopv i^ffi'iJtaX' ifU^^Occ. Lire., diB- £çg^:J^gmf}

T. III. la

des sens, les facultés et les appétits de rhomme'^ » toutes choses qui ont leur dessein, et qui se rapportent visiblemeut à une fin.

Aristote a été aussi un grand défenseur de Téternité du monde, jamais pourtant il n'a nié l'existence de Dieu, ni prétendu donner la moindre atteinte à son pouvoir, à sa bonté ou à sa sagesse. Au contraire, il ne s'est rangé à cette opinon de l'éternité du monde, que parce qu'il s'était imaginé qu'un si bel ouvrage devait nécessairement être la production éternelle d'une cause éternelle aussi excellente qu'est Dieu. Il était si éloigné de croire que la matière fût la première et originale cause de toutes choses, que dans la description qu'il donne de Dieu, il le représente au contraire, u comme un Etre intelligent et immatériel^; le premier moteur de toutes choses qui ne peut-être mu lui même^ : » et qu'il décide en termes exprès, « que s'il n'y avait dans l'univers que matière^ il n'y aurait point de cause première et originale, mais une ^ progrès* sion de causes à l'infini, ce qui est absurde.

Je sais qu'il y a d'autres philosophes qui ont enseigné clairement et sans détour que la matière était non-seulement éternelle, mais aussi existante par elle*même, et entièrement indépendante ; et qui en ont fait un second principe, coexistant de toute éternité avec Dieu, et indépendant aussi bien que lui. Mais j'ai déjà fait voir dès le commencement de ce chapitre l'absurdité de celte opinion, lorsque j'ai démontré qu'il est impossible que la matière existe par elle-même , et j'en démontrerai plus amplement la fausseté lorsque je traiterai de l'unité de l'Etre existant par lui-

même.

Quel que puisse avoir été le sentiment de Platon sur l'origine de la matière, ce philosophe s'est expliqué sur la formation du monde d'une manière très-ample et . très-nette. Il dit que le monde a été créé et formé par un Dieu intelligent et sage. Il n'y, a même aucun des philosophes anciens, qui ait parlé de la nature de Dieu et de ses attributs en de plus beaux termes^, et d'une manière plus sage qu'il le fait dans tous ses ouvrages. Il semble cependant

* Ta? ^uvap.ei; xal rà Ôp-^ava, xat rà; épsÇsiç xtizh ôsoD ^E^o{jt.gvaç ôvôpwirciç, ôux Ti^ovviç Yivexa ^B^oorat <yup.€8êYixev, etc. (Idem.) Hepî r^;, etc.

* Nooç0ebv àawfjtaTov àwsçyivg. (Diog., in f^1ta Aristot.) ' Tb TcpwTov xivoOv, àxtvYJTov. (Arist., Metnph.)

* Et p.Yi earai irapà rà aÎT-niTà aXXa, cOx edrai i^yjh xal ràÇi;, oùX àsi Tr.d kçyf,; Apxf {14. Ibid^)

* O ITOIVITTIÇ X«l iraTYlp TOO^g TOÛ iràvToç. •

O -piv, GÛpavbv xat ©ecuç, xai TràvT» ra gv cl>pavw, xal rà ev à-îcu, xal Otto -p; àTracvra ip-faaajAsvo;. {De Republ., lib. 10.)

qu'il renvoie Tëpoque de la formation du monde à un temps indéfini, lorsqu'il dit dans son Timée, « que le monde' doit être né- * cessairement une ressemblance éternelle de l'idée éternelle. » Quoi qu'il en soit, ceux de ses disciples qui sont venus apiiès lui, ont prétendu que par la création du monde il ne fallait pas entendre une création arrivée dans le temps, mais une création faite de toute éternité. Platon a voulu dire, selon eux, que Dieu n'est pas avant le monde, d'une priorité de temps, mais seulement d'une priorité de nature. C'est le tour qu ils ont donné à sa pensée et le sens qu'ils ont cru devoir assigner à ses expressions". Ils ont supposé que la volonté de Dieu, et le pouvoir qu'il a d'agir, étant nécessairement de toute éternité aussi bien que son essepce, les effets de cette volonté et de cette puissance doivent avoir été aussi de toute éternité, ni plus ni moins que la volonté et la puissance même^ de la même manière que la lumière doit être conçue coélernelle au soleil, l'ombre à l'interposition du corps opaque, et l'empreinte du sceau au sceau même, supposé que les causes de ces effets soient éternelles.

De tout ce que je viens de dire, il paraît très-clairement que

. * Ilàaa ava-pcYi tov^8 îto<Tp.ov swova tivoç sïvai. (Plat., in TVm.) Voici commcot C--

cëron rapporte ce passage, qui, dans les exemplaires de Platon, est trèsiniiparfait :

Si ernfo générât us est (mundus) ad id effcctus est,quod ratione sÀpicntiaque comprehenditur, atque immutabili jeternitate continetur. Rx quo efflcîtur, ut sit « necesse Uunc, quem cernimus, mundum^simulachrumœternum csâc aiicu* jus «terni. (Cic, de Univers.)

* Qui autem a Deo quidem factura fatentur, non tamen Toîurt en m t emporta haberc, sed suae creationis înitium ; ut modo quodam vix intelligibili, seniper «tfactus. (August., ile Civit. Dci., lib. 2, cap.4.)

De mundo, et de liis quos ia mundo deos a deo factos scribit Plato, apertissime dicît eos cœpisse es?e, et habere initium.— Vcruni id quomodo î/)tel.igant, înTenerunt (Platonici) non esse hoc vldelicet temporis^ sed substitutionis initium. (Lib. 10, cap. 31.)

Sed mundum quidem fuisse semper, pbilosophia auctor est; conditorc qutdemDeo, sed non ex tempore. (Macrob. in Somn, Scîp., lib. 2, cap. 10)

Kai et pcuXtt, TPapa^ei-jraan os rivt t5»v -ptûpiu-wv, ^sva'yriow Trpo; 70 'CriTcuasvcv çttci «j^ap on xaôiipgp atTiov to <râ>pka tou ixaffrou (Wiaç *yivSTai. Oa^'y^povoç ^s tw crwu.aTc "fi 03C'.a xal où)^ ôp.oTijii.oç. Oî5t<û ^yi xal o5'e é xcofi.c; irapojcoXouôinji.à ècrri tcu 0scu airîou evTo aÙTw TcO elvai, xal 2uaï^îo; iairl tw ©ecp- oùxsTi d'à xal cp.QTip.o;. (Zacbar., Scholas t. Disputa.)

Sicut enim, inquiant (Platonici) s! pesex alcrnitate semper fuisset in piilvere, semper ei subesset Testigium; quod tamen vestigium a calcante factura nemo dubitaret ; nec alterum altero prius esset, quamvis altcrum ab altero factum essct: sic, inquiunt, et mundus atquc in illo Dii creati, et semper fuerant ; semper existente qui fecit, et tamen facli snnt (August., de Civifat, Dei, lib. 10. cap. 31.)

l8o THÉOLOGIE NATCII£IiLE.

c'est à tort que nos athées modernes se glorifient du consentement de ces anciens philosophes, qui ont enseigné 1 éternité «b monde, et qu ils nont aucune raison de se parer de leur autorité. Car puisque ces anciens auteurs n'ont jamais ni prouvé, ni entrepris de prouver que le monde matériel est indépendant, existant nécessairement et par lui-même ; qu'ils ont au contraire enseigné qu*il était un effet éternel dune cause éternelle^ et que cette cause est Dieu; il est évident que supposé même qu'il ne fut pas possible de réfuter leur opinion, la cause des athées de nos jours n'y gagnerait rien, puisqu'ils ne veulent point reconnaître dans l'univers d'intelligence suprême, et qu'ils n'admettent pour cause suprême et originale de toutes choses que la pure matière, et je ne sais quelle aveugle nécessité.

La seconde raison qui m'a déterminé à ne pas porter en ligne de compte l'argument ordinaire pris de l'absolue impossibilité que le monde ait été de toute éternité, ou qu'il ait existé depuis une succession de temps infini; la raison, dis-je, qui ma fait omettre cet argument de la démonstration de cette propositioif « que le monde matériel ne peut pas être l'Etre premier, l'Etre original, incréé, indépendant et existant par lui-même : •> c'est que je ne le crois pas propre à convaincre un athée, ni à faire aucune impression sur un esprit qui ne seraitpas rempli par avance de ridée transcendante de l'éternité de Dieu. L'athée en effet qui ne se paie pas des distinctions subtiles de l'école, ne manquera pas de rétorquer contre r«temité de quelqu'étre que ce soit, tont ce qu'on mettra en a^ant pour réfxiter la possibilité de l'étaEnité du monde. Il dira que c'est un argument qui ne prouve rien, puisqu'il prouve trop ; que ce n'est qu'une difficulté qui vient de oi que nous ne pouvons pas concevoir au juste la notion de YéW' nité. J'ai déjà fait voir qu'om peut, par les seules lumières de k droite raison, prouver démonstraUvement contre l'athée le piv déterminé, que le monde matériel n'existe, ni nécessairement, ni par lui-même, et qu'il est .l'ouvrage d'un agei»t «vpérieur diiliMl de la matière. Mais ces questions, en quel temps le BOtoiide a^^i' été créé ? la créaHon a^t^elle été faite, à proprement parler, dans le temp6? Ce^ que^tionfi, dis-je, ne sont nullement faciles à décider par la raison (conMiae il paraît par la diversité des opinions que les anciens philosophes ont eues sur cette matitàva), ce sont^ks choses dont il iaut ixlianc ch^rcheir Jadpécisioa dans la révélation* Ceux qui seffoPoeHt de proover qu'un espace infini ou une dtfMi' infinie sont deschimères fondées sur l'im-po^ibilité, ^u'«ne ad^

tÎMi<<le'psMte»4biie»«mnpose, ou épuise jamais Tinfinî ' ; qui objfUlMt'rinëgitîté inittginaire du nombre des années, des jours et <la»lietires oontt W3 don»urr Kwnps inAm, ou Tinégalîté des Keues, dastniteset des pieds contetitis-dan» un* espace infini; ces gensli^dia-je, errent parce qu'ils supposent ftux. Hs supposent que hvinfisis smit composés de parties finies; cest«-à-dire que les fWBtitéa finies soni des parties aliquotes, ou parties constituantes ik riafiiii, ce quin est pas. Car toutes les quantités finies, quelles qnWIles 9(KMt, petites ou gmndes, urrîes ensemble ou séparées, ont jnfiement »Tec linfini la même proportion que les points UBlhémvlîqttes ont »?ec la ligne, les lignes avec les surfaces et les. OMHiMiBts yrec le temps, c est-à»dire qu'elles n'ont ensemble au- <wne proportion. C'es^done se moquer des gens que de nier la ptasibilité d'un espace ou dW temps infini, uniquement à cause 4iirm||«alité imaginaire du nombre de leurs parties finies, puis»fttfces^partiesnn'en sont pas les parties constituantes, et qu elles BesoBt à lem^ égard que de purs néants. C*est tout comme si je iriiis la possibilité et l'existence d'une quantité finie et détermiwb^ seus prétexte de 1 égalité ou de Knégalité imaginaire du nomhn àm points et des lignes mathématiques que cette quantité contàrnt, puisque t»nt ces lignes que ces points sont, à proprement piifcr, absolument sans nombre. Il n'y a ni nombre, ni quantité ^id puisse éttie partie aliquote de l'infini ; il n'y en a point qui pwsrenttper en comparaisem arec l'infini, ni avoir aucune propwiimi mvwi lui, ni serrir de fondement aux arguments où il est Éon*dé l^nflni.

L'Mteneede I^Èhre^oi«rii(e|nr)Bii>iDètte*«it'fiicM»prétfCTigible.

