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dans la plupart des villes de l'Inde et la démocratie militaire desSeikhs, confirment cette opinion. Les écrivainsanglais, que leurs observations et leur expérience ont mis à portée de connaître ce régime communal, en font le plus fastueux éloge, et vantent ses heureux effets, ainsi quelc bien-êtrequi en résulte.
On a remarqué aussi que dans l'Inde n’existe pas l’état pur de l’esclavage, et par là on entend l’état des esclaves achetés, et de ces hommes devenus propriété et marchandise chez les Grecs et les Romains , et tels que sont encore les esclaves des nations mahométanes et les nègres dans les possessions coloniales des puissances chrétiennes de l’Europe. En effet, la classe servante des shoudras , bien que dans une grande dépendance des classes supérieures, et quoique fort éloignée de partager leurs prérogatives, ne laisse pas d’avoir ses droits clairement et expressément définis ; mais aussi les proscrits, les excommuniés des classes inférieures, ne sont-ils pas traités cent fois plus mal que l’esclave des Grecs et des Romains, qui n’a jamais été considéré comine une déjection impure de l’humanité, puisqu’il pouvait être affranchi et devenir homme dans la cité et dans l’État.
Les livres traditionnels des Indiens décrivent, avec une grande profusion d’images, le premier âge de l’humanité, dans lequel régnait l’égalité la plus complète : les hommes, revêtus d’innocence et de piété , offraient à Dieu des sacrifices aussi purs (pie leurs cœurs, et les gracieux tableaux de la vie domestique qui remplissent leurs anciens poèmes nous montrent la dignité et le bonheur de l'homme dans cet âge d’or (I). Les siècles subséquents sont considérés comme des siècles de
(I) Voyez mon Histoire ancienne, article Inde.
chute , comme des temps d’expiation qui doivent ramener un jour l’humanité dans le sein de Brahma.
Brahma , mot que les Indous emploient au neutre , est ce qu’il y a de plus élevé dans la religion ; en dehors de lui, il y a encore d’autres divinités principales : Brahma, au masculin, Viehnou ou Krichna, connu sous des formes infinies, et Shiva. Celte trinité ne fait qu’un. Brahma est l’Ètre suprême; mais Viehnou ou Krichna et Shiva, comme le soleil, l’air, etc., sont aussi Brahm, c’est-à-dire unité substantielle. Brahrn ne reçoit ni prières ni sacrifices, mais toutes les autres idoles sont l’objet de l’adoration générale. Le rapport religieux de l’homme avec Brahm consiste à s’élever jusqu’à Brahm. Si l’on demande à un brahmane ce que c’est que Brahm, il répond : Si je me retire dans moi-même et que je ferme tous mes sens, et qu’à part moi je dise Om, c’est là Brahm. Les brahmanes qui sont capables de rentrer ainsi dans cette unité divine du premier âge sont appelés dvijas, c’est-à-dire deux fois engendrés; les autres castes peuvent renailre de la même manière si de même elles veulent abdiquer leurs fonctions vitales. Le mépris de cette vie, l’anéantissement de la nature humaine, voilà, selon les Indiens, les traits caractéristiques de notre existence en Dieu. Les brahmanes sont nés pour cet état d’absorption ; les autres castes peuvent y arriver, et plusieurs de leurs membres, appelés yoghis, font d'inouïs efforts pour y parvenir. Un Anglais qui se rendait au Thibct pour voir le dalaï-lama, rencontra un jour un de ces yoghis; il nous en raconte ce qui suit : Le yoghi était déjà au second degré pour atteindre la puissance d’un brahmane. Le premier degré, il l’avait obtenu en se tenant pendant douze ans consécutifs sur scs jambes, sans s’asseoir ni se coucher. Il devait passer au
second degré en sc tenant dans la même position les mains pliées sur la tète, et déjà ses ongles croissaient profondément dans ses mains. Que l’on songe une fois à ceux qui restent ainsi, depuis le lever jusqu’au coucher de l’astre du jour, immobiles comme des statues sur leurs piédestaux , exjwsés sous un climat de feu à l’ardeur dévorante des rayons solaires. Le troisième grade ne se donne pas toujours d’une manière uniforme; d’ordinaire le yoghi doit passer un jour entre cinq feux, c’est-à-dire entre quatre feux, vers les quatre parties du monde, et le soleil ; puis on le balance trois heures et trois quarts au-dessus des flammes. Des Anglais qui ont assisté à une scène pareille racontent qu'après une demi-heure le sang jaillissait de toutes les partiesdu corps du patient , et qu’il mou rut immédiatement après. Mais si le candidat vient à surmonter cette terrible épreuve, on finit par l’ensevelir tout vif; au bout de trois heures et trois quarts on le retire de la fosse, et s'il survit, il est censé posséder la force interne des brahmanes.
