‹ Cours de philosophie de l'histoireChapitre 25 sur 55 · COURS DR PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

COURS DR PHILOSOPHIE

Les Anglais ont fait de longues éludes pour savoir ce que c’est proprement que firahni. Le célèbre indianiste Colebrooke a soutenu qu’il y a deux cieux dans les croyances des Indous : l’un, le paradis terrestre; l’autre, le ciel que nous voyons de

lequel avec Bhavâni (la nature) engendre et détruit tout en même temps. Le vichnouvisme fut plus doux : son Dieu fut l’eau ou l’air ; mais les dix avatars ou incarnations de ce Dieu ne contribuèrent pas peu A jeter dans la mythologie indienne ce symbolisme extravagant dont elle est si birarrcment surchargée. Ce fut du vichnouvisme que naquit le bonddhisme , dont les partisans ne se répandirent pas seulement dans le Thibet . la Chine, etc.; mais encore, à l’est, sur le bord de la mer Noire, en Colchidc et de IA en Tbracc , où il devint la base de la civilisation des Hellènes et des Péiasges.

« Après la décadence du monothéisme brahmanique, la religion des Indiens dégénéra en une doctrine d’émanation , d’après laquelle tout, dans l’univers, n’est qu’une éternelle transformation de Dieu, un écoulement de sa plénitude et un retour successif à lui. Après que Parabrahma s’était révélé dans Brahma, Vichnou et Shiva, il engendra des esprits immortels (Devâs ou Souràs), habitants de l’Éther, qu’un d’entre eux, Mahlshasoura, enflammé de jalousie et de haine, précipita dans l’abime. Pour punir, mais aussi pour purifier ces rebelles, l’Être primordial décréta la création du monde matériel ; là ils sont condamnés à passer par quinze états différents dans FOnderah ou abîme des ténèbres. Les sept passages inférieurs se font par des corps de bêtes , le huitième par un corps humain, les sept supérieurs leur servent à rentrer dans le sein de la Divinité. C’est sous ce rapport que nous pouvons comprendre quelque chose de l’anthropologie et de la psycologie de l’Inde , sources fécondes où tant de philosophes anciens sont venus puiser. L’Ame de l'homme est une émanation de la Divinité; son siège est dans le cerveau , où elle est enfermée comme Pair dans un vase. Si ce siège est détruit, et que déjà, dans sa terrestre existence, l’àme ait atteint à un haut degré de perfection, elle peut retourner de suite à l’âme divine du monde, du sein de laquelle elle est échappée... Sinon, elle doit subir d’autres épreuves de purification. »

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nos yeux ; que pour y entrer, il y a deux espèces de cultes, dont le premier a un rituel extérieur, l’idolâtrie; dont le second veut que l’on adore Dieu dans l’esprit et dans la vérité, et d’après lequel les sacrifices, les ablutions, les pèlerinages ne sont pas nécessaires; que l’on trouve peu d’indiens qui veulent suivre cette seconde voie , parce qu’ils ne peuvent comprendre en quoi consistent les jouissances de ce second ciel ; que si l’on demande à un Indien s’il révère les idoles, il répond que oui ; que si on lui adresse cette question : Adorezvous Dieu? il répond que non; que si l’on questionne davantage : Que faites-vous donc, que signifient ces méditations silencieuses dont quelques savants font mention ? chacun s’empresse de répondre : Si je prie en l’honneur d’un des dieux, je m’assieds, les jambes croisées; je regarde le ciel, en élevant tranquillement mes pensées et en pliant les mains en silence; alors je dis : Je suis Brahm, l’être le plus sublime. Il nous est défendu de lui faire des offrandes, car ce serait nous adorer nous-mêmes. Nous ne pouvons donc adorer que les images de Brahm.

Que conclure de là, messieurs? que Brahm c’est l’unité pure de la pensée même, que c’est Dieu un en lui-même. D’autres Anglais ont conjecturé que Brahm est une épithète qui ne signifie rien, absolument rien, et que l’on peut l’appliquer à tous les dieux indistinctement. D’après eux, Vichnou dit : Je suis Brahm; le soleil, l’air, les mers disent : Nous sommes Brahm. Cette idée confuse et barbare de Dieu enfanta un polythéisme également confus et barbare. Les Indiens adorent les montagnes, les fleuves, le soleil, la lune, le Gange, les animaux, les organes de la génération. Aussi dans les

excavations, les grottes, les pagodes, partout on retrouve le

lingani, organe de la génération mâle, et le lotos, organe de la génération femelle.