Nous n* a^wm poim d'idée de la sybstftnce ou de l'essenee de r£tre qui existe nécessairement et par luirmâmei et c est une choie qu'il ]io«i& est absolument impasstUede comprendre. Nous lenuies bien assurés que cet Etre existe aetueUentent hors de nous.; notts yenoas de le démontrer d*uiie manière à ne laisser awmn doute. Nous avons démontré aussi ce q«'il n'est pas^ je TOUX dire que le monde roeténel n'es« pas oet £cre en questioni comiue iios^athées mod^imes le prétendent. Jusque-là tout ya> de piaiotpîed. Mai&leti^u'il s'agit de déterfAmer ce qu'il estparrsip* port à son essence, nous demeiiiHiiiis^ courts^ et c'est pour nous un mystère iofiompréhensible. Gale ne fait pourtant aucun tort à la

' Cadwortli, System», p. 643.

l82 THiOLOGIS NÀTtiaBIitE.

certitude de la démonstration de son existence. Car autre chose est de savoir certainement qu'une chose existe, et autre chose de connaître en quoi consiste son essence. La première de ces choses peut être prouyée démonstrativement, mais la seconde est absolument au-dessus de la portée de notre esprit. Je pose en fait qu un sourd, qu'un aveugle de naissance ont infiniment phs de raison de nier Texistence et la possibilité du son et de la li^ mière que n'en a Talhée pour révoquer en doute l'existence de Dieu. Toute la certitude que le sourd et l'aveugle peuvent avoir de l'existence du son et de la lumière se réduit au témoignage de personnes croyables : du reste, il est absolument impossible qu'ils aient la moindre idée, je ne dis pas seulement de leur essence, mais même de leurs effets et de leurs propriétés. Il ne faut au contraire à l'athée qu'un peu de raisonnement pour avoir une cer- Ûtude entière de l'existence d'un Etre suprême, et pour connaître plusieurs de ses attributs quelque incompréhensible que soit son essence, comme je me propose de le faire voir dans les propositions suivantes. La conduite de l'athée qui nie l'existence de Dieu, par la raison que son esprit faible et fini ne saurait se former une idée juste de l'essence de cette première et suprême cause, est donc la chose du monde la plus faible et la plus dérai« sonnable. La substance ou l'essence de toutes les autres choses nous est entièrement inconnue, je n'en excepte pas même les choses que nous voyons, que nous touchons et que nous croyons le mieux connaître. Il n'y a point de plante, tant petite et méprisable soit-elle, point de vil animal qui ne pousse à bout et oe confonde le génie le plus profond et le plus sublime : que dis-je? l'essence des êtres inanimés les plus simples et les plus communs a pour nous des profondeurs et des ténèbres impénétrables. Quelle extravagance donc de faire servir Tincompréhensibilité de la nature de Dieu à combattre son existence? Quelle absurdité de se récrier si fort sur l'existence d'une substance immatérielle dont l'essence n'est pas compréhensible et d'en parler, comme de la chose du monde la plus étrange et la plus incroyable ? N'est-il pas mille fois plus étrange de voir qu'il y ait un si grand nombre d'objets, que nos sens aperçoivent, que nous manions tous les jours, et que nous pouvons tourner de tous côtés pour les examiner; et qu'avec tous ces avantages, nous soyons encore incapables de connaître l'essence réelle du moindre de ces êtres?

Cependant il est nécessaire de remarquer ici en passant, que de là il ne suit pas qu'il puisse y avoir réellement de la contradiction

THÉOLOGIE IVATURBLLS. l83

entre nos idées claires et la substance inconnue ou l'essence de Dieu. Car comme un aveuglei qui n'a aucune idée de la lumière et des couleurs, ne laisse pourtant pas d'avoir une connaissance certaine et infaillible qu'il est impossible qu'il y ait une espèce de lamière qui ne soit pas lumière, et de couleur qui ne soi^ pas couleur : nous de même, bien que nous n'ayons aucune idée de la substance de Dieu, ni de la substance d'aucun autre être, nous savons certainement qu'il est impossible qu'il y ait des modes ou des propriétés contradictoires dans l'une ou l'autre, et la certitude que nous en avons est aussi infaiUible que si nous avions des idées dictÎDctes de ces substances.

Ce que je viens dire sur ce sujet, me donne lieu de faire ces deux remarques. La première, sur le peu de justesse d'esprit de ceux qui se sont imaginé d'avoir trouvé dans l'espace infini une juste représentation, ou une idée adéquate de l'essence de la cause suprême. Cest la plus pauvre imagination du monde. Elle vient de la mauvaise coutume que les hommes ont de faire leurs sens les juges de tout. Ce qui fait qu'ils se figurent les substances immatérielles et spirituelles, comme de purs néants, à cause qu'elles ne tombent point sous leurs sens; semblables aux enfants qui s'imaginent l'air sur le pied d'un vide ou d'un néant, parce qu'ils ne le peuvent pas voir. Mais Terreur est trop grossière et trop puérile pour mériter que nous nous y arrêtions plus longtemps. Peut-être y a-t il dans le monde un nombre innombrable de substances, dont les essences sont aussi peu connues et aussi peu capables d'être représentées à notre imagination, que les couleurs à celle d'un ftveugleiié, et les sons à celle d'un homme qui a été soiu'd toute sa vie. Je dis plus, il n'y a point de substance dans l'univers qui nous soit connue autrement que par quelqu'une de ses propriétés ou de ses attributs. Nous connaissons plus de propriétés de l'une, que nous n'en connaissons de l'autre ; mais voilà tout, notre science ne s étend pas au delà. L'espace infini n'est après tout qu'une idée abstraite de Timmensité, de la même manière que la durée infinie est une idée abstraite de l'éternité. De sorte qu'on pourrait aussi vraisemblablement faire consister l'essence de la cause suprême dans l'éternité que dans l'immensité. La vérité est que l'une et Tautre ne sont que des attributs d'une essence qui nous est incompréhensible. Toutes les fois que notre imagination faible entreprend de se représenter la substance réelle de quelque être que ce soit, elle tombe dans la même erreur à peu près queje viens de reprendre.

Ma seconde remanyu^ reg^uche Iai ph*U>ÉOpha<t Sieolftitiyfti et. la vanité de leurs spéculatioDs.sur la oataAre d&rJEtre qpii.eiMfts par lui-même. Ici, comme, partout aiUettiP^iiiQBoeAt41s^ à irouvcR sur leur chemin des choses^ qu'ils ne p<Miyeot .ni expliquer, ni comprendre ; plutôt que davouer humblemMit et de boaee fi» ^'il y a des choses qu ils ignorant; ils. paient Inics lecteurs dt quelque terme d'art, e t de paroles amusaoteir. qui. au foad nesi^ fieiUrien, et cV^ ce qui.s'^fifbelJiS'Gbe&eux expliquer une watiève. C'est ainsi qu en parlant deTessAnfie de Dieu^ il&nous di«ent qu'il ^$3^,piwas actm^ mera /orMa,,^étei\e$ autres bagatelle»'. Car, <m ces termes nont aucun sens, ou s'ils en.a&t.iui,ils..sîgttifieiit seul» ment la souveraine puisssuice de Diei|, ou quelque;. autre de ses a^ tributs, ce qui est bien diffécent. de ce< %Wil& ont v<Miltt dm.

Que l'Etre qui existe {mu: Iwinm^mt :e>t atosêaireiamt étMwMiA.

Mais bien que la substance ou Fessence de TÊtre suprême soit en elle-même absolument incompréhensible, nous pouvons x^epeadant démontrer plusieurs de ses attributs essentiels aussi bien quA son existence. Et premièrement, il est certain que « TÈtre existant par lui-même doit nécessairement être éternel. » L'idée de ïéteh mité et celle de l'existence par soi-même ont entre elles une coa* mexion si intime, que si vous posez l'éternité d'un être indépendant, qui n'a aucune cause extérieure de son existence, vous. posez par le même moyen sou existence par lui-même; et si vous établissez la nécessité d'un être existant par lui-même,; vous établis* sez aussi qu'il doit être nécessairement éternel. Nous avons fait Toîr ci-dessus qu'exister par soâ-même, c'est exister d'une nécessité absolue, d'une nécessité de nature. Or cette nécessité éuuU absolue, et ne dépendant d'aucune cause extérieure, il est clair qu'elle doit être toujours la même, et que rien n'est capable delà changer, tout ce qui est sujet au changement ne l'étant que par. Fimpression. qui lui vient de la part de quelque agent extérieur. U est donc évident qu'un être qui exisft par une nécessité de nature^ et qui ne reconnaît d'autre cause de son existence que soi-même^ doit nécessairement avoir existé de toute éternité, n'avoir point eu de commencement, et continuer à exister encore aux siècles des siècles, sans qu'il y ait jamais de fin à son existence. Il est bon au reste d'avertir qu'il faut concevoir une différence infinie entre 1*

♦Pttdcnet wc dlcereuan IntélHgcre, si îpsl întèingereiit qui tractarant. (Melch., Gant. L. G. lib. 2, c. 7.)

manière dont Dieu existe éternellement, et la manière d'exister de tous les autres élnres, de ceux-là mente qui sont destinés à durer éternellement; car au lieu que ceux-ci, à cause des bornes étroites de leur esprit, ne peuvent ni embrasser tout le passé, ni connaître* parfaitement le présent, ni prévoir tout ce qui est à venir, ni disposerde cet avenir à leur bon plaisir; au lieu que leurs pensées, letir connaissance et leur puissance ont leurs limites au delà desquelles il ne leur est pas possible d'aller^ et qu elles sont de plus successives et passagères aussi bien que les choses sur quoi elles s'exercent. L'Etre étemel, au contraire, la cause suprême (supposé qw ce soit un être intelligent, comme on le fera voir dans la suite de ce discours) ; l'Etre éternel, dis-je, doit nécessairement avoir une comnussance de toutes choses si parfaite, si indépendante, si imnHiaMe, qu'il n y a point d'instant dans sa durée éternelle, où le passé, le présent et l'avenir ne lui soient parfaitement connus, et (m tout ce qui existe, les choses à venir aussi bien que les présentes, ne soient aussi soumises à son pouvoir suprême, que s'il n'y avait point de succession réelle, et qu'elles fussent foutes acluellê- TOatt présentes. Jusque-là, il n'y a rien dans ce que nous disons de la durée éternelle de Vêtre existant par lui-même, qui ne soit trèsintelligible, et l'athée ne peut pas dire que nous ayons avancé rien d'impossible ou d'absurde. Cette durée éternelle est, à parler proprement et dans le sens le phis naturel et le plus excellent, interminabilis 'vitœ tota simul et perfecta possession c'est-à-dire la jouissance entière et parfaite d'une vie sans fin.

D'autres ont dit que la différence entre la mamère d'exister de la cause suprême et celle des êtres créés consiste en ceci : c'est qii*'auli«u que la manière d'exister des derniet*s est une succession oratRineUe, une durée qui s'écoule, celle de la canse suprême n'est qu'un point ou un instant qui renferme toute l'éternité, et dans lequel toutes choses coexistent réeUeinent. Je n'insist^*ai pas nmintenant sur cette distinction, elle ne m'est d'aucun usage dans cette dispute. Quand on la supposerait juste et véritable, je ne crois piifqalilf&tpossibledelamettrsdansun ass«s>grand jour pour con- ^«ncre un athée, et pour empêcher qu'il ne la regarde comme un véritable jeu de mots; à quoi j'ajoute que si dW cÂté Ton voit la (Ittwralité des SQoksttqixes en faire cars, et fàire' tous leurs- efforts' pour la défendre, on trouve d'un autre côté des personnes qui. ne leur cèdent en rien ni en savoir, ni en pénétration) ni cmijugemeiit, qui la rejettent et qui s'en moqtfetit ^

' Qhnem ingcnlo'fi^re; itrratt eapi«f rilBgfi«ifieA'ca|itlinr. — Tim AeH noti

Z86 THBOLOCIB N^TURBLLE.

Que TEtre qui existe par lui-même doit être inûni et présent par tout.

