‹ Cours de philosophie de l'histoireChapitre 19 sur 55 · NEUVIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

NEUVIÈME LEÇON

33 man 1840.

Conceptions mesquines de l'école historique helge. — Idée plus élevée de l'histoire. — L'Orient, et d'abord la Chine. — Sa statistique. — Son ancienneté. — Son histoire. — Caractère de l'Orient ; caractère chinois et niongoliquc. — L’empire de la Chine repose tout entier sur la famille. — Gouvernement de la Chine. — Despotisme administratif. — Législation immorale. Idolâtrie politique. — Servilisme religieux. — Langue chinoise. — Écriture chinoise. — L'Yking et les huit koouas. — Trois époques dans la religion et la philosophie cher, les Chinois : 1° celle de la tradition antique et sacrée; 2” celle de la science philosophique, qui se divise en deux branches : l’école spécu lalive et rationaliste de Lao-Tscu , à laquelle se rattache celle de Tao-Tsé, et l'école morale et philosophique de Confucius; 5° enfin celle de Bouddha ou Fo.— Confucius et le Christ. — Meng-Tseu.— Vide de la doctrine de Fo. — Esclavage et pauvreté de la science en Chine.— Beaux-arts cl arts industriels. — Résumé et conclusion.

Messieurs,

Depuis qu’une louable ardeur a jeté nos savants et nos antiquaires dans les annales obscures de la Belgique, on s’est em-

paré avec une sorte de fanatisme de tout ce qui peut jeter quelque lumière sur l’histoire de la patrie ; mais, par cela même, on est tombé dans une erreur bien grave : on s’est habitue à voir tout le mouvement de l’humanité dans les limites étroites de notre pays, et comme si nous avions toujours vécu seuls au monde, on ne s’est guère occupé de ce qui a eu lieu avant nous, sans nous et autour de nous. De là quelque chose de mesquin, de ridicule même dans notre école historique, si tant est que nous en ayons une. lîn tel décrit-il tant bien que mal l’insurrection d’une commune au moyen âge, vite c’est le Thierry de la Belgique ; un autre a-t-il fait un pauvre livre intitulé la Belgique illustrée par les sciences, les arts et les lettres, ou édité une chronique éditée depuis trois siècles, c’est le Guizot ou le Michelet de la Belgique ; puis la camaraderie d’applaudir, et les beaux écus des contribuables de pleuvoir sur l'habile écrivain.

Nous pensons avec Montesquieu qu’on ne peut trouver les titres de chaque peuple et de chaque époque que dans la totalité de l’histoire; et d’après les cadres que nous nous sommes tracés, nous voulons saisir l’esprit de tous les temps et de tous les peuples, convaincu que l’esprit de Dieu qui anime l’humanité s’est aussi bien révélé, quoique à des degrés divers, dans les pagodes de la Chine et de l’Inde que dans le temple de Jupiter Olympien et que dans la cathédrale d’Anvers.

L’histoire envisagée sous ce point de vue scientifique ne sera plus un agréable passe-temps, un pur amusement, une simple récréation pour l’imagination et la mémoire; elle deviendra un haut critère de philosophie, de législation et de politique; elle deviendra le code réel de l’humanité, en même

DE L’HISTOIRE

temps qu’une épopée immense où chaque peuple remplira à son tour le rôle qui lui est assigné selon sa nature. Il nous importe de connaitre les idées que les nations représentent dans l’économie de la vie universelle, de savoir si l’humanité gagne ou perd, avance ou recule, en un mot, s’il y a progrès ou non (1). Prenons donc le genre humain là où les premiers États se forment, et suivons-le dans ce long et solennel pèlerinage qu'il a accompli depuis les chaincs de l’Ilimalaya jusqu’aux Alpes Scandinaves, depuis les rives de la mer Jaune jusqu’aux grèves de l’Islande.

C’est en Orient que se lève le soleil physique, comme le soleil social. Commençons donc par le vieil Orient, et d’abord, par la nation chinoise; car celle-ci est située à l’extrémité orientale de cette ligne du progrès humain que nous avons dessinée dans une de nos précédentes leçons, de l’orient à l’occident, et dont quinze pays civilisés, quinze pays historiques, anciens et modernes, forment la totalité. II est vrai que l’idée d’orient ou d’occident n’est que relative; car la Chine se trouve à l’occident par rapport au Pérou, et l’Europe à l’est et au nord-est par rapport à l’Amérique septentrionale et au Brésil. Nous nous en tiendrons néanmoins au langage usité, et nous prenons notre point de vue de l’hémisphère asiaticoeuropéen que nous habitons. Si l’on voulait prolonger cette ligne des pays à progrès dans la direction du sud-est au nordouest, et à l’ouest jusqu’au delà de l’Océan et jusqu’en Amérique; et puisqu’elle occupe, elle aussi, une place importante dans l’histoire de l’univers, on pourrait, en ce cas, aux quinze

(1) Victor Cousin, Mélanges philosophiques, et mon Introduction, page 3.

Page 1