A cette unité abstraite de Dieu et à ces particularités sensuelles répond un double culte. L’un consiste dans la négation de toute conscience individuelle et dans la destruction de la vie physique ; l’autre, dans le tourbillon sauvage de la débauche, dans l'anéantissement de la conscience par l’orgie, par la brutalité de la matière. C’est pourquoi, dans toutes les pagodes on entretient des courtisanes et des danseuses ( baya dères ) , que les brahmanes instruisent avec le plus grand soin dans l’art du chant et de la danse, et qui, sous un costume aussi riche que voluptueux, vendent, pour un prix déterminé , leurs charmes flétris au premier venu. De doctrine morale, il ne saurait être question ici. Ce n’est que dans le shivaïsme qu’il s’agit d’un chemin droit et d’un chemin gauche , dont l’un conduit à un culte très-raisonnable, mais dont l’autre mène à tous les débordements du sensualisme. L’amour, le ciel, tout ce qui est du domaine spirituel devient, d’un côté, l’objet des mille jeux de l’imagination des Indiens; tandis que, de l’autre, c’est le vertige des sens qui s’en empare. Les objets de la vénération religieuse sont par là d’horribles figures , produits d’un art dévergondé , ou des choses de la nature. Chaque oiseau, chaque singe se transforme en Dieu.

Quant à- la moralité des Indiens, leur vertu consiste à s’abstraire de toute action quelconque , afin d’être Brahm ; mais cette brahmanisation, cet ornement suprême, n’est qu'un linceul servant à voiler une vitalité qui depuis longtemps n’existe plus, à couvrir un cadavre creux et sec, une momie; ou bien, toutes leurs actions sont réglées par des usages

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extérieurs et dénuées de toute apparence d’une conviction intime ; et voilà comment il se fait que l’état moral des Indiens est un des plus abjects. C’est là un point sur lequel tous les voyageurs n’ont qu’une voix. En vain alléguera-t-on la douceur, la tendresse, la belle imagination de ce peuple; car, enfin, chez les nations les plus corrompues on trouve des traits frappants de douceur et de noblesse. Les Chinois ont des poëmes où l’on trouve les plus gracieux tableaux de l’amour, les scènes les plus touchantes de sentiment, de pudeur, de modestie, et que l’on pourrait comparer à ce que les littératures européennes offrent de mieux en ce genre. Il en est de même de la poésie des Indiens ; mais cherchez dans leur science la moralité, la liberté de l’esprit, le sens intime du droit individuel, vous n’y trouverez que des devoirs de castes, point de devoirsd’hommes.C’estqueladestruction de l’existence moraleet physique n’a rien de concret, et que ce plongement dans la généralité abstraite dont nous venons de parler n’a aucune connexion avec la réalité. La ruse et l’astuce, voilà le fond du caractère des Indiens; tromper, voler, piller, assassiner, voilà ce qui est dans leurs mœurs, dans leur sang : rampants et bas envers les vainqueurs , ils sont téméraires et cruels envers les vaincus et les faibles. Qu’importe, après cela, leur humanité tant vantée envers les animaux ? Ils ont fondé de riches hôpitaux pour de vieilles vaches et de vieux singes, et ils n’ont pas le moindre établissement pour leurs malades ou leurs vieillards. Ils ont peur d’écraser une fourmi, et le voyageur pauvre, ils le laissent mourir de faim et de soif. Rien de plus immoral que les brahmanes; ils ne font que boire et manger. Là où les usages ne les arrêtent pas , ils n’écoutent que l’entrainement des mauvaises passions; partout, dans la

vie, ils se montrent cupides, fourbes, voluptueux. Je n’ai jamais vu parmi eux un honnête homme, dit un Anglais qui mérite toute confiance. Les enfants n’ont pas le moindre respect pour leurs parents, le fils maltraite sa mère.

Les Indiens connaissaient aussi les épreuves judiciaires, ces fameux jugements de Dieu, qui rappellent les ordalies germaniques du moyen âge. Dans ces premiers temps de la société, où les lois humaines n'avaient pas encore prévu tous les délits et les crimes, on croyait que, dans le doute, Dieu se prononcerait pour l’innocent et le faible.