L'idée de Tinfinité ou de rimmensité, aussi bien que celle de réteriiité, est si étroitement liée avec Tidée de Texistence par soimême, que qui pose Tune pose nécessairement Tautre; car puisqu'il est absolument nécessaire qu'il y ait un infini indépendamment et par lui-même ( et peut-il y en avoir d'autre, à moins qu'on ne suppose un effet plus parfait que sa cause?) ; puisque, dis- je, il doit y avoir un tel infini, il s'ensuit qu'il faut nécessairement qu'il existe par lui-même, et s'il existe nécessairement par lui-même, il faiU réciproquement qu'il soit infini. J'ai déjà fait voir qu'exister par soi-même, c'est exister en vertu d'une nécessité absolue, essentielle et naturelle. Or cette nécessité étant à tous égards absolue et ne dépendant d'aucune cause extérieure, il est évident qu'elle est d'une manière inaltérable la même partout aussi bien que toujours ; car une nécessité qui ne serait pas nécessité partout, ne serait pas une nécessité absolue de sa nature, ce ne serait qu'une nécessité de conséquence et dans la dépendance de quelque cause externe. En effet, une nécessité absolue en elle-même n'a de relation ni au temps, ni au lieii, ni à aucune autre chose que ce soit. Par conséquent tout ce qui existe en vertu d'une nécessité absolue en elle-même doit nécessairement être infini aussi bien qu'éter

potcst, ut instaas (Temporis), coexistât rei successivae, quam impossibile est punctum coexistere (coextendi) lineae. — Usas merus non intellectorum yerborum. (Ôassendus, Phys , 1. 1.)

a Je n'ai pas dessein de vous parler des notions obscures et peu solides des scolastiqucs, qui disent que (l'iternité de Dieu) est, duratin tota simula uue durée dans laquelle il ne faut pas concevoir de succession, mais qu'il faut imaginer comme un instant. J'aimerais autant concevoir l'immensité de Dieu coaune un point, que de m'im<iglner son éternité comme un instant. — Conçoive qui pourra, comment des choses qu'on doit nécessairement supposer coexistantes À d'autres, qui se succèdent, peuvent exister sans succession. Voy. les Sermons de r archevêque Tiilotson, vol. 7, serm. 13.

i> Dieu, disent quelques autres, voit et connaît les choses futures, par la présentiaiifé et la coexistence de toutes choses dans l'éternité ; car, disent-ils, les choses futures existent réellenfcnt à, l'égard de Dieu et lui sont actuellement présentes, non pas à la vérité in mensura propria^ mais in mensura aliéna. Vous trouverez à chaque pas des exemples de ce jargon et de ces phrases impertinentes dans les livres des scola^tiques. Je^ne leur envie point l'intelligence de ces termes. Dans mon idée ce sont des mots qui ne signiâent rien, inventés par des gens remplis d'une trop haute opinion d'eux-mêmes, et répétés dans la suite par un grand nombre d'autres, qui de peur de passer pour igoôrants, ont fait semblant de les entendre. Ce qui me parait le plus admirable, c'est qu'après s'être donné à eux-mêmes bien de la peine pour inventer ces grands mots, et avoir mis les autres à la gêne pour les entendre, ils aient eu l'impudenoe de donner à ce jargon le beau nom d explication des choses.» (Tiilotson, vol. 6, serm- 6.)

THÉOLOGIB IfATUaSliLB. 187

Del. Si je suppose un être fini, eidstant par lui*méme, je ne puis, sans une contradiction formelle, poser qu'il soit possible que cet être n'existe pas; et cependant il est clair que Je ne le puis conce- Toir non existant sans contradiction^ C'est donc la plus grande de toutes les absurdités que de supposer qu'un être fini puisse exister par lui-même. Si sans contradiction je puis concevoir un être absent d'un lieu, je puis sans contradiction aussi le concevoir absent d un autre lieu, et puis d'un autre encore, et enfin de tout lieu. Ainsi, quelque nécessité d'exister qu'il ait, il doit l'avoir reçue de quelque cause extérieure, il ne saurait l'avoir tirée de son propre fonds, et par conséquent il n'existe point par lui-même.

De là je conclus premièrement que l'infinité de l'être existant par lui-même doit être une infinité de' plénitude aussi bien que d'immensité, c'est- à<Klire que comme elle n'a point de bornes, elle n'est sujette ni à aucune diversité, ni à aucun défaut, ni à aucune interruption. Par exemple, qu'on suppose, si l'on veut, la matière illimitée, il ne s'ensuivra pas pour cela qu'elle soit infinie dans un sens de plénitude, puisqu'elle pourrait n'avoir point de bornes, et qu'il pourrait pourtant s'y rencontrer des vides. Mais ce qui existe par soi-même doit nécessairement exister également en tous lieux, et être présent également par tout. Il a donc une infinité vérita* ble, une infinité absolue de plénitude aussi bien que d'immensité.

Je conclus en second lieu que l'être* existant par lui-même doit être un être simple, immuable et incorruptible, sans parties, sans figure, sans mouvement et sans divisibilité, et pour tout dire en un mot, un être en qui ne se rencontre aucuqe des propriétés de la matière; car toutes ces propriétés nous donnent clairement et nécessairement l'idée de quelque chose de fini, et se trouvent entièrement incompatibles avec l'infinité parfaite. La divisibilité est une séparation départies, soit qu'on la fasse réellement, soit qu'on la fasse mentalement. J'entends parla séparation mentale, non pas l'acte de mon esprit, par lequel je conçois les choses en les envisageant partie après partie, mais celui de mon imagination, qui me représente les parties d'un tout désunies et séparées l'une de l'autre. Or cette séparation de parties, de quelque manière qu'elle se fasse réellement ou mentalement, suppose des bornes dans la chose ainsi divisée, ce qui détruit l'idée de l'infini. Le mouvement suppose aussi des bornes dans l'être qui est mu. Avoir des parties, signifie, à proprement parler, ou que les choses diffèrent dans leur manière d'exister, ce qui est incompatible avec la nécessité, ou qu'elles sont divisibles, ce qui renverse l'infinité parfaite. La cor*

•I lai80()aral»M» des parties, el ces deux^ctioM»») eomme je viens (k le finre voir, ne peurent se roncoittrer que dans des êtres finis. Toute sorte de composition enfin, en tant qoelle est opposée à la simplicité parfaite, suppose de la diverarté dans h. ntanière d*exister, ce qui détroit Tidée de la nécessité.

Il est donc de la detnière évidence q«e Têtre existant par luimme deât être infini dans le sens propre et le plus parfait qu on puisse* doiHKer à ce terme. Mais s'agît*il de déterminer la manièfe de son infinité et comment il peut être présent partout, c*est es que nos entei»dewentâ bornés ne sauraient ni expliquer ni corn* prendre. La chose est cependant très- véritable. Il est actneUement fffpmemi partout, et la certitude que nous avons de sa toute-pré* stfice va de pair avec celle de se» infinité qui ne peut ètre^ niée par ceux qui font^usage' de leur raison, et qui ont médité sur ces cboaes. Il est vrai que les scolastiques ont eu la présomption d'awaicer que l'immensité de Dieu est un point comme son éternité, disent-ils, est un instant; mais cette expression est tout à fait inintelligible. Ce quon peut dire là-dessttsavec plus de certitude, qu'os ne craint pas que l'athée ose traiter d'absurde, et qui pourtant renferme tout ee qu'il nous importe de savoir, revient à ceci : Qu au lieu que les êtres créés et finis ne peuvent être présents que dans un seul lieu à la fois, et qu'au lieu que les êtres corporels ne sent dans ce lieu-là même que d'une mmière t3*ès- imparfaite et très-inégale par rapport à leur pouvoir et' à leur activité, qui M se feit sentir que par le otouTtuneiit' 8oeco»iF de leurs membres ou de leurs organes; la. cause suprême, au contraire (qui possède une essence infinie et parfaitetuent simple, et qui comprend es sai-mènne toutes choee» d'une miinière*très»éittiflie«te); la cause aupcéme, dis»)e, est en tous temps égalemitirt présente à chaque point de rimniensîlé^ tout comme si rimmcnsiténe consistait réril^nent que dan» us seul point, préstinneau' reste en deux manières, et pair son essence trèft^shnp^ et par Terercice immédiat de toaS' ses uMiilMHft.

Quel^tre^Mi&tvnt par'tiri'>fBMRû'<lsit' néeessalrement êfre unique.

La vérité de ce^té propoMtioii se» démontre fàcilen»ent. L'unile de l'Etre suprême- est une conséquence naturelle de son existence néevSBam^car la nécessi«é><alM9olue est smple'et uniforme, et elle ttereconnak ni difflîpswce ni' variété iqoellie qu'Ole soit, et toute

différence ou variété d'eKistence procède »éc66saiM»ie«it de quci* que cause extérieure de qui elle dépend, à proportion qu'elle' est plus ou moins efiiciente. Or, il y a une contradiction manifeste A supposer deux ou plusieurs natures différentes, existantes pur elles-mêmes nécessairenient et imlépendaniiBent ; car chacune 4Êk ces natures étant indépeudante de lautre, on peut fort bien sup« poser que chacune d'elles existe toute seule, et il n'y aura poîm de contradiction à imaginer que l'autre n'existe pas; d'où il s'ensuit que l'une ni l'autre n'existent nécessairement ^ Il n'y a donc que l'essence simple et unique de lEtre existant par luimême, qui existe nécessairemeait, et tout ce qui est différexit «de cette essence ne saurait exister néoessaixement, puisque l'absolue nécessité n'admet ni différence ni diversité d existence. 'Qu'eau multiplie tant qu'on voudra le nombre des êtres, il n'y en a quun seul qui puisse être infini et exister par lui-même. S'il y en awnît un autre, il s'ensuivrait qu'il serait tout ensemble et différent du p;*emier et individuellement le même, ce qui est absurde. Or de là il s'ensuit :

Premièrement, que l'unité de Dieu est une unké réelle et yévi* table, et non pas une unité figurative. Je parle ailleurs, en so«i lieU| du dogme de la Trinité. J'ai tâché en particulier de faire voir que les décisions de l'Ecriture sur ce dogme sont par&itement d'«aecord avec celui de Tunité de l'Etre existant par lui-même, qui eai le premier fondement de la religion naturelle.

Je conclus de là en second lieu qu'il n'«st rien de plus absuvde et de plus faux que l'opinionque quelques philosophes cmt débitée, touchant deux principes différents, tous deux indépendants et existants par eux-mêmes, savoir : Dieu et la matière ; car ptii»qu'exister par soi-même, c'est exister néeessairement, et puisqu'il y a ime contradiction expresse à imaginer deux natures diffère»* tes, existantes toutes deux nécessaireaient, comme nous l'arvoiis prouvé ci-dessus, il suit évidemment qu'il est absolument impossible qu'il y ait deux différents principes existants «par eux*«iéin«8 et indépendants l'un de l'autre, tels qu'on prétend que sont Dieu et la matière.

Je cendus enfin troisièmement que l'opinion de Spinosa -est la chose du monde la plus extravagante et la plus faible. Soffs prétexte qu'il est absolument nécessaire que l'Etre existant par IjLH-nQkême sok uni«pe-, ilLcendtit « que l'univers entier et tout

• ¥»9ifz-à*la flaéetee'tt^hknie U réponse h la preniièrc lettre d'un gentilhomme, etc.

ipO THÉOLOGIE NATURBLLS.

ce qu'il renferme n*est qu une seule substance uniforme, éternelle, incréée et nécessaire'. « Il aurait infiniment mieux raisonné, s'il avait conclu justement le contraire; car puisque toutes les choses du monde sont très-différentes les unes des au^ très, puisqu'on y remarque une Tariété infinie, et que bien loin qu'on y trouve le moindre caractère de nécessité, elles ont au contraire des caractères bien marqués de mutabilité et de dépendance d'une volonté arbitraire, puisqu'on les voit revêtues de qualités très-différentes qui se rapportent à des fins très-différentes aussi ; et enfin puisqu'elles sont distinguées les unes des autres par la diversité non-seulement de leurs modes, mais aussi de leurs attributs essentiels et même de leurs substances, autant que nous en pQiivons juger par la connaissance que nous en avons; puisque, dis -je, tout cela se rencontre dans les diverses choses dont 1 univers est composé, il est aisé de conclure qu'il n'y en a aucune qui existe nécessairement et par elle-même, maïs qu'elles dépendent toutes d*une cause extérieure, c'est-à-dire de l'Etre suprême, immuable et existant par lui-même. La grande source des erreurs de Spinosa, le fondement de son opinion extravagante, sur quoi il a bâti son malheureux système, c'est sa définition absurde de la substance. « J'entends par substance, dit-il, ce qui est en soi et qui est conçu par soi-même, c'est-à-dire ce dont la conception n'a pas besoin de la conception d'une autre chose dont elle doive être formée ^. » Ou cette définition de Spinosa est fausse etna point de sens, auquel cas tout son système dont elle est le fondement tombe nécessairement en ruine, ou, si elle signifie quelque chose et qu'elle soit vraie, il s'ensuit que ni la matière, ni Vespnt, ni aucun être fini, quel qu'il puisse être, ne peut être en ce sens, à parler proprement, une substance, comme on l'a fait voir cidessus; il n'y aura que (le b wv) l'Etre existant par lui-mênae, à qui le nom de substance puisse convenir en ce sens-là. Or, cela étant ainsi, voilà Spinosa déchu de sa grande prétention qui est de nous persuader qu'il n'y a dans l'univers ni liberté ni puis-