Ainsi ce n’est qu’avec une aussi épouvantable négation de son existence que l'on rentre dans le sein de Brahma, que l’on devient brahmane. Si faibles et si lâches que les Indiens soient pour tout le reste, le courage et l’énergie ne leur manquent jamais, pas plus qu’aux bouddhistes, pour se sacrifier ainsi au bien suprême, à la destruction, et l’habitude qu’ont les femmes de se brûler après la mort de leurs maris provient de cette manière de penser. Si jamais femme refusait de sc soumettre à cette atroce coutume, on l’exclurait de la société et on la laisserait mourir dans l’abandon. Un Anglais digne de foi rapporte qu’il vit une femme se consumer sur le bûcher parce qu’elle avait perdu un de ses enfants; qu’il lit toutes les tentatives imaginables pour l’engager à renoncer à ce funeste
projet; que tout ayant été inutile, il s’adressa au mari présent à l’exécution et qui témoignait la plus complète indifférence, en disant froidement qu’il avait encore d’autres femmes au logis. C’est ainsi que l’on voit souvent vingt de ces malheureuses, égarées par le fanatisme, se jeter tête baissée dans le Gange. Un autre Anglais rencontra un jour sur l’Himalaya trois femmes allant à la recherche des sources de ce fleuve pour mettre un terme à leur existence dans ses eaux sacrées. Pendant les fêtes célébrées au fameux temple de Jagannàtha, au golfe de Bengale dans Orissa, on voit affluer des milliers d’indiens : un char roulant avec un horrible fracas promène au milieu de la foule l’image du dieu Vichnou; plus de cinq cents hommes le mettent en mouvement et plusieurs d’entre eux se précipitent sous scs roues écrasantes croyant trouver à la fois une mort glorieuse et une éternelle félicité. Les bords de la mer sont couverts des ossements de ces insensés. Ces atroces coutumes ont des modifications. Les faquirs , que les Grecs connaissaient sous le nom de gymnosophistes, ne se couvrent pas même de haillons comme nos moines mendiants : ils ont pour but d’étouffer toute spontanéité, afin de passer plus facilement, par cette mort morale, à la mort physique.
Cette horrible perfection que l’on acquiert si difficilement dans les autres castes, les brahmanes la possèdent par le seul fait de la naissance. C’est pourquoi l’Indien d’une autre caste doit révérer le brahmane comme une divinité, tomber à genoux devant lui et lui dire : Tu es Dieu!
La principale occupation du brahmane, et c’est même un de ses privilèges exclusifs, consiste à lire les Védas. Si un shoudra lisait ces livres ou s’il en écoutait la lecture, on lui verserait de l’huile bouillante dans les oreilles. Les lois de
Manou prescrivent aux brahmanes une infinité d'obligations extérieures. Leurs cheveux et leurs ongles doivent toujours être coupés; ensuite, il faut qu’ils tiennent leurs passions en bride, car ils portent des manteaux blancs et de larges boucles d’oreilles jaunes. Il y a des prescriptions pour tout ce qu’ils font, pour tout ce qu'ils disent. Us ne peuvent pas regarder le soleil en face ni à son lever ni à son coucher, ni en plein midi; ils ne peuvent pas passer sur une corde à laquelle est attaché un veau ; ils ne peuvent pas sortir s’il pleut, ni regarder leur propre image. S'ils passent à côté d'une vache, d’une idole, d’un pot rempli de beurre fondu ou de miel, d’un arbre et d’autres objets, ils doivent faire attention qu’ils les aient à leur main droite. Ils ne peuvent pas manger avec leurs femmes, ni les voir manger, éternuer et bâiller. En plein jour, il faut qu’ils tournent le visage vers le nord; la nuit, vers le midi. Quand ils sont à l’ombre, ils ont la liberté du choix. Quiconque d’entre eux veut vivre longuement doit se garder de marcher sur du coton ou des graines; mais ils sont largement dédommagés de ces absurdes sujétions. Quels que soient les crimes qu’ils commettent, ils ne peuvent jamais être condamnés à la peine de mort ni à la confiscation des biens; l’exil est le seul châtiment dont ils soient passibles. L’intérêt usuraire s’élève pour un guerrier à trois pour cent, pour un vaissya à quatre, pour un shoudra à cinq, pour un brahmane jamais au delà de deux. Les terres des brahmanes sont affranchies de tout impôt. La foudre écraserait le roi qui oserait porter une main téméraire sur le brahmane ou sur ses biens; car le dernier des prêtres est tellement au-dessus du roi qu’il serait déshonoré si une de ses filles épousait un fds de roi. Dans les lois de Manou il est écrit : Que si quelqu’un veut
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éclairer un brahmane sur l’étendue de ses devoirs, qu'on lui verse de. l’huile bouillante dans les oreilles et dans la bouche. Si celui qui n’est qu’une fois engendré consulte un autre qui l’est deux fois, qu’on lui enfonce dans la bouche un fer chaud de dix pouces de longueur. Si un shoudra bat un brahmane des pieds ou des mains, qu’on lui coupe un pied ou une main. » Il est même permis de prêter un faux serment et de mentir en justice si, par là, on peut sauver un brahmane de la condamnation. De même si un shoudra est souillé par le contact d’un paria, il a le droit de l'assommer.