Les livres sacrés de l’Inde ont recueilli neuf genres d’épreuves : 1° L’épreuve de la balame, qui a lieu de la manière suivante : on fait jeûner l’accusé pendant un jour, puis on l’introduit dans un bain, puis on l’en retire et on le pèse. Ensuite on lui attache à la tête une feuille sur laquelle est écrite l’accusation. Ou le place de nouveau dans le plateau de la balance. S’il pèse davantage, il est coupable; s’il pèse moins, il est innocent. Si le poids est égal, on a recours à une troisième pesée. Si la balance tombe ou se rompt, on regarde cet accident comme un crime.

2° L’épreuve du feu : on creuse dans la terre un trou de neuf empans de longueur et d’un de profondeur. On le remplit de feu. L’accusé marche nu-pieds sur ce feu. S’il ne se brûle pas, il est innocent.

3° L’épreuve de l’eau ; l’accusé entre dans une rivière, tenant à la main le bâton d’un brahmane, qui reste auprès de lui. Un soldat tire trois flèches. Un homme court chercher celle qui est allée le plus loin. L’accusé plonge jusqu’à ce que cet homme ail rapporté la flèche au rivage. S’il ne peut soutenir cette épreuve, il est réputé coupable.

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4° L’épreuve par le poison a lieu de deux manières. Dans la première, l’accusé doit prendre de la main d’un brahmane et avaler aussitôt une boule de beurre dans laquelle on a mêlé de l’arsenic ou toute autre substance vénéneuse, le poids de sept grains d’orge. S’il résiste à l’effet du poison durant tout un jour, il est déclaré innocent. La seconde manière consiste à placer dans un pot de terre, profond et couvert, un serpent et un anneau ou un cachet : l’accusé doit y introduire le bras nu et en retirer l’anneau. Il est coupable s’il est mordu par le reptile.

5“ L’épreuve du coscfui : elle consiste à boire , après diverses pratiques religieuses, de l’eau dans laquelle on a plongé les images du soleil, de Devi (Shiva) et de quelques autres dieux. L’accusé est absous si, dans l’espace de quatorze jours, il n’a éprouvé aucune incommodité.

6° Le tandoula : dans cette épreuve, on pèse une certaine quantité de riz séché au feu, et on le fait mâcher à l’accusé. Si ses gencives souffrent de cette mastication et que le riz qu’il rejette soit taché de sang, il est condamné; dans le cas contraire, on l’acquitte.

7° L’épreuve du tapta : elle consiste à plonger la main dans l’huile bouillante ou dans du beurre fondu, où l’on a jeté une petite balle, que l’accusé, la main nue, doit chercher au fond du vase.

8“ Le phala : cette épreuve se fait en saisissant une balle de fer rougic au feu, ou à placer sa langue sur un fer brûlant.

9" Le daiiuarch : on met au fond d’un pot de terre deux images de Dlmrma, le génie de la justice, l’une d’argent, l’autre de fer, ou bien deux images semblables, mais de couleurs différentes. L’accusé passe sa main dans le pot par une ouver-

lure. S’il relire l’image d’argent, Dharma, on le renvoie; s’il retire l’autre, Adharma, on le condamne.

Tel est l’esprit stationnaire de l’Inde que cette législation barbare existerait encore, si le gouvernement anglais ne l’avait abolie; même il est des cas où l'on permet encore ces coutumes atroces. En novembre 1808, une jeune femme accusée d’intrigues criminelles par son mari, subit triomphalement l’épreuve du tapta en présence de plusieurs milliers de spectateurs.

Messieurs, il serait trop long de parler en détail de la littérature et de l’art chez les Indiens. Il est d’observation qu’on est bien revenu maintenant des exagérations qui avaient été faites sur la sagesse des Indous. William Jones est le premier qui ail étudié l’àge d’or de leur poésie. Les Anglais donnaient des, représentations théâtrales à Calicut, aussitôt les brahmanes de montrer aussi des drames, parmi lesquels la Sakontala de Kalidasa. C’est là que nous trouvons une peinture animée ou plutôt horriblement belle de l’état d’un de ces ioghis dont nous avons fait mention plus haut.