' Una substantia non potest produci ab alia. (Spin., EthiCypsLVt. J,prop.6.) Ad naturam substantiae pcrtinet exi$tere. /J., prop. 7. (Praeter Deum nuJIa dari, neque concipi potest substantia. (Prop. 14, rbid,)

2 Per subâtantiam intelligo id, quod in se est, et per se concipitur, hoc est, cujusconccptusnon indiget conccptu alterius reî, a quo foroiari dcbeat. Ce qu'il explique plus bas en disant: Ad naturam substantiae pertinet existerc; hoc est, ipsius essentia inTol?it necessario existentiam. (Spin., Ethic.,^pni* U

plO:). 7.)

sance, et que chaque chose est precisânent ce qu'elle est par une absolue nécessite ', sans qu'il soit possible qu*elle soit autrement. Quand donc on lui passerait sa définition de la substance , il n'y gagnerait rien par rapport à son but principal qui est d'établir l'absolue nécessité de toutes choses ; car, puisque, suivant sa propre définition, ni la matière, ni Tesprit, ni aucun être infini ne peut être une substance, mais seulement un mode de la substance, comment fera-t-il pour prouver que la substance existant par ellemême, ces modes doivent pareillement exister par eux mêmes ? « C'est, dit-il, qu'une cause infinie^ doit nécessairement produire des effets infinis. » Fort bien ! mais c'est en supposant que cette cause infinie existante par elle-même, n'est pas un agent qui agisse librement et volontairement^ mais un agent poussé à agir par une aveugle et absolue nécessité. Or c'est là supposer ce qui est en question. Il ne faut pas dissimuler qu'il allègue quelques raisons pour prouver sa supposition; mais ce n'est pas ici le lieu de les examiner : nous le ferons plus à propos dans la suite.

Qae TEtre existant par lai-méoie est un Etre intelligent.

Cest sur cette proposition que roule le fort de la dispute entre les athées et nous. Qu'il y ait un Etre existant par lui-même, et que cet Etre existant par lui-même soit éternel, infini et la cause originale de toute chose, ce sont toutes propositions qui ne souffrent pas grandes contestations. Mais il n'y a point datliée, soit qu'il croie le monde éternel, eu égard à la forme aussi bien qu'à la matière, soit qu'il se retranche à dire que la matière seule est nécessaire et que la forme est contingente ; il n'y a point d'athée, disje, quelque hypothèse' qu'il adopte, qui n'ait toujours soutenu et qui ne soit obligé de soutenir directement que l'Etre existant par lui-même n'est pas un être intelligent, et qui ne doive le concevoir sur le pied d'un être purement matériel et sans action, ou comme un agent nécessaire, ce qui revient au fond à la même chose; car un agent qui n'agit pas librement, mais nécessairement, doit être ou dépourvu de toute intelligence, et c'est dans ce sens grossier que les anciens athées l'ont entendu, ou son intelligence doit être sans choix, sans volonté et sans liberté. C'est le parti que Spinosa et quelques modernes ont cru devoir prendre. Mais le sens com-

* Resnullo alîo modo, ncquc alîo ordine, a Deo potucrunt produci, quam productse sont. (Spin., Ethic, prop. 33.)

' Ex nccessjtate divinae nature infini^ta infinitif modis (hoc est omnia quae tub iotfllectam inûnitum cadere possunt} sequi dcbent. {Ibid,, prop. 16.}

mun nous dicte qu autant «auilpût-il ne lui point donner tl mlilli' gence, que de lui en attribuer une av«c ces resiriotions. TaiMB qu il n est pas possible de dénoatrer d'une manière direota à prioAî, que rÊtre existant par lui-même n'agît pas par ceite néceMÎié aveugle et sans la connaissance dont je viens de paiier, ni que et soit un être, à parler dans toute la propriété et l'exactitude 4I0S termes, intelligent et réellement actif. La raison en est que iumm i|[norons en quoi Tintelligence consiste, et que nous ne pouvoM pas voir qu'il y ait entre l'existence par soi-même et l'intelligeM la même connexion inunédiate et nécessaire qui se trouve entre cette même existence et 1 éternité, l'unité, l'infinité, etc. ; mais à fortioriy il n'y a presque rien dans le monde qui ne nous démottHe cette grande vérité, et qui ne nous fournisse des arguments incoattttables qui prouvent que le monde et tout ce qu'il contient ettlWfet d'une cause souverainement intelUgenteet souverainement ttgd.

Je dis en premier lieu que puisqu'il y a manifestenaent dam bs diverses parties dont l'univers est composé, des qualités diflmites, différentes beautés et différents degrés de perfection, et que puisque dans l'or-dre naturel des choses, la cause doit être toujours plus excellente que l'effet, c'est une conséquence nécessaire^ qu'il fiiut que l'Être existant par lui-même ( étant, quel qu'il soit, l'original de toutes choses), possède dans le plus haut degré d'éimnonce toutes les perfections de tous les Êtres. Je ne me serrina pas, pour le prouver, de cette raison, que ce qui existe pa^5o^ même, doit être revêtu de toutes les perfections possibles. La chose en elle-même est très-certaine, mais elle est d'une nature à ne pM^voir être bien démontrée à priori. Je n'insisterai donc q« sur ceci : qu'il est impossible que l'effet soit revêtu d'aucune pc^ fêction, qui ne se trouve aussi dans la cause, Sil était possible que cela fût, il faudrait dire q«e cette perfection n'aurait été pro<luile par rien, ce^ui implique visiblement contradiction. Or, il est évident qu'un être qui n'est pa« intelligent, ne possède pas toutes les perfections de tous les êtres qui sont dans runivers, puisque l'inteUigence est une de ces perfections. Donc toutes choses n ontp« tirer leur origine d'un étne sans intelligence : et par conséquert T'Ëtre qui existe par lui-^même et à qui toutes choses doivent leor oijgine, doit nécessairement «tre intelligent.

Je ne vois pas que l'athée pwisse éluder la force victorieuse de cet argument, qu'en avançant l'une ou l'autre de ces deux chostr, ou qu'il n'y a dans l'univers aucun Être intelligent; ou que XivifA* l^^œ n'est' pas une perfection distincle de la matière, mais un

nuiOLOGIB KATUHBLLS. 1^3

composé je ne sais quel, de figure et de mouvement, comme sont dans ridée vulgaire les sons et les couleurs. Je n'ai besoin pour ré* futer la première de ces évasions que d'en appeler à la conscience d'un chacun; ceux même qui ont fait tous leurs efForts pour prouver que les bêles ne sont que de simples machines, n'ont pourtant jamais osé en dire autant de l'homme, non pas même par voie de conjecture. La seconde de ces évasions ( le grand fort pourtant de l'athéisme ) est absurde et impossible au dernier, point, comme je le ferai voir dans le paragraphe suivant. Mais supposé même que ce fût une vérité, il ne laisserait pas de suivre inévitablement de cette supposition, que l'Être par lui-même devrait nécessairement être un Être intelligent : j'en donnerai la preuve à la fin de ce chapitre. En attendant que j'en vienne là, je vais prouver qu'il n'est rien de plus absurde et de plus ridicule que de dire que l'intelligence n'est pas,à parler proprement, une perfection distincte de la matière, que ce n'est qu un simple composé de matière et de mouvement sans intelligence.

Je dis donc en second lieu que puisque Thomme en particulier est revêtu incontestablement d'une faculté que nous appelons pen-* sée, intelligence, perception ou connaissance, il faut de toute nécessité que cette faculté lui soit venue par l'une ou par l'autre de ces trois voies. Ou j^ar la voie de la génération, et alors il faudra supposer uae succession éternelle de générations, une gradation d'hommes à l'infini sans cause première et originale, dont aucun n'existera nécessairement, mais qui auront tous un être dépendant et emprunté. Ou bien il faudra supposer que ces êtres, doués de connaissance et de réflexion, sont sortis du sein d'une matière, en qui aucune de ces qualités ne se trouve, c'est-à-dire qui n'est pas capable de connaissance ni de réflexion. Ou il faudra reconnaître enfin qu'ils sont la production d'un Être supérieur et intelligent. Il n'y a point d'athée qui n'avoue que de ces trois suppositions, il faut nécessairement qu'il y en ait une de véritable. Si donc je prouve que les deux premières sont fausses et impossibles, j'aurai par le même moyen prouvé démonstrativement la vérité de la troisième. Or j'ai déjà démontré dans ma seconde proposition Tabsurdité et l'impossibilité de la première. La seconde n'est ni moins absurde ni moins impossible. Je le démontre de cette manière. Si la connaissance et la réflexion sont des qualités, ou des perfections distinctes de la matière, et non pas un pur composé de figure et de mouvement, il est évident que des êtres doués de connaissance et de réflexion n'ont pu être tirés du sein d'une matière

T. III. i3

en qui ces qualités ne se trouTWt pas? p«îsqtHl n est pas possftie^ qu*Mne chose communique à uii«4Ulse.i«M^|ietfe<i^B'qii^elk<ii» possède, ni actuellement, ni éwmtmiwswi, Qo la «MMwsaiie» et la réflexion sont des qiialîlésiOiii.4eAi p«rfio0«H>vii<ilîstiiieieff de la matière, et aa» pas> u»r.fliMpis"CS«|iiii -éttéigme- et èc mouvement. Donc la ceimatemaoei e»!lasgtiUKi€Miiinf»»>y> «sf'. tir du sein de la matière deslilfiM' dintcUigeaM» Gett» •eoii« séquence est dé la deroiève éfiAtmiMii (W tt.uiMiichttS6s»''pottiBit< donner à une autre une perfeoti»»«qMr0H#€fca<pa»eMn twft—i, il-sW* suivrait que cette perfecti<m a'auvi^i étd; piioduil»!p«F*tne»>:e» qin est manifestement conlradieloîre»: On rapUifwm' pent-inry comme a fait M. Gildon daasttiitWilte à AI. BUnM: ^ qu» le0ce»i leurs, les sons, le goût et telks autses Aoses aemfclaHfw» piovieii<^ uent bien de la figure et du moifciw«iaat,.qus de sokfmâaieinepos»' sèdent pas ces qualités; oa que la figMre^ û di^^isttiiUtiéetlieUeMKH très qualités, sont des chQStfs^qxiie SU«My d^laneuda tauliib mtmiÊ^' a communiquées à la matière, bien quil nj^ait ei^ liii.iM dîmii»^ lité» ni figure, et que ee soit.JoâfiMUQ éaeormeJ^kspbMie^^de lui attribuer aucune de cesi q»Wiléa« Aio«i,.dÂffMriatt^Jbucoii0fti»^ sance a pu de la même mûaîège^atf ig4 wifQiid»^aaa<»t<Bigiè»cfrV La réponse à ces ohjectiojis. esJ^. trèstifilcUew. Goe prfimiio«B«frik nest pas vrai que les coukuwi, le&saa%»lefî4g^t«^etC;^seîefl«bclB8^ effets produits par lafiguse et le WQiikwmwtiSimfl^ llnj-Mm» dans les corps, qui sont les objets des^ens, qMs ait le motinkenf* poffU avec ces qualités^ Il est clair que cse scmt. des. pensées ou d^* inftdi&saûon^^ de Tànut^qui^astiMii êiiii%inte}lî|^at;..et.qutt«les^ pressions de la figure et ixL »iairmfaeM.n[eit'«o«è fmm^^àfMrier' propvenient, la cause, mais SjEtulemeniVoeeasâofi. Qu^tdimiwparH terions, la complaisai»i:;e' env;ess^r;ii;bée juAqu a luipwM^ o^tsesup' portion absurde, que Tâme» e&t.puteokNiA.iii«téiiieUâr €filsbJB«!kiu servirait de rien pour la qi^stian.{u:és£fite« Car û fmit nécessaife*' mient quil avoue que cestâaïaMaSiUQtfs nmùéMêuii»mu^.d^<gmsmi et d'intelligence ; et cet aveu x»e mi6x pour kv dfoifkioi» 4»i^ tbàm emqufistioa : qu'il est aussiUai{K>£iMbk qu«i««.cQuleuia, Iefi3an5,,€t<v

» Oracles delà raison, p. 196. Voyez ayssLIa letlxe.de Taut^ur à M,. Dod^^Uf. S«v VhmRortalM d# Tiiae,* a f •« les ««^piMiMa^Mes' vépU^nes.