Tel est la séparation et l’isolement de ces fatales catégories que toute philanthropie d’une caste supérieure envers une caste inférieure est sévèrement proscrite. Aussi jamais ne viendra-t-il à l’esprit d’un brahmane de tendre une main sccourable aux hommes des autres classes, quand même ils seraient dans un péril extrême; et celle-ci voient le plus grand honneur à ce que le brahmane veuille bien choisir scs concubines parmi leurs tilles.
Si un brahmane ou un membre de quelque autre caste a été expulsé de sa caste, il doit, pour y rentrer, se percer les hanches avec un crochet et les faire panteler à diverses reprises en l’air.
La caste des guerriers est aussi soumise à de minutieux devoirs: ainsi elle ne peut pas manger de la viande, ni toucher à un cadavre, ni boire à un étang où auraient déjà bu des Européens, etc., etc., etc. Plus une caste est basse, moins elle a d'observances à garder; mais plus fortes aussi sont les peines qu’on peut lui infliger.
Par rapport à la propriété, les brahmanes sont avantagés hors de toute proportion avec les autres castes. Les commu-
nés rurales sont divisées en deux portions, dont l’une appartient au rajah, l’autre aux paysans, et sur lesquelles se font, en outre, divers prélèvements par les fonctionnaires du hameau, lesquels sont : le juge, l’inspecteur des eaux, l’astrologue, qui est un brahmane et qui prédit les jours fastes et néfastes, le serrurier, le charpentier, le lavandier, le barbier, le médecin, les danseuses, le musicien, le poêle. Toutes les révolutions politiques passent comme une trombe sur la tête de l’Indien, son lot reste toujours le même.
C’est encore le désir de la domination et la crainte d’un pouvoir rival qui ont porté les brahmanes à proclamer l’infériorité des femmes et à prescrire leur soumission illimitée à leurs époux. Ils ont écrit leur esclavage dans les lois, parce qu’ils redoutaient leur empire sur les mœurs. En Orient, où l’attrait des sexes est plus impétueux que partout ailleurs, le législateur a toujours craint l’ascendant que cet attrait pouvait donner au plus faible. Dans cette crainte, il a fait peser sur lui un anathème, il l’a représenté comme allié d’une manière ou d’une autre au mauvais principe. Ainsi dans l’Inde, la femme a été enchaînée, de peur que l’homme ne cessât d’être libre. Elle a été dégradée, parce qu’elle était redoutable; l’égalité lui a été refusée, parce qu’on appréhendait sa tyrannie. La loi qui constitue sa dépendance est une loi d’ostracisme. Aussi écoutez le chant barbare de la vieille loi de Manou, loi actuellement tombée en désuétude : « Si une femme, fière de sa famille ou des grandes qualités de ses parents, viole effectivement son devoir envers son seigneur, que le roi la condamne à être dévorée par les chiens (I). »
(1) J. J, Ampère, Revue universelle, t. II, 2' année, p. 1)9.
DE L’HISTOIRE
Pour revenir aux conceptions religieuses des Indous, il est fort difficile de comprendre ce qu’ils entendent par Brahm. Les Européens lui ont attribué leurs idées de l’Étre suprême, de Dieu un, créateur du ciel et de la terre (1). II existe une distinction entre Brahm et Brahma ; c’est ce qui a déterminé plusieurs savants à donner au premier le nom de Parabrahma.
(1) M. F'riedlœtuler (Leçons sur l’histoire de la médecine, pag. 27-42) a essayé de résumer les doctrines religieuses de l’Inde : « D’après le brahmaïsine , dit-il, il y a un être unique , suprême , la sainte idée primordiale de Dieu , révéré comme Parabrahma , mais sans image et sans temple , parce que, selon les Védas, sa gloire est si grande qu’elle ne saurait être représentée par des figures extérieures. Dans la marche des siècles, dans la progression plus libre de la spéculation, on distingua trois actions, celle de créer, celle de conserver et celle de détruire, et ou les considéra comme les trois attributs fondamentaux de l’Être suprême, en d’autres termes, on envisagea la naissance, l’existence et la non-existence comme les trois phases principales de tout être , on personnifia ces trois idées par autant de divinités, par autant de dieux réels, émanés de Parabrahma , et l’on attribua à Brahma la création, à Vichnou la conservation et à Shiva la destruction. De bonne heure le sabéisme vint se fondre dans ces abstractions , avec ses conceptions astronomiques et astrologiques , d’après lesquelles Brahma est la lumière primitive , le soleil , le centre de toutes les forces cosmiques, et qui dans le cours de l’an, divisé en trois par les Indous, se métamorphose, et comme Vichnou signifie l’eau primitive, le temps du déluge, puis comme Shiva le soleil dans sa plus haute puissance, dans ses chaleurs les plus dévorantes , ou le feu. Ces divinités réunies , forment la sainte trinité , la trimourti des Indiens ; mais adorées séparément, et physiquement représentées sous leurs emblèmes , elles enfantèrent des cultes spéciaux , et enfin un polythéisme sans exemple , lequel repoussa entièrement le brahmaïsme pur.
« Ce culte si paisible, si simple, dut céder d’abord au shivaïsme, religion orgiaque..., qui, dans le terrible Shiva ou Mah&deva, symbolisa le feu ,