Le roi Douschmanta demande au conducteur du char de l’Indra où est la sainte retraite de celui qu’il cherche; à quoi l’autre répond : « Va plus loin que ce bois sacré, là même où tu vois un pieux ioghi, à la chevelure épaisse et hérissée, se tenir immobile, les yeux fixés sur le disque du soleil; considère-le : son corps est à moitié couvert de l’argile que les termites déposent; une peau de serpent lui tient lieu de ceinture sacerdotale et entoure à demi ses reins; des plantes touffues et noueuses s’entrelacent à son cou, et des nids d’oiseaux couvrent scs épaules. »

Aux trois premiers siècles du christianisme, dans ces temps de miraculeuses visions et de vertus surnaturelles , nous

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voyons quelque chose de semblable dans Siméon Stylite ou le saint de la colonne, que les écrivains chrétiens ne citent nullement comme un modèle à imiter, mais plutôt comme une exception extraordinaire et permise une seule fois pour un moment tout particulier. Les forêts, les solitudes de l’Inde, et surtout les alentours des lieux consacrés aux pèlerinages, sont peuplés de plusieurs centaines de ces hommes étonnants , phénomènes du plus haut degré d’absorption et d’aberration mentale. Ils n’étaient point inconnus aux Grecs, qui les avaient fait entrer, sous le nom de gymnosophistes , dans leurs merveilleuses descriptions de l’Inde. Autrefois on eût refusé de croire ce fait en niant sa possibilité; mais le doute n’est plus permis lorsque tant de preuves et de témoignages historiques en consacrent et en assurent la réalité. D’ailleurs, aujourd’hui que l'étonnante souplesse de l’organisation humaine nous est un peu mieux connue, ainsi que les forces prodigieuses qui sommeillent en elle , nous nous garderons de rien décider ou déjuger brusquement et à la légère sur des apparitions de cette sorte. Un pareil état n’est que l’exaltation magique du moi intellectuel, produite par l’action de la volonté puissamment concentrée sur un seul et même point; étal qui, poussé aussi loin et tendu outre mesure, mène à l’anéantissement complet du moi, au renversement de l’intelligence, et qui plus est, à l'altération du cerveau.

Messieurs , dans la joie des découvertes que l’on venait de faire sur la civilisation de l'Inde, on méprisa les trésors anciens pour se réjouir d’autant mieux des trésors nouveaux, et l’on plaça la poésie et la philosophie des Indous bien au-dessus de la poésie et de la philosophie des Grecs. Ce sont les livres primitifs de l’Inde, les Védas, qui, pour nous, ont le plus

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d’importance : ils contiennent en partie des prières, en partie des préceptes de morale. Quelques manuscrits des Védas sont arrivés en Europe, mais on ne les a guère complets. L’écriture en est gravée avec une aiguille sur des feuilles de palmier. Il est très-difficile de comprendre ces livres, attendu qu’ils remontent à la plus haute antiquité et que la langue dans laquelle ils sont écrits est un sanscrit plus vieux. Colebrooke en a traduit une partie, mais Dieu sait si ce n'est pas un commentaire; car il y en a tant et tant. L’Europe a vu également deux grands poèmes épiques , le Ramayana et le Mahakharata. Le premier a paru en 3 volumes in-4°; le second est devenu extrêmement rare. A côté de ces ouvrages se font remarquer les pouranas, histoires fantastiques d’un dieu ou d’un temple, et la législation fondamentale de Manou, que l’on a comparé à l’Egyptien Menés et auCrétois Minos. Ce livre commence par une théogonie bizarre. On fait remonter la naissance de Manou au delà de vingt-trois siècles avant Jésus- Christ.

En ce qui concerne l’histoire, l’Inde présente tout à fait le contraire de la Chine. S’il est incontestable que les Indiens se sont couverts de gloire dans la géographie, l’astronomie et l’algèbre ; qu’ils ont fait de grands progrès dans la philosophie ; qu’ils ont poussé l’étude de la grammaire à un degré qui fait du sanscrit la langue la plus parfaite, ils ont entièrement négligé l’histoire, ou, pour mieux dire, ils n’ont pas d’histoire. Les Indous, avec leur imagination dévorante, sont incapables de saisir l’existence réelle d’un objet ; ils se perdent dans des fantômes , dans des rêves , dans des mythes , dans des vapeurs. L’histoire exige, avant toutes choses, la raison, c’est-à-dire la faculté de comprendre d’abord l’objet tel qu’il

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est, puis dans ses relations avec d'autres objets. l)e plus, l’histoire est d’un intérêt indispensable pour les nations; car c’est elle qui leur fait voir la marche de leur esprit dans les lois, dans les mœurs et dans les actions. Or, d’une part, l’histoire de l’Inde n’a pas de développement; de l’autre, elle manque de fond, de substance, puisque ses tableaux ne peuvent présenter qu’un mélange bizarre de combats et de guerres, fruits du despotisme. Elle renferme des dates qui, pour la plupart, n’ont qu’une valeur astronomique ou souvent n’en ont aucune. Ainsi il y a des rois indiens qui ont vécu 7,000 ans et davantage. Brahma, la première figure de la cosmogonie qui s’engendra elle-même , a vécu 20 millions d’années.