«Lemisenneneaiefttdiû Hl- tMend^,«^$«»r#a.mfèi«V4lii'4)« êwmmti^A'm de4 interlocuteurs de CicéroD, que le t«ut doit être. iiUfilU£^oX>^UÎS<iOe fVU^ qaes parties le sont, nous rétorquerons l'argument, et nous réi^ondrons ave: l'ftfitM iatevloouCenr •danSvCioéffân,! qu^il^CD^CMidra . mmaa* cMi«l«re^que le totrè doit être courtisan, musiciea«.jnaUireiàdAD«ejc,<Qupbil«AQpka^ p^ia(y«& ptoi* sieurs de ses parties le sont. » (Voyez Toiand, lettre où il préteiyl prouver (V^, lemovrement «st eesentlel k H «MtMre.>

qui sont des perceptioiis«d« L'4itieet nnn fm «(^««qualités d'un corptt* sans intelligence, qu'il est, dis^je^ auséi impcMsible qme les sons et' les couleurs soient la proiluetioii d!ui> étRe^sans oonnaissanccv qu'il^' est. impossible qu'une coulons. soit un trângle^ nn son un cavrë, ou que le néant ait produit quel(|iie chose. La- réponse à la seconde partie delobjection^qui porte que puisque. Dieu, (à quldenotre propre aveu on ne peut sans blasphème, attribuer ni divi^èitité^m' figure) a pourtanlir communiqué ces* qualité» à^ Ta maiière, riell' n'empêche que la connaissance ne puisse sôvtîr de même du fonds dune matière inintelligente^ la réponse, dis^je^à cette partie de' lobjection est plus facile encore. Car la figure, la divisibilité et telles autres qualités de la matière^ ne sonl< pas* des puissancesréelles, propres^ di^inctes et positives^ ce ne sont que des qualités négatives et des imperfections. Or, quoiqu aucune cause ne puissecommuniquer à son effet aucune perCeotîon réelle qu'elle n'a pas elle-même, il est pourtant i^rai qu'il peut. y avoir dans l'effet des , imperfections, des défectuosités et des qualités négatives qui ne I sont pas dan& la cause. Âinsi^> quoîqu»ik''%iiM.et^la dMsîbîKtë^ , (qui sont des négations, pusesy^commei sont .toutes ks •limilaiions} , puissent se rencontrer dans-l'eiCet,. sansi^enre^dansla cause, il ne^ I s ensuit pas q^ue^a doive se.F«M:aa4fisra«sss.daH rinteUigenee, I que- nous supposons ici être utt^iquaiké.distiaele de la matièpci ^ Mais cen'.est pasassez.de.l&.sup^«aser^«il £Eitttle<prouTev : cH^«-^(ue' ^ la perceptioa ou rin;teliig^nee.^t réeUcMenS une qoaUfté, ou^uM^ I perfection di&tûiGie de. la matiève^ et nonpaii un simple composét ^ de jGgure et de mouyementsans^ intelligMicev c'ett-ce^-que je proure par cette raison évidente, que l'intelligence n'est pas une figure, ni , lapercspûon oan»ottvieoient.ïoiît*ee quiiest fiiityaucoiiipo«é«d*iitie ; chose,.S8i.touy>uK&aetle mâaiA chose dont iLetô composé. Qtfon lé compose^qu'onia. divise V à riii£nîyeUe deiaei«era'étemeHement'la' , mâine.Parexen^de,tetts.les><^n§e«ents^4otttes^confipe9itîmis , toutSftlesdjivisiooapoisiUesdek£guiieyaeiSontpott»iiant'aut^^ I quâiiguve: et4ouÉas«les «compositions)* tousul6s<elfets.posttMeS'deH I mousemfMft, laeiseseastijamaisinutre^hose qu'ut^ pur mouvement:; Si donciil j. a eu un^temfa^.où' ûf vlj^M eu dans l'unîtv^rs atrtre I chofiA quenaairîère jet que mouvement^ ilfiMudradire qu'ib est^im'* poiaUe que jannsa..il y ait pUraïKnr dans l'uRivers autre chose ÇMtmeiMwmettt et que matière. Dans cette supposition, il est ^iHsai^imposeiblAt que* rinteUigenos^ la réflexion^ et même ce que nous appelons les qualités secondaires de la matière, comme lâ lumière, la chaleur, les sons et les couleurs, il est, dis-je, aussi

1^6 THBOLpGIB HÀTUABIiLB.

impossible que toutes ces choses aient jamais commencé à exister, qu il est maintenant impossible que le mouvement soit bleu ou rouge, et que le triangle soit transformé en un son. Ce qui a trompé les gens en ce point, c'est qu'ils se sont imaginé que les composés sont réellement différents des choses dont ils sont les composés. Il en est tout autrement. Car si les choses que Von croit être composées se trouvent réellement différentes de celles dont on s'imagine qu'elles sont composées, il faut conclure qu'on s'est trompé lorsqu'on a jugé qu'elles en étaient effectivement composées. C'est ainsi que le vulgaire se représente faussement les cou> leurs et les sons, qui ne sont, à parler proprement, que des pen* sées de l'âme, comme des propriétés inhérentes dans les corps. Mais si les choses qu'on croit composées le sont réellement, elles ne seront point différentes de celles qui entrent dans leur composition, elles demeureroat toujours, malgré leur composition, précisément les mêmes. Partagez un carré en deux triangles, ces deux triangles ne sont autre chose que les deux moitiés du carre'. Mettez au contraire ensemble deux triangles égaux et rectangles, ils composeront un carré, mais ce carré ne sera pourtant autre chose que ces deux triangles mis ensemble. Le mélange du bleu et du jaune compose la couleur verte ; le vert pourtant n'est au* tre chose après tout que du bleu et du jaune mêlés ensemble, comme on le découvre clairement par le moyen des microscopes. En un mot, la composition, la division, ou le mouvement ne changent absolument rien dans la nature des choses composées, divisées ou mues; elles demeurent les mêmes qu'elles étaient avant ces changements.

. C'est ce que Hobbes paraît avoir très-bien compris ; et c'est ce qui lui a fait imaginer un autre subterfuge, mais si pitoyable, qu'il paraît en avoir eu honte lui-même, puisqu'il passe légèrement làdessus et ne s'explique qu'à demi. Ne pouvant se débarrasser des difficultés qui ne lui permettaient pas de croire que la perception et la pensée puissent être des effets, ainsi proprement dits, de la figure et du mouvement ; ne trouvant d'ailleurs point son compte dans la supposition (dont j'aurai occasion de parler dans la suite), qui porte que Dieu, par un acte immédiat et volontaire de sa toute-puissance, a communiqué à certaines portions de la matière la connaissance et la pensée, il est obligé d'avoir recours à Yhy pothèse la plus absurde et la plus surprenante qui ait peut-être jamais été avancée : que la matière, en^ tant que matière, n'est pas seulement capable de figure et de mouvement, mais aussi de sen-

THÉOLOGIE llÀTnaBLLB. igj

timent et de perception, et qu'il ne lui manque, pour exprimer ses seBsations, que des organes et une mémoire, comme on en voit

aux animaux V

Je prouve en troisième lieu que TEtre existant par lui-même^ et à qui toutes choses doivent leur origine, est un Etre intelligent^ par la beauté, la variété^ Tordre et la symétrie qui éclatent dans l'univers, et surtout par la justesse merveilleuse avec laquelle chaque chose se rapporte à sa fin. Cet argument a été si souvent rebattu, et manié si savamment par une infinité d'auteurs tant anciens que modernes ^, que je ne ferai que l'indiquer. Je remarquerai seulement que si Descartes et ses sectateurs ont entrepris d'expliquer comment, par les lois seules du mouvement, le mond^ a pu être formé, entreprise non-seulement vaine, mais ridicule, ils n'ont pourtant jamais porté leurs prétentions plus loin qu'à imaginer un système de la formation possible de cette partie du monde qui est inanimée, et qui par conséquent est la moins con* sidérable. Pour ce qui est des plantes et des animaux, qui manifestent la sagesse du Créateur d'une manière plus sensible, ils n'ont point songé à expliquer la manière de leur formation par les lois du mouvement, ou s'ils Font fait, ils y ont si mal réussi^ qu'il vaudrait mieux ne l'avoir pas entrepris. Les lois du mouvement ne servent en effet de rien, lorsqu'il s'agit des plantes et des animaux. Pour ce qui regarde l'hypothèse d'Epicure, qui porte qu'ils ont été formés de la terre par un pur hasard (outre que je la crois maintenant abandonnée par tous les. athées), les découvertes qu'on a faites depuis quelque temps dans la philosophie montrent évidemment qu'il n'est rien au monde de plus ridicule. Car on a trouvé que les moindres plantes et les plus vils de tous les animaux sont produits par leurs semblables, qu'il n'y a point en eux de génération équivoque, et que ni le ssileil, ni la terre, ni

* Sdo fuisse philosophes, eosdemque viros doctos, qui corpora omnia sensQ predita esse sustinuerunt : nec video, si natura sensionis in reactione sola collocaretur, quomodo refutari possint. Sed et si ex reactione etiani corporum aliorom, phantasma aliquod nasceretor, illad tamen remoto objccto statim oessaret : nam nui ad retioendum motuni impressum, etiam tcmoto objecte, apta babeant or^ana, ut babent aDimalia ; ita tamen scntiunt, ut nunquam sensisse se recordentur. — Sensioni crgo, quae vulgo ita appellatur, necessario adbdhret memoria aliqua,etc. (Bobbes., Pkil.^ ch. 25, aect. 5.)

* Voyez parmi les modernes, M. Boyle dans son Traité des causes finalts^ et il. Ray dans son livre de la Sagesse de Dieu dans les ouvrages de la création ; et M* Derharo,dan8 son livre intitulé: Démonstration de C existence et des at" tributs de Dieu^par les ouvrages dé la création. Ce dernier a poussé Fargament en question bien plus loin qu*aacan autre n*avait fait avant lui.

'*i98 •¥ii!&ofta«tB ifATTnm:.T^B.

•Veau, ni toutes les puissances de la nature unies ensemble, ne '«ont pas capables de produire un seul être vivant, non pas même de la vie végétale. Et à propos de cette excellente découverte, je remarquerai ici en passant qu'en matière même de religion, la . |/)iilosophie naturelle et expérimentale" est quelquefois d'un trèsgrand otage. Or, les choses étant telles que je viens de le ^e, il faut que Tathée le plus opiniâtre demeure d'accord malgré qu'il en ait, ou que les plantes et les animaux sont dans leur origine l'ouvrage d'un Etre intelligent, qui les a créés dans le temps; ou qu'ayant été de toute éternité construits et arrangés comme nous • les voyons aujourd'hui, ils sont une* production éternelle d'une cause éternelle et intelligente, qui déploie sans relâche sa puissance et sa sagesse infinie ; ou enfin quMls dérivent de toute éternité les uns des autres, dans un progrès à l'infini de causes dépendantes, sans cause originale existante par elle-même. La première de -ces assertions est précisément ce que nous cherchons. La seconde revient au fond à la même chose, et n'est d'aucun usage à l'athée. Et la troisième est absurde, impossible et contradictoire, comme je l'ai démontré dans ma seconde proposition générale.

Mais quand tout ce que je viens de dire ne serait pas, et quand on passerait à l'athée cette supposition si absurde et si déraisonnable, que la forme de l'univers et toutes les choses visibles qui y sont, que l'ordre qui y règne, que la beauté et la proportion admirable de toutes ses parties qui se répondent les unes aux autres, que tout cela, dîs-je, n'est pas l'ouvrage d'une intelligence souveraine; quand on lui accorderait même qu'il n'est pas impossible que la connaissance, la réflexion et la pensée sortent du sein d'une 'matière sans intelligence, il n'en serait pas pour cela plus avancé; •car malgré toutes ces concessions, il nous resterait toujomrs une démonstration incontestable de l'int^lîgence deTEtre existant par lui-même. En effet, comment veut on que les principes mêmes desquels on prétend que la pensée est sortie, je veux dite la figure et le mouvement, comment veut- on, dis- je, que ces principes aient pu exister, à mc^os qu'il n'y ait eu une cause intelUgeote préexistante.»^ Pour ne parler maintenant que du moovem^iit, il est évident qu'il y en a aujourd'hui dans l'univers. Or, il faut que ce mouvement mi eu un comnencenMmt, ou qu'il aoît^ateroeLSi l'on avoue qu'il a eu un commencement, la question est ^dée; l'auteur de cemouvenMnit ne |Msiàt être «qu'ion Etre'intelUgeDt. Car il fes* évident qu'ufie 'matière «ans înteWtgewre qm ewt-cti ngpos, ne se mouvra jamais d'elle-même. Si Von prétend, au contraire,

i|iieleaa[iMi3»«neiil»«ok4liBMid,îliiBnidiia capter entre lun oul^au- «iTfi de4)es-U*«ift^pii6: ttiradm dîne^ou que le monrement a ël^ fpodiût de . ttHita félessiké par un JStre intelligent et éternel, ou fiiil e&iste nceesBaiMmeat Bt.psir luî-xnéme ; ou bien enfin, qufe jBn&itre néoefiflavenent et par Im-imérae, et sans avoir de cause extérietune de «OQ. erâtence, il existe de toute éternité en vertu dj]ae.GâsiiiauDioatian)e4.d*«nd.suocession à Tinfini. Dira-t-on que k mouiiement aiété>pix)iUiit de toute éternité par une intelligence éternelle^ JAais ce «serait nous accorder tout ce que nous dâoundons, et< dé42ider en .notre faveur le point maintenant en question. Dira-t*on qu'il existe nécessairement et par hii-méme P Mais de là il s'ensuivrait qu'il y aurait une contradiction dans les termes, à supposer la moindre poviion de la matière en repos. Cependant il ne pourrait résulter de la supposition d*un mouvement existant par luiriaéuie, qu'un repos éternel, puisqu alors ce mouvement se trouverait déterminé de tous côtés en même temps. D'ailleurs (comme il n'y a point de fin aux absurdités, lorsqu'on commence par là), il s'ensuivrait encore 'que, -«ans une contra* diction formelle, il n'est pas possible de sup})06er qu'originairementil j ait puavoir daas^le.memleipltts ou moins de mouve* tnentqu!il y en^iaujoucd'Jiui^ .coneé^pieBee«si*iibsurde, que&pinofa lui-même, cpii pi^tend 4|ue toutes choees «eent néoessairemeAt «e qu'elles .sont, n'apouitantpas<osétiiMMlier lemot, eta mievx.4Maie se contredire .suc la question Jiie l'origine» du «MMivemeoit, qUetde direrondenaent sa pensée '.Di]>»it«ofMMifiaique,«M«6 a^voir uneiexie- <»»ce nécessaire etiiatui«Ue^>et sims être irevievaiale de^SKin iekisiencevà. aucune ^auee extérieure, • le iiloiMnmMAt a existe d«>4ioiite fiteoiitéipar eoMmuMcation date. un progrès à l'iafini? Spificoa semble avoir embrassé oe parti ^. iMaîs' j'ai Ait vou* • dana la tpre«Ar« daoui/sceofide. pifipositÂMi .générale, que c'était une contradictionr«atti£este.i^ .«oiMkn%doiio<i{uSiL ftiut» de toute . 4i«oessîtë>que le.'mou^enMent ait .^té«pn»dttît «pav iilA.'£tffe 'inteUigeiiit^ .puisque rai cela n'était pas il n'y aurait jamais eu de mouvement dans le monde; et par. conséquent que l'Etre existant par lui^-meme, qui esth cause offigîoale de toutcâ(OkoMs,idoîttÀre> »écc«gaîrt»tt»t U&'£tre intelligent* Je concl«sr«iicor6'IJeil»«it'ce''que je vîcm dis

'•'VW. èylii,, 'iTfAi'i»., *tmvt. i^'pnp.'sii3r,'cùmpàtéé'stftù'pttn.'% pfop.-W,

lemme 3.

* C«rpus motum we\ quiescens, ad motun «1 iquieteiii determinari «lebiiit ab ilio corpore, qaod çtiam sd motam vel quietem determinatum fuit ab alio, et ^BoditeffsiD ab-altOi et sic ia lafiaitani. (Eihic*^ part, a, prop. 13} lemme 3'|

900 nnou>cn

difc, que le monde matériel n est pas FEtre qoi existe par lui« même. Car puisqu'il vient d'être démontré que l'Etre existant par lui-même doit être intelligent, et que, d'un autre coté, il est clair que le monde matériel n'a point d'intelligence, il est aisé de conclure que le monde matériel ne peut pas exister par lui-même. Je sais qu'il y a des gens qui ont imaginé je ne sais quoi, qu'ils ont appelé l'âme du monde. Mais s'ils ont entendu par là un Etre créé et dépendant, mon argument subsiste toujours dans toute sa force. S'ils ont au contraire prétendu daigner par là un Etre nécessaire et existant par lui-même, c'est au fond la notion de Dieu, mais une notion fausse, corrompue et imparfaite.

Memarques de PEditeur de 1756.

Je ne crois pas hors de propos d'ajouter ici quelques réflexions aux preuves dont M. Clarke s'est servi dans les trois chapitres précédents : je les propose à Texamen du lecteur, c'est à lui à décider si elles sont justes.

L'Etre qui existe en vertu d'une nécessité absolue inhérente à sa nature, doit être infini en tous sens; car cette nécessité étant conçue comme la plus grande cause d'existence, il s'ensuit que l'efFet qu'elle doit produire ne saurait être borné à aucun égard. L'Etre nécessaire doit non -seulement posséder toutes les perfections dans un degré infini, il doit de plus, et par la même raison, posséder toutes les perfections possibles. En effet, si l'Etre nécessaire n'était pas revêtu de toutes les perfections possibles, il y aurait des perfections possibles dont cet Etre manquerait. Mais alors on pourrait concevoir un Etre possible plus parfait que l'Etre nécessaire, c'est-à-dire un Etre qui, outre les perfections de l'Etre nécessaire, aurait encore celles dont il manque. Or, cela est contradictoire, puisque cet Etre serait conçu comme possible, et en même temps il impliquerait contradiction qu'il existât, l'Etre nécessaire ne pouvant pas produire des effets plus parfaits que lui-même. J'ajoute encore que ces perfections possibles, ^dont TEtre nécessaire serait privé, seraient possibles et ne le seraient pas, faute de cause qui pût les produire, parce que la cause doit contenir éminemment les perfections de ses effets, c'est-à-dire qu'il impliquerait contradiction que des choses possibles pussent jamais exister.

Cet Etre nécessaire et infini doit être unique. Outre les raisons de M. Clarke, on peut dire que de toutes les propositions précé-

* THBOLOGIB NATUABLLB. lOI

dentés démontrées dans son livre, il s*ensuit certainement qu'il y a un Etre nécessaire et infini ; mais il ne s'ensuit pas qu'il y en ait deux. L existence d'un seul est nécessaire pour lever toutes les contradictions, et suffit pour cela^ l'existence d'un second est donc superflue et inutile, on peut sans inconvénient supposer qu'il n'existe pas. Il s'ensuit donc que ce second n'est pas l'Etre nécessaire ; car l'Etre nécessaire est celui do0t on ne peut pas supposer la non-existence sans contradiction.

Il me paraît que M. Clarke, suivant ses principes, aurait pu démontrer à prioriy l'intelligence de l'Etre nécessaire ; car si TEtre nécessaire existant en vertu d'une nécessité absolue et illimitée, doit posséder toutes les perfections, ne suit-il pas évidemment de là qu'il doit être doué de connaissance ? La connaissance n'estelle pas une perfection ? En raisonnant ainsi, je conclus à priori, puisque je conclus de l'absolue nécessité d'exister qui est la cause, à la connaisance qui est l'effet. Pour que mon argument conclût à posteriori, il faudrait que je remontasse de l'effet à la cause, et que je raisonnasse ainsi : Il y a dans le monde des êtres doués de connaissance; or, la cause devant être revêtue des perfections qui se rencontrent dans les effets, il s'ensuit que l'Etre nécessaire qui est la cause de tout ce qui existe doit pareillement être doué de connaissance.

Si Ton me disait que mon argument ne conclut pas à/7/7V>r/, parce qu'il faut que l'expérience m'apprenne qu'il existe quelque être doué de connaissance avant que de conclure que l'Etre existant par lui-même est revêtu de cette perfection, je répondrais que les raisonnements dont se sert M. Clarke pour prouver les propositions précédentes qu'il prétend démontrer à /?/7or/, sont cependant fondés sur cette première assertion, « qu'il existe aujourd'hui quelque chose, » laquelle ne lui est pourtant connue que par l'expérience. Et si cette façon de procéder s'accorde avec l'argumentation à priori, pourquoi ne pourrait-elle pas avoir lieu à l'égard defintelligence, quoique connue par cette voie? Dans l'un et l'autre cas je procède de la cause à l'effet, je pars du principe que l'Etre nécessaire possède toutes les perfections; dès que j'en découvre quelqu'une, je la lui attribue, non parce que la cause doit avoir les perfections des effets, mais parce que l'Etre nécessaire existant en vertu d'une nécessité absolue et illimitée, doit les posséder toutes. Au reste, ce que je dis de l'intelligence, je le. dis aussi de la puissance, etc.

%0% T^IMWWB NJLIUEUJB. *

Que l'acre oelMMkt par lahwêtne doit erre un agent fibre.

Spinosa et ses sectateurs soutiennent chaudement la négative de cette proposition. Ils prétendent « que TEtre existant par luimême est un agent nécessaire, sans liberté et sans choix. « Ceslle grand fondement de leur système sur la nature de Dieu. Texaminerai en peu de mots les raisons qu*ils allèguent en faveur de leur opinion, à mesure que je mettrai en avant les preuves de la proposition qui fait le sujet de ce chapitre.

Or, je dis i® qu elle est vraie, parce qu elle est une suite naturelle de la proposition précédente; car une intelligence sans liberté n*est pas, à proprement parler, une intelligence. Otez la liberté à un être, vous lui ôtez le pouvoir d'agir. Il ne pourra être la cause de rien; il ny aura en lui rien d'actif, tout y sera purement passif; car agir nécessairement, c'est en effet ne point agir du tout, c'est, à vrai dire, être patient, et non pas agent. Cest donc se moquer des gens que de dire, comme font les Spinosistes, que toutes les choses du monde ont été produites par la nécessité de la nature divine *. Ce sont de grands mots qui ne signifient rien, et qui ne servent qu'à jeter de la poudre aux yeux. Car, par la nécessité de la nature divine, ils n'entendent pas cette

Ïerféction et cette rectitude de la volonté divine, par laquelle lieuse détermine toujours et immanquablement à faire ce qui est au fond et généralement le meilleur. Il n^y a rien en cela qui ne sôit, comme chacun voit, entièrement compatible avec la plus parfaite liberté. Us entendent au contraire une nécessité absolue, une nécessité naturelle dans le sens le plus restreint qu'on donne à ce terme. Or, de là il s'ensuit évidemment que lorsqu'ils disent que Dieu par la nécessité de sa nature est l'auteur et la cause.de tout ce qui existe, le titre de cause et d'agent qu ils lui donnent n'est 'qu'un vain nom. C'est tout comme si on disait qu'une pierre est, par la nécessité de sa nature, la cause de sa propre chute et du bruit quelle fait en tombailt à terre; ce qui dans la réalité n'est être ni cause ni agent. Leur véritable opinion revient à ceci, que toutes les choses du monde existent également par elles même^, et par conséquent que le monde matériel est Dieu, ce qui renferme une réelle contradiction, comme je l'ai prouvé dans ce quipré-

* Ex necessitate divinae naturae, infinita infinitis modis sequi debent. t^piD-» Eth,, part. I, prop. 16.)>

4èàe.Miemimt4deiman»ti^ Dennes crintelligence et d« CDimais^ &aAûr^^«fitiJ«fle>ar0re«t.«n parlant de .Dieu, ibme lui . attribuent .eis.Acuiifs:4|«sie 4mm ie mba «le&*afiebens Hylosoistos ', à qiû«» a tdouiàé oe noin,'^aree. qu'ils.iprélwiidaient que toute dnatière '«tait douée de connaissance. C'estrà-dire qu «ne pierre, lorsqu'eUertombe, a une^ensaiioii, e(t Hive;CQniiaia8at)oe de sa chute; Mats cette eon* Mtf#aai(eaDVst]nenfiiHi«iS{quuneicausie,.ou un poii>voiifdfagcr. Or, ^ »e^wMÀj/aiMÊen inDtJligeiice-«iemfakd>le ne mérile pas, à parler fWftpneflienit, le>ii«m'd'inteiUgenee?Je oondusrdonc quedesrsi^u- «ents qui prourent que l'Etre 6Qprésie'«st un Être intelligent et actif, prouvent par le. même mojen, d'une manière incoofeeatftble, qu'il estâussi eatièrementlibive, et c'est de ià que Jtti> vient le 'pou- Vûir qu'il a d'açir.