Les sources les plus anciennes et les plus certaines sont encore les notices des historiens grecs qui ont suivi Alexandre dans sa grande expédition (I), et par lesquels nous apprenons qu’alors toutes les institutions étaient les mêmes qu’aujourd’hui. Ces écrivains parlent de Sa ntara-Kott us ( Clia ndragoupta ) comme d’un chef distingué du nord de l'Inde jusque-là où s’étendait l’empire de la Bactriane. Une autre source sont les

(1) Je veux indiquer ici ce que j’ai lu de plus esseuliel sur l’Inde dans les historiens grecs et latins: Herod., hislor, I. III, p. 198, Casaubon ; Strabo, 1. XV, p. 489-492 ; Phocii bibliothcca, p. 148 ; Euseb., l’ræp. evaug. , I. IX, p. 122, Basil.; PMIostrat., vita Apollon. Tyan., 1. Il, c. 25 et I. III , c. 14 et 34-38; Origcn., Opcr. t. III , p. 464 ; Clemens Alexandr., Stroin , I. III , p. 126 et 451 ; Slob., t. I, p. 141 ; Arriati., histor. Indicæ; Eloridor., I. II, p. 25, Basil.; Sanclus Ambrosius , Op. I. V, p. 269, Colon.; Plin., Hist. nat., I. VII , c. 2; Porphyr., de non necandis,elc., p. 404, Lugd. Bat.; Augustinus, de civ. l)ei, I. XI, c. 17, p. 369.

chroniqueurs musulmans : au x° siècle de notre ère , les Ghasnavides s’emparèrent de tout l'Indoustan ; ils furent remplacés ensuite par les Afghanistans, et ceux-ci à leur tour furent forcés de reculer devant des conquérants plus barbares, les Mongols. Les Européens qui sont maintenant en possession de cette fameuse contrée sont toujours encore occupés à nettoyer ces écuries d’Augias qu’on nomme annales de l’Inde. Cependant les Indiens ont une ère , ils datent du roi Wikramâditha, à la cour duquel brillaient toutes les perles poétiques des Indous, et nommément l’auteur du beau drame de Sakontala. Toutefois, on n’est pas d’accord sur l’époque du règne de ce prince : les uns la fixent à l’année 1491, les autres à l’année 50, quelques-uns à l’an 12 avant Jésus-Christ. C’est dans l’histoire surtout que les Indiens montrent ce qu’ils sont, — d’effrontés menteurs.

Du reste, les Européens trouvèrent dans l’Inde tout ce qui constitue l’état social pendant la première époque du second âge humanitaire : ce n’était pas un empire, mais une agrégation d’une infinité de petits Etals gouvernés par des roitelets indiens et mahomélans, qui formaient une sorte d’aristocratie féodale, frappant les districts d’impôts et sc combattant les uns les autres pour de vaines querelles et de misérables intrigues de cour. Ajoutez à cela les guerres des sectes, entre les brahmanes et les bouddhistes, les vichnouvites et les shivaïles, et vous pourrez vous faire une idée de l’histoire de l’Inde.

Les brahmanes, messieurs, en inspirant l’horreur du sang, le respect de la vie de tous les êtres, ce qui s'accordait, du reste, avec leurs croyances panthéistiques, se sont efforcés de dompter l’esprit belliqueux qu’ils redoutaient dans la caste dont ils voulaient faire et dont ils ont su faire leur instrument.

1)E L'HISTOIHE.

Le succès les a punis. Toujours placés entre la crainte de l’insurrection des kchatryas et le besoin qu’ils avaient de leur protection, en vain les brahmes leur ont-ils crié, au jour du péril, de combattre vaillamment pour eux, selon le devoir de la classe militaire; en vain ont-ils proclamé que le soldat tué en fuyant assume tous les péchés de son chef, et que le chef, dans ce cas, hérite de toutes les bonnes œuvres que le soldat avait amassées pour la vie future; le Tatar et l’Anglais, nourris de chair et élevés dans le mépris du sang, ont vaincu facilement l’Indien frugivore ; et pour avoir affaibli les mœurs militaires qui devaient la défendre, la loi des brahmes s’est vue forcée de faire place au Coran et à l’Évangile (I).