En seeond lieu, je dis que si voiis concevez la ^oause «suprime sans Jik«rté et sans ehoix^et> que vous en fassiez fma^nitipwre- Meut nécessaire, dont.'lesactionS)«oienttottles aussi absolument et naturellement naeessaires que son •existence, il £wiidra conolttre qu'il' est' impossible qu'aucune cbose» qui n'exîste pas taotuelliefimat ait pu' exister; et que. tout oe qin: existe, existe si; néoBssnirement) qu'il «ne saurait <n>étre pas, et enfin «pi 'il n'y a pas jusqu'anx manières d'être et'.Aux cific<Hista«ices de Texistenoe des choses, qui naieat dt\étne>àttous égflfrds'précîsémentoe' qu'elles ^soot mijourd'huib Qr toutesees c<Mn«q«efices> étant évidemment-fiiasses étal»* Mmdas^ je tire nne coBsé(picsioe»toiile caotraireàceiles^là : jeM» «^we la 42Mise soprmie, bien loînîd'ètre xm •agentiiécess«ire,f«ift)un;\Btre libre et qui agit.'par nhoix. Au veste, Spinosa admet mp» tennes exprès «ces conséqaences dont je > viens (de parler, et time'iatt fias difficulté d'avouer qu'elles sont des suites naturelles de ses principes. Car il soutient ^ « qu'aucune chose, ni aucune manière d'être

' yojtz le passage 4e HoMyescHé cndessus, cbap. 9.

* Alii putant, Deutii e<se caosflni liberam, propterea quod potest, at putant, Btfta quae tx ejus iMitura sequî diximus (hoc est, quae in ejus poiestate sunt) non fiant. Sed hoc idem est ac si dicerent quod Deus potest efficere, ut ex natara (riair^uli non jsequatur, ejus très anguios aeqnales esse duobus rcctis.— Ego mesatl^ostendisseputo a somma OH potentia omnia necessarîo effluxisse, vel ^per ead«'in iiecei>sitate seqai ; éodem modo ex uatura trianguli ah seterno et ia«ternum sequitur, çjus très anguios aequari duobus rcctls. (Ethic.^ part. I, «ehol. ad prop. 17.)

OnHiU ei Beoes8italesB«t«nB'diviiiiB •detemaiMt* «fliiiitf nmi 'taatuni ad'Ciis* ^dui»,4fid etiaro ad certo aodo exi^Uaaéuw» «t operanduni, Ballomqiie.dirtnr <Mti9«eDS. (itL, ibi4.y ad dcimmtt., fnopw lO.)

9t rcs alierhis natar» pottiisffent ésse, tel alio modo ad operandom determî-

104 THEOLOGIE 1IATUKEI.UL

dé cette chose n'a pu être produite autrement, ni dans un autre ordre quelle a été produite. » Voici les raisons qu'il en allègue. Il dit premièrement « que d*une nature infiniment parfaite^ une infinité de choses doivent nécessairement procéder, diversifiées en une infinité de manières. » Il ajoute en second lieu, « que s il était possible quune chose fiit autre qu elle n*est, il faudrait supposer que la nature de Dieu est sujette au changement ^ > Il dit enfin que, « si toutes les choses possibles n'existent pas toujours et nécessairement de toutes les manières possibles, elles ne pourront jamais exister toutes; alors les choses qui ne sont point ne seront jamais que possibles, et n'existeront jamais actuellement; ce qui anéantit, » à ce qu'il prétend, « la toute -puissance de Dieu^» Le premier de ces arguments suppose évidemment ce qui est en question. Car il est très-vrai qu'une nature infiniment parfaite a le pouvoir de produire une infinité de choses diversifiées en une infinité de manières. Mais qu'elle soit nécessitée d*agir toujours en vertu d'une nécessité absolue et naturelle, sans liberté et sans choix, c'est ce qu'on ne prouvera jamais par la considération de ses perfections naturelles, à moins qu'on ne s'avise de supposer que cet Etre souverainement parfait est un agent nécessaire, ce qui est prendre pour principe ce qui est en question, et supposer ce qu il faudrait prouver. Le second argument de Spinosa est peut-être encore plus faible. Car comment prouvera-t-il que la supposition d'un Dieu, qui, conformément à ses décrets éternelset à sa sagesse infinie, produit diverses cheses en différents temps et en plusieurs manières différentes, comment prouvera-t-il, dis-je, que cette supposition entraine nécessairement après elle que c'est

nari ; ut natar» ordo alias esset : ergo Dei ctîam natura alia posset esse,quam

jam est. (Prop. 33, demonstrat.) Quidquid concipimas in Dei poJestate eèèe, id necessario est* (Prop. 35.) Deum non operari ex libertate yolantatis. (Gprol. ad prop. 32.) Res nullo alio ordine, neque alio modo a Deo produci potucrunt, qaam pro-

ductae sunt. (Prop. 33.)

* Ex necessirate diyioœ naturse infinita infinitis modis sequi dcbent. (Prop. 16)

* Si res alterius naturse potuissent esse, Tel alio modo ad operandum determînari ; ot naturae ordo alius esset : ergo Dei alia etiam natura posset esse, quam jam est. (Prop. 33.)

* Imo adversarii (qui negant, ex necessitate dîvînae naturae, omnia ncccssario fluere) Dei omaipoteatiam negare Tideatur. Coguutur enim fateri, Deum iofi' nita creabilia intelligere quae tamen nanquam creare poterit. Nam alias, siscilioet omnia, quœ intelligit, crearef, suam, Juxfa ipsos, exhauriret omnipo^O' tiam et se imperfcctum redderet. Ut igitar Deum perfectom statuant, eo redi* guntur, ut sfmul statuer^ debeant, ipsum non posse omnia efticere, ad V^ €ju8 potentia se extendit. (Corol. ad prop. 17.)

THBOLOGIB IVATURBLUl. 2o5

un être dont la volonté et la nature sont sujettes au changement? Mais outre cela il est facile de rétorquer son argument. Car si Dieu produit toujours et nécessairement toutes les différences possibles des choses, comme Spinosa le' suppose, ne s'ensuivra-t-il pas aussi, suiyant sa manière de raisonner, que sa nature est nécessairement et infiniment muable, inégale? Son troisième argument n'est qu une pure vétille, qu'une subtilité métaphysique. C'est comme si un homme prétendait détruire l'éternité de Dieu par ce bel argument : si toute durée possible n'est pas toujours actuellement épuisée, jamais elle ne pourra être tout épuisée : ce qui^ comme chacun voit, est une manière de raisonner pitoyable et ridicule. Mais quand les arguments de Spinosa seraient aussi plausibles qu'ils le sont peu, il est certain que la thèse à laquelle ils servent de preuve, « qu'aucune chose ni aucune manière d*être de cette chose n'a pu être produite autrement ni dans un autre ordre que celui où elle est actuellement, » que cette thèse, dis-je, est d une absurdité et d'une fausseté si palpables, si contraire à lexpérience et à la nature des choses, si opposée aux règles les plus simples et les plus claires du sens commun, qu'il suffit de la pro* poser, pour en faire voir l'extravagance. Parcourez toutes les choses du monde, vous y trouverez partout des caractères qui font voir de la manière du mondé la plus claire qu'elles sont l'ouvrage dun agent libre. Vous n'y voyez aucune ombre de nécessité, tout y prêche la liberté et la sagesse de son auteur. Vous y remarquez >ine nécessité, il est vrai; mais une nécessité de convenance, c'est-à-dire qu'on aperçoit sans peine que l'univers n'aurait pu être disposé autrement, sans perdre de sa beauté et de son harmonie. Mais cette nécessité de convenance accommode si peu les adversaires que je combats, qu'elle nous fournit une démonstration directe, qui nous assure que toutes les choses du monde ont été faites et arrangées par un agent libre et intelligent. Je prendrai donc le contre- pied de la proposition de Spinosa, et je dirai qu'il n'y a dans les choses du monde aucune apparence de nécessité absolue et naturelle. Le mouvement lui-même, sa quantité, ses déterminations, les lois de gravitation, tout cela, dis-je, est parfaitement arbitraire, et pourrait être tout à fait différent de ce qu'il est aujourd'hui. 11 n'y a rien dans le monde et dans le mouvement des corps célestes qui autorise le moins du monde cette absolue nécessité des Spinosistes. Le nombre des planètes aurait pu être plus grand, il aurait aussi pu être plus petit. Leur mouvement sur leur axe pourrait être à proportion plus rapide ou plud

lenbiQue dirai-je de runiConnits«d« mctiPMiwnt progressif' d«i^ |ri«Mtes^).UDiipiînaqfHik#t<qu8' isabttkflmcit** Leur 'ciawups' omuiiMii

et inîfbnne» 4fo rotoi«kMtt> à^ Fariqtir»i»>«-iii«»(|aet»HiApB» virile

pafjl»iiifi«viciiieiit flkos^cMvkcB.'v qif^cliiP<«iwpeiiy»piy*ge*«iottvi>ir égakniflftt'idaM taii»)les«seai>:et (irteuft 1»»* cèdéa MiagiiimMes,^ »iitti*bi«B'*que*idtt<'VoQCMkttirvà IwieMd Hn-y«a'<n^tDiitM*cer choM» atioune* ' onduler* de. 'ii0oeM0f;; ICoiMeulÂnetir elto»' pcynr^ raiel>ètpct di mimAim kïiu&nh^ ma» \e$ èmmymfféB fekM depw9> pettiidans. ÏBAtwM&tBia' noue* fonft-Toir . qivaeiudienMiiii 'elks'«oflf sujette» a de trèt^grands «faeni^etneiits. Totites^Ies cbodce^oi soirt' suF.ia terretntoie pannittm atiAsàl'ottvnige* d'un Être libre^ d'une manière d'autant plut évidente qu eUes seIli^pkls^à notre portéei n TÙy en a aucane oui yeua n aperoevies^de^ciraetènts' deeajg^se^ iineifoleméietiuideseeîn^.ettea neeit Mcai an coniraive qm sesie' tant «oit pevia necesntéw Quelle abtokie nécesaitey qidil j eàt jos^ tenant unttl nombce dn'etfiecea de^plastea et d*aiikiniiu? Et qui est^oe qui n'aurait honte jde* direr qoci ni la forme, m rammg«^< rnent^ ni la moindre cîieonMmicie- des choses tenrestres, n'a pv être faite en rienoatre qu'eUeincct par. la cause si^râme? Q«eHe nécessité, pav enemple^ qu'il y «Àt^uneisL grande uasfwinîté qu'esl' ceUeqn'ofvremavque dafts* la/vessemblano» et dan&le mimbre àes' parties^ dont les corps» des plu» gtandstantaïaïuL sont eomqposéa»*?' GreôraNt^oo en bonne foi qu'il jiaîtrde la eoEtttradietioiaàâuppo-' see*!»- peesibâli té> d'une yh» gvandftdîrersîtéj' Ily auraitsans doute' uneoeaitiadietîoQ<réellaià.sttpposeetkicontîn«Mde» de eeemom-' treaiquela poète Lu(»èee prétend âtre.péristfaute.destpnoGspaiir organes dela^^* Maïs cpi0lfecB«lradietieo:jtoouiyeEa<4MMt à' dirai qu'il n'<eat. ntAlementjimpniif iM eiqn'uae. jesfèoti entiàm ïdmfAmtwamj ou de» hcBiftIs «A aidasisté airee sûupiedftvesMurao.qiiatee ynaaï Miàsi j'ai lM»me de^mlarflccerjsi longteaips snr me àtamt a. ckâeoiet m seiMÎUè^»

1 r^am dum cometae moventur in orbibus valde excentricis, undique et qaoquoYersam ia omnes partes cœfi ; utique nalto modo fleri potait, ut caeco fato trilnieBdiim slt, quod planeiie in ocbibus csocestcicis mot» ouBsimlli ferantor onues^Tam raiisam axiiformUatenL in plapetanim syjttc matfty. neceaiaria fataair dum est intelligent ia et consilio fuisse effectanr. (Newton, Opt.^ p. 345.)

*-Spin., ub, sup,y prop 33.

* Idemque dici posait de iiMrQr«tltata.iUAi.qiiMiia earpottt— .aewHriiwar vitz. necessario fatendum e&t, intellîgentia et consilio fuisse effectam. (NewtoDi Opiic, p. 346.)

* Sed jMD'podst «lelst» refellerei cam tos non padaerit isfâ sentire Cura Tero ausi sint etiam dcfendere^ non jameorum, aedipsittagenerUluioiam) ms^eial^ cujus aures kuec ferre potuerunt. (D. August., £p. 56.)

XI y avmU eu plus d'aj^|wi(9icitivdA«j«èsaii>à dire que k caïuie attn>

q\ii»«a>mig^raLk jo»«iJlifai«« MaihOfttta^ otijfwri^mfc .uii ^eFvmàui^^ imà.S9ia<»ifN C91; la>»é«fiiiktf&doAUl4ÂdgMrak<«B .Q«?casiiitt Mcai^^

g«sse et de comwAWMa^ qiiu«s«.«nlièn»mfi»t;j*c0iiifMibk.aiv«0. 1^^ plijfcpgrfatteKbfwaaw L» SomAanmm ^m^Sê$i(ktm%^màQMsk£ikest

sa|Mi^d«.r£ure mf^^m» qiill«iin€*,,dao«jMieri«8pèce»dtf oécQitwbé;

QMfiWfifipai^.Ceat d^sqwiM:.^ paclor.plus ample?

miinàiihii»,U suîAe^ quvad .j!eo .sesai iMim àJ'artkk.diw atusiinitft. iQOiMJSLde la DiiûoiAé».

J0é& en. troisîèii9iaJie«i>qKiey.&iU3riaMdaiiA Xuwis«vsf;qud^ caNMi^nî apa«a pouc (y^Ufu» fi%on(nepfwt.se»dûip<MMeit dexontclurertque la cause supréuse n'est pas un agefnt^néoessake^ iiiaisiUtt> sg^t libre^detti^ c/QVsé^^BCN^ e6&..«iioMitabk4.qw^..Sfiûioaa.Aat cootaaM à»' radaie2As% I)lft«Qiteiqu il;ii# Jabriiete jiaMivetixia^ âci ^ ÛMitd)affake que>de^.touàrja«» esk.ndtCNJa<Ji£»*i2attSififti' J&oalea, jsi;; dfi.Wjti^itiff^ aTea>us«.ijup«ide]Mie qiil JiIa.pioiitl;.de pareille^ duif. ^QittMitti.de g?M4guoKa»to. el .suptmJtiUiMUE; Xl'.ett .a%oi«^ iek» luiy ^•glimd famk de sifflpikii» .ei»ik>ibtte ipie ;de ^iinagi£UH:,cpiAi Jlesi ;ettiiSAimiA.fsâlis^.pouv.voi)r» l^a^oiseÂllas piPiur;£iiuïCf:lea deiil»vpoii& loâ^Iw Joft aluneoM, . l'^atomafi, paui:.lea 4i§^MB, ki SJ9Jbil.p0wr ilk^ niUNi%.«i; aiMi^4*i^st«.^ Je>nei(afQi&,paajqti»ua .bfli8i»ft»qMà*esfec»'. P^bkijQ. sout«iik de.pareUle&^ahsui)d«là£iiii««f€ï^qttAii &J9mmidiiki <%ntec GooMhluir?, Piou^t en âme plQiitt»6ntje»a(vawcu^Q«.n'a«

* Naturam nullum ûnem aibi praefixum habece ; et oimiea can£aavfiaid«wiûbJiL I nisi bamana esse figmenta. (Appendix ad prop. 36.) 1 *Ocq1os ad fidendam, dentés ad masticandum herbas et animantd'Ali-

niottuinb soleai ad UlaminaBUtt»» mare- ad, i^odvu» -pMcuis. iidi» îM*} . ^ NuIJas uaquam rationes circa res oaturales a fine quem IHu^aut nnAora. in.

i»faGi«&d4è sibl proposait d^isiimeinus. (ea«Ces.» Fr'tHclp.^ part. 1, 7%t'

^ Lumina ne fSaefas-eciiltnrtiin t^hwatemf»

PsM^kfiit ut. pasaloiuft, jet ut^pceâsaNs «i«ii I Proceros pasisus,, ideo vestigla posse

i Sararum ac feminum pedibus fundata plibari."-

i BracbMi»tiiin'pepr*ya}Mi»«x»plft4aeeFtw*-

iSsfiA» mAnu94M^ datas» utraquf^^x.parte^niiiiistraA

ut facere ad vitam possimus, quae foret usns. I C«iev« de g«ner«t^QC;iAlcr fu««tt«ir|ttp pfftaDtm-

Omnia perversa pc«post(?ra sunt jailiwe

Nil ideo oatum est in nostro cor pore ut uti ( PossiiBu^, sed quod natum est id procréât uaum

LuOMli /i Té,

lo8 THiiOLOGIS NATUMILLB.

qu'à lire Galien, de Usu partiumy Cicéron, de Natura Deorum^ M. Boyle, des Causes finales^ et M. Ray, de la Sagesse de Dieu darula création '. J'ajouterai seulement que plus on avance dans les décou- Tertes qu on fait tous les jours en astronomie et en physique, plus on découvre d'arguments qui décident la question en notre faveur, et qui couvrent les athées de honte et de confusion.

Je dis en quatrième lieu que si la cause suprême était un agent purement nécessaire, il serait impossible qu'aucun effet de cette cause fût une chose finie. Car un être qui agit nécessairement n'est pas maître de ses actions pour les gouverner, ou les diriger comme il lui plaît: il faut de toute nécessité qu*il fasse tout ce que sa nature est capable de faire. Or, il est clair que chaque production d'une nature infinie (toujours uniforme et qui agit partout nécessairement de la même manière), il est,dis-je, clair que chaque production d'une telle nature doit de toute nécessité être immense, ou infinie en extension; et par 'conséquent qu'il n'y a point de créature dans l'univers qui puisse être finie : ce qui est de la dernière absurdité et contraire à l'expérience. Pour se débarrasser de cette absurdité, voici le tour que Spinosa donne à cette conséquence urée de sa doctrine. Il dit « que de la nécessité de la nature divine doivent procéder des choses infinies diversifiées en une infinitéde manières ^,» et par les choses infinies, il entend des choses infinies en nombre. Mais quand on lit la démonstration de cette proposition avec attention, on remarque sans peine, pour peu qu'on soit accoutumé à ces sortes de spéculations, que si elle prouve quelque diose, elle prouve pareillement « que de la nécessité de la nature divine il ne peut procéder que des choses infinies, » d'une infinité d'extension. De sorte qu'il ne faut que sa propre ai' monstration, pour faire voir l'absurdité de l'opinion qu'il a dessein cTétablir.

ié dis en cinquième lieu que si la cause suprême n'est pas un agent libre et volontaire, chaque effet suppose nécessairement un progrès de causes à l'infini, sans cause première et originale. Je le prouve à l'égard du mouvement. S'il n'y a point du tout de liberté, il n'y a point d'agent. Il n'y a ni moteur, ni cause, ni principe, ni commencement de mouvement. Il n'y a rien dans l'univers qui puisse être actif, tout y doit être passif. Tout sera mu, et il nj

• J*ajouterai à ces livres auxquels M. Clarke renvoie, Texcellent ouvrage de M. Derham, intitulé Démonstration de l'existence rfe Diea et de ses attributs par les œuvre» de la création, (Rem. du traduct.)

> Bx necessitate divinae naturae, infinlta infloitis modis sequi debent- (SpiOv prop. 16, part. 1, Eth.)

aïoa point /demniâiu:. Tmt Mm- «Ket et rien ne sera eauso^ J'avoue ^ueâpiodaajiaMis parie de latweés»^ àe la natnre dime, et quil la faîl»enyisa^€o«ine la cause réelte, et la Teritable ^origine de toiUioe cpiâ estsie. MAkil^e-mt^qoe des gens c(band il parle mùy eûl ebercl^e à ]tmr «a irapoter par de grands mots qui ne signifiieAtTi^B. Quand ils sigmBeraîent quel(jue chose, la difficulté que je viens de proposer serait toujours.la même. Car, si, par ces choses (|ui eiaûslteiit p»r la néceasité de la nature divine, il entend une absolue néoedsité d'extstenee) en sovoe que. le monde et tout ce qui y eat eaâste neoeaiaireiiient et par soi-même, il s'ensuivra alors (cQiome je rai.moKlré ci-dessus) qu'il y a une contradiction réelle dans les termes à supposer que le mouvement, etc., pourrait ne pas exister : ce queiSpinosa lui-même a eu honte de dircMaâs, si^.pair la neeesfiité de la»'nature divine, il n entend antre cboseque cette autre nikiefistlé qui fait qiiie la ca»se produit nécessairement son e£Eeit, ou que l'efifietsuit nécessairement de sa cause,* il est clair que cette aéeeasité suppose toujours quelque chose d antécédent qui la défierraîne, et «tnsià TinSni. Or, quoique Spinosa semble pencher queUpirfois vers le premier sens ( qui uest pas moins absurde qite le. dernier), il.se déclarç pourtanten propres termes pour le dernier. Caril dit «^t'il ny a point d*aete de la volonté qui ne soit produit par une cause, celle-là derechef par uneautre, et ain&ide suâlet jusqu'à Tinfini ^ ^ Il ajoute « que la volonté n est pas plus na^turelle en Biciu, que le mouvenoent, ou le repos: de sorte que dire que Dieu a|pt par la liberté de sa vokmté, est tout comnïe si Ton disait qu'il agit par la liberté du mouvement ou durepOkS^ » Si on lai deaMSide quelle -est, selon lui, Toriginedu mouvement ou du.repos^il r^ond « que tout corps tm mouvement ou en repos a dû être déterminé par un autre corpa à.se mouvoir ou à être en repos; que celui-ci a dû pareillement être déterminé au mouvement ou au repos par un autre corps^ cet autre derechef par un autire^ et ataiî de suite à l'infini^. » Or,

* QBaqasqiie-voitiO'neii potesteûtere, neque ad typerandam, determin^ri, niai ab alia A;aiisad«terimi»etiir,et Im^rwrmê^tihê^ et^c porvo in iaftaito». (Spin., prop. 32, deinonst.)

* VoittBtas ad ©ci naturam non magîs perlînet, quam reliqva naturalia j scé a4if«aa9!eoéenMDv4»flaMifaaliGt, «t iD0tiisft<{«le8.

Deus jion niagis dki pote&t £x,lil>erla4c y«lJBKteli«a«ere< ^^aamilioî ^^mti» THKTtate niotiM vel quietis agere. (Coroll. ad prop. 32.)

* Corpu3 motum vel quiescens ad motam Telqiii(Blei»«éeteniiJ«ari debiiat ab *)!• corpore; quod etiam ad motum Tel quietem deteraÛDAtiun fuist alxaUo^.a^ ilUid iteritm ab alk», et sic in înfinitum. {Eth., part. 2, prop. 13, lem. 3.)

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