Messieurs, depuis les immenses découvertes d’arts et de sciences, l’Europe, en comparaison de l’Asie, a revêtu une forme changeante, et pour ainsi dire, idéale. Le mouvement perpétuel , voilà quelle parait être désormais la destinée de l’Occident; nous avons une insatiable appétence à atteindre l'infini et l’absolu, nous sommes emportés par des élans impétueux vers un but dont la poursuite nous fait éprouver le supplice de Tantale; nous avons abjuré le passé pour voler vers l’avenir, et toujours l’avenir fuit devant nous , son doigt mystérieux posé sur sa bouche, comme le spectre de Macbeth... Il en est tout différemment de ces empires d’Orient qui ne se sont jamais trouvés dans nos conflits d’activité sociale. La ronde Chine, derrière ses montagnes, est un État uniforme et clos de toutes parts ; ses provinces , bien que habitées par mille peuples divers, assouplies à l’obéissance passive, ne nourrissent entre elles ni haines, ni jalousies, ni

(1) J. J. Ampère, Revue universelle, t. 11, 2* année, p. 9H.

rivalités. Le Japon, cette île perdue comme l’antique Bretagne au milieu de ses écueils et de sa mer orageuse, forme un monde à lui , un monde hostile à l’étranger. On remarque le même isolement dans le Thibet, entouré de rochers inaccessibles et de peuplades sauvages , et dans l’Inde , qui gémit patiemment depuis des siècles sous le joug le plus ignominieux. Des Européens , ccs nations ne veulent rien accepter ; elles se méfient de leurs dons, et considèrent leurs sciences et leurs arts comme des fruits empoisonnés. En pourrait-il être autrement? Nous avons voulu leur enlever tout} il n’y a pas jusqu’à leur sol natal que nous n’ayons brutalement tenté de leur voler. Si notre race est appelée à parvenir, sur la voie éternelle d’une asymptote, à une perfection voilée jusqu’ici à nos regards, vous Chinois et vous Japonais, vous lamas et vous brahmanes, vous restez tranquilles spectateurs; tandis que nous, nouveaux Argonautes et Colombs nouveaux, nous voguons toujours, toujours sur les flots agités, vers la découverte de ce monde inconnu qui devra un jour nous réunir à vous, et vous à nous. Gaiement assis à l'abri de vos inexpugnables remparts ou à l’ombre de vos bosquets aromatiques, vous nous regardez faire ; et tandis que vous semblez dire avec le poëte romain :

Suave mari magno lurbantibus æquora vends,

F. terra magnum alterius spectare laborem ,

notre vie est triste, pleine de désenchantements et de dégoûts, sans aiguillon et sans lendemain : toujours la mer, jamais la terre, jamais la rive ; mais l’espérance nous reste, et vos livres sacrés sont d’accord avec les nôtres qu’il viendra un jour où,

DE L’HISTOIRE

après tous nos débats , après toutes nos fatigues , nous pourrons répéter en chœur tes chants d’union fraternelle de vos poètes et des nôtres. Vos codes, vos subtilités métaphysiques attestent une intelligence exercée; une imagination ardente et poétique se manifeste dans votre littérature; une haute raison préside à certains actes de vos gouvernements. Harmoniser ces facultés de l'homme, l’imagination et le sentiment, l’intelligence et la raison ; les étendre, les épurer et les compléter, tel est le but de la civilisation de l’avenir, civilisation qui conviendra à nous comme à vous; et c’est surtout dans ce noble but que les générations du xix° siècle doivent se placer à la tête du mouvement. Vienne ensuite une politique humanitaire, une politique qui dépouille les idées rétrécies, qui rejette tous les fléaux limbiques de la civilisation actuelle, qui remplace, par un équilibre fondé sur les intérêts physiques et moraux des nations, l’équilibre fondé sur la force matérielle , le nombre des lieues carrées et la somme des revenus , et l’on verra s’ils n’ont pas de portée ces milliers de cris d’enthousiasme qui saluent la pensée sublime à laquelle deux grands poètes des deux plus grandes nations modernes ont dû une de leurs plus belles inspirations